Bataille de Crète

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Bataille de Crète
Parachutistes allemands largués sur la Crète
Parachutistes allemands largués sur la Crète
Informations générales
Date 20 mai - 1er juin 1941
Lieu Crète, Grèce
Issue Victoire à la Pyrrhus de l'Axe
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Flag of Italy (1861-1946).svg Royaume d’Italie
State Flag of Greece (1863-1924 and 1935-1970).svg Royaume de Grèce
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de la Nouvelle-Zélande Nouvelle-Zélande
Drapeau de l'Australie Australie
Commandants
Drapeau de l'Allemagne Kurt Student Drapeau de la Nouvelle-Zélande Bernard Freyberg
Forces en présence
plus de 25 000 hommes
1 200 avions
280 bombardiers
150 bombardiers en piqué
180 avions de chasse
40 000 hommes
Pertes
3 986 morts et disparus
2 594 blessés (chiffres officiels)
370 appareils détruits.
3 500 morts
1 900 blessés
12 000 prisonniers (chiffres officiels britanniques)
Seconde Guerre mondiale,
Campagne des Balkans
Batailles
Campagne des Balkans

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La bataille de Crète oppose les troupes britanniques et alliées (néo-zélandaises, australiennes et grecques) aux parachutistes allemands pendant 10 jours, du 20 au 31 mai 1941. Ce fut la dernière bataille de la campagne des Balkans.

Le matin du 20 mai 1941, le IIIe Reich lance une invasion aéroportée de la Crète, nom de code « Opération Merkur ». Les parachutistes allemands sous les ordres du général Kurt Student sont largués sur trois points : Maleme, Héraklion, et Réthymnon. Leur mission est de s’emparer de ces trois aérodromes afin de permettre l'atterrissage de renforts aérotransportés par la Luftwaffe qui dispose de la maîtrise du ciel, puisque la Royal Navy, maîtresse des mers, empêche tout débarquement amphibie.

Pendant deux semaines, la bataille fait rage ; au moins 4 000 paras allemands sont tués, et 500 capturés. Les troupes britanniques et néo-zélandaises du général Bernard Freyberg ont eu 3 500 tués, 1 900 blessés, et une grande partie des troupes sera capturée (12 000 hommes). Malgré la victoire, aucune opération aéroportée d'envergure ne sera plus lancée par les Allemands jusqu'à la fin de la guerre. Les Fallschirmjäger seront employés comme fantassins sur tous les fronts.

Prémices[modifier | modifier le code]

Novembre 1940[modifier | modifier le code]

Le 1er novembre 1940, un convoi de vaisseaux britanniques jette l'ancre dans la baie de la Soude. Le gouvernement grec fait savoir aux Britanniques qu'il retirerait la 5e division de l'armée grecque du front albanais et l'enverrait en Crète, à condition que l'armée britannique organise la défense de la Crète.

Le 12 novembre 1940, Hitler donne l'ordre à ses troupes de prendre possession de la Grèce en employant massivement les forces aériennes contre leur cible. But de l'opération : le contrôle de la Méditerranée orientale.

Décembre 1940[modifier | modifier le code]

Hitler donne des directives ultra-confidentielles aux responsables de ses troupes aéroportées pour s'emparer des points d'appui britanniques sur les îles grecques.

Janvier 1941[modifier | modifier le code]

Le commandement militaire de la Crète à La Canée charge les milices locales d’empêcher par tous les moyens l'atterrissage des parachutistes allemands ainsi que l'approche par l'ennemi des aérodromes et des avions.

Mars 1941[modifier | modifier le code]

Dans la nuit du 25 au 26 mars 1941, au large du golfe de la Soude, une opération commando de marins italiens de la Xe Flottiglia MAS, sur six canots à moteur MTM Barchino, coule le croiseur lourd britannique HMS York. Après ce raid de la baie de La Sude, il est évident pour les alliés que l'attaque allemande est imminente. Il leur faut défendre la Crète.

