Bataille d'Okinawa

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Bataille d'Okinawa
Ww2 158.jpg
Informations générales
Date 1er avril 1945
Lieu Okinawa, Japon
Issue Victoire des Alliés
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau : Japon Empire du Japon
Commandants
Drapeau des États-Unis Simon Bolivar Buckner, Jr.
Drapeau des États-Unis Roy Geiger
Drapeau des États-Unis Joseph Stilwell
Drapeau des États-Unis Chester Nimitz
Drapeau des États-Unis Raymond Spruance
Drapeau des États-Unis Pedro del Valle
Drapeau du Royaume-Uni Bernard Rawlings
Drapeau du Royaume-Uni Philip Vian
Drapeau du Royaume-Uni Bruce Fraser
Drapeau : Japon Mitsuru Ushijima
Drapeau : Japon Isamu Chō
Naval Ensign of Japan.svg Minoru Ōta
Naval Ensign of Japan.svg Seiichi Itō
Forces en présence
*Drapeau des États-Unis 10e armée américaine Drapeau du Japon 32e armée japonaise
67 000 à 77 000 soldats japonais
20 000 à 40 000 conscrits à Okinawa[3]
Pertes
Pertes humaines[5],[6],[7]:

Drapeau des États-UnisUS Army et United States Marine Corps :

  • environ 7 500 morts
  • 31 000 à 40 000 blessés

Drapeau des États-UnisUS Navy :

  • environ 4 000 morts
  • environ 6 000 blessés

Drapeau du Royaume-Uni:62 morts et 82 blessés[8]

Pertes matérielles:

  • 38 navires
  • 763 avions abattus[9]
  • 225 tanks
Drapeau : Japon Pertes humaines[10]:
  • 77 166[11] à 110 000 morts (estimations US)[4]
  • 7 000 prisonniers[4]

Drapeau : Japon Pertes matérielles:

  • 16 navires
  • 7 800 avions[9]
  • 27 tanks
  • 743 pièces d’artillerie
Civils japonais :
40 000 à 150 000 morts[4]
Seconde Guerre mondiale,
Guerre du Pacifique
Batailles
Batailles et opérations de la Guerre du Pacifique

Japon : Raid de Doolittle · Bombardements stratégiques sur le Japon · Iwo Jima · Okinawa · Opération Ten-go · Bombardements navals alliés sur le Japon · Bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki · Invasion des îles Kouriles · Reddition du Japon

Pacifique central : Pearl Harbor · Guam (1941) · Wake · Raid sur les îles Gilbert et Marshall · Mer de Corail · Midway · Raid de Makin · Tarawa · Makin · Kwajalein · Eniwetok · Saipan · Mer des Philippines · Guam (1944) · Tinian · Peleliu · Angaur

Pacifique du sud-ouest : Nauru · Invasion des Philippines (1941-1942) · Invasion des Indes orientales néerlandaises · Opérations de l'Axe dans les eaux australiennes · Campagne des îles Salomon · Campagne de Nouvelle-Guinée · Leyte · Golfe de Leyte · Mindoro · Luçon · Visayas · Palawan · Mindanao · Campagne de Bornéo (1945)

Asie du sud-est : Invasion de l'Indochine (1940) · Guerre franco-thaïlandaise · Invasion de la Thaïlande · Invasion de la Malaisie · Hong Kong · Singapour · Campagne de Birmanie · Raid sur Ceylan · Opération U-Go · Opératio Kita · Indochine (1945) · Détroit de Malacca


Guerre sino-japonaise


Front d'Europe de l’Ouest


Front d'Europe de l’Est


Bataille de l'Atlantique


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Théâtre américain

Coordonnées 26° 30′ 00″ N 128° 00′ 00″ E / 26.5, 12826° 30′ 00″ Nord 128° 00′ 00″ Est / 26.5, 128

Géolocalisation sur la carte : Japon

(Voir situation sur carte : Japon)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille d'Okinawa.

Géolocalisation sur la carte : océan Pacifique

(Voir situation sur carte : océan Pacifique)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille d'Okinawa.

La bataille d'Okinawa (nom de code Opération Iceberg[12]), qui s'est déroulée dans l'archipel Okinawa au Japon, est le plus grand assaut amphibie de la campagne Pacifique lors de la Seconde Guerre mondiale[13],[14]. La bataille dure 82 jours entre le 1er avril et le 22 juin 1945. Après une longue campagne d'île en île, les Alliés s'approchent du Japon, et prévoient d'utiliser Okinawa, une grande île à seulement 550 km de l'île principale du Japon, en tant que base pour les opérations aériennes en vue de l'invasion prévue du Japon (Opération Downfall). Quatre divisions de la 10e armée américaine (les 7e, 27e, 77e et 96e) et deux divisions de Marines (les 1er et 6e) participent aux combats sur l'île. L’invasion est soutenue par les forces aéronavales, amphibies, et tactiques.

Le haut commandement américain avait choisi Okinawa comme la dernière étape avant l'invasion des îles principales du Japon. En effet, l'île doit permettre aux bombardiers à moyenne portée de frapper le Japon et servir de départ à une invasion. La prise d'Okinawa permet aussi de couper les dernières lignes d'approvisionnement avec le Sud Est de la Chine. Des forces considérables sont mises en œuvre car au fur et à mesure de la conquête, les Américains s'étaient retrouvés à chaque fois devant un ennemi plus agressif et déterminé. Pour le commandement japonais, l'île d'Okinawa était le prolongement stratégique d'Iwo Jima. Il était persuadé que les alliés passeraient obligatoirement par Okinawa avant de débarquer au Japon. Les préparatifs pour la défense furent donc extrêmement poussés. La bataille a été dénommée le typhon de l'acier en anglais, et Tetsu ne ame (pluie d'acier) ou Tetsu ne Bofu (vent violent d'acier) en japonais[15],[16],[17]. Les surnoms se réfèrent à la férocité des combats, l'intensité des attaques kamikazes des défenseurs japonais, et le nombre des navires et véhicules blindés alliés qui ont participé à l’opération. La bataille a été l'une des plus sanglantes dans le Pacifique. Basé sur des sources gouvernementales d'Okinawa[18], le Japon a perdu 77 166 soldats, tués ou suicidés, et les Alliés dénombrent 14 009 morts (et un total estimé à plus de 65 000 victimes de toutes sortes). Simultanément, entre 42 000 à 150 000 civils locaux ont été tués. Cette bataille est la dernière grande bataille de la Seconde Guerre mondiale. Les bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki et l'invasion soviétique de la Mandchourie[19],[20] poussent finalement le Japon à se rendre moins de deux mois après la fin des combats à Okinawa.


Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

Alliés[modifier | modifier le code]

Les forces alliés en présences se composent essentiellement de la cinquième flotte des États-Unis (la Central Pacific Task Forces) sous le commandement de l'amiral Raymond Spruance et aligne environs 1300 bâtiments :

Les avions de la Royal Navy Fleet Air Arm, Avengers, Seafires et Fireflies sur le pont de l’HMS Implacable (R86) chauffant leurs moteurs avant de décoller.

Le corps expéditionnaire TF 56 est la plus large force au sein de la TF 50 ; il est construit autour de la 10e armée. (commandée par le général Simon Bolivar Buckner, Jr. puis à la mort de celui-ci sous le feu japonais par Roy Geiger). L'armée est principalement composée de deux corps d'armée, le III Marine Expeditionary Force, composé des 1re et 6e divisions des Marines, et le 24e corps d'armée, composé des 7e et 96e divisions d’infanterie. La 2e division des Marines est maintenue en réserve à flot, et la 10e armée contrôle également la 27e division d’infanterie, affectés en garnison et la 77e divisions d’infanterie. En tout, l'armée compte plus de 102 000 soldats (parmi lesquels près de 38 000 hommes sont non directement combattants: artillerie, troupes d'appui au combat, quartier général, et 9000 troupes de service divers)[22], plus de 88 000 marines et 18 000 membres de la Navy (principalement des Seabees et du personnel médical)[24]. Au début de la bataille d'Okinawa, la 10e armée compte 182 821 hommes sous son commandement. Il est prévu que le général Buckner fasse rapport à Turner jusqu'à ce que la phase amphibie soit achevée, après quoi il doit faire rapport directement à Spruance[24].

