Joseph McCarthy

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Joseph McCarthy
Image illustrative de l'article Joseph McCarthy
Fonctions
Sénateur senior, Wisconsin
3 janvier 19472 mai 1957
Prédécesseur Robert M. La Follette, Jr.
Successeur William Proxmire
Biographie
Date de naissance 14 novembre 1908
Lieu de naissance Grand Chute, Wisconsin
Date de décès 2 mai 1957 (à 48 ans)
Lieu de décès Bethesda, Maryland
Parti politique Parti républicain
Religion catholique

Joseph Raymond McCarthy, né le 14 novembre 1908 à Grand Chute dans le Wisconsin, mort le 2 mai 1957 à Bethesda dans le Maryland, était un homme politique américain, affilié à l'origine au Parti démocrate, puis au Parti républicain. McCarthy a occupé le poste de sénateur de l'État du Wisconsin de 1947 à 1957.

En dix ans de carrière au Sénat des États-Unis, McCarthy et son équipe sont devenus célèbres pour leurs diatribes contre le gouvernement fédéral des États-Unis, et pour leur campagne contre tous ceux qu'ils soupçonnaient d'être ou de sympathiser avec les communistes. Cette période comprise entre 1950 et 1954, connue sous le nom de « Peur rouge » (Red Scare), a aussi pris le nom de maccarthysme.

Pendant cette période, tous ceux qui étaient soupçonnés de sympathies communistes devinrent l'objet d'enquêtes, collectivement nommées la « Chasse aux Sorcières ». Des gens des médias, du cinéma, du gouvernement et de l'armée furent accusés d'être des espions à la solde des Soviétiques. Bien que les enquêtes de McCarthy n'aient jamais conduit à des inculpations pour espionnage, des informations récemment rendues publiques indiquent que certaines des personnes qu'il soupçonnait auraient effectivement pu être coupables, notamment les époux Rosenberg, bien qu'ils aient toujours clamé leur innocence. Ces derniers travaillaient comme techniciens pour le nucléaire américain et ont été soupçonnés d'espionnage : ils furent condamnés à mort en 1953[1].

Le terme de maccarthysme est depuis devenu synonyme d'activités gouvernementales visant à réduire l'expression d'opinions politiques ou sociales gauchisantes, en limitant les droits civils au nom de la sécurité nationale.

Jeunesse et début de carrière[modifier | modifier le code]

McCarthy est né dans une ferme de la ville de Grand Chute (en), dans le Wisconsin. Il est le cinquième des sept enfants de Timothy McCarthy et de Bridget Tierney, famille catholique de fermiers[2]. Sa grand-mère paternelle était d'origine allemande, et ses trois autres grands-parents d'origine irlandaise. McCarthy abandonna ses études au lycée à l'âge de 14 ans afin d'aider ses parents à l’exploitation familiale, pour les reprendre plus tard dans la Little Wolf High School de Manawa (en) et obtenir son diplôme en une année, le seul de l'histoire de son lycée à avoir accompli pareille performance. Ambitieux, McCarthy se lança simultanément dans des études d'ingénieur et de Droit, obtenant un diplôme dans cette seconde spécialité à l'université Marquette, à Milwaukee entre 1930 et 1935, et fut admis à l'association du barreau en 1935. Tout en travaillant dans un cabinet d'avocats à Shawano, il se lança dans une campagne électorale infructueuse afin d'obtenir le poste de District Attorney sous l'étiquette démocrate en 1935. En 1939, il devint le plus jeune juge de l'histoire du Wisconsin, mais provoqua des controverses quant à la rapidité de ses jugements, notamment ses fameux « divorces minute »[3].

En 1942, McCarthy démissionna de son poste de juge pour s'engager comme simple soldat dans les US Marines, et fut plus tard promu au grade de lieutenant. Il servit comme officier de renseignements pour une escadrille de bombardement basée dans les îles Salomon et à Bougainville. Il participa à 11 missions comme photographe et mitrailleur de queue, obtenant une Distinguished Flying Cross en 1952 ; l'attribution de cette médaille a été plus tard soumise à enquête et contestée. McCarthy fut également cité par l'amiral Chester Nimitz pour s'être prétendu victime d'une blessure de guerre, alors qu'il s'était cassé le pied lors d'une cérémonie sur un bateau[4].

