Mao Zedong

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Dans ce nom chinois, le nom de famille, Mao, précède le nom personnel.
Mao Zedong
毛泽东 / 毛澤東, Máo Zédōng
Image illustrative de l'article Mao Zedong
Fonctions
1er président de la République populaire de Chine
27 septembre 195427 avril 1959
Premier ministre Zhou Enlai
Prédécesseur poste créé
Successeur Liu Shaoqi
1er président du gouvernement populaire central chinois
1er octobre 194927 septembre 1954
Prédécesseur He Yingqin
Successeur lui-même (titre changé en Président de la République populaire de Chine)
1er président du Parti communiste chinois
19431976
Prédécesseur Zhang Wentian
Successeur Hua Guofeng
1er président de la Commission militaire centrale
19541976
Prédécesseur -
Successeur Hua Guofeng
1er président de la Conférence consultative politique du peuple chinois
1er octobre 194927 septembre 1954
Prédécesseur -
Successeur Zhou Enlai
Biographie
Surnom Le Grand Timonier
Date de naissance 26 décembre 1893
Lieu de naissance Shaoshan
Date de décès 9 septembre 1976 (à 82 ans)
Lieu de décès Pékin
Nature du décès Crise cardiaque
Nationalité Drapeau de la République populaire de Chine Chinois
Parti politique PCC
Conjoint Luo Yixiu (1907-1910)
Yang Kaihui (1920-1930)
He Zizhen (1930-1937)
Jiang Qing (1939-1976)
Enfant(s) dont : Mao Anying (1922-1950)
Résidence Zhongnanhai

Signature

Mao Zedong
Présidents de la République populaire de Chine

Mao Zedong, plus connu en français sous la transcription de Mao Tsé-toung, également retranscrit en Mao Tsé-Tung ou Mao Tsö-Tong[1], est un homme d’État et chef militaire chinois, fondateur et dirigeant de la République populaire de Chine. Fils de paysans aisés, il est né à Shaoshan[2] dans la province du Hunan[3] le 26 décembre 1893, et mort à Pékin le 9 septembre 1976.

Un des membres historiques du Parti communiste chinois (Shanghai, 1921), Mao Zedong parvint progressivement à s’en faire reconnaître comme le dirigeant suprême, notamment lors de l’épisode de la Longue Marche (1934-1935). Après de longues années de guérilla contre les nationalistes du Guomindang dirigés par Tchang Kaï-Chek, ainsi que contre l’envahisseur japonais pendant la guerre sino-japonaise (1937-1945), Mao sortit vainqueur de l’ultime phase de la guerre civile chinoise, avec la victoire de l’Armée populaire de libération (1949). Il proclame la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949 à Pékin ; il en sera le premier président de 1954 à 1959. Ses principaux postes, qu’il occupa jusqu’à sa mort en 1976 et qui lui permirent de rester le numéro un du régime, étaient ceux de secrétaire général du Parti communiste chinois et de président de la Commission militaire centrale, le premier lui garantissant la maîtrise du Parti, et le second celle de l'Armée populaire de libération.

Mao Zedong imposa à la population le collectivisme communiste et la dictature du parti unique, en suivant d’abord de très près le modèle de l'URSS. Au nom de la définition d’une « voie chinoise vers le socialisme », il se démarqua ensuite progressivement de l’URSS et fut l’inspirateur direct du Grand Bond en avant (1958-1960), politique économique dont on estime qu'elle causa entre quinze et trente millions de morts[4]. Après avoir été mis sur la touche par ses collaborateurs, il souleva les étudiants chinois contre la direction du Parti pour reprendre le pouvoir, livrant les villes à la violence des gardes rouges au cours de la Révolution culturelle (1966-1969). Ayant éliminé ses rivaux et rétabli l’ordre à son profit, il fit l’objet d’un culte de la personnalité et rapprocha alors le plus la République populaire de Chine d’un État de type totalitaire (1969-1976).

Sa politique internationale des années 1970 marque un rapprochement avec l’Occident, qui permit la réintégration de la Chine dans le concert mondial (entrée à l’ONU, 1971). Dès 1975, Mao laissa son Premier ministre Zhou Enlai décréter un nouveau programme de réformes, les « Quatre Modernisations ». Celui que l’on surnomme « le Grand Timonier » mourut en 1976 sans avoir désigné de successeur. La Chine réhabilita peu après un certain nombre de ses victimes, tout en continuant l’ouverture à une certaine forme d’économie de marché entamée en 1975.

Les écrits théoriques de Mao et sa pratique politique ont donné naissance au courant marxiste-léniniste connu sous le nom de maoïsme.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille et enfance[modifier | modifier le code]

Mao Zedong est le fils aîné d’une famille de paysans relativement prospère de Shaoshan dans le département de Xiangtan, province de Hunan. Sa mère, Wen Qimei eut sept enfants, dont, outre Mao Zedong, deux autres fils survivants : Mao Zemin (1895-1943)[5] et Mao Zetan (1905-1935)[6]. Ses ancêtres étaient venus de la province du Jiangxi sous la dynastie Ming et s’étaient installés comme paysans. Sa langue natale était non pas le mandarin mais le xiang, dialecte en grande partie intelligible des autres chinois mais qui restera caractéristique de ses discours. Mao ne maîtrisera d'ailleurs jamais le putonghua, la langue standard chinoise que son propre régime a mise en place.

En 1907, son père, Mao Xunsheng (1870-1920), le marie à une cousine, Luo Yixiu, de quatre ans son aînée. En 1936, Mao dira à Edgar Snow n’avoir ni consommé ce mariage, ni vécu avec cette « première » épouse, décédée en 1910. Ce serait, dit-on[Qui ?], en réaction à ce mariage à quatorze ans, arrangé par son père, qu'il serait devenu un adversaire acharné de ces mariages traditionnels. Il serait aussi devenu, à l'âge adulte, consommateurs de courtisanes et aurait entretenu des relations multiples jusque très tard.

