Occupation du Japon

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Occupation militaire alliée du Japon

1945 – 1952

Drapeau
Drapeau
Blason
Emblème
Informations générales
Statut Occupation militaire sous l'autorité du Commandant suprême des forces alliées
Histoire et événements
28 août 1945 Début de l'occupation
2 septembre 1945 Signature des Actes de capitulation du Japon
19 janvier 1946 Création du Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient
3 mai 1947 La nouvelle Constitution du Japon entre en application
28 avril 1952 Le Traité de San Francisco entre en application

Entités précédentes :

Entités suivantes :

L'occupation du Japon correspond à la période de l'histoire du Japon de septembre 1945 à septembre 1952.

Le commandant en chef des forces alliés dans le Pacifique, le général Douglas MacArthur, devient gouverneur militaire du Japon après la reddition de celui-ci, le 2 septembre 1945, mettant un terme à la Seconde Guerre mondiale. Il doit assurer la direction d'un pays exsangue, qui doit rapatrier, au lendemain de la guerre, 6 millions de compatriotes sur l’archipel nippon. De plus, il doit céder les trois quarts des terres que l'Empire du Japon s’était constituées dans le cadre de sa politique expansionniste en Asie (entre 1929 et 1945).

La structure administrative impériale est préservée, quoique les forces d'occupation américaines soient les seules maîtresses à bord jusqu'à la tenue d'élections libres. Mais, la situation du pays est catastrophique, avec des villes en ruine et de faibles récoltes laissant présager une famine imminente. De fait, les autorités d'occupation ont bien du mal à faire face aux problèmes qui lui sont liés : ceux de la misère sociale, du chômage, de la prostitution et du marché noir.

De leur côté, les États-Unis font l'expérience du nation building afin de mettre fin dans la mentalité des vaincus à un militarisme dont la nature radicale avait stupéfié tous les belligérants.

La comparaison avec l'époque des Empires amène les médias à surnommer MacArthur « vice-roi du Pacifique ». Le général américain se comporte dans ce pays en proconsul et son rôle s'avère aussi déterminant que celui d'un Chef d'état.

La période s'achève avec la signature, le 8 septembre 1951, du traité de paix de San Francisco. Le Japon retrouve sa souveraineté et le droit d'assurer sa défense, mais les troupes américaines - à l'exclusion de celles des autres nations alliées, sauf accord du gouvernement des États-Unis - demeurent dans l'archipel japonais. Le contexte de Guerre froide explique largement la politique américaine de présence en Asie. Notons que le traité de San Francisco ne sera pas signé par l'Union soviétique, bien que celle-ci rétablit ses relations diplomatiques avec Tokyo dès 1956. La même année, en décembre, le Japon sera admis à l'ONU.

D'autre part, et alors que se développe la guerre de Corée (1950-51), les Japonais peuvent, dès lors, reconstituer leurs forces militaires, avec le soutien des États-Unis cette fois, qui intègrent leur ancien adversaire dans leur système de défense asiatique (pacte militaire nippo-américain signé en 1951). À l'instar de la République fédérale d'Allemagne, le Japon, dans les conditions particulières créées par la Guerre froide, devient un précieux allié de la politique américaine et bénéficie, en retour, d'une aide financière et matérielle qui lui permet de réaliser son "miracle économique" dès le début des années 1950.

Organisation[modifier | modifier le code]

Pavillon de marine des forces d'occupation.
Mac Arthur et plusieurs de ses généraux lors de leur arrivée à l'aérodrome d'Atsugi le 30 août 1945.

Des 7 500 premiers hommes débarquant sur l'île de Honshu le 28 août 1945, le contingent américain passent à 460 000 soldats au plus fort de l'occupation dont la majeure partie appartiennent à la VIIIe Armée américaine, à laquelle il faut rajouter le British Commonwealth Occupation Force qui aura à son maximum 40 000 militaires. L'occupation militaire américaine a mobilisé l'ensemble du 5th USAAF sur sa zone de responsabilité géographique (Japon et Corée sous le 50e //).