La flotte de l’United States Navy et de ses alliés est composée de 330 navires de guerre et 1 139 bateaux de transport. Parmi les navires de guerre, on compte les porte-avions Enterprise, Essex, Intrepid, Hornet, Franklin, Bunker Hill, Cowpens, San Jacinto, Savo Island, Petrof Bay, Sargent Bay et Steamer Bay[25]. L’opération amphibie pour la bataille d’Okinawa est encore plus importante que pour le débarquement de Normandie où les Alliés avaient employées 284 navires de guerre[13]. Bien que les forces terrestres alliées soient composées entièrement de troupes américaines, la flotte britannique du Pacifique (BPF, Task Force 57) fournie environ ¼ de la puissance aérienne navale Alliée (450 avions). Le Royaume-Uni, libéré de ses préoccupations militaires en Europe, avait constitué une escadre relativement importante, la flotte britannique du Pacifique, qui avait pour mission de croiser entre Formose et Okinawa pour protéger le flanc gauche de l'offensive américaine. Elle est composée d'une force de 50 navires de guerre dont 17 porte-avions (avec pont d'envol blindé (en) qui transportent donc moins d'avions par unité mais qui sont plus résistants aux attaques kamikazes) parmi lesquels les Formidable, Illustrious, Indomitable et le Victorious[25]. Bien que tous les porte-avions soient fournis par la Grande-Bretagne, les groupes de support associés aux porte-avions sont composés de personnels et navires britanniques, canadiens, néo-zélandais et australiens du Commonwealth britannique. Leur mission est de neutraliser les aérodromes japonais dans les îles Sakishima et de couvrir l'opération contre les attaques des kamikazes japonaises. Mais la plupart des avions de chasse, des bombardiers en piqué et des avions d'attaque au sol sont des avions basés sur les porte-avions américains.

Japon[modifier | modifier le code]

Les commandants japonais d'Okinawa (y compris l'amiral Minoru Ōta, le lt. gén. Ushijima, le lt. gén. Chō, et le col. Hiromichi Yahara (en)) en février 1945.

La campagne principalement défensive des terres japonaises est menée par 67000 soldats réguliers (77000 selon certaines sources) de la 32e armée et quelques 9000 soldats de la Marine impériale japonaise (MIJ) à la base navale Oroku (seulement quelques centaines d'entre eux avaient été formés et équipés pour le combat terrestre), soutenus par 39000 conscrits locaux de l’ethnie Ryukyuan (en) (y compris 24 000 conscrits Boeitai (en) et 15 000 travailleurs sans uniforme). En outre, on compte aussi 1500 collégiens organisés sur la première ligne tandis que 600 Himeyuri students (en) sont organisés comme unités d'infirmerie[26]. Les Japonais utilisent la tactique des kamikazes depuis la bataille du golfe de Leyte, mais pour la première fois, cette tactique devient une partie importante du système défensif. Entre le 1er avril, date du débarquement américain et le 25 mai, sept grandes attaques kamikazes sont lancées, impliquant plus de 1 500 avions.

La 32e armée japonaise, commandée par le général Mitsuru Ushijima, est retranchée aux deux extrémités montagneuses de l'île. La 32e armée est initialement composée des 9e (en), 24e (en) et 62e divisions, et de la 44e brigade mixte indépendante. La 9e division a été déplacée à Taïwan avant l’invasion après modification des plans de défense japonais. La première ligne de résistance est conduite dans le sud avec le gros des troupes de la 32e armée, par le lieutenant général Mitsuru Ushijima, son chef de cabinet, le lieutenant-général Isamu Chō et son chef des opérations, le colonel Hiromichi Yahara (en). Yahara préconise une stratégie défensive, tandis que Chō préconise une offensive. Dans le nord, c’est le colonel Takehido Udo qui est aux commandes des forces de réserve située principalement dans la péninsule de Motobu. Des unités sont aussi situées sur les îles de Kerama et Keise au sud et Ie Shima au nord. Les troupes de la marine impériale sont commandées par le contre-amiral Minoru Ōta. Les japonais s'attendent au débarquement de 6 à 10 divisions américaines auxquelles ils ne peuvent opposer que deux divisions et demie. La qualité et le nombre d'armes supérieur donne à chaque division américaine cinq à six fois la puissance de feu d'une division japonaise; auquel s’ajoute la puissance de feu navale et aérienne abondante des Américains.

Bataille navale[modifier | modifier le code]

L’USS Bunker Hill (CV-17) en feu après avoir été frappé par deux kamikazes.

« There was a hypnotic fascination to the sight so alien to our Western philosophy. We watched each plunging kamikaze with the detached horror of one witnessing a terrible spectacle rather than as the intended victim. We forgot self for the moment as we groped hopelessly for the thought of that other man up there.[Note 1] »

— Le vice-amiral Charles R. Brown (en), US Navy, [27]

La Task Force 58 est déployée à l'est d'Okinawa avec un groupe de 6 à 8 destroyers protégeant 13 porte-avions (7 CV et 6 CVL) en action du 23 mars au 27 avril. Jusqu'au 27 avril, entre 14 et 18 porte-avions d'escorte (de CVE) sont aussi positionnés dans la zone à tout moment, et jusqu'au 20 avril la Task Force 57 britannique, avec 4 grands porte-avions et six porte-avions d'escorte, demeure au large des îles Sakishima pour protéger le flanc sud de l’opération[28]. La longueur prolongée de la campagne dans des conditions oppressantes force l'amiral Chester Nimitz à prendre l'initiative sans précédent de soulager les principaux commandants des forces navales en leur imposant une rotation. Conformément à la pratique de changer la désignation de la flotte avec le changement de commandant, les forces navales américaines commence la campagne avec la cinquième flotte des États-Unis sous le commandement de l'amiral Raymond Spruance, puis la termine avec la troisième flotte sous le commandement de l'amiral William F. Halsey.

L'opposition aérienne japonaise est relativement légère au cours des premiers jours suivant le débarquement. Cependant, Le commandement japonais prépare une attaque kamikaze sans précédent. Le Kikusui (ou chrysanthème flottant) est l'emblème de toutes les forces suicide affectées à la défense d'Okinawa. Le 6 avril le Japon lance sa première contre-attaque aérienne avec 400 avions partis depuis l’ile de Kyūshū[25]. L'amiral Richmond Turner, chef des forces de soutien, avait disposé ses bâtiments sur deux lignes de manière à prévenir les interventions aériennes japonaises. 250 appareils nippons sont détruits avant de pouvoir commencer leur attaque. Néanmoins, un certain nombre de navires, dont le porte-avions USS Hancock, est plus ou moins gravement endommagés. Quelques bâtiments plus légers sont tout de même coulés. Le 11 avril, le cuirassé USS Missouri (BB-63), les porte-avions USS Enterprise (CV-6) et USS Essex (CV-9) ainsi que six destroyers sont endommagés par des attaques japonaises[25]. Le 12 avril, l'USS Mannert L. Abele (DD-733) (en) est le premier navire coulé par un avion bombe suicide, un Yokosuka MXY-7 Ohka[25].

Les forces Kikusui attaquent jusqu'à deux fois par jour tout au long de la bataille d'Okinawa. Durant le mois d’avril, les attaques aériennes lourdes japonaises se poursuivent périodiquement. Au cours de la période du 26 mars au 30 avril, 20 navires américains sont coulés et 157 endommagés par l'ennemi. Pour leur part, au 30 avril, les Japonais ont déjà perdu plus de 1 100 avions dans la bataille, détruits par les seules forces navales[29]. Entre le 6 avril et le 22 juin, avant que les B-29 puissent détruire leurs terrains d'envol, les Japonais ont lancé 1465 avions kamikazes dans des attaques à grande échelle depuis Kyushu (185 sorties depuis Kyushu et mais aussi 250 depuis Formose) dont dix grandes vagues d'attaque Kikusui (les 6, 12, 15, et 27 avril, les 3, 10, 24, 27 mai et les 3 et 21 juin)[25]. Le renseignement américain estime initialement le nombre d'avions stationnés à Formose à 89, quand les Japonais en dissimulent 700, démontés, camouflés et dispersés dans les villages et les villes[30]. À la fin du premier mois, avec la tension et la fatigue occasionnée par ses attaques incessantes, l'US Navy décide d'effectuer une rotation des trois amiraux en poste.

