René Coty

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René Coty
René Coty, en 1948.
René Coty, en 1948.
Fonctions
Membre du Conseil constitutionnel français
5 mars 195922 novembre 1962
Président Léon Noël
17e président de la République française
16 janvier 19548 janvier 1959
(&&&&&&&&&&&018184 ans, 11 mois et 22 jours)
Élection 23 décembre 1953
Président du Conseil Joseph Laniel
Pierre Mendès France
Edgar Faure
Guy Mollet
Maurice Bourgès-Maunoury
Félix Gaillard
Pierre Pflimlin
Charles de Gaulle
Prédécesseur Vincent Auriol
Successeur Charles de Gaulle
(Ve République)
Sénateur de la Seine-Inférieure
7 novembre 194823 décembre 1953
Ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme
24 novembre 19477 septembre 1948
Président Vincent Auriol
Président du Conseil Robert Schuman
André Marie
Gouvernement Schuman I
Marie
Schuman II
Prédécesseur Jean Letourneau
Successeur Eugène Claudius-Petit
Député de la Seine-Inférieure
10 juin 192331 mai 1935
Législature XIIe-XIIIe-XIVe-XVe
21 octobre 194519 novembre 1948
Législature Constituantes 1945-1946
Ire (Quatrième République)
Sénateur de la Seine-Inférieure
14 janvier 193631 décembre 1944
Biographie
Nom de naissance Jules Gustave René Coty[1]
Date de naissance 20 mars 1882
Lieu de naissance Le Havre (Seine-Inférieure)
Date de décès 22 novembre 1962 (à 80 ans)
Lieu de décès Le Havre (Seine-Inférieure)
Nature du décès Infarctus du myocarde
Nationalité Drapeau de la France Française
Parti politique AD
CNIP
Conjoint Germaine Corblet
Enfant(s) Geneviève Coty
(épouse Egloff)
Anne-Marie Coty
(épouse Georges)
Diplômé de Université de Caen
Profession Avocat (droit civil et pénal)
Religion Catholicisme

Jules Gustave René Coty, dit René Coty, né le 20 mars 1882 au Havre et mort le 22 novembre 1962 dans la même ville, est un homme d'État français, président de la IVe République de 1954 à 1959.

Député de la Seine-Inférieure de 1923 à 1935 puis de 1945 à 1948, sénateur de la Seine-Inférieure de 1936 à 1944 puis de 1948 à 1953, il occupa les fonctions de ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme, de 1947 à 1948 dans le cabinet de Robert Schuman puis d'André Marie, il devient ensuite vice-président du Conseil de la République[2] jusqu'en décembre 1953, date à laquelle il est élu à la présidence de la République, au 13e tour de scrutin.

Son mandat est marqué par le gouvernement de Pierre Mendès France, la fin de la guerre d'Indochine, le début de la guerre d'Algérie et le retour du général de Gaulle au pouvoir, qui entraîna la fondation de la Ve République et son départ volontaire, en janvier 1959 de la présidence de la République pour laisser place à de Gaulle, « le plus illustre des Français », comme l'appelait le président Coty.

René Coty est le second et dernier président de la IVe République.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une jeunesse littéraire[modifier | modifier le code]

(Voir plus bas le paragraphe Généalogie).

René Coty est le fils de Jean Coty, républicain modéré, directeur d'un collège, et mari de Blanche Sence. René Coty a deux sœurs, Nelly et Marthe, et deux frères, Marcel et Henri. Tous les membres de la famille Coty sont normands et ont exercé des métiers divers tels que cultivateurs, instituteurs ou encore artisans[3].

En 1899, le jeune René Coty obtient un double baccalauréat en sciences et en lettres, avec la mention bien, et part faire ses études à l'université de Caen. En 1900, cependant, il est exempté du service militaire, pour cause de maigreur. Cette même année, il représente l'association générale des étudiants de Caen au Congrès international de Paris[4]. Deux ans plus tard, en 1902, il obtient une licence en droit et une licence en lettres et philosophie. Il prête serment d'avocat la même année et s'inscrit au barreau du Havre. Spécialiste en droit maritime et commercial, il plaide au civil et au pénal. Par deux fois, l'avocat Coty fut bâtonnier de l'Ordre des Avocats. C'est au printemps que le jeune René Coty s'engage en politique, lorsqu'il soutient la campagne du député-maire du Havre Jules Siegfried lors des élections législatives.

