Religion aux États-Unis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
La cathédrale nationale de Washington, de l'Église épiscopale des États-Unis, fut le lieu de cérémonie pour les funérailles de plusieurs présidents : les presbytériens Eisenhower, Ronald Reagan, et l'épiscopalien Gerald Ford. Woodrow Wilson, fils de pasteur, est même enterré dans le caveau de la cathédrale. Un service funèbre y fut organisé pour le baptiste Harry Truman.

Le thème de la religion est indispensable à la compréhension de la société américaine, où la spiritualité tient une place particulièrement importante. En dépit d'une stricte séparation des Églises et de l'État, la religion est si présente dans l'espace public qu'on parle de « religion civile »[1]. Il est par exemple fréquent de trouver une Bible dans les chambres d'hôtel, le plus souvent la King James Bible, et le président américain invoque fréquemment Dieu dans ses discours.

La religiosité américaine, structurée à l'origine par un protestantisme dominant, mais diversifié, se manifeste par une grande variété confessionnelle et un dynamisme des Églises qui sont expliqués par l'histoire du pays, terre de refuge qui a su très tôt garantir une large liberté religieuse. Aujourd'hui encore, les différentes confessions sont très impliquées dans la vie sociale et politique de la nation. Cependant, comme dans la plupart des autres pays développés, le nombre de croyants ou de personnes affiliées à une certaine religion tend à décliner[2].

L'histoire religieuse américaine, des origines à nos jours[modifier | modifier le code]

Les communautés religieuses, qui ont colonisé l'espace américain par vagues successives, sont à l'origine de la diversité de représentation des mouvements religieux dans ce nouveau monde perçu pour beaucoup comme une terre de refuge.

La situation à l'époque coloniale[modifier | modifier le code]

Dès le XVIIe siècle, les colonies anglaises d'Amérique offraient l'asile à ceux qui voulaient fuir l'intolérance religieuse en Europe, mais à des degrés divers.

Carte du Nord-Est de l'Amérique vers 1775

En Nouvelle-Angleterre, les puritains, héritiers des Pères pèlerins débarqués en 1620 pour fonder ici une Nouvelle Jérusalem, tolèrent peu les contestataires qui remettent en cause le projet politique de leur colonie du Massachusetts. La quaker Mary Dyer fut ainsi exécutée à Boston en 1660 (le procès des Sorcières de Salem est aussi un exemple de cas de paranoïa puritaine). C'est pourquoi des dissidents, comme le théologien baptiste Roger Williams, partent pour fonder de nouvelles colonies comme le Rhode Island (ses textes fondateurs mettent en avant la Séparation de l’Église et de l’État, et le pluralisme religieux), ou encore le Connecticut. Boston est l'une des capitales intellectuelles des colonies anglaises, des théologiens de renom comme Increase Mather sont formés à Harvard, université fondée par les puritains en 1636.

Dans les colonies esclavagistes du Sud (Virginie, les deux Caroline, Géorgie), les colons ont reproduit une société aristocratique à l'anglaise, où à l'image de la métropole, l'Église anglicane est la confession officielle[3]. S'agissant principalement de colonies "à propriétaires", la problématique du peuplement les oblige cependant à être ouvertes aux dissidents religieux, à l'exception des catholiques.

Inversement, les colonies du centre (New-York, Pennsylvanie, Delaware, New Jersey, Maryland) sont les plus tolérantes, et accueillent volontiers les persécutés. La Pennsylvanie fondée par le quaker William Penn accueille tout le monde sans exception, et notamment la plupart des 120 000 luthériens et anabaptistes allemands qui se sont réfugiés en Amérique du Nord après la guerre de Trente Ans. Le Maryland (« la terre de Marie ») a été fondée pour accueillir la minorité catholique anglaise. Le Delaware, ancienne colonie suédoise, compte des luthériens scandinaves dont les Anglais ont été obligé de reconnaître la liberté de culte lors de l'annexion du territoire. Même chose dans la colonie de New York, anciennement Nouvelle-Néerlande, occupée par des réformés hollandais. Après la révocation de l'édit de Nantes en 1685, des milliers de huguenots quittent la France pour s'installer dans plusieurs villes portuaires dont New York, Philadelphie et Charleston, où ils construisent la première église de la colonie en 1687.