Le mois de mai demeure particulièrement difficile pour les forces navales alliées. Le 4 mai, les avions japonais coulent deux destroyers dont le USS Luce (DD-522) (en) faisant 126 morts dans l'attaque et le naufrage de ce dernier et endommagent un certain nombre d'autres navires dont le porte-avions britannique Formidable, le dragueur de mines américain USS Shea (DM-30) (en)[25]. Le 6 mai, le South Dakota et le Formidable sont frappé par les avions Kamikaze mais le pont en acier du navire britannique permet de limiter les dégâts. Le 9 mai 1945, deux destroyers d'escorte ainsi que deux porte-avions britanniques les HMS Victorious et Formidable, sont endommagés. Le 11 mai, c'est l'USS Hugh W. Hadley (DD-774) (en) qui est gravement touché. Le destroyer USS Longshaw (DD-559) (en) coincé sur un récif, est coulé par les batteries côtières japonaises le 18 mai. Le 25 mai, le destroyer USS Bates (DE-68) (en) est coulé et plusieurs autres navires sont endommagés au large d'Okinawa. Les destroyers USS Braine (DD-630) (en) et USS Drexler (DD-741) (en) sont aussi touchés le 27 mai[25].

Un avion japonais s’écrase sur le destroyer USS Callaghan (DD-792) (en) au large d'Okinawa le 29 juillet 1945. Le Callaghan est le dernier navire de guerre américain coulé de la guerre par une attaque japonaise[25]. Les navires alliés perdus sont essentiellement de petits navires, en particulier des destroyers Radar picket (en), ainsi que destroyers d'escorte et des navires de débarquement. Même si aucun des grands navires alliés n’a été perdu, plusieurs porte-avions ont été gravement endommagés. Des petits bateaux à moteur sont également utilisés par les Japonais pour lancer des attaques suicides sur les navires alliés. En tout, 26 navires sont coulés et 262 unités endommagées (217 par kamikaze), dont 17 porte-avions lourds ou légers endommagés.

Opération Ten-Gō[modifier | modifier le code]

Article principal : Opération Ten-Gō.
L'explosion du Yamato après l'attaque de l'aviation américaine.

L'opération Ten-Gō (Ten-Go sakusen) est une tentative de contre-attaque menée par une force de frappe de dix navires de surface japonais dirigé par le supercuirassé Yamato et commandée par l'amiral Seiichi Itō. La IIe flotte quitte le Japon pour une mission suicide contre les forces alliées envahissant Okinawa afin de détruire le maximum de navires ennemis. Le Yamato ne dispose de combustible que pour un aller simple. On lui ordonne de se frayer un passage entre les navires ennemis jusqu'au nord-est de l'Île d'Okinawa, où elle doit s'échouer et servir de batterie côtière. Les membres d'équipage ayant survécu doivent ensuite se joindre à l'armée impériale pour combattre le corps expéditionnaire américain. Quasiment aucune couverture aérienne n'est prévue, rendant très vulnérables les navires japonais aux attaques aériennes alliés[31].

La IIe flotte appareille le 6 avril à 16h00. Cependant, la force Ten-Go est repéré par les sous-marins peu après avoir quitté les eaux territoriales japonaises. La flotte japonaise est interceptée par des avions lancés depuis les porte-avions américains bien avant qu’elle n’atteigne Okinawa. Le 7 avril 1945, durant une bataille à sens unique de près de deux heures, une force de 386 avions, en cinq vagues d'assaut, frappe le plus grand cuirassé du monde qui coule vers 14h30. Les bombardier-torpilleurs américains ont reçu l'ordre de viser un seul côté pour prévenir les inondations lancées par l'équipage du cuirassé, et frapper de préférence, la proue ou la poupe, où le blindage est supposé le plus mince. En plus du Yamato, le croiseur léger Japanese cruiser Yahagi (1942) (en) et quatre des huit destroyers ont également été coulés. En tout, la Marine impériale japonaise a perdu quelque 3700 marins, y compris l'amiral Seiichi Itō, alors que les Américains n’ont à déplorer la perte que de 10 avions et 12 aviateurs. Seuls quatre destroyers japonais (le Fuyutsuki, le Yukikaze, le Hatsushimo et le Suzutsuki) parviennent à s'échapper[32]. Pendant l'opération, l'aviation japonaise attaque la flotte américaine à Okinawa avec 115 avions, principalement des kamikazes. Le porte-avions Hancock et le cuirassé Maryland subissent des dommages modérés. Si le destroyer Bennett est sérieusement endommagé, aucun navire américain n'est coulé dans la bataille. Environ 100 avions japonais sont détruits durant le raid[33]. Cette opération est la dernière grande bataille aéronavale de la guerre du Pacifique.

British Pacific Fleet[modifier | modifier le code]

La flotte britannique du Pacifique participe en tant que Task Force 57. Elle est chargée de neutraliser les aérodromes japonais dans les îles Sakishima, ce qu'elle fait avec succès du 26 mars au 10 avril. Le 10 avril, son action se porte contre les aérodromes situés au nord de Formose. La force se retire à San Pedro Bay (Philippines) (en) le 23 avril pour ravitaillement. Le 1er mai, la flotte britannique du Pacifique retourne sur zone pour frapper les aérodromes, mais utilise en plus de son aviation embarquée son artillerie navale. Si plusieurs attaques kamikazes causent des dommages importants, les ponts d'envol blindés des porte-avions britanniques permettent de limiter le nombre d'interruptions dans les opérations[34].

Bataille sur terre[modifier | modifier le code]

Plan des opérations américaines à Okinawa.
Marines débarquant à Okinawa le 1er avril.
Plage du débarquement, 13 avril 1945.

La bataille sur terre débute le 1er avril 1945 et s’étale sur 81 jours. Cependant, les premiers américains à terre sont des soldats de la 77e division d'infanterie qui débarquent dans les îles Kerama à 24 km à l'ouest d'Okinawa le 26 mars[35]. Le débarquement se poursuit durant les cinq jours suivants afin de sécuriser Kerama. L'opération a aussi pour but d’éliminer la menace des bateaux suicide afin de fournir un mouillage protégé pour la flotte. En effet, les américains neutralisent sur cet îlot près de 400 canots motorisés chargés d'explosifs que les Japonais, surpris, n'ont pas eu le temps d'utiliser. Cet élément permet de jauger la résolution des défenseurs d'Okinawa, prêts au sacrifice par tous les moyens. Dans ces opérations préliminaires, la 77e Division d'infanterie subie 27 morts et 81 blessés, alors que le nombre de Japonais capturé ou tué s'élève à 650. Le 31 mars, l'United States Marine Corps Amphibious Reconnaissance Battalion débarque sans rencontrer d’opposition sur Keise Shima, quatre îlots à seulement 13 km à l'ouest de la capitale d'Okinawa, Naha. Des canons de 155 mm Long Tom sont débarqués sur ces îlots afin de couvrir les opérations sur Okinawa[35]. Le même jour, un kamikaze s'écrase sur le navire amiral de Spruance, le croiseur lourd USS Indianapolis.

