Ségrégation raciale aux États-Unis

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Un Noir boit à un distributeur d'eau reservé aux « gens de couleur » à un terminal de tramway en 1939, à Oklahoma City.

La ségrégation raciale aux États-Unis(1875~1960) fut imposée après la période de reconstruction après la guerre de Sécession (dite « Reconstruction »), qui se termine avec le Compromis de 1877 par lequel est mis fin à l'occupation des ex-États confédérés par les troupes du Nord. Les anciens États sudistes mettent alors en place les lois Jim Crow qui contournent les 13e, 14e et 15e amendements à la Constitution ayant aboli l'esclavage et accordé le statut de citoyen aux Noirs américains. Après une décennie pendant laquelle la situation politique et sociale des anciens esclaves noirs s'améliora, les lois Jim Crow instaurant une véritable ségrégation. Comme l'esclavage avant elle, cette ségrégation raciale est basée, idéologiquement, sur une interprétation très particulière de la Genèse 9:27 (le deep south fait partie du Bible belt) ainsi que sur les doctrines raciales de l'anthropologie du XIX-e siècle, et pratiquement sur l'intimidation des noirs par la violence (notamment par le Ku Klux Klan né au lendemain de la guerre, mais dont la première incarnation fut assez éphémère). En 1896, la Cour suprême légitime cette nouvelle législation, en formulant la doctrine separate but equal (« séparés mais égaux ») dans Plessy v. Ferguson, de mêmes sources idéologiques que l'apartheid instauré plus tard en Afrique du Sud.

Les lois Jim Crow ont été abolies avec le mouvement des droits civiques dans les années 1960, sous la pression duquel nouvelle législation a été votée (Brown v. Board of Education en 1954, puis le Civil Rights Act et le Voting Rights Act). En 1967, lors de Loving v. Virginia, la Cour suprême juge anticonstitutionnelles les lois interdisant les mariages mixtes entre individus de couleurs différentes.

Il faut savoir que la ségrégation est encore très présente de nos jours au États-Unis, et aussi dans certains pays européens.

Réglementation des relations raciales[modifier | modifier le code]

La décision de la Cour suprême lors de l'arrêt Plessy v. Ferguson, en 1896, officialisa la ségrégation raciale, par le gouvernement, dans les transports publics. À cette fin, elle élabora la doctrine separate but equal (en) (séparés mais égaux) afin de se plier à la Clause de protection égale (Equal Protection Clause) prévue par le Quatorzième amendement. Bien que la Cour suprême ait auparavant cassé des statuts discriminatoires de certains États, excluant les Noirs des jurys populaires, ou se prononçant systématiquement en faveur de leur affranchissement de leur statut d'esclaves, et qu'elle continua à le faire dans les années suivant Plessy v. Ferguson, elle se prononçait néanmoins en faveur de la ségrégation dans pratiquement toutes les autres sphères publiques ou privées. Elle légalisa ainsi la ségrégation scolaire en 1908 (arrêt Berea College v. Kentucky (en)). Beaucoup d'États, en particulier au Sud, considèrent ces jugements comme appuyant, de fait, l'ensemble des lois Jim Crow mis en place au lendemain de la Reconstruction. D'esclaves, les Noirs américains étaient devenus des citoyens de seconde zone, qui ne pouvaient pas aller aux mêmes écoles que les Blancs, prendre le bus avec eux, ou boire dans la même fontaine. Dans beaucoup de villes, ils ne pouvaient pas plus partager un taxi avec des Blancs, ou entrer dans un bâtiment par la même porte que les Blancs. Ils étaient enterrés dans des cimetières distincts, et ne pouvaient pas jurer sur la même Bible.Ils étaient aussi exclus des restaurants, des bibliothèques, des jardins publics (où l'on pouvait lire des signes tels que « Negroes and dogs not allowed » : « les Nègres et les chiens ne sont pas admis »). Les Noirs devaient systématiquement s'effacer devant les Blancs, en laissant le passage dans la rue, tandis que sous aucun cas un homme noir ne pouvait regarder dans les yeux une femme blanche. On les appelait « Tom » ou « Jane », mais jamais Monsieur, Madame ou Mademoiselle.

Bien que la Cour suprême ait déclaré anticonstitutionnelle le fait de priver de droits civiques les Noirs, ceux-ci étaient de fait privés du droit de vote, à l'aide de « primaires blanches », d'un système de cens électoral, d'examens d'alphabétisation, de punitions économiques, de manipulations électorales de toutes sortes, et enfin d'une utilisation ciblée de la violence afin de les décourager de s'enregistrer sur les listes électorales.

Droit pénal et lynchages[modifier | modifier le code]

Carte postale représentant le lynchage de Lige Daniels, 16 ans, au Texas, le 3 août 1920.