Quakers embrassant des Indiens en Pennsylvanie.

À l'opposé du centre, le nord et le sud du pays sont donc surtout dominés par des Églises établies, où la population est essentiellement animée par une religiosité conformiste peu dynamique. George Washington par exemple, ne fréquente que très peu son église anglicane de Virginie[4]. C'est aussi à cette époque que sous l'influence des Lumières, le déisme apparaît aux États-Unis ; il est généralement considéré que Thomas Jefferson, Thomas Paine et Benjamin Franklin sont les représentants les plus illustres de cette tendance. Le déisme influença le développement de l'unitarisme qui proclame la stricte unité de Dieu.

Le « Great Awakening », premier Grand Réveil religieux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grand réveil.

C'est entre 1730 et 1760, que l'immigration continue, le foisonnement confessionnel et l'influence des Lumières européennes, donnent naissance dans les Treize colonies à un sursaut religieux sans précédent, le premier du genre, et dont les secousses vont émailler toute l'histoire américaine, expliquant encore aujourd'hui le dynamisme religieux du pays.

L'arrivée des immigrants anabaptistes et piétistes allemands, des frères moraves tchèques, des presbytériens écossais et nord-irlandais, des huguenots français, des méthodistes et baptistes anglais notamment, enrichit progressivement le paysage religieux des colonies anglaises. C'est dans ce contexte que de grands prédicateurs itinérants (les « circuit riders »), comme l'allemand Theodorus Frelinghuysen (réformé hollandais), les anglais George Whitefield (méthodiste), Jonathan Edwards (puritain) ou les irlandais William et Gilbert Tennent (presbytériens), parcourent le territoire et mobilisent par des sermons énergiques des foules immenses en plein air. Faisant appel à l'émotion et à la conversion personnelle, plus qu'au dogme, ils mettent en branle un mouvement massif de conversions, d'activités religieuses et missionnaires (c'est à partir de cette époque que sont christianisés les Indiens et les populations noires, donnant dans ce cas naissance au Negro spiritual puis plus tard au Gospel).

Ce mouvement constitue la genèse de l'évangélisme américain. De nombreuses universités (Princeton, Brown), des écoles, des sociétés missionnaires ou encore des œuvres sociales sont alors créées. Il permet aussi et surtout l'émergence de nouvelles Églises indépendantes des Églises anglicanes et puritaines établies, dont la domination commence à être ébranlée. Ainsi, presbytériens, baptistes et méthodistes essentiellement, qui accompagnent le peuplement vers l'Ouest, connaissent un essor sans précédent, favorisant ainsi une plus grande diversité religieuse.

Ce retour aux sources de l'utopie fondatrice des Pères pèlerins (recréer une société de croyants fervents) conduit aussi les colons à prendre conscience qu'ils sont réunis par une identité culturelle propre (américaine), ce qui va préfigurer les évènements révolutionnaires des années suivantes.

La Révolution américaine et la liberté religieuse[modifier | modifier le code]

Pour une approche plus détaillée voir : Premier amendement de la Constitution des États-Unis.

Dans la foulée de la Révolution américaine, plusieurs textes établissent la liberté religieuse en même temps qu'ils affirment le caractère laïque de la nouvelle République. Le statut pour la liberté religieuse de Virginie (Virginia Statute for Religious Freedom) est le premier texte américain qui instaure la liberté de conscience : il fut rédigé en 1779 par Thomas Jefferson et adopté par l'Assemblée législative de Virginie en 1786.