Révolution[modifier | modifier le code]

Durant la révolution chinoise de 1911, Mao s’engage dans le régiment local de Changsha dans sa province natale du Hunan et reste dans l'armée jusqu'au printemps 1912. Le coût du maintien des effectifs considérables des forces révolutionnaires de Sun Yat-sen impose une démobilisation générale quand ce dernier se retire en faveur de Yuan Shikai. Selon Mao lui-même : "juste au moment où les Hunanais se préparaient à agir, Sun Yat-sen et Yuan Shikai parvinrent à un accord et la guerre programmée fut annulée". Et il ajoute plus tard : "Pensant que la révolution était terminée, je (…) décidai de retourner à mes livres. J'avais été soldat pendant six mois."

Les seigneurs du désordre[modifier | modifier le code]

Il entre à l’école normale de Changsha, en 1913.

Pendant quelques mois, la Chine débarrassée du poids de la tradition dynastique, s'abandonne à une turbulente confusion. Le nouveau gouverneur du Hunan, Tan Yankai, libéral opposé tant à l'impérialisme qu'au pouvoir centralisé de Pékin fait cesser la culture du pavot et interdit l'importation de la drogue. Pendant un certain temps, une presse libre est autorisée, fustigeant les excès des Puissances, à la grande consternation du consulat britannique. Le budget de l'éducation est triplé, financé en partie par des impôts fonciers lourds, eux-mêmes levés sur les familles de la bourgeoisie conservatrice considérées comme pro-mandchoues.

En 1917, Mao fonde avec Cai Hesen (1895-1931) la "Xinmin Xuehui" ou « Société d’étude du peuple nouveau »[7]. Xinmin a un double sens "peuple nouveau" ou "rénover les gens", qui lui donne une consonance radicale, presque révolutionnaire. C'est aussi un mot classique des textes confucéens: "rénover le peuple" est le devoir du lettré confucéen.

En 1918, il est diplômé de la première école normale provinciale du Hunan.

Vie à Pékin et adhésion au marxisme[modifier | modifier le code]

Mao voyage avec son professeur Yang Changji, son futur beau-père, jusqu’à Pékin où il assiste au mouvement du 4 mai 1919.

Yang, désormais professeur à l’université de Pékin fournit à Mao une lettre d'introduction auprès du bibliothécaire de l’université, Li Dazhao. Mao travaille comme aide. Mao s’enregistre comme étudiant à temps partiel à l’université et suit de nombreux cours et séminaires dont ceux d'intellectuels célèbres comme Chen Duxiu, Hu Shi, ou Qian Xuantong.

Durant son séjour à Pékin, Mao lit énormément et se familiarise ainsi avec les théories communistes et marxistes. Il se marie avec sa condisciple Yang Kaihui, la fille du professeur Yang.

Employé à la bibliothèque de Pékin, Mao Zedong subit le mépris des intellectuels pékinois, à cause de son origine paysanne. Il conserve toutefois un goût pour la poésie et la calligraphie, goût qui deviendra célèbre par la suite.

À la différence de certains de ses éminents révolutionnaires contemporains, tel que Zhou Enlai, Mao ne concrétise pas l’idée d’aller étudier en France. L’aspect financier de telles études en France, ainsi que ses faibles capacités linguistiques l'auraient découragé : la langue chinoise étant déjà un obstacle (le dialecte du Hunan étant sa référence principale). Mao ne sortira de Chine d'ailleurs qu’une seule fois, en novembre 1957, en Union soviétique. Selon ses propres paroles, Mao aurait pensé que dès cette période les problèmes de la Chine ne pouvaient être étudiés et résolus qu'en Chine. Il est souvent avancé[Par qui ?] que Mao s’est très tôt penché sur les problèmes de la paysannerie. Il apparaît au contraire que c’est assez tard que le problème paysan est devenu un point important pour lui : c’est quand le Guomindang lui a commandé des articles pour des revues consacrés au monde paysan qu’il semble s'y être intéressé et qu'il a par la suite écrit sur la paysannerie.

Dans cette première partie de sa vie politique, Mao Zedong est influencé par le mouvement du 4 mai 1919 : le rejet de la culture classique, de l’impérialisme et l’apport d’idées socialistes. En 1920, il adhère définitivement au marxisme.

Le Komintern prend les choses en main[modifier | modifier le code]

Le 23 juillet 1921, à l’âge de 28 ans, Mao participe à la première session du congrès du Parti communiste chinois à Shanghai : il semble qu’il n’ait pris aucune part active aux débats, face aux autres participants impliqués depuis plus longtemps que lui dans la cause révolutionnaire[8].

Deux ans plus tard, il est élu comme l'un des cinq commissaires du 3e bureau central du Parti au cours de la session du troisième congrès.

Mao reste un certain temps à Shanghai, une ville importante où le PCC essaie de promouvoir la révolution. Mais après que le parti a rencontré des difficultés majeures en essayant d’organiser les mouvements syndicalistes et que ses relations avec son allié nationaliste, le Guomindang se sont détériorées, Mao perd ses illusions de faire la révolution à Shanghai et retourne à Shaoshan. De retour chez lui, Mao réanime son intérêt dans la révolution après avoir été mis au courant des soulèvements de 1925 à Shanghai et Canton. Il s’en va alors dans le Guangdong, la base du Guomindang, et prend part à la préparation du deuxième congrès national du parti nationaliste.