Passionné de littérature et de philosophie, il fonde en 1905 le Cercle Vallonges, un cercle littéraire, avec quelques amis, également intéressés par les livres.

Son épouse, Germaine Corblet[modifier | modifier le code]

Le 21 mai 1907, René Coty épouse, en l'église Saint-Michel du Havre, Germaine Corblet, fille d'un armateur havrais. Le couple a deux filles, Geneviève, née en 1908, épouse de Louis-Félix Egloff à partir de 1929, avec lequel elle a six filles, et Anne-Marie, née en 1910, épouse du docteur Maurice Georges à partir de 1932, avec lequel elle a trois filles et un fils. Geneviève et Anne-Marie décèdent toutes deux en 1987.

Benoît Duteurtre, né en 1960, un arrière-petit-fils de René et Germaine Coty, est un romancier, essayiste et critique musical.

Une carrière politique importante[modifier | modifier le code]

Débuts dans la vie politique locale[modifier | modifier le code]

Laïque et démocrate, il s'inscrit dans la ligne de Gambetta, Jules Ferry et Waldeck-Rousseau. C'est ce qu'on appelle un modéré.

En mai 1908, René Coty est élu conseiller municipal du Havre, sur la liste « Union du comité républicain du Bloc des Gauches ». Il exerce cette fonction jusqu'en 1919. Un an plus tard, en 1909, il est élu secrétaire général du Grand cercle républicain. Dans sa carrière d'avocat, Coty défend le syndicaliste Jules Durand en 1910, mis en cause dans l'assassinat d'un ouvrier non-gréviste. Ce fait divers inspira Salacrou, qui en fait une pièce, Boulevard Durand, en 1950.

En 1913, élu conseiller général de Seine-Inférieure, il désire se faire entendre, se faisant le défenseur de la vie politique locale. Il sera réélu à quatre reprises, en 1919, 1925, 1931 et 1937.

En 1914, Coty est engagé volontaire dans le 129e Régiment d'infanterie qui fait partie de la division Mangin. Il participe notamment à la bataille de Verdun, tout comme l'ensemble de sa division. En 1918, à la fin de la guerre, Coty reprend sa robe d'avocat et continue à travailler dans son cabinet.

Député de la Seine-Inférieure[modifier | modifier le code]

Portrait de René Coty, député de la Seine-Inférieure (1929).

En décembre 1919, René Coty se présente aux élections municipales, et brigue la mairie du Havre, mais est cependant battu. En juin 1923, il est élu député de la Seine-Inférieure. Il succède à son modèle, Jules Siegfried, prend ses distances avec le parti radical, et rejoint l'Union républicaine. Dès lors, il s'investit dans son travail parlementaire, et devient membre de plusieurs commissions, dont celle de la Marine marchande.

Le 13 décembre 1930, le député Coty est nommé sous-secrétaire d'État à l'Intérieur dans le gouvernement de Théodore Steeg. Il occupe cette fonction dix jours seulement, jusqu'au 23 décembre.

En 1932, il est élu vice-président du Conseil général de Seine-Inférieure. La même année, peu après sa réélection à la Chambre des députés, René Coty décide de quitter le barreau pour se consacrer à son travail parlementaire. Cependant, il ouvre un cabinet de conseiller juridique à Paris, la capitale.

Sénateur de la Seine-Inférieure[modifier | modifier le code]

En 1936, René Coty est élu sénateur ; c'est cette même année que le couple Coty s'installe, dans un appartement du quai aux Fleurs. Il devient membre de la commission des Finances.

Le 10 juillet 1940, le sénateur Coty vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, avant de se tenir à l'écart de la vie publique. En 1943, cependant, il travaille avec un petit groupe de sénateurs à Paris en faveur de la Libération. De 1944 à 1945, il est déclaré inéligible, du fait de son vote en faveur du maréchal, en juillet 1940, mais, compte tenu de ses activités en faveur de la Résistance, à la Libération, est réhabilité le 11 octobre 1945 par le jury d'honneur.