L'enjeu est de taille : la Crète possède trois aérodromes (Maleme, Réthymnon et Héraklion) et une piste d'atterrissage de fortune à Kastelli à l'ouest de la presqu'île d'Akrotiri, ainsi qu'une base navale approvisionnable, à Kolpo, sur la presqu'île d'Akrotiri. En occupant la Crète, la Luftwaffe pourra s'en servir comme base aérienne contre les forces britanniques en Méditerranée orientale. Pour les Allemands, laisser la Crète aux mains des Alliés menacerait les champs pétroliers roumains de Ploiești, à quatre heures de vol, vitaux pour l'Allemagne, surtout en pleine préparation de l'opération Barbarossa.

Avril 1941[modifier | modifier le code]

Le 21 avril 1941, les troupes de la Wehrmacht et des Waffen-SS viennent de terminer victorieusement la campagne des Balkans par la capitulation de l'armée royale grecque.

Le 23 avril 1941, un hydravion de la Royal Air Force évacue en Crète Georges II de Grèce et le prince héritier.

Le 25 avril, la 5e brigade néo-zélandaise forte de 5 000 hommes débarque en Crète. Toujours le 25 avril, Hitler signe la directive no 28 ordonnant de préparer l'opération Merkur[1].

Le 29 avril, arrivée en Crète du général néo-zélandais Freyberg, combattant célébré de la Grande guerre, croix de Victoria en 1916, vingt-sept blessures, grand costaud sympathique, sociable, très simple, adulé de la troupe, héros national en Nouvelle-Zélande et ami de Churchill depuis 1914. Le général ne pense pas rester sur l'île qui lui paraît de toute façon indéfendable. Il s'attend à être envoyé en Égypte afin d'y reconstituer le corps expéditionnaire néo-zélandais. Dès qu'il apprend que Wavell lui a confié la mission de tenir sur place, il se met à l'œuvre[2].

Mai 1941[modifier | modifier le code]

Freyberg prend en main la Creforce, ensemble disparate des unités réfugiées dans l'île : Australiens, Néo-Zélandais, Écossais et Gallois. Vingt mille hommes dont une moitié seulement de troupes de combat. Ils ont perdu en Grèce leurs unités d'appui et de soutien, en particulier l'artillerie, les transmissions, le train des équipages. En sous-effectifs, les bataillons d'infanterie ont perdu leurs mortiers, leurs réseaux téléphoniques de campagne, ne sauvant que les armes individuelles et les fusils-mitrailleurs, ils sont dépourvus de moyens d'enfouissement (pelles, pioches). Les artilleurs, les soldats des ateliers, des services, au total 20.000 hommes, la moitié de l'effectif, sont à peine armés, tous n'ont pas de fusil, ils ne connaissent pas le métier de fantassin. Les lignes téléphoniques ne sont pas enterrées, mais posées sur des piquets. Quelques canons pris aux Italiens en Grèce, sans appareils de visée. Quelques chars britanniques démodés. Vingt mille soldats grecs mal armés. Ces 42.460 hommes affronteront 22.040 Allemands, parachutistes et chasseurs de montagne[3].

Chiffrés par Enigma, les plans d'invasion de la Luftwaffe sont transmis de la IVe flotte aérienne au VIIe et XIe corps aériens et à la 7e division parachutiste. Interceptés en temps réel par les stations d'écoute britanniques, les 1er mai, 5 mai, 7 mai et 13 mai, ils sont en partie décryptés par le GC&CS de Bletchley Park. Certains passages sont corrompus, illisibles. D'autres font allusion à des paramètres inconnus des spécialistes anglais dont la connaissance des forces armées allemandes est encore imparfaite. Le capitaine Sandover, Special Liaison Officer de Freyberg, reçoit immédiatement, non pas des traductions exactes de la partie décryptée des messages interceptés, mais des synthèses paraphrasées dont certains passages sont ambigus[3].

