Orson Welles

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Orson Welles

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Photographié par Carl van Vechten (1937).

Naissance 6 mai 1915
Kenosha, Wisconsin, États-Unis
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Décès 10 octobre 1985 (à 70 ans)
Hollywood, Los Angeles, Californie, États-Unis
Profession Réalisateur, acteur, producteur, scénariste et directeur de théâtre
Films notables Citizen Kane
La Soif du mal
Le Troisième Homme (Acteur)
La Splendeur des Amberson
La Dame de Shanghai
Othello
Moby Dick (Acteur)
Le Procès
Falstaff

Orson Welles (1915-1985) est un artiste américain, à la fois dessinateur, auteur et écrivain, prestidigitateur, acteur, producteur, réalisateur et scénariste. Il a été parfois crédité sous les noms de O. W. Jeeves ou G. O. Spelvin[1].

D'abord révélé à lui-même par le théâtre de Shakespeare, puis devenu célèbre par une émission de radio (La Guerre des mondes), Orson Welles devient une figure incontournable du cinéma dès son premier long-métrage, Citizen Kane, que l'ensemble des critiques considère comme l'un des dix films les plus importants du XXe siècle[2],[3].

Par la suite, son style cinématographique, mais aussi son jeu d'acteur, exercent une grande influence sur le cinéma des années 1950-1970, en particulier sur Stanley Kubrick[4]. Artiste précoce et polymorphe, farouchement épris de son indépendance, amateur de cigares, de tauromachie et de magie, Welles ne cesse tout au long de sa carrière de revenir au théâtre et à la littérature, aux grands textes classiques (Othello, Don Quichotte) comme aux contemporains (Le Procès). Se défiant du système de production et entretenant sa propre légende d'effets à la fois spectaculaires et énigmatiques, il laisse de nombreux films inachevés.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Un enfant précoce[modifier | modifier le code]

Son père, Richard Heard Welles, est un industriel dilettante et un grand voyageur[5] ; sa mère, Béatrice Welles née Ives, est pianiste[6]. Le fils les décrit ainsi : « Mon père était un bon vivant de l'époque édouardienne qui aimait se dire inventeur[7]. Il était généreux et tolérant, adoré de tous ses amis. Je lui dois une enfance privilégiée et l'amour des voyages[8]. Ma mère était une femme d'une beauté mémorable, elle s'occupait de politique, était une championne de tir au fusil, ainsi qu'une pianiste de concert très douée[7]. Je tiens d'elle l'amour de la musique et de l'éloquence sans lesquels aucun être humain n'est complet[8]».

Le jeune Orson grandit dans une ambiance raffinée et cultivée avec une touche d'excentricité. Les témoignages sur sa précocité abondent : il sait lire à deux ans, apprend à jouer du piano à trois ans et met en scène du Shakespeare à sept ans : en effet, la légende, difficile à démêler de la réalité, veut qu'il ait été un enfant prodige et qu'il ait joué Le Roi Lear tout seul à l'âge de sept ans et accompli d'autres exploits avant cela[5]. Ces « exploits » sont désormais connus : il fit à trois ans une apparition dans Samson et Dalila à l'Opéra de Chicago, puis plus tard dans Madame Butterfly.

En 1919, ses parents se séparent et Orson suit sa mère à Chicago. À dix ans, il interprète Peter Rabbit dans les locaux du centre commercial Marshall Field's à Chicago[9]. Par la suite, le journal local lui consacre un article titré : « Dessinateur, acteur, poète ; il n'a que dix ans »[9]. Ses aptitudes et sa passion pour le monde du spectacle ne s'arrêtent pas là : il se veut également décorateur, metteur-en-scène et surtout comédien et ce qu'il préfère avant tout c'est le transformisme et les postiches.

Côté scolarité, il entre comme interne à dix ans dans une école située à Madison (Wisconsin), où il monte une adaptation théâtrale de L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde. En 1926, il intègre la Todd School for Boys, un établissement ouvert aux pratiques artistiques situé à Woodstock (Illinois) et dirigé par Roger Hill, à qui Welles rendit hommage par la suite. En effet, durant ses quatre années passées à la Todd School, il approfondit son goût pour la tragédie et la poésie classique, mais aussi pour l’illusionnisme et la magie. Très attaché à cette école, il y retournera durant l'été 1934 pour y monter un festival de théâtre qui donnera lieu à son premier ouvrage, Everybody's Shakespeare[10]..

Deux événements personnels viennent ternir l'enfance et l'adolescence d'Orson : il perd sa mère, âgée seulement de quarante ans, le 10 mai 1924, suivie six ans plus tard, par la mort de son père. Orphelin à quinze ans, il est pris en charge par le pédiatre Maurice Bernstein (qu'Everett Sloane incarnera plus tard dans un rôle transposé pour Citizen Kane), ami de longue date de ses parents et qui va continuer à parfaire son éducation : il avait identifié en Orson, dès son plus jeune âge, un goût hors-du-commun pour le théâtre et l'illusion, lui offrant même une lanterne magique et un théâtre de marionnettes[11].

En 1930, encore étudiant à la Todd School, il gagne le prix de la meilleure mise en scène estudiantine avec son Jules César, prix décerné par l'Association dramatique de Chicago. Bernstein lui propose de l'inscrire à Harward puis le présente à Boris Anisfeld du Chicago Art Institute qui se montre impressionné par ses dessins, et Welles demande un congé sabbatique pour faire un « tour d'Europe »[12].

Le Gate Theatre (1930-1933)[modifier | modifier le code]

La façade du Dublin Gate Theatre : un lieu des plus prestigieux qui fascina Welles.

Il choisit de partir durant l'été 1930 pour l'Irlande, afin d'étancher sa soif de peinture – de fait, Welles dessina toute sa vie. Il parcourt le pays avec une roulotte tractée par une mule[7] , fait un crochet par les Îles d'Aran, se rend à Dublin et de là, à Paris où le magicien Harry Houdini l'initie à la magie et à la prestidigitation[5]. Âgé de seize ans et sans un sou, il revient à Dublin et se présente comme « vedette de théâtre new-yorkaise » à Hilton Edwards et Micheál Mac Liammóir, directeurs du Gate Theatre[13] : Orson se montre très convaincant, car il s'est habilement grimé, et sa voix chaude et grave le fait passer pour plus âgé qu'il n'est. Grâce à cette mystification, il est enrôlé et demeure à Dublin, où il approfondit son expérience de la scène : « Je commençai en jouant les premiers rôles en vedette. Les petits rôles vinrent plus tard. »[14]. Le Gate, où débuta également James Mason, révéla Welles à son « démon du théâtre ». Il interpréta le rôle du duc Karl Alexandre dans une adaptation du Juif Süss[15], mais surtout les rôles titres dans Hamlet, Richard III, King John, Timon d'Athènes, soit une vingtaine de pièces, rencontrant pour la première fois un vrai public[16]. Par intermittence, il est également régisseur son et lumières pour l'Abbey Theatre, le concurrent plus conservateur du Gate.

L'Aficionado[modifier | modifier le code]

Ambitieux, Welles décide de partir à la conquête des théâtres londoniens, mais son permis de travail lui est refusé et il retourne à Dublin. Entre deux saisons théâtrales, il effectue un séjour à Séville et se fait passer pour un auteur de romans policiers[17]. Il déclara à ce propos : « J'habitais dans le quartier de Triana. J'écrivais des romans policiers, ce qui me prenait deux jours par semaine et me rapportait trois cents dollars. Avec cet argent, j'étais un grand seigneur à Séville »[18]. C'est également durant cette période qu'il se prend de passion pour la corrida. Après avoir découvert l'Andalousie à dix-sept ans, il pratique la tauromachie en tant que Aficionado practico, puis la corrida en tant que novillero[19]. Ce fut une passion de toute une vie (voir plus loin).

En 1932, il réalise un premier exercice cinématographique, un essai de dix minutes, mettant en image le Docteur Jekyll et Mister Hyde, mais d'après McBride, « il ne s'agit que d'un travail amateur et chaotique, dans lequel Welles et quelques amis dublinois, s'amusent »[20].

En 1934, il décide de retourner aux États-Unis.

New York (1934-1938)[modifier | modifier le code]

En 1934, après cette immersion dans le théâtre, il retourne aux États-Unis, non sans amertume et quelque peu désœuvré. Le jeune homme possède alors une solide culture littéraire, ainsi qu'une bonne maîtrise des techniques de mise en scène. Pourtant les années 1933-1934 apportent nombre de changements, d'abord par la scène puis par son mariage.

Off-Broadway[modifier | modifier le code]

Alors qu'il peine à trouver des rôles à sa mesure, que ses propres pièces comme The Marching Song sont refusées et que les États-Unis s'enfoncent dans la crise, Welles produit, toujours grâce à Roger Hill, une série d'ouvrages éducatifs illustrés intitulée Everybody's Shakespeare, qui lui permet de visiter l'Afrique du Nord et de là, de ramener des centaines de dessins. Entre temps, il rencontre Thornton Wilder qui lui ouvre les portes de spectacles produits off-Broadway : c'est ainsi qu'il commence à jouer dans la troupe de Katharine Cornell, et c'est durant son interprétation dans Roméo et Juliette[21] qu'il fut remarqué par John Houseman.

La chance lui sourit également quand Roger Hill, directeur de la Todd School, le contacte pour lui demander d'organiser un festival théâtral (Sumer Festival of Drama) durant l'été[22]. Il réussit à inviter Mac Liammóir et Edwards, les directeurs du Gate. Au cours des répétitions, il rencontre une jeune actrice en devenir, Virginia Nicholson (1916-1996), qu'il épouse quatre mois plus tard — en mars 1938, le couple aura une fille prénommée Chris[23], mais divorcera en 1939. Virginia se remariera avec le scénariste Charles Lederer l'année suivante.

The Hearts of Age[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hearts of Age.

Dans l’intervalle, Welles tourne son premier film, The Hearts of Age[24] qui est un court-métrage muet d'une durée de huit minutes et par lequel, selon ses termes, il « raille l'univers poétique et fantasmagorique de Jean Cocteau ». Welles y interprète le rôle d'un homme en chapeau et grimé, tentant de descendre d'un bateau puis jouant du piano, tandis qu'une femme âgée le menace. Le montage « vigoureux et débridé », les angles et la lumière, révèlent un style très marqué par le cinéma expressionniste et l'esprit surréaliste[25]. Virginia y campe la vieille dame et l'agent de police, son camarade de théâtre William Vance interprète un indien, le tout ponctué de plans de cloches d'église et de croix. Une séquence montre la main de Welles en train de dessiner. Restauré et conservé à la Bibliothèque du Congrès, ce premier opus ne détourne pas vraiment Welles de sa passion pour le théâtre.

