Résistance intérieure française
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La résistance intérieure française, appelée en France la Résistance, désigne l'ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui durant la Seconde Guerre mondiale ont poursuivi la lutte contre l'Axe et ses relais collaborationnistes sur le territoire français depuis l'Armistice du 22 juin 1940 jusqu’à la Libération en 1944.
Cette lutte a consisté en des actions de renseignement, de sabotage ou des opérations militaires contre les troupes d'occupation (essentiellement allemandes) et aussi les forces du régime de Vichy. Mais elle englobe aussi des aspects plus civils et non-violents, ainsi l'existence d'une vaste presse clandestine, la diffusion de tracts, la production de faux papiers, l'organisation de grèves et de manifestations, la mise sur pied de multiples filières pour sauver les prisonniers de guerre évadés, les réfractaires au STO et les Juifs persécutés.
La Résistance a pu se manifester en ville comme à la campagne, surtout après la naissance des maquis au printemps 1943. L'armée des ombres a rassemblé des hommes de tous horizons, exposés tous à une terrifiante répression de la part du RSHA (dont fait partie la Gestapo), de l'Abwehr, de la Wehrmacht, ainsi que de la Milice française, ou encore de la police de l’État français[4].
Si la Résistance active et organisée n'a jamais rassemblé plus de 2 ou 3 % de la population française, elle n'aurait pu survivre ni se développer sans de multiples complicités populaires, en particulier à l'époque des maquis.
L'histoire de la Résistance intérieure, toute différente qu'elle soit de celle de la France libre, n'est pas dissociable de cette dernière. Le général de Gaulle, chef des Français libres, a ses agents en métropole occupée par le biais des réseaux du BCRA ou d'envoyés tels que Jean Moulin, Pierre Brossolette et Jacques Bingen. Ces derniers reçoivent la charge d'unifier la Résistance intérieure, sous l'égide de Londres puis d'Alger. La création du Conseil national de la Résistance par Jean Moulin, le 27 mai 1943, puis celle des Forces françaises de l'intérieur (FFI) par Jacques Bingen, le 1er février 1944, marquent les jalons essentiels d'un processus d'unification parfois difficile, mais sans équivalent dans le reste de l'Europe occupée.
Des formes de résistance ont également existé en Afrique du Nord ou dans le reste de l'Empire français, ainsi que dans les trois départements annexés.
[modifier] Les différentes façons de considérer la Résistance
Historien de l'engagement résistant, Olivier Wieviorka montre que la Résistance peut s'organiser selon une logique de guerre, à laquelle se rattachent les réseaux et la lutte armée, ou selon une logique d'occupation, à laquelle correspondent les mouvements et les formes civiles. Henri Michel, fondateur du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre mondiale, définissait quant à lui la Résistance comme « l'ensemble des combats menés au nom de la liberté de la patrie et de la dignité humaine » contre l'occupant et ses aides.
[modifier] France libre et Résistance intérieure
Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la « France libre » ou résistants de l'extérieur.
La résistance de l'intérieur concerne les hommes et les femmes qui agissent en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu'en novembre 1942. Ils se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l'Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l'occupant ou du gouvernement de Vichy.
À l'origine, en 1940, la France libre ne crée en métropole que des réseaux de renseignement, et les premiers contacts avec les mouvements de résistance intérieure ne sont établis que fin 1941. L'unification des deux résistances sous l'égide du général de Gaulle, opérée notamment par Jean Moulin en 1942-1943, doit ses difficultés à ce décalage initial.
C'est pour symboliser cette résistance commune de la « France captive » et de la « France libre » que cette dernière est renommée France combattante en juillet 1942[5].
[modifier] Le point de vue administratif
Avant que les historiens n'aient eu le temps de définir ce qu'il convenait d'englober sous le terme de « Résistance », il a fallu déterminer administrativement qui avait droit de s'en réclamer, c'est-à-dire de toucher la pension à laquelle elle donnait droit. C'était un point particulièrement important pour les veufs, veuves et orphelins des 60 000 déportés politiques qui n'étaient pas revenus des camps et des 30 000 fusillés entre 1940 et 1944.
Dès la fin de la guerre, 250 000 cartes de Combattants Volontaires de la Résistance sont distribuées aux candidats présentés par les 45 mouvements homologués de la Résistance française et les 270 réseaux de la France combattante - qui dépendaient directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de Londres. Selon cette définition administrative, les membres des réseaux du Special Operations Executive (SOE) ne sont pas comptabilisés puisqu'ils dépendaient d'une puissance étrangère, le Royaume-Uni. Certains mouvements ont été plus laxistes que d'autres pour donner leur agrément à des candidats douteux[6].
[modifier] Le point de vue militaire
L'historien peut vouloir estimer les différentes manifestations de la Résistance sous un angle strictement militaire. On se réfère souvent à l'appréciation d'Eisenhower qui évalue à l'équivalent de quinze divisions l'apport de la Résistance aux forces alliées[7]. Un auteur comme Philippe Masson[8] donne une estimation beaucoup plus basse, mais reste dans la même problématique : combien de divisions ? Dans une telle vision, les manifestations non directement militaires de la Résistance, par exemple, la production d'une presse clandestine, ne sont à prendre en compte que si elles sont de nature à drainer des forces vers une aide efficace aux forces alliées[9]. Par ailleurs, des actions comme le sauvetage des Juifs, qui font partiellement échec aux plans génocidaires nazis, n'entrent pas dans une logique militaire.
[modifier] Le point de vue politique
À l'inverse du point de vue militaire, l'historien peut avoir un point de vue strictement politique où les manifestations de Résistance sont considérées dans la mesure où elles changent la donne politique, notamment en donnant une légitimité à la France libre d'abord, et aux nouveaux pouvoirs qui émergent à la Libération.
La Résistance empêche ainsi toute vacance du pouvoir à la Libération, évite au pays toute guerre civile ou toute administration étrangère, restaure les libertés et constitue un remarquable vivier de renouvellement des élites politiques municipales et nationales. En 1946, les trois quarts des parlementaires sont d'anciens résistants. La Résistance est aussi à l'origine, par le programme du Conseil National de la Résistance (15 mars 1944), de la refondation du pacte social français, en engendrant les grandes réformes économiques et sociales de la Libération. Suivant ce point de vue, les actions militaires de la Résistance n'ont de la valeur que si elles ont une efficacité politique.