Chaque synthèse est montrée une seule fois à Freyberg, avant d'être brûlée par Sandover. Ces synthèses mélangent la 22e Luftlande-Infanteriedivision (qui est retenue ailleurs), la 5e division de montagne et le régiment de renfort de la 6e division de montagne. L'élément parachutiste est sous-estimé. Les références au trafic maritime exagèrent l'hypothèse d'un débarquement amphibie. Or Freyberg n'a pas le droit de discuter de ces renseignements avec son état-major. Une partie des troupes britanniques est disposée face aux points vraisemblables de débarquement. Si ces troupes alliées avaient été déployées de façon à tenir sous leur feu les aérodromes, la première vague aéroportée aurait été complètement anéantie[3].

À l'époque, l'histoire militaire n'offre aucun exemple d'invasion aéroportée. Les opérations allemandes de mai 1940 étaient des coups de main. En Hollande, la Luftwaffe avait essuyé de lourdes pertes. Aucun précédent dont Freyberg aurait pu tenir compte.

Le 14 mai 1941 commencent, conformément au plan d'opération, les bombardements systématiques, par l'aviation allemande, de la Crète, en vue de préparer l’attaque.

Le 15 mai 1941, Freyberg déclare être prêt à défendre la Crète. Sous condition d'un soutien efficace de la marine, précise-t-il, il arrivera à tenir l'île. Volte-face par rapport à ses doléances à Wavell, quand il disait, quelques jours auparavant, qu'il fallait reconsidérer la décision de tenir la Crète.

Le 16 mai 1941, un avion de reconnaissance Henschel Hs 126 est abattu aux environs de Rethymnon. Les photographies aériennes trouvées à bord montrent qu'une seule des positions de la défense peut être identifiée, elle fut immédiatement remaniée. Cet excellent camouflage et l'absence de tirs anti-aériens incitent les Allemands à penser que la zone de Rethymnon est pratiquement sans défense.

Opération Merkur[modifier | modifier le code]

L'assaut aéroporté allemand

Les Allemands engagent deux divisions d'élite. La 7e division parachutiste (général Student), trois régiments de trois petits bataillons paras, et ses bataillons d'appui : anti-char, pionniers formés comme fantassins, reconnaissance, mitrailleuses lourdes, est renforcée du Luftland Sturmregiment (planeurs DFS 230). Durement éprouvée en Grèce, la 5e division de montagne (général Ringel), deux régiments à trois bataillons de chasseurs, un régiment d'artillerie, un bataillon anti-chars, un bataillon de reconnaissance, un bataillon de pionniers, est renforcée d'un régiment de la 6e division de montagne.

Au premier jour de l'assaut, les Alliés sont plus de cinq fois plus nombreux : 14e brigade d'infanterie britannique, 2e division d'infanterie néozélandaise, 19e brigade d'infanterie australienne et équivalent grec d'une division très mal équipée.

Ordre de bataille complet : Effectifs de la bataille de Crète

Le plan d’invasion (Merkur) est simple : lâcher par surprise, tôt matin, plusieurs milliers de paras et de soldats portés par planeurs, en plusieurs vagues, sur les points d'appui de Héraklion (colonel Brauer), Maleme (Sturmregiment du général Meindl) et Réthymnon (colonel Sturm), en vue de s’emparer des trois aérodromes, tandis que la capitale, La Canée et la rade de la Soude sont enlevées par le régiment du colonel Heidrich. La Luftwaffe doit neutraliser les défenses de ces points. Plus tard dans la journée, environ 6500 Gebirgsjager doivent être débarqués par deux flottilles légères de caïques. La conquête des divers aérodromes de l’île doit permettre d’acheminer rapidement des renforts transportés par Ju 52.

