Jean Monnet

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Jean Monnet
Timbre allemand à l'effigie de Jean Monnet.
Timbre allemand à l'effigie de Jean Monnet.
Fonctions
Président de la Haute Autorité de la CECA
10 août 19523 juin 1955
Successeur René Mayer
Commissaire général au Plan
3 janvier 194611 septembre 1952
Successeur Étienne Hirsch
Biographie
Nom de naissance Jean Omer Marie Gabriel Monnet
Date de naissance 9 novembre 1888
Lieu de naissance Cognac, Charente
Date de décès 16 mars 1979 (à 90 ans)
Lieu de décès Bazoches-sur-Guyonne, Yvelines
Nationalité Française
Profession Négociant, haut fonctionnaire

Jean Monnet Jean Monnet
Personnes inhumées au Panthéon de Paris
Pères de l'Europe
Commissaires au Plan
Présidents de la Haute Autorité de la CECA

Jean Omer Marie Gabriel Monnet (né le 9 novembre 1888 à Cognac et mort le 16 mars 1979 à Bazoches-sur-Guyonne) est un fonctionnaire international français, un agent d'influence au service des Alliés durant la Seconde Guerre mondiale, un des artisans de la planification française au moment de la reconstruction, et un des principaux fondateurs de l'Union européenne. Promoteur de l'atlantisme, du libre-échange et d'une disparition des États-nations au profit d'une Europe fédérale sur le modèle des États-Unis, il est considéré comme un des Pères de l'Europe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Buste de Jean Monnet à Cognac.

Jean Monnet est né le 9 novembre 1888 à Cognac au no 9 rue neuve des Remparts. Il est issu d'une famille de négociants en cognac et a débuté sa carrière dans l'entreprise familiale. Sa formation est essentiellement due aux conversations qu'il écoutait, dès l'enfance, à la table familiale, entre son père et ses clients étrangers, sur le commerce du cognac, un des premiers secteurs français très internationalisés.

Il interrompt ses études avant son baccalauréat à seize ans (il a un an d'avance mais n'aime pas l'école) pour travailler dans l'entreprise paternelle. Puis, à dix-huit ans, Jean Monnet s'installe, dans un premier temps, à Londres. Il voyage ensuite plusieurs fois en Amérique du Nord, pour l'entreprise familiale. Jean Monnet en tire une parfaite maîtrise de l'anglais, chose rare à l'époque pour un Français, et une profonde connaissance de la mentalité des Anglo-saxons, ce qui lui permet d'obtenir immédiatement leur confiance : il reste ensuite toujours pour eux Mister Jean Monnet of Cognac.

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1914, après la bataille de la Marne — il a été réformé —, à peine âgé de 26 ans et fort de son expérience d'affréteur maritime, il obtient un entretien avec le président du Conseil René Viviani, replié à Bordeaux : lui décrivant le gâchis que représente l'utilisation désordonnée des flottes marchandes française et britannique, il lui explique la nécessité de créer un pool maritime franco-britannique pour optimiser les transports de vivres, munitions et matière premières et réussit à le convaincre.

À cette fin, il est nommé responsable de la coordination des ressources alliées sous le statut de haut fonctionnaire inter-allié en 1916 pendant toute la durée restante de la Première Guerre mondiale. Il est confirmé dans ses fonctions par Clemenceau.

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

En 1919, il est un des artisans de la création de la Société des Nations, organisation dont il est nommé le numéro 2. Il effectue des missions en Silésie, en Autriche, en Pologne et en Roumanie. En 1920, il est appelé au poste de secrétaire général adjoint de la nouvelle organisation internationale à moins de 32 ans, ce qui lui permet d'être le principal organisateur de la Conférence financière de Bruxelles de septembre 1920, qui reconnut que la déflation consécutive à la guerre pourrait avoir des répercussions désastreuses sur l'économie mondiale.

Démissionnaire en décembre 1923 afin de rejoindre l'entreprise de son père en grande difficulté, Jean Monnet la redresse et s'engage dans une carrière d'homme d'affaires puis de financier international, travaille en France et aux États-Unis. Il s’enrichit dans le commerce d’alcool pendant la prohibition[1],[2].

En 1929 il fonde et copréside la Bancamerica, une grande banque américaine à San Francisco. La même année, il rencontre Silvia de Bondini (1907-1982), qu'il épouse en 1934 à Moscou.

Entre 1934 et 1936 il part en Chine comme conseiller de Tchang Kaï-chek qui voulait faire entrer son pays dans le XXe siècle.

