Bosphore

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Bosphore
Image satellite du Bosphore.
Image satellite du Bosphore.
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de la Turquie Turquie
Subdivisions
territoriales
Istanbul
Ponts Pont du Bosphore, pont Fatih Sultan Mehmet
Tunnels Marmaray
Géographie physique
Type Détroit
Localisation Mer Noire-mer de Marmara
Coordonnées 41° 06′ 43″ N 29° 04′ 06″ E / 41.111951, 29.06845141° 06′ 43″ Nord 29° 04′ 06″ Est / 41.111951, 29.068451  
Longueur 42 km
Largeur
· Maximale 3 km
· Minimale 0,698 km
Profondeur
· Moyenne 36 à 124[1] m

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
Bosphore

Géolocalisation sur la carte : Méditerranée

(Voir situation sur carte : Méditerranée)
Bosphore

Le Bosphore (en turc İstanbul Boğazı ou Boğaziçi), est le détroit qui relie la mer Noire à la mer de Marmara et marque, avec les Dardanelles, la limite méridionale entre les continents asiatique et européen. Il est long de 42 kilomètres pour une largeur de 698 à 3 000 mètres. Il sépare les deux parties anatolienne (Asie) et rouméliote (Europe) de la province d'Istanbul.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Selon une étymologie populaire[2], son nom signifierait « passage de la vache » (de Βοῦς [bous], « la vache », et πόρος, [poros], « le passage ») et fait allusion à l'histoire d'Io, jeune fille aimée de Zeus, changée par lui en vache, et poursuivie par un taon envoyé par Héra jalouse. En fait, le premier terme (bous) serait plutôt à rapprocher des verbes buō et buzō (ce dernier mot étant lui-même probablement à l'origine du toponyme Buzantion, l'antique Byzance, actuelle Istanbul) et signifiant « resserrer ».

Ainsi, le Bosphore serait un « passage resserré » dont l'origine désignait non le détroit en lui-même mais l'isthme présent jusqu'à la fin du paléolithique reliant alors l'Europe à l'Asie[3]. La théorie liant le déluge à la mer Noire (publiée en 1997 par William Ryan et Walter Pitman de l'Université Columbia) fait valoir quant à elle que le Bosphore aurait été formé autour de 5600 av. J.-C..

Histoire[modifier | modifier le code]

Le roi perse Darius voulut faire passer son armée de l'Asie vers l'Europe lors de son expédition contre les Scythes en 513 av. J.-C. Il fit construire un pont de bateaux sur le Bosphore pour relier les deux rives[4] :

« (Hérodote, IV, 83) Darius fit de grands préparatifs contre les Scythes ; il dépêcha de toutes parts des courriers, pour ordonner aux uns de lever une armée de terre, aux autres d'équiper une flotte, à d'autres enfin de construire un pont de bateaux sur le Bosphore de Thrace.

[...]

(ibid, IV, 85) [...] L'embouchure de [la Mer Noire, appelée le Pont-Euxin] a quatre stades de large sur environ six vingts stades de long. Ce col, ou détroit, s'appelle Bosphore. C'était là où l'on avait jeté le pont. Le Bosphore s'étend jusqu'à la Propontide [la mer de Marmara].

[...]

(ibid, IV, 87) Lorsque Darius eut considéré le Pont-Euxin, il revint par mer au pont de bateaux, dont Mandroclès de Samos était l'entrepreneur. Il examina aussi le Bosphore ; et, sur le bord de ce détroit, on érigea, par son ordre, deux colonnes de pierre blanche. Il fit graver sur l'une, en caractères assyriens, et sur l'autre, en lettres grecques, les noms de toutes les nations qu'il avait à sa suite. »

Un enjeu géostratégique ancien[modifier | modifier le code]

1453-1774 : principe de la clôture totale[modifier | modifier le code]

Pont Fatih Sultan Mehmet (1988) et la forteresse de Rumelihisarı (1452)

Après la chute de Constantinople, les détroits du Bosphore et des Dardanelles passèrent sous domination de l’Empire ottoman. Dès lors, fut appliquée une règle fondamentale du droit public ottoman, à savoir la fermeture à la navigation étrangère de cette mer intérieure qu’était la mer Noire et il fallait obtenir la permission du Sultan pour pouvoir entrer ou sortir du littoral. Ainsi les Vénitiens furent autorisés à commercer en 1479, 1482, 1513 et 1521[5].