Le Supreme Commander of the Allied Powers (SCAP), gouvernement militaire, est instauré en 1947.

Deux généraux américains se succèdent à la tête du SCAP durant l'occupation (1947-1952). Le premier étant Douglas MacArthur (1947-11 avril 1951), le second Matthew Ridgway.

Ils veillent à la stricte application du protocole défini lors de la conférence de Potsdam concernant le sort réservé au Japon.

Mac Arthur rencontre le 27 septembre 1945 l'empereur Hirohito et lui fait comprendre qu'il cherchera à l'exonérer de poursuites criminelles devant le Tribunal de Tokyo. Les échanges se poursuivent par la suite par intermédiaires et concernent non pas l'abdication mais la reconnaissance de la fin de sa nature divine, crédo à la base de la société japonaise depuis sa fondation. Cette acceptation de la part de l'Empereur accompagne la redéfinition constitutionnelle de la Diète précédant la tenue d'élections libres.

Chronologie antérieure à l'Occupation[modifier | modifier le code]

Réformes structurelles[modifier | modifier le code]

Les Ruines d'Hiroshima, les lendemains de l'explosion de Little Boy. 66 villes japonaises sont en ruines du fait des bombardements stratégiques.
La période commence par une démonstration de force aérienne: B-29 survolant le mont Fuji.
Le commandant suprême des forces Alliées Mac Arthur prononçant le discours solennel mettant fin à la guerre mondiale, devant un parterre d'amiraux alliés, le 2 septembre 1945. Le cuirassé Missouri est ancré en baie de Tokyo.
Le Royaume-Uni et ses Dominions participèrent à l'occupation de l'archipel; ici, le 5e régiment de Gurkha en 1946

Le début de l'occupation (1945-1950)[modifier | modifier le code]

De nombreuses réformes ont lieu :

  • Politiques
    • Démocratisation : nouvelle constitution, droit de vote pour les femmes, liberté de la presse...
    • Jugement des criminels de guerre par le Tribunal de Tokyo, à l'exception de l'empereur Hirohito, de tous les membres de la famille impériale impliqués dans la guerre et des membres de l'Unité 731
    • Collaborateurs écartés du pouvoir
  • Militaires
    • Démobilisation de l'armée impériale japonaise et de la marine
    • Clause de non belligérance dans la constitution (article 9)
    • Abolition des corps émanant de l'Empire, tels le Tokkō, police spéciale d'État
Quartier général du SCAP, dans les locaux de la compagnie d'assurance Dai-ichi Seimei à Tokyo, vers 1950 (incorporé l'actuelle DN Tower 21).

Situation alimentaire au Japon en 1945[modifier | modifier le code]

L’arrêt des importations du fait du blocus naval allié privait le Japon de 31 % de son riz, 92 % de son sucre et de 45 % de son sel d’avant guerre avant sa capitulation. De plus, la récolte agricole de 1945 atteint seulement 60 % du niveau d’avant guerre probablement par manque d’engrais et de main d'œuvre. La ration alimentaire a l’automne 1945 au Japon était réduite à 700 calories/jour (Niveau normal : 2 200 cal/jour) et 100 000 personnes sont données pour étant mortes dans les années 1945-48 pour problèmes liés a la sous-alimentation malgré l'aide américaine[1].

Le ministre japonais des finances en octobre 1945 a annoncé 10 millions de morts par famine sur l’hiver suivant sans aide de la part des vainqueurs. Certains disent toutefois qu’il s’agit d’une prévision pessimiste[2].

En 1945-46, l’administration d'occupation de Mac Arthur fait importer 3,5 millions de tonnes de stocks alimentaires par les États-Unis pour les 74 millions d’habitants de l'archipel du Japon soit 47 kilos par habitant (principalement de la farine, du sucre et du corned-beef)[2].

