Gracchus Babeuf

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Gracchus Babeuf

Description de l'image  Gracchus Babeuf.jpg.
Nom de naissance François Noël Babeuf
Alias
Gracchus Babeuf
Naissance
Saint-Quentin
Décès (à 36 ans)
Vendôme
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Révolutionnaire
Formation
Famille
Signature de Gracchus Babeuf

François Noël Babeuf, connu sous le nom de Gracchus Babeuf, né le à Saint-Quentin et mort guillotiné à Vendôme le (8 prairial an V), est un révolutionnaire français.

Il forma la « conjuration des Égaux » contre le Directoire et fut exécuté. Sa doctrine, le « babouvisme », préfigure le communisme et l'anarchisme[1].

Premières années[modifier | modifier le code]

Baptisé le 24 novembre 1760 en la paroisse Saint-Nicaise (Saint-Quentin), François Noël Babeuf est le fils de Claude Babeuf, employé dans les fermes du Roi, et de Marie Catherine Ancherel. Dès l’âge de 12 ans, il travaille comme terrassier au canal de Picardie. À 17 ans, il réussit à se faire engager comme apprenti chez un notaire feudiste. En 1781, âgé de 21 ans, il commence à exercer pour son propre compte à Roye comme géomètre et commissaire à terrier.

Le , il épouse à Roye Marie Anne Victoire Langlet (baptisée à Amiens le , morte après 1840), fille d’un quincaillier d’Amiens et ancienne femme de chambre, avec laquelle il a cinq enfants : Catherine-Adélaïde-Sophie, née en , morte à Roye le  ; Robert, dit Émile, né le à Roye ; Catherine-Adélaïde-Sophie, née le à Roye, morte le 18 messidor an III () ; Jean-Baptiste-Claude, dit Camille, né le , interné comme fou en 1808, mort le en se jetant du quatrième étage de la maison où il logeait et travaillait, chez le bijoutier Lirot ; Caïus Gracchus, né le 9 pluviôse an V () à Vendôme, tué par une balle perdue en 1814, lors de l'invasion[2],[3].

Inspiré par la lecture de Rousseau, et constatant les conditions de vie très dures de l’immense majorité de la population, il développe des théories en faveur de l’égalité et de la collectivisation des terres. En 1788, il commence la rédaction du Cadastre perpétuel, qui est édité en 1789.

Débuts de la Révolution[modifier | modifier le code]

En mars 1789, Babeuf participe à la rédaction du cahier de doléances des habitants de Roye. À la suite de l’échec de son Cadastre perpétuel et surtout au début de la Révolution française, il devient journaliste. Il est ainsi correspondant du Courrier de l’Europe (édité à Londres) à partir de septembre 1789.

Il se bat contre les impôts indirects, organise pétitions et réunions. En conséquence, il est arrêté le et emprisonné. Il est libéré en juillet, grâce à la pression du révolutionnaire Jean-Paul Marat. À la même époque, il rompt avec le catholicisme (il écrit en 1793 : « Le christianisme et la liberté sont incompatibles »).

Il lance son propre journal en octobre 1790, Le Correspondant picard, journal révolutionnaire fort avancé dans lequel il s’insurge contre le suffrage censitaire mis en place pour les élections de 1791. Le journal est contraint à la disparition quelques mois plus tard, mais Babeuf continue à se mobiliser aux côtés des paysans et des ouvriers picards. Il est contraint de fuir à Paris en février 1793.

République montagnarde[modifier | modifier le code]

À son arrivée dans la capitale, Babeuf prend parti pour les jacobins contre les girondins. Il entre en mai 1793 à la Commission des subsistances de Paris. Il y soutient les revendications des sans-culottes, osant dénoncer un nouveau pacte de famine organisé par Pierre Louis Manuel, procureur général de la Commune, ce qui suscita contre lui des haines violentes.