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Projet de fusion de la France dans le Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Rentré en France, en 1938, il préside, dès décembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, le comité de coordination visant à mettre en commun depuis Londres, les capacités de production de la France et du Royaume-Uni en vue de préparer et de coordonner l'effort d'armement.

Lorsque Churchill est nommé premier ministre du Royaume-Uni le 10 mai 1940, Jean Monnet arrive à le convaincre , dans une note intitulée Anglo-French unity, de l'intérêt d'une union franco-britannique immédiate de la France et du Royaume-Uni avec un seul Parlement et une seule armée, pour être plus forts face à l'Allemagne. Le général de Gaulle essaie de convaincre Paul Reynaud, le président du Conseil de signer le traité pour cette union; Le 15 mai, celui-ci déclare au téléphone à Winston Churchill: « Nous sommes battus, nous avons perdu la bataille», et le lendemain, le général Gamelin donne l'ordre de repli aux forces françaises qui se battent en Belgique, et le 18 mai, Paul Reynaud annonce à la radio la nomination du Maréchal Pétain au poste de vice-président du Conseil.

Le 14 juin, les troupes allemandes entrent à Paris. Le 16 juin, de Gaulle, en mission à Londres, dicte lui-même au téléphone le texte de la note à Paul Reynaud. Le même jour, il arrive à Bordeaux, apprend que Paul Reynaud s'est démis de ses fonctions le soir-même et que Philippe Pétain est devenu président du Conseil. Le soir du 17 juin, Jean Monnet reçoit à son domicile londonien le général de Gaulle, qui prépare son appel radiodiffusé du lendemain. Jean Monnet coopère momentanément avec lui pour tenter de maintenir le gouvernement de la France aux côtés des Alliés. Néanmoins, il refuse de s'associer à lui pour le lancement de la France libre. Il était à la tête des Français de Londres qui cherchaient à saper la création de l’entité « France Libre ». Paradoxalement, de Gaulle et Monnet, quoique très différents, eurent immédiatement la même analyse sur la nature mondiale de la guerre et sur son issue victorieuse grâce à l'intervention certaine des États-Unis.

Livraisons d'armes[modifier | modifier le code]

En août 1940, Jean Monnet est envoyé aux États-Unis par le gouvernement britannique, pour négocier l’achat de fournitures de guerre. Les États-Unis ont une politique isolationniste, mais il réussit à persuader le président Roosevelt de relancer l'industrie de guerre américaine, afin de pouvoir contre-attaquer très vite et très fort le moment venu. C’est la mise en place du « Victory program ». Jusqu’en 1945, il s’emploie à coordonner l’effort de guerre entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Dès 1942, il était prévu de construire 60 000 avions, 45 000 chars d’assaut et huit millions de tonnes de navires de guerre. Jean Monnet résumera cette politique par une phrase célèbre : « Il vaut mieux 10 000 chars de trop qu'un seul de moins [que nécessaire]. » John Keynes a dit de lui qu’il avait abrégé la guerre d’un an[3].

Action pour évincer De Gaulle[modifier | modifier le code]

En 1943, il est envoyé par Roosevelt à Alger pour seconder le général Giraud au sein du Commandement en chef français civil et militaire : il contribue largement à l'abandon progressif par Giraud de la législation de Vichy[4]. Le 6 mai 1943, alors qu'il négociait la création du Comité français de la Libération nationale, Monnet adressait au principal et très proche conseiller de Roosevelt, Harry Hopkins, une note alors secrète mais connue depuis l'ouverture des archives. Elle ne laisse aucune illusion sur les sentiments qu'il portait au général de Gaulle et sur la conduite à tenir, selon lui, au regard du chef de la France Libre : « Il faut se résoudre à conclure que l'entente est impossible avec lui ; qu'il est un ennemi du peuple français et de ses libertés ; qu'il est un ennemi de la construction européenne, qu'en conséquence il doit être détruit (sic) dans l'intérêt des Français. »[5],[6] Il est ensuite membre du Comité français de la Libération nationale institué pour unifier l’effort de guerre des autorités françaises de Londres et d’Alger. En 1944, il est chargé d’évaluer les besoins qu’aura la France après la libération, et négocie auprès du gouvernement américain, les premiers prêts et les premiers accords de crédit. Mais cependant, il n’a aucune responsabilité dans le lancement du plan Marshall.

Le plan de reconstruction[modifier | modifier le code]

Dès 1943, ses projets pour l'Europe intègrent les exigences américaines concernant les suppressions des droits de douane et des contingentements européens, ainsi que la création d'une « unité économique européenne commune »[7].