Les parachutes allemands n'ont pas d'élévateurs. Incapables de diriger leur descente, les hommes se balancent au bout d'un anneau accroché au harnais, entre les deux épaules. L'atterrissage est rude. Les paras ne sont armés que d'un pistolet. Une fois au sol, ils se précipitent sur les containers qui contiennent fusils, pistolets-mitrailleurs, mitrailleuses et munitions. Pendant au moins plusieurs longues minutes, ils sont nus et désarmés. Les soldats portés par planeurs sont complètement équipés, mais il leur faut s'extraire, à moitié assommés, des débris de leurs engins ciblés par des tirs concentrés. Les Junkers 52 qui transportent les chasseurs alpins sont lents et vulnérables, particulièrement pendant l'approche et l'atterrissage. Par contre, ils déposent non seulement des hommes tout équipés, avec leurs mitrailleuses et leurs mortiers légers, mais encore des mortiers de 80 mm et des obusiers de montagne démontés en fardeaux, avec les équipes de pièces et les munitions.

Le parachutage initial est prévu sur 3 zones :

  • Groupe Ouest (Generalmajor Meindl) avec le Sturmregiment : Maleme
  • Groupe Centre (Generalleutnant Süßmann) avec les 1er et 3e régiments paras : Chania, Rethymno, Souda
  • Groupe Est (Generalleutnant Ringel), avec le 2e régiment para : Héraklion (Iraklio)

20 mai[modifier | modifier le code]

L'assaut[modifier | modifier le code]

Lorsque les transports allemands apparaissent, Freyberg flegmatique observe : « Dead on Time ! (Pile à l'heure) ». Ce sera sa seule allusion à la source Ultra. Seuls Freyberg et son Special Liaison Officer savaient le jour et l'heure de l'assaut. Freyberg a donné ses ordres aux commandements locaux, ses moyens de liaison ne lui permettent pas de coordonner la défense. La matinée commence par une hécatombe de parachutistes. Malgré les pertes, les assaillants s'organisent. Dans la journée, plusieurs autres largages auront lieu. Dans les airs, quelques combats entre chasseurs et bombardiers des deux camps. Les lignes téléphoniques alliées sont coupées par les bombes. Plus de liaisons. Les avions britanniques sont peu nombreux, mais les Messerschmitt Bf 109 allemands sont à la limite de leur autonomie, ce qui les empêche d’avoir la supériorité aérienne. Quelques appareils italiens, notamment 26 bombardiers et quelques chasseurs, sans grand succès.

Héraklion[modifier | modifier le code]

Le secteur d'Héraklion est défendu par la 14e brigade (général Chappel) : trois beaux bataillons britanniques, deux bataillons australiens, un régiment d'artillerie et trois bataillons grecs. La ville est laissée aux Grecs, tandis que l'aérodrome est défendu par les meilleurs bataillons (2nd Black Watch). Les Alliés disposent de douze 40 mm Bofors, neuf canons de 100 mm, et quatre de 75 mm. Quatre bataillons sautent, sous le commandement du colonel Brauer. La coordination entre Stukas et Ju 52 est très mauvaise. La majorité du 1er bataillon parachuté sur l'aérodrome est mise hors de combat en quelques minutes. Au soir, aucun objectif n'est atteint. Brauer ne tient que la colline est de l'aérodrome. Plus de 200 paras tués. Les Alliés ont abattu 15 appareils. À l'Ouest, les Allemands dispersés n'arrivent qu'au soir devant la ville. Faute de transports, il manque les 600 hommes du groupe Est.

Rethymnon[modifier | modifier le code]

Le secteur de Rethymnon est défendu par deux bataillons australiens (colonel Campbell) appuyés par quatre canons de 100 mm, quatre de 75 mm, aucun moyen anti-aérien lourd. Quatre bataillons grecs très faiblement armés sont gardés en réserve afin de défendre la ville. Les deux bataillons australiens sont parfaitement placés et camouflés de chaque côté de l'aérodrome. Les Junkers lâchent le 2e régiment parachutiste (colonel Sturm). Le parachutage est très mal exécuté. Les Australiens détruisent sept Ju 52 au fusil-mitrailleur. Les paras sont éparpillés aux quatre coins du secteur. La colline 'A' est prise. Les bataillons grecs de réserve la reprennent. Aucun objectif allemand n'est atteint, malgré de lourdes pertes.