Encore en service en 1944, il fit campagne pour la nomination républicaine au Wisconsin ; il s'y fit battre largement par le sénateur en poste, Alexander Wiley (en). Démissionnant de l'armée en 1945 et réélu sans concurrent à ses fonctions judiciaires, il entreprit une campagne électorale systématique pour l'élection sénatoriale de 1946. McCarthy obtint de peu la nomination républicaine, puis battit facilement son concurrent démocrate, Howard J. McMurray (en), au terme d'une campagne acharnée[5].

Carrière sénatoriale[modifier | modifier le code]

Les trois premières années de McCarthy au Sénat se passèrent sans incident particulier. Il était perçu comme une personne chaleureuse et amicale. Il se fit critiquer pour avoir pris la défense d'un groupe de soldats SS condamnés à mort lors d’un procès pour leur rôle dans le massacre de prisonniers de guerre américains à Malmedy et à d'autres endroits en Belgique au cours de la bataille des Ardennes en 1944. Leurs condamnations à mort furent commuées en réclusion à perpétuité grâce à McCarthy, qui contesta que l'instruction et que le procès se soient déroulés en bonne et due forme. Il relaya notamment des accusations selon lesquelles les accusés auraient été torturés durant les interrogatoires précédant le procès. De nombreuses personnes accusèrent McCarthy d'être tombé sous l'influence de néonazis.

McCarthy, en homme ambitieux et avide de popularité, fit des tournées de discours, intervenant devant de nombreuses organisations sur des sujets très divers. L'une de ses plus remarquables campagnes proposait des lois immobilières et s'opposait au rationnement du sucre. Durant la présidence de Harry S. Truman, son profil national s'améliora de façon spectaculaire après un discours, le 9 février 1950, devant le Club des Femmes Républicaines de Wheeling, en Virginie-Occidentale.

Les paroles prononcées par McCarthy ne furent pas enregistrées de façon fiable, la présence des médias étant minimale, et sont donc sujettes à débat. Il est généralement admis qu'il exhiba une feuille de papier qu'il prétendit être une liste de communistes notoires travaillant au Département d'État. McCarthy aurait notamment déclaré[6] :

« Je tiens là une liste de 205 personnes dont le Secrétaire d'État sait qu'ils sont affiliés au Parti Communiste et qui sont néanmoins en poste et façonnent la politique du Département d'État. »

McCarthy déclara par ailleurs qu'il faisait allusion à 57 « communistes notoires », le nombre de 205 faisait référence au nombre de personnes travaillant au Département d'État et qui pour une raison ou une autre n'auraient pas dû être en poste. Ce chiffre finit par acquérir une certaine importance lorsqu'il fut utilisé comme point de départ à une accusation de parjure contre McCarthy.

Il existait en effet une liste du Département d'État des employés problématiques, pour des raisons de loyauté, mais aussi pour ivrognerie ou incompétence. Le discours de McCarthy, dans un pays inquiet de l'agressivité de l'Union soviétique en Europe, de la guerre de Corée en Asie, en plein procès Alger Hiss et affaire Amerasia (en), fit l'effet d'une traînée de poudre. La population prit les accusations de McCarthy comme une explication de la chute de la Chine aux mains de Mao Zedong, et du développement de l'arme nucléaire soviétique l'année précédente[7].

La réaction des médias étonna McCarthy lui-même, l'amenant à réviser ses accusations et ses chiffres dans les jours qui suivirent, un mouvement qui allait devenir sa marque de fabrique. À Salt Lake City, quelques jours plus tard, il mentionna un chiffre de 57, puis au Sénat, le 20 février, le chiffre de 81 ; il donna un discours marathon détaillant chacun des cas, les preuves étant pour la plupart ténues ou inexistantes, mais l'effet du discours fut néanmoins considérable. Le Sénat convoqua le Comité Tydings pour examiner l'accusation, qui se révéla sans fondement. Trois jours après que le Comité eut écarté ces accusations, le FBI arrêtait Julius Rosenberg pour espionnage et pour sa participation dans les fuites du Projet Manhattan afin d'accélérer l'acquisition de l'arme nucléaire par l'Union soviétique.

Pour McCarthy, il fut facile de reformuler ses accusations et de continuer à les marteler devant la presse et au Sénat. L'utilisation habile des médias permit à McCarthy de faire couvrir largement ses nouvelles accusations, tout en laissant sous silence les anciennes qui venaient d'être invalidées[8].