Pour lui, l'économie de guerre était planifiée, et il est naturel que l'économie de la reconstruction le soit aussi, mais son but n'est pas d'adopter la philosophie de la planification à la soviétique et surtout de transposer en France leurs méthodes autoritaires. Son but est d'insuffler du dynamisme, pas d'imposer des objectifs. À la libération, il est chargé du plan pour relancer l'économie, en tant que commissaire au Plan, de décembre 1945 à 1952. Il est le père de la planification à la française. Le travail de ses services consiste à étudier la situation, à mettre en évidence les priorités, à évaluer les volumes de production souhaitables, à lancer les discussions sur les moyens de les mettre en œuvre, et surtout à lancer la reconstruction et la modernisation de l'appareil de production. Il est avec Léon Blum le négociateur de l'accord Blum-Byrnes de 1946 qui ouvre le territoire français à la production cinématographique américaine.

En janvier 1947, après de longs entretiens avec près d'un millier de personnes (patrons, syndicalistes et fonctionnaires), secrets et en tête-à-tête, pour éviter le formalisme et le lobbyisme, un plan est présenté au gouvernement de Léon Blum. Ce plan est l'affaire de tous et est soutenu par tous les syndicats ouvriers (CGT, CFTC), les syndicats agricoles et le CNPF.

L’Europe unie[modifier | modifier le code]

Jean Monnet (gauche) avec Konrad Adenauer en 1953

Dès 1950, des rapports signalaient que l’Allemagne se relève beaucoup plus vite que la France, certains craignent que les vaincus soient à nouveau tentés par une revanche. De plus, il faut définitivement intégrer l’Allemagne dans le camp occidental alors que la guerre froide débute et que le centre de l'Europe risque de devenir un espace d'instabilité et de guerre Est-Ouest. La France se doit de prendre l’initiative, de tendre la main à l’ennemi d'hier et de proposer de lier les destins des deux principaux pays de l’Europe continentale.

Jean Monnet travaille en secret sur un projet de mise en commun du charbon et de l’acier, principales sources d'une possible industrie de guerre. Au printemps 1950, il présente son projet à Robert Schuman, celui-ci après s’être assuré de l’accord du chancelier Konrad Adenauer, fait le 9 mai 1950, une déclaration solennelle pour inviter tous les pays intéressés à poser « les premières bases concrètes d’une fédération européenne ».

Dans un discours de 1950, Jean Monnet dit :

« La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. Notre Communauté contribuera à régler les problèmes d’échange qui se posent dans le monde. [...] Nous sommes déterminés à rechercher sans délais dans des conversations directes, les moyens de mettre en œuvre l’intention déclarée du gouvernement britannique d’établir l’association la plus étroite avec la Communauté. Nous sommes convaincus que nous pouvons envisager une collaboration étroite et fructueuse avec les États-Unis, qui depuis la proposition faite par Monsieur Schuman le 9 mai 1950, nous ont donné des preuves répétées de leur sympathie active. [...] Mais, nous ne sommes qu'au début de l'effort que l'Europe doit accomplir pour connaître enfin l’unité, la prospérité et la paix. »

[8]

Le traité de Paris de 1951, entérine la création de la Haute Autorité, une idée inspirée des agences fédérales américaines, l'Assemblée des Six, une Cour de Justice qui veille au respect du traité, et un Conseil de ministres qui assure l'harmonisation des politiques des États membres. C'est la préfiguration d'une Fédération européenne. La CECA est créée et Jean Monnet devient, de 1952 à 1955, le premier président de cette Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), installée à Luxembourg, le 10 août 1952. Dès 1953, le charbon et l'acier circulent librement en Europe.

Pour lui, cette Europe des six en devenir, est le moyen de lier l'Allemagne et la France et de désamorcer la renaissance d'une rivalité séculaire, en plaçant les productions de l'acier et du charbon, dans le cadre d'une délégation de souveraineté. Mais il veut aller plus loin, car dès cette époque il est envisagé une armée nationale allemande, ce qui semble être un dangereux retour en arrière. Il propose donc la création d'une armée européenne, présentée par René Pleven dans le cadre d'un Plan de Communauté européenne de défense (CED). Un premier traité sera signé mais sous le gouvernement Mendès France, le Parlement français le rejette en 1954.