Federal Theatre Project[modifier | modifier le code]

Au vu de ses performances avec Cornell, le producteur et directeur de théâtre John Houseman lui offre de travailler avec lui, dans le cadre du Federal Theatre Project, un programme culturel issu du New Deal et opérationnel en septembre 1935[17]. En avril 1936, Il fit sensation en montant sur les planches d'un théâtre d’Harlem une adaptation très originale du Macbeth de Shakespeare, transposant sur scène la vieille Écosse, brumeuse et froide, en une ambiance caraïbe inspirée de l'histoire moderne d'Haïti[26], le tout interprété par des acteurs noirs. L'histoire se déroulait à l'époque du roi Henri Ier, et les sorcières devinrent des prêtresses vaudou. Il monta également le Faust de Marlowe dans une ambiance tamisée et mortifère. Après une adaptation d'Un chapeau de paille d'Italie (Horse Eats Hat) d'Eugène Labiche qui vit apparaître Joseph Cotten par la première fois, Houseman et Welles connurent en juin 1937 un véritable succès, doublé d'un autre scandale, avec une sorte de satire de la vie politique américaine en forme d'opéra composé par Marc Blitzstein et intitulée The Craddle will rock. De nombreux opposants politiques, ainsi que des ennemis du Federal Theatre, firent pression à Washington et obtinrent que la police donne l'ordre de fermer les portes du théâtre. Houseman et Welles décidèrent alors de jouer l'opéra dans la rue, où 600 personnes s'étaient rassemblées[27].

Les deux hommes démissionnent et fondent à la fin de l'année 1937 le Mercury Theatre, essentiellement pour servir le répertoire shakespearien. Leur première production fut Jules César dans une mise en scène inspirée du fascisme mussolinien.

Too Much Johnson[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Too Much Johnson.

Deuxième court-métrage de Welles, Too Much Johnson fut produit par Mercury Productions et s'inscrit donc dans le cadre des représentations théâtrales engagées avec Houseman. L'origine du film n'est pas une œuvre de Shakespeare, mais une farce écrite par William Gillette. Tourné au cours du l'été 1938 dans les environs de New York et d'une durée de 40 minutes, ce film muet devait faire partie intégrante du spectacle, servant et de prologue et d'entractes. Pour des raisons multiples, il ne fut pas projeté lors de l'avant-première prévue au festival du Stony Creek Summer Theater. On voyait dans le rôle-titre Joseph Cotten déambuler sur les toits de New York, mais aussi Virginia Nicholson, Welles et Marc Blitzstein[28].

Radiophonie : les débuts[modifier | modifier le code]

Parallèlement à son activité théâtrale, Welles fit dès 1935 ses débuts à la radio, dont l'émission March of Time, où sa voix chaude et grave séduit les auditeurs : durant quatre ans, il collabore à une quinzaine d'émissions par semaine[29],[30]. La chaîne CBS l'engagea pour réaliser des adaptations radiophoniques d'œuvres littéraires, avec ce qui constituera plus tard la troupe du Mercury Theatre : Joseph Cotten, Everett Sloane, Agnes Moorehead, Dolores del Río, Ray Collins, George Coulouris… L'émission hebdomadaire, intitulée Mercury Theatre on the Air, met en ondes de nombreux romans, dont La Splendeur des Amberson — qui sera plus tard son deuxième long-métrage —, mais aussi L'île au trésor de Robert Louis Stevenson, Jane Eyre de Charlotte Brontë, Jules César de Shakespeare et Le Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne[31]. L'expérience dura vingt et un mois[32].

L'émission du 30 octobre 1938[modifier | modifier le code]
Le disque de l'émission du 30 octobre 1938.

Durant la soirée du lundi 30 octobre 1938, veille d'Halloween, une adaptation de La Guerre des mondes de Herbert George Wells, où Welles, du fait de sa mise en onde très réaliste et se faisant passer pour un présentateur de CBS interrompant l'émission, aurait (selon une thèse très répandue, mais aujourd'hui remise en question[33]) effrayé une bonne partie de la Côte Est des États-Unis qui aurait cru à l'invasion du pays par des Martiens[34].

Article détaillé : La Guerre des mondes (radio, 1938).

Les circonstances de cette émission furent pourtant moins « glorieuses » que ses conséquences. Les standards de CBS, mais aussi des commissariats furent submergés d'appels de personnes prétendant avoir aperçu des Martiens. La panique fut relayée durant une semaine dans la presse. Rétrospectivement, l'ampleur de la panique aurait été, selon certains auteurs, considérablement exagérée au fil des années, de par les commentaires qui en ont été faits, à commencer par ceux de Welles lui-même[35].

Welles devient célèbre dans tout le pays du jour au lendemain, ce qui lui ouvrit les portes de Hollywood, où il lui sera offert un contrat en or[34].

Hollywood (1939-1947)[modifier | modifier le code]

Avec sa société Mercury Production, Welles peut coproduire tous ses projets (image issue de la bande annonce de Citizen Kane).

Tandis que Welles continuait à travailler avec Houseman pour CBS dans une émission identique, mais désormais rebaptisée The Campbell Playhouse (du nom de la Campbell Soup Company, sponsor du show), il fut contacté au cours de l'année 1939 par le tout nouveau président de la RKO Radio Pictures, George J. Schaefer (1888-1981) dont l'ambition était de faire des films de qualité[36]. Le magazine Life venait de désigner Welles comme le « nouveau Max Reinhardt »[37]. Et le 22 juin, il débarquait sur la Côte Ouest.

Contrairement à la légende, ce contrat des studios ne lui laissait pas « une entière liberté », mais prévoyait tout de même qu'il pouvait être à la fois scénariste et réalisateur, mais aussi coproducteur via sa société Mercury Production, un statut en vérité assez inhabituel, mais la RKO restant le distributeur, son droit de veto était considérable notamment sur le choix des acteurs et sur le montant des sommes avancées. Par ailleurs, on lui demandait un film par an sur une durée de cinq ans, en échange de 25 % des bénéfices et 150 000 dollars d'avance, avec une liberté sur le choix de la musique et même du montage, chose rarement vue à Hollywood.

Divorcé, puis installé à Brentwood (Los Angeles) et entouré de secrétaires, Welles travaille d'abord à l'adaptation du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres (Heart of Darkness) et propose l'utilisation d'une caméra subjective[38]. La RKO refuse pour cause de dépassement de budget prévisionnel[39], le projet, pourtant scénarisé, n'aboutit pas[40].

À peine le Conrad refusé, Welles propose une adaptation cette fois de Cecil Day-Lewis[41], un polar politique intitulé The Smiler with a Knife, qui raconte l'histoire d'un femme détective qui enquête sur un mystérieux personnage vivant incognito et qui s'avère être un futur despote doublé d'un aviateur excentrique (visiblement inspiré d'Howard Hughes). Le choix de Lucille Ball pour le rôle-titre déplut aux studios, Carole Lombard ayant décliné l'offre.

Côté vie privée, Welles noua une relation avec Dolores del Río ; en 1940, il rompt son association avec John Houseman[42].

Citizen Kane[modifier | modifier le code]

Orson Welles dans Citizen Kane
Article détaillé : Citizen Kane.

Un an après son arrivée à Hollywood, Orson Welles, associé au scénariste Herman Mankiewicz (frère du cinéaste Joseph L. Mankiewicz), écrit le scénario de Citizen Kane et s'inspire en partie de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst. Toute la troupe du Mercury est intégrée dans la distribution. Le cinéaste a enfin obtenu le contrôle total du tournage, car il désire maintenir secret le sujet de son film. Les producteurs essaient de s'en mêler en débarquant à l'improviste sur le plateau, mais ils n'y trouvent que les techniciens et les acteurs en train de jouer au baseball, sur l'ordre du réalisateur rendu méfiant[43].

Le tournage se déroula du 30 juillet au 23 octobre 1940[44]. Une fois le montage et la postproduction achevés durant l'hiver, Orson Welles participa à de nombreuses manifestations promotionnelles où on ne lui parlait que du parallèle entre le personnage de Charles Foster Kane et Hearst, et de la réaction de ce dernier qui venait d'engager une campagne de dénigrement par l'intermédiaire de ses propres journaux. Lassé, Welles déclara : « Lorsque le bruit déclenché par Citizen Kane sera apaisé, je tournerai un grand film sur la vie de Hearst ». Les choses s'envenimèrent à tel point qu'au sein de l'état-major de la RKO, il fut question de confisquer le négatif du film ; les dirigeants décidèrent malgré tout de lâcher du lest non sans avoir fait passer une copie à Hearst[35], et Welles, s'estimant trahi, menaça publiquement la société d'un procès en rupture de contrat, en son nom et en celui du Mercury Theatre : le film avait coûté 800 000 dollars. Sa santé s’altéra tant que son médecin l'envoya prendre du repos dans une clinique de Palm Springs[35]. Malgré la campagne de dénigrement orchestrée par Hearst qui dure jusqu'en avril 1941, le film sort en salles, avec retard, le 1er mai et d'abord au New York Palace[45]. La critique est unanimement positive : le film apparaît comme une révolution du point de vue de la technique cinématographique et de la structure du récit. Plus tard, Welles dira que, pour la réalisation, il s'était inspiré du Roman d'un tricheur de Sacha Guitry quant à certains effets stylistiques (flashbacks, fondus, caméra subjective, voix-off, etc.), effets que l'on retrouve dans les films suivants[46].

Toujours est-il que si le public ne fut pas au rendez-vous, Welles décrocha tout de même le premier Oscar du meilleur scénario original et qu'il partagea avec Herman Mankiewicz.

La Splendeur des Amberson[modifier | modifier le code]

Pour échapper au monde d'Hollywood, Welles s'accorda quelques semaines de mise en scène sur les planches où il monta une adaptation de Native Son de Richard Wright. Puis il s'attela à un nouveau script inspiré du roman La Splendeur des Amberson (The Magnificent Ambersons) de Booth Tarkington, qu'il avait en octobre 1939 déjà transposé à la radio.

Article détaillé : La Splendeur des Amberson.

