République des conseils de Hongrie

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47° 29′ 00″ N 19° 02′ 00″ E / 47.4833, 19.0333 ()

République des conseils de Hongrie
Magyarországi Tanácsköztársaság hu

Mars – août 1919

Drapeau Blason
Emblème
Description de cette image, également commentée ci-après

Rouge = la République des conseils
Ocre = territoire perdu en avril 1919 face à l'armée franco-roumaine Berthelot
Rose = territoire repris en mai 1919 aux Tchécoslovaques
Bleu = territoires sous contrôle de l'armée franco-serbe Franchet d'Espèrey.

Informations générales
Statut République des Conseils
Régime communiste
Capitale Budapest
Langue Hongrois
Monnaie Couronne austro-hongroise
Histoire et événements
21 mars 1919 Proclamation
6 août 1919 Prise de Budapest par l'armée Berthelot et effondrement du régime

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République des conseils de Hongrie (en hongrois, Magyarországi Tanácsköztársaság, également traduit par République hongroise des conseils[1] ou République soviétique hongroise[2]) est le régime politique de la Hongrie du 21 mars 1919 au 6 août de la même année.

Le régime hongrois est le deuxième gouvernement d'inspiration communiste de l'histoire mondiale, après celui de la Russie soviétique proclamée en 1917.

Il ne dure que 133 jours et s'effondre lorsque les armées roumaines et françaises commandées par Henri Berthelot, occupent Budapest le 6 août 1919.

Ce régime s'inspire très nettement de l’expérience des conseils ouvriers (Soviets) en Russie (1905, puis 1917-1918) et en Allemagne (1918-1919).

Contexte[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre 1918, la République démocratique hongroise, succède à la monarchie hongroise au sein de l'Empire austro-hongrois.

La république est proclamée par le comte Mihály Károlyi, qui prend la tête d'un gouvernement de coalition incluant le Parti social-démocrate hongrois.

En ce même novembre, le Parti communiste de Hongrie est fondé par la fusion de plusieurs groupes distincts, incluant des sociaux-démocrates dissidents, des anarcho-syndicalistes, et des communistes revenus de Russie soviétique, parmi lesquels un certain nombre d'anciens prisonniers de guerre austro-hongrois passés au communisme durant leur captivité en Russie[3]. Béla Kun, revenu de Moscou avec un mandat informel de Lénine, prend la direction effective du Parti communiste[4].

Un profond mécontentement nationaliste nait de la défaite de 1918. Et surtout des amputations considérables de territoires imposées par la Triple-Entente au sortir de la Première Guerre mondiale[5]. Le pays est en plein désarroi, la situation ayant mis des millions de hongrois dans des situations de chômage ou de pauvreté. Les défavorisés, comme les soldats démobilisés, sont sensibles à la propagande communiste[6].

Au début de 1919, les dirigeants communistes sont emprisonnés pour tentative de subversion, mais les sociaux-démocrates prennent bientôt contact avec eux pour négocier une fusion des deux partis[7].

Prise du pouvoir[modifier | modifier le code]

Le 20 mars, devant l'ultimatum de la Note Vix qui exige, au nom de la Triple-Entente, un nouveau recul territorial de la Hongrie, Mihály Károlyi et son chef du gouvernement Dénes Berinkey démissionnent. Károlyi compte reformer un nouveau gouvernement avec les sociaux-démocrates mais, aussitôt, circule une note signée de son nom, annonçant qu'il « transmet le pouvoir au prolétariat ». Károlyi niera toujours avoir rédigé et signé cette note[8].

Le 21 mars est proclamé le Conseil révolutionnaire de gouvernement, composé d'une trentaine de commissaires du peuple, issus des rangs communistes ou sociaux-démocrates, à la tête desquels est placé un directoire de cinq membres. Sándor Garbai, issu du Parti social-démocrate, est le chef officiel du gouvernement en tant que président du directoire, mais le pouvoir est, dans les faits, essentiellement exercé par le communiste Béla Kun qui occupe le poste de commissaire aux affaires étrangères[9]. Tibor Szamuely, commissaire aux affaires militaires, est l'un des dirigeants les plus importants ; Jeno Landler et Bela Vago sont commissaires à l'intérieur ; Otto Korvin est chargé de la sûreté ; Georg Lukács est chargé de la culture ; Mátyás Rákosi, futur dirigeant de la République populaire de Hongrie, est commissaire au commerce[10].

Mesures politiques[modifier | modifier le code]

Béla Kun haranguant la foule.
Affiche de propagande présentant le Conseil révolutionnaire de gouvernement.