À la suite de cette première grave crise européenne, Jean Monnet démissionne de la Haute Autorité et fonde le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe, afin de poursuivre son activité en faveur de l’unité européenne à travers lui. Ce comité regroupe les forces syndicales et politiques des six pays et représente plus de dix millions de personnes. Il prône une fédération européenne et propose de placer le siège des institutions communautaires dans un « district fédéral » échappant aux souverainetés nationales. Jean Monnet l’anime jusqu'en 1975, et travaille sur les projets de traité pour le Marché commun et d'Euratom, qui privilégie une filière américaine d'approvisionnement contre l'indépendance nucléaire française[7], projets qui aboutissent au traité de Rome, le 25 mars 1957, et sur le projet d'élargissement de la Communauté au Royaume-Uni.

Une citation de Jean Monnet résume parfaitement sa vision politique et son état d'esprit : « Nous ne coalisons pas les États, nous rassemblons les hommes. » Clairement, aux yeux de Monnet, les États souverains doivent disparaître.

L'antagonisme entre de Gaulle et Monnet[modifier | modifier le code]

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Le général de Gaulle s'était violemment opposé à la CED et avait fermement critiqué la mise en place de la CECA et du Traité de Rome. Bien qu'il ait ignoré le détail des intrigues que Monnet avait menées contre lui auprès de Roosevelt, l'ancien chef de la France Libre se méfiait de lui parce qu'il s'était rallié directement aux Anglo-Saxons pendant la Seconde Guerre mondiale et avait soutenu le général Giraud à Alger. Il le traitera un jour de « petit financier à la solde des Américains »[9]. Enfin, il voyait en ses projets la concrétisation de l'idée de supranationalité, qui mettait en danger l'indépendance de la France (« [...] une commission commune qui ne soit naturellement pas constituée avec des Jean Monnet, des apatrides soi-disant supranationaux, mais avec des fonctionnaires qualifiés »[10]). Néanmoins, quand il revint au pouvoir, le Général ne remit pas en cause les premiers acquis de la construction européenne, dont Jean Monnet était un des principaux instigateurs ; cependant, tout le temps que de Gaulle resta au pouvoir, la France allait demeurer hostile à tout transfert de souveraineté important.

En effet, selon lui, la construction européenne devait se fonder « sur des réalités », c'est-à-dire sur les États et seulement sur eux. À ses yeux, l'Europe unie devait se résumer à un partenariat franco-allemand ; il aurait dit à ce propos : « L'Europe ? C'est la France et l'Allemagne ; le reste, c'est les légumes ! » Il reste ainsi fidèle à la vision de la France sur l'Allemagne qu'avaient Richelieu ou Jacques Bainville. Dès 1958, il manifeste clairement sa priorité diplomatique en nommant l'ambassadeur de France à Bonn, Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères. Puis, il reçoit le chancelier Adenauer, chez lui, à Colombey, honneur qu'il ne renouvellera jamais pour un autre. La messe solennelle célébrée dans la cathédrale de Reims avec le chancelier, la libération des derniers Allemands condamnés pour crimes de guerre en France sont autant de gestes symboliques qui doivent se conclure par le traité de l'Élysée de janvier 1963, qui scelle la réconciliation entre ce qu'il appelait « les Gaulois et les Germains ».

Le lobbying de Monnet et des Américains auprès des parlementaires allemands parvient néanmoins à neutraliser celui-ci. Le Bundestag, en ratifiant le traité de 1963, le fait précéder d'un préambule replaçant celui-ci dans le cadre de l'Alliance atlantique et réaffirmant la priorité de l'alliance germano-américaine sur le partenariat franco-allemand[11].

Le bilan historique de ce duel est nuancé. Les autres États européens font savoir, tout de suite, qu'ils ne veulent pas de ce condominium et qu'ils préfèrent être gouvernés, pour ce qui concerne la sécurité, de loin, par les États-Unis, que de trop près par les deux géants d'Europe, même réconciliés[réf. nécessaire].

Cependant, force est de constater que les principales réalisations concrètes de la construction européenne partent d'un accord préalable franco-allemand : la politique agricole commune, dite PAC, les programmes Ariane ou Airbus, l'euro, qui comme le dit l'un de ses principaux détracteurs, Jean-Pierre Chevènement, « constitue la fusion franc-mark », sont la preuve d'une volonté politique qui permet de conserver le soutien des opinions publiques.

Jean Monnet, qui, de son propre aveu, n'a jamais aimé les études, accordait le primat à l'économie et à l'international, qu'il connaissait bien. De Gaulle, imprégné d'une très profonde culture historique, et ayant peu d'expérience dans le domaine économique[réf. nécessaire], privilégiait les relations entre États.