Le tournage se déroula du 28 octobre 1941 au 22 janvier 1942 : la destruction de Pearl Harbor arriva entre-temps et le film se termina dans un climat oppressant, surtout que Welles était déjà sur d'autres projets. Pour ce deuxième film, le studio reconsidéra en effet son contrat, réduisant sa marge de manœuvre en termes de montage final  : n'y ayant pas accès, Welles partit au Brésil pour tourner dans un premier temps un reportage sur le carnaval de Rio. Là-bas, il apprit que Schaefer était viré (Welles perdait son protecteur) et qu'à la suite de deux pré-projections négatives en termes de retour, la RKO amputait le film de près de 43 minutes, lesquelles ne seront jamais retrouvées. La RKO fit également tourner une autre fin plus « moralement acceptable » par l'assistant-réalisateur Freddie Fleck et le monteur Robert Wise qui s'était déjà illustré sur Citizen Kane. Par ailleurs, mécontent que sa partition soit également amputée, Bernard Herrmann refusa que son nom soit porté au générique qui est l'un des premiers aux États-Unis à être récité à haute voix, se concluant par la marque finale devenue mythique  : My name is Orson Welles (Mon nom est Orson Welles, selon l'habitude des présentateurs radio).

La première eut lieu le 13 août 1942 et le film, qui n'engrangea que 620 000 dollars, fut sur la liste de quatre Oscars, mais sans succès[47].

Conflits avec la RKO[modifier | modifier le code]

Commencé en même temps que La Splendeur des Amberson, le tournage du Voyage au pays de la peur (Journey into Fear) plaçait Welles dans une position délicate : il était sur ce dernier à la fois acteur et producteur, mais dans son contrat avec la RKO, il était initialement prévu qu'il le dirigerait.

Article détaillé : Voyage au pays de la peur.
"Combat de taureaux le dimanche", gravure extraite de l'album américain Our Sister Republic - Mexico (1870).

Visiblement plus intéressé par La Splendeur des Amberson, Welles froissa quelque peu les studios en quittant le plateau. Par ailleurs, et sur les instances de Nelson Rockefeller, il mit en chantier un troisième projet durant cet automne 1941 : intitulé d'abord Pan American et bientôt rebaptisé It's All True, regroupant quatre épisodes documentaires, Welles y brossait la vie des Américains sur les deux continents. Durant l'été 1941, et dans le cadre de ce travail de commande visant à rapprocher les peuples américains menacés par la guerre, Welles prit contact avec Duke Ellington et lui commanda une suite musicale pour un portrait de Louis Armstrong qui jamais ne se fit. En septembre, Norman Foster fut dépêché à Mexico pour tourner l'épisode intitulé "My Friend Bonito", l'histoire d'un taureau et d'un garçon, lequel fut intégré plus tard au projet de documentaire.

Article détaillé : It's All True (film, 1942).

De février à août 1942, Welles parcourut le Brésil en quête d'images pour deux épisodes : "The Sory of Samba" (l'histoire de la samba) et "Four Men on a Raft" (quatre pécheurs brésiliens sur un radeau). On peut supposer aussi qu'une telle distance permit à la RKO d'en profiter : « J'étais en Amérique du Sud et attendais les rushes de Voyage au pays de la peur ; c'est alors qu'un galopin de la RKO, ayant reçu l'approbation bienveillante d'un couple de vice-présidents et des censeurs du studio, se permit de monter le film. Le résultat fut heureusement présenté par une nuit noire, alors que personne ne regardait. » dira plus tard Welles[48].

Les raisons pour lesquelles It's All True resta inachevé sont multiples : d'abord la direction de la RKO changea, après le départ de Schaefer, c'est Rockefeller qui se retira. Et puis il y eut le montage de La Splendeur des Amberson qui rendit furieux Welles. Par la suite, le tournage fut annulé et les bobines disparurent.

L'année 1943 marqua un retour à l'optimisme : le 7 septembre 1943, il épousa la star Rita Hayworth – ils eurent une fille, Rebecca (1944-2004)[49], puis divorcèrent en 1948. Invité par Franklin Roosevelt à participer à l'effort de guerre, il proposa une série de conférences un peu partout aux États-Unis, dont certaines furent publiées dans le New Farmer Almanac et le New York Post ou diffusées sur CBS, et ce, durant toute la guerre. CBS programma en 1942-43 : Ceiling Unlimited, une série radiophonique de 13 épisodes qui valorise l'armée de l'air américaine, commandée par Lockheed-Vega, mais écrite, réalisée et récitée par Welles ; puis Hello Americans qui consiste en 12 épisodes enregistrés dans différents pays du continent américain[50].

Début 1944, Welles devient une vedette de cinéma avec Jane Eyre de Robert Stevenson, qui est par ailleurs une adaptation de la pièce radiophonique jouée par The Mercury Theatre on the Air. Welles y incarne le premier rôle et connaît un beau succès commercial[51].

Le Criminel[modifier | modifier le code]

Welles s'investit à la fin de l'année 1943 dans le théâtre aux armées, produisant entre autres des tours de magie. La revue est baptisée The Mercury Wonder Show et participa notamment au film à sketch Hollywood Parade (Follow the Boys), dans duquel il découpe en morceaux Marlene Dietrich et où il se qualifie de « magicien amateur »[52]. Cette même année, il écrivit un scénario intitulé Monsieur Verdoux, inspiré d'un fait divers français, l'affaire Landru, et pour lequel il pressentait Charlie Chaplin pour le rôle titre : Chaplin n'ayant jamais été dirigé par personne le réécrivit après lecture et le transforma selon ses besoins, y incluant notamment une critique socio-économique, et, pour dédommager Welles, lui proposa 5 000 dollars, ainsi que sa présence au générique.

Article détaillé : Le Criminel.

Welles revint derrière la caméra seulement à la fin à l'automne 1945 avec Le Criminel (The Stranger) : Sam Spiegel et la RKO, plus réticente que jamais, lui proposèrent de réaliser ce film, à condition de prendre le scénario de Anthony Veiller sans modification ; John Huston qui n'est pas crédité aida Welles du mieux qu'il put et les deux hommes devinrent amis. Welles expédia la mise en scène avec dix jours d'avance sur la date prévue et le film sortit le 25 mai 1946, puis connut un franc succès, mais fut considéré par Welles lui-même « comme étant son plus mauvais. Il n'y a rien de moi là-dedans. Je l'ai fait pour prouver que je pouvais tourner un film comme tout le monde. […] Les deux bobines tournées en Amérique du Sud étaient ce qu'il y a de mieux dans le film. Spiegel les a supprimées »[53]. Welles y interprète un ancien nazi et c'est aussi le premier film à montrer des images de camps de concentration.

Toutefois, l'année 1946 devait lui apporter une véritable satisfaction : tourner librement avec son épouse, Rita Hayworth.

La Dame de Shanghai[modifier | modifier le code]

Rita Hayworth, peu avant sa rencontre avec Welles (1942).
Article détaillé : La Dame de Shanghai.

Il réalise cette année-là La Dame de Shanghai (The Lady of Shanghai) vaguement inspiré d'un roman de Sherwood King, et magnifié grâce à la présence de Rita Hayworth — avec qui il est déjà en instance de divorce. Le public cria au scandale en voyant la rousse Rita, symbole du glamour hollywoodien, transformée en blonde platine aux cheveux courts, devenue à l'écran cynique et froide ; on bouda le film pendant les projections tests, lesquelles n'emballèrent pas non plus la Columbia qui préféra retarder sa sortie au profit de Gilda, autre film avec Hayworth en vedette. Le film ne sortit qu'en mai 1948. Ce quatrième long-métrage de celui que la presse décrivait déjà comme l'« enfant terrible d'Hollywood à l'étoile pâlissante »[54] s'achève sur la séquence du palais des glaces, où Rita Hayworth et Everett Sloane, qui jouent un couple marié, s'entretuent dans un terrifiant vacarme de verre brisé, labyrinthe de miroirs dont peut s'échapper le personnage principal (et narrateur), Michael O'Hara, interprété par Welles. Woody Allen y rendra hommage dans Meurtre mystérieux à Manhattan.

Juste après le tournage, Welles revint au théâtre et donc à New York. Certaines séquences de La Dame de Shanghai furent utilisées par Welles pour sa pièce, Around the World in 80 Days d'après Jules Verne et dont l'adaptation filmique fut envisagée par Michael Todd[55]. Engloutissant d'énormes sommes dans cette production théâtrale et le public ne répondant que moyennement, Welles connaît pour la première fois des ennuis d'argent.

Macbeth[modifier | modifier le code]

Marziya Davudova et Abbas Mirza Sharifzade dans le Macbeth (1936) de Tuganov, victimes du stalinisme, un repère esthétique pour le projet de Welles.
Article détaillé : Macbeth (film, 1948).

Durant l'été 1947, Herbert Yates, le président de Republic Pictures, un petit studio indépendant spécialisé dans le western et les séries B, accepte de financer son nouveau projet de film, l'adaptation du Macbeth de Shakespeare contre 200 000 dollars[56], le dépassement devant être payé par Mercury Theatre, autrement dit Welles. Ce pari économique ne fut pas tenu : Orson Welles paya près de 100 000 dollars en extra, tout en dissimulant la pauvreté des décors au milieu d'un brouillard artificiel, mais tournant son film en seulement vingt et un jours. Le résultat est saisissant d'étrangeté et de mystère, restituant parfaitement « l'atmosphère tellurique de la tragédie »[57]. Sorti le 1er octobre 1948, le film faillit être présenté à la Mostra de Venise, face à l'Hamlet de Laurence Olivier, puis disparut des écrans. Il sortit en France en 1950 et André Bazin fut l'un des ses plus ardents défenseurs, contribuant, avec Jean Cocteau, à faire venir « l'enfant prodigue » en Europe.

En réalité, Welles sortait totalement ruiné de cette expérience et le fisc américain lui réclamait de fortes sommes. Dès la fin 1948, il embarquait pour Cinecitta, où il acceptait contre cachets divers rôles, profitant ainsi de sa côte en tant qu'acteur, du moins sur le Vieux Continent.

Le tour d'Europe (1949-1956)[modifier | modifier le code]

Outre ses ennuis avec le fisc, Welles est désormais tombé en disgrâce auprès des producteurs américains, en particulier parce qu'il figure depuis novembre 1947 à la suite des recommandations de l'HUAAC sur la liste noire de la MPAA, laquelle refuse d'employer des artistes supposés être de tendance communiste. Paradoxalement, Welles n'avait jamais caché son aversion pour les fascismes et le stalinisme, entretenant même une correspondance entre autres avec Eisenstein. Victime collatérale du Maccartysme, Welles partit en Europe où il joua dans de nombreux films pour financer son nouveau projet shakespearien : Othello.

Le Troisième Homme[modifier | modifier le code]

Après Rome dont on peut retenir Black Magic (Cagliostro) qui permit la rencontre avec Akim Tamiroff, puis après quelques projets parisiens avortés, Welles tourna surtout à Londres[58].