McCarthy se lança aussi dans la destruction politique de ses contradicteurs, une tactique couronnée par sa campagne de 1950 contre Millard Tydings qui avait été quatre fois réélu ; cette victoire intimida les critiques. McCarthy avait fait distribuer une photographie de Tydings en compagnie d'un communiste célèbre, ce qui mit un terme à la carrière de Tydings dans ce qui allait devenir « l'élection la plus sale de l'histoire de la politique américaine ».

Croisade anticommuniste[modifier | modifier le code]

Entre 1950 et 1953, McCarthy répéta ses accusations selon lesquelles le gouvernement n'agissait pas contre l'infiltration communiste dans ses rangs ; il y gagna un vaste soutien populaire et des sources de revenus importantes. Ses finances furent l'objet d'une enquête sénatoriale en 1952, dont le rapport signalait des irrégularités et des comportements contestables, mais rien qui justifiât une action en justice. Le 19 septembre 1953, il épousa dans la cathédrale Saint-Matthieu de Washington, Jean Fraser Kerr (1924 - 1979), ancienne reine de beauté devenue assistante chercheuse dans son équipe en 1948[9] et avec il adoptera une fille en janvier 1957, Tierney Elizabeth[10].

Après le triomphe électoral de 1952, puissamment aidé par ses accusations, le Parti Républicain le nomma président du « Sous-comité sénatorial d'enquête permanent ». Néanmoins, son manque de fiabilité et sa façon de se soustraire aux questions précises ne lui firent jamais gagner la confiance du Parti (particulièrement du président Dwight David Eisenhower, qui aurait déclaré : « Je n'irai pas faire un concours de qui pisse le plus loin avec cette espèce de putois »). L'une des têtes de Turc favorites de McCarthy fut le général George C. Marshall, que McCarthy traitait de menteur et de traître, de concert avec le sénateur William Jenner de l'Indiana. Eisenhower écrivit un discours dans lequel il incluait une défense enflammée du général Marshall, et que les sbires de McCarthy parvinrent à lui faire retirer. Harry Truman éprouva du ressentiment à l'égard de Eisenhower, qu'il traita de couard lui qui devait toute sa carrière à Marshall. Truman considérait Marshall comme l'un des plus grands héros de l'histoire des États-Unis.

À la différence de la « Commission parlementaire aux activités anti-américaines » et du « Sous-comité interne de sécurité du Sénat », le comité de McCarthy qui se concentrait initialement sur les universitaires, le parti démocrate ou la presse, s'en prit aux fonctionnaires subalternes des institutions gouvernementales. Il commença par une enquête sur la bureaucratie de Voice of America, et obtint le retrait de littérature prétendument pro-communiste à la bibliothèque du Département d'État. Entre temps, McCarthy continuait de porter des accusations sur des influences communistes au sein du gouvernement, exaspérant Eisenhower ; ce dernier rechignait à se confronter publiquement à McCarthy en raison de sa popularité sans cesse croissante, mais il le considérait comme dangereux et hors de tout contrôle, et entreprit de le faire démettre de son poste par des manœuvres de couloir[11].

Un certain nombre de personnes démissionnèrent tôt de leur poste au comité, notamment Robert F. Kennedy, qui en vint littéralement aux mains avec le conseiller en chef de McCarthy depuis 1959, Roy Cohn. Ces démissions entraînèrent la nomination de Matthews comme directeur exécutif. Ce dernier était un ancien membre de plusieurs organisations de « front communiste », et se vantait d'avoir été membre de plus d'organisations de ce genre qu'aucun autre Américain ; cependant, après être tombé dans la disgrâce des groupes radicaux des années 1930, il se transforma en un fervent anticommuniste. Matthews était ministre du culte méthodiste et se faisait souvent appeler « docteur Matthews », bien qu'il n'en eût pas le titre. Il démissionna plus tard, après sa description des sympathies communistes dans le clergé protestant, avec son papier titré « Les Rouges dans nos églises », qui avait fait scandale parmi les sénateurs. Pendant cette période critique, McCarthy maintint son contrôle sur le sous-comité et dicta ses choix dans l'embauche des employés, ce qui suscita plusieurs démissions supplémentaires[7].

McCarthy et Truman[modifier | modifier le code]

En 1947, peu d'employés du gouvernement américain savaient que les preuves de l'espionnage soviétique massif au sein du gouvernement étaient récoltées par deux organisations : le FBI menait une enquête de contre-espionnage et le Signal Intelligence Service de l'armée américaine, à Arlington Hall, décryptait les communications soviétiques. Chaque service travaillait sur le même sujet en ignorant les activités de l'autre. Aussi, lorsque McCarthy accusa le gouvernement Truman de protéger des agents soviétiques en connaissance de cause, ses accusations parurent vraisemblables à de larges franges du public américain.