Mais nombre de réseaux voire de mouvements (telle l'ORA giraudiste) se refusent catégoriquement à « faire de la politique ». Inversement, beaucoup d'anciens résistants, bien au-delà des seuls rangs communistes, manifestent ultérieurement leur amertume de ne pas avoir pu changer la société et la vie politique aussi radicalement qu'ils le voulaient (Claude Bourdet, Henri Frenay).
En particulier, la Résistance a toujours été très divisée sur ce que doit être le sort des partis politiques après la guerre. Emmanuel d'Astier de la Vigerie (chef de Libération) et Henri Frenay (chef de Combat) ainsi que d'autres responsables de la résistance souhaitent que les mouvements remplacent les anciens partis disqualifiés, qu'un grand « parti de la Résistance » se forme et prenne en main la vie publique. Ils mettent en avant la faillite des partis en 1940 sinon sous la IIIe République finissante, et l'inexistence de la plupart d'entre eux en tant que tels dans la Résistance. Jean Moulin a dû mener un long bras de fer contre Pierre Brossolette ou Henri Frenay pour faire admettre les partis au Conseil National de la Résistance (juin 1943) : les Alliés ne pourraient pas en effet comprendre leur absence. Cette réintégration des partis et l'échec rapide de la Résistance à engendrer ses propres formations politiques après la guerre sont l'objet jusqu’à nos jours de longues polémiques, surtout au vu des déceptions nombreuses engendrées par la IVe République, taxée souvent de « régime des partis ».
Mais le poids considérable des communistes, des socialistes et des démocrates-chrétiens dans la Résistance ne pourrait empêcher le PCF, la SFIO et le MRP de jouer de toute façon un rôle-clé dans la France libérée. De surcroît, un mouvement de résistance n'a rien d'un parti politique. Il recrute par cooptation au hasard de multiples rencontres secrètes indépendantes les unes des autres, il rassemble de façon hétéroclite des hommes de toutes convictions et de tous horizons (même si l'on peut sommairement considérer que des mouvements sont plus à droite ou à gauche que d'autres), il est nécessairement dépourvu de fichiers d'adhérents ou de démocratie interne - il eût été suicidaire de réunir un Congrès et de faire élire des dirigeants !
Enfin, peut-on changer la vie politique en quatre années seulement, aussi intenses soient-elles ? Le socialisme, le radicalisme, le communisme, etc. existent alors depuis des décennies et veulent dire quelque chose pour la nette majorité des Français. Les résistants ne sont que 2 ou 3 % de la population, et leurs formations ne signifient pas grand chose en tant que telles aux électeurs.
Léon Blum, de sa prison, souligne aussi que les partis sont indispensables à la démocratie, et que toute tentative de les disqualifier et de les remplacer renverrait dans les ornières de l'antiparlementarisme et des tentations autoritaristes, qui ont déjà tant fait de dégâts dans les années 1930 puis sous Vichy.
Aussi, si les résistants ont eu une efficacité politique indéniable et, pour beaucoup, un brillant destin public après-guerre, la Résistance en tant que telle échoue bel et bien à se prolonger sous une forme politique[10].
[modifier] Motivations de l'engagement résistant
Composantes politique et militaire de la Résistance peuvent être parfois séparées. Il y a en fait deux aspects dans l'activité de la Résistance en France, pendant la Seconde Guerre mondiale :
- une réaction nationale contre l'occupation étrangère et de lutte militaire pour l'indépendance nationale, qui est la principale, ou l'une des principales motivations chez la majorité des résistants ;
- une lutte politique et morale contre le nazisme, contre la dictature, contre le racisme et la déportation, qu'il faut aussi prendre en compte si l'on veut pouvoir expliquer la présence d'Allemands dans la Résistance française et même d'un maquis d'antifascistes allemands entre 1942 et 1944, dans les Cévennes. Dans cette composante politique et morale, il faut aussi situer le Mouvement National contre le Racisme qui publie Fraternité et J’Accuse ou les réseaux de chrétiens à l'origine de Témoignage Chrétien. On peut aussi situer dans cette seule dimension politique la résistance trotskiste, ainsi que les unités espagnoles de guérilla dans le sud-ouest.
Ces deux réactions se combinent souvent, en particulier chez les militants socialistes, radicaux, au sein de la droite républicaine et chez la plupart des militants communistes.
[modifier] Les facteurs externes : Chronologie succincte
L'histoire de la résistance française est en partie déterminée par un certain nombre de facteurs externes découlant du contexte historique de la Seconde Guerre mondiale et de la France occupée. Il est important d'avoir en tête les dates de quelques évènements de première importance :
- 30 septembre 1938 : signature des accords de Munich.
- 23 août 1939 : signature du Pacte germano-soviétique.
- 3 septembre 1939 : suite à l'invasion de la Pologne, le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne.
- 17 juin 1940 : Le Maréchal Pétain appelle à cesser le combat et demande l'armistice.
- 18 juin 1940 : appel du général de Gaulle : les militaires et les spécialistes de l'armement sont invités à venir le rejoindre à Londres pour continuer le combat.
- 22 juin 1940 : signature à Rethondes de la convention d'armistice franco-allemande.
- 11 juillet 1940 : Philippe Pétain prend le titre de chef de l’État français.
- 24 octobre 1940 : Pétain et Hitler définissent à Montoire les principes d'une collaboration politique.
- 22 juin 1941 : la Wehrmacht attaque l'Union soviétique.
- 8 décembre 1941 : entrée en guerre des États-Unis, le lendemain de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor.
- 4 septembre 1942 : instauration du STO (Service du travail obligatoire, en Allemagne).
- 8 novembre 1942 : opération Torch débarquement américain en Afrique du Nord.
- 11 novembre 1942 : la Wehrmacht pénètre dans la Zone Libre.
- 30 janvier 1943 : création de la Milice française qui remplace formellement l'armée d'armistice, mais qui va se trouver en situation de réprimer la Résistance.
