Alfredo Stroessner

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Alfredo Stroessner
Image illustrative de l'article Alfredo Stroessner
Fonctions
46e président de la République du Paraguay
(&&&&&&&&&&01259134 ans, 5 mois et 18 jours)
Prédécesseur Tomás Romero Pereira
Successeur Andrés Rodríguez Pedotti
Biographie
Nom de naissance Alfredo Stroessner Matiauda
Date de naissance
Lieu de naissance Encarnación (Paraguay)
Date de décès (à 93 ans)
Lieu de décès Brasilia (Brésil)
Nationalité paraguayenne
Parti politique Partido Colorado
Conjoint Eligia Mora (1910-2006)
Enfant(s) Gustavo Stroessner Mora
Graciela Stroessner Mora
Hugo Alfredo Stroessner Mora
Profession Militaire

Alfredo Stroessner
Présidents de la République du Paraguay

Alfredo Stroessner, né le à Encarnación (Paraguay) et décédé le à Brasilia (Brésil) est un officier militaire et homme politique paraguayen. Général en chef des forces armées et membre du Parti Colorado, il est le président de la République du Paraguay de 1954 à 1989.

Arrivé au pouvoir à la suite d'un coup d'État, il est lui-même renversé, le , par un autre coup d'État, mené par le général Andrés Rodríguez Pedotti.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Alfredo Stroessner est le fils d’un brasseur d’origine bavaroise, Hugo Strößner, arrivé dans le pays en 1895, et d'une Paraguayenne, Heriberta Matiauda.

Carrière militaire[modifier | modifier le code]

Il s'engage dans l'armée à l'âge de dix-sept ans, en intégrant l'Académie militaire[1]. Une carrière militaire fulgurante le mène au sommet de la hiérarchie militaire paraguayenne en moins de vingt ans.

Il est ainsi nommé lieutenant deux ans seulement après son engagement. En 1932, lorsque la guerre du Chaco éclate, il est envoyé au front. Très vite, il monte régulièrement en grade, récompensé du courage et de l’habileté dont il fait preuve sur le terrain et par sa loyauté envers le général Higinio Morínigo. Ce dernier s'est plus illustré dans les États-Majors que sur le front : il est nommé chef d'État-major de l'Armée le 21 février 1936 puis deviendra président de la République en remplacement du Général Estigarribia, le "vainqueur du Chaco", décédé dans un accident d'avion le 7 septembre 1940 et nommé Maréchal à titre posthume.

Il reçoit après la guerre deux décorations : la Cruz del Chaco et la Cruz del Defensor. Sa carrière, après la guerre du Chaco, sera étroitement liée à ses choix politiques qui n'ont pas toujours été judicieux. Si à trente-six ans, en 1948, il est le général le plus jeune d’Amérique du Sud, il aura été de tous les coups d'État à partir de 1947, notamment celui du 25 octobre 1948 contre la tendance autocratique du parti colorado (les "guionistas" de Natalicio Gonzalez). Son rapprochement avec les colorados, clair depuis au moins la guerre civile de 1947, finira par payer avec l'aile majoritaire dite des "démocraticos", ce qui est quelque peu abusif comme appellation.

Le coup d'État du 30 janvier 1949 réussit à cette branche et à lui-même. Cette fois-ci du côté des vainqueurs, il lui faudra encore cinq ans pour prendre le pouvoir en intriguant depuis ses garnisons, surtout celle de Paraguari (artillerie), proche de la capitale (La meilleure source sur le conflit intracolorados se trouve dans les textes de la Convention de la faction victorieuse du parti, le 16 avril 1950, voir : Florentin Del Valle : "Cartilla civica". Proceso politico del paraguay 1870-1950. Buenos Aires, 1951). En 1953, il est nommé Commandant en chef des Forces Armée. Il n'a plus de marche militaire à gravir, lui reste à gravir la dernière marche civile.

Coup d'État du 4 mai 1954[modifier | modifier le code]

Le Paraguay, en 1954, connaissait une situation politique favorable à l'appel à un homme providentiel. Depuis le deuxième semestre 1946, après une extraordinaire période de six mois pendant laquelle le pays connut, selon des témoins de l'époque (Interviewés par F. Chartrain à l'occasion de ses travaux pour sa thèse : "L'Église et les partis dans la vie politique du Paraguay depuis l'Indépendance". Thèse de doctorat d'État, Paris I, 1972), une liberté d'opinion unique, les factions du parti "colorado" (Asociacion Nacional Républicana), provoquèrent un coup d'État (janvier 1947), puis une guerre civile du 8 mars au 17 août contre les libéraux et les fébréristes (mouvement à l'idéologie composite mêlant le populisme, le fascisme social, des penchants démocratiques… issu de la Guerre du Chaco, les anciens combattants et des groupes civils se ralliant au colonel Franco, le héros militaire le plus populaire). Les coloradis l'emportèrent et leurs factions ne cessant de lutter violemment, s'ouvrit la période de "l'anarchie colorada" qui ne prendra fin qu'avec l'accession au pouvoir d'Alfredo Stroessner.