Accusé de faux, il est emprisonné du 24 brumaire an II au 31 messidor an II, et est acquitté. Dix jours après sa libération, c’est le coup d’État contre Robespierre et les Montagnards, dont il était le partisan, reprennent le pouvoir le 9 thermidor. Babeuf critique l’action des Montagnards concernant la Terreur, disant : « Je réprouve ce point particulier de leur système », mais inscrit son action dans leur continuité, tout en voulant passer de l’égalité « proclamée » à l’égalité dans les faits (la « parfaite égalité », pour laquelle il milite).

Réaction thermidorienne[modifier | modifier le code]

À partir du , Babeuf publie le Journal de la Liberté de la presse, qui devient le 14 vendémiaire an III Le Tribun du peuple. Ce journal, où il combat avec la dernière violence la réaction thermidorienne, acquiert une forte audience. Il adhère, à la même période, au Club électoral, club de discussion de sans-culottes. Le 3 novembre, il demande que les femmes soient admises dans les clubs.

Abandonnant le prénom Camille, qu’il avait adopté en 1792, il se fait alors appeler Gracchus, en hommage aux Gracques, initiateurs d’une réforme agraire dans la Rome antique. Babeuf défend la nécessité d’une « insurrection pacifique ».

Accusé par Tallien d'outrage envers la Convention nationale, il est de nouveau arrêté, et incarcéré à la prison d’Arras, le 19 pluviôse an III. Nombre de révolutionnaires étant alors sous les verrous, c'est l’occasion pour Babeuf de se lier avec des démocrates comme Simon Duplay, Augustin Darthé ou Philippe Buonarroti. Il prend une part active à l’insurrection du 1er prairial an III en l'organisant à partir des Bains chinois.

Conjuration des égaux[modifier | modifier le code]

Rendu à la liberté le 26 vendémiaire an IV par la loi d’amnistie qui termine la session de la Convention nationale, il relance rapidement la publication du Tribun du peuple.

Le gouvernement a une politique de répression de plus en plus forte, avec la fermeture du club du Panthéon, où sont présents nombre d’amis et de partisans de Babeuf, et tente d’arrêter Babeuf en janvier 1796. Étant parvenu à s’enfuir, ce dernier entre dans la clandestinité.

Cette impossibilité d’agir légalement aboutit à la création de la « Conjuration des égaux », dirigée par Babeuf, Darthé, Philippe Buonarroti, Sylvain Maréchal, Félix Lepeletier (frère de l’ancien député Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau), Antoine Antonelle. Le réseau des « Égaux » recouvre tous les arrondissements de Paris et de nombreuses villes de province. À sa tête, un « Directoire secret de salut public », dirigé par Babeuf, coordonne la lutte.

Le but est de continuer la Révolution, et d’aboutir à la collectivisation des terres et des moyens de production, pour obtenir « la parfaite égalité » et « le bonheur commun ».

Grâce aux informations d’un indicateur, Georges Grisel, la police arrête Babeuf, Buonarroti, Darthé et les principaux meneurs des Égaux le (21 floréal an IV). Une tentative populaire de les libérer échoue le 29 juin (11 messidor). Une seconde tentative échoue également. Pour éviter que le peuple ne les libère, les Égaux sont transférés à Vendôme.

Une haute cour est constituée, et le procès s’ouvre à Vendôme le en présence de deux ministres. Le 16 avril, Lazare Carnot avait fait voter une loi qui punissait de mort l’apologie de la Constitution de 1793 et les appels à la dissolution du Directoire[4]. Babeuf, à qui l'on reproche l’initiative du complot, et Darthé, qui s’est enfermé lors des débats dans le mutisme le plus total et à qui l’on reproche la rédaction de l’ordre d’exécution des Directeurs, sont condamnés à mort[4]. En entendant sa condamnation à mort, Babeuf se frappa, dans le prétoire même, de plusieurs coups de stylet, et fut porté mourant, le lendemain, à l'échafaud. Darthé, qui avait également tenté de se suicider, est guillotiné avec lui le 8 prairial an V. Buonarroti, Germain et cinq autres accusés sont condamnés à la déportation. Cinquante-six autres accusés, dont Jean-Baptiste-André Amar, sont acquittés. Ses enfants furent adoptés par Lepeletier et Turreau.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Si le peuple est souverain, il doit exercer lui-même tout le plus qu'il peut de souveraineté » (Journal de la confédération, prison de la Conciergerie, Paris, 1790)
  • « Plus de propriété individuelle des terres, la terre n'est à personne. Nous réclamons, nous voulons la jouissance communale des fruits de la terre : les fruits sont à tout le monde[5]. » (Manifeste des Égaux, avec Sylvain Maréchal)
  • « Les supplices de tous genres, l’écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, le fouet, les gibets, les bourreaux multipliés partout, nous ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares, parce qu’ils le sont eux-mêmes. Ils récoltent et récolteront ce qu’ils ont semé. » (Lettre à sa femme, le 23 juillet 1789)