McCarthy et le maccarthisme étaient en partie un problème de politique électorale : ils cherchaient à faire passer le président Truman et le Parti démocrate pour des faibles, voire des traîtres à la solde des communistes. Ses accusations tombèrent à plat à propos de Truman, lequel, ignorant les décryptages du Projet Venona qui confirmaient l'interrogatoire d'Elizabeth Bentley, considérait McCarthy comme « le meilleur atout du Kremlin » pour sa capacité à diviser le pays[7].

McCarthy et Eisenhower[modifier | modifier le code]

Dwight David Eisenhower, candidat à la présidence de 1952, désapprouvait les tactiques de McCarthy, mais fut néanmoins contraint de faire une partie de sa tournée électorale avec lui, dans le Wisconsin. Il comptait y faire un commentaire dénonçant le programme de McCarthy, mais finit par couper cette partie de son discours, sur le conseil d'un de ses collègues conservateurs. Il fut par la suite vivement critiqué pendant sa campagne pour avoir cédé à la pression de son parti et abandonné ses convictions personnelles. Après qu'il eut été élu président, il fit clairement savoir à son entourage[réf. nécessaire] qu'il n'approuvait pas McCarthy, et prit des mesures actives[réf. nécessaire] pour obtenir l'arrêt de ses activités.

La chute de McCarthy est due en partie à son attaque frontale contre le président Eisenhower, contre les fonctionnaires de la CIA et des héros de guerre de l'Armée des États-Unis. D'un côté, ce dernier, qui détestait McCarthy[réf. nécessaire], travaillait en sous-main[réf. nécessaire] à le faire démettre et à limiter son influence ; mais de l'autre, la façon dont Eisenhower évitait la confrontation frontale pourrait avoir prolongé le pouvoir de McCarthy en démontrant que des figures aussi éminentes qu'Eisenhower n'osaient pas le critiquer directement[7].

La chute de McCarthy[modifier | modifier le code]

Stèle tombale de Joseph McCarthy, avec en arrière-plan la Fox River.

À l'automne 1953, le comité McCarthy se lança dans son enquête au sein de l'Armée des États-Unis. Il cherchait, sans succès, à démasquer un réseau d'espionnage dans le Army Signal Corps. Le comité en était venu à concentrer son attention sur un dentiste new-yorkais du nom de Irving Peress, qui avait été incorporé comme capitaine dans l'armée, et qui avait refusé de répondre à des questions concernant l'appartenance à des « organisations subversives » sur les formulaires du Département de la Défense, et qui avait été recommandé à la démobilisation par le Chirurgien général de l’armée en avril 1953. Malgré ceci, il demanda et reçut une promotion au rang de major en octobre de la même année. Roy Cohn informa le conseiller de l’armée John G. Adams de ces faits en décembre 1953 et Adams promit d’ouvrir une enquête.

Comme aucune action n’avait été ouverte contre Peress le mois suivant, McCarthy le fit comparaître devant le Comité le 30 janvier 1954. Peress s’appuya vingt fois sur le Cinquième Amendement quand il fut interrogé sur son appartenance au Parti communiste, sur sa participation à une école d’entraînement communiste et sur ses efforts pour enrôler du personnel militaire dans le Parti communiste. Deux jours plus tard, McCarthy envoya une lettre au Secrétaire de l’armée Robert Ten Broeck Stevens résumant le témoignage de Peress et demandant qu’il soit appelé à comparaître devant la cour martiale, et que l’armée retrouve qui avait promu Peress, sachant qu’il était un communiste. Le jour même, Peress demanda sa démobilisation, qu’il obtint du brigadier général Ralph W. Zwicker.

En revenant sur cette question, McCarthy s'attira la fureur des médias à propos de son traitement du général Ralph W. Zwicker. Entre autres choses, McCarthy comparait l'intelligence de Zwicker à celle d'un enfant de cinq ans, et déclarait que Zwicker n'était pas apte à porter l'uniforme de général. Charles Potter fut l'un des quelques sénateurs républicains à rompre une lance contre McCarthy ; il écrivit une philippique sur la question, Day of Shame (Jour de Honte), décrivant McCarthy comme une brute terrorisant ses concitoyens. Le traitement de Zwicker, héros de guerre décoré, l'avait particulièrement indigné. Au début de l’année 1954, l’armée accusa McCarthy et son conseiller en chef Roy Cohn d’exercer des pressions pour un traitement de faveur de G. David Schine, ami et ancien adjoint de Cohn. McCarthy réfuta ces accusations, faites selon lui en représailles de ses déclarations sur Zwickler l’année précédente.

