Norodom Sihanouk

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Dans ce nom khmer, le patronyme, Norodom, précède le prénom.
Norodom Sihanouk
នរោត្តម សីហនុ
Image illustrative de l'article Norodom Sihanouk
Titre
Roi du Cambodge[1]
(2e règne)

(&&&&&&&&&&&0413311 ans, 3 mois et 23 jours)
Premier ministre Hun Sen
Norodom Ranariddh
Ung Huot
Hun Sen
Prédécesseur Chea Sim
Successeur Norodom Sihamoni
Chef de l'État du Kampuchéa démocratique

(&&&&&&&&&&&&035111 mois et 15 jours)
Premier ministre Penn Nouth
Prédécesseur Sak Sutsakhan (Comité suprême, République khmère)
Successeur Khieu Samphân (Président du Praesidium)
Chef de l'État du Royaume du Cambodge

(&&&&&&&&&&&035589 ans, 8 mois et 28 jours)
Premier ministre Pho Proeung
Penn Nouth
Lui-même
Nhiek Tioulong
Chau Sen Cocsal Chum
Norodom Kanthoul
Lon Nol
Son Sann
Penn Nouth
Lon Nol
Prédécesseur Chuop Hell (régent)
Successeur Cheng Heng (intérim)
35e Premier ministre cambodgien

(&&&&&&&&&&&&&0882 mois et 26 jours)
Chef de l'État Lui-même
Prédécesseur Penn Nouth
Successeur Nhiek Tioulong
32e Premier ministre cambodgien

(&&&&&&&&&&&&02849 mois et 9 jours)
Monarque Sisowath Monireth (régent)
Sisowath Kosamak (régente)
Prédécesseur Sim Var
Successeur Pho Proeung
27e Premier ministre cambodgien
9 avril
(&&&&&&&&&&&&&0993 mois et 8 jours)
Monarque Norodom Suramarit
Prédécesseur Sam Yun
Successeur Sim Var
25e Premier ministre cambodgien
15 septembre
(&&&&&&&&&&&&&0301 mois et 0 jour)
Monarque Norodom Suramarit
Prédécesseur Khim Tit
Successeur Sam Yun
23e Premier ministre cambodgien
29 février
(&&&&&&&&&&&&&02425 jours)
Monarque Norodom Suramarit
Prédécesseur Oum Cheang Sun
Successeur Khim Tit
21e Premier ministre cambodgien

(&&&&&&&&&&&&&0943 mois et 2 jours)
Monarque Norodom Suramarit
Prédécesseur Leng Ngeth
Successeur Oum Cheang Sun
18e Premier ministre cambodgien
7
(&&&&&&&&&&&&&01111 jours)
Monarque Lui-même
Prédécesseur Chan Nak
Successeur Penn Nouth
15e Premier ministre cambodgien

(&&&&&&&&&&&&02227 mois et 8 jours)
Monarque Lui-même
Prédécesseur Huy Kanthoul
Successeur Penn Nouth
11e Premier ministre cambodgien
28 avril
(&&&&&&&&&&&&&0321 mois et 2 jours)
Monarque Lui-même
Prédécesseur Yem Sambaur
Successeur Sisowath Monipong
1er Premier ministre cambodgien
18 mars
(&&&&&&&&&&&&01484 mois et 25 jours)
Monarque Lui-même
Prédécesseur Poste créé
Successeur Son Ngoc Thanh
Roi du Cambodge
(1er règne)

(&&&&&&&&&&&0509013 ans, 11 mois et 7 jours)
Couronnement
Premier ministre Lui-même
Son Ngoc Thanh
Sisowath Monireth
Sisowath Youtevong
Sisowath Vatchayavong
Chean Vam
Penn Nouth
Yem Sambaur
Ieu Koeus
Yem Sambaur
Lui-même
Sisowath Monipong
Oum Cheang Sun
Huy Kanthoul
Lui-même
Penn Nouth
Chan Nak
Lui-même
Penn Nouth
Leng Ngeth
Prédécesseur Sisowath Monivong
Successeur Norodom Suramarit
Biographie
Dynastie Norodom
Nom de naissance Norodom Sihanouk
Date de naissance
Lieu de naissance Phnom Penh
Date de décès (à 89 ans)[2]
Lieu de décès Pékin (Chine)
Père Norodom Suramarit
Mère Sisowath Kosamak
Conjoint voir famille
Enfant(s) voir famille