Maleme[modifier | modifier le code]

La région de Maleme-Souda est tenu par la 2e division néo-zélandaise et par plusieurs compagnies britanniques, tels les Royal Marines. Le secteur de Maleme est à la charge de la 5e brigade néo-zélandaise dont le PC est à Pirgos. L'unité sur place à Maleme est le 22e bataillon néo-zélandais, composé de soldats courageux, expérimentés. Leur chef, lieutenant-colonel Andrew, est un héros de la Grande guerre, Victoria Cross. En sous-effectif, le bataillon manque d'armes lourdes. La piste de Maleme est tenue par une petite compagnie. Une autre compagnie, le long de la rivière Tavronitis, perpendiculaire à la piste. Une compagnie en défense tous-azimuts, autour du PC bataillon, au sommet du mouvement de terrain, baptisé colline 107, qui commande la piste, le lit de la rivière et le village de Maleme. Une compagnie au sud-est du mouvement de terrain. À deux ou trois kilomètres à l'Est, les deux autres bataillons de la brigade.

La matinée est un carnage du Sturmregiment. Les survivants de la première vague de planeurs se réfugient dans le lit de la rivière d'où les défenseurs ne peuvent les déloger. D'autres rescapés pénètrent l'aérodrome. Accrochés au terrain, les paras commencent à manœuvrer. Mal coordonnées, mal menées, les contre-attaques des défenseurs échouent. Au soir, sur la piste, deux kilomètres carrés, 57 Allemands au contact de la petite compagnie néo-zélandaise sans liaison avec son PC bataillon.

Dans la nuit, le 22e bataillon, mélangé à des paras perdus, est infiltré par des patrouilles. Andrew décide de dégager ses compagnies empêtrées en se réalignant sur les positions de la 5e brigade néo-zélandaise, afin de préparer une contre-attaque de jour. La compagnie qui tient la piste se retire à son tour[2].

21 mai[modifier | modifier le code]

L'état-major allemand envoie un pilote tester la piste de Maleme. Le Junker atterrit, dépose des munitions et redécolle. Le plan Merkur est révisé. L'effort est concentré contre Malème. Les autres secteurs (Héraklion, Rethymnon) sont ravitaillés par parachutage. Très vite, les renforts affluent à Maleme. Un Junker toutes les deux minutes. Ils sont tirés comme des pigeons, vingt-deux sont détruits, mais les autres mettent à terre 650 chasseurs alpins complètement équipés. La ville de Malème et la colline 107 sont prises. Les Junkers peuvent enfin entreprendre de débarquer l'artillerie et le matériel lourd des deux divisions allemandes. Les contre-attaques alliées échouent sous les bombes et les mitraillages. Le sous-lieutenant Upham du 20e bataillon néo-zélandais gagne la Victoria Cross. De façon à repousser l'assaut amphibie de La Canée, Freyberg garde en réserve trois bataillons intacts qui auraient remporté la décision à Maleme. À 16 h, il a encore pu lire le résumé d'un décryptage Ultra qui confirme cette menace.

La Luftwaffe coule le destroyer Juno. Les combats aériens provoquent des pertes de part et d’autre. Vers 23 h, une escadre britannique intercepte la 1re Leichtflotille (2331 soldats transportés par une centaine de caïques). Héroïquement défendue par un torpilleur italien, le Lupo, l'expédition, qui perd 297 hommes noyés ou mitraillés, doit faire demi-tour. Pas de renforts par la mer, malgré les plans.

22 mai[modifier | modifier le code]

Les combats font rage sur terre et dans les airs. La situation évolue peu, les paras grignotent du terrain, grâce à de nouveaux renforts. La piste de Maleme, sous le feu de l’artillerie britannique, est jonchée d'épaves. Le poser de chasseurs alpins continue malgré tout.