Le film qui amorça la transformation d'Orson Welles en un véritable mythe en Europe fut celui où, entre ombre et brouillard, il n'apparaît que peu (comparé à Joseph Cotten) et qui ne connut pas non plus un énorme succès : adapté du roman éponyme de Graham Greene (également scénariste), Le Troisième Homme du Britannique Carol Reed reste pourtant un cas à part dans sa carrière d'acteur. Reed reconnut plus tard que Welles s'était particulièrement investi dans cette aventure qui les mena à Vienne, prodiguant même quelques conseils sur deux ou trois séquences, mais pas plus. Son personnage fit corps avec lui et Welles devint pour tous Harry Lime, « l'homme qui meurt deux fois » doublé d'un truand équivoque et fascinant[59].

La France[modifier | modifier le code]

Le public français découvrit les premiers films de Welles bien entendu après la Libération. Jean-Paul Sartre fit alors l'éloge de Citizen Kane[60] un an avant qu'il sorte en salles en juillet 1946. Plus tard, les jeunes critiques des Cahiers du cinéma se laissèrent également séduire, André Bazin[61] en tête.

Pagnol et Guitry

À New York pendant la guerre, Orson Welles avait assisté à une projection de La Femme du boulanger de Marcel Pagnol[62]. Welles débarqua à Marseille en septembre 1946[63], et Pagnol raconta qu'il a vu surgir dans son bureau un géant qui s'est exclamé : « Je veux voir monsieur Raimu ! ». Mais Raimu venait juste de mourir, et Welles de fondre alors en larmes : « C'était le meilleur de nous tous ! », finit-il par dire[64], avant d'expliquer qu'il avait envisagé de faire appel à Raimu pour quelques projets de films. Entre Pagnol et Welles, ce fut l'amitié, ce dernier n'hésitant pas le à critiquer, disant par exemple de La Femme du boulanger qu'il est « parmi les meilleurs films du monde, mais parmi les plus mal filmés ». Welles fit aussi la connaissance d'un collaborateur de Pagnol, le photographe de plateau Roger Corbeau, qui fut engagé sur Dossier secret et Le Procès[65]. Quelques années plus tard, Welles est contacté par Sacha Guitry qui lui proposa le rôle de Benjamin Franklin dans Si Versailles m'était conté et celui de Hudson Lowe pour son Napoléon. Lorsque Bill Krohn s'entretint avec Welles à la fin des années 1970, celui-ci lui révéla qu'il avait forgé son style « d'essayiste, en s'inspirant du travail de Guitry »[66].

Londres[modifier | modifier le code]

En 1951, le producteur indépendant Harry Allan Towers demande à Welles, alors installé entre Londres et l'Italie, de réaliser Tales from the Black Museum, une série radiophonique en 51 épisodes inspirés de faits divers réels tirés des dossiers de Scotland Yard et de la Metropolitan Police Service. Towers réussit à exporter ce programme sur l'ensemble des chaînes anglophones dans le monde. Aux États-Unis, il fut diffusé sur Mutual Broadcasting System durant l'année 1952. La scénarisation est signée Ira Marion et possède l'originalité de faire entendre à la fois le point-de-vue de la police et des criminels.

Othello[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Othello (film, 1952).

Welles va mettre quatre ans à tourner Othello (The Tragedy of Othello: The Moor of Venice). Bien qu'inscrit au répertoire du Mercury Theatre, André Bazin situe le début de ce projet lorsque Welles se trouvait en Italie. Un séjour à Venise et une liaison avec Lea Padovani qui devait interpréter Desdémone, permettent de faire remonter le début du tournage à l'été 1948[67]. Les cachets italiens de l'acteur (via Mercury Productions) servirent à payer les premières séquences, puis ceux de Londres. Après une première audition décevante, il fit appel à Micheál MacLiammóir pour jouer Iago, puis Suzanne Cloutier pour Desdémone. L'équipe du film se trouva bientôt composée de personnels de différentes nationalités, car le tournage, interrompu par les problèmes d'argent, tentait de s’accommoder des nombreux changements de lieux. Ainsi, Welles utilisa de nombreux plans extérieurs (Venise, Rome, Pérouse, Viterbe, Essaouira)[68] en réalisant d'invisibles raccords, tissant son film de façon obstinée, et suivi tant bien que mal par son équipe, se retrouvant sans producteur italien (Michele Scalera déposa le bilan en 1950) et sauvé par Les Films Marceau, pour un budget total d'environ 6 000 000 lires[69] et un montage qui comprend 2 000 plans (contre 500 pour Citizen Kane). Le film conserve cependant la marque du réalisateur, lequel affirmait : « Le montage est essentiel pour le metteur en scène, c'est le seul moment où il contrôle complètement la forme de son film »[70].

Sa réussite artistique fut saluée par le Grand prix (ex-æquo) à Cannes en 1952, le film étant présenté sous pavillon… marocain !

Débuts à la télévision[modifier | modifier le code]

Welles revint ensuite sur les planches et c'est au théâtre Édouard VII à Paris qu'il proposa une adaptation de sa propre pièce The Unthinking Lobster (Miracle à Hollywood), une fable satirique contre le système de production hollywoodien pour laquelle il tourna en guise de prélude le court-métrage The Miracle of St. Anne et recruta Eartha Kitt ; l'ensemble s'intitulait The Blessed and the Damned. La critique parisienne dont Le Monde salua les prouesses techniques, mais s'inquiéta du coût financier, aussi Welles remplaça le tout par du Musset et du Shakespeare, Eartha clôturant la soirée avec un récital de chanson puis le spectacle partit en tournée.

Revenu à Londres, Welles finit enfin par y monter du Shakespeare grâce à l'aide de Laurence Olivier, puis participa au lancement de la chaîne BBC2 avec une adaptation du Marchand de Venise. En 1955, la BBC lui commande une série, The Orson Welles Sketchbook, six épisodes dans lesquels il raconte des anecdotes personnelles tout en dessinant. Dans la foulée, Associated-Rediffusion, une société de production londonienne, passe commande de treize téléfilms : Around The World with Orson Welles (ITA, 1956) est un « travels essays film »[71], tourné à Londres, en France, en Espagne et qui comprenait : Le Pays basque, La Vie au Pays basque, Le Troisième Homme à Vienne, Saint-Germain-des-Prés, Les Pensionnaires de la Reine, Tauromachie en Espagne et enfin L'Affaire Dominici.

Pour la radio anglaise, il participa à une série en 52 épisodes, préquelle au Troisième homme et intitulée The Adventures of Harry Lime (BBC, 1951-52). Sur ce, il rencontra Peter Brook qui adapta avec lui King Lear (Le roi Lear) pour la télévision américaine (Omnibus Theatre, CBS, 1953).

Dossier secret[modifier | modifier le code]

Après des débuts remarqués à la télévision, il se lança totalement dans le projet d'un nouveau film, en partie inspiré de trois épisodes des Adventures of Harry Lime [72]. Non seulement ce film eut deux titres (voire trois), mais aussi cinq versions en salle[73]. L'histoire du tournage est aussi complexe que celle d'Othello.

Article détaillé : Dossier secret.

Intitulé sur le script de départ Masquerade, puis Confidential Report (Dossier secret) et produit par le français Louis Dolivet (qui confisquera le montage), le tournage s'étala sur sept mois (1953-54), entre Ségovie, Madrid, Valladolid, Munich, Paris, la Côte d'Azur et le Château de Chillon. Arkadin, le personnage que joue Welles, prend sa source dans la vie du milliardaire Basil Zaharoff et l'homme chargé d’enquêter sur son passé est Lime, mais Welles le rebaptisa Van Stratten. La sortie du film prit deux ans de retard, car le montage entrepris par Welles dura presque toute l'année 1954, à cause surtout de la postsynchronisation. La première eut cependant lieu à Madrid en mars 1955 sous le titre Mister Arkadin, puis à Londres cinq mois plus tard et enfin Paris (juin 1956). La critique est partagée, mais Éric Rohmer compara alors Welles à Eisenstein[74].

Au début du tournage, Welles rencontre l'actrice italienne Paola Mori qu'il épousa en mai 1955 – ils eurent une fille, Beatrice Welles, née à la fin de la même année ; Welles quitta Paola en 1962 pour vivre avec Oja Kodar.

Intermède américain (1956-1959)[modifier | modifier le code]

Welles était déjà revenu à Broadway en 1954 pour un King Lear remarqué et d'ailleurs capté par CBS, mais c'est à Londres qu'il transposa pour la scène Moby Dick, le roman de Melville en 1955, mise en scène bientôt captée par la télévision anglaise : intitulée Moby Dick - Rehearsed, le montage ne fut jamais achevé. Peu après, John Huston fut alors chargé de faire un film, à partir d'un scénario de Ray Bradbury : ce fut Moby Dick (film, 1956), où Welles jouait le Père Mapple, et qui revint donc après dix ans d'absence à Hollywood. Il participa à nombre d'adaptations shakespeariennes pour CBS et NBC, mais surtout, et contre toute attente, il réalisa un long-métrage.

La Soif du mal[modifier | modifier le code]

Welles devient Hank Quinlan dans La Soif du mal (1958)
Article détaillé : La Soif du mal.

En 1958, il se voit confier la réalisation de La Soif du mal (The Touch of Evil), d'après un petit roman noir, par les studios Universal. Dans des entretiens ultérieurs[75] avec Peter Bogdanovich, Welles expliquera comment Charlton Heston, véritable star à l'époque, joua dans ce choix un rôle déterminant. Désirant la star pour le projet, Universal convoqua Heston, qui apprend que la distribution comprendra Janet Leigh dans le rôle de sa femme, et Orson Welles, dans le rôle du commissaire Quinlan. À la suite d'un malentendu, Heston comprit que « Welles va être le réalisateur du film », alors il déclara : « Si Welles est le réalisateur, je suis d'accord ». Contacté, Welles donne son accord pour un bout d'essai. Les producteurs visionnant tous les soirs les rushes, sont emballés au point de proposer à Welles de signer un contrat de quatre films pour les cinq ans à venir[réf. nécessaire]. Hélas pour lui, une fois le film monté, le studio changea radicalement de position. Universal décida de faire remonter complètement le film par un autre réalisateur, de couper des scènes et d'en tourner de nouvelles à la hâte[réf. nécessaire]. Welles déclara : « L'humour que j'ai mis dans le film était inhabituel pour l'époque. Aujourd'hui, il s'est banalisé. Mais à l'époque, il a déplu aux pontes d'Universal »[76]. Ce fut là son dernier film hollywoodien : on y retrouvait Akim Tamiroff et Marlene Dietrich, et un plan séquence inaugural mythique.