- 2 février 1943 : capitulation de l'armée allemande à Stalingrad.
- 16 février 1943 : deuxième loi sur le STO, apparition des premiers maquis.
- 6 juin 1944 : débarquement des Alliés en Normandie
- 15 août 1944 : débarquement franco-américain sur les côtes de Provence.
- 24 août 1944 : arrivée de la 2e DB à Paris.
- 23 novembre 1944 : Libération de Strasbourg par la 2e division blindée.
- 8 mai 1945 : Armistice dans la zone europe.
[modifier] Origines et mouvances de la Résistance
[modifier] Sociologie
Les résistants sont des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes voire très jeunes.
Le grand résistant Emmanuel d'Astier de la Vigerie, dans Le Chagrin et la Pitié, a voulu, non sans provocation, donner d'eux l'image rétrospective d'« inadaptés sociaux », en marge de la société. En réalité, même si on compte dans la Résistance d'authentiques personnages romanesques et bohêmes, tels d'Astier lui-même, les études concourent à montrer que la grande majorité des résistants sont mariés, ont un métier, une qualification et une vie de famille. On compte ainsi parmi eux des universitaires, des instituteurs, des journalistes, des ingénieurs, des hommes d'Église, des militaires, et des rejetons des classes moyennes et supérieures, tout autant que des ouvriers qualifiés, des boutiquiers ou des petits artisans. Contrairement à une idée reçue, seule une minorité vit à temps plein dans la clandestinité complète.
Toutes les couches sociales, toutes les sensibilités politiques, toutes les sensibilités philosophiques et religieuses sont représentées au sein de la Résistance. Les Juifs, les démocrates-chrétiens, les socialistes et les communistes sont toutefois les plus représentés.
Bien au-delà des seuls cercles de gauche, des catégories sont inversement blâmées dès l'Occupation pour leur sous-représentation dans la lutte clandestine, à commencer par les paysans, du moins jusqu’à la naissance des maquis en 1943, et surtout la bourgeoisie et le patronat. Le catholique François Mauriac écrit ainsi en 1943 que « seule la classe ouvrière [était] dans sa masse restée fidèle à la patrie meurtrie ». Toutefois, on ne peut assimiler la gauche ou le peuple à la Résistance ni la droite ou les classes supérieures à la collaboration. Si le patronat est fort peu représenté malgré de spectaculaires exceptions (Peugeot, Michelin), en revanche de nombreux éléments traditionnellement conservateurs comme les Églises, les militaires ou l'aristocratie paient un tribut significatif à la lutte.
Des étrangers ont combattu nombreux aux côtés des résistants français : antifascistes italiens, antinazis allemands et républicains espagnols[11] réfugiés en France ; immigrés polonais et arméniens ; Juifs apatrides. Français ou étrangers, les Juifs furent sur-représentés dans la Résistance, à tous les niveaux de responsabilité et dans toutes les formes du combat souterrain.
Malgré cette diversité, on peut tenter de constituer une typologie des mouvements de résistance et mettre en évidence pour chacune de ces mouvances une généalogie politique et idéologique.
Inévitablement se pose la question « Combien étaient-ils ? ». Sur l'ensemble de la Résistance française, François Marcot a tenté de donner une réponse tout en soulignant combien la question était délicate et nécessairement approximative[12], et il en vient à proposer le chiffre de 200 000 résistants pour le début de l'année 1944 et estime à 500 000 le nombre de personnes ayant eu une implication substantielle dans la Résistance.
Dans les maquis, la population est plus spécifiquement jeune et masculine. Dans le maquis de Bourgogne, par exemple, 90 % des maquisards sont des hommes jeunes et célibataires, typiquement dans la tranche d'âge 22-25 ans[13].
La population des mouvements de Résistance est surtout citadine. L'origine sociale des résistants sera spécifique à chaque mouvement : Ainsi, l'OCM regroupe essentiellement des hommes d'âge mûr, souvent cadres supérieurs du secteur privé et du secteur public. Défense de la France recrute plus spécifiquement des étudiants et des fonctionnaires. le Front national, créé par les communistes a une coloration nettement ouvrière à sa naissance, mais ensuite, perd en partie cette spécificité[14].
Les réseaux de renseignement recrutent plus spécialement dans certaines professions en rapport avec l'activité du réseau : officiers de l'armée, cheminots, représentants de commerce, qui voyagent beaucoup et boutiquiers qui peuvent servir de boîte à lettres. Par exemple, parmi les 600 agents du réseau Manipule on décompte 20 % de femmes, 50 % de moins de trente ans. La grande majorité des agents sont des citadins. 25 % sont ouvriers qualifiés ou cadres techniques, 25 % employés ou fonctionnaires subalternes. Le reste est composé d'étudiants, professions libérales ou militaires. 13 % ont fait la guerre de 14-18, 36 % seulement la guerre de 39-40 et le reste n'a pas d'état de service antérieur[15].
[modifier] Les femmes dans la Résistance
Moins nombreuses que les hommes, les femmes représentent 15 à 20 % des résistants et environ 15 % des déportés politiques.
Elles sont généralement cantonnées à des rôles subalternes. Lucie Aubrac, résistante emblématique, n'a en fait jamais eu de rôle défini dans la hiérarchie du mouvement Libération-Sud. Hélène Viannay, encore plus diplômée que son mari Philippe Viannay, le fondateur de Défense de la France, n'écrit jamais un seul article pour le journal clandestin du même nom, pas plus que les autres compagnes des chefs de DF, alors qu'elles assistent à toutes les réunions de rédaction. En revanche, Suzanne Buisson, cofondatrice du Comité d'action socialiste (CAS) en est la trésorière jusqu’à son arrestation. Une seule femme, Marie-Madeleine Fourcade, est chef de réseau (en faisant croire aux Britanniques que le vrai chef d'Alliance est un homme !). Aucune n'est chef d'un mouvement, d'un maquis ou d'un Comité de Libération, ni commissaire de la République ou ministre à la Libération.
Seule une minorité très restreinte prend part à la lutte armée. Alors que les femmes sont des figures typiques, redoutées et assez nombreuses dans les mouvements de partisans en Italie, en Grèce, en Yougoslavie et en URSS occupées, elles sont la portion congrue dans les maquis de France - peut-être - parce qu'elles ne sont pas soumises au STO et n'ont pas besoin de le fuir.