En mer, la 2e Leichtflotille est interceptée au sud de Milos. Cette fois-ci, prévenus, les bateaux font demi-tour, couverts par le torpilleur Sagittario, qui met une torpille au but dans un croiseur britannique. La flottille ne perd qu’un seul caïque. Les croiseurs Naiad et Carlisle sont fortement endommagés par la Luftwaffe. Le cuirassé Warspite est touché. Le destroyer Greyhound est coulé. Dépêchés sur place pour repêcher les rescapés, les croiseurs lourds Gloucester et Fidji sont envoyés par le fond par des attaques de bombardiers en piqué. La Luftwaffe ne perd qu'une dizaine d’avions. Enfin, 800 paras sautent, aux environs de Rethymnon et d'Héraklion.

23 mai[modifier | modifier le code]

En matinée, deux escadres repérées sont attaquées par la Luftwaffe. Les destroyers Kashmir, Kelly et Havoc sont coulés, le Kipling et le Iliex touchés.

Soutenus par l’aviation, les chasseurs de montagne mettent tout en œuvre pour élargir la poche de Malème. Ils s'emparent de la baie de Souda (encombrée d’épaves de navires alliés) et poussent vers l’Est afin d'épauler les paras de Réthymnon et d'Héraklion. La Luftwaffe détache deux chasseurs Bf 109 basés à Malème. Plusieurs combats aériens. Les Britanniques envoient quelques avions straffer la piste de Malème, ajoutant d’autres épaves aux nombreux débris déjà présents. Des Ju 52 à l'atterrissage heurtent ces carcasses. La piste est de moins en moins praticable. Les chasseurs alpins sont de plus en plus nombreux.

Dans le secteur d'Héraklion, l'assaut des paras du colonel Brauer est un échec total : 1300 hommes ont été perdus, le reste du régiment ne tentera plus rien. En soirée, les premiers commandos de la Layforce sont débarqués par deux destroyers britanniques.

24, 25 et 26 mai[modifier | modifier le code]

Les combats acharnés se poursuivent, autour des hauteurs de Galatas, entre Malème et La Canée (Chania). À Maleme, la 5e division de montagne est complète, 14 000 hommes : artillerie de montagne, canons anti-char, mais surtout bataillons d'infanterie bien équipés et entrainés. Le général Ringel prend le commandement. Le secteur de Galatas est défendu par la division néo-zélandaise, 2 bataillons australiens et des troupes grecques. Les Allemands alignent un régiment d'artillerie, un régiment d'infanterie de montagne et le 3e régiment de parachutistes qui tient la Prison Valley, au nord de la ville. Les Alliés doivent se replier, ouvrant la route de La Canée.

Le 26 mai, deux cuirassés, un porte-avions, deux croiseurs et trois destroyers britanniques quittent Alexandrie pour bombarder l’aérodrome allemand de Karpathos, y causant quelques dommages. Au retour, l’armada est harcelée par l’aviation allemande. Le porte-avions HMS Formidable et le destroyer Nubian sont durement touchés. Chargé d’acheminer d’importants renforts sur l’île, le Glenroy est contraint de rebrousser chemin par les attaques allemandes. Dans la soirée, Freyberg ordonne le repli vers le Sud.

Des parachutistes allemands capturent des soldats britanniques lors de leur progression en Crète.

27, 28 et 29 mai[modifier | modifier le code]

Le repli est entamé le 27, alors que les Allemands prennent La Canée et progressent vers Souda. L’évacuation par mer débute. Le 28, deux Panzer II, de la 5.Pz.D., sont débarqués, ainsi que des troupes italiennes (qui ne participeront que très peu aux combats). Les troupes alliées rembarquent, le plus souvent à Sfakiá, atteint par les gorges de Samaria. Cet épisode est observé par le capitaine Evelyn Waugh, de l'état-major de Robert Laycock. De nombreux navires subissent l’assaut de la Luftwaffe (le croiseur HMS Ajax et le destroyer HMS Imperial sont gravement touchés, le destroyer est coulé le lendemain). La baie de la Soude est conquise. Le 29, trois destroyers sont endommagés par les attaques des bombardiers.