Mao en 1927

En janvier-février 1927, Mao retourne dans la province du Hunan et voyage pendant un mois à travers le Xiangtan et quatre autres districts ruraux. Il expose ses conclusions dans un fameux document : le "rapport sur le mouvement paysan au Hunan". Ce travail est considéré comme le point de départ décisif vers l’application de ses théories révolutionnaires violentes.

Rupture du Front Uni[modifier | modifier le code]

Le Kuomintang (KMT) et le Parti Communiste Chinois (PCC) collaborent dans la lutte contre les seigneurs de la guerre dans le cadre du Premier front uni chinois depuis 1924. Tchang Kaï-chek, commandant des forces armées du KMT, leader de l'aile droite du parti et anti-communiste entame la coupure avec le PCC en 1926 à Canton. Puis lors de l'Expédition du Nord Tchang Kaï-chek organise le massacre de Shanghai afin de purger le KMT des éléments gauchistes, et d'empêcher la prise du pouvoir par les communistes.

La rupture entre les deux partis est consommée, et mène à la guerre civile.

Guerre civile[modifier | modifier le code]

Mao est envoyé au Hunan par le Comité Central du PCC et lève une armée appelée l’« armée révolutionnaire des travailleurs et des paysans ». Il déclenche en septembre 1927 le soulèvement de la récolte d’automne. Ses troupes sont défaites, et sont forcées de quitter la province du Hunan pour le village de Sanwan, situé dans les montagnes du Jinggang Shan dans la province du Jiangxi, où Mao réorganise ses forces épuisées.

Il organise au sein de chaque compagnie une cellule du parti avec un commissaire politique qui puisse donner des instructions politiques sur la base d’instructions supérieures. Ce réarrangement militaire initie le contrôle absolu du PCC sur ses forces militaires et est considéré comme ayant eu l’impact le plus fondamental sur la révolution chinoise. Ultérieurement, Mao déplace plusieurs fois son quartier général dans les Jinggang Shan.

Mao persuade alors deux chefs rebelles locaux de se soumettre. Il est rejoint par l’armée de Zhu De, et crée avec lui l’« armée rouge des travailleurs et des paysans de Chine », mieux connue sous le nom d’Armée rouge chinoise.

Fujian : perte d'innocence[modifier | modifier le code]

Au Jiangxi, la domination autoritaire de Mao, en particulier dans le domaine militaire, fut défiée par la branche du PCC du Jiangxi et par des officiers. Les opposants de Mao, parmi lesquels le plus important était Li Wenlin, le fondateur de la branche du PCC et de l’armée rouge au Jiangxi, s’opposaient aux politiques agraires de Mao et à ses propositions de réforme de la branche locale du parti et des dirigeants de l’armée. Mao réagit d’abord en accusant ses opposants d’opportunisme et de koulakisme et les supprima d’une manière systématique. Le nombre de victimes est estimé à plusieurs milliers et pourrait atteindre 186 000[9]. Grâce à ce terrorisme, l’autorité de Mao et sa domination du Jiangxi fut renforcée.

Jung Chang et Jon Halliday estiment qu’à son apogée, la république soviétique chinoise couvrait quelque 150 000 km2 pour une population de dix millions d’habitants. Ils indiquent également que, rien que sur la zone centrale du Jiangxi et du Fujian, le régime communiste fit, en trois ans, 700 000 victimes (assassinats, suicides, travaux forcés…), soit 20 % de la population.

Après la fondation de la République soviétique chinoise du Jiangxi sur le modèle russe, Mao Zedong peine à s’imposer dans la hiérarchie du Parti. Considéré comme un modéré, voire un droitiste, il découvre une méthode soviétique qu’il n’oubliera plus par la suite : les purges. Il parvient à asseoir une certaine autorité en procédant ainsi à un régime de la terreur, s’appuyant sur le prétexte de contrecarrer des « AB » (anti-bolchéviques), ou sous d’autres étiquettes. Du fait de ses choix stratégiques toujours pris en fonction de son intérêt personnel, au risque de milliers de morts inutiles, il est déconsidéré par ses pairs,

Président de la République[modifier | modifier le code]

De 1931 à 1934, Mao établit la République soviétique chinoise du Jiangxi et est élu président de cette petite république dans les régions montagneuses du Jiangxi. C’est là qu’il se remarie (troisième fois) avec une épouse officielle He Zizhen - sa précédente épouse Yang Kaihui ayant été arrêtée et exécutée en 1930.

Mao, avec l’aide de Zhu De, crée une armée modeste mais efficace, et entreprend des expériences de réforme rurale et de gouvernement, en offrant un refuge aux communistes qui fuient les purges droitistes dans les villes. Si les méthodes de Mao sont considérées comme celles d’une guérilla, on peut distinguer une nuance entre guérilla (youji zhan) et guerre mobile (yundong zhan). La guérilla de Mao ou sa guerre mobile repose sur une armée rouge, munie d'armement et formation dérisoires, mais constituée de paysans pauvres, encouragés par des passions révolutionnaires et ayant foi dans l’utopie communiste.

Dans les années 1930, Il n’y a pas moins de dix régions considérées comme « régions soviétiques » sous le contrôle du PCC et le nombre de soldats de l’armée rouge avoisine les cent mille. La multiplication des « régions soviétiques » surprend et incommode Tchang Kaï-chek, président du Guomindang: il lance alors cinq campagnes contre les territoires communistes.

Plus d’un million de soldats du Guomindang sont impliqués dans ces campagnes, quatre d’entre elles sont repoussées par l’armée rouge conduite par Mao.

La Longue Marche vers le nord[modifier | modifier le code]

À la suite d'un certain nombre d'erreurs tactiques, l'armée rouge se trouve pratiquement encerclée dans la cinquième campagne. Elle réussit cependant à échapper à l'encerclement. Partis à 86 000, l'effectif tombera à 30 000 au plus bas de la Longue Marche[10].