La retraite[modifier | modifier le code]

Affiche de la Maison de Jean Monnet.

En 1963, il crée à Lausanne l’Institut de recherches historiques européennes dans le but de rassembler des archives significatives et de leur consacrer des recherches. Il assurera la présidence de cet institut jusqu’en 1965.

En 1975, à l’âge de 87 ans, il prend sa retraite définitive dans sa maison d’Houjarray pour écrire ses Mémoires. Il décède le 16 mars 1979, à l’âge de 90 ans. Ses obsèques ont lieu le 20 mars 1979 à Montfort-l'Amaury en présence du président Giscard d'Estaing et du chancelier Schmidt. Ses cendres ont été déposées au Panthéon.

Image et héritage[modifier | modifier le code]

Jean Monnet utilisera pour la mise en place de la CECA, puis du Marché commun, l'expérience acquise au cours des deux Guerres mondiales : donner des pouvoirs limités, mais réels, à des institutions supranationales, dans des secteurs essentiels ; la nature essentielle des secteurs concernés permet à ces institutions d'accroître lentement mais, constamment, leurs pouvoirs d'influence.

Jean Monnet restera l'un des hommes d'État français les plus importants du XXe siècle, même s'il n'a jamais reçu de mandat électif du peuple français, ce qui lui est parfois reproché. Il utilisera ses fonctions officielles, quasiment toujours supranationales et pour des durées assez brèves, comme levier pour promouvoir ses idées en faveur de l'unification européenne.

L'image et l'écriture de la biographie de Jean Monnet doivent beaucoup au service de presse de la Haute autorité de la CECA, service dirigé par l'un de ses proches, François Fontaine[12], qui diffuse à grande échelle dans tous les pays européens des brochures vantant l'action du « père fondateur ». Cette lecture laudative et normalisée de la vie de Jean Monnet est également le fait du Centre de recherches européennes, devenu Fondation Jean-Monnet pour l'Europe concentrant un certain nombre d'archives européennes[7].

À une époque plus récente, sa méthode est quelquefois remise en cause par certains hommes politiques, comme Dominique Strauss-Kahn, qui affirmait dans un rapport remis à Romano Prodi en mars 2004 :

« Aujourd'hui la méthode Monnet est arrivée à épuisement. Le déséquilibre qu'elle a généré — des compétences politiques de plus en plus importantes confiées à une institution de nature technique — provoque une crise institutionnelle profonde : l'Union européenne est malade de son déficit démocratique[13]. »

Ainsi, le déficit démocratique de l'Union européenne est depuis quelques années dénoncé par des personnalités politiques de tous bords ; seuls les plus inconditionnels ou impliqués de ses partisans le contestent ou n'en parlent pas[14].

Marie-France Garaud est beaucoup plus sévère quant au rôle historique de Jean Monnet dans la construction européenne et la destruction des nations souveraines. Elle le présente comme un agent d'influence américain et affirme à son sujet : « c'était d'ailleurs un agent américain. On sait même combien il a été rémunéré puisque maintenant c'est déclassifié… »[15],[16].

Récompenses[modifier | modifier le code]

Buste de Jean Monnet au Palais de la Paix de La Haye.

Il fut intronisé docteur honoris causa par de nombreuses universités anglo-saxonnes : université de Cambridge (8 juin 1961), Dartmouth (11 juin 1961), Yale (12 juin 1961), université d'Oxford (26 juin 1963). Au total, une trentaine de prix et distinctions lui furent attribués.

En 1953, il est fait lauréat du Prix international Charlemagne d'Aix-la-Chapelle qui récompense les personnalités engagées pour l'unité européenne.

Le 2 avril 1976, le Conseil européen de Luxembourg décerne à Jean Monnet le titre de « Citoyen d'honneur de l'Europe » ; il est considéré comme un des pères de l'Union européenne.

Le jour du centenaire de la naissance de Jean Monnet, le 9 novembre 1988, le président de la République François Mitterrand, lui aussi né en Charente, préside la cérémonie du transfert des cendres du Père de l'Europe au Panthéon de Paris.

En 1992, la France a frappé une monnaie commémorative en argent de 100 francs créée par Joaquin Jimenez ; Jean Monnet y est représenté entouré des douze étoiles du drapeau de la Communauté européenne et de l'inscription « COMMUNAUTE EUROPEENNE - JEAN MONNET - UNIR LES HOMMES ».