Député de la Seine-Inférieure à l'Assemblée nationale constituante[modifier | modifier le code]

Lors des élections législatives du 21 octobre 1945 puis de celles de juin 1946 qui doivent désigner une Assemblée nationale constituante, René Coty est à nouveau élu député de la Seine-Inférieure, en tant que membre du Parti des Républicains Indépendants. Il sera réélu élections législatives du 10 novembre 1946

Ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme[modifier | modifier le code]

René Coty est nommé ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme dans le premier cabinet de Robert Schuman, du 24 novembre 1947 au 26 juillet 1948, dans le cabinet d'André Marie, du 26 juillet au 5 septembre 1948 et enfin dans le second cabinet de Robert Schuman, du 5 septembre au 11 septembre 1948.

Sénateur de la Seine-Inférieure au Conseil de la République[modifier | modifier le code]

Lors des sénatoriales de novembre 1948, Coty retrouve son titre de sénateur de la Seine-Inférieure. En juillet 1949, il devient également vice-président de l'Union parlementaire européenne.

Réélu en 1952, Coty écrit la même année dans son journal personnel que sa « candidature à l'Élysée semble sérieusement envisagée par des gens sérieux ». Coty évoque alors, par le biais de cette éventuelle candidature, la succession du président de la République sortant, Vincent Auriol, qui ne songe pas à se représenter pour un second mandat de sept ans.

Président de la République française[modifier | modifier le code]

Élection[modifier | modifier le code]
René Coty devant un meuble en palissandre, combiné radio-électrophone, dans un salon de l'Élysée, en 1955.

En 1953, le président de la République, Vincent Auriol, affirme qu'il ne se représentera pas au mois de décembre pour un second mandat de sept ans. Le président du Conseil des ministres, Joseph Laniel, est alors favori pour succéder au président Auriol.

Vice-président du Conseil de la République en 1948, René Coty approchait de ses soixante-douze ans à la fin de 1953, et sa candidature à l'Élysée pour succéder au président Vincent Auriol n'était pas une évidence, d'autant plus que la tradition sous la troisième et quatrième république était d'élire le plus souvent le président du Conseil de la République (ancien Sénat), à ce moment là Gaston Monnerville[5]. Ainsi, pour la première fois, alors que jusque-là le président de la République était rapidement élu dès le premier tour ou éventuellement au second, le scrutin s'éternisa lors de l'élection de 1953 ; Joseph Laniel, candidat de la droite et président du Conseil, n'arriva jamais à obtenir la majorité absolue, nécessaire dans ce genre d'élection.

Après le dixième tour, il se retira au profit de Louis Jacquinot, lequel fit encore moins bien, passant même au-dessous de son rival socialiste, Marcel-Edmond Naegelen ; il se retira à son tour au profit de René Coty, ancien ministre de l'Urbanisation et de la Reconstruction, qui, sans être candidat et alors opéré de la prostate (cette hospitalisation lui évitant de se prononcer pour ou contre la Communauté européenne de défense)[6], avait obtenu 71 voix. Cette fois, le nouveau candidat de la droite passa d'emblée à douze voix de la majorité absolue ; on décida de procéder immédiatement au 13e tour de scrutin et René Coty fut largement élu, le 23 décembre 1953. Le nouveau président de la République entra en fonction le 16 janvier 1954, après la cérémonie de passation des pouvoirs avec son prédécesseur Vincent Auriol, lors d'une cérémonie au palais présidentiel de l'Élysée.

Mandat[modifier | modifier le code]

Dans les attributions étroites que la Constitution de 1946 lui donnait, il se conduisit avec finesse et dignité, devenant vite très populaire dans le cœur des Français, ainsi que son épouse, Germaine Coty. Lorsqu'elle apprit l'élection de son mari : « Et dire que je viens de rentrer mon charbon pour l'hiver ! ». En janvier 1956, il refusa néanmoins de nommer Pierre Mendès-France, président du Conseil, bien que celui-ci soit le leader naturel de la coalition de Front républicain qui venait de l'emporter en lui préférant Guy Mollet, chef de la SFIO. Le programme de cette coalition de centre-gauche était la recherche d'une paix négociée en Algérie. Ce choix eut pour conséquences l'aggravation du conflit algérien, parce que Guy Mollet manqua d'autorité sur les militaires et fut très vite prisonnier du lobby Pied-Noir, ce qui exclut rapidement toute paix négociée.