La période de Yan'an[modifier | modifier le code]

Photographie de groupe à Yan'an (mai 1942)

À l'issue de la Longue Marche, les troupes communistes rescapées s'installent dans le Shaanxi Nord, et établissent leur capitale à Yan'an en décembre 1936[11]. Les écrits de Mao Zedong durant la période du séjour à Yan'an sont consacrés pour une grande partie aux problèmes militaires, mais son texte le plus important est la Démocratie nouvelle, essai d'adaptation du marxisme-léninisme aux conditions chinoises. Ce texte, qui paraît en janvier 1940, expose les deux phases à venir de la révolution chinoise, celle de la « Nouvelle Démocratie », puis celle du socialisme. Cette Nouvelle Démocratie est censée être l'alliance de quatre classes, le prolétariat, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale, sous la direction de la première. Sur le plan économique, l'État doit y diriger les grandes entreprises, laissant subsister les autres. De même, les grandes propriétés rurales seront confisquées, sans que disparaissent l'économie des paysans riches. L'arriération de l'économie chinoise, selon Mao, justifie en effet la persistance de formes économiques capitalistes. La propagande liée à cette « Nouvelle Démocratie », aux accents libéraux et nationaux, montrera son efficacité auprès des intellectuels et d'une partie de la bourgeoisie surtout entre 1945 et 1949[12].

Le « mouvement de rectification » qui a lieu en 1942, pour l'essentiel (il débute cependant en 1941 et se poursuit jusqu'en 1945), élimine toute opposition à la direction du parti et est l'occasion d'une épuration qui touchent peut-être 40 000 à 80 000 personnes, sur un effectif de 800 000 membres du parti en 1940. Ce mouvement est le modèle de ceux qui auront lieu à plusieurs reprises par la suite, en particulier celui qui suit la Campagne des cent fleurs en 1957. La Démocratie nouvelle et le mouvement de rectification de 1942 consacrent Mao comme théoricien quasi exclusif du parti et assurent de manière définitive son autorité. Sur le plan culturel, les Interventions aux causeries sur la littérature et l'art à Yan'an de Mao, qui paraissent en 1942, sont l'illustration de ce mouvement de rectification. Écrivains et artistes sont tenus de s'aligner sur les positions idéologiques du parti[13].

Du 23 avril au 11 juin 1945 a lieu le VIIe congrès du Parti communiste chinois à Yan'an, au cours duquel sont adoptés de nouveaux statuts : pour la première fois il y est fait explicitement référence à la pensée de Mao Zedong. Mao est en outre porté à la présidence du Comité central, poste créé à l'occasion, à celle du Bureau politique et à celle du secrétariat du PCC, et est ainsi consacré seul et unique chef du parti[14].

La guerre civile de 1945-1949[modifier | modifier le code]

À partir de 1945, le prestige de Mao grandit alors que Tchang Kaï-Chek est de plus en plus critiqué par le peuple à cause de ses liens avec les États-Unis et les puissances occidentales. En effet Mao jouit de l’image du combattant de l’impérialisme (japonais comme européen) tandis que les nationalistes sont dénoncés par les communistes comme des « valets de l’impérialisme » au sein d’une population qui souffre encore de l’humiliation de la guerre de l’opium[15].

Mao Zedong durant les négociations de 1945 avec Tchang Kaï-chek, en compagnie du diplomate américain Patrick J. Hurley.

Durant la guerre sino-japonaise, les communistes s’allient aux nationalistes contre les Japonais, dans le cadre du deuxième front uni. Mao ne perd cependant pas de vue la perspective de la reprise du combat contre le Guomindang : plutôt que des attaques frontales des troupes communistes contre l’armée japonaise, il préconise des actions de guérilla, afin d’épargner les effectifs et de permettre au PCC de consolider ses forces. Peu après la fin du conflit contre les Japonais, et malgré les efforts de médiations des États-Unis, la guerre civile entre communistes et nationalistes reprend. Il dirige le 7e Politburo du PCC.

Le « président Mao »[modifier | modifier le code]

Le 1er octobre 1949, à Pékin, du balcon de la Cité interdite des anciens empereurs, Mao Zedong proclame l’avènement de la République populaire de Chine. Cette prise de pouvoir met fin à une longue période de guerre civile marquée par l’invasion japonaise et la Longue Marche, le Guomindang s’étant exilé à Taïwan.

Président du gouvernement populaire central chinois jusqu’en 1954, Mao voit ensuite son titre changé en président de la République populaire de Chine. Après son accession au pouvoir, il répète les erreurs de gestion économique, le plus souvent catastrophiques pour son pays ; toutefois, son intelligence des rouages du pouvoir lui permettra de rester en place jusqu’à sa mort. Il dirige le 8e Politburo du PCC.

Les Cent Fleurs[modifier | modifier le code]

En 1957, avec la campagne des Cent Fleurs (symbolisant « cent écoles, cent opinions qui s’expriment »), Mao encourage la liberté d’expression de la population, exhortant en particulier les intellectuels à critiquer le Parti. Mais le mouvement prend rapidement une ampleur qu’il n’avait pas envisagée : les critiques explosent littéralement, échappant bien vite à son contrôle et le menant à une violente campagne de répression. Certains analystes politiques, chinois notamment, pensent que cette campagne ne fut qu’un piège : laisser s’exprimer les intellectuels dissidents pour mieux les réprimer[16],[17].

Participation à la Conférence de Moscou en 1957[modifier | modifier le code]

Selon Léonid Brejnev, dans un discours prononcé en 1957 à Moscou lors d'une Conférence des partis communistes, Mao Zedong évoqua avec une légèreté et un cynisme frappant la possibilité de voir la disparition de la moitié de l'humanité en cas de guerre nucléaire[18].