Postérité[modifier | modifier le code]

  • Babeuf est l'auteur d'une doctrine politique, le babouvisme, qui a inspiré des révolutionnaires des années 1830 et 1840 revendiquant l’égalitarisme et esquissant un présocialisme utopique, qualifiés de « néo-babouvistes »[6],[7].
  • Friedrich Engels et Karl Marx ont reconnu en lui un précurseur du communisme, et en la Conjuration des Égaux « la première apparition d'un parti communiste réellement agissant »[8].
  • Selon Rosa Luxemburg, Babeuf est le premier précurseur des soulèvements révolutionnaires du prolétariat[9].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Première page de l'édition du Tribun du Peuple de 1795 (sous-titré « Le Défenseur des Droits de l'Homme »)
  • Cadastre perpétuel, ou Démonstration des procédés convenables à la formation de cet important ouvrage, pour assurer les principes de l'Assiette & de la Répartition justes & permanentes, & de la perception facile d'une contribution unique, tant sur les possessions territoriales, que sur les revenus personnels ; Avec l'exposé de la Méthode d'arpentage de M. Audiffred, par son nouvel instrument, dit graphomètre-trigonométrique ; Dédié à l'Assemblée nationale, Paris, Garnery et Volland, tous les marchands de nouveautés ; Versailles, Blaizot, 1789, XLVI-192 p.
  • De la nouvelle distinction des ordres par M. de Mirabeau, Paris, Volland, 1789, 8 p.
  • Lettre à l'Observateur: 16 août 1789 (supplément au n ° 4 de l'Observateur), Paris, 1789, 2 p.
  • À Messieurs du Comité des recherches de l'Assemblée nationale, 1790, 4 p.
  • Nouveau calendrier de la République française, conforme au décret de la Convention nationale, Paris, l'auteur, 1793, 20 p.
  • Les Battus payent l'amende, ou les Jacobins jeannots, Paris, Imprimerie de Franklin, 1794, 24 p.
  • Voyage des Jacobins dans les quatre parties du monde: avec la constitution mise à l'ordre du jour par Audouin et Barrère, Paris, Imprimerie de Franklin, 1794, 16 p.
  • Du Système de dépopulation, ou la Vie et les crimes de Carrier, son procès et celui du Comité révolutionnaire de Nantes, Paris, Imprimerie de Franklin,‎ an III (1794), 194 p. (lire en ligne)
  • On veut sauver Carrier. On veut faire le procès au Tribunal révolutionnaire. Peuple, prends garde à toi !,‎ an III (1794), 15 p. (lire en ligne)
  • Journal de la liberté de la presse, n ° 1 à 22 du 17 fructidor au 10 vendémiaire an II (3 septembre-)
  • Tribun du peuple ou Le défenseur des droits de l'homme, en continuation du Journal de la liberté de la presse, n ° 23 à 32 du 14 vendémiaire an II au 13 pluviôse an III (-), n ° 34 à 43 du 15 brumaire an III au 5 floréal an IV (-)
  • Lettre à l'ami du peuple (de Lebois), an IV
  • G. Babeuf, tribun du peuple, à ses concitoyens, Paris, Imprimerie de Franklin, 1796, 8 p.
  • Adresse du tribun du peuple à l'armée de l'intérieur, Paris, Imprimerie du tribun du peuple, 1796, 12 p.
  • Péroraison de la défense de Gracchus Babeuf, tribun du peuple, prononcée devant la Haute-Cour de justice, Paris, Imprimerie de R.-F. Lebois, 7 p.
  • Dernière Lettre de Gracchus Babeuf, assassiné par la prétendue Haute-cour de justice, à sa femme et à ses enfans, à l'approche de la mort, Imprimerie de R.-F. Lebois,‎ 1797, 7 p. (lire en ligne)