En 1791, le Premier Amendement de la Déclaration des Droits proclame « Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre. »

Ce texte, en interdisant l'existence d'une religion officielle, instaure une stricte séparation entre les Églises et l'État fédéral, un exemple qui sera suivi par la suite par les nouveaux États fédérés, qui abandonnent peu à peu leurs Églises établies (puritaines en Nouvelle-Angleterre et anglicanes dans le Sud). Cette stricte séparation, voulue par le même Jefferson selon son idée de « mur de séparation », avait été réclamée par de nombreuses Églises non-conformistes[5].

De même, les autorités n'ont pas à intervenir dans la vie religieuse, s'interdisant par exemple de définir ce qui relève de la religion ou non, comme l'explique cet autre Père fondateur et 4e Président américain, James Madison : « Le gouvernement n'a pas l'ombre d'un droit de se mêler de religion. Sa plus petite interférence serait une usurpation flagrante. »[6] Aujourd'hui encore, cette tradition de tolérance subsiste dans le droit et le système des valeurs américaines, si bien que des organisations qui seraient considérées comme des sectes en France, n'y sont pas illégales[pas clair][réf. nécessaire].

Apport des XIXe et XXe siècles[modifier | modifier le code]

Carte ecclésiastique de l’Église catholique aux États-Unis en 1877.
Pour une approche plus détaillée en anglais, voir : Religious history of the United States.

L'immigration des siècles suivants va encore enrichir et diversifier le paysage religieux américain, et notamment en dehors du monde protestant.

La grande famine en Irlande au milieu du XIXe siècle, provoque une immigration massive d'Irlandais, qui vont former le noyau dur du catholicisme américain. Ils seront rejoints au début du XXe siècle par les immigrants Italiens et d'Europe centrale, puis aujourd'hui par les latino-américains. L’Église catholique a longtemps été marginalisée dans la société américaine, voire persécutée (par le courant nativiste, puis le Ku Klux Klan, l'antipapisme servant de ciment identitaire à la majorité protestante), jusqu'à l'après-guerre (le premier président de confession catholique, Kennedy, est élu en 1961). À son organisation centralisée et monarchique, perçue comme contraire aux valeurs démocratiques américaines, s'ajoutait la méfiance envers une puissance étrangère (le Vatican).

Article détaillé : Catholicisme aux États-Unis.

De nombreux Juifs européens qui fuient les pogroms, et notamment en Russie après l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881, se réfugient aux États-Unis, où leurs premières communautés s'étaient installé au XVIIIe siècle. Les persécutions antisémites en Allemagne nazie puis dans l'Europe dominée par le IIIe Reich, ont poussé aussi de nombreux juifs à émigrer aux États-Unis, dont l'exemple le plus connu est celui d'Albert Einstein. Ces migrations sont à l'origine de la diaspora juive en Amérique, communauté la plus importante au monde, devant Israël.

Article détaillé : Histoire des Juifs aux États-Unis.

Au sein du protestantisme, la Guerre de Sécession marque un tournant, comme le montre l'historien Mark Noll (en) dans America’s God : From Jonathan Edwards to Abraham Lincoln : le courant évangélique nordiste, qui interprète pourtant la Bible de la même manière (principe du common sense, bon sens) que le courant sudiste, aboutit à des conclusions opposées, notamment sur l'esclavage. Cela débouche sur une séparation Nord/Sud au sein de certaines dénominations, comme en témoigne la création de la Convention baptiste du Sud, qui est aujourd'hui la principale Église évangélique américaine. Ces nouvelles confessions sont plus ou moins touchées par le deuxième (1790-1840) et troisième réveils (en) (1850-1900), qui conduisent à l'apparition de nouveaux groupes comme les mormons, les adventistes du septième jour, les témoins de Jéhovah, les pentecôtistes ainsi que le mouvement du Social Gospel[3].

Parallèlement, la séparation juridique stricte entre État et Églises se renforce. Ainsi, en 1875, James Blaine, président de la chambre des représentants, proposa un amendement constitutionnel interdisant les subventions publiques pour tout projet à vocation religieuse. Cet amendement Blaine, bien que rejeté par le sénat, fut, par la suite adopté dans la constitution de trente-sept États américains.