Le « Grand Bond en avant »[modifier | modifier le code]

Mao, Staline et Walter Ulbricht en 1949.

Jusqu’au milieu des années 1950, la République populaire de Chine a copié avec zèle le modèle soviétique, puisqu’elle a consacré la plus grande part des investissements au développement militaro-industriel. Toutefois, dès 1955, Mao Zedong est partisan d’une voie spécifiquement chinoise du socialisme, qui s’appuierait sur la paysannerie (plutôt que sur la classe ouvrière) et passerait par une collectivisation accélérée.

Ainsi, entre 1958 et 1960, Mao met en œuvre le « Grand Bond en avant », mouvement de réformes industrielles censé permettre de « rattraper le niveau de production d’acier de l’Angleterre » en seulement 15 ans. Des communes de production sont organisées au niveau local. Toute la population, et avant tout le monde paysan, est sommée d’y apporter sa contribution. Mao place dans la force du peuple, du « prolétariat » des espoirs démesurés : les paysans seront surexploités, on leur demandera de tout faire en même temps, des récoltes à la production sidérurgique.

Cette politique entraîna à la fois une grande croissance industrielle et une grande famine dans les campagnes, près de 50 millions de morts[19],[20][réf. incomplète],[21]. La main d’œuvre inexpérimentée produit des biens d’une qualité exécrable tandis que les récoltes, faute de temps, pourrissent sur pied. Le « Grand Bond en avant » engendre une famine d’une ampleur désastreuse. Elle fera, selon les estimations, entre 20 et 43 millions de victimes[22].

Au pire moment de la crise, Mao-Zedong refusa de limiter les exportations de céréales qui finançaient le développement de l’industrie en faisant ce commentaire  : « Distribuer les ressources de façon égalitaire ne fera que ruiner le Grand Bond en avant. Quand il n’y a pas assez de nourriture, des gens meurent de faim. Il vaut mieux laisser mourir la moitié de la population, afin que l’autre moitié puisse manger suffisamment ». Quand Liu Shaoqi après avoir visité sa région natale et compris la catastrophe, tenta de redresser la situation, il dut s'opposer à Mao. Ce dernier accusa Liu d’avoir « lâché pied devant l’ennemi de classe ». Liu Shaoqi rétorqua : « Tant de morts de faim ! L’histoire retiendra nos deux noms et le cannibalisme sera dans les livres. »[23].

Le sinologue et historien Lucien Bianco compare la famine en Chine entre 1958 et 1962 avec les famines soviétiques de 1931-1933 en Ukraine et en Russie méridionale bien que ces dernières eurent été plus « modestes » avec six millions de morts. En URSS comme en Chine, une stratégie identique de développement opère des transferts excessifs de l’agriculture vers l’industrie lourde. Sous l’impulsion du chef, cette stratégie s’accélère : Mao impose le Grand Bond et Staline impose le Grand Tournant. « L’énorme responsabilité personnelle des deux dictateurs, auxquels des dirigeants nationaux (dans le cas de la Chine) ou régionaux (en Ukraine) moins entêtés ou moins cruels n’ont pu résister, met en cause la matrice léninienne commune aux deux régimes : si mal inspiré fût-il, le pouvoir d’un seul s’est imposé à tous »[24]. Fort de l'expérience stalinienne, Nikita Khrouchtchev avait mis Mao en garde contre les dangers du collectivisme agricole, mais celui-ci n'en avait pas tenu compte, notamment parce qu'il s'opposait à la déstalinisation mise en œuvre officiellement par Khrouchtchev.

Mao Zedong, après avoir longtemps ignoré le désastre ou rejeté la cause de la non-efficacité de son programme sur des éléments extérieurs, comme l’action de contre-révolutionnaires ou encore les catastrophes naturelles, se retrouve en minorité au Comité de direction du Parti communiste. De plus, la confiance du peuple en l’idéologie de Mao est fortement ébranlée. Il doit quitter son poste de Président de la République, mais demeure Président du parti.

La Révolution culturelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution culturelle.

La révolution culturelle (1966-1976), durant la période de troubles et de contestations qui suit le catastrophique Grand Bond en avant, lui permet de reprendre le pouvoir et les rênes du pays[25]. Entamée afin de réhabiliter Mao, elle commence à la suite d’une polémique que lance son épouse Jiang Qing. La « révolution culturelle » incite les jeunes à prendre le pouvoir, à se révolter contre les fonctionnaires corrompus, désormais « ennemis du peuple » — les gardes rouges (qui ne sont autres que les étudiants « révolutionnaires ») sont créés à cette occasion.

Comme lors du mouvement des « Cent Fleurs », la polémique échappe au contrôle de Mao et le tout se soldera une fois de plus par une violente répression armée, un massacre sanglant. Le président de la République Liu Shaoqi est arrêté par les gardes rouges et tombe en disgrâce, tandis que Mao devient le maître incontesté du pays. Beaucoup d’intellectuels seront envoyés en rééducation, ou forcés de quitter les villes pour partir vivre à la campagne où ils subiront un dur apprentissage du métier de paysan, et une partie considérable du patrimoine culturel chinois est détruit à cette occasion. Au sortir de cette nouvelle crise, le peuple chinois est définitivement traumatisé, tant par les atrocités physiques que par les incroyables violences morales (telles que les fameux thamzing, séances d’« autocritiques », humiliations publiques d’une cruauté morale traumatisante). Le goulag chinois, le laogai, est bien plus peuplé que son équivalent russe ; ses conditions de détention n’y sont pas meilleures.

Il dirige les 9e et 10e Politburos du PCC.

Première entrevue diplomatique entre le président américain Richard Nixon et Mao Zedong, à Pékin, le 29 février 1972.

À la fin de son règne, Mao Zedong changea sa stratégie d’autarcie en invitant le président américain Richard Nixon en Chine, préfigurant la politique d’ouverture de Deng Xiaoping. Par cette rencontre, les deux leaders entendaient contrebalancer la puissance de l’Union soviétique.

Par la suite, la politique idéologique extrême menée par Mao Zedong a fait l’objet de critiques ouvertes au sein du Parti communiste chinois, qui met fin au culte de la personnalité et à l’idolâtrie qu’il avait lui-même organisée et intensifiée à la fin de sa vie. Le limogeage de la Bande des Quatre, dont son épouse, Jiang Qing, qui a eu lieu rapidement après sa mort prouve bien à quel point sa politique était tombée en disgrâce, tant dans les hautes sphères du parti que dans l’esprit populaire.

Dans l’historiographie officielle chinoise, il reste néanmoins considéré comme le grand libérateur de la Chine et le constructeur de la Chine moderne. Mao étant le fondateur du régime chinois actuel, son image continue d’être honorée, bien que la politique économique suivie aujourd’hui par ses successeurs n’ait plus guère de points communs avec le maoïsme.

La propagande de Mao Zedong[modifier | modifier le code]

Portrait de Mao Zedong, ornant la place Tian'anmen depuis 1951, d'après une œuvre originale du peintre Zhang Zhenshi.

Le culte de la personnalité[modifier | modifier le code]

Hauts reliefs symbolisant la Longue Marche sous l’étendard de Mao Zedong devant son mausolée à Pékin, place Tian’anmen.

Le culte de la personnalité de Mao Zedong prend ses racines dans la Longue Marche, lors de laquelle il s’est imposé comme leader charismatique. Comme ce fut le cas sous l’URSS stalinienne, le style de propagande réaliste-socialiste originel de l’art officiel a évolué ensuite vers une déification marquée de Mao, à l’opposé des premières représentations où il est situé aux côtés des paysans et ouvriers, dans une relation d’égal à égal. À partir de la révolution culturelle, date de son retour au pouvoir, l’effigie de Mao, idéalisée, est située dans le ciel, détachée du commun des mortels. Le portrait de Mao Zedong figure d'ailleurs sur les billets de yuan, la monnaie chinoise.

Le village natal de Mao Zedong, Shaoshan dans le Hunan, est toujours le lieu de pèlerinage pour de nombreux Chinois, donnant lieu à ce que l’on appelle parfois un « tourisme rouge »[26].

Le Petit Livre rouge[modifier | modifier le code]

Des citations choisies ont été rassemblées et publiées dans les années 1960 sous le nom de Petit Livre rouge, très en vogue pendant la Révolution culturelle. Les premières éditions étaient préfacées par une calligraphie de Lin Biao et furent mises au pilon lorsque ce compagnon de Mao tomba en disgrâce. Les éditions qui circulaient en France au moment de Mai 68 étaient munies de cette préface[27].

La famille de Mao[modifier | modifier le code]

Article connexe : Princes rouges.
Mao et Jiang Qing, 1946

Mao Zedong eut au total dix enfants de trois femmes différentes. De sa première 1re épouse, Luo Yixiu (1889-1910), Mao n'aura apparemment pas de descendance.

Avec sa 2e épouse, Yang Kaihui (1901-1930), naissent 3 fils ; Mao Anying (1922-1950), Mao Anqing (1923–2007) et Mao Anlong (1927-1931)

Puis il a 6 enfants (3 garçons et 3 filles) avec sa 3e épouse, He Zizhen (1909-1984) dont Mao Anhong (né en 1932), qui vécut avec son oncle Mao Zetan puis avec l'un des gardes de ce dernier et Li Min (née en 1936).

Avec sa 4e épouse, Jiang Qing (1914-1991), il a Li Na (née en 1940)

Mao Zedong avait également deux frères, qui jouèrent un rôle important dans l'ascension du Parti communiste : Mao Zemin (1896–1943) et Mao Zetan (1905-1935). Il avait aussi une sœur adoptive, Mao Zejian (1905-1929). Tous les trois furent exécutés par le Kuomintang durant la guerre civile.

Son neveu, Mao Yuanxin (né en 1941), fils de son frère cadet Mao Zemin, jouera un rôle important durant la Révolution culturelle. Étant proche, par conséquent, de la Bande des Quatre, il sera arrêté et emprisonné comme eux après la mort de son oncle.

Sa petite fille Kong Dongmei, issue du troisième mariage, et son mari Chen Dongsheng figurent au 242e rang d'une liste de riches chinois établie par un magazine financier chinois. Leurs fortunes sont estimées à 620 millions d'euros[28]. Kong Dongmei aurait aussi enfreint la politique de l'enfant unique avec trois enfants[29]. Son petit fils Mao Xinyu (fils de Mao Anqing) est devenu, en 2010, à 40 ans, le plus jeune général de l'APL. Cette nomination a fait l'objet de critiques[30].

Un bilan controversé[modifier | modifier le code]

Mao Zedong reste un des personnages les plus connus et les plus controversés du XXe siècle et de l’histoire de Chine.

Le parti communiste chinois le présente comme celui qui a restauré l’unité et l’indépendance nationale de la Chine, au terme de décennies de divisions intestines et de « semi-colonisation » par l’Occident, et ne dit rien du rôle majeur joué par le Kuomintang et l'armée américaine dans la libération du pays de l'envahisseur japonais. La propagande à son endroit, organisée sur plusieurs décennies, fut telle que des partis et groupuscules maoïstes à travers le monde continuent à révérer Mao comme un grand révolutionnaire dont la pensée serait la quintessence du marxisme. Dans le monde, des hommes souvent à mille lieues du marxisme et du maoïsme ont salué en lui un stratège militaire de génie, un patriote ayant su rendre sa dignité à son pays, un leader du Tiers-Monde et un personnage d’une envergure historique peu commune, dont l’épopée fascine encore aujourd’hui.

Le bilan de ses politiques successives, entre 1949 et 1976, comporte des résultats positifs. L’espérance de vie en Chine est passée d'environ 35 ans avant 1949 à 65 ans en 1976[31]. Au début des années 1970, Shanghai avait un taux de mortalité infantile inférieur à celui de New York[32],[33]. En seulement une génération, le taux d’alphabétisation passa de 15 % en 1949 à 80-90 % au début des années 1970[34]. Entre 1949 et 1975 l'économie de la Chine, l’éternel « infirme d’Asie », a accompli de grands progrès[19],[20],[21]. Ces bonnes performances ont toutefois été entrecoupées d'épisodes catastrophiques, lors du Grand Bond en avant en particulier, si bien qu'en 1976 le PIB par habitant de la Chine ne représentait plus que 24,5 % de celui de la Corée du Sud en dollars Geary-Khamis (parité de pouvoir d'achat), contre 52,5 % en 1950 (base de Angus Maddison).

Mais de plus en plus d’historiens démontent la légende et insistent sur les travers de l’homme et sur le dictateur aux choix ayant causé la mort de plusieurs dizaines de millions de personnes en Chine (65 millions selon Le Livre noir du communisme, 70 millions selon Mao. L’histoire inconnue). Les carences des programmes les plus significatifs de Mao – Grand Bond en avant et Révolution culturelle surtout – ont été mises en avant ; leur coût est estimé aujourd’hui à plusieurs dizaines de millions de morts[35], Dans un article intitulé Retrouver la vérité de Mao en tant qu’être humain, Mao Yushi considèrait que « la fausse divinité Mao serait finalement éliminée et qu’il serait traduit en justice. ». Ainsi il répertoriait les crimes de Mao avec le Grand Bond en avant et ses 3 ans de famine et 30 millions de morts par la faim ; la Révolution culturelle qui a « tué 50 millions d’âmes » avec la lutte des classes. Enfin Mao Zedong était particulièrement licencieux mais « personne n’osait le critiquer »[36]. Mao Yushi estime à 50 millions le nombre de victimes entre 1949 et 1979[37].

Les historiens occidentaux ont vu dans son exercice du pouvoir un autoritarisme typique des dirigeants totalitaires : mise en place d’un parti unique (et donc régime autoritaire et anti-démocratique), propagande, primauté du militaire, État policier (arrestations arbitraires, tortures…), endoctrinement politique dès l’enfance, autocritiques obligatoires, camps de concentration (le laogai), répression des minorités (Ouïghours, appropriation du Tibet lancée en octobre 1950), eugénisme… Ce trait ultra-répressif, commun à la plupart des pays ayant adopté un régime stalinien (URSS, Cambodge, Corée du Nord…), est à replacer dans le contexte du déclin de l’impérialisme colonial, puis de la guerre froide.

En outre, il reste délicat d’évaluer dans l’action et les idées de Mao la part de l’idéologie socialiste, souvent largement utilisée comme propagande de façade, et la part des jeux de pouvoir en sa faveur, qui semblent avoir dominé ses choix politiques pour la Chine. Il est également difficile de juger de la place de Mao dans la continuité de la très longue histoire chinoise : rupture radicale avec le passé, ou règne d’un nouvel empereur de Chine d’une nature inédite ? Presque jamais sorti de Chine, ne parlant aucune langue étrangère, Mao s'est nourri avant tout de la culture classique de l’ancien Empire du Milieu.

Franck Dikötter, historien de l’université de Hongkong, estime que 45 millions de Chinois ont péri dans la famine de 1958 à 1962 résultant du grand bond en avant, avec des millions d'entre eux battus à mort, un bilan selon lui comparable à la totalité de la deuxième Guerre mondiale ce qui fait que « Mao avec Staline et Hitler, est l’un des plus grands meurtriers de masse du XXe siècle»[38].

L'influence de Staline[modifier | modifier le code]

Alors que la déstalinisation avait commencé dès 1956 en URSS, Mao a refusé ce mouvement et continué à appliquer les méthodes économiques et politiques de Joseph Staline, contre les conseils de Nikita Khrouchtchev notamment. Le portrait de Staline figurait toujours sur la place Tian'anmen en 1972 en bonne place aux côtés de ceux de Lénine, Marx et Engels, comme on peut le voir dans le film Chung Kuo, la Chine tourné par Michelangelo Antonioni quelques années avant la fin de la révolution culturelle et la mort de Mao.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres écrites par Mao[modifier | modifier le code]

En plus du Petit Livre rouge, Mao est l’auteur de plusieurs autres traités philosophiques, rédigés avant et après son accession au pouvoir. On peut citer :

  • De la pratique, 1937 ;
  • De la contradiction, 1937 ;
  • De la nouvelle démocratie, 1940 ;
  • De la littérature et de l’art, 1942 ;
  • De la juste solution des contradictions au sein du peuple, 1957 ;
  • La guerre révolutionnaire, recueil de deux textes :
    • Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine, 1936 ;
    • Questions de stratégie dans la guerre de partisans antijaponaise, 1938 ;
  • À la mémoire de Norman Bethune ;
  • Servir le Peuple.

Mao a écrit de la poésie, principalement dans les formes ci et shi. Son mérite littéraire est difficile à évaluer à la lumière de son statut politique controversé. Pour Simon Leys, la poésie de Mao est de qualité médiocre. Seul fait exception le poème Neige[39].

Ouvrages consacrés à Mao[modifier | modifier le code]

  • Henry Bauchau, Essai sur la vie de Mao Zedong, Paris, Flammarion, 1982. - 1048 p.(ISBN 2-08-064223-5).
  • Philip Short, Mao Tsé-Toung (traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Colette Lahary-Gautié), Paris, Fayard, 2005. – 673 p., 22 cm.(ISBN 2-213-62607-3). – Titre original : Mao: a life.
  • Jung Chang, Jon Halliday, Mao. L’histoire inconnue, Paris, Gallimard, 2006, traduit de l’anglais (Globalflair, 2005) par B. Vierne et G. Liebert avec le concours d’O. Salvatori.
  • Alain Roux, Le Singe et le tigre : Mao, un destin chinois, Paris, Larousse, 2009.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. chinois simplifié : 毛泽东 ; chinois traditionnel : 毛澤東 ; pinyin : Máo Zédōng (écouter))
  2. chinois simplifié : 韶山 ; pinyin : sháoshān
  3. chinois simplifié : 湖南 ; pinyin : húnán)
  4. Marie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours, Armand Colin, Paris, 1987, p. 99.
  5. Il aura un fils, Mao Yuanxin.
  6. Mao Zedong, enfance et adolescence - naissance d’un destin, de Nora Wang - Éditions Autrement, 1999.
  7. Gipoulon Catherine. Document I : De Montargis à Pékin, en quête d’un plan pour la Révolution : une lettre de Cai Hesen à Mao Zedong (13 août 1920). In: Extrême-Orient, Extrême-Occident. 1983, no 2, L’idée révolutionnaire et la Chine : la question du modèle. p. 139-142. doi :10.3406/oroc.1983.890url : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/oroc_0754-5010_1983_num_2_2_890 Consulté le 13 mars 2010.
  8. Bruno Philip, « Dans un quartier branché de Shanghaï, la maison natale du PCC » Le Monde, 25 septembre 2009
  9. Chine : L’archipel oublié, Jean-Luc Domenach, p. 47.
  10. L'histoire du parti communiste chinois, Hu Sheng (dir.), Beijing, 1994 p. 182-184.
  11. Jacques Guillermaz, Histoire du parti communiste chinois, p. 270.
  12. Jacques Guillermaz, Histoire du parti communiste chinois, p. 365-366.
  13. Jacques Guillermaz, Histoire du parti communiste chinois, p. 370-373.
  14. Jacques Guillermaz, Histoire du parti communiste chinois, p. 373-374.
  15. Histoire critique du XXe siècle, Le Monde Diplomatique.
  16. (en) Voir page 311 in Mao’s revolution and the Chinese political culture, Richard H. Solomon, University of California Press, 1971.
  17. Voir page 211 in Challenging the mandate of Heaven: social protest and state power in China, Elizabeth J. Perry, East gate book, 2002
  18. Jean-Christophe Romer, La guerre nucléaire de Staline à Khrouchtchev, p. 140
  19. a et b (en) S. Ishikawa, China’s Economic Growth Since 1949, China Quarterly, juin 1983.
  20. a et b (en) Raymond Lotta, The Theory and Practice of Maoist Planning, en Maoist Economics and the Revolutionary Road to Communism (Nueva York: Banner, 1994).
  21. a et b (en) Carl Riskin, Judging Economic Development: The Case of China, Economic and Political Weekly, 8 octobre 1977.
  22. Magazine L’Histoire, no 324, « Les crimes cachés du communisme », p. 52.
  23. Alain Roux, Le Grand Bond en avant... vers la famine en Chine L'Humanité, 15 Avril, 2013
  24. Lucien Bianco Chine-URSS Les origines des grandes famines La Vie des idées, 10 janvier 2013
  25. Révolution culturelle en Chine Encyclopédie Universalis, « Contesté à la tête du régime après l'échec du Grand Bond en avant (1958-1961), qui a provoqué un véritable marasme économique en Chine populaire et accéléré la rupture des relations avec l'U.R.S.S. (1960), Mao Zedong lance, lors de l'été de 1966, une « grande révolution culturelle prolétarienne » censée représenter une nouvelle étape de développement dans l'histoire du pays. »
  26. Chine à Shaoshan le souvenir de Mao rapporte gros France 24, 27 décembre 2013
  27. Jean-Jacques Tur, Le Petit Livre Rouge La Chine: Trois révolutions pour une renaissance : de Sun Yat-sen à Xi Jinping
  28. Chine : la petite fille de Mao est multimillionnaire La Tribune, 9 mai 2013
  29. La petite-fille de Mao, quadra bien nantie Libération, 9 mai 2013
  30. John M. Glionna, Mao's grandson, promoted to major general, faces ridicule Los Angeles Times, 4 août 2010
  31. http://eprints.lse.ac.uk/21309/
  32. (en) Penny Kane, The Second Billion (New York: Penguin, 1987).
  33. (en) Ruth et Victor Sidel, Serve the People: Observations on Medicine in the People’s Republic of China (New York: Josiah Macy Jr. Foundation, 1973).
  34. (en) Ruth Gamberg, Red and Expert (Nueva York: Schoken, 1977).
  35. (en) « Source List and Detailed Death Tolls for the Twentieth Century Hemoclysm », Historical Atlas of the Twentieth Century (consulté le 27 février 2007).
  36. Le Mausolée de Mao patrimoine mondial ? Une humiliation à l'humanité NTD Télévision, 26 juin 2012
  37. Guy Sorman, Journal d'un optimiste
  38. La Chine creuse ses trous de mémoire, Libération, 17/6/2011
  39. Simon Leys, Essais sur la Chine, p. 15, n. 1.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]