Éditions récentes[modifier | modifier le code]

  • Pages choisies de Babeuf, édité par Maurice Dommanget et Georges Lefebvre, Armand Colin, 1935, 330 p.
  • Textes choisis, Éditions Sociales, Les Classiques du peuple, 1956
  • Correspondance de Babeuf avec l'Académie d'Arras (1785-1788), présenté par Marcel Reinhard, Institut d'histoire de la Révolution française, Paris, Presses universitaires de France, 1961
  • Textes choisis, édité par Claude Mazauric, Éditions sociales, 1965, 253 p.
  • Le Tribun du peuple: ou le Défenseur des droits de l'homme, G. Thierry, 1966 (réimpression en fac-similé de l'édition originale, conservée à la Bibliothèque nationale, n° 1-32 et 34-43)
  • Le scrutateur des décrets, et le rédacteur des cahiers de la seconde législature, Éditions d'histoire sociale, 1966, n° 6
  • L'éclaireur du peuple: ou le défenseur de 24 millions d'opprimés, Éditions d'histoire sociale, 1966, 90 p.
  • The defense of Gracchus Babeuf before the High Court of Vendôme, édité par John Anthony Scott, Thomas Cornell, Herbert Marcuse, University of Massachusetts Press, 1967, 112 p.
  • Œuvres de Babeuf, édité par Viktor Moiseevich Dalin, Armando Saitta et Albert Soboul, Bibliothèque nationale, 1977
  • La Guerre de la Vendée et le système de dépopulation (titre originel : Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier), préface de Jean-Joël Brégeon, introduction de Reynald Secher, Paris, Tallandier, 1987, 225 p. (rééd. Cerf, collection L'histoire à vif, 2008, préface de Stéphane Courtois, introduction de Reynald Secher)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Encyclopédie Universalis : Anarchisme.
  2. Robert Legrand, Babeuf et ses compagnons de route, Société des études robespierristes, 1981, 454 pages, pp. 421 et 431-432.
  3. Josette Lépine, Gracchus Babeuf, Éditions Hier et aujourd'hui, 1949, 255 pages, p. 242.
  4. a et b Article Babeuf de F. Wartelle, in Dictionnaire historique de la Révolution française, dirigé par Albert Soboul, PUF, 1989.
  5. Philippe Buonarroti, Histoire de la conspiration pour l'égalité dite de Babeuf : suivie du procès auquel elle donna lieu, G. Charavay jeune,‎ 1850, 253 p. (lire en ligne), p. 133
  6. Varda Furman et Francis Démier, Louis Blanc, un socialiste en république, Creaphis éditions,‎ 2005, 224 p. (lire en ligne), « Association et organisation du travail. Points de rencontre entre les néo-babouvistes français et belges et Louis Blanc », p. 197-
  7. Alain Maillard, Présence de Babeuf : lumières, révolution, communisme : actes du colloque international Babeuf, Amiens, les 7, 8 et 9 décembre 1989, Publications de la Sorbonne,‎ 1994, 334 p. (lire en ligne), « De Babeuf au babouvisme  : Réceptions et appropriations de Babeuf aux XIXe et XXe siècles », p. 261-280
  8. Karl Marx, Sur la Révolution française, Paris, Éditions sociales,‎ 1985, « La critique moralisante et la morale critique... », p. 91
  9. Michèle Ressi, L'Histoire de France en 1 000 citations : Des origines à nos jours,‎ 2011, 519 p. (lire en ligne), p. 258.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]