Les femmes organisent des manifestations de ménagères dès 1940, sont actives dans les comités populaires du PCF clandestin, omniprésentes dans les encouragements et l'aide matérielle aux grévistes (ainsi dans le Nord-Pas-de-Calais en mai 1941) ainsi qu'aux réfractaires des maquis[16]. Elles sont indispensables comme dactylos, et surtout comme agents de liaison - en partie parce que les Allemands se méfiaient moins des femmes, et que les innombrables contrôles d'identité dirigés contre les réfractaires au STO ne les concernent pas. Olivier Wieviorka souligne que la stratégie des mouvements était souvent, en fait, de mettre en avant les femmes parce qu'elles sont moins exposées à la répression: Vichy et les Allemands ne peuvent quand même pas tirer sur des ménagères réclamant à manger pour leurs enfants [citation nécessaire].
Si le CNR néglige de mentionner le vote des femmes dans son programme de renouveau en mars 1944, le général de Gaulle signe toutefois à Alger, le 21 avril 1944, l'ordonnance déclarant les femmes électeurs et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes : le rôle émancipateur des résistantes est ainsi reconnu.
Il faut aussi mentionner que d'innombrables combattants de l'ombre vivent toute la guerre en couple, et que leur résistance serait impossible et invivable sans la présence de leur compagne à leur côté : Cécile et Henri Rol-Tanguy, Raymond et Lucie Aubrac, Paulette et Maurice Kriegel-Valrimont, Hélène et Philippe Viannay, Marie-Hélène et Pierre Lefaucheux, Clara et Daniel Mayer, etc. forment des couples indissociables.
Nombreuses sont les résistantes qui se marient et qui ont des enfants en pleine clandestinité, sans interrompre pour autant leur combat. Certaines sauvent la vie à leur mari comme Lucie Aubrac ou Marie-Hélène Lefaucheux. D'autres partagent leur sort jusqu’à la torture, à la déportation et à la mort. Le célèbre convoi du 24 janvier 1943 emporte à Auschwitz des résistantes françaises (non-juives et en majorité communistes) parmi lesquelles de nombreuses veuves de fusillés, ainsi Maï Politzer, épouse de Georges Politzer, ou encore Hélène Solomon, fille du grand savant Paul Langevin et femme de l'écrivain Jacques Solomon.
[modifier] L'armée et l'administration
Les accords d'armistice ont limité les effectifs de l'armée du gouvernement de Vichy à 100 000, cantonnés exclusivement dans la zone non occupée. Parmi ces militaires, qu'ils fassent partie de cette armée d'armistice ou qu'ils aient été démobilisés, nombreux sont ceux qui souhaitent préparer la revanche contre les Allemands, sans pour autant vouloir rejoindre le général De Gaulle à Londres. Comme la grande majorité des Français, ils sont fidèles au nouveau chef de l'État, le maréchal Pétain.
Le capitaine Henri Frenay, qui a été versé au 2e bureau de l'armée d'armistice s'engage dés la fin de l'année 1940 dans la constitution en zone libre du mouvement Combat organisé selon les règles de la clandestinité et qui deviendra l'un des mouvements de résistance les plus importants.
En zone Nord, le colonel Touny fonde l'Organisation civile et militaire (OCM).
Le capitaine Paul Paillole, chef des services de contre-espionnage avant la défaite, continue à exercer ces fonctions dans l'armée d'armistice, mais il travaille en collaboration avec les Britanniques et continue de pourchasser les agents de l'Abwehr et du RSHA.
Une deuxième vague de militaires s'engagera dans la Résistance après l'invasion de la zone libre en novembre 1942 :
- sous l'autorité du général Frère, qui avait fait partie du tribunal qui avait condamné à mort De Gaulle, de très nombreux officiers et sous-officiers se regroupent à partir de fin 1942 dans l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) ; celle-ci se proclame « apolitique » (en fait, conservatrice) et se réfère au général Giraud.
- dans l’Organisation civile et militaire (OCM).
[modifier] Les réseaux du BCRA
En octobre 1941, au sein de la France libre de De Gaulle, se crée le Bureau central de renseignement et d’action militaire BCRA, dirigé par le colonel Passy et spécialisé dans les missions de renseignement ou de sabotage. Les réseaux du BCRA, créés et dirigés à Londres, se situent donc à la frontière entre la Résistance extérieure et la Résistance intérieure.
La Confrérie Notre-Dame, l'un des plus célèbres de ces réseaux est créée par le colonel Rémy en novembre 1940 lorsque les services secrets de la France libre ne s'appellent pas encore le BCRA. Honoré d'Estienne d'Orves, officier de marine qui avait constitué en zone occupée un réseau de vingt-six personnes, est arrêté en mai 1941 et fusillé le 29 août 1941. Lors de son voyage à Londres, en avril 1942, Christian Pineau se voit confier la mission de créer un nouveau de réseau de renseignement, Phalanx. En 1943, le Bureau central obtient des Mouvements unis de la Résistance la fusion de leurs réseaux de renseignement. Est ainsi créé le réseau Gallia, rattaché au BCRA, et spécialisé dans le renseignement militaire.
[modifier] Les services secrets britanniques et l'Office of Strategic Services
Après le rembarquement des troupes britanniques à Dunkerque et la défaite de l'armée française en juin 1940, Churchill a compris que ses troupes régulières ne reprendraient pas pied sur le continent avant longtemps et que seuls des agents infiltrés pourraient aiguillonner les troupes ennemies à travers l'Europe hitlérienne. Le 19 juillet, le Special operations executive, « bureau des opérations spéciales » est officiellement créé.