Une des attaques les plus virulentes contre les méthodes de McCarthy fut un épisode de la série documentaire See It Now animée par Edward R. Murrow (cet épisode fut le thème du film Good Night and Good Luck de George Clooney, sorti en 2005), qui fut diffusé le 9 mars 1954. L’émission consistait en des extraits de discours de McCarthy, où celui-ci accusait le Parti démocrate de « vingt ans de trahison » (1933-1953) ; il portait la même accusation à l'égard des administrations de Franklin Delano Roosevelt et Harry S. Truman et insultait des témoins, incluant un général de l’armée.

Le reportage de Murrow, couplé à l’affaire de David Schine la même année, déclencha une lourde perte de popularité de McCarthy car il s’agissait de la première remise en cause publique de ses agissements par des personnalités respectables. Pour contrer cette mauvaise publicité, McCarthy fit une apparition dans See It Now trois semaines plus tard et y émit diverses attaques personnelles contre Murrow. Cette réponse fut mal accueillie par le public et fit décroître d’autant plus sa popularité.

Le 2 décembre 1954, McCarthy fut censuré par le Sénat américain par 67 voix contre 22, lequel vota une mention de blâme et lui retira la présidence du sous-comité d’enquête. Même si McCarthy continua sa charge de sénateur, cette décision ruina définitivement sa carrière en tant que figure majeure de la politique américaine[12]. Sombrant dans l’alcoolisme, il mourut au National Naval Medical Center (en) le 2 mai 1957 de problèmes hépatiques liés à d'importants abus de boisson[13]. Ayant droit à des obsèques nationales, une messe de Requiem pontificale fut célébrée le 6 mai dans la Cathédrale Saint-Matthieu de Washington en présence de 70 membres du sénat, de personnalités officielles et de dignitaires du clergé. Il fut enterré dans le cimetière paroissial St. Mary's Parish d'Appleton où 30 000 personnes défilèrent pour lui rendre un dernier hommage[14]. Le démocrate William Proxmire fut élu le 28 août 1957 afin de remplacer son siège laissé vacant[15].

Postérité[modifier | modifier le code]

Des journalistes et historiens comme Medford Stanton Evans (en)[16] ou Arthur Herman (en)[17], considèrent que le rôle de McCarthy dans l'histoire de la guerre froide devrait être réévalué, le maccarthysme auquel son nom est associé lui forgeant une légende noire. Alors que la commission présidée par McCarthy a traqué d'éventuels agents, militants ou sympathisants communistes aux États-Unis, elle n'est pas impliquée dans les affaires les plus célèbres de cette période, la condamnation d'Ethel et Julius Rosenberg, l'affaire de William Remington (en), d'Alger Hiss ou les auditions des Dix d'Hollywood[7].

Après avoir examiné les messages cryptés de plusieurs agences de renseignement soviétique (projet Venona)[18] et les archives déclassifiées du KGB, l'historien John Earl Haynes (en) conclut que, sur 159 personnes figurant sur les listes utilisées ou mentionnées par McCarthy, la majorité pouvait être considérée comme potentiellement menaçante pour la sécurité de l'État américain et que neuf d'entre elles avaient apporté leur aide à l'espionnage soviétique[19].

Ces ouvrages sont considérés comme du révisionnisme par plusieurs chercheurs qui rappellent que le maccarthysme, par sa campagne contre les communistes américains et contre les homosexuels, reste le symbole de l’intolérance et de la peur aveugle, reposant sur des dénonciations sans le moindre fondement rationnel ou des accusations sans preuve[20].