Les zones prévues pour établir les têtes de pont sont bombardées de manière intensive durant les six jours précédant le débarquement principal. Ce dernier est opéré par le 24e corps d'armée et le III Marine Expeditionary Force sur les plages d'Hagushi (en) sur la côte ouest d'Okinawa le 1er avril. La 2e division des Marines effectue une démonstration au large des plages de Minatoga sur la côte sud afin de confondre les Japonais sur les intentions américaines et retarder le mouvement de leurs troupes[36]. 60 000 soldats américains débarquent sans rencontrer autre chose qu'une faible opposition. À 20h30, quatre divisions américaines, les 7e et 96e divisions d'infanterie et les 1re et 6e divisions des Marines ont débarqué. En seulement une heure, environ 16 000 hommes sont déjà à terre. À la nuit tombée ce chiffre atteint 60000[37]. En fin de journée, il n'y a presque aucune perte mais une attaque kamikaze d'importance a lieu au crépuscule sur les navires de soutien de la force d'invasion et sur l'escadre britannique. Malgré les dégâts occasionnés, aucun navire n'est coulé ce jour-là. À terre, les troupes américaines arrivent rapidement sur la côte est de l'île coupant les défense de cette dernière en deux et le 4 avril, elles se séparèrent en deux groupes ; une partie marchant vers le nord-est, l'autre prenant la direction du sud.

Opérations au nord d'Okinawa[modifier | modifier le code]

Les positions défensives sur Ie-jima.

La 10e armée balaye la partie centre-sud de l'île avec une relative facilitée capturant les bases aériennes de Kadena et Yomitan, Okinawa (en) dans les heures suivant le débarquement[25]. Compte tenu de la faiblesse de l'opposition, le général Buckner décide de procéder immédiatement à la phase II de son plan en saisissant le nord d’Okinawa[36]. Jusqu'au 20 avril, un bombardement massif suivi d'un nettoyage à la grenade et au lance-flammes des défenseurs fanatisés des blockhaus doit être exercé sur la partie nord.

Les marines ne rencontre qu'une faible résistance avant d’atteindre la péninsule de Motobu. La situation change complètement entre le 6 et le 9 avril lorsque les Américains arrivent au contact des premières lignes japonaises dans la presqu'île de Motobu (Motobu, Okinawa (en)), au nord, et dans la région de Nakagusuku (Nakagusuku, Okinawa (en)), au sud. Les combats deviennent rapidement violents. La 6e division des Marines se dirige vers l'isthme d'Ishikawa (Ishikawa, Okinawa (en)) et avant le 7 avril encercle la péninsule Motobu, Okinawa (en). Six jours plus tard, le 13 avril, le 2e Bataillon du 22nd Marine Regiment (United States) (en) atteint Cap Hedo à l'extrémité nord de l'île. A ce stade, la majeure partie des forces japonaises sous le commandement de Takehido Udo (nom de code Udo Force) situées au nord, est acculée sur la péninsule Motobu[25] et concentrée autour de Mount Yae (en) (Yae-Dake); un terrain montagneux et boisé formé de crêtes et des ravins rocheux au centre de la péninsule. Les combats sont violents avant que les Marines ne réussissent à dégager Yae-Dake le 18 avril. Lors de cette phase, les Marines de la 6e Division ont parcouru 135 km et pris en charge 1 129 km2 de terrain. Le nombre de victimes japonaises se monte à plus de 2 500 morts et 46 prisonniers ; les Marines comptent 236 morts, 1 061 blessés et 7 disparus[38].

Pendant ce temps, le 16 avril, la 77e division d'infanterie frappe l’île de Ie-jima, une petite île au large de l'extrémité ouest de la péninsule. En plus des forces défensives classiques, la 77e division d'infanterie doit faire face aux attaques kamikazes, et même à des femmes locales armées de lances. Les combats sont violents avant que l’île ne soit déclarée pacifiée le 21 avril et utilisée comme base aérienne pour les opérations contre le Japon[36]. Ernie Pyle, un correspondant de guerre, est tué au cours des combats sur l'île de Ie-jima[39]. Les Marines doivent aussi faire face aux préoccupations de la population locale d’Okinawa endoctrinées par l’armée japonaise dans la croyance que les Américains vont les torturer et les tuer. Sur les 7500 défenseurs de l'île, près de 5500 sont tués. Entre la 3e et la 4e semaine d'avril, les régions centre et nord d'Okinawa passent sous le contrôle des troupes américaines. Une fois leur mission accomplie, les Marines prennent la direction du sud afin de soutenir les troupes de l'US Army[4].

Opérations au sud d'Okinawa[modifier | modifier le code]

La ligne Machinato[modifier | modifier le code]

Une colonne de Marines passe à côté d'un soldat japonais mort dans un village détruit en avril 1945.
Une équipe de démolition de la 6e division des Marines faisant exploser une grotte japonaise en mai 1945.

Les combats durent jusqu'au 24 juin dans la partie sud d'Okinawa. Les trous doivent être nettoyés un à un, à la grenade, les Américains étant souvent victimes de pièges. L'avancée est très lente et très coûteuse, les Japonais cherchant à tuer le maximum d'ennemis et se battant jusqu'à la mort.

Alors que la 6e division des Marines nettoie le nord d'Okinawa, les 7e et 96e division d'infanterie de l'armée américaine avancent vers le sud d'Okinawa. À partir du 6 avril, la 96e division d'infanterie commence à rencontrer une résistance féroce dans le centre-ouest d’Okinawa entre Machinato et Ouki, le long de la première des trois lignes de défense japonaises, la ligne Machinato. En effet, les troupes japonaises occupent des postes fortifiés à l'est de la route no 1 et à environ 8 km au nord-ouest de Shuri, une zone bientôt connue sous le nom Cactus Ridge (en)[40]. La 7e division d'infanterie rencontre aussi une opposition féroce au niveau d'un piton rocheux situé à environ 910 m au sud-ouest d'Arakachi (plus tard surnommé The Pinnacle, Battle of Okinawa (en)). Pendant la nuit du 8 avril, les troupes américaines finissent par nettoyer ces positions fortifiées ainsi que plusieurs autres[41]. Lors de ces opérations, ils capturent ou éliminent environ 4500 japonais et subissent plus de 1500 blessés au combat. Mais la bataille ne fait que commencer, car ces positions ne sont que les avant-postes de ligne de défense Shuri.

Le prochain objectif américain est Kakazu Ridge, deux collines qui font parties des défenses extérieures de la ligne Shuri. Les soldats Japonais ont bien préparé leurs positions et combattent avec ténacité. Ils utilisent aussi un système de cavernes fortifiées. Les forces de la 96e division d'infanterie perdent de nombreux hommes en tentant de nettoyer les caches et grottes japonaises. Les soldats japonais forcent aussi sous la menace les Okinawaïens à fournir de l'eau et des provisions, ce qui conduit à augmenter les pertes humaines civiles. Si l'avance américaine est inexorable, elle donne lieu à un nombre élevé de victimes des deux côtés.

Comme l'offensive américaine contre Kakazu Ridge stagne, le général Ushijima, influencée par le général Chō, décide de passer à l'offensive. Dans la soirée du 12 avril, la 32e armée japonaise attaque les positions américaines à travers l'ensemble du front[42]. L'attaque japonaise est lourde, soutenue, et bien organisée. Après de féroces combats rapprochés, les assaillants se retirent, mais répètent leur offensive la nuit suivante. Un dernier assaut le 14 avril est à nouveau repoussé. Ces attaques démontrent aux officiers de la 32e armée la vulnérabilité des Américains à la tactique d'infiltration nocturne. Cependant, la puissance de feu nettement supérieure de ces derniers rend extrêmement dangereuses les concentrations offensives de troupes japonaises et ils doivent retourner à leur stratégie défensive. Les troupes américaines sont lourdement ralenties par la défense acharnée des Japonais. Buckner arrive sur le terrain le 14 avril et pour débloquer la situation, il décide l'envoi d'une 3e division, la 27e, en soutien des 96e et 7e exsangues par ces combats.