Au sein du SOE, la responsabilité de la section française ou section F est confiée en novembre 1941 à Maurice Buckmaster. Les réseaux du SOE en France sont également appelés « réseaux Buckmaster ». Les parachutages en France commencent en mai 1941, mais ce n'est qu'à partir de septembre 1942 qu'ils prennent de l'ampleur. Les agents parachutés recrutent de nombreux agents en France qui dépendent directement des Britanniques tout au long de la guerre. En effet, la section F concerne des réseaux non gaullistes, comme l'Organisation de résistance de l'armée. En revanche, la section RF coopère avec le BCRA, et la section AMF (d'Alger), après avoir brièvement collaboré avec les giraudistes, se met au service des gaullistes. La section F a suscité la colère du général de Gaulle, qui a demandé, en vain, sa suppression. De Gaulle ne supportait pas qu'il y eût des réseaux autonomes de la France libre[17].
Selon l'historien britannique Michael R. D. Foot, le SOE a envoyé en France 1 800 agents, dont 1 750 hommes et cinquante femmes, pendant la durée du conflit. Un sur quatre est arrêté, proportion élevée, mais inférieure à celle rencontrée dans d'autres pays : un sur deux aux Pays-Bas, un sur trois en Belgique. Les agents du SOE ont armé 250 000 résistants français, et se sont livrés à d'efficaces opérations de sabotage. Le général Eisenhower a estimé que le travail du SOE équivalait au renfort de cinq ou six divisions[18].
Le SOE n'est pas le seul service britannique à opérer sur le territoire français. Le MI6 (l’Intelligence Service) crée plusieurs réseaux en France et en soutient d’autres, notamment Alliance, Jade-Fitzroy et les officiers des Services de renseignement militaire de Vichy ayant choisi la Résistance. Par ailleurs collabore étroitement avec le BCRA. En particulier, Claude Dansey, Deputy Chief of the Secret Service, initie le colonel Passy au renseignement et entretient de bonnes relations avec lui pendant toute la guerre. Le MI6 s’occupe exclusivement de renseignement, l’action étant le monopole du SOE[19]. Enfin, le MI9, service chargé de l’évasion des soldats alliés, aide des filières comme Comète.
Créée en 1942, l'Office of Strategic Services déploie la plus grande partie de son activité en Europe et en Méditerranée, les services de renseignement militaire étant prépondérants dans la Campagnes du Pacifique, et le FBI se chargeant de l'Amérique latine. L'OSS a trois antennes : à Londres, à Genève et à Tanger. Si la première coopère avec le SOE, la politique de l'OSS diffère des services britanniques : les Américains préfèrent aider les réseaux non gaullistes, notamment ceux qui sont animés ou inspirés par le général Henri Giraud. L'OSS propose au Mouvements unis de la Résistance le triple du financement accordé par la France libre et la mise en place de réseaux de passage entre France et Suisse, en échange de la primeur des renseignements recueillis. Pierre Bénouville, alors responsable des Relations extérieures des MUR, accepte d'effectuer la liaison entre l'antenne suisse de l'OSS et des MUR d'une part, les MUR de la France occupée d'autre part. Robert Frank y voit une tentative de dissocier les MUR de la France libre ; Robert Belot y voit plutôt la conséquence logique d'un financement insuffisant, suivi par un refus manifesté par les services britanniques d'y suppléer. Jean Moulin s'oppose vivement à cet accord, mais, après sa mort, il est finalement appliqué[20].
L'agence américaine rencontre moins de difficultés avec le Rassemblement national des prisonniers de guerre de François Mitterrand et Maurice Pinot, financé par l'OSS grâce à l'entremise de Pierre Bénouville. Longtemps réservée à l'égard de Charles de Gaulle, l'OSS finit par noter dans ses rapports, à la mi-1944, qu'il est « considéré comme le seul dirigeant politique possible du moment
Le SOE et l'OSS créent en 1944 les « Jedburgh », groupes de trois hommes (un Français, un Anglais et un Américain) parachutés en uniforme après le débarquement en Normandie, puis celui de Provence, pour aider les maquis.
[modifier] La Résistance communiste
de gauche à droite : Benoit Frachon, Auguste Lecoeur, Jacques Duclos et Charles Tillon
Le Parti communiste a été dissout en septembre 1939, après la conclusion du pacte germano-soviétique ; depuis, l'appareil du parti survit dans la clandestinité.
Jusqu'en avril 1941, les communistes ne renvoient pas dos à dos les belligérants britanniques et allemands et prennent contact avec l'occupant, mais à partir de juin 1941, l'invasion de l'URSS par les Allemands jette les communistes français dans la lutte contre l'occupant. L'expérience de la clandestinité donne alors aux communistes une longueur d'avance sur les autres mouvements.
Les moyens militaires des communistes sont encore très faibles, en août 1941 lorsque Fabien commet le premier attentat symbolique contre un officier allemand, mais les communistes développent rapidement un mouvement de résistance armée, les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), dirigé par Charles Tillon. Ouvert aux non-communistes, les FTPF restent toujours sous contrôle communiste.
Il en est de même du Front national, mouvement de résistance politique, organisé par profession. Le plus gros maquis français, celui du Limousin est d'obédience communiste et dirigé par Georges Guingouin qui a formé ses premiers groupes de sa propre initiative. Par la suite, faisant passer les règles de cloisonnement inhérentes à la clandestinité avant la discipline de parti, Guingouin conserve toujours une grande indépendance vis-à-vis des structures de son parti.
Des communistes sont également présents dans des mouvements de résistance non communistes. Ce sont souvent des militants qui n'occupaient pas, avant-guerre, une place centrale dans l'appareil du parti et qui, privés de contact avec le parti clandestin, ont eu l'opportunité de rallier un autre mouvement. Le parti les a ensuite encouragés à rester dans ces organisations. Par exemple, Jean-Pierre Vernant, universitaire qui termine la guerre comme responsable Forces françaises de l'intérieur (FFI) de 9 départements du Sud-Ouest a désavoué le pacte germano-soviétique et avait rejoint le mouvement Libération.
[modifier] La Résistance socialiste
Nombreux dans la Résistance, les socialistes sont moins visibles en tant que tels car, contrairement aux communistes, ils lient rarement la reconstitution du parti et l'adhésion à des mouvements de résistance. La résistance socialiste est plus dispersée, en grande partie parce que la SFIO elle-même était incomparablement moins centralisée que le PCF, reposant bien davantage sur les élus et cadres locaux.