La fermeture de la mer Noire commença à être menacée à partir du début du XVIIIe siècle suite à l'expansion de la Russie vers la mer Noire. Avec le traité de Karlowitz du 26 janvier 1699, la Sublime Porte accepta de céder à la Russie le littoral de la mer d’Azov. Le traité de Küçük Kaynarca (1774) installe définitivement la Russie dans la partie septentrionale de la mer Noire et consacre la liberté de passage et de navigation pour ses navires marchands dans la mer Noire, donc dans les détroits ; il s’agit alors d’une obligation et non plus d’une permission accordée par le Sultan[5].

1774-1841 : les détroits au cœur des relations diplomatiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Deuxième Coalition.

La fin du XVIIIe siècle voit augmenter l’influence de la puissance russe dans la région qui conclut avec l’Empire ottoman un traité d’alliance défensive le 23 décembre 1798 permettant aux navires de guerre de mouiller dans les ports de chacun. L'Angleterre participe bientôt à ce traité et obtient le droit de naviguer en mer Noire. Après l’accord de paix entre la France et l’Empire ottoman en 1801, les navires de commerce français obtinrent le même droit[5].

Le traité des Dardanelles, signé le 5 janvier 1809 entre l’Empire ottoman et l’Angleterre, constitue un tournant dans l’histoire des détroits. Par son article 11, la couronne britannique promettait de respecter le principe connu sous l’appellation d’« ancienne règle de l’Empire ottoman » selon lequel les détroits du Bosphore et des Dardanelles sont fermés aux bâtiments de guerre étrangers, « tant que la Sublime Porte se trouve en paix. » Ainsi, une puissance non riveraine obtint presque le droit de surveiller et de contrôler la clôture des détroits aux navires de guerre[5].

La convention internationale des détroits (1841)[modifier | modifier le code]

Maisons de style ottoman du XIXe siècle dans le quartier Arnavutköy sur la côte européenne du Bosphore à Istanbul

Signée à Londres le 13 juillet 1841, la convention internationale des détroits impose que le Sultan accepte de façon formelle et permanente de préserver en temps de paix l’ancienne règle de l’Empire ottoman, c’est-à-dire de défendre aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d’entrer dans les détroits. La Russie, la Grande-Bretagne, la France, l’Autriche et la Prusse s’engagent à respecter le principe de clôture des détroits, non seulement vis-à-vis de la Sublime Porte, mais également l’une envers l’autre. Cette convention constitue un échec diplomatique pour la Russie qui se trouve alors enfermée dans la mer Noire et n’est pas à l’abri des flottes ennemies, puisque la clôture des détroits n’était stipulée « qu’en temps de paix » ce qui autorise l’Empire ottoman à ouvrir le passage aux flottes de guerre de ses alliés. Ainsi pendant la guerre de Crimée, le Sultan permit à l’expédition alliée de passer les détroits pour attaquer Sébastopol[5].

Avec le traité de Paris de 1856 « la convention du 13 juillet 1841, qui maintient l’antique règle de l’Empire ottoman relative à la clôture des détroits du Bosphore et des Dardanelles, a été révisé d’un commun accord » (article X) dans un acte conclu à cet effet et annexé au traité. L’ensemble de la mer Noire fut déclaré neutre ; l’Empire ottoman et la Russie s’engagèrent à démanteler tout arsenal militaire maritime sur le littoral de la mer Noire ce qui évitait l’accès de la Russie à la Mer Méditerranée et permettait le retour à la politique britannique c'est-à-dire au principe de fermeture aux navires de guerre de toutes les nations.