30, 31 mai et 1er juin[modifier | modifier le code]

L’évacuation s’achève. Nombre de soldats du Commonwealth errent encore pendant des semaines dans l’île. Les combats faiblissent graduellement, mais une dernière perte importante est à signaler sur mer. Deux croiseurs de la Royal Navy sont engagés pour appuyer les destroyers. L’un d’eux, le croiseur anti-aérien Calcutta, est coulé en quelques minutes par l’attaque de 3 Ju 88.

Bilan[modifier | modifier le code]

Otages grecs massacrés par des parachutistes allemands à Kondomari, après la bataille de Crète, le 2 juin 1941.

Le seul corps des Fallschirmjäger enregistre 1 520 tués, 1 502 disparus et 1 500 blessés. Les chasseurs alpins ont 395 tués, 257 disparus et 504 blessés. À cela, il convient d’ajouter les 300 aviateurs allemands abattus. Près de 6 000 hommes hors de combat. Du point de vue matériel, le seul XIIIe Fliegerkorps perd 52 chasseurs, 18 Stukas, 26 bombardiers et 4 avions de reconnaissance. Plus grave, plus de 100 Ju-52 de transport sont perdus, sans compter les appareils endommagés. La Crète est bien « le tombeau du parachutiste allemand » (Kurt Student) dont les chefs n'ont aucun moyen de savoir qu'ils étaient attendus. Les formations allemandes ne seront plus jamais parachutées en masse. Et pourtant, la bataille est une victoire allemande. À cela, plusieurs explications :

  • exceptionnelle combativité des paras et des chasseurs allemands, en particulier dans des conditions où une troupe moins motivée se serait rendue ;
  • supériorité aérienne de la Luftwaffe qui, bien qu'en limite de rayon d'action, est en mesure d’apporter un soutien efficace ;
  • dans la nuit du 20 au 21 mai, repli du bataillon néo-zélandais qui tient Maleme ;
  • modification du plan allemand initial : Student décide de renforcer prioritairement Maleme ;
  • le 21 mai, pendant les contre-attaques de Maleme, trois bataillons alliés sont gardés en réserve autour de La Canée afin de repousser un assaut amphibie ;
  • solitude du général Freyberg dont l'état-major est inexistant et les liaisons radio insuffisantes ;
  • vétérans de 14-18, les généraux Freyberg, Puttick (2e division NZ), Hargest (5e brigade NZ) et le lieutenant-colonel Andrew (22e bataillon NZ) ont commandé depuis leur PC, sans aller voir sur le terrain ni contrôler l'exécution de leurs ordres.

La Royal Navy perd neuf grandes unités (ainsi qu'une multitude de plus petites) coulées par les bombardiers allemands. Or, un appui solide de la marine était l'une des conditions posées par Freyberg.

Particulièrement féroces, les combats se prêtent mal aux redditions de dernière minute. À tort ou à raison, ni les Anzacs ni les Fallschirmjäger n'ont la réputation de faire des prisonniers. La population crétoise a pris les armes contre l'envahisseur. Les francs-tireurs tuent les paras, au moment où ils sont très vulnérables, l'atterrissage. Des rumeurs terrifiantes circulent parmi les envahisseurs. 297 soldats de la première Leichtflotille sont noyés ou mitraillés par la Royal Navy. À la fin de la bataille, les soldats alliés sont traités en prisonniers de guerre, mais les représailles allemandes contre les civils crétois sont cruelles. Plusieurs villages sont détruits. Des otages sont fusillés, comme à Kándanos ou encore Kondomari (en), où 23 hommes sont fusillés, le 2 juin 1941, par l'unité de parachutistes commandée par le lieutenant Horst Trebes (de). Beaucoup de Crétois mobilisés n'ont perçu que des pièces d'uniforme, ceux-là aussi seront traités en francs-tireurs.