Durant ce séjour, il tourne notamment dans Les Feux de l'été d'après William Faulkner où il décroche un rôle face à Paul Newman et travaille pour Desilu Productions, qui le contacte fin 1956 pour lancer une série, The Orson Welles Show, mais le projet est avorté. La chaîne NBC programmera The Fountain of Youth (La Fontaine de jouvence), seul épisode achevé et qui remporte un prestigieux Peabody Awards.

Retour en Europe[modifier | modifier le code]

Avant de rentrer en Europe, Welles fait la connaissance à Mexico d'Oscar Dancigers, producteur entre autres de Luis Buñuel. Un nouveau projet émergea : adapter le Don Quichotte de Cervantès. Ce film ne fut jamais achevé, mais Welles tenta de le terminer toute sa vie durant (cf. plus loin). En 1961, la chaîne ABC programma Orson Welles and the Art of Bullfighting qu'il réalisa en Espagne : c'est vers cette époque qu'il s'installe à Madrid, mais Welles ne cesse d'aller et venir, prenant l'avion dès qu'une occasion se présente.

Le Procès[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Procès (film, 1962).

En 1960, Welles rencontra le producteur Alexander Salkind qui lui proposa d'adapter une œuvre moderne, mais libre de droit. Quelque temps auparavant, Michael Lindsay-Hogg, le (supposé) fils naturel de Welles (né en 1940 de Geraldine Fitzgerald[77]) lui avait soumis l'idée d'adapter pour les planches Le Procès de Franz Kafka. Plus tard, les droits cinéma se révélèrent appartenir à un agent allemand. Toujours est-il que Salkind parvint à réunir 650 millions d'anciens francs (1,2 million de dollars de l'époque) avec un montage financier franco-italo-allemand et le tournage débuta en mars 1962 à Zagreb (à défaut de Prague), en passant par la Gare d'Orsay, et se termina en juin. Welles revisitait le roman, mais contournait quelque peu l'humour noir de l'auteur, innovant cependant en commandant à Alexandre Alexeïeff et Claire Parker une animation tirée de la Parabole de la Loi, incluse dans le texte originellement arrangé par Max Brod. Le film sort à Paris en décembre 1962 et décroche le Prix Méliès : The Trial fut mal perçu par la critique anglo-saxonne, jugé baroque et déstabilisant, il s'achève sur un champignon atomique, Guerre froide oblige.

Dès la fin du tournage, Welles commence à vivre avec Oja Kodar, qu'il avait rencontrée à Zagreb. Dans la foulée, il continue d'être acteur pour les films des autres, et retenons de cette période sa rencontre avec Pasolini pour La Ricotta en 1963.

Falstaff[modifier | modifier le code]

Falstaff par Eduard von Grützner (1921)
Article détaillé : Falstaff - Chimes at Midnight.

Trois ans après le tournage du Procès, il réalise Chimes At Midnight (Falstaff), qui est une refonte de plusieurs tragédies de Shakespeare qu'il avait écrite sous le nom de Five Kings en 1939 (Richard II, Henri IV, Henri V, Les Joyeuses Commères de Windsor) et en s'inspirant également des chroniques de Raphael Holinshed ; en février 1960, il reprit Five Kings au Grand Opera House de Belfast qui fut pour Welles sa dernière performance sur les planches, mais qui servit en réalité de "pré-répétition" pour un film dont il avait déjà l'idée en tête[78].

Le tournage se déroula entre septembre 1964 et avril 1965, le film étant tourné en Espagne et produit par Emiliano Piedra avec l'aide ultérieure d'Harry Saltzman[79], que Welles avait rencontré à Madrid pour un projet, l'adaptation de L'Île au trésor.

Le thème central du film est l'amitié trahie et la jeunesse perdue ; Orson Welles y incarne Sir John Falstaff. Sa passion dévorante pour le dramaturge anglais irradie ce film à la fois mélancolique et bouffon. Il considère qu'il s'agit de sa plus grande réussite : « Mon meilleur film est Falstaff, ensuite Les Amberson. Falstaff est le complément, quarante ans plus tard, de ce Citizen Kane que j'ai tourné à l'aube de ma vie »[80]. Le film est une coproduction hispano-suisse avec un tournage en anglais dans les environs de Barcelone entre l'hiver 1964 et le printemps 1965. Jeanne Moreau, déjà présente dans Le Procès y tient le rôle de Dolly, entourée d'une kyrielle d'acteurs issus du théâtre anglais dont John Gielgud.

Présenté à Cannes en mai 1966, le film décrocha deux récompenses : le Prix du XXe Anniversaire du Festival du Film et le Prix de la Commission supérieure technique.

Une histoire immortelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Une histoire immortelle.

Durant l'automne 1966, il tourne pour la télévision française (ORTF) Une histoire immortelle (The Immortal Story), tiré d'une nouvelle de Isak Dinesen intitulée L'éternelle histoire[81]. Welles tourna pour la première fois en couleurs. Conçu à la façon d'une "miniature", ce film comprend Jeanne Moreau, Roger Coggio et Orson Welles dans le rôle de Mr Clay. Il ne sera diffusé que sur la deuxième chaîne et projeté le 24 mai 1968, passant relativement inaperçu eu égard aux événements en cours, mis à part qu'il contient une scène d'un érotisme assez poussé pour l'époque et que Jean Renoir salua[réf. nécessaire].

Quelques mois plus tard, Welles "s'embarque" dans le tournage de The Deep (1967-69) d'après Dead Calm (1963) de Charles Williams, sur un bateau, au large des côtes yougoslaves, avec entre autres Oja Kodar et Jeanne Moreau. Le film resta inachevé (cf. plus loin).

Welles est alors à un nouveau tournant de sa carrière : il va faire face à une succession de projets avortés, dont le plus célèbre reste The Other Side of the Wind commencé en août 1970 avec ses amis John Huston et Peter Bogdanovich et dont le tournage (chaotique) s'étala jusqu'en 1976.

En 1969, CBS programme Around the World with Orson Welles puis en 1971 Orson Welles Bag (comprenant des extraits de The Merchant of Venice), mais le fisc américain confisqua les financements reçus par Welles et le téléfilm resta inachevé. Cette année-là, il reçoit l'Oscar d'honneur pour l'ensemble de sa carrière.

C'est sans doute au cours de l'année 1970 qu'il décida de quitter l'Espagne et de rentrer aux États-Unis, s'installant à Los Angeles avec Oja Kodar (il était toujours officiellement marié avec Paola Mori).

Les dernières années[modifier | modifier le code]

En quinze ans, Welles ne réussira à sortir que deux documentaires. Tout en continuant à jouer dans des films, à se montrer dans des émissions télévisées, à participer même à des publicités, il occupe l'essentiel de son temps à tenter de monter de nouveaux projets. Sa liaison avec Kodar est désormais publique. Elle participa avec lui à la plupart des films de fiction (des adaptations) que Welles, faute d'argent et de temps, ne parvint pas à terminer.

Vérités et Mensonges[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vérités et Mensonges.

Réalisé avec la complicité de François Reichenbach, Vérités et Mensonges (F For Fake) est un essai documentaire, une réflexion sur le cinéma comme art de l'illusion, ainsi que sur les différentes techniques mises en œuvre pour y parvenir.

Filming Othello[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Filming Othello.

Revenant sur le tournage d'Othello à partir de documents datant des années 1950-52, Filming Othello (1978), fut réalisé pour la télévision allemande (Hellwig Productions), mais bénéficia d'une distribution en salles américaines en juin 1979, fait rare et dû à la personnalité et au prestige de son auteur.

En 1982, Welles fut le président de la cérémonie des César. La même année le 23 février, le président François Mitterrand le nomme Commandeur de la Légion d'honneur, la plus haute distinction civile en France.

Il meurt à 70 ans, le 10 octobre 1985 à Los Angeles des suites d'un arrêt cardiaque[82] quelques heures après avoir participé à l'émission télévisée le Merv Griffin Show.

Conformément à ses dernières volontés, ses cendres ont été dispersées en Espagne[83], dans la finca Recreo de San Cayetano près de Ronda en Andalousie, qui appartenait à son ami, le torero Antonio Ordóñez.

Films ébauchés, inachevés ou perdus[modifier | modifier le code]

Le héros de Cervantes, Don Quichotte avec son fidèle Sancho Panza, d'après une illustration de Gustave Doré

La carrière du réalisateur est émaillée de projets de films, soit restés à l'état de scénario, amorcés puis abandonnés, ou, mieux encore, tournés, mais invisibles[84]. Après la mort de Welles en 1985, de nombreuses zones d'ombres demeurent : problèmes des droits et de la succession, localisation des archives, intentions de montage du cinéaste et statut des œuvres, etc. « S'inscrivant dans la vieille tradition des expérimentateurs » selon André Bazin[85], ces projets de films font sans doute partie intégrante de son œuvre, en tous cas participe de la construction du personnage Orson Welles, cas unique dans l'histoire du cinéma. Par ailleurs, Welles lui-même n'aura reconnu de son vivant[86] que deux films « en cours d'achèvement » (in progess), à savoir : Don Quichotte et The Other Side of the Wind.

Cette liste ne prétend pas être exhaustive, et ne répertorie que les films signés avec une maison de production ou pour lesquels il existe une source certaine.

It's All True[modifier | modifier le code]

Inachevé, le tournage de It's All True commença fin 1941 et fut annulé en août 1942. Welles n'avait à l'origine nullement l'intention de réaliser seul ce documentaire, mais au cours des années qui suivirent, il chercha à remettre la main sur les rushes, afin de pouvoir les monter en quelque chose d'exploitable. Certains de ces rushes furent retrouvés en 1985. Les droits du film appartenaient désormais à Paramount, mais n'étaient libres que passés 50 ans. En 1993, sortit dans les salles un documentaire intitulé It's All True: Based on an Unfinished Film by Orson Welles, écrit et réalisé par Richard Wilson (l'un des collaborateurs de Welles en 1942), Bill Krohn et Myron Meisel avec la participation de Catherine Benamou, fruit d'un long travail d'enquêtes sur les lieux de tournage (1986-1991) et montrant une bonne partie des rushes disponibles.

Don Quichotte[modifier | modifier le code]

Welles commence à tourner les premières images de Don Quichotte en septembre-octobre 1957 au Mexique[87], avec un premier producteur, Oscar Dancigers. Le film ne verra jamais le jour. Il va tourner pendant sept ans, interrompant volontairement le film, le plus souvent pour des raisons budgétaires. En 1969, Francisco Reiguera, l'un des protagonistes meurt. Welles tentera de monter le film dans les années 1970. Une tentative de montage réalisée à partir des rushes et suivant les notes laissées par Welles fut produite en 1992 : les réactions critiques furent mitigées.