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • L'Europe et l'organisation de la paix, First Édition, Lausanne, 1964.
  • Mémoires, Fayard, Paris, 1976, 642 pages.
  • Les États-unis d'Europe, Robert Laffont, Paris, 1992.
  • Repères pour une méthode : propos sur l'Europe à faire, Fayard, Paris, 1996.

Archives personnelles[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Jean Monnet ou les rêves d’un banquier» Les dessous de Bruxelles, sur le site ellynn
  2. (en) Frederic J. Fransen, The supranational politics of Jean Monnet: ideas and origins of the European Community, p. 15.
  3. Emmanuel Monick, Pour Mémoire, éd. Mesnil, 1970, p. 67-68.
  4. Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, 2002, p. 378-379.
  5. Jean-Pierre Chevènement, La Faute de M. Monnet, Fayard, 2006.
  6. Marie-France Garaud Impostures politiques, Plon, Tribune libre, 2011.
  7. a, b et c Christophe Réveillard, « L'Europe de Jean Monnet », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 72, mai-juin 2014, p. 49-51.
  8. « La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. Notre Communauté contribuera à régler les problèmes d’échange qui se posent dans le monde. Nous sommes déterminés à rechercher sans délais dans des conversations directes, les moyens de mettre en œuvre l’intention déclarée du gouvernement britannique d’établir l’association la plus étroite avec la Communauté. Nous sommes convaincus que nous pouvons envisager une collaboration étroite et fructueuse avec les États-Unis, qui depuis la proposition faite par Monsieur Schuman le 9 mai 1950, nous ont donné des preuves répétées de leur sympathie active. Nous assurerons toute liaison utile avec les Nations unies et l’Organisation européenne de coopération économique. Nous développerons avec le conseil de l'Europe toutes les formes de collaboration et d'assistance mutuelle prévues par le traité. Mais, nous ne sommes qu'au début de l'effort que l'Europe doit accomplir pour connaître enfin l’unité, la prospérité et la paix. »
  9. Les Grandes énigmes de la Résistance, Bernard Michal, 1968, page 185
  10. Alain Peyrefitte, "C'était de Gaulle", Tome II, page 163, à propos d'une organisation européenne de défense
  11. Christophe Réveillard, « De Gaulle et l'Europe », La Nouvelle Revue d'Histoire, no 72, mai-juin 2014, p. 52-54.
  12. Né à Barbezieux (Charente) en 1917 et mort à Paris en 1996, ce haut fonctionnaire européen, licencié en droit, diplômé de l'École des sciences politiques de Paris, fut chef de cabinet de Jean Monnet (1947-1952), directeur du bureau Parisien des Communautés européennes (1955-1981) et conseiller spécial de la Commission de la CEE en 1984
  13. Cité par Jean-Pierre Chevènement dans La Faute de M. Monnet, p. 42).
  14. Par exemple Violaine Hacker, coordonnatrice des Études et responsable du groupe de travail Mondialisation à Confrontation Europe, dans Fonction programmative du Parlement européen et déficit démocratique de la puissance publique européenne, Dynamiques et résistances politiques dans le nouvel espace européen, sous la dir. de : Élisabeth Du Réau, Christine Manigand, Traian Sandu, Éditions L'Harmattan, 2005, 227 p.
  15. « L'Allemagne, ennemie publique no 1 », Ce soir (ou jamais !), France 2, 10 mai 2013.
  16. (en) Aldrich, Richard, « OSS, CIA and European Unity: The American Committee on Untied Europe 1948-60 », Diplomacy & Statecraft, 1er mars 1997 [PDF].

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pascal Fontaine, Jean Monnet l'Inspirateur, Jacques Grancher, Paris, 1988.
  • Éric Roussel, Jean Monnet (biographie), Fayard, Paris, 1996, 915 p.
  • Pierre Gerbet, La Construction de l'Europe, Imprimerie nationale, 1999 (3e éd.), 498 p. Ce livre raconte dans tous ses détails les débuts de l'aventure de la CECA et de la CEE.
  • G. Bossuat, A. Wilkens, Jean Monnet : l'Europe et les chemins de la paix, Paris, 2000.
  • Marc Joly, Le Mythe Jean Monnet, CNRS Éditions, 2007.
  • Michel Adam, Jean Monnet, citoyen du monde - la pensée d'un précurseur, L'Harmattan, 2011, 133 p. Ce livre montre les liens entre le pragmatisme de Monnet et la pensée complexe d'Edgar Morin.

Compléments[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]