Les vagues de répression touchèrent les villes de "l'Intérieur" et la campagne. Les accusations de "communisme" se distribuèrent d'aurant plus généreusement que les États-Unis s'intéressaient de près aux militaires depuis Estigarribia, en 1936. Les chefs colorados avaient repris l'ascendant sur les militaires qui avaient dominé la scène politique depuis la fin de la guerre du Chaco (1935), cependant, ils les remirent eux-mêmes dans le jeu politique, chaque faction allant solliciter l'appui de tel ou tel chef pour renverser la faction nominalement au pouvoir. La population, en fait, désirait pouvoir poursuivre en paix sa vie quotidienne, mais elle était quadrillée par les colorados.

Être promu au grade de général en pleine période d’instabilité offrit à Alfredo Stroessner, malgré le revers du coup d'état de 1948, la possibilité de prendre le pouvoir par un coup d'État qu'il orchestra six ans plus tard, mettant fin aux luttes internes du parto colodaro, auquel il avait adhéré tardivement, en 1951. Le , il renverse Federico Chávez, puis est nommé président par la junte militaire. Il est alors soutenu par l'argentin Juan Perón, qui s'inquiète de l'état d'instabilité chronique de ce pays alors sous son influence (mais Stroessner avait aussi tissé des liens avec les militaires brésiliens). (Sur cette période, voir F. Chartrain, op.cit., pages 436 à 457; Epifanio Mendez : "Diagnosis paraguaya". Prometeo. Montevideo, 1965 ; Manuel J. Cibils : "Anarquia y Révolucion en el Paraguay. Vortice y asintora". Ed. Americalee. Buenos Aires, 1957, etc.).

La présidence Stroessner (1954-1989)[modifier | modifier le code]

Alfredo Stroessner conserve le pouvoir pendant plus de trente-quatre ans, devenant ainsi la dictature latino-américaine la plus longtemps au pouvoir jusqu'à ce qu'il soit détrôné par le président cubain Fidel Castro. Il est réélu à huit reprises (avec modification constitutionnelle), tous les cinq ans, de 1958 à 1988.

Il parvient à vider méthodiquement le parti colorado de la plupart de ses anciens chefs de faction qui durent partir en exil, en en faisant un parti stroessniste, à prendre le contrôle des syndicats, des mouvements étudiants, à marginaliser les anciens partis, remplaçant les anciens cadres du parti colorado quadrillant la population. Il parvint aussi à réduire l'influence des unité militaires clefs, en achetant les chefs en leur attribuant des monopoles de fait d'activités lucratives fondées en grande partie sur la contrebande (cigarettes, alcool, drogue), faisant du Paraguay une plateforme de redistribution dans le Rio de la Plata et vers le Brésil.Seule lui échappa l'Église catholique, surtout à partir de la diffusion de la "Théologie de la Libération" après Vatican II, et un parti démocrate chrétien se constitua, loin des anciennes pratiques politiques. Toutefois, son pouvoir n'en fut pas menacé.

Sous la pression des États-Unis, il instaura une démocratie en faux semblant, laissant réapparaître le parti libéral "radical" héritier des anciens liberales, qu'il affaiblit en laissant créer un autre parti libéral, et le parti fébrériste, ne leur laissant jamais de marge de manœuvre réelle (Voir F. Chartrain, op. cit.). Il se débarrassera des tentatives de guérillas surgies après la prise de pouvoir à Cuba de Fidel Castro, de groupuscules constitués par des jeunes hommes sans relais local.

Politique économique[modifier | modifier le code]

Pendant sa présidence, le Paraguay connut une croissance économique relativement stable, d'environ 3 ou 4 % par an, à l'exception du « boom » économique de 1976-1981, pendant laquelle elle dépassa les 10 % par an. Appuyé par les États-Unis, son gouvernement bénéficia, à partir du début des années "60", des fonds de "l'Alliance pour le progrès", qui permettront de créer une infrastructure routière limitée mais indispensable (Asuncion - Paraguari - Encarnacion vers l'Argentine ; Asuncion - Puerto Présidente Stroessner (aujourd'hui "Ciudad del Este") vers le Brésil ; et la route Transchaco vers la Bolivie dont seul un tronçon depuis la rive droite du fleuve Paraguay en face d'Asuncion sera asphalté).

Il signera avec le Brésil l'accord qui permetttra la construction du barrage d'Itaipu (et raya de la carte les chutes de Guaira), et une relative libéralisation des échanges avec les pays voisins (l'Argentine, le Brésil et l'Uruguay). Le traité du Río de la Plata, signé en 1973, facilita ces échanges en réduisant l'importance des différends frontaliers qui persistaient après la Guerre de la Triple Alliance (1864-70), laquelle avait réglé pour l'essentiel le sort des régions intéressant le Brésil et l'Argentines à leur profit, notamment avec la Bolivie.