La mort de McCarthy est considérée comme suspecte. Son bulletin de décès indique "cause unknown"[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Les historiens reconnaissent aujourd'hui cette culpabilité (lire Marc Nouschi, La démocratie aux États-Unis et en Europe (1918-1989), Paris, Armand Colin,‎ 1999 (ISBN 2200250290), p. 286 ou encore Herodote.net : 19 juin 1953, Les Rosenberg sont exécutés ; Stéphane Courtois : La vérité sur l’affaire Rosenberg rappelle en 2003 que les Rosenberg étaient coupables d’espionnage. La culpabilité d'Ethel Rosenberg ou la réalité de l'espionnage atomique restent cependant contestés : cf. la conférence suivante, 2005, « L'affaire Rosenberg ».
  2. (en) Richard H. Rovere, Senator Joe McCarthy, University of California Press,‎ 1959 (ISBN 0-520-20472-7), p. 79
  3. (en) David M. Oshinsky, op. cité, p. 27
  4. (en) Arthur Herman, Joseph McCarthy : Reexamining the Life and Legacy of America's Most Hated Senator, Free Press,‎ 1999 (ISBN 0-684-83625-4), p. 30
  5. (en) Edwin R. Bayley, Joe McCarthy and the Press, Univ of Wisconsin Press,‎ 1981 (lire en ligne), p. 89-90
  6. (en) Robert Griffith, The Politics of Fear : Joseph R. McCarthy and the Senate, University of Massachusetts Press,‎ 1970 (ISBN 0-87023-555-9), p. 49
  7. a, b, c, d et e Lutz Hachmeister, documentaire « Un vrai Américain : Joe McCarthy » sur Arte, 2011
  8. Gabriel Périès, Construire l'ennemi intérieur, Editions L'Harmattan,‎ 2001 (lire en ligne), p. 38-43
  9. Après la mort de Joseph McCarthy en mai 1957, elle se remariera à G. Joseph Minetti, vice-président du Civil Aeronautics Board, conseil d'aéronautique civile américain.
  10. (en) Mary Brennan, Wives, Mothers & the Red Menace : Conservative Women and the Crusade against Communism, University Press of Colorado,‎ 2008, p. 42
  11. (en) L. Alan, Voice of America : A History, Columbia University Press,‎ 2003 (ISBN 0-231-12674-3), p. 53
  12. (en) The Censure Case of Joseph McCarthy of Wisconsin (1954), United States Senate, Historical Office
  13. (en) David M. Oshinsky, A Conspiracy So Immense : The World of Joe McCarthy, Oxford University Press,‎ 2005, p. 503–504
  14. (en) Joseph McCarthy Photographs : The Funeral
  15. (en) « WISCONSIN : Running Scared », sur Time,‎ 26 août 1957
  16. (en) Medford Stanton Evans, Blacklisted By History : The Real Story of Joseph McCarthy and His Fight Against America's Enemies, Crown Forum,‎ 2007, 672 p.
  17. (en) Arthur Herman, Joseph McCarthy : Reexamining the Life and Legacy of America's Most Hated Senator, Free Press,‎ 1999, 416 p.
  18. (en) John Earl Haynes, Harvey Klehr, Venona : Decoding Soviet Espionage in America, Yale University Press,‎ 2000, 487 p. (lire en ligne)
  19. (en) John Earl Haynes, « Senator Joseph McCarthy’s Lists and Venona » , avril 2007, p. 62
  20. (en) David M. Oshinsky, A Conspiracy So Immense : The World of Joe McCarthy, Oxford University Press,‎ 2005, ix – xi
  21. William-Guy Carr, Brouillard rouge sur l'Amérique, éditions Saint Rémi

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alerte rouge sur l'Amérique : Retour sur le maccarthysme, Florin Aftalion, Jean-Claude Lattès, 2006. (ISBN 2709626349)
  • Pour en finir avec le maccarthysme, Jean-Paul Török, L'Harmattan, 1999. (ISBN 2738483496)
  • La chasse aux sorcières, Marie-France Toinet, La mémoire du siècle nº 32, Complexe, 1984
  • Histoire du XXe siècle, Bernstein et Milza

Compléments[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Défense de McCarthy
Critiques de McCarthy
  • Liens vers des livres
    • Richard H. Rovere, Senator Joe McCarthy (extrait)
    • Article extrait de From Seeds of Repression; Harry S. Truman and the Origins of McCarthyism par Athan Theoharis, Quadrangle Books, Chicago, 1971; McCarthy and McCarthyism in Wisconsin, Michael O'Brien, University of Missouri Press, Columbia and London, 1980; Blacklist: Hollywood on Trial, AMC, broadcast Feb 28, 1996
  • Publications académiques
    • Jesse Friedman, The Fight for America (un essai qui affirme que McCarthy est le plus « grand démagogue de l'histoire des États-Unis »)
  • Films :
    • Documentaire Les Derniers Jours du sénateur McCarthy de William Karel (2004)
    • Good Night and Good Luck de et avec George Clooney (2005)
    • Le Prête-nom (The Front) de Martin Ritt, avec Woody Allen (1976)