Critique sur l'impunité de la famille impériale[modifier | modifier le code]

Plusieurs historiens critiquent la décision d'exonérer l'Empereur et la famille impériale de poursuites criminelles (John Dower, Embracing Defeat, 1999, Herbert Bix, Hirohito and the making of modern Japan, 2000). Selon l'historien John Dower, « La campagne menée à bien pour absoudre l'Empereur de sa responsabilité à l'égard de la guerre ne connut pas de limite. Hirohito ne fut pas seulement présenté comme étant innocent de tout action formelle qui aurait pu le rendre susceptible d'une inculpation comme criminel de guerre, il fut transformé en une sorte d'icône sainte ne portant même aucune responsabilité morale pour la guerre. » (Dower, ibid. p. 326). Selon Herbert Bix, « Les mesures réellement extraordinaires entreprises par MacArthur pour sauver Hirohito d'un jugement comme criminel de guerre eurent un impact persistant et profondément distordant dans la compréhension des Japonais à l'égard de la guerre perdue. » (Bix, ibid. p. 545).

Occultation des conséquences des bombes atomiques[modifier | modifier le code]

Une commission de censure civile fut instaurée pendant cette période ; elle veilla a éviter dans les médias japonais toute publication relative au devenir des Hibakusha, et ce pendant une période de 10 ans [3]. Des relevés de radioactivité sur les centre-ville morts de Nagasaki et Hiroshima furent néanmoins scrupuleusement tenus par des scientifiques militaires américains, et leurs rapports classés Secret Défense dans une base militaire du Maryland. Le général Mac Arthur veilla lui-même à ce qu'aucune divulgation de ces données n'aie lieu auprès de l'opinion publique américaine : l'ère géopolitique était la guerre froide, sous l'égide d'un transfert industriel des apports du projet Manhattan, que concrétisa l'instauration de la Commission de l'énergie atomique des États-Unis dès 1946.

Suite et fin de l'occupation (1950-1952)[modifier | modifier le code]

Le 8 septembre 1951, le Japon signait le traité de San Francisco et un traité de sécurité avec les États-Unis. Le traité de paix fut passé avec 48 États - de nombreux pays ne conclurent pas ce traité comme par exemple la république populaire de Chine ou l'URSS - et entra en vigueur le 28 avril 1952 qui marque la fin de l'occupation américaine. Néanmoins, certaines îles, comme par exemple Okinawa, restèrent sous occupation américaine pendant plusieurs années. D'autre part, les États-Unis gardèrent quelques dizaines de milliers de soldats dans leurs bases japonaises, comme le traité de sécurité le permettait, le traité de coopération mutuelle et de sécurité entre les États-Unis et le Japon signé en 1960 renouvelle cette alliance.

Le 27 avril 1952, le Japon signa un traité de paix avec la Chine nationaliste.

Une administration civile américaine demeura en place aux Îles Ryūkyū jusqu'en 1972.

Postérité[modifier | modifier le code]

La culture occidentale telle qu'importée par les G.I. durant cette période marqua un profond choc culturel. La dissemblance physique nécessitait d'être compensée, la mode féminine du débridage des yeux fut observable jusqu'aux années 1970.

Ruinés, les Japonais ont retenu dans leur conscience la mémoire de retombées radioactives des deux bombes A plus que les centres urbains dévastés par les bombardements stratégiques (lire Pluie noire 黒い雨 (小説)).

La culture des mangas et le cinéma de Hayao Miyazaki reprennent cette perception d'être survivants d'une terre à jamais souillée ; les mythes fondateurs nouveaux de la modernisation effrénée du pays allaient introduire un goût pour la science-fiction résolument tourné vers l'avenir, quoiqu'aux accents tragiquement liés à la catastrophe atomique (monstre Godzilla et Akira, l'enfant mutant des expérimentations gouvernementales).