« One Nation under God » ? (Une nation sous le pouvoir de Dieu)[modifier | modifier le code]

Cette formule, employée dans le serment d'allégeance au drapeau résume l'apparente ambiguïté d'un pays laïque mais où la religion tient une place plus importante que dans la plupart des autres pays occidentaux.

La devise « In God We Trust », sur une pièce de un cent des États-Unis datant de 2003

Un pays laïque…[modifier | modifier le code]

Depuis la fin du XVIIIe siècle, la religion est officiellement séparée de l'État et ce principe est assuré par la constitution (article VI et premier amendement). Dans la constitution et dans la Déclaration des Droits, il n'est jamais fait référence à Dieu ou à la Providence[7]. La devise originelle des États-Unis est « E pluribus unum » (« De plusieurs, nous faisons un »). L'État fédéral ne subventionne aucune école religieuse au nom de la liberté religieuse[8]. Depuis 1962, la prière à l'école est prohibée par l'arrêt Engel contre Vitale[7]. Enfin, il ne faut pas oublier que le premier amendement garantit la non ingérence de l'État dans les religions et la liberté de culte.

Cependant, les références à Dieu sont omniprésentes dans la vie publique aux États-Unis, en effet il est question d'une laïcité a-confessionnelle (c'est-à-dire sans religion, sans dieu favorisé au détriment des autres, contrairement à la situation française d'une laïcité a-religieuse). Mais si le président prête serment sur la Bible depuis George Washington, les autres renvois à Dieu datent de la Guerre froide, où il s'agissait de montrer son opposition à l'Union soviétique athée. Ainsi, la référence « One Nation under God » a été ajoutée au serment d'allégeance en 1954 ; la devise « In God We Trust » (« En Dieu nous croyons »[9]) qui figure sur la monnaie, date, elle, de 1956 ; de même que le Jour National de prière, créé la même année.

Mais ces références sont abstraites et symboliques, et ne renvoient pas à un Dieu en particulier : lors du National Day of Prayer (en), fixé le premier jeudi de mai, les Américains sont invités à prier la divinité qui leur convient. La neutralité américaine a pour motivation la tolérance vis-à-vis de toutes les confessions. Les spécialistes évoquent une « religion civile », constituant un socle spirituel national assurant la synthèse entre « esprit de religion » et « esprit de laïcité »[10].

…mais profondément croyant[modifier | modifier le code]

D'après une étude réalisée en 2007 par le Pew Research Center[11], près de 84 % des Américains seraient croyants, et environ 39 % assisteraient au service religieux chaque dimanche, ce qui constitue un taux de participation bien plus élevé que dans les autres pays occidentaux. 56 % considèrent la foi comme quelque chose de très important dans leur vie. Ils sont le même pourcentage à déclarer avoir prié récemment (les jours précédant l'enquête). Inversement, seulement 4 % sont athées ou agnostiques, parmi un ensemble plus large de 16 % d'Américains qui ne déclarent pas de religion spécifique.

Mais l'identité religieuse est mouvante aux États-Unis. Chaque Américain change trois fois d'Église en moyenne au cours de son existence (surtout au sein du monde protestant, très concurrentiel)[12]. L'appartenance à une Église est une chose courante et signifie appartenir à une communauté, recevoir de l'aide en cas de besoin. Sur les 250 milliards de dollars de dons annuels que font les Américains aux associations à but non lucratif[13] 36 % sont affectés aux différentes Églises[13].

D’après une autre étude de 2008[14], 75 % des Américains (contre 21 % des Français) déclarent avoir lu au moins un passage de la Bible au cours de l’année passée[15]. Plus de la moitié des Français ne possèdent pas de Bible chez eux, contre 7 % des Américains[15]. 13 % des Américains disent ne jamais prier contre 49 % des Français[15].

Un paysage religieux diversifié[modifier | modifier le code]

Assistance hebdomadaire au culte par État. Elle est majoritaire dans le Sud évangélique et dans l'Utah des Mormons, et marginale dans le Nord-Est et la côte Pacifique.