Le gouvernement révolutionnaire décide rapidement la nationalisation de nombreuses entreprises, de banques, des assurances, du commerce en gros, et des immeubles locatifs ; les terres des grands propriétaires agricoles sont confisquées ; les femmes et les enfants bénéficient de décrets sociaux ; la presse, la culture et les professions libérales font l'objet de mesures de contrôle. L'économie du pays, déjà éprouvée par la guerre, s'effondre, entraînant des situations de pénurie. La couronne hongroise, en parité avec le franc suisse, perd 90 % de sa valeur[11]. Dès leur première réunion, les commissaires décident la création de « tribunaux révolutionnaires » avec des juges choisis par le peuple. L'armée et la police sont dissoutes et remplacés par une organisation de volontaires révolutionnaires. Les autres partis politiques sont interdits, de même que la franc-maçonnerie[12]. Le travail devient obligatoire ; les entreprises de plus de vingt ouvriers, puis celles de dix, puis de moins de dix, sont expropriées. Les mesures économiques et judiciaires aliènent bientôt commerçants, employés, et avocats. Lénine, en liaison télégraphique avec Béla Kun, lui conseille de fusiller sociaux-démocrates et « petit-bourgeois ». Cependant, la politique de Bela Kun ne possède pas toutes les caractéristiques de la politique Bolchevique de Lénine. En effet, et contrairement à Lénine, Bela Kun collectivise les terres et ne redistribue pas. L'alliance entre le prolétariat et la paysannerie est le fer de lance du Bolchevisme, ce qui ne se retrouve pas dans la politique du dirigeant Hongrois. Kun, dans un message aux ouvriers hongrois, préconise « l'exercice d'une violence implacable, prompte et résolue, en vue d'écraser la résistance des exploiteurs, des capitalistes, des grands propriétaires fonciers et de leurs suppôts[13]. »

Actes de répression[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Terreur rouge (Hongrie).
Tibor Szamuely et Béla Kun (au centre).

Les communistes ne disposent pas de réel appui populaire en Hongrie[14], et les mesures prises par le régime génèrent bientôt des oppositions, les paysans et le prolétariat agraire étant notamment déçus de voir les terres réparties en coopératives plutôt que redistribuées. La République des conseils tente alors de se consolider par des actions de répression, établissant le régime dit de la terreur rouge, exercée par la police parallèle des Troupes de terreur du Conseil révolutionnaire du gouvernement, familièrement appelés « Gars de Lénine » (Lenin fiúk) qui se traduit par plusieurs centaines de victimes parmi les opposants ou les récalcitrants[15]. De nombreux crimes sont commis, comme la pendaison de paysans opposés à la collectivisation[16] Les exactions commises par les Gars de Lénine amènent finalement à leur dissolution, la plupart étant intégrés à l'armée, mais la Terreur continue.

Le régime de terreur crée bientôt des tensions avec le centre des sociaux-démocrates, leur tendance de gauche s'assimilant au contraire aux communistes, avec lesquels ils dominent les pouvoirs exécutifs. Au mois de juin, le congrès du parti est suivi de la proclamation de l'Assemblée nationale des conseils, assemblée constituante qui adopte le principe de dictature du prolétariat et décrète la Hongrie État socialiste fédératif.

Positionnement international et conflits[modifier | modifier le code]

Article connexe : Guerre hongro-roumaine de 1919.

Le régime hongrois se trouve immédiatement plongé dans un contexte diplomatique hostile, alors que la République socialiste fédérative soviétique de Russie, occupée par la guerre civile russe, n'est pas en mesure de lui venir concrètement en aide. La Hongrie communiste souhaite récupérer les territoires perdus par la Hongrie et entre rapidement en conflit avec tous les pays voisins. En avril, les troupes tchécoslovaques attaquent la Hongrie communiste pour les empêcher de faire main basse sur le territoire de l'ex-Haute-Hongrie, qui constitue la Slovaquie. Les Hongrois décrètent alors la mobilisation générale et forment l'Armée rouge hongroise, dont la contre-offensive débouche sur des succès importants et sur l'occupation de la Slovaquie, où une République slovaque des conseils est proclamée.

Le 30 mai, un « contre-gouvernement » anticommuniste est fondé à Szeged, dirigé par Gyula Károlyi. En juin, l'ordre de la conférence de la paix de Paris met un terme au conflit hungaro-tchèque. Les Alliés sont partagés quant à l'attitude à adopter face au régime de Béla Kun : si David Lloyd George et Woodrow Wilson adoptent des positions modérées, Georges Clemenceau est intransigeant face aux « complices de Lénine ». Le sud-africain Jan Smuts est envoyé pour parlementer avec Béla Kun, mais les discussions achoppent quant aux positions de l'armée roumaine, que Kun souhaite voir reculer au-delà de la rivière Mureş. Pour contenir la menace rouge en Transylvanie et en Bessarabie, la France a envoyé l'armée Berthelot en Roumanie, tête de pont de l'Entente coincée entre ses deux voisins communistes : la Hongrie et la Russie. Le plan du Maréchal Foch de faire donner directement la troupe alliée contre la Hongrie est néanmoins écarté (d'autant que de nombreux soldats sympathisent avec l'idéal communiste), et ce sont les armées franco-serbe Franchet d'Espèrey et franco-roumaine Berthelot qui sont réorganisées pour intervenir en Hongrie et chasser les communistes du pouvoir[17].