Norodom Sihanouk Norodom Sihanouk
Monarques du Cambodge
Premiers ministres cambodgiens

Norodom Sihanouk (en khmer : នរោត្តម សីហនុ) (né le à Phnom Penh et mort le [2] à 2h du matin à Pékin (18h GMT le 14 octobre 2012)) est un monarque et homme d'État cambodgien. Il fut l'une des principales figures de la vie politique cambodgienne au XXe siècle, exerçant notamment une période de pouvoir personnel entre 1953 et 1970, sous les titres successifs de roi du Cambodge, puis de chef de l'État à vie, avant de redevenir roi dans les années 1990. Il fut également à plusieurs reprises Premier ministre, cumulant parfois cette charge avec ses fonctions de roi ou de chef de l'État. Il était aussi poète, compositeur, romancier, journaliste et cinéaste.

Le nom dynastique Norodom dérive du sanskrit Narottama : « le meilleur (uttama) des hommes (nara) », épithète de Vishnu. Le prénom Sihanouk est issu du pâli Sihahanu : « à la mâchoire (hanu, cf. Hanuman) de lion (siha) », qui est une épithète du Bouddha et le nom du grand-père paternel de celui-ci.

Il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la Francophonie, avec le Sénégalais Léopold Sedar Senghor et le Nigérien Hamani Diori.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Norodom Sihanouk suit des études secondaires au Lycée Chasseloup Laubat de Saïgon au Viêt Nam, le Cambodge n'ayant pas d'écoles secondaires.

Action politique[modifier | modifier le code]

Un roi jeune[modifier | modifier le code]

C'est le gouverneur général de l'Indochine, l'amiral Decoux qui lui annonce au début 1941 que la France nourrit des ambitions politiques pour sa personne et lui remet quelques mois plus tard la couronne d'or des souverains d'Angkor. Il a alors 18 ans. « J’ai appris la nouvelle en versant un torrent de larmes. Je suis trop jeune et je ne m’en sens pas capable », écrira-t-il plus tard dans ses mémoires Souvenirs doux et amers.

En soutenant l'accession de Norodom Sihanouk au trône, en 1941, la France aurait espéré qu'il serait aussi docile que l'empereur du Viêt Nam Bảo Đại.

Devenu Dieu Roi, il se fait appeler Samdedh'Euv (Monseigneur Papa) et exige que les paysans se prosternent à ses pieds, considérant que « c'est l'expression de l'unité du royaume ».

En mars 1945, l'Empire du Japon prend le contrôle de l'Indochine, détruisant l'administration coloniale française. Pressé par les Japonais, Norodom Sihanouk proclame l'indépendance du Cambodge, mais sans s'avancer dans la collaboration avec le Japon[3]. Toutefois, il est très vite mis sous la tutelle de Son Ngoc Thanh, dirigeant nationaliste jusque-là en exil à Tokyo qui, par sa francophobie, offrait de meilleures garanties de soutien aux autorités nipponnes. Son Ngoc Thanh, soutenu par les Japonais, s'auto-proclame chef du gouvernement dans la nuit du 8 au 9 août[3]. Cette première indépendance, toute relative, sera de courte durée et prendra fin en octobre de la même année, avec le retour des Français et l'emprisonnement en métropole de Son Ngoc Thanh.

Le monarque prend alors goût à la politique et dirige même pendant un mois le gouvernement en 1950.

Le « père » de l'indépendance[modifier | modifier le code]

Il reviendra à la tête du gouvernement en juin 1952 et se donnera trois ans pour obtenir une indépendance totale. Il va lancer sa « campagne royale pour l’indépendance ». En 1953, il vient en France, puis se rend au Canada et aux États-Unis, s’exile en Thaïlande pour faire pression sur Paris avant de rentrer triomphalement chez lui en novembre. Depuis le 17 octobre, le Royaume du Cambodge est pleinement souverain.

Dès lors, le pouvoir appartient à Sihanouk. Il lance un mouvement – il insiste pour qu'on ne l’appelle pas « parti » -, le Sangkum Reastr Niyum, la communauté socialiste populaire.

Sihanouk et Mao en 1956 (de gauche à droite : Mao Zedong, Peng Zhen, Sihanouk et Liu Shaoqi).

En mars 1955, Sihanouk accomplit un geste peu banal : il abandonne sa couronne au profit de son père, Norodom Suramarit pour pouvoir mieux se consacrer à la politique.