Cependant, le fait que le pays ait été tenu relativement à l'écart de la communauté internationale, en raison des violations des droits de l'homme qui s'y produisaient, entrava le développement économique du pays[réf. nécessaire]. Sa mise à l'écart (1989) permettra progressivement d'améliorer cet aspect.

Diplomatie[modifier | modifier le code]

Sur le plan extérieur, Alfredo Stroessner rompt dès 1960 les relations diplomatiques qu'entretenait le Paraguay avec Cuba, à la suite de la révolution qui s'y est produite. L'influence du Brésil persista, les relations avec l'Argentine furent plus chaotiques. Il effectue plusieurs voyages à l'étranger, au Japon, aux États-Unis et en France, mais surtout en Allemagne, pays d'origine de son père, pour lequel il éprouve une véritable fascination, même si les relations entre les deux pays demeurent difficiles alors que plusieurs criminels nazis (à l'instar du médecin d'Auschwitz, Josef Mengele s'étaient réfugiés dans son pays.

Dans les années 1970, il appuie activement l'opération Condor qui vise à éliminer des opposants aux régimes dictatoriaux en Amérique du Sud et donne asile au président nicaraguayen déchu Anastasio Somoza. Quand celui-ci est assassiné en 1980 par un commando de guérilleros argentins, Alfredo Stroessner réclame la tête des coupables, provoquant un durcissement du régime mais révèle dans le même temps une faiblesse, puisque le Paraguay s'avère incapable de lutter contre les montoneros argentins qui s'infiltrent dans le Sud du pays.

À la fin des années 1980, la démocratie est rétablie au Brésil et en Argentine, ce qui fragilise la présidence Stroessner. La population descend régulièrement dans les rues pour protester contre les abus du régime. Ces manifestations pacifiques, organisées par les syndicats et les mouvements de gauche, sont durement réprimées. Les États-Unis, qui avaient toujours soutenu le président, finissent par l'abandonner, tandis que l'isolement diplomatique du pays avait des conséquences catastrophiques sur son économie.

Droits de l'homme[modifier | modifier le code]

Certains observateurs du Paraguay[Qui ?] estiment qu'entre 1954 et 1989, Alfredo Stroessner a commandité au moins un millier d'assassinats[réf. nécessaire] et de disparitions et que 1,8 millions de Paraguayens (environ le tiers de la population) ont choisi l'exil pour des raisons politiques ou économiques.

Fin de présidence[modifier | modifier le code]

Une évolution possible vers la démocratie ?[modifier | modifier le code]

En 1987, lors de la convention du Parti Colorado, des rumeurs circulent au sujet d'une maladie dont serait atteint le président Stroessner, et certains envisagent de choisir son fils Gustavo Stroessner comme candidat à sa succession. Toujours en 1987, il lève l'état de siège[1]. Mais aux élections de 1988, Alfredo Stroessner est réélu triomphalement avec 88,8 % des voix. Il reçoit la même année la visite du pape Jean-Paul II, qui appelle ouvertement dans ses déclarations à l'évolution du régime vers la démocratie.

Coup d'État du 3 février 1989[modifier | modifier le code]

Le , il est finalement renversé par un autre coup d'État, mené par le général Andrés Rodríguez Pedotti, qui l'appuyait depuis 1954 - il était commandant de 1re division de cavalerie ; cette opération est soutenue par les États-Unis. Il s'exile alors au Brésil, s'installant à Brasilia.

Postérité et fin de vie[modifier | modifier le code]

En 2004, son petit-fils est candidat pour la présidence du Parti Colorado dans le département d'Alto Paraná - où Alfredo Stroessner était très populaire - mais il est largement battu.

En août 2006, Alfredo Stroessner décède d'une pneumonie[1], à la suite d'une intervention chirurgicale pour une hernie, alors qu'il ne pèse plus que 45 kg pour 1,90 m. Il est enterré le 17 août au cimetière Campamento de la Paz de Brasilia, au cours d'une cérémonie privée. Le transfert de ses restes au Paraguay est envisagé.

Malgré l'aspect dictatorial de sa présidence, Alfredo Stroessner avait des admirateurs qui ont salué certaines réussites politiques. Il est ainsi commun de trouver aujourd'hui au Paraguay des hôpitaux, des écoles, des villages et des villes baptisés à son nom ou à celui de ses proches.

Surnoms[modifier | modifier le code]

Il était surnommé le « tyrannosaure », par l'écrivain Augusto Roa Bastos. Plus généralement, il lui était aussi adjoint le surnom « el Rubio » (« le blond »), en raison de ses origines allemandes[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Journal Libération, 16 août 2006.

Source[modifier | modifier le code]