Les 15 et 16 avril, les Hongrois lancent une offensive préventive contre les Franco-Roumains mais la contre-attaque de ces derniers brise les lignes hongroises et dès le début du mois de mai, les troupes d'Henri Berthelot occupent la rive est de la rivière Tisza, selon le partage territorial prévu par la note Vix. Le 2 mai, le gouvernement hongrois réclame la paix.

Béla Kun vise cependant à reprendre le terrain perdu et prépare une attaque contre les Tchécoslovaques et les Roumains : le 20 mai, l'Armée rouge hongroise attaque et repousse les troupes tchécoslovaques et roumaines. Une nouvelle attaque des troupes hongroises contre l'armée roumaine, menée entre le 17 et le 20 juillet, a par contre des conséquences désastreuses. Les Franco-Roumains, qui ont reçu renforts et munitions par la mer Noire, enfoncent les positions hongroises : le 26, elles contrôlent à nouveau la rive est de la Tisza et dans la nuit du 29 au 30 juillet, elles traversent la Tisza et avancent sur Budapest alors que l'Armée rouge hongroise est en pleine déroute.

Chute du régime[modifier | modifier le code]

Article connexe : Terreur blanche (Hongrie).
Monument à la République des conseils datant de la République populaire de Hongrie, exposé aujourd'hui à Memento Park (Budapest).

A Budapest, le régime de la République des conseils vit des jours chaotiques ; Béla Kun doit faire face à une tentative de putsch contre lui, peut-être inspirée par Tibor Szamuely[18]. Le 1er août, le gouvernement révolutionnaire démissionne et Kun quitte la capitale, sous la protection de la mission militaire italienne ; Gyula Peidl prend la tête du gouvernement et annonce l'annulation des mesures radicales les plus impopulaires, restaurant la propriété privée et fermant les tribunaux révolutionnaires, mais il est renversé dès le 6 et remplacé par le monarchiste István Friedrich. L'archiduc Joseph-Auguste de Habsbourg-Lorraine, mis en résidence surveillée par le régime communiste, se déclare à nouveau régent du Royaume mais ni lui ni Friedrich n'obtiennent le soutien de l'Entente et il doit renoncer à ses fonctions dès le 23 août. L'armée franco-roumaine d'Henri Berthelot, entrée le 6 août 1919 à Budapest, l'occupe jusqu'en novembre, date à laquelle Miklós Horthy, ministre de la guerre du gouvernement contre-révolutionnaire, fait son entrée dans la capitale.

Après la chute de la République des conseils, la Hongrie connait une période de terreur blanche : les forces contre-révolutionnaires répriment les partisans réels ou supposés du régime. Certains artistes qui avaient soutenu le nouveau régime sont contraints à l'exil, comme Béla Lugosi. La majorité des commissaires du peuple et des activistes de la République des conseils étaient juifs ou d'origine juive[19], ce qui sert de prétexte à des exactions antisémites au cours de la terreur blanche, ainsi qu'à des mesures anti-juives prises sous le régime de Miklós Horthy.

Voir également[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. György Litvan, La démocratie hongroise de 1918-1919 et la politique française, Matériaux pour l'histoire de notre temps n°19, 1990].
  2. Evgueni Samoïlovitch Varga - Encyclopedia Universalis.
  3. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, pp. 331-332.
  4. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 336.
  5. Voir les dispositions de ce que sera en 1920 Traité de Trianon où la Hongrie perd les deux tiers de sa surface.
  6. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 333.
  7. Tamás Szende, La Hongrie au XXème siècle : regards sur une civilisation, L'Harmattan, 2000, p. 13.
  8. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 330-331.
  9. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 332.
  10. Stéphane Courtois in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 301.
  11. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 334-335.
  12. Encyclopédie de la franc-maçonnerie, Le livre de poche, article "Hongrie", p. 412.
  13. Stéphane Courtois in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 301.
  14. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 336.
  15. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 335-336.
  16. Stéphane Courtois in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 302.
  17. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 337.
  18. Stéphane Courtois in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997, p. 303.
  19. Miklós Molnar, Histoire de la Hongrie, Hatier, 1996, p. 339.