En avril 1955, il participe à la conférence de Bandung avec le président yougoslave Josip Broz Tito, le président égyptien Gamal Abdel Nasser, le président indonésien Soekarno et le Premier ministre indien Jawaharlal Nehru. Cette conférence a débouché sur la création en 1961 du Mouvement des pays non-alignés.

En 1960, à la mort de son père, il ne reprend pas sa place de roi. Il prend le titre de chef de l'État et laisse le trône vacant, l'institution monarchique étant incarnée dans la personne de la reine mère Kossamak.

Une politique étrangère équivoque[modifier | modifier le code]

Au début des années 1960, il se rapproche des pays de l'Est, le Cambodge accueillant alors plus de mille experts soviétiques. Il permet aussi à quarante mille soldats nord-vietnamiens et vietcong de s'installer dans son pays. De fait, sous couvert d'une neutralité officielle, il apporte son soutien au camp communiste, ce qui correspond à une déclaration de guerre contre les Américains. Plus tard, il expliquera qu'il avait fait cette alliance pour sauver sa monarchie et museler les communistes cambodgiens.

À la fin des années 1960, il entreprend un rapprochement avec les Chinois exprimant sa vénération pour Zhou Enlai et Mao Zedong, qui savait le flatter en lui disant que s'il était chinois, il serait l'empereur de Chine. Les Russes n'apprécient pas ce rapprochement qu'ils considèrent comme une trahison.

En août 1966, il reçoit à Phnom-Penh le général de Gaulle, président de la République française, qui y prononce un discours clairement hostile à l'intervention américaine au Viêt Nam.

Un chef d'État contesté[modifier | modifier le code]

Sa police continue à pourchasser les communistes khmers qu'il qualifie de « rouges » (il est l'origine de l'expression khmers rouges) et qu'il accuse de conspirer contre lui. En 1967, il déclare se moquer de la Constitution et des lois du royaume, et il fait exécuter sans jugement des centaines de Khmers.

Au Cambodge même, de nombreux scandales financiers touchent la famille royale et une partie de la population commence à se fatiguer de ses facéties et de ses caprices. Une opposition se fait jour et le , il se rend en France à Grasse, officiellement pour raison de santé.

Coup d'État et destitution[modifier | modifier le code]

Le , alors que Sihanouk est en visite en URSS, le général Lon Nol, chef du gouvernement, le renverse. Immédiatement, le roi part à Pékin pour fonder un gouvernement en exil, le Gouvernement royal d'union nationale du Kampuchéa, et se range du côté du Nord Viêt Nam espérant du gouvernement de Hanoï de l'aide militaire pour lutter contre le gouvernement dissident du Cambodge. Le , il devient président du Front uni national du Kampuchéa et en avril, à Canton, il est l'initiateur de la conférence au sommet des peuples indochinois regroupant le Premier ministre nord-vietnamien Pham Van Dong, le président du Front national de libération du Sud Viêt Nam Nguyen Huu Tho et le président Souphanouvong du Neo Lao Haksat.

La période du règne des khmers rouges[modifier | modifier le code]

Le  : l'Armée populaire de libération nationale du FUNC remporte la victoire militaire. Le Kampuchea démocratique est fondé et Norodom Sihanouk en devient le président. Cependant, en avril 1976, il démissionne et est détenu en résidence surveillée. En 1979, à la chute des Khmers rouges, il fuit le Cambodge avant l’invasion vietnamienne et trouve refuge en Corée du Nord.

Président en exil[modifier | modifier le code]

Article connexe : Conflit cambodgien (1978-1999).

En 1981, il crée le FUNCINPEC qui intègre en 1982 un gouvernement de coalition en exil mais reconnu par la communauté internationale, regroupant les différents partis politiques dont les Khmers rouges et le FLNPK (parti républicain de Son Sann). Le prince reste en exil à Pékin. Il se considère alors chef de la Résistance nationale du Cambodge (contre l'État du Cambodge) et président du Kampuchea démocratique, état qui en fait n'existe plus, mais est reconnu par la communauté internationale.

Le retour au pays et nouveau règne[modifier | modifier le code]

Le , Sihanouk quitte la présidence du Kampuchéa démocratique et de la R.N.C. pour se placer au-dessus des factions et partis politiques cambodgiens. Les 11 membres du Conseil national suprême du Cambodge l'élisent président.