L'étude réalisée en 2007 du Pew Research Center[11] montre la répartition globale suivante :

  • Chrétiens - 78,4 %, dont
    • Protestants - 51,3 %, dont
      • églises évangéliques - 26,3 %
      • églises libérales - 18,1 %
      • églises historiques noires - 6,9 %
    • Catholiques romains - 23,9 %
    • Mormons - 1,7 %
    • Orthodoxes - 0,6 %
    • Autres chrétiens - 1 %
  • Juifs - 1,7 %
  • Bouddhistes - 0,7 %
  • Musulmans - 0,6 %
  • Hindouistes - 0,4 %
  • Autres religions - 2,1 %
  • Sans religion - 16,1 %

Ainsi, bien que les deux tiers des chrétiens américains (plus de 51 % de tous les Américains) soient protestants, l'Église catholique domine dans les grandes villes du Nord-Est (surtout à New York, à Boston et à Philadelphie), des Grands Lacs (Chicago et Milwaukee), de la Côte Ouest (Los Angeles et San Francisco), dans une métropole d'origine française (La Nouvelle-Orléans) et dans plusieurs villes à majorité hispanique (Miami et San Antonio). D'importantes communautés juives se sont établies dans les zones urbaines de New York (première ville juive au monde), de CalifornieLos Angeles), ainsi qu'en Floride. Ce sont dans ces mêmes zones urbanisées qu'on retrouve les autres religions (Islam, Bouddhisme, New Age…). L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (Mormons), fondée aux États-Unis en 1830 par Joseph Smith, est quant à elle particulièrement présente dans les Montagnes Rocheuses, et notamment dans l'Utah (État créé par les mormons), et l'Idaho.

Pourtant, toutes ces exceptions confirment la règle : les confessions protestantes, arrivées en premier sur le sol américain, ont une forte présence presque partout aux États-Unis. Les baptistes sont majoritaires dans le Sud, tandis que les luthériens et les méthodistes sont surtout dominants dans le Middle West et les Grandes plaines. L'Ouest, à la religiosité plus disparate, constitue une terre de développement pour les courants les plus dynamiques, notamment les pentecôtistes et les Églises indépendantes (appelées Non-Denominational Churches). Les anciennes Églises majoritaires de l'époque coloniale (anglicans devenus épiscopaliens, presbytériens, unitariens, puritains devenus congrégationnalistes), en voie de marginalisation, ne représentent plus que les élites de la Côte Est. Les études américaines distinguent ces Églises libérales, appelées « Mainline », des Églises plus conservatrices, qualifiées d'évangéliques.

Car depuis l'après-guerre, le protestantisme de tendance évangélique, qui compte quelques groupes extrémistes (fondamentalistes), est de plus en plus actif au niveau politique et social. Il comprend notamment les fameux Born Again (« nés de nouveau », dans le sens de nouveau éveillés à la foi). Représentés surtout au sein des congrégations baptistes, méthodistes, pentecôtistes et indépendantes, plus une partie des Églises noires, ils sont désormais majoritaires parmi les protestants, avec 25 à 30 % de la population totale, selon les estimations. Le Sud des États-Unis, appelé aussi la « Bible Belt » (« ceinture de la Bible ») constitue leur bastion. Ces Églises très dynamiques usent des moyens de communication modernes, comme l'attestent l'influence des célèbres télévangélistes (comme Billy Graham) ou des megachurches. La Lakewood Church du pasteur texan Joel Osteen rassemble par exemple plus de 43 000 fidèles chaque semaine.

Répartition des différentes dénominations[modifier | modifier le code]

Megachurch évangélique à Houston, Texas
Christian Science Center, à Boston
Temple des Saints des Derniers Jours, à Salt Lake City
Temple hindouiste de Malibu, en Californie
Temple bouddhiste à Los Angeles
Pour une approche plus détaillée des Églises, voir : Tableau des corps religieux aux États-Unis.

