Invasion turque de Chypre

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Invasion turque de Chypre
Les avancées des troupes turques en 1974
Les avancées des troupes turques en 1974
Informations générales
Date juillet-août 1974
Lieu île de Chypre
Issue Victoire turque, proclamation de l'État fédéré turc de Chypre.
Changements territoriaux Partition de Chypre
Belligérants
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau de la Turquie Chypriotes turcs
Drapeau de Chypre Chypre
Drapeau de la Grèce Grèce
Commandants
Drapeau de la Turquie Nurettin Ersin
Drapeau de la Turquie Bedrettin Demirel
Drapeau de la Turquie Osman Fazıl Polat
Drapeau de la Turquie Süleyman Tuncer
Drapeau de la Turquie Sabri Demirbağ
Drapeau de la Turquie Sabri Evren
Drapeau de Chypre Michael Georgitsis
Drapeau de Chypre George Karayannis
Drapeau de Chypre Konstantinos Kombokis
Drapeau de la Grèce Nikolaos Nikolaides
Forces en présence
40 000 soldats turcs
20 000 combattants chypriotes turcs
5 000 soldats chypriotes
2 000 soldats grecs
Pertes
498 soldats tués
1 200 blessés
20 aéronefs détruits
1 destroyer coulé
340 combattants tués
1 000 blessés
Drapeau de Chypre 309 tués
1 141 blessés
909 disparus
Drapeau de la Grèce 88 tués
148 blessés
83 disparus
Invasion turque de Chypre

L’invasion turque de Chypre, également connue sous le nom de code opération Attila ou opération paix pour Chypre (en turc : Atilla Harekâtı ou Kıbrıs Barış Harekâtı) est l'offensive militaire de l'armée turque lancée le 20 juillet 1974 et qui conduisit à l'occupation de 38 % du territoire chypriote par la Turquie.

Prémices[modifier | modifier le code]

Chypre devient une république indépendante en 1960, ainsi que membre de l’ONU et du Commonwealth. Le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce deviennent les États garants de l'équilibre constitutionnel. Le traité de garantie accorde, en particulier, un droit d'intervention militaire, sous certaines conditions, aux trois puissances garantes, pour rétablir l'ordre constitutionnel si celui-ci venait à être modifié.

À la suite de la dictature des colonels qui se met en place en Grèce, de nombreux opposants politiques se réfugient à Chypre. Le 15 juillet 1974 la garde nationale dirigée par des officiers grecs lance une tentative de coup d'État de 1974 à Chypre|coup d’État contre le président chypriote]], l'archevêque Makarios, avec l'aide du groupe armé de l'EOKA B (qui souhaitait réaliser l'Enosis, c'est-à-dire l'unification de Chypre à la Grèce). Le 20 juillet, la Turquie intervient militairement prétextant la protection des intérêts de la communauté turque de l'île et le rétablissement de l'ordre constitutionnel tel qu'il résulte du traité de garantie de 1960.

L'opération Atilla[modifier | modifier le code]

Les zones de peuplement en 1970 et en 1998, d'après Marie-Pierre Richarte, La partition de Chypre: étude géopolitique, Univ. Paris IV, 1998.

Le 20 juillet 1974, à h 45, l'opération appelée Atilla I est lancée, le gouvernement turc commence à déployer des troupes terrestres à bord de péniches de débarquement, ainsi que des parachutistes aéroportés à bord d'avions de transport C-130 entre Kyrenia et Nicosie[1].

À h 30, le premier ministre turc Bülent Ecevit annonce à la radio la décision de son gouvernement :

« L'intervention turque à Chypre a été faite en réponse au coup d'État qui a avait été commis quatre jours plus tôt contre le président chypriote, l'archevêque Makarios. »[Note 1] Cette opération est lancée conformément aux dispositions imposées par le traité de garantie et signé par le Royaume-Uni, la Turquie et la Grèce le 16 août 1960.

Au total, ce sont 40 000 soldats turcs et 20 000 miliciens chypriotes turcs qui affrontent 12 000 Chypriotes grecs.

Le 22 juillet 1974, une flottille de trois destroyers de marine turque est attaqué par erreur par l’aviation turque la prenant pour une force grecque. Le TCG Kocatepe (D 354) de la classe Gearing est coulé et les deux gravement endommagés[2].

Le 23 juillet 1974, un cessez-le-feu est signé et l'Armée turque occupe 3 % de l'île.

Du 13 au 16 août, une deuxième opération appelée Atilla II est lancée par l'Armée turque sur Lefke et Famagouste, afin d'assurer le contrôle sur la frontière entre les deux communautés, les forces pro-turques contrôlent 38 % de l'île.

Négociations et maintien de la paix[modifier | modifier le code]

Les forces de l'UNFICYP, agissant sous mandat de l'ONU, ont été mises en place, dès 1964, pour prévenir toute poussée de violence entre les deux communautés. En 1974, suite aux opérations militaires turques, une « ligne verte », constituant une zone démilitarisée et une barrière physique entre les deux entités sépara l'île de Chypre, et sa capitale Nicosie[3].