La 27e division d'infanterie, qui a débarqué le 9 avril, prend donc la relève à droite, le long de la côte ouest de l'Okinawa. Le général John R. Hodge dispose maintenant de trois divisions sur la ligne de front, la 96e au centre, et la 7e à l'est et donc la 27e à l’ouest. Chaque division tient un front de seulement 2,4 km. Hodge lance une nouvelle offensive du 19 avril avec un barrage de 324 canons, le plus grand jamais effectué sur le théâtre pacifique (19000 obus tirés en quelques heures). Les cuirassés, croiseurs et destroyers se joignent au bombardement, appuyés par 650 avions de la Navy et des Marines qui frappent les positions ennemies avec du napalm, des roquettes, des bombes et des mitrailleuses[43]. Cependant, les défenses japonaises sont implantées sur des pentes inverses (Reverse slope defence (en)), où les soldats peuvent attendre la fin du barrage d'artillerie et des attaques aériennes dans une relative sécurité, pour émerger des grottes et de lancer une pluie de mortiers et de grenades sur les Américains qui tentent d'avancer.

Les combats sont acharnés. Un assaut de blindé mené par la 27e division tente une percée afin de déborder les postions japonaises à Kakazu Ridge, mais il ne permet pas d’établir le contact avec son soutien d'infanterie qui tente, lui, de franchir la crête. L'assaut se solde par la perte de 22 tanks sur les 30 que possède la division dès le premier jour de cette offensive. Bien que les chars lance-flammes permettent de nettoyer de nombreuses grottes défensives, l'échec de la percée conduit pour le 24e corps d'armée à la perte de 720 hommes (tués, blessés ou disparus). Les pertes auraient pu être plus grandes si les Japonais n’avaient pas eu la quasi-totalité de leurs réserves d'infanterie occupées plus au sud au large des plages de Minatoga, par une feinte de la 2e division des Marines coïncidant avec l'attaque[43]. Après 18 jours de durs combats, le 24 avril, la première des trois lignes de défense japonaise, l'anneau défensif extérieur, la ligne Machinato, est prise. Les marines atteignent la crête Kazaku, clé du système de défense Machinato. Les troupes japonaises se retirent sur la seconde ligne défensive plus lourdement armée et fortifiée, la ligne Shuri située entre Naha et Yonabaru[4].

La ligne Shuri[modifier | modifier le code]

Carte des opérations au sud d'Okinawa, Naha-Shuri-Yonabaru.
Des soldats américains de la 77e division d'infanterie écoutent impassiblement les rapports de radio de la Victoire en Europe, le 8 mai 1945.
Carte de la bataille pour Sugar Loaf Hill, 16 et 17 mai 1945.
Le Lt. Col. Richard P. Ross, commandant du 1st Battalion 1st Marines (en), brave les tireurs embusqués sur un parapet de Shuri Castle le 30 mai afin d'y placer un drapeau américain. Ce même drapeau a été soulevé à Cape Gloucester puis à Peleliu

Les combats les plus âpres se situent le long de la seconde ligne de défense japonaise au sud encore appelée ligne Shuri. La seconde ligne défensive est plus lourdement armée et fortifiée. Cette ligne profite aussi d’avantages naturels. Chaque crête est criblée de positions défensives permettant aux Japonais de toujours tenir en employant un nombre relativement faible de soldats contre un adversaire qui doit se déplacer à travers les ravins, les rivières et les collines[4]. Ralentis par les Japonais, les marines se heurtent à de lourdes contre-attaques, le plus souvent anéanties par la puissance de feu américaine. À la fin du mois d’avril, après la poussée des forces américaines à travers la ligne défensive Machinato[44], la 1re division des Marines remplace la 27e division d'infanterie, et la 77e division d'infanterie remplace la 7e. Après l’arrivée de la 6e division des Marines, le III Marine Expeditionary Force reprend le flanc droit et la 10e armée (États-Unis) prend le contrôle de la bataille. Les américains se heurtent alors au complexe défensif de Shuri qui tient jusqu'au 21 mai. Les contre-attaques japonaises ayant redoublé et étant synchronisées avec les attaques kamikazes, les pertes alliées deviennent considérables. Les difficultés rencontrées par les Américains sur cette ligne conduisent le général Ushijima à passer à l'offensive[4].

Le 4 mai, la 32e armée lance une grande contre-offensive. Cette fois, Ushijima prévoit de lancer une offensive majeure avec une brigade de 3000 hommes appuyée par des chars, chargée de frapper le centre des lignes américaines et un assaut amphibie sur les côtes en arrière des lignes américaines pour détourner son attention. Pour soutenir son offensive, l'artillerie japonaise s’installe à découvert. Ce faisant, ils peuvent tirer 13000 coups à l'appui, mais l’efficacité des tirs de contrebatterie américains détruit des dizaines de pièces d'artillerie japonaises. Des unités navales américaines puis la 1re division des marines repèrent les troupes amphibies en mouvement et les pulvérisent en mer sans laisser de survivant. La brigade d'infanterie est elle aussi repérée et frappée par l'artillerie et l'aviation. La dernière attaque japonaise planifiée de la Seconde Guerre mondiale tourne au désastre. Buckner lance une autre offensive américaine le 11 mai qui va s’étaler sur dix jours de combats acharnés. Le 13 mai, les troupes de la 96e division d'infanterie et le 763rd Tank Battalion (United States) (en) capturent Conical Hill. Surplombant à 145 m au-dessus de la plaine côtière de Yonabaru, Okinawa (en), l’une des principales zones de défenses japonaises située à l’est et occupée par environ 1 000 japonais. Pendant ce temps, sur la côte opposée, la 1re et la 6e divisions de Marines se battent pour prendre Sugar Loaf Hill. Le complexe de Sugar Loaf Hill, Horseshoe Ridge, et Half Moon Hill est l'une des zones les plus âprement disputés dans toute la bataille. Chaque colline couvrant les deux autres, les Japonais ont aussi relié les trois collines avec un système de galeries. Sugar Loaf Hill change de mains 14 fois avant d'être finalement prise par les Américains le 18 mai[25]. La capture de ces deux positions clés expose les Japonais sur les deux cotés de la ligne Shuri. Buckner espère ainsi encercler Shuri et piéger les principales forces japonaises de défense[43].

À la fin de mai, les pluies de mousson ont transformé les collines et les routes en un bourbier compliquant la situation tactique et médicale[37]. La situation au sol a commencé à ressembler au champ de bataille de la Première Guerre mondiale avec des troupes embourbées, des routes impraticables pour évacuer les blessés vers l'arrière. Les troupes vivent sur un terrain détrempé par la pluie, une partie dépotoir et une partie cimetière. Des corps japonais et américains sans sépulture, piégés dans la boue, ont commencé à pourrir, comme un ragoût toxique. Toute personne glissant sur Les pentes grasses pouvaient facilement trouver leurs poches pleines de larves à la fin de la journée[37]. Le 11 mai, l'effort américain se porte sur Naha, la capitale d'Okinawa contre laquelle, les troupes américaines lance leur une offensive. Le 17 mai, après une féroce bataille la cité, en ruine, est investie par les Américains[25].

Le 20 mai, les troupes américaines atteignent Shuri Castle, mais les pluies torrentielles réduisent la mobilité des forces blindées américaines et donne un répit temporaire au Japonais[25]. Le 29 mai, le major-général Pedro del Valle, commandant de la 1re division des Marines, ordonne à la compagnie A, 1st Battalion 5th Marines (en), 5e de Marines de capturer le château de Shuri. La zone est bombardée par le cuirassé USS Mississippi (BB-41) pendant trois jours avant cette opération[45]. Ces bombardements poussent la 32e armée à se retirer au sud, ce qui facilite la prise du château de Shuri par les Marines[45],[46]. Cependant, le château est en dehors de la zone assignée à la 1re division des Marines et ce n'est que grâce à l'action du commandant et du personnel de la 77e division d'Infanterie qu'un raid aérien américain et un bombardement d'artillerie sont arrêtés avant de faire de nombreuses victimes par tir ami. La prise du château de Shuri, le 29 mai, représente coups à la fois stratégiques et psychologiques portés aux Japonais et une étape importante dans la campagne. Del Valle reçoit la Navy Distinguished Service Medal pour son commandement dans les combats et l'occupation d'Okinawa.