Grâce aux accords de Paris sur le Cambodge de 1991, le pays se dote d'une nouvelle constitution, celle d'une monarchie constitutionnelle. Sihanouk retrouve en 1993 son titre de roi. Il abdique en octobre 2004, pour des raisons de santé. Il souffre d'un lymphome depuis 1993. Pour se soigner, il fait de longs séjours à Pyongyang (Corée du Nord) puis à Pékin.

Il laisse le trône à son avant-dernier fils, Norodom Sihamoni et prend alors le titre de Roi-Père. Ses activités de monarque, bien que réduites à quelques rares apparitions publiques, continuent au moins jusqu'en 2010. Il vit à Siem Reap ou à Phnom Penh quand il est au Cambodge, mais fait de longs séjours à Pékin pour se faire soigner. Il y est mort le 14 octobre 2012 selon l'Agence Chine Nouvelle.

Sa dépouille a été rapatriée au Cambodge, où, au terme de quatre jours de funérailles grandioses, elle a été incinérée le 4 février 2013. Un partie des cendres a été immergée dans le Tonlé Sap, en face du Palais royal.

Famille[modifier | modifier le code]

La dernière épouse, Paule-Monique Izzi.

Bouddhiste, considérant que « monogamie égale monotonie », Sihanouk a pratiqué la polygamie : Il a eu sept épouses et 14 enfants, dont 5 ont péri sous le régime des Khmers rouges.

Épouses et descendants 
  1. Neak Moneang Phat Kanhol (1920–1969 ; épousée en 1942, divorce)
  2. Sisowath Pongsanmoni (1929–1974 ; épousée en 1942, divorce en 1951)
    • Prince Norodom Yuvaneath (né en 1943)
    • Prince Norodom Racvivong Sihanouk (1944–1973)
    • Prince Norodom Chakrapong (né en 1945)
    • Princesse Norodom Sorya Roeungsay (1947–1976)
    • Princesse Norodom Kantha Bopha (1948–1952)
    • Prince Norodom Khemanourak Sihanouk (1949–1975)
    • Princesse Norodom Botum Bopha (1951–1976)
  3. Anak Munang Thach (épousée en 1943)
  4. Sisowath Monikessan (1929–1946 ; épousée en 1944)
    • Prince Norodom Naradipo (1946-1976 ; adopté, fils du prince Norodom Chantaraingsey)
  5. Devisa Naralakshmi (née en 1927 ; épousée en 1946 et plus formellement le 4 mars 1955)
  6. Mam Munivarni Barni Varman (1934–1975 ; épousée en 1949)
    • Princesse Norodom Socheatha Sujata (1953–1975)
    • Princesse Norodom Arunrasmy (née en 1955)
  7. Paule-Monique Izzi, dite Norodom Monineath Sihanouk, fille de Jean-François Izzi, Français d'origine corse, et de Pomme Peang de Phnom Penh (née le 18 juin 1936, épousée le 12 avril 1952 et plus formellement le 4 mars 1955)

Religion[modifier | modifier le code]

Au début de son règne, il s'occupe aussi beaucoup du Ballet royal.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Norodom Sihanouk : La CIA contre le Cambodge, éd. Maspero, 1974.
  • Norodom Sihanouk : Souvenirs doux et amers, éd. Hachette, 1981.
  • Norodom Sihanouk : Prisonnier des Khmers rouges, éd. Hachette, 1986.
  • Il est crédité de plusieurs films qu'il a dirigé et dans lesquels il a joué en tant qu'acteur. Son film de 1966 La Forêt Enchantée ("Robam Tepmonorom" en Khmer) a été présenté au 5e Festival International du Film de Moscou en 1967.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Chef de l'État du 14 juin au 24 septembre 1993
  2. a et b Décès de Norodhom Sihanouk, France-Info, 14 octobre 2012
  3. a et b Pierre Montagnon, La France coloniale, t.2 : retour à l'Hexagone, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990

Liens externes[modifier | modifier le code]

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1960-1970
Cheng Heng
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Sak Sutsakhan
(Président de la République khmère)
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1975-1976
Khieu Samphan
Précédé par Chef de l'État cambodgien
(Président du Conseil national suprême du Cambodge)
Suivi par
Chea Sim
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Norodom Sihanouk
1991-1993
Lui-même (roi)
Précédé par Roi du Cambodge Suivi par
Norodom Suramarit
Royal Arms of Cambodia.svg
Norodom Sihanouk
1993-2004
Norodom Sihamoni