The Deep[modifier | modifier le code]

Inachevé, le tournage de Dead Reckoning (titre prévu) fut interrompu en 1969. L'un des chefs opérateurs était Willy Kurant, le même que sur Une Histoire immortelle. L'un des acteurs, Laurence Harvey, étant mort en 1973, Welles ne put jamais compléter les scènes manquantes. Une partie du film fut également tourné aux Bahamas. Toutes les scènes devaient être en couleurs, mais faute de moyens, certaines sont en noir et blanc. Les négatifs sont réputés perdus, mais le Munich Stadtmuseum possède une copie de travail qui fut projetée au Festival de Berlin en 2000. En 1989, Philip Noyce tourna une adaptation du roman (inachevé) de Williams, qui sortit en français sous le titre Calme blanc.

The Merchant of Venice[modifier | modifier le code]

C'est à l'origine un téléfilm couleur commencé en 1969 pour la chaîne CBS, mais réputé inachevé, et tiré de la tragédie de Shakespeare, Le Marchand de Venise. Welles y interprète Shylock et l'on peut découvrir dans le documentaire The Lost Films of Orson Welles[88] ses saisissants monologues tournés face caméra, dans le désert d'Arizona. Une partie des négatifs aurait été perdue à Rome, mais Bogdanovich laisse entendre que CBS aurait tout simplement suspendu le tournage à cause des ennuis de Welles avec le fisc américain[89].

The Other Side of the Wind[modifier | modifier le code]

The Dreamers[modifier | modifier le code]

The Craddle will rock' et King Lear[modifier | modifier le code]

L'artiste[modifier | modifier le code]

Acteur shakespearien génial et inspiré, scénariste inventif et puissant, réalisateur visionnaire et novateur, conteur magique d'histoires extraordinaires dans Vérités et Mensonges, the wonder boy Orson Welles a su poser sur l'Amérique et la société moderne, sur le monde du spectacle et de la communication un regard lucide et sans complaisance. Son analyse du pouvoir des médias, dans Citizen Kane, n'a pas pris une ride[non neutre]. Et les dangers liés aux progrès de la science, cristallisés dans l'accident de George Amberson, dans son deuxième film, sont toujours d'actualité. Mais l'homme est avant tout un féru de littérature, de musique, de peinture et de théâtre. En 1958, venu présenter La Soif du mal en France, Orson Welles rencontre André Bazin, journaliste et fondateur des Cahiers du cinéma, à qui il accorde un long entretien qui est repris dans le livre que le critique consacre à Welles. Il parle des cinéastes qu'il admire : Marcel Pagnol, John Ford dont il a vu La Chevauchée fantastique une quarantaine de fois avant de réaliser son premier film, Vittorio De Sica, Kenji Mizoguchi, Sergueï Eisenstein, Charlie Chaplin, René Clair et David Wark Griffith. Mais il n'est pas tendre avec certains de ses pairs. Toujours dans l'entretien avec Bazin, il descend Roberto Rossellini, Nicholas Ray et Vincente Minnelli. Seul Stanley Kubrick trouve grâce à ses yeux. Du reste, il est possible de considérer Kubrick comme le meilleur disciple de Welles tant les deux artistes ont de points communs.

Sa carrière n'a pas été un long fleuve tranquille. Il a été obligé de batailler ferme pour mener à bien tous ses projets, qu'il s'agisse de théâtre ou de cinéma. Après 1946 et l'échec commercial cuisant du Tour du monde en quatre-vingts jours de Jules Verne, au théâtre[90], il a eu des ennuis avec le fisc. Mais il a également connu des moments heureux. Il a pu monter quelques pièces de Shakespeare en Angleterre. Visionnaire et audacieux, il a monté, à New-York, Macbeth et transposé l'histoire de l'Écosse brumeuse à l'île d'Haïti sous le règne du roi Christophe, en faisant jouer des acteurs noirs. Sa passion pour le grand dramaturge anglais ne s'arrête pas au théâtre et au cinéma : il réalise plusieurs adaptations radiophoniques qu'il sortira par la suite en disque.

Il a collaboré avec entre autres avec plusieurs musiciens : en tant que narrateur, sur l'album musical d'Alan Parsons Project intitulé Tales of Mystery and Imagination sur le titre A Dream Within a Dream ; avec le groupe de heavy métal Manowar en prêtant sa voix pour des narrations sur les titres Dark Avenger et Defender.

Shakespeare[modifier | modifier le code]

Orson Welles dès son plus jeune âge entretient une relation privilégiée avec le dramaturge anglais. Dans les multiples entretiens qu'il accordait, il ne cessait de répéter que Shakespeare était le plus grand poète de tous les temps. Le choc, dans le plus beau et le plus noble sens du terme, entre les deux artistes ne pouvait déboucher que sur des chefs-d'œuvre. Avant même de faire du cinéma, Welles maîtrisait parfaitement le théâtre de Shakespeare: Richard III, monstre du théâtre du dramaturge anglais, était à son répertoire. En 1939, il produit Les cinq rois, où il refond plusieurs pièces, et le fait jouer par le Mercury Theatre. La consécration eut lieu dans les années 1950, quelque temps après avoir terminé son adaptation de Othello. Grâce à l'aide de l'acteur Laurence Olivier, il put monter la pièce sur la scène du Saint James Theatre, le temple du théâtre élisabéthain. Le triomphe fut total. En 1956, à New-York, il a mis en scène Le roi Lear, au théâtre City Center, toujours avec le même succès.

Au cinéma, l'influence de Shakespeare se manifeste dès Citizen Kane : un roi de la presse, qui cherche à étendre son empire, doit essuyer plusieurs échecs sentimentaux, relationnels et professionnels qui le conduiront à la solitude et à la mort. Nous retrouvons dans ce premier film de nombreuses thématiques shakespeariennes: un roi solitaire, tentant en vain de concilier ambition, pouvoir et vie de famille, et devant faire face à la trahison. Celle de ses amis, mais aussi la sienne propre, car Charles Kane trahit sa profession de foi. Ce thème de la trahison, et de l'échec qui s'ensuit, va se retrouver tout au long de son œuvre, mais également de sa vie professionnelle. Il suffit de penser à It's all true et Don Quichotte : trahi par ses échecs commerciaux, le cinéaste a de nombreuses difficultés pour mener à bien ses projets.

Macbeth et Banquo rencontrant les trois sorcières

Les adaptations qu'Orson Welles réalise sont chacune différentes, mais également fascinantes. Macbeth est composé majoritairement de plans-séquences très longs. Le seul couronnement du roi dure près de dix minutes. Le cinéaste plonge le film dans des brumes, rappelant celles d'Écosse, afin de cacher la pauvreté des décors. À l'inverse, Othello est composé d'environ deux mille plans. Véritable prouesse technique de Welles qui interrompt son film pour le reprendre quelques mois plus tard, une fois les finances arrivées. C'est également le film où le thème de la trahison est sublimé : Othello est trompé par Iago qu'il croit être son ami, alors qu'en fait ce dernier ne sert que ses ambitions. Sa dernière adaptation est également grandiose puisqu'il s'agit de Falstaff, où il refond plusieurs pièces du dramaturge et fait de John Falstaff, personnage secondaire, presque un faire-valoir chez Shakespeare, un personnage de premier plan. La séquence de bataille est admirable, et le pachyderme Welles, très loin du jeune premier de Citizen Kane, incarne le bouffon, mais sincère Falstaff, renié par son ami devenu roi.

La tauromachie[modifier | modifier le code]

Welles, nous l'avons vu, découvre l'Espagne à 17 ans. Au cours de l'année 1935, il sillonne de nouveau l'Espagne sous l’apodo de El Americano. Mais après deux blessures, l'une au cou, l'autre à la cuisse, il renonce à son ambition de devenir torero.

Il déclara plus tard, lors d'un entretien avec un journaliste de Arriba le 10 février 1951, qu'il avait cherché à devenir torero mais « ne pus atteindre ce que je me proposais… C'est (la tauromachie) un véritable art de Titan »[91]. Il cultiva toute sa vie une passion pour la tauromachie au point qu'il a fait répandre ses cendres dans la finca de son ami Antonio Ordóñez[92] et que l'Espagne s'est trouvé être parfois le décor de plusieurs de ses films. Cependant il n'a jamais réussi, au cours de sa carrière, à trouver le financement pour son film Monstres sacrés[réf. nécessaire] dont le sujet est celui d'un cinéaste (lui-même) qui suit des toreros de ville en ville. De son Afición, seuls subsistent My Friend Bonito ainsi que quelques émissions de télévision, parmi lesquelles Corrida à Madrid (1955), The Orson Welles Sketchbook (Around the World with Orson Welles, ABC, 1955) et Orson Welles on the Art of Bullfighting (ABC, 1961)[92].

Au cours de sa carrière, il tente de « contaminer » un certain nombre de célébrités de Hollywood, occupant dans les arènes les places du premier rang en compagnie d'acteurs et d'actrices. Certains le suivent parce que c'est en quelque sorte à la mode : Frank Sinatra, Debra Paget Lee Marvin, Glenn Ford. D'autres étaient devenus de réels aficionados : Rita Hayworth, Ava Gardner, Stefanie Powers (qui était elle-même une Aficionada practica), Joseph Cotten, Anthony Quinn[93].

L'écrivain et le dessinateur[modifier | modifier le code]

Textes publiés de son vivant :

  • (en) Everybody's Shakespeare avec Roger Hill, Everybody's Shakespeare, Woodstosk (Ill.), The Todd Press, 1934 comprenant Le Marchand de Venise, La Nuit des rois et Jules César ; illustr. de Welles - réédité avec Macbeth sous le titre The Mercury Shakespeare, Londres & New York, Harper & Bros., 1939 (illustré par O. Welles)., Woodstosk (Ill.), The Todd Press, 1934 comprenant Le Marchand de Venise, La Nuit des rois et Jules César ; illustr. de Welles - réédité avec Macbeth sous le titre The Mercury Shakespeare, Londres & New York, Harper & Bros., 1939 (illustré par O. Welles).
  • (en) Invasion from Mars, New York, Dell Publishing, 1949, anthologie comprenant le scénario radiophonique de La Guerre des mondes écrit par Howard Koch.
  • Une grosse légume[94], roman trad. par M. Bessy, coll. « L'Air du temps », Gallimard, 1953.
  • Miracle à Hollywood (The Unthinking Lobster) suivi de A bon entendeur (Fair Warning), théâtre[95], trad. par Serge Greffet, La Table ronde, 1953.
  • Monsieur Arkadin (Mr Arkadin), roman adapté par M. Bessy[96], coll. « L'Air du temps », Gallimard, 1954 - rééd. en 1969 et 1973 (La Guilde du Livre / Edito-Service).
  • (en)Moby Dick — Rehearsed: A Drama in Two Acts, New York, Samuel French Inc., 1965 (ISBN 0-573-61242-0).
  • (en)This is Orson Welles écrit avec Peter Bogdanovich, New York, Harper & Row, 1972.