La retraite japonaise et la fin des combats[modifier | modifier le code]

Soldats américains en route vers les lignes de front, passant à côté de chars embourbés en mai 1945
Équipe de démolition américaine s'éloignant d'une grotte qu'ils venaient de faire exploser et qui abritait des soldats nippons

Après la retraite de Shuri, les défenseurs japonais se retranchent derrière leur dernière ligne défensive Itoma (entre Itoma et Mabum), le long des crêtes entre Kunishi Ridge, Yuza-Dake, et Yaeju-Dake, d'ouest en est[25]. La retraite japonaise - harcelée par des tirs d'artillerie - est menée avec une grande habileté dans la nuit, aidée par les tempêtes de la mousson. La 32e armée japonaise se montre capable de déplacer près de 30 000 hommes derrière cette dernière ligne de défense sur la péninsule Kiyan, où se déroulera la plus grande boucherie d’Okinawa avec la mort de milliers de civils. En outre, 9000 soldats de la Marine impériale japonaise soutenus par 1100 miliciens, sont retranchés sur la colline surplombant la base navale d’Okinawa à Uruma dans la péninsule Oroku, à l'est de l'aérodrome. Les forces américaines se regroupent et déclenchent l'assaut sur la presqu'île d'Oroku le 4 juin. Des éléments de la 6e division des Marines lancent un assaut amphibie sur la péninsule. L'aérodrome est rapidement pris, mais les marins de l'amiral Minoru Ōta opposent une solide résistance dans les grottes et les replis de terrain. Pour ne pas tomber aux mains des Américains, les 4 000 marins japonais - y compris l'amiral Ōta – se suicident dans les tunnels souterrains construits à la main lors du siège du quartier général naval le 13 juin. Pendant ce temps, la 1re division des Marines se dirige vers le sud, atteignant les faubourgs d'Itoman dans la soirée du 7 juin. Le lendemain, ils se heurtent à un nouveau complexe défensif japonais et les combats sont extrêmement virulents. Dès lors, les Américains font sauter tous les blockhaus et toutes les entrées de grotte, emmurant ainsi les Japonais. Le 12 juin, la 1re division des marines attaque Kunishi Ridge. Le 14 juin, elle se lance à l’assaut de Yaeju-Dake et Yuza-Dake. Les collines ne sont prises qu’après plusieurs jours de terribles combats avec beaucoup de pertes de chaque côté[25] et ce n'est que le 17 juin au soir que l'ensemble du complexe est neutralisé.

Le 17 juin, les restes de la 32e armée d’Ushijima sont poussés dans une petite poche à l'extrême sud de l'île, au sud d'Itoman. Le 18 juin, le général Buckner est tué par l'artillerie ennemie alors qu’il surveille au sommet de la colline Mezado (l'une des hauteurs de Sugar Loaf Hill) la marche en avant de ses troupes. Buckner est remplacé par Roy Geiger[47]. En assumant le commandement, Geiger devient le seul Marines à commander une armée numérotée de l'armée américaine au combat; il est remplacé cinq jours plus tard par Joseph Stilwell[48].

La côte sud d'Okinawa est atteinte le 19 juin, encerclant les dernières positions japonaises, encore très agressives. À la grande surprise des Américains qui craignent une ruse, un certain nombre de Japonais, isolés ou en groupe, se rendent. De nombreux soldats ainsi qu'un groupe d'infirmières se suicident. De nombreux habitants de l'île, parfois des familles entières, se donnent la mort pour ne pas se rendre à l'armée américaine. Selon des témoins, ces suicides ont été ordonnés par l'armée impériale et sont le résultat de la propagande shōwa[Note 2]. Les derniers vestiges de résistance japonaise tombent le 21 juin, bien que certains Japonais tentent de se cacher, y compris le futur gouverneur de la préfecture d'Okinawa, Masahide Ōta[49]. Ushijima et Cho se suicident par seppuku dans leurs quartiers généraux sur la colline 89 dans les heures précédant la fin de la bataille. Le colonel Yahara demande la permission à Ushijima de se suicider, mais le général refuse sa demande, en disant: « Si vous mourez, il n'y aura pas un survivant connaissant la vérité sur la bataille d'Okinawa. Portez cette honte provisoire, mais supportez-la. Ceci est un ordre de votre Commandant. »[50]. Yahara est le plus haut gradé à avoir survécu à la bataille sur l'île[51], et plus tard, il écrivit un livre intitulé La bataille pour Okinawa. La cérémonie officielle de reddition se déroule le 7 septembre à proximité de l'aérodrome de Kadena.

Pertes humaines[modifier | modifier le code]

Okinawa est la plus grande et la plus sanglante bataille de la guerre du Pacifique[52],[53],[54], bien que d'autres batailles, notamment celles de Peleliu ou d'Iwo Jima qui ont impliqué moins d'hommes, aient été cependant proportionnellement plus meurtrières avec un taux de pertes largement supérieur aussi bien du côté américain que nippon. Le monument Cornerstone of Peace (en) situé à Itoman identifie les noms de chacune des personnes mortes à Okinawa en raison de la Seconde Guerre mondiale. En 2010, le monument répertorie 240 931 noms, dont 149 193 civils d'Okinawa, 77 166 soldats impériaux japonais, 14 009 soldats américains, mais aussi 365 Coréens du Sud, 82 Britanniques, 82 Coréens du Nord et 34 taïwanais[55]. Les chiffres correspondent aux décès enregistrés au cours de la bataille d'Okinawa entre le débarquement américain dans les îles Kerama le 26 mars 1945 et la signature de la capitulation du Japon le 2 septembre 1945[56]. 234 183 noms ont été inscrits au moment de l'inauguration du monument et de nouveaux noms sont ajoutés chaque année[57],[58],[59]. Quarante mille des civils morts à Okinawa ont été enrôlés par l'armée japonaise et sont considérés comme morts au combat.

Pertes militaires[modifier | modifier le code]

Pertes américaines[modifier | modifier le code]

Deux M4 Sherman détruits par l’artillerie japonaise à Bloody Ridge, le 20 april 1945.

Les pertes américaines s'élèvent à plus de 82 000 tués ou mis hors de combat pour diverses raisons (blessures, maladies, problèmes psychiatriques...), dont plus de 12 500 perdus ou morts aux combats : 4907 marins de l’US Navy, 4675 soldats de l’US Army et Armée et 2938 Marines[60]. Plusieurs milliers de militaires qui sont morts de blessures ou d'autres causes à une date ultérieure à la bataille ne sont pas inclus dans le total. Une des plus célèbres victimes américaines est le correspondant de guerre Ernie Pyle, qui a été tué par des tirs de sniper japonais sur l'Ie-jima (une petite île au large du nord-ouest d'Okinawa)[39]. La décision du général Buckner d'attaquer de front les défenses japonaises, bien que très coûteuses en vies américaines, est finalement couronnée de succès. Il est cependant tué par un éclat d’obus japonais alors qu’il inspecte ses troupes sur la ligne de front. C’est l'officier américain le plus haut gradé à être tué par le feu ennemi pendant la guerre. Le lendemain de la mort de Buckner, le Brig. Gen. Claudius Miller Easley (en) est tué par des tirs de mitrailleuse.

Les pertes d'aéronefs sur les trois mois qu'a duré la bataille se portent à 768 avions alliés en comprenant les avions chargés de bombarder les aérodromes de Kyushu d'où partaient les kamikazes. Les pertes en combat représentent 458 avions, et les accidents en opération 310. Sur terre, les forces américaines ont perdu au moins 225 chars et de nombreux Landing Vehicle Tracked. En mer, pendant la campagne Okinawa, 368 navires alliés, y compris 120 navires amphibies ont été endommagés et 28 coulés, dont 15 navires amphibies et 12 destroyers. La marine américaine totalise 4907 morts et 4874 blessés, principalement par des attaques kamikazes[61].

