Perestroïka

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Propagande en faveur de la perestroïka sur un timbre postal de l'URSS de 1988. La cause de la révolution d'Octobre se poursuit avec la Perestroïka. Accélération (Ouskoreniye), Démocratisation (Demokratizatsiya), Transparence (Glasnost)

La perestroïka (« перестройка  » en russe, qui signifie : reconstruction, restructuration ; avec un élément novateur de péré- = re-, et stroïka = construction) est le nom donné aux réformes économiques et sociales menées par Mikhaïl Gorbatchev en URSS d'avril 1985 à décembre 1991.

Les origines : compétition avec les États-Unis[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, Joseph Staline considère comme un objectif diplomatique majeur de pouvoir traiter d'égal à égal avec les États-Unis. Cette politique est reprise par ses successeurs, avec au début un incontestable succès : la parité nucléaire est rapidement atteinte dans le domaine militaire (1949-1953), et, dans la conquête de l'espace, l'Union soviétique a au début (1957-1965) une longueur d'avance.

La première déconvenue arrive avec la course à la Lune, dont la victoire médiatique revient aux Américains en juillet 1969. Les Soviétiques font croire dans un premier temps que leur priorité budgétaire est ailleurs. Mais en réalité ils ne maîtrisaient pas les systèmes informatiques indispensables à ce type d'opérations.

Dans les années 1970, toujours à la recherche de la parité, les soviétiques obtiennent des américains un vol commun Apollo-Soyouz (1975). À cette occasion, le retard soviétique en informatique devient patent. Certes, pour tenter de se maintenir dans cette compétition, les Soviétiques arrivent à poser par deux fois des robots télécommandés (Lunokhod 1 et 2), puis se lancent dans la construction de bases spatiales habitées, domaines dans lesquels ils ont pris l'avantage par rapport aux États-Unis.

Cependant, malgré ces succès ponctuels, l'Union soviétique n'arrive pas à compenser son retard. L'URSS cherche ensuite à développer les relations scientifiques et organise des congrès avec des médecins et des chercheurs des deux camps : le monde entier prend alors connaissance de l'énorme retard technologique de l'URSS.

Ainsi, le régime soviétique, en voulant à tout prix être considéré par les États-Unis comme son égal, met en évidence ses faiblesses. En effet, dans trois domaines-clés de la fin du XXe siècle, l’informatique, l'espace et la biochimie, l'Union soviétique est en train de perdre la compétition face à l'Occident.

L'accident nucléaire de Tchernobyl de 1986, qui coûte 18 milliards de roubles (18 milliards de dollars) au pays[1] est l'une des conséquences les plus évidentes de cet échec technologique.

Le contexte interne[modifier | modifier le code]

La cause profonde de ce retard réside dans l'extrême centralisme de l'économie de l'URSS, qui supprime toute initiative. Durant les années 1960, l'économiste soviétique Evseï Liberman avait déjà vu le problème et avait proposé d'accorder l'autonomie aux entreprises, en leur permettant notamment de fixer elles-mêmes leurs objectifs de production en fonction des commandes reçues, et non en se référant aux objectifs du plan soviétique.

Alexis Kossyguine, élu président du conseil des ministres en 1964, devait mettre cette réforme en application. Mais elle est abandonnée dans les années 1970, parce qu'elle retirait aux membres du Parti leurs pouvoirs, au profit des gestionnaires de la technocratie. L'inconvénient majeur de ce blocage risquait de provoquer le déclin accéléré de l'URSS.

À la fin des années 1970, devant ces déconvenues, le KGB, dirigé par Iouri Andropov, diligente une enquête confidentielle pour évaluer le PNB soviétique, selon les critères qualitatifs occidentaux, c’est-à-dire en y intégrant le concept de « valeur ajoutée », et non plus seulement en se fiant à la production en volume (en nombre d'unités produites), comme le voulait la tradition socialiste. Le résultat est très défavorable et apporte la preuve du déclin de l’Union soviétique, qui voit son économie dépassée par celles du Japon et de la RFA.

Le contexte externe[modifier | modifier le code]

Sur la scène internationale, vers le début des années 1980, l’URSS est confrontée à une situation géopolitique nouvelle[2] :

  • les pays industrialisés comme le Japon et la RFA disposent désormais d’une économie plus puissante que celle de l'URSS ;
  • la Chine commence une croissance économique exceptionnelle ; à partir de 1978, la République populaire de Chine dirigée par Deng Xiaoping, entreprend une véritable « révolution économique » en rétablissant de fait le capitalisme et en insufflant ainsi un dynamisme considérable à l’économie chinoise ;
  • les États-Unis, toujours aussi hostiles envers l'URSS, accroissent l’écart économique entre les deux pays en leur faveur.

N'étant plus capable de soutenir financièrement le rythme effréné de la course aux armements, et dans un contexte de stagnation économique et d'une baisse des cours du pétrole, l'URSS n'a pas d'autre choix que de songer à une détente et au désarmement.

Le remède[modifier | modifier le code]

Première rencontre entre Mikhaïl Gorbatchev, artisan de la perestroïka et le président américain Ronald Reagan, en 1985.

Le 11 mars 1985, la direction vieillissante du Parti communiste de l'Union soviétique, consciente du danger, porte alors au pouvoir Mikhaïl Gorbatchev, le jeune représentant de la nouvelle génération de dirigeants, pur produit du régime soviétique, qui n'a alors que 54 ans.