Fin des combats et conséquences immédiates[modifier | modifier le code]

Les forces armées turques ne rencontrèrent qu'une résistance dispersée et désorganisée des forces chypriotes grecques et de l'EOKA-B, elles prirent le contrôle du couloir entre Nicosie et Kyrenia[1]. Près de 210 000[4] réfugiés grecs sont déplacés vers le sud, dans des camps construits dans l'urgence, par le Service spécial pour les soins et la réadaptation des personnes déplacées chypriote[5].

En réponse à l'offensive de la Turquie, le gouvernement grec du général Dimitrios Ioannidis annonça que la Grèce préparait la mobilisation générale de ses forces armées en accord avec son statut de garant de l'équilibre constitutionnel et le droit des trois nations à une intervention militaire sur l'île.

À la suite du coup d'État de 1974 à Chypre, l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord demande le retrait des officiers grecs le 17 juillet. La Grèce quitte les structures militaires de l'alliance du 14 août 1974 car elle n'a pas empêché l'invasion turque, elle réintègre ceux-ci le 20 octobre 1980[6] après la levée du véto turc.

Situation actuelle[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Chypre du Nord et Réunification de Chypre.
Camp argentin des forces de l'ONU.

L'ONU a proposé en 2004 le plan Annan, du nom de l'ancien secrétaire des Nations unies, Kofi Annan. Ce plan proposait de réunifier les deux États chypriotes au sein d'une même République chypriote unie fonctionnant sur la base d'un système fédéral où les deux communautés seraient représentées[7]. Le plan Annan, intervenant après trente ans de négociations infructueuses, propose d’instaurer un État confédéral, chaque État confédéré devant permettre l’installation (ou le retour) de 33 % au plus de résidents de l’autre communauté sur son sol. Il fut soumis à référendum. Bien que le nombre de Turcs soit insuffisant pour atteindre ce taux au Sud, alors que le nombre de Grecs est largement suffisant pour l’atteindre au Nord, ce plan fut accepté à plus de 65 % par les habitants du Nord de l’île, mais rejeté à 70 % par ceux du Sud : en effet, pour les Grecs ayant été chassés du Nord, la limitation à 33 % était inacceptable, étant donné qu’ils étaient environ 79 % des habitants du nord avant 1974 ; pour les Turcs en revanche, cela revenait à sauvegarder l’essentiel de leurs acquis tout en revenant dans la légalité internationale et en échappant à l’embargo et à la dépendance vis-à-vis d'Ankara. Au cours de ce référendum d’ailleurs, pour la première fois, des manifestations massives, rassemblant jusqu'à 50 000 personnes, ont eu lieu dans la partie occupée de Chypre, au cours desquelles la communauté chypriote turque a contesté ouvertement la politique sous tutelle d’Ankara du « président » Rauf Denktash, exigé sa démission, et exprimé son souhait de rattachement à la partie sud[8].

Suite à une série de négociations entre mai et septembre 2008, les dirigeants chypriotes grecs et turcs se sont engagés sous l'égide des Nations unies à résoudre point par point les problèmes liés à la spécificité chypriote. S'engageant à suivre les paramètres établis par les Nations unies[9], Dimitris Christofias et Mehmet Ali Talat ont mis conjointement en place six groupes de travail et sept comités techniques portant sur des questions spécifiques[Note 2].

Les dirigeants chypriotes grec et turc ont rencontré le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, le 18 novembre 2010 à New York, où ils ont étudié divers points dans une réunion tripartite ; notamment sur la question des propriétés foncières et l’ouverture de nouveaux points de passages dans la ligne verte[10]. Ces négociations viseraient à terme la réunification de Chypre, sous un système fédéral bicommunautaire où chypriotes grecs et turcs seraient égaux en droit et en pouvoir[Note 3], ; comme envisagée dans le plan Annan, la résolution des différends aboutirait à une théorique République chypriote unie ou entité supra communautaire, basée sur le modèle de la Suisse, où les deux parties auraient une réelle autonomie et une représentation politique paritaire[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
  1. « Les forces armées turques ont commencé à atterrir à Chypre. Que cette opération soit favorable à notre nation et à tous les Chypriotes. Nous pensons qu'en agissant de cette manière, nous aurons rendu un grand service à l'humanité tout entière et à la paix. J'espère que nos forces ne rencontreront aucune résistance et qu'un affrontement sanglant sera évité. Nous allons en fait apporter la paix et non la guerre sur l'île, et pas seulement pour les Turcs mais aussi pour les Grecs. Nous avons dû prendre cette décision à la suite de l'épuisement de tous les recours diplomatiques et politiques. Je tiens à exprimer ma gratitude à mes amis et alliés, en particulier les États-Unis et la Grande-Bretagne, qui ont affiché leurs intentions et engagé leurs efforts afin que le différend puisse être réglé par des méthodes diplomatiques. »

    — Allocution de Bülent Ecevit, premier ministre turc, Radio Ankara, le 20 juillet 1974.

  2. Les groupes de travail porteront sur les questions de gouvernance, de partage du pouvoir, des propriétés, de l’économie, des affaires liées à l’Union européenne ainsi que la sécurité du territoire.
    Les comités techniques travailleront sur l’environnement, la santé, les questions humanitaires, la gestion de la crise, l’héritage culturel, les questions économiques et commerciales ainsi que les questions relatives à la criminalité.
  3. « Une fédération bi-communale et bizonale basée sur l'égalité politique, comme défini dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU »
    Citation de Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, 30 octobre 2010.
Références

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]