L'auto-appartenance religieuse des Américains en 1990, 2001 et 2008, en valeur relative[16] :

1990 2001 2008 Évolution
en points 1990-2008
Total chrétiens 86,2 % 76,7 % 76,0 % -10,2
Catholiques romains 26,2 % 24,5 % 25,1 % -1,1
Autres chrétiens 60,0 % 52,2 % 50,9 % -9,0
Baptistes 19,8 % 17,2 % 17,1 % -2,7
Méthodistes 8,3 % 7,2 % 6,1 % -2,2
Divers Chrétiens 4,7 % 7,2 % 4,4 % -0,3
Luthériens 5,3 % 4,9 % 4,6 % -0,7
Presbytériens 2,9 % 2,8 % 2,7 % -0,2
Divers Protestants 10,0 % 2,4 % 4,9 % -5,1
Pentecôtistes / Charismatiques 1,9 % 2,2 % 4,3 % +2,4
Épiscopaliens / Anglicans 1,8 % 1,8 % 1,5 % -0,3
Mormons / Saints des Derniers Jours 1,4 % 1,3 % 1,4 % +0,0
Église du Christ 1,0 % 1,3 % 0,6 % -0,4
Congrégationnalistes / Église Unie du Christ 0,3 % 0,7 % 0,8 % +0,5
Témoins de Jéhovah 0,8 % 0,7 % 0,7 % -0,1
Assemblées de Dieu 0,4 % 0,5 % 0,4 % +0,0
Divers Évangéliques 0,1 % 0,5 % 0,3 % +0,2
Église de Dieu 0,4 % 0,5 % 0,3 % -0,1
Adventistes 0,4 % 0,4 % 0,5 % +0,1
Unitariens 0,3 % 0,3 % 0,3 % +0,0
Orthodoxes 0,3 % 0,3 % 0,6 % +0,3
Total des autres religions 3,3 % 3,7 % 3,9 % +0,6
Juifs 1,8 % 1,4 % 1,2 % -0,6
Musulmans 0,3 % 0,5 % 0,6 % +0,3
Bouddhistes 0,2 % 0,5 % 0,5 % +0,3
Hindous 0,1 % 0,4 % 0,4 % +0,3
Autres 0,9 % 1,4 % 1,6 % +0,7
Pas de religion / Athées / Agnostiques 8,2 % 14,2 % 15,0 % +6,8
Sans opinion 2,3 % 5,4 % 5,2 % +2,9

Si la grande majorité des Américains se déclarent chrétiens, leur part dans le total diminue (-10,2 points entre 1990 et 2008) alors que celle des athées, agnostiques et sans religion augmente de 6,8 points. Le protestantisme, qui regroupe encore plus de la moitié des Américains, s'érode globalement, mais voit en son sein le courant libéral s'effacer au profit des évangéliques. Parmi ces derniers, le pentecôtisme, apparu aux États-Unis au début du XXe siècle, est le plus attractif, notamment auprès des immigrants. Si la progression des catholiques dépasse en valeur relative celle des protestants, leur pourcentage au sein de la population américaine stagne depuis une quinzaine d'années : l'apport de l'immigration des Latinos comble tout juste les départs observés parmi les descendants des Italiens et Irlandais. L'Église catholique est ainsi la seule confession à fermer des lieux de culte dans le pays. Les Mormons, au prosélytisme connu, sont parmi les groupes les plus dynamiques. Alors que la part des juifs diminue, celle des religions orientales (musulmans, hindouistes et bouddhistes) progresse du fait de l'immigration.