Épilogue[modifier | modifier le code]

À droite, Horst Trebes, en juillet 1941.

De nombreux soldats alliés s'enfuient au centre de l'île et dans les montagnes. Les Allemands punissent sauvagement les Crétois qui viennent en aide aux fugitifs. Certains soldats quitteront l'île par leurs propres moyens. Un petit nombre restera : ils seront les premiers à coordonner la résistance grecque qui débute, à peine les Allemands installés.

Le terrain est très propice à la guérilla. La résistance de l'île ira croissant, en une succession de coups de main suivis de représailles allemandes.

En janvier 1945, les partisans crétois exercent une pression insoutenable pour les Allemands ; en mars 1945 les derniers Allemands encore sur l'île se rendent ; ils sont remis à l'armée britannique.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. John Killen, La Luftwaffe, Paris, Robert Laffont, 1968, p. 188
  2. a et b Keegan, Intelligence in War
  3. a, b et c Keegan, Intelligence in war, p. 185-209

Sources[modifier | modifier le code]

  • John Keegan, Intelligence in War, Pimlico, 2004, 442p.
  • Karl Bartz, Quand le ciel était en feu (Als der himmel brannte), Corrêa, 1955, 379p.
  • (en) Antony Beevor, Crete: the battle and the resistance, Westview Press, 1994, (ISBN 9780813320809), 383p.
  • Alan Clark, La chute de la Crète, Robert Laffont, 1966, 307p.
  • (en) George Forty, Battle of Crete, Ian Allan, 2001, (ISBN 9780711027589), 176p.
  • Alkmar von Hove, Alerte! Parachutistes (traduit de l'allemand) par, Éditions Pensée Moderne, 1961, 224p.
  • Jean Mabire, La Crète tombeau des paras allemands, Presses de la Cité, 1982, 375p.
  • Jean Mabire, Objectif Crète, Grancher, 1997, (ISBN 9782733905586), 376p.
  • Jean-Yves Nasse, Fallshirmjäger en Crète, Histoire & Collections, 2002, 160p.(ISBN 2913903363)
  • Jean-Yves Nasse, Mai 1941: La Luftwaffe à l'assaut de la Crète, Batailles Aériennes no 24, 2003, 80p.
  • Jean-Paul Pallud, L'operation "Merkur": les paras allemands sautent sur la Crète, Éditions Heimdal, 1987, 95p.
  • (en) Kurt Helmut Schiebold, Operation Merkur 1941: a failure in strategic leadership, U.S. Army War College, 2002, 30p.
  • La bataille de Crète, Historia magazine no.19, 1968.
  • Winston Churchill, Mémoires de guerre. Tome II, éditions Tallandier, p. 52
  • Evelyn Waugh, Officiers et gentlemen, Pavillon Poche, 2013, 490 p, ISBN 2-221-11721-2.
  • Evelyn Waugh, Sword of Honour, Penguin, 2001, 693 p, ISBN 978-0-141-18497-5
  • Evelyn Waugh, Diaries, edited by Michael Daves, Weidenfeld & Nicholoson, 1976, 814 p.

DVD[modifier | modifier le code]

  • Victoire héroïque en Crète (film de propagande allemand), Éditions Marshall Cavendish no.7.

Jeux de simulations historiques[modifier | modifier le code]

  • Crète 1941 par Franck Yeghicheyan, Vae Victis no 22, septembre-octobre 1998.
  • Air Assault on Crete, wargame publié par Avalon Hill en 1977
  • Crete 1941, Excaliber Games, 1976

Téléfilm[modifier | modifier le code]

Jeux vidéo[modifier | modifier le code]

  • Conquest of the Aegean", Matrix Games et Panther Games, 2006
  • Première mission de la campagne Allemande de Men of War, 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]