Akira Kurosawa prend, de son côté, le parti de revenir à la source d'un Japon féodal désormais bien terminé, pour susciter l'imaginaire collectif des spectateurs. Cette tendance s'affirme, à partir de Rashōmon (1950). On retrouve, néanmoins, dans L'Ange ivre (1948), Chien enragé (1949) ou encore Vivre (1952) une approche de la période d'après-guerre, proche de celle des néoréalistes italiens. Les difficultés sociales inhérentes à cette période suscitent, par ailleurs, des films extrêmement proches de la réalité vécue par le peuple japonais. « Le décor bombardé de L'Ange ivre de Kurosawa, réutilisé pour des raisons économiques dans L'Époque des nouveaux idiots (1947) de Kajiro Yamamoto, ressemblait précisément à beaucoup de secteurs dévastés de Tokyo ; les sombres rues d'Osaka en ruine dans Femmes de la nuit (1948) de Kenji Mizoguchi étaient identiques à celles entourant les cinémas où le film fut projeté ; les baraquements de fortune et les chambres sordides dans Récit d'un propriétaire (1947) de Yasujiro Ozu étaient la réplique exacte des logements de la plupart des spectateurs » (Donald Richie, Le Cinéma japonais, Éditions du Rocher). Mikio Naruse évoque, pour sa part, dans Le Repas (1951) et, plus encore, dans Nuages flottants (1955), tous deux adaptés de romans de Fumiko Hayashi, les privations qu'eurent à endurer les Japonais. Des films comme La Tragédie du Japon (1953) de Keisuke Kinoshita ou Nous sommes vivants (1951) de Tadashi Imai, considéré comme un Voleur de bicyclette nippon, abordent encore plus frontalement les problèmes de cette époque.

Côté américain, la période se transforme pour les membres de l'élite en un goût exotique pour voyager vers le pays reconstruit, lié à l'essor de l'interface pacifique développée depuis la Californie (centre de gravité U.S. se déplaçant graduellement vers l'ouest).

Sofia Coppola restitua en 2003 cette ambiance dépaysée de voyages en jet vers Tokyo dans son film Lost in Translation.

D'un point de vue économique, le Japon, une fois intégré au dispositif américain de défense visant au containment antisoviétique, va bénéficier pour le boom de son économie d'une absence de dépenses sur le budget des crédits militaires pendant quarante ans. Les gouvernants prirent soin de nommer leur armée sous la désignation euphémistique de « Forces d'autodéfense », pour en finir avec l'idée qu'elles seraient employées à des fins de conquête. La leçon était bien apprise puisque la Diète n'a autorisé un déploiement de troupes hors de son sol qu'en 1992 dans un contingent de casques bleus au Cambodge puis à l'occasion de l'invasion de l'Irak, ce contingent ne réalisant en outre que des actions de reconstruction et de police sur le terrain.

La présence américaine ne fut pas exempte de corruption, par exemple lors de l'Affaire Lockheed révélée en 1976.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eric Seizelet, Monarchie et démocratie dans le Japon d'après-guerre, Paris, Maisonneneuve Larose,‎ 1995
  • Dufourmont Eddy, Histoire politique du Japon (1853-2011), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux,‎ 2012
  • Michael Lucken, Emmanuel Lozerand, Anne Bayard-Sakai, Le Japon après la guerre, Picquier,‎ 2007

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources partielles[modifier | modifier le code]

  • documentaire DVD L'Asie en flammes, épisode Le jour où la guerre s'arrêta
  • Le Soleil, film biographique sur l'Empereur Showa au lendemain de la capitulation

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Histoire contemporaine du Japon

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Robert Harvey, American Shogun : General MacArthur, Emperor Hirohito and the Drama of Modern Japan, Overlook TP,‎ 24 avril 2007, 448 p. (ISBN 978-1585678914), p. 331
  2. a et b (en) John W. Dower, Embracing Defeat : Japan in the Wake of World War II, New York, W. W. Norton & Company,‎ 1er mars 1999, 676 p. (ISBN 9780393320275), p. 93
  3. Source : La face cachée de Hiroshima, documentaire sur France 3.

Liens externes[modifier | modifier le code]