La bataille d'Okinawa, plus que de toutes autres batailles du Pacifique a entrainé de nombreux problèmes de santé mentale chez les soldats américains. En effet, les pertes américaines incluent des milliers de cas de dépression nerveuse. Les bombardements constant de l'artillerie et de mortiers couplés avec un taux d'accidents élevé conduit un grand nombre d'hommes à subir des troubles comportementaux de guerre. En outre, les pluies et la boue qu'elle engendre empêchent de retirer les morts et des milliers de corps des deux camps amis jonchent toute l'île. Le moral est dangereusement bas au mois de mai, tout comme le niveau de discipline. Les atrocités impitoyables commises par les Japonais pendant la guerre ont concouru à un changement de comportement de nombreux soldats américains qui ont multiplié les profanations de restes japonais. La tactique japonaise de se servir des habitants d'Okinawa comme boucliers humains a aussi entamé l'endurance psychologique des Américains[4].

Pertes japonaises[modifier | modifier le code]

Des prisonniers japonais sur l'île d'Okuku en juin 1945.

L'armée américaine estime que 110 071 soldats japonais ont été tués pendant la bataille. Ce total comprend un nombre inconnu de civils d'Okinawa enrôlés de force et tués pendant la bataille. 7401 soldats se sont rendus ou ont été capturés pendant la bataille. Des Japonais supplémentaires ont été capturés ou se sont rendus au cours des mois suivant la fin de la bataille portant le total à 16 346[62]. C’est la première bataille de la guerre du Pacifique où des milliers de soldats japonais se rendent en masse ou sont capturés. Parmi ces derniers, beaucoup d’indigène Okinawaïens enrôlés de force peu de temps avant la bataille et beaucoup moins marqués par la doctrine de ne jamais se rendre pratiquée par l’armée impériale japonaise[26]. Lors de l’occupation de l’île par les forces américaines, de nombreux soldats japonais jetent leur uniforme pour éviter la capture, mais certains habitants d'Okinawa aident les Américains à détecter les Japonais qui tentent la clandestinité.

Les Japonais ont perdu 16 navires de combat, y compris le super cuirassé Yamato. Les pertes d'avions japonais se montent à 7830, y compris 2655 en accidents opérationnels. Les chasseurs de l'US Navy et du Corps des Marines ont abattu 3047 avions. La défense antiaérienne des navires a abattu 409 avions et les B-29 ont détruits 558 avions au sol sur les terrains d'aviation[63]. Les Alliés ont détruit 27 chars japonais et 743 pièces d'artillerie (y compris des mortiers, des canons antichars et anti-aériens). Certains d'entre eux ont été éliminés par les bombardements navals et aériens, mais la plupart ont été détruit par des tirs de contrebatterie américains.

Pertes civiles, suicides et atrocités[modifier | modifier le code]

Un Stinson L-5 Sentinel des marines effectuant un survol d’observation en mai 1945 sur la capitale d'Okinawa, Naha, complètement rasée.

Certaines îles, qui connurent de grandes batailles, comme Iwo Jima, étaient inhabitées ou préalablement évacuée. Okinawa, en revanche, possède une importante population civile. L’armée américaine estime lors de la planification de l'opération que la population d’Okinawa était composée de 300 000 civils. Selon diverses estimations, entre un dixième et un tiers d'entre eux sont morts pendant la bataille[37], soit entre 30 000 et 100 000 morts. L'estimation de la préfecture d'Okinawa est de plus de 100 000 morts[64], tandis que le décompte officiel de l'armée américaine pour la campagne de 82 jours est un total de 142 058 victimes civiles, y compris ceux qui sont tués par des tirs d'artillerie, les attaques aériennes et ceux qui sont enrôlés de force par l'Armée impériale japonaise[37]. Au cours de la bataille, les soldats américains ont éprouvé des difficultés à distinguer civils et soldats. Il est commun pour les soldats américains de tirer sur des maisons d'Okinawa, comme un fantassin a écrit: « S’il y avait des tirs de riposte sur quelques-unes des maisons, les autres étaient probablement occupées par des civils. Nous ne soucions plus, et c’est une terrible chose, de ne pas faire la distinction entre l'ennemi et les femmes et les enfants. Les Américains ont toujours eu une grande compassion, en particulier pour les enfants. Maintenant, nous tirons sans discernement »[65]. De nombreux habitants d'Okinawa ont fui vers les grottes où ils ont été ensevelis par la suite, le nombre exact de victimes civiles ne sera probablement jamais connu.

Dans son histoire de la guerre, le Musée préfectoral mémorial de la paix d'Okinawa[64] présente Okinawa comme étant pris entre les États-Unis et l'Empire du Japon. Pendant la bataille de 1945, l'armée japonaise a montré de l'indifférence à la sécurité des habitants d'Okinawa, et ses soldats ont même utilisé des civils comme boucliers humains contre les Américains, quand ils ne les ont pas simplement assassinés. L’Armée japonaise a confisqué la nourriture des habitants d'Okinawa et exécuté ceux qui en cachaient, conduisant à une famine de masse de la population. Les soldats japonais ont également tué environ 1000 personnes qui parlaient l'Okinawaïen pour éviter la possibilité d'espionnage[66]. Le musée écrit que « Certains ont été déchiquetés par l'artillerie, certains se trouvant dans une situation désespérée ont été poussés au suicide, certains sont morts de faim, certains ont succombé à la malaria, tandis que d'autres ont été victimes des troupes japonaises en retraite »[64].

Avec la victoire imminente des troupes américaines, beaucoup de civils préfèrent le suicide collectif, poussés par la propagande militaire affirmant que les soldats américains victorieux allaient saccager, tuer et violer. En 2007, le Ryūkyū Shimpō (en), l'un des principaux journaux d'Okinawa, écrit qu’il existe de nombreux témoignages affirmant que l'armée japonaise a poussé au suicide les habitants d'Okinawa. Ces témoins ont aussi affirmé que les soldats japonais remettaient des grenades pour se faire sauter[67]. Des milliers de civils induits par la propagande japonaise à croire que les soldats américains sont des barbares commettant des atrocités horribles, préfèrent se tuer ainsi que leurs familles pour éviter la capture. Certains d'entre eux se sont jetés depuis les falaises du sud où l’actuel Musée préfectoral mémorial de la paix d'Okinawa réside[68]. Les Okinawiens ont donc souvent été surpris par le traitement relativement humain qu'ils ont reçu de l'ennemi américain[69],[70]. Dans le livre Islands of Discontent: Okinawan Responses to Japanese and American Power de Mark Selden (en), ce dernier note que les Américains n’ont pas développé une politique de torture, de viol ou d’assassinat de civils[71]. Les traducteurs du Military Intelligence Corps (United States Army) (en)[72] tels que Teruto Tsubota (en) ont réussi à convaincre de nombreux civils de ne pas se donner la mort[73]. Les survivants aux suicides collectifs ont aussi accusé l'endoctrinement de leur système éducatif, qui apprenait aux Okinawiens à devenir plus Japonais que les Japonais et à le prouver par leur comportement[74].

Les témoins et les historiens ont rapporté que les soldats des deux côtés avaient violé des femmes lors de la bataille d'Okinawa. Le viol par les troupes japonaises est devenu commun en juin, après qu'il est devenu clair que l'armée japonaise serait vaincue[26],[75]. Les responsables du Corps des Marines à Okinawa et à Washington ont affirmé qu'ils ignoraient que des viols avaient été commis par des militaires américains à Okinawa[76]. Le New York Times a rapporté en évènement de 1945 où les civils du village de Katsuyama ont formé un groupe d'autodéfense pour tendre une embuscade et tuer trois soldats américains noirs qu'ils accusaient de fréquemment violer les filles du village[77].