À la fin de l'été 1940, Daniel Mayer est chargé par Léon Blum de reconstituer la SFIO, mise en sommeil par Paul Faure. En mars 1941, Daniel Mayer crée, avec d'autres militants socialistes comme Suzanne Buisson et Félix Gouin, le Comité d'action socialiste (CAS), à Nîmes. Un CAS avait été créé par Jean-Baptiste Lebas pour le Nord-Pas-de-Calais (administrativement rattaché à la Belgique) en janvier 1941, et un autre, fondé en septembre 1940, couvre la zone nord. En 1942, Le Populaire, organe de la SFIO de 1921 à 1940, reparaît dans la clandestinité. La même année, André Philip devient commissaire national à l'Intérieur de la France libre, et Félix Gouin rejoint Charles de Gaulle à Londres pour représenter les socialistes. Suite au procès de Riom, l'ardeur et le nombre des résistants socialistes s'accroissent. Le CAS-sud devient la SFIO clandestine en mars 1943. Les CAS fusionnent en juin. Issu de la SFIO, Pierre Brossolette est en contact avec le CAS-sud, puis la SFIO clandestine, parallèlement à ses activités à la Confrérie Notre-Dame.
Les militants socialistes sont hégémoniques à Libération Nord, dans les réseaux de renseignements issus de ce mouvement (Phalanx, Cohors-Asturies) et dans le réseau Brutus de Gaston Defferre, qui sont les principaux relais de la SFIO clandestine auprès de la France libre et de la Résistance intérieure. L'Organisation civile et militaire, glisse de la droite vers le socialisme tout au long de la guerre, suite à la participation croissante de socialistes (comme Jacques Piette et Guy Mollet), et aux arrestations de membres fondateurs. Par contre, l'engagement de plus en plus important des socialistes à Libération-Sud, où ils représentent presque la moitié des adhérents, se traduit par une influence politique moindre.
Plusieurs parlementaires de la SFIO jouent un rôle important dans la Résistance, notamment Jean Biondi, Jean Bouhey, Édouard Froment, Lucien Hussel, Jules Moch, Jean Pierre-Bloch et Tanguy Prigent. François Camel et Marx Dormoy sont assassinés ; Jean-Baptiste Lebas, Isidore Thivrier, Claude Jordery et Augustin Malroux meurent en déportation. Parmi les résistants socialistes, se trouvent également des hommes d'appareil, comme Amédée Dunois, rédacteur du Populaire clandestin, mort à Bergen-Belsen.
[modifier] La droite dure, l'extrême droite et les vichysto-résistants
D'une façon générale, les gens inclinés à s'engager pour une cause, c'est-à-dire les militants, sont particulièrement bien représentés dans la Résistance.
Avant-guerre, on désigne sous le terme d'extrême-droite les Ligues, comme l'Action Française, d'inspiration monarchiste, antisémite et xénophobe, ou encore Solidarité Française et les Jeunesses Patriotes. La Ligue la plus importante n'est autre que les Croix-de-feu du colonel de La Rocque, la seule aussi à refuser l'antisémitisme, bien plus modérée, et surtout formée d'anciens combattants. Les Ligues se caractérisent par leur antiparlementarisme, qui les pousse à l'action de rue, par exemple lors des émeutes du 6 février 1934, à laquelle La Roque refuse toutefois de se joindre. Plus tard encore, La Cagoule, une organisation paramilitaire et activiste, cultive plutôt l'action séditieuse clandestine et complote contre la République jusqu’à son démantèlement en 1937.
À l'instar de Charles Maurras, fondateur de l'Action française pour qui la chute de la République est une « divine surprise », ces milieux d'extrême-droite accueillent très favorablement le Régime de Vichy. Mais leur nationalisme pousse également certains de ses membres à s'engager dans la lutte contre l'occupant, en même temps que d'autres s'engagent dans des mouvements collaborationnistes ou peuplent l'entourage de Pétain à Vichy.
Ainsi, le colonel de La Rocque fonde le réseau Klan, lié au réseau Alibi lui-même lié à l'Intelligence service britannique. Georges Loustaunau-Lacau et Marie-Madeleine Fourcade, d'anciens Cagoulards, fondent le réseau Alliance, tandis que le colonel Groussard, issu des services secrets de Vichy, fonde le « réseau Gilbert ». Certains membres de l'Action française s'engagent dans la Résistance pour les mêmes raisons, comme Daniel Cordier, devenu le secrétaire de Jean Moulin, ou comme le colonel Rémy, fondateur de la Confrérie Notre-Dame, un des plus célèbres chefs de réseaux de renseignements. Il faut citer encore Pierre Bénouville qui devient l'un des dirigeants de Combat, aux côtés d'Henri Frenay, ou Jacques Renouvin qui fonde les groupes-francs du mouvement.
Parfois, le contact clandestin avec d'autres milieux et d'autres philosophies politiques fait changer certains de ces hommes. Beaucoup renoncent progressivement à leurs préjugés antisémites ou à leur haine de la « démocrassouille », ou tout simplement à leurs opinions traditionnalistes et conservatrices. Bénouville et Marie-Madeleine Fourcade deviennent députés gaullistes après la guerre, François Mitterrand passe à gauche, Henri Frenay évolue vers un socialisme humaniste et européen, le jeune Daniel Cordier, dont la famille est maurassienne depuis trois générations, abandonne ses opinions après avoir connu le républicain Jean Moulin.
Jean-Pierre Azéma a forgé le terme vichysto-résistant pour qualifier ceux qui, après avoir cru dans le régime de Vichy (plus souvent dans la personne même de Pétain que dans la Révolution nationale), s'en sont détachés « sans esprit de retour » et ont rejoint la Résistance. Cette catégorie ne recouvre pas exactement la droite dure et l'extrême droite. L'ancien cagoulard Claude Hettier de Boislambert rejoint de Gaulle dès l'été 1940, Maurice Ripoche (fondateur de Ceux de la Libération) défend, initialement, un régime très semblable à Vichy, mais, plaçant la libération du territoire au-dessus de tout, n'entre pas dans l'administration pétainiste, et ouvre dès 1941 le mouvement à des hommes de gauche. À l'inverse, tous les résistants passés par Vichy ne renient pas leurs idées, comme Gabriel Jeantet ou Jacques Le Roy Ladurie.