Malgré l'arrêt de la Cour suprême dans Strauder v. West Virginia (en) de 1880, qui interdisait l'exclusion des Noirs américains des jurys populaires, ceux-ci étaient systématiquement écartés de ces fonctions. Ils étaient par conséquent laissés à la merci du système judiciaire blanc. Dans certains États, tel l'Alabama, l'État utilisait le système pénal afin de rétablir une sorte de servage, en condamnant les hommes noirs à des années d'emprisonnement, durant lesquels ils travaillaient gratuitement pour des employeurs privés tels que la Tennessee Coal, Iron and Railroad Company (en), une filiale de la United States Steel Corporation, qui payait l'État en échange de leur travail forcé.

Les punitions imposées hors du système judiciaire étaient encore plus brutales. Des milliers de Noirs ont été victimes du lynchage par des Blancs s'autoproclamant « justiciers », parfois avec l'aide explicite de responsables officiels, dans les États du Sud et au-delà. Ces lynchages se transformaient parfois en véritables pogroms, ainsi lors des émeutes raciales d'Elaine (en) en 1919 ou des émeutes raciales de Tulsa (en) en 1921. Les coupables de telles exactions se sentaient à ce point à l'abri de toute poursuite judiciaire qu'ils prenaient souvent des photographies de leurs victimes, et en faisaient des cartes postales. L'historien Howard Zinn précise qu'« entre 1889 et 1903, deux Noirs, en moyenne, étaient assassinés chaque semaine (pendus, brûlés vifs ou mutilés) »[1]. Le Ku Klux Klan, qui avait à peu près disparu après une apparition brève mais brutale au début de la Reconstruction, se reforma en 1915, en partie sous l'influence du film de David Griffith, Birth of a Nation, qui exaltait le premier Klan. Ils combinaient la rhétorique raciste à la xénophobie envers les immigrants, l'antisémitisme, l'anticatholicisme et l'antisyndicalisme. À ces discours violents, ils ont ajouté l'usage systématique du lynchage et de mises en scènes spectaculaires (croix incendiées dans les quartiers noirs, etc.) visant à instaurer un véritable climat de terreur sur la population noire. Le lynchage de Thomas Shipp et d’Abram Smith, en 1930 dans l'Indiana, inspira la chanson Strange Fruit composée par Abel Meeropol (sous pseudonyme), un artiste et sympathisant communiste qui adopta les enfants des époux Rosenberg après leur exécution en 1953. Reprise par l'Afro-américaine Billie Holiday en 1939 à New York, la chanson, qui constituait un réquisitoire émouvant contre les multiples cas de lynchage dans le Sud, devint un hit populaire pendant la Seconde Guerre mondiale. Toujours dans les années 1930, le New dance group se bat contre la ségrégation et dénonce le lynchage des Noirs dans le Sud.

Outre priver les Noirs de tout droit civique et de toute possible participation à l'espace public, la société WASP maintenait aussi les Noirs dans une position subalterne au niveau économique. Les fermiers Noirs étaient souvent liés aux propriétaires terriens, souvent cantonnés au statut de tenanciers. Dans le secteur secondaire, les employeurs et les syndicats leur réservaient les tâches les plus pénibles et les moins bien payées. Des fonctions modestes, tels que travailler chez la compagnie de wagon-lit Pullman Porter à Chicago ou être portier d'hôtel, devinrent des positions enviables aux yeux de la majorité des Noirs, car ils offraient une stabilité relative d'emploi et un salaire acceptable. Les lois Jim Crow excluaient les Noirs de nombreux secteurs de la vie économique, menant à la création d'un véritable « marché noir » au sens propre du terme : une presse noire surgit au Nord, tandis que les propriétaires noirs de compagnies d'assurances pour noirs, ou de services de croquemort pour Noirs, devinrent de véritables notables au sein de la société noire.[Quand ?]

L'église noire[modifier | modifier le code]

De même, la vie religieuse s'organisa selon ces nouvelles données de ségrégation. Le rôle des églises noires allait bien au-delà du simple culte religieux : ils servaient aussi comme lieu de rassemblement communautaire, de coopératives économiques, et de tribunaux populaires afin de régler les conflits de manière autonome. La plupart des églises noires, néanmoins, refusait de confronter frontalement la domination blanche, et s'abstenait officiellement de toute politique. De nouveaux mouvements religieux, tels que la « Holiness tradition », ou le mouvement du pentecôtisme qui se scinda selon les nouvelles divisions de couleur, renforcèrent l'apolitisme et le quiétisme de la plupart des Noirs pratiquants.

Excuses officielles[modifier | modifier le code]

En juillet 2003, le président George W. Bush avait parlé de l'esclavage comme « l'un des plus grands crimes de l'Histoire », au cours d'une visite sur l'île de Gorée au Sénégal. Cinq ans plus tard, la Chambre des représentants présente des excuses pour l'esclavage et la ségrégation raciale envers les Noirs. Puis c'est au tour du Sénat des États-Unis le , sous la forme d'une résolution symbolique[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours, Agone, 2002, p. 361.
  2. « Le Sénat américain présente ses excuses pour l'esclavage » dans Le Monde du 18-06-2009, [lire en ligne]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]