Cette règle fut préservée jusqu’à la Première Guerre mondiale[5], où conformément au « 12e point Wilson », le traité de Sèvres, imposé à la Turquie à l'issue de sa défaite, avait institué la libre circulation pleine et entière dans les détroits, en temps de guerre comme en temps de paix.

Classement et trafic[modifier | modifier le code]

Demeures côtières (yalı) de l'époque ottomane sur le Bosphore
Vapur desservant les deux rives du Bosphore

Le statut international du détroit est régi par la convention de Montreux du 20 juillet 1936 sur le régime des détroits turcs. Ce traité, dont la France est dépositaire, octroie à la Turquie le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Ces détroits sont considérés comme des eaux internationales pour les navires de commerce, et la Turquie n'a pas le droit de restreindre leur usage en temps de paix. Les autorités maritimes turques peuvent inspecter les navires pour des raisons sanitaires ou de sécurité, imposer des droits de passage, mais n'ont pas le droit de leur interdire le franchissement du détroit. En temps de guerre, la Turquie peut restreindre l'accès au détroit.

Le trafic y est un des plus importants au monde et s'y croisent de nombreux tankers transportant le pétrole de la mer Noire. En 2003, 47 000 navires ont transité dans le détroit, dont plus de 8 000 transportaient une cargaison dangereuse, le plus souvent du GNL ou du pétrole. Le trafic a atteint quelque 53 000 navires en 2004.

Chaque matin, environ un million d'habitants de la rive anatolienne, soit près du quart de sa population, empruntent quelque cent cinquante navires, publics ou privés, pour aller travailler dans l'Istanbul européenne.

Pont Fatih Sultan Mehmet (1988) sur le Bosphore

Dangers liés à la navigation[modifier | modifier le code]

De violents courants le parcourent et son étroitesse, en certains endroits, rend la navigation particulièrement dangereuse et interdite la nuit pour les tankers. Cependant, de par son internationalisation, la présence d'un pilote à bord ne peut être exigée et plusieurs graves accidents s'y sont produits, notamment trois graves collisions entre deux pétroliers suivies d'incendie, dont celle du 13 mars 1994 qui causa la mort de 25 marins. Le 15 juillet 2005, un autre navire cargo panaméen transportant de la ferraille a coulé dans les eaux du détroit.

Le détroit constitue pour ces raisons un goulot d'étranglement, certains supertankers pouvant attendre plusieurs semaines avant de pouvoir le franchir : le projet canal Istanbul a pour objectif de désengorger ce détroit.

Franchissement[modifier | modifier le code]

Pont du Bosphore (1973) à Istanbul
  • Deux ponts routiers suspendus franchissent le détroit, le pont du Bosphore construit en 1973 et le pont Fatih Sultan Mehmet construit en 1988.
  • Un troisième pont est en construction au nord du Bosphore.
  • Un tunnel ferroviaire, le Marmaray destiné à une ligne de train urbain a été inauguré le 29 octobre 2013.
  • Un tunnel autoroutier, le Tunnel Eurasia (Avrasya Tüneli) est en construction depuis le 26 février 2011.
  • De nombreuses navettes pour passagers assurent également le passage...

Références[modifier | modifier le code]

  1. Bosporus, Encyclopædia Britannica.
  2. Populaire mais ancienne : Appien cite cette étymologie à la fin des guerres de Mithridate, texte écrit au 2e siècle.
  3. Dictionnaire des noms de lieux - Louis Deroy et Marianne Mulon (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X)
  4. Hérodote, L'Enquête, IV, 83-89 et 118, passage consultable ici
  5. a, b, c, d, e et f [PDF] Les détroits, atouts stratégiques majeurs de la Turquie. Tolga Bilner, doctorant à l’université Panthéon-Assas (Paris II, France) et assistant de recherche à l’université Galatasaray (Istanbul, Turquie)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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