Publications posthumes :

  • (en) The Big Brass Ring: An Original Screenplay, Black Spring Press, 1991 (ISBN 978-0948238161).
  • (en) Les Bravades: A Portfolio of Pictures Made for Rebecca Welles by Her Father[97], Workman Publishing, 1997 (ISBN 978-0761105954).
  • (en)(fr) Giorgio Gosetti (éd.), Orson Welles & Oja Kodar, The Other Side of the Wind: scénario-screenplay, Cahiers du Cinéma & Festival International du Film de Locarno, 2005.

Welles fut également un dessinateur accompli, et ce dès Hearts of Age. Dans The Orson Welles Sketchbook, il illustre diverses anecdotes à partir de ses propres croquis ; dans Vérités et Mensonges, on le voit en train de dessiner dans plusieurs séquences[98].

Radiophonie[modifier | modifier le code]

Cette liste présente l'essentiel des contributions radiophoniques d'Orson Welles entre 1934 et 1952 et montre qu'au cours des cinq premières années l'homme de théâtre et de radio fusionnent en un travail très prenant, exploratoire et fondateur, et qui connaît son apogée avec l'adaptation de La Guerre des mondes en octobre 1938 :

1934[modifier | modifier le code]

The American School of the Air (CBS) - acteur

1935[modifier | modifier le code]

Panic d'Archibald MacLeish produit par The March of Time[99] (CBS) - acteur
Documentaire de William S. Paley produit par America's Hour (CBS) - acteur
Dramatique historique pour Calvacade of America (CBS / DuPont) - acteur

1936[modifier | modifier le code]

Poèmes pour Musical Reveries (CBS) - récitant
The Bells pour Terror by Night (CBS) - acteur
The Wonder Show, 6 émissions pour (Mutual) - récitant
Hamlet de William Shakespeare pour Columbia Workshop[100] (CBS) - adaptateur et acteur

1937[modifier | modifier le code]

The Fall of the City d'Archibald MacLeish pour Columbia Workshop (CBS) - acteur
Les Misérables de Victor Hugo, 7 épisodes coproduit par Mercury Theatre (Mutual[101]) - adaptation, réalisation et acteur
Twelfth Night de Shakespeare pour Shakespearean Cycle (CBS) - adaptation, réalisation et acteur
Dramatiques pour la série reprenant le personnage The Shadow (Mutual) - voix de The Shadow[102]
Adaptation de Miss Middleton's Lover de Laura Jean Libbey (Mutual) - acteur

1938[modifier | modifier le code]

The Magic Key (Blue) - acteur
Dracula de Bram Stocker pour First Person Singular[103] (CBS) - production, adaptation, réalisateur, acteur
The Treasury Island de Robert Louis Stevenson - idem
A Tale of Two Cities de Charles Dickens - idem
The Thirty-Nine Steps de John Buchan - idem
Trois nouvelles de Carl Ewald, Saki et Sherwood Anderson - idem
Abraham Lincoln de John Drinkwater - idem
The Affairs of Anatol d'Arthur Schnitzler - idem
The Count of Monte Cristo d'Alexandre Dumas - idem
The Man Who Was Thursday de G. K. Chesterton - idem
Jules César de William Shakespeare, The Mercury Theatre on the Air (CBS) - production, adaptation, réalisateur, acteur
Jane Eyre de Charlotte Brontë - idem
Sherlock Holmes de Sir Arthur Conan Doyle - idem
Oliver Twist de Charles Dickens - idem
Hell on Ice de Edward Ellsberg - idem
Seventeen de Booth Tarkington[104] - idem
Around the World in Eighty Days de Jules Verne - idem
The War of the Worlds de H. G. Wells - idem
Heart of Darkness de Joseph Conrad - idem
Stars in Their Courses de I.A.R. Riley, The Silver Theatre (CBS) - acteur
A Passenger to Bali de Ellis St. Joseph, The Mercury Theatre on the Air (CBS) - production, adaptation, réalisateur, acteur
The Pickwick Papers de Charles Dickens - idem
Clarence de Booth Tarkington - idem
The Bridge of San Luis Rey de Thornton Wilder - idem
Rebecca de Daphne du Maurier pour The Campbell Playhouse[105] (CBS) - production, adaptation, réalisateur, acteur

1939[modifier | modifier le code]

Série d'adaptations pour The Campbell Playhouse (CBS)

1940[modifier | modifier le code]

Suite des adaptations pour The Campbell Playhouse (CBS)
The Jell-O Program Starring Jack Benny (NBC) - lui-même
This is Radio (Mutual) - acteur
Entretien entre Welles et H.G. Wells par Charles Shaw (KTSA)[106]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Courts-métrages[modifier | modifier le code]

Longs-métrages[modifier | modifier le code]

Documentaires et fictions télévisés[modifier | modifier le code]

  1. L'Affaire Dominici (inachevé)
  2. Corrida à Madrid
  3. Saint-Germain-des-Prés
  4. Le Pays Basque Visionner le début
  5. La Pelote Basque
  6. Le Troisième Homme à Vienne
  7. Les Prisonniers de la Reine

Producteur associé[modifier | modifier le code]

La réalisation est d'Orson Welles, sauf mention contraire

Scénariste[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Années 1930/1940[modifier | modifier le code]

Années 1950[modifier | modifier le code]

Années 1960[modifier | modifier le code]

Années 1970[modifier | modifier le code]

Années 1980/2000[modifier | modifier le code]

Voxographie[modifier | modifier le code]

Narrateur[modifier | modifier le code]

Doublage français[110][modifier | modifier le code]

et aussi :

Box-office américain[modifier | modifier le code]

Recettes au moment de la sortie en salles :

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • André Bazin, Orson Welles, Paris, Éditions des Cahiers du cinéma. 2002. Réédition de l'étude réalisée en 1972 et préfacée par André S. Labarthe, avec ajout d'un texte de François Truffaut. Étude d'autant plus précieuse que le critique a pu s'entretenir avec Orson Welles qui venait à Paris pour présenter La Soif du mal.
  • Alain Bergala, Jean Narboni et Claudine Paquot, Orson Welles, Paris, Éditions des Cahiers du cinéma, 1986. Les auteurs ont rassemblé de nombreuses études critiques de différents numéros des Cahiers du cinéma, ainsi que des entretiens avec Orson Welles.
  • Jean-Pierre Berthomé et François Thomas, Orson Welles au travail, Paris, Éditions des Cahiers du Cinéma, 2006.
  • Maurice Bessy, Orson Welles, Paris, Seghers, coll. Cinéastes de notre temps, 1965.
  • Maurice Bessy, Orson Welles, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 1982.
  • Peter Bogdanovich. Moi, Orson Welles, Paris, Le Seuil, collection Points, 1997. Cet ouvrage est composé de plusieurs entretiens avec Peter Bogdanovich, réalisés à partir de 1968 et s'étendant sur 15 ans. C'est sa seule véritable autobiographie.
  • Youssef Ishaghpour, Orson Welles, cinéaste, une caméra visible, Paris, La Différence, 2001. Monumentale monographie en trois volumes, 1984 pages.
  • Paolo Mereghetti, Orson Welles, Paris, Éditions des Cahiers du cinéma. collection Les grands cinéastes, 2007.
  • Peter Noble. Orson Welles le magnifique, Paris, Éditions Pierre Horay. 1957.
  • Danièle Parra et Jacques Zimmer, Orson Welles, Paris, Éditions Filmo 13. 1985.
  • Brigitte Tast, Hans-Jürgen Tast : Orson Welles - Othello - Mogador. Aufenthalte in Essaouira, Kulleraugen Vis.Komm. Nr. 42, Schellerten 2013, ISBN 978-3-88842-042-9

Ouvrages généralistes[modifier | modifier le code]

  • Robert Bérard (dir.), Histoire et dictionnaire de la Tauromachie, Paris, Bouquins Laffont,‎ 2003 (ISBN 2221092465)
  • Francis Courtade, Cinéma expressionniste, Paris, Henri Veyrier. 1984. L'auteur consacre un chapitre à analyser l'œuvre de cinéastes influencés par le courant expressionniste, parmi lesquels Orson Welles, Fritz Lang et Friedrich Wilhelm Murnau.
  • Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier, 50 ans de cinéma américain, Paris, Omnibus. 2003.
  • Jean Tulard, Dictionnaire du cinéma : les réalisateurs, Paris, Robert Laffont. 2003 (dernière édition).
  • Jean Tulard, Dictionnaire du cinéma : les acteurs, Paris, Robert Laffont. 2004 (dernière édition).
  • Jean-Loup Passek, Michel Ciment, Jean-Pierre Frouard, Dictionnaire du cinéma, Éditions Larousse,‎ 1986, 888 p. (ISBN 2-03-512303-8)
  • Claude Popelin, Le Taureau et son combat, Paris, Seuil,‎ 1993 (ISBN 2877061779)
  • (en) Lynn Sherwood, Yankees in the afternoon, une histoire illustrée des toreros américains, Jefferson, Caroline du Nord, Mac Farland,‎ 2001 (ISBN 2-8666-5034-4) préface de Barnaby Conrad, réédition 2008.

Documentaires sur Orson Welles[modifier | modifier le code]

  • Leslie Megahey, With Orson Welles, Story of a life in film, où la carrière de Welles est passée en revue, film par film. BBC TV Prod., 1989, diff. 1990.