Évolution de la répartition religieuse[modifier | modifier le code]

Ci-dessous un tableau montrant l'évolution par décennie de l'appartenance religieuse des Américains, d'après The Gallup Organization [17]:

Année Protestants Catholiques Autres chrétiens Juifs Mormons Autres religions Sans religion Pas de réponse
1950 66 % 25 % n/a 4 % n/a 3 % n/a 2 %
1960 67 % 25 % n/a 3 % n/a 2 % 2 % 1 %
1970 65 % 26 % n/a 3 % n/a 2 % 3 % 0 %
1980 61 % 28 % n/a 2 % n/a 2 % 7 % 0 %
1990 56 % 25 % n/a 2 % 1 % 5 % 9 % 2 %
2000 52 % 25 % 5 % 2 % 2 % 5 % 8 % 2 %
2010 45 % 21 % 8 % 2 % 2 % 4 % 14 % 4 %

Société et religion[modifier | modifier le code]

Grant Wood, American Gothic (1930), Art Institute of Chicago. Une représentation symbolique de l'Amérique « puritaine »

Les États-Unis sont parfois considérés comme un pays puritain, ce que certaines productions culturelles, notamment des séries télévisées moralisatrices (La Petite Maison dans la prairie, Sept à la maison, etc.) ou des affaires comme le Scandale du Nipplegate (sur le sein de Janet Jackson), pourraient faire penser. L’histoire des États-Unis montre cependant que les mœurs de la population américaine se sont souvent libéralisées avant la France (pour le droit de vote des femmes et la légalisation de l’avortement, par exemple). Dès les années 1960, le mouvement hippie a contesté les valeurs bourgeoises. Aujourd’hui, le chiffre d’affaires des films pornographiques aux États-Unis est comparable à celui d’Hollywood[18]. Le taux de divorce y est aussi l’un des plus élevés du monde.

Cependant, il est noté, depuis les années 1950, un certain regain des conceptions conservatrices et notamment fondamentalistes, qui se repèrent dans les débats contemporains sur la prière à l'école, l'avortement, ou encore le combat scolaire qui vise à imposer le créationnisme (« Intelligent Design ») contre la conception darwiniste de la sélection naturelle, pour expliquer l'apparition de l'Homme sur Terre. D'une manière générale, les chrétiens conservateurs, représentés notamment au sein de la Coalition chrétienne d'Amérique, font un intense lobbying auprès des décideurs politiques. L'ex-président George W. Bush, méthodiste « born again » mais qui n'est pas membre d'une église évangélique, a été considéré comme le porte-parole de ces conceptions politico-religieuses. Il est généralement admis que les protestants blancs (appelés aussi «White anglo-saxon protestants») et plus particulièrement les évangéliques, votent massivement en faveur du Parti républicain, alors que les minorités religieuses (catholiques et juifs, surtout), sont plus proches du Parti démocrate.

L'influence protestante reste dominante dans le champ social aux États-Unis : tous les présidents étaient protestants, à l'exception du catholique John Kennedy. L'actuel président Obama est Congrégationnaliste (une dénomination libérale, lointaine héritière des puritains de la Nouvelle-Angleterre).

Non affiliation, athéisme et libre-pensée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Irréligion aux États-Unis.

D'après une étude du Pew Research Center réalisée en 2012[2], 19,6 % des Américains se déclarent non affiliés à une religion, dont 2,4 % qui s'identifient comme athées, et 3,3 % comme agnostiques. Si les non affiliés en général se retrouvent globalement dans l'Ouest, les athées et agnostiques sont surtout présents sur les côte Nord-Est et pacifique, généralement parmi la population jeune et éduquée. Longtemps marginalisés, les Américains athées et agnostiques sont en progression dans la population. Selon l’American Religious Identification Survey d'avril 2009, l'athéisme est le « seul groupe démographique » à avoir augmenté dans chaque État américain les 18 dernières années.

Les organisations athées américaines, notamment American Atheists, Americans United for the Separation of Church and State (avec sa revue mensuelle Church & State), et Alliance athée (Atheist Alliance), militent depuis plusieurs décennies pour une plus stricte séparation des Églises et de l'État. La principale, American Atheists, fondée en 1963 par Madalyn Murray O'Hair, appuie ses revendications sur les principes de la Déclaration d'Indépendance et sur la Constitution. Elle engage de nombreux procès contre les institutions publiques qui violent le principe de laïcité. Ellen Johnson est la présidente depuis 1995 de cette association qui a son siège dans le New Jersey.