Controverse du MEXT[modifier | modifier le code]

En mars 2007, un désaccord majeur né entre le gouvernement local d'Okinawa et le gouvernement national du Japon sur le rôle de l'armée japonaise dans les suicides de masse de civils pendant la bataille. En effet, le Ministère de l'Éducation, de la Culture, des Sports, des Sciences et de la Technologie (MEXT) conseille aux éditeurs de manuels scolaires de reformuler les descriptions qui présentent l'armée impériale japonaise comme forçant les civils à se tuer pour ne pas être fait prisonnier par les militaires américains. La description du MEXT précise simplement que les civils ont reçu des grenades à main de l'armée japonaise. Cette initiative suscite des protestations parmi les habitants d'Okinawa. En juin 2007, l'Assemblée préfectorale d'Okinawa (en) adopte une résolution appelant le gouvernement national à faire rétablir immédiatement la description originale dans les manuels afin que la vérité sur la bataille d'Okinawa soit établie et qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais[78],[79]. Le 29 septembre 2007, environ 110000 personnes, soit le plus grand rassemblement politique dans l'histoire d'Okinawa exigent que le MEXT se rétracte. La résolution déclare: « C’est un fait indéniable que les multiples suicides n’auraient pas eu lieu sans la participation de l'armée japonaise et toute suppression ou révision est un déni et une distorsion des nombreux témoignages de ces personnes qui ont survécu »[80]. En décembre 2007, le MEXT a admis partiellement le rôle de l'armée japonaise dans les suicides de masse de civils[81]. Le ministère a permis aux éditeurs de rétablir la référence sur les civils contraints aux suicides de masse par l'armée japonaise, à la condition qu'elle soit placée dans un contexte suffisant. Le rapport du conseil déclaré : « On peut dire que du point de vue des habitants d'Okinawa, ils ont été forcés aux suicides de masse »[82].

Ce n’est cependant pas suffisant pour les survivants qui veulent que toute la vérité soit faite pour leurs enfants[83]. En 2007, Le prix Nobel de littérature, Kenzaburō Ōe écrit un livret qui stipule que l'ordre de suicide de masse a été donné par l'armée pendant la bataille[84]. Il a été poursuivi par les révisionnistes, y compris par un commandant survivant de la bataille, qui contestent cette version des faits et qui voulaient empêcher la publication de la brochure. Lors de l’audience du tribunal, Ōe précise que les suicides collectifs sont aussi la résultante de la structure sociale hiérarchique du Japon qui perdurait tout particulièrement dans ses forces armées et les garnisons locales[85]. En mars 2008, la cour de la préfecture d'Osaka a jugé en faveur de Ōe en déclarant: « Il est autorisé de dire que l'armée a été profondément impliquée dans les suicides de masse ». Le tribunal a reconnu l'implication de l'armée dans les suicides de masse et meurtres suicides, citant les témoignages sur la distribution des grenades de suicide par des soldats et le fait que les suicides de masse n'ont pas été enregistrés sur les îles où l'armée n'était pas en poste[86]. En 2012, le réalisateur coréen japonais Pak Su-Nam annonce la collecte de témoignages des survivants encore vivants pour son documentaire Nuchigafu afin de montrer la vérité historique au plus grand nombre[87]. En mars 2013, l'éditeur de manuels scolaires japonais Shimizu Shoin a été autorisé par le MEXT à publier que l’armée a causé de nombreuses tragédies à Okinawa, tuant des civils locaux et les forçant à se suicider en masse[88].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le mémorial de la bataille d'okinawa, Cornerstone of Peace (en), en 2006.

Quatre-vingts dix pour cent des bâtiments sur l'île ont été détruits, ainsi que d'innombrables documents historiques, des artefacts et trésors culturels, et le paysage tropical a été transformé en un vaste champ de boue, de plomb et de pourriture[89]. La conquête de ces îles est primordiale pour les Alliés. Okinawa permet de fournir un ancrage à la flotte, des zones de rassemblement pour les troupes, et des aérodromes à proximité du Japon. Après la bataille, les forces armées américaines ont effectué une opération de déminage des eaux environnantes d’Okinawa avec l’Operation Zebra (en). Elles ont aussi mis en place le gouvernement militaire américain des îles Ryūkyū, en poste jusqu’en 1950 avant son transfert vers l'administration civile américaine des îles Ryūkyū[90].

Certains historiens militaires affirment que la campagne d'Okinawa a conduit directement aux bombardements atomiques d'Hiroshima et Nagasaki, comme un moyen d'éviter l'invasion terrestre prévue du continent japonais vraisemblablement très couteuse en vie humaine[91],[92]. Un point de vue plus nuancé est offert par Victor Davis Hanson dans son livre Ripples de Battle. Selon lui, c'est parce que la défense japonaise à Okinawa fut si féroce (même isolée, et sans soutien logistique), et parce que les pertes furent si élevées, que de nombreux stratèges américains ont cherché un autre moyen de soumettre la principale Île du Japon qu'une invasion directe. Les bombes atomiques ont poussé les Japonais à accepter une paix sans condition, sans faire plus de victimes américaines. Ironiquement, les bombardements classiques des grandes villes japonaises (qui duraient depuis plusieurs mois, bien avant la bataille d'Okinawa) étaient beaucoup plus efficaces pour tuer les civils que les bombes atomiques et les Japonais auraient probablement abandonnés de toute façon[93].

En 1995, le gouvernement d'Okinawa a érigé un monument commémoratif, le Cornerstone of Peace (en), sur le site des derniers combats[94]. Il contient la liste de tous les noms connus de ceux qui sont morts dans la bataille (civils, militaires, Japonais, Alliés, etc). En juin 2008, il comporte 240 734 noms[95]. De façon controversée[96],, des forces américaines significatives demeurent encore stationnées sur place (United States Forces Japan) avec entre autres, Kadena, la plus grande base aérienne américaine en Asie[97],[98]. En 2011, dans un contexte de tension entre la Chine et le Japon, la présence militaire américaine à Okinawa continue de faire débat. Un fonctionnaire du gouvernement de la préfecture d'Okinawa cité par David Hearst dans le Guardian affirme que:« You have the Battle of Britain, in which your airmen protected the British people. We had the Battle of Okinawa, in which the exact opposite happened. The Japanese army not only starved the Okinawans but used them as human shields. That dark history is still present today - and Japan and the US should study it before they decide what to do with next[Note 3] »[99].

Contrairement à l'attente des deux camps, les États-Unis préparant l'invasion des îles principales avec l'opération Downfall, la bataille d'Okinawa est la dernière bataille majeure américaine de la Seconde Guerre mondiale. En effet, les Japonais se rendent finalement en septembre après l'invasion soviétique de la Mandchourie et les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Traduction:Il y avait une fascination hypnotique à la vue si étrangère à notre philosophie occidentale. Nous avons observé chaque kamikaze plonger avec l'horreur détaché du témoin d'un terrible spectacle plutôt que comme une victime visée. Nous nous sommes oubliés un moment tandis que nous cherchions à tâtons désespérément la pensée de cet autre homme là-bas. (Le vice-amiral Charles R. Brown (en), US Navy).
  2. Néanmoins, le gouvernement du Parti libéral démocrate et des historiens japonais liés au ministère de l'Éducation ou à la Tsukurukai, soutiennent encore aujourd'hui que ces suicides étaient volontaires, remettant en cause les témoignages des proches des victimes. Cette question a soulevé une polémique lors de la célébration du 62e anniversaire de la bataille. En effet, le ministère de l'Éducation japonais avait demandé aux éditeurs de livres d'enseignement de l'histoire d'atténuer la description faite de ces suicides, ce qui provoqua l'envoi d'un message de protestation des élus d'Okinawa à destination du premier ministre Shinzo Abe le . Source Reuters : (en) Okinawa marks war anniversary amid suicide row
  3. Traduction:Vous avez la bataille d'Angleterre, dans lequel vos aviateurs ont protégé le peuple britannique. Nous avons eu la bataille d'Okinawa, dans lequel c’est l'exact opposé qui s’est produit. L'armée japonaise a non seulement affamé les habitants d'Okinawa, mais les a utilisé comme boucliers humains. Cette sombre histoire est encore présente aujourd’hui. Et le Japon et les États-Unis devraient l'étudier avant de décider quoi faire [au sujet de la présence militaire à Okinawa].

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]