Le nouveau secrétaire général du Parti communiste s'efforce de sauver le système par des réformes de structure très profondes soutenu par des instituts de recherche tel l'Institut d'études des États-Unis et du Canada par rapport aux principes léninistes classiques :

  1. Restitution (mais pas la vente) de la terre aux paysans, qui bénéficient de baux à très long terme (50 ans), pour des exploitations personnelles ;
  2. Autorisation pour les particuliers de créer des entreprises unipersonnelles ou des coopératives (restaurants, salons de coiffure, petit artisanat, petites entreprises de vente, etc.) ;
  3. Tentative de libéralisation de l'activité économique des grandes entreprises d'État, en responsabilisant le personnel (sur la qualité des produits fournis en lien avec les prix de vente et les revenus des employés, élection des directeurs, autonomie financière) ;
  4. Diminution du rôle du Parti à partir de 1988-89 par une libéralisation réelle et l'instauration d'un pluralisme politique (libération du dissident politique Andreï Sakharov, nouvelle loi sur la Presse écrite : glasnost) ;
  5. Réforme de la Constitution de 1977 (instauration d’une fonction présidentielle, élections « libres » avec des candidatures multiples pour les soviets — mais ces candidats multiples appartiennent toujours au parti communiste… —, etc.).

En mars 1921, Lénine avait lancé la Nouvelle politique économique (la NEP), pour sauver le régime soviétique naissant sur les mêmes principes : autosuffisance des entreprises d'État, libéralisation du commerce intérieur, privatisation des terres agricoles, etc.

Gorbatchev a comme but de transformer l'économie inefficace et stagnante de l'URSS en une économie de marché décentralisée, mais toujours sous l'égide du Parti communiste. Néanmoins, cette politique de réformes socio-économiques, combinée avec la glasnost (transparence, liberté de paroles) dans les médias, n'a aucunement en vue de remettre en question les dogmes communistes : il s'agit bel et bien de consolider le régime communiste, affaibli par l'immobilisme de la gérontocratie des dernières décennies (Léonid Brejnev, Youri Andropov, Konstantin Tchernenko) en s'appuyant sur une relance de la croissance et la hausse de productivité. Pour Gorbatchev, cette politique doit permettre de donner un second souffle au socialisme soviétique, en l'adaptant aux évolutions de la société russe et du monde en général.

Les causes de l’échec[modifier | modifier le code]

Propagande en faveur de la perestroïka sur un timbre postal de l'URSS, 1988
L'absence d'État de droit 
Cependant, ces réformes, souvent brouillonnes, ne s’accompagnent pas de l’instauration d’un véritable État de droit : l’arbitraire reste omniprésent et les cadres conservateurs du PCUS font tout pour entraver ces réformes, car ils ne veulent pas perdre leurs privilèges et leurs pouvoirs. L'instauration d'un véritable climat de confiance, garanti par une législation précise respectée par l'État, indispensable pour la réussite des réformes, échoue. En effet, l'obstacle politique, la toute-puissance du parti unique demeure. D'autre part, le système de planification centralisée est démantelé sans qu'aucune autre structure économique de marché efficace ne soit mise en place. Contrairement à la Chine, la mise en place d'une législation clairement capitaliste (droit de l'entreprise, droit des faillites, droit des contrats, droit bancaire, droit de la propriété foncière, droit du travail, etc.) n'est pas voulue par le régime de Gorbatchev, attaché aux valeurs du communisme, ce qui le fait paraître hésitant. Cette réforme, largement inspirée du projet du Professeur Liberman dans les années 1960, bute sur le même obstacle : l'autonomie des entreprises rentre en conflit avec l'appareil du Parti.
La dérive mafieuse du Parti 
L'appareil du PCUS s'est transformé en structure minée par l'immobilisme et la corruption, notamment dans les républiques musulmanes. Ainsi, l'affaire du coton ouzbek dans les années 1960-1980 a constitué l'un des meilleurs exemples du degré de corruption atteint, puisque même le gendre du secrétaire général soviétique de l'époque Léonid Brejnev, le général Iouri Tchourbanov, fut impliqué dans ce scandale, tout comme le premier secrétaire du Parti communiste de la RSS d'Ouzbékistan Charaf Rachidov. Cette « dérive mafieuse » du Parti est très importante, les nouveaux « hommes d'affaires » para-mafieux profitent des lacunes du droit des affaires pour s'accaparer des richesses du pays, tandis que l'inflation galopante réduit à néant les économies des simples citoyens[3].
La crise politique 
Gorbatchev rentre en conflit avec Boris Eltsine, ancien secrétaire du Parti pour la région de Moscou, qui exige le pluripartisme et le pluralisme dans les élections. Enfin, vers le début des années 1990, les forces nationalistes contre le pouvoir central finissent par l'emporter d'abord dans les pays baltes, puis en Ukraine. Dans les républiques à majorité musulmane (notamment celles d'Asie centrale), au contraire, les potentats locaux sont avant tout soucieux de garder les subsides du pouvoir central, censés cacher leurs abus de pouvoir et les privilèges obtenus sous l'ancien régime[réf. nécessaire]. C'est pourquoi, ceux-ci soutiendront la nouvelle fédération promue par Gorbatchev. Cette situation chaotique provoque la rupture entre Gorbatchev et l'opinion publique russe : le tout nouveau président de l'Union soviétique doit affronter les conservateurs, dirigés par Egor Ligatchev, secrétaire du Comité Central et membre du Politburo, et les partisans de la liquidation du régime, dirigés par Boris Eltsine. Mais à ce stade, le démantèlement de l'URSS ne peut plus être arrêté. Le résultