Élection présidentielle américaine de 1960

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Élection présidentielle américaine de 1960
John F. Kennedy, White House color photo portrait.jpg
John F. KennedyParti démocrate
Colistier : Lyndon B. Johnson
Voix 34 226 731
Grands électeurs 303
  
49,72 %
Nixon 30-0316a.jpg
Richard NixonParti républicain
Colistier : Henry Cabot Lodge, Jr.
Voix 34 108 157
Grands électeurs 219
  
49,55 %
Le collège électoral en 1960
Carte
Président
Sortant
Élu

L’élection présidentielle américaine de 1960 a eu lieu aux États-Unis le 8 novembre 1960. C'est la 44e élection présidentielle du pays et elle a opposé le sénateur du Massachusetts démocrate John Fitzgerald Kennedy, qui faisait campagne sur le thème d'une « Nouvelle frontière » (New Frontier) au républicain Richard Nixon, vice-président en fin de mandat. Deux nouveaux États admis en 1959, l'Alaska et Hawaï ont participé à leur première élection présidentielle.

Kennedy l'a emporté avec un faible avance de 112 827 voix (soit 0,17%) sur son adversaire, alors que ce dernier remportait la majorité des États (26 contre 23 à Kennedy). C'est la première fois qu'un candidat perd l'élection générale tout en ayant remporté la majorité des États. Nixon avait pour lui l'expérience acquise par quatre années de mandature à la vice-présidence face à la jeunesse et l'inexpérience de Kennedy. Celui-ci avait également l'handicap d'appartenir à la minorité catholique dans un pays fortement anti-papiste. Toutefois a su mener une campagne bien organisée et bien financée. Il s'est appuyé efficacement sur son colistier pour tenir les États du Sud et s'est montré plus efficace dans les débats télévisés.

Primaires du Parti démocrate[modifier | modifier le code]

Course aux primaires[modifier | modifier le code]

Les Primaires se déroulèrent du 8 mars au 7 juin 1960.

La défaite du candidat démocrate catholique Al Smith à l'Élection présidentielle de 1928 avait montré le préjugé anti-catholique de l'électorat. Certains doutait des chances de Kennedy, lui aussi catholique, de remporter l'investiture et les élections de novembre.

Kennedy se présenta à la primaire du Wisconsin défiant le sénateur du Minnesota Hubert Humphrey, État voisin du Wisconsin. Kennedy emporta la victoire venue principalement des zones fortement catholiques, mais avec un écart plus faible que celui prévu dans les sondages. Dans le Wisconsin le vote est ouvert (tous les électeurs y participent) et certains observateurs avancèrent que les républicains catholiques avaient pu soutenir leur coreligionnaire[1]. La primaire de la Virginie Occidentale, État protestant à 95 % promettait d'être décisive. Kennedy l'emporta avec plus de 60% des voix sur Humphrey prouvant qu'un catholique pouvait l'emporter dans n'importe quel État.

Bien que Kennedy ait remporté les primaires, son principal adversaire, était Lyndon B. Johnson sénateur du Texas, qui n'avait pas participé aux primaires, mais avait une base très solide dans l'establishment du Parti. Il pouvait donc compter sur de nombreux délégués notamment dans les États du Sud.

La Convention démocrate[modifier | modifier le code]

Elle s'est tenue du 11 au 15 juillet 1960 à Los Angeles.

Les principaux candidats à l'investiture outre John Kennedy étaient :

Kennedy a remporté l'investiture au premier tour:

Nombre de voix Pourcentage
Kennedy 806 52,89
Johnson 409 26,84
Symington[2] 86 5,64
Stevenson[3] 79 5,25
Meyner[4] 43 2,82
Humphrey 41 2,76
Smathers[5] 30 1,97
Barnett[6] 23 1,51

Nomination du Vice-président[modifier | modifier le code]

Après sa nomination, Kennedy a demandé à Johnson pour être son colistier, demande qui surprit nombre de délégués à la Convention.

Certains historiens ont supposé que Kennedy désirait un autre choix comme les sénateurs Stuart Symington ou Henry M. Jackson, et qu'il lui a offert le ticket à Johnson seulement par courtoisie envers le puissant chef de la majorité au Sénat. Selon cette hypothèse, Kennedy aurait été surpris de l'acceptation de Johnson et Robert Kennedy aurait rencontré Johnson dans sa chambre d'hôtel pour le dissuader[7]. Johnson aurait été offensé par la démarche et aurait immédiatement confirmé sa candidature à Kennedy qui l'aurait agréée. L'inimitié entre Robert Kennedy et Johnson sera dès lors constante.

Primaires du Parti républicain[modifier | modifier le code]

Le vice-président sortant Richard Nixon avait un candidat sérieux en la personne de Nelson Rockefeller le gouverneur de New York, chef de file de l'aile libérale du Parti républicain. Cependant ce dernier renonça à être candidat après une tournée nationale lui révélant que la grande majorité des républicains étaient en faveur de Nixon[8].

Nixon n'a alors aucune opposition significative à l'investiture républicaine. À la Convention nationale républicaine qui a lieu à Chicago du 25 au 28 juillet 1960, le conservateur Barry Goldwater, sénateur de l'Arizona, déclare se retirer de la course à l'investiture et appelle ses soutiens à se regrouper autour de Nixon. Nixon obtient 1321 voix, 10 votes s'égarant sur le nom de Goldwater. Nixon avait pressenti vainement Rockefeller comme candidat à la vice-présidence. Nixon choisit en définitive comme colistier Cabot Lodge, ancien sénateur du Massachusetts et ambassadeur aux Nations unies.

Situation dans le Sud[modifier | modifier le code]

Les positions de Kennedy et Nixon en faveur des droits civiques indisposèrent les électeurs des États du Sud. Le Mississippi et l'Alabama envoyèrent au Collège électoral des grands électeurs non engagés. Finalement, ils votèrent pour le ticket représenté par deux sénateurs démocrates ségrégationnistes, Harry F. Byrd de la Virginie, et Strom Thurmond de la Caroline du Sud.

Élection présidentielle[modifier | modifier le code]

Campagne[modifier | modifier le code]

Début août, les sondages donnaient une légère avance à Nixon. Mais Nixon a joué de malchance, d'abord avec une blessure au genou infecté qui l'a conduit à interrompre la campagne pendant 15 jours ; puis à la suite d'une maladresse du Président Dwight David Eisenhower mettant en porte-à-faux son vice-président. Parallèlement Kennedy bénéficie d'un staff de combat parfaitement organisé. Le choix de Johnson comme colistier s'avère payant grâce à la vigoureuse campagne de ce dernier dans les États du Sud.

Pour la première fois les deux candidats s'affrontent au cours d'une série de débats télévisées : le 26 septembre à Chicago ; le 7 octobre Washington ; le 13 octobre en duplex à Los Angeles et New York ; et le 21 octobre à New York. Kennedy, mieux préparé et plus à l'aise devant les caméras en sort vainqueur notamment au cours du premier débat le plus regardé (70 millions de téléspectateurs[9]). Kennedy arrive ainsi à inverser la tendance.

Kennedy résume son programme par l'expression Nouvelle Frontière. Cette évocation à La Frontière a une résonnance particulière dans l'imaginaire des Américains. C'est la ligne de colonisation de l'Ouest et Kennedy invite ses concitoyens à être de nouveaux pionniers[10]. Nixon n'a pas le sens du slogan mais son programme n'est pas très différent de celui de son adversaire.

En pleine guerre froide la politique extérieure permet aux candidats de se différencier. Si Nixon avec une certaine prudence se doit d'être solidaire du mandat précédent, Kennedy dénonce le missile gap, c'est-à-dire le prétendu retard sur les soviétiques dans le domaine des armements qu'Eisenhower aurait laissé creuser[10]. Du coup ce dernier, toujours très populaire, apporte un soutien plus actif en fin de campagne à Nixon, rétablissant l'équilibre des candidats dans les sondages.

Résultats[modifier | modifier le code]

Candidat Parti grands électeurs vote populaire
John F. Kennedy démocrate 56 % 49,72 %
Richard Nixon républicain 41 % 49,55 %
Harry F. Byrd _ 3 % < 1 %

Il semble que le premier Président catholique des États-Unis n'ait pas pâti de son appartenance religieuse. Il obtient en moyenne 80% des votes catholiques sans effritement trop sensible du vote protestant (entre 38% et 46% selon les États). Il obtient également une forte majorité auprès des minorités : 75 à 80% du vote Juif ; 61 à 68% du vote Noir[1]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

  • La bande dessinée uchronique Qui a tué le Président ? (2011) rend compte des conséquences qu’aurait pu avoir la victoire de Richard Nixon sur John Kennedy lors de cette élection.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b André Kaspi, Kennedy. Les 1000 jours d'un Président, Armand Colin 1993, p. 20-25
  2. Sénateur du Missouri
  3. Gouverneur de l'Illinois
  4. Gouverneur du New Jersey
  5. Sénateur de la Floride
  6. Gouverneur du Mississippi
  7. Knowlton Nash, History on the Run: The Trenchcoat Memoirs of a Foreign Correspondent, Toronto, Canada, McClelland & Stewart. pp. 103–104
  8. Theodore H. White, The Making of the President, 1960, New York, Atheneum 1961, p. 91
  9. http://www.museum.tv/eotv/kennedy-nixon.htm
  10. a et b André Kaspi, John F. Kennedy. Une famille, un président, un mythe, Éditions Complexe 2007, p. 15-18