Appel au général de Gaulle

Article détaillé : Crise de mai 1958.

En 1958, la tension politique due à la guerre d'Algérie est à son comble, et le putsch d'Alger fait craindre un coup d'État militaire. René Coty fait appel « au plus illustre des Français », le général de Gaulle et le nomme président du Conseil le 1er juin, le général de Gaulle est chargé de former le nouveau gouvernement.

Pour contrer l'opposition de l'Assemblée nationale dominée par la gauche, il menace de démissionner sur-le-champ en cas de refus d'investiture du Général. Cette menace conduit la moitié des députés socialistes et radicaux à accepter de Gaulle comme président du Conseil. Il confie alors à Charles de Gaulle la tâche de constituer un gouvernement. À ce sujet, Pierre Mendès France déclare plus tard : « C'est parce que le Parlement s'est couché qu'il n'y a pas eu de coup d'État ! ».

La Constitution de la Ve République est promulguée le 4 octobre. Elle disposait dans son article 91 que les pouvoirs du Président en fonction expireraient à l'issue de l'élection du nouveau Président, ce qui fait que le septennat de René Coty fut interrompu ; il transmet ses pouvoirs au général le 8 janvier 1959 en déclarant « le premier des Français est désormais le premier en France ». Il désapprouve cependant le recours au référendum de 1962 pour décider de l'élection présidentielle au suffrage universel.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Membre de droit du Conseil constitutionnel, il est élu à l'Académie des sciences morales et politiques. Il occupe alors le fauteuil IV de la Section III (Législation, droit public et jurisprudence)[7].

René Coty meurt au Havre le 22 novembre 1962, victime d'une crise cardiaque. Le général de Gaulle prononce son éloge lors des obsèques nationales célébrées au Havre le 27 novembre suivant. Pour caractériser la personnalité de René Coty, il cita Jean de La Bruyère : « La modestie est au mérite ce que les ombres sont aux figures dans un tableau : elle lui donne force et relief »[8].

Décorations[modifier | modifier le code]

Généalogie[modifier | modifier le code]

Hommage[modifier | modifier le code]

Le principal centre commercial du Havre porte aujourd'hui son nom. L'Espace Coty a été inauguré en 1999.

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • L'espion héros du film OSS 117 : Le Caire, nid d'espions, Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, fait très souvent référence au président René Coty, son modèle, dans ses répliques avec un ton assez ironique et décalé. Il distribue fièrement, et à tout va, des photos du président de la République, n'hésitant pas à prononcer un véritable éloge à son égard : « C'est notre raïs à nous. C'est M. René Coty. Un grand homme. Il marquera l'Histoire ! »

Anecdote[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « CHAN Centre historique des Archives nationales Paris ». Une biographie complète et détaillée du Président Coty
  2. Équivalent de l'actuel Sénat de la République française.
  3. Le patronyme Coty désigne celui « qui est originaire de Coty, de Cotty », noms de plusieurs hameaux breton du même nom, notamment à Kerlaz, Plougasnou et Plouyé. Le nom est surtout porté dans le Finistère. Le toponyme Coty vient lui-même du breton et signifie « la vieille maison », de kozh : « vieux », et de ti : « maison » (Sources : Généanet.org/onomastique).
  4. « René Coty (1882-1962) », sur http://www.elysee.fr
  5. Jean Lebrun, « René Coty, dernier président avant le suffrage universel », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 3 mai 2012
  6. Daniel Amson, La République du flou, Odile Jacob,‎ 2002 (lire en ligne), p. 79
  7. Liste des académiciens appartenant à la Section III de l'ASMP
  8. Charles de Gaulle, Discours et messages pour l'effort. 1962-1965
  9. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/01/24/01016-20140124ARTFIG00231-vatican-chaque-president-francais-se-plie-a-sa-facon-au-rituel-diplomatique.php
  10. Généastar : Ascendants de Jules Gustave "René" COTY
  11. Description du fonds conservé aux Archives nationales : salle des inventaires virtuelle


Liens externes[modifier | modifier le code]

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