Le 2 novembre 2002, au cours de la marche des athées américains sur Washington (Godless Americans March on Washington en anglais), Ellen Johnson avait annoncé la création du comité d'action politique des athées américains (Godless Americans Political Action Committee (GAMPAC)), afin de faire pression sur les candidats aux élections. Il fut officiellement lancé le 9 mars 2004 et soutint le candidat (catholique) John Kerry aux présidentielles 2004.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Inspiré de Rousseau, Du contrat social (1762)
  2. a et b (en)“Nones” on the Rise - Pew Research Center
  3. a et b Emmanuel Laurentin, « Religion et société aux États-Unis depuis les années 1890 », émission La Fabrique de l'histoire sur France Culture, 18 septembre 2012
  4. (en) Charles A. Grymes, « George Washington and Religion », George Mason University
  5. http://www.usconstitution.net/jeffwall.html
  6. Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , Paris, éditions du Seuil, 2005, ISBN 2-02-079950-2, p. 99
  7. a et b Hélène Harter, L'Amérique, Le Cavalier Bleu, collection « Idées reçues », 2001 (ISBN 2-8467-0025-7), p. 30
  8. Guy Haarscher, La laïcité, PUF, collection Que sais-je ?, 3e édition, 2004 (ISBN 2-13-053915-7), p. 102
  9. (fr) Devise: In God We Trust - Traduction officielle sur le site de l'Ambassade des États-Unis à Paris
  10. Camille Froidevaux-Metterie, Politique et religion aux États-Unis, La Découverte, coll. Repères, Derrière de couverture
  11. a et b (en) Major Religious Traditions in the U.S. - Pew Research Center
  12. Nicole Bacharan, Faut-il avoir peur de l’Amérique ? , éditions du Seuil, 2005 (ISBN 2-02-079950-2), p. 89
  13. a et b Frédéric Martel, De la culture en Amérique, Gallimard, 2006 (ISBN 2070779319), p. 307
  14. Étude réalisée pour le compte de la Fédération biblique catholique internationale dans neuf pays intitulée une «  lecture des Écritures dans certains pays » éditée en 2008
  15. a, b et c La France mauvaise élève pour la connaissance de la Bible - Delphine de Mallevoüe et Hervé Yannou, Le Figaro, 28 avril 2008
  16. (en)American Religious Identification Survey Report 2008
  17. (en)Gallup - Religion
  18. Adrien Lerm, La culture américaine, Paris, Le Cavalier Bleu, 2002 (ISBN 2-8467-0047-8), page 87

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) (en) Collectif, Le fait religieux aux États-Unis : approches culturelles et cultuelles, dans Revue françaises d'études américaines, no 95, février 2003.
  • Dieu bénisse l'Amérique, la religion de la Maison-Blanche, Sébastien Fath, Éditeur/Édition : Seuil, 2003.
  • Le Façonnage juridique du marché des religions aux États-Unis, Les Quarante Piliers, série dirigée par Pierre Legendre. Éditeur/Édition : Mille Et Une Nuits (ISBN 2-8420-5707-4)
  • La Religion aux États-Unis, Isabelle Richet. Éditeur/Édition : Presses Universitaires de France - PUF, 2001 (ISBN 2-1305-2068-5)
  • L’Église électronique. La saga des télé-évangélistes, Jacques Gutwirth. Éditeur/Édition : Bayard, Paris, 1998.
  • Militants de la Bible aux États-Unis : évangéliques et fondamentalistes du Sud, Sébastien Fath. Éditeur/Édition : Autrement, Paris, 2004.
  • De la religion en Amérique. Essai d'histoire politique, Denis Lacorne, Paris, Gallimard, coll. Folio Essais, 2012 édition augmentée Modèle:ISBN 978-2-07-044924-8
  • Politique et religion aux États-Unis, Camille Froidevaux-Metterie, Paris, La Découverte, février 2009.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Généralités
Christianisme
Fondamentalisme américain
Islam
Droit et politique