Discographie et supports audio[modifier | modifier le code]

  • Il existe un CD audio édité en France qui restitue l'ensemble de l'émission La Guerre des mondes de 1938 accompagné d'un livret de commentaires (coll. « Les grandes heures de la radio », Phonurgia nova Éditions, Arles, France, 1989).
  • En 1984 Orson Welles a enregistré un 45 tours dont il a écrit les paroles I know what it is to be young (but you don't know what it is to be old) accompagné par les Ray Charles Singers.[réf. nécessaire]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après imdb.com, pour quelques scénarios et une émission de télévision, cf. filmographie détaillée en infra.
  2. Les classements successifs de l'Institut cinématographique américain, mais aussi le magazine britannique Sight & Sound, ont élu Citizen Kane en tant que plus grand film de l'histoire du cinéma américain.
  3. Dès 1958, durant l'Exposition universelle de Bruxelles, un jury international de critiques appelé à juger l'ensemble de la production cinématographique, classe le film en 6e position.
  4. O. Welles se sentait artistiquement très proche de Kubrick : « Pour moi, Kubrick est meilleur que John Huston. Je n'ai pas vu Lolita, mais je crois que Kubrick peut tout faire. Il possède un talent que n'ont pas Ray, Aldrich et les autres cinéastes de la génération précédente. C'est peut-être parce que son tempérament correspond davantage au mien. », cité par Alain Bergala, Jean Narboni, Claudine Paquot in Orson Welles, Éditions Cahiers du cinéma, 1986, p. 47.
  5. a, b et c Passek et al 1986, p. 680
  6. Danièle Parra et Jacques Zimmer, Orson Welles, Éditions Filmo-13, 1985, page 13.
  7. a, b et c Parra & Zimmer (1985), op. cit., p. 15.
  8. a et b André Bazin, Orson Welles, Éditions Cahiers du Cinéma, 2002, page 49.
  9. a et b Parra & Zimmer (1985), op. cit., p. 14.
  10. Cf. ci-après § Écrivain et dessinateur.
  11. Alain Bergala et al. (1986), Orson Welles, Éditions Cahiers du Cinéma, p. 22.
  12. Selon Peter Conrad (Faber Paperback, 2004, p. 49) : Dans la tradition des écoles d'art européennes, l'étudiant devait commencer par l'Italie puis la France : Welles choisira de commencer par l'Irlande.
  13. Fondé en 1928, Mac Liammóir revient sur cet épisode dans Christopher Fitz-Simon, The Boys: Biography of Micheál Mac Liammóir & Hilton Edwards, New Island Books, 2002 (ISBN 978-1904301042).
  14. Cf. Positif, juillet-août 1963 (traduit du Sunday Times par Jean-Claude Allais).
  15. Il s'agit bien d'une adaptation du texte de Lion Feuchtwanger, lequel dénonça en 1940 le film idoine réalisé par Veit Harlan.
  16. Fitz-Simon (2002), § III.
  17. a et b Danièle Parra et Jacques Zimmer, Orson Welles, Éditions Filmo-13, p. 16
  18. Alain Bergala, Jean Narboni, Claudine Paquot, Orson Welles, Éditions Cahiers du Cinéma, p. 41
  19. Sherwood 2001, p. 268
  20. Joseph Mc Bride (1972), Orson Welles, Rivages, 1985, p. 25-26.
  21. Voir la distribution du 20 décembre 1934.
  22. A. Bazin (2002), p. 27.
  23. Christopher Welles, épouse Feder, née le 27 mars 1938.
  24. Video sur le site wellesnet.com
  25. McBride (1985), p. 26-28.
  26. Bazin (2002), p. 57.
  27. Bazin (2002), p. 58 ; chiffres revus par McBride (1972) et Conrad (2004).
  28. Une copie de ce second court métrage, longtemps considéré comme égaré, a été retrouvée en Italie en août 2013 et est en cours de restauration par le musée George Eastman House. La première projection sera effectuée le 9 octobre 2013 dans le cadre de la Journée du cinéma muet, à Pordenone (in Le Monde, 7 août 2013).
  29. Bazin (2002), p. 29.
  30. Bessy (1982), p. 17.
  31. Bazin (2002), p. 61.
  32. Parra et Zimmer (1985), p. 17.
  33. Voir notamment : David Miller, Introduction to Collective Behavior, Waveland Press, 1985, p. 99-100, 103-106; pour une étude entièrement consacrée à cette histoire et à une analyse de la construction du discours sur la panique et l'irrationalité des foules, voir Pierre Lagrange, La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?, Paris, Robert Laffont, 2005.
  34. a et b Passek et al 1986, p. 681
  35. a, b et c Pierre Lagrange, La guerre des mondes a-t-elle eu lieu ?, Robert Laffont, 2005.
  36. Son slogan était : "Quality Pictures at a Premium Price".
  37. Bessy (1982), p. 51.
  38. Finalement adapté au cinéma en 1979 par Francis Ford Coppola avec Apocalypse Now, mais selon un traitement différent.
  39. Bessy (1982), p. 50, cite la somme de 1 100 000 dollars contre 500 000 alloués.
  40. Quelques essais filmés auraient été tournés d'après Conrad (2004), p. 123.
  41. Publié sous le pseudonyme de Nicholas Blake.
  42. Conrad (2004), p. 145.
  43. Bazin (2002), p. 68 § "Hollywood 1939-1941. Le grand diptyque".
  44. Paolo Mereghetti, Les grands cinéastes : Orson Welles, Éditions Cahiers du cinéma, 2007, p. 28.
  45. Mereghetti (2007), p. 33.
  46. Bessy (1982), p. 49 et suiv.
  47. McBride (1986), p. 172-173.
  48. Cité par Peter Noble (1957) in Orson Welles, le magnifique et repris dans Parra & Zimmer (1985), p. 21.
  49. News Tribune du 22 oct. 2004, Tacoma, Washington State.
  50. Internet Archive  : Hello Americans, en ligne.
  51. Pour un coût initial de 1 705 000 dollars, le film dégagea une importante marge bénéficiaire [McBride (1972), p. 87-89].
  52. Conrad (2004), p. 95.
  53. Citation rapportée par McBride (1972), p. 91.
  54. Rapporté par Serge Daney, Ciné Journal Cahiers du Cinéma, 1986, p. 20.
  55. Bazin (1972), p. 87.
  56. Selon McBride (1972), p. 111.
  57. Bazin (1972), p. 88-90.
  58. Bazin (1972), p. 90-92.
  59. Bessy (1985), p. 78.
  60. « Quand Hollywood veut faire penser… », L’Écran français, août 1945.
  61. « La technique de Citizen Kane », Les Temps Modernes, no 17, 1947 puis le premier essai consacré à Welles par Bazin et préfacé par Jean Cocteau, paru chez Chavanne en 1950.
  62. Photographie de Marcel Pagnol avec Orson Welles, Radio France.
  63. Pour le Festival de Cannes (20 sept. - 9 oct. 1946) ?
  64. Marcel Pagnol, Confidences, Éditions de Fallois, 1990.
  65. Roger Corbeau - Biographie
  66. Bill Krohn, Entretien avec Orson Welles, Cahiers du Cinéma, février 1982, rééd. 1986.
  67. Bazin (1972), p. 94.
  68. Brigitte Tast, Hans-Jürgen Tast, Orson Welles - Othello - Mogador. Aufenthalte in Essaouira, Kulleraugen Vis.Komm. no 42, Schellerten 2013, ISBN 978-3-88842-042-9
  69. Soit 1 million de dollars de l'époque.
  70. Extrait des entretiens avec André Bazin, in Bazin (1972), p. 99.
  71. D'après Welles cité par Bazin (1972), p. 210-211.
  72. Certains sont peut-être coécrits avec Harry Alan Towers, quoi qu'il en soit Welles ne possédait pas les droits du personnage Harry Lime, inventé par Graham Greene.
  73. (en) Jonathan Rosenbaum, "The Seven Arkadins", in Discovering Orson Welles, Berkeley, University of California Press, 2007, p. 146-62.
  74. Cahier du Cinéma, no 75, citation reprise par André Bazin (1972, p. 111).
  75. This is Orson Welles, New York, Harper & Row, 1972
  76. Welles/Bogdanovich (1972), ibid.
  77. Lire "Are You My Father, Orson Welles?", d'Alex Witchel, The New York Times, 30 sept. 2011.
  78. Welles & Bogdanovich (1992), p. 427.
  79. Ce montage financier compliqué fait que les droits actuels donnent lieu à conflits entre les héritiers des producteurs et Beatrice Welles.
  80. Parra et Zimmer, Orson Welles, p. 10, citant l'interview par BBC Arena (1982).
  81. Laquelle se trouve dans le recueil Le Festin de Babette, Paris, Gallimard, 1958.
  82. Il est retrouvé au petit matin par son chauffeur Fred Gillette avec une machine à écrire en équilibre sur son corps
  83. (en) Noel Botham, The Book of Useless Information: An Official Publication of the Useless Information Society, Perigee,‎ 2006, 1e éd. (ISBN 978-0-399-53269-6, OCLC 67922572, LCCN 2006043282), p. 25
  84. Sur cette notion d'invisibilité et la question du statut des films non tournés, cf. Christian Janicot, Anthologie du cinéma invisible. Cent scénarios jamais réalisés de poètes et d'écrivains, Jean-Michel Place, 1994, intr.
  85. Bazin (1972), p. 124.
  86. "Interview face aux étudiants américains" in Vassili Silovic et Oja Kodar, Orson Welles: The One-Man Band, La Sept-Arte, 1995 [vidéo], cf. filmographie.
  87. Patrick Brion in Bazin (1972), p. 196.
  88. O. Kodar et V. Silovic, 1995.
  89. Welles & Bogdanovich, op. cit..
  90. Voir Irène Zanot : Phileas Fogg chez Orson Welles, Revue Jules Verne 33/34, Les Arts de la représentation, Centre international Jules Verne, 2011, p. 29-39.
  91. Popelin 1993, p. 17
  92. a et b Bérard 2003, p. 392
  93. Sherwood 2001, p. 34
  94. D'après It's in the Bag, novélisation d'une fiction radiophonique coécrite avec Harry Alan Towers en 1951 et adaptée par Maurice Bessy. Inédit en anglais.
  95. Inédits en anglais.
  96. Plus tard, Welles dira à Bogdanovich (1972) que seul Bessy avait pris la liberté de cette novélisation.
  97. Album réalisé par Welles pour sa fille en 1956 lors du festival éponyme de Saint-Tropez.
  98. Dans Maurice Bessy, Orson Welles (Pygmalion, 1982), apparaissent une cinquantaine de dessins originaux de Welles.
  99. Le collaboration avec l'émission The March of Times s’étendra jusqu'en 1938.
  100. D'autres adaptations de Shakespeare suivront pour le Columbia Workshop en 1938.
  101. Épisodes diffusés du 23 juillet au 3 septembre 1937.
  102. Émission programmée de septembre 1937 à octobre 1938.
  103. First Person Singular est le premier nom de The Mercury Theatre on the Air : cette adaptation de Dracula est aussi la première production radiophonique complète de Welles.
  104. L'auteur de La Splendeur des Amberson.
  105. Première d'une série d'adaptations écrites par Orson Welles jusqu’au 31 mars 1940 avec John Houseman.
  106. Unique entretien entre les deux hommes, le 28 octobre 1940.
  107. Fiche IMDB.
  108. Il s'agit de l'épisode 4 de la série Orson Welles' Great Mysteries.
  109. La voix de Welles ayant été jugée par Joris Ivens comme trop théâtrale et distanciée au regard du réalisme tragique du film, c'est finalement Ernest Hemingway qui assura la narration dans la version anglaise définitive.
  110. Voxographie sur lebonforum.com