Les vichysto-résistants rejoignent la lutte contre l'occupant :
- Dès 1940/41 pour Pierre Bénouville et Henri Frenay, et rompent ensuite, à partir de 1942 notamment, avec les principes de Vichy.
- Après le retour de Pierre Laval au pouvoir, en avril 1942, ou l'invasion de la zone libre, en novembre de la même année, comme les fondateurs de l'ORA ou François Mitterrand.
- Après la création de la Milice, en janvier 1943, et la défaite de Stalingrad, le mois suivant, comme François Valentin.
Outre les noms déjà cités, peuvent être mentionnés, parmi les vichysto-résistants, Maurice Clavel, Maurice Couve de Murville, Michel Debré et Alexandre Sanguinetti.
[modifier] Les antifascistes
À l'opposé de l'extrême droite sur l'échiquier politique, les antifascistes, nombreux chez les universitaires, ont un rôle important dans la fondation du mouvement Libération : Emmanuel d'Astier de la Vigerie, principal dirigeant du mouvement est journaliste. Jean Cavaillès, philosophe et mathématicien de l'université de Strasbourg, rencontre d'Astier et Lucie Aubrac à Clermont-Ferrand où l'université s'est repliée.
Les intellectuels antifascistes sont nombreux également, autour de Jean Cassou et Boris Vildé dans ce qu'on a appelé le réseau du musée de l'Homme, dont le premier bulletin Résistance est diffusé dès décembre 1940. C'est dans cette mouvance que l'on peut classer des franc-maçons comme Pierre Brossolette et François Verdier.
[modifier] Les chrétiens
Dans la France de 1940, la majorité de la population est encore catholique. On retrouve donc des chrétiens, sans motivation religieuse exprimée, dans presque toutes les catégories citées comme courant de la Résistance. Mais tandis que d'un côté, l'épiscopat, le clergé et la majorité des milieux catholiques représentent un des meilleurs soutiens au maréchal Pétain[21], d'un autre côté, certaines mouvances de la Résistance sont motivées par un fort ancrage catholique, comme par exemple Liberté, fondée par François de Menthon qui sera l'une des composantes du mouvement Combat, ou les Cahiers du Témoignage Chrétien fondés par le père Pierre Chaillet. Ces militants considèrent que leur foi chrétienne leur impose d'agir aux côtés de la Résistance. Les mouvements chrétiens voient se regrouper des catholiques et des protestants et contribuent à renforcer les tendances à l'œcuménisme.
[modifier] Les Juifs
Comme il est dit plus haut et de par le sort que leur promettaient les Allemands, les Juifs furent sur-représentés à tous les niveaux de la Résistance. Aussi beaucoup d'entre eux se battirent-ils au sein des organisations et réseaux non-juifs. Toutefois, les spécificités de la menace qui planait sur tous les Juifs ont incité certains d'entre eux à se regrouper pour secourir les internés dans les camps français (Beaune-la-Rolande, le camp des Milles, etc.), favoriser les filières d'évasion, la confection de faux papiers et lutter pour la libération. Les premiers réseaux clandestins se sont formés autour des Eclaireurs Israélites de France dès 1941 avec Robert Gamzon[22] dit Castor et de l'Œuvre de secours aux enfants (OSE) avec le docteur Joseph Weill[23] et Georges Loinger[24]. Une résistance militaire s'organise aussi avec Jacques Lazarus[25] autour de l'Armée juive (qui deviendra à la Libération l'Organisation Juive de Combat ou OJC) qui prend le maquis dans la Montagne Noire près de Castres[26]. L'OJC participe au combat de la Libération notamment à Castres et au Puy-en-Velay et sera intégrée aux FFI. Un de ses dirigeants, Maurice Loebenberg dit Maurice Cachoud[27], responsable de la confection des faux-papiers dans la région de Nice est appelé par le MLN à Paris pour y centraliser le service des faux papiers. À la suite d'une trahison menée par Karl Rebhein celui-là même qui sera aussi responsable du massacre des jeunes résistants fusillés à la cascade du bois de Boulogne, il y est arrêté par la Gestapo française et torturé à mort en juillet 1944. Des membres de l'OJC seront encore parmi les dernières victimes d'Alois Brunner qui les fait déporter le 17 août 1944 de Drancy. Ce sera le « dernier wagon » [28] ou encore le convoi des 51 otages. 27 prisonniers de ce dernier transport, dont Jacques Lazarus, parviendront à s'évader en sautant du train.
- voir aussi le paragraphe Réseaux de Juifs étrangers ci-dessous.
[modifier] Les étrangers
[modifier] Réseaux de Juifs étrangers
Beaucoup de réfugiés politiques étrangers n'ont guère le choix : l'internement administratif promis aux étrangers, ou la Résistance. Lorsqu'ils sont communistes, ils forment ce qu'on appelle des unités des FTP M.O.I (Francs Tireurs Partisans de la Main d'œuvre Immigrée). Le groupe FTP MOI de Joseph Epstein et Missak Manouchian qui pratique la guérilla urbaine dans la région parisienne et sera rendu célèbre par l'affiche rouge, placardée sur les murs en janvier 1944, comprend un grand nombre de Juifs d'Europe centrale.
Plusieurs Juifs étrangers se joignent aux réseaux de sauvetage de leurs coreligionnaires, comme Marianne Cohn.
[modifier] Les Espagnols rouges et noirs
Dans les maquis du Sud-Ouest, on trouve un grand nombre de républicains espagnols, communistes ou anarchistes ; on y trouve aussi le bataillon Gernika, composé de réfugiés basques ressortissants espagnols. En Bretagne, des républicains espagnols sont également actifs, comme Roque Carrion et ses camarades.
[modifier] Des Italiens antifascistes
Le 6 septembre 1941, des représentants du Parti communiste et du Parti socialiste d'Italie, réfugiés en France, signent l'« appel de Toulouse », puis le « pacte de Lyon », le 3 mars 1943, qui scellent l'unité d'action dans la Résistance. Les Italiens, particulièrement nombreux en Moselle industrielle, jouèrent un rôle déterminant, comme les Polonais d'ailleurs, dans la constitution du « Groupe Mario » (pseudonyme de l'instituteur Jean Burger qui en était le fondateur), principale organisation de résistance dans ce département qui était alors annexé au Reich hitlérien[29].
[modifier] Des Allemands dans la Résistance, en France
Communistes et antifascistes allemands et autrichiens participent également à la Résistance, notamment dans l'organisation Travail allemand.
Un maquis d'antifascistes allemands (principalement communistes) lutte, en Haute Lozère et dans les Cévennes (maquis de Bonnecombe et de Marjevols, puis maquis Montaigne), aux côtés de la Résistance française, à partir du printemps 1943. Il se constitue autour d'une quarantaine d'anciens des Brigades internationales. D'abord employés dans les G.T.E. (Groupes de Travailleurs Etrangers), ils sont ensuite menacés ensuite par l'occupation de la zone Sud et prennent le maquis. Il est dirigé par Otto Kühne (nom de résistant Robert), ancien député au Reichstag, qui aura, en juillet 1944, plus de deux mille FTP sous ses ordres. Il livra bataille directement contre les forces nazies, comme lors des combats du 7 et 8 avril 1944, à Saint-Étienne-Vallée-Française (Lozère), où ils anéantissent une patrouille de la Feldgendarmerie ou dans une embuscade contre les Waffen SS, le 5 juin 1944, à La Rivière (Lozère).
[modifier] Les syndicalistes
Le 9 novembre 1940, Le gouvernement de Vichy dissout les organisations syndicales ouvrières et patronales. La CGT et la CFTC n'existent plus officiellement. René Belin, Secrétaire à la Production Industrielle et du Travail du gouvernement du Maréchal Pétain, instaure un système de syndicat unique basé sur le corporatisme. Ancien membre du bureau confédéral de la CGT, il en a démissionné le 9 mai 1940 pour se rallier, le 14 juillet, au régime de Vichy, en acceptant un poste gouvernemental.
Dès le 15 novembre, des trois dirigeants syndicalistes de la CFTC et neuf de la CGT signent le Manifeste des Douze[30] qui est un texte de défiance vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Evitant à la fois toute allégeance au régime de Vichy et à toute opposition catégorique, l'esprit du document est marqué par le souci de préserver l'indépendance du syndicalisme (« Le syndicalisme ne peut pas prétendre absorber l'État. Il ne doit pas non plus être absorbé par lui »). D'autre part, le document (et sur ce point il s'oppose frontalement à l'idéologie de Vichy) rejette avec force toute conception raciste : « En aucun cas, sous aucun prétexte et sous aucune forme, le syndicalisme français ne peut admettre entre les personnes de distinctions fondées sur la Race, la Religion, la Naissance, les Opinions ou l'Argent ».
En novembre 1940, Louis Saillant, Christian Pineau et Albert Gazier, tous trois membres du bureau confédéral de l'ex-CGT participent à la fondation du mouvement de Résistance Libération-Nord.
De leur coté, Benoit Frachon, André Tollet, Eugène Hénaff et quelques autres dirigeants exclus de l'ex-CGT en septembre 1939, pour avoir refusé de condamner le Pacte germano Soviétique, et qui avaient échappé aux recherches de la police française, reprennent, dans des conditions aggravées, le travail clandestin déjà amorcé dans la « drôle de guerre ». Ils vont assurer la publication et la diffusion régulière d'une presse syndicale clandestine, la Vie Ouvrière principalement : 338 numéros clandestins de ce journal paraîtront pendant la durée de l'occupation. Sous leur impulsion, dès la fin de l'été 1940, ont lieu des manifestations de chômeurs devant les Mairies de la région parisienne. Bientôt des grèves pour les salaires éclateront dans certaines entreprises.
La réaction de l'occupant et de ses séides français ne tarde pas. Le 5 octobre 1940, 63 anciens responsables de grands syndicats et de fédérations sont arrêtés, parmi lesquels la plupart de ceux qui seront fusillés à Chateaubriant un an plus tard. Quelques jours après, Jean-Pierre Timbaud, dirigeant de la métallurgie parisienne est pris à son tour.
À partir du 17 mai 1941, des pourparlers sont engagés entre les syndicalistes de l'ancienne CGT et ceux de l'ancienne CGTU. Ils ont lieu à Paris. Les deux tendances entament un processus de rapprochement. Celui-ci se confirme le 22 septembre 1942 avec la rencontre à Cahors entre Léon Jouhaux, en présence de Louis Saillant, pour les ex-confédérés, et Pierre Semard, secrétaire de l'ancienne Fédération des Cheminots et militant communiste. À la suite de cet entretien, Georges Buisson est dépêché à Londres, pour y représenter la CGT auprès du Comité français de Libération nationale présidé par le Général De Gaulle. Vichy ne se trompe pas sur le danger que représente pour lui ce rapprochement. Le 26 septembre 1942, il fait arrêter Léon Jouhaux, ainsi que Vivier-Merle, secrétaire de l'U.D. du Rhône, et tente de mettre la main sur Perrier, secrétaire de l'UD du Puys de Dôme. Mais ces arrestations n'interrompent pas les pourparlers, si bien que le 17 avril 1943 les Accords du Perreux, signés par Robert Bothereau et Louis Saillant pour les ex-confédérés, et Henri Raynaud et André Tollet pour les unitaires, réunifient la CGT.
D'une façon générale, les syndicalistes sont souvent bien placés pour créer des réseaux de renseignement ou de sabotage dans les nombreuses usines qui travaillent pour l'armement allemand. Les réseaux relationnels constitués d'anciens syndicalistes peuvent également servir à drainer un certain nombre de militants vers les mouvements de résistance. Gaston Cusin réactive ses réseaux de douaniers qu'il a déjà mis en œuvre pour faire de la contrebande en faveur des républicains, du temps de la guerre d'Espagne. Il va réussir à détourner de l'or de la Banque de France au profit de la France libre[31]. Il retrouve Christian Pineau à Libération Nord.
[modifier] Des formes de résistances à contre-courant de l'union nationale
Certains groupes sociaux ou politiques, parce qu'ils étaient très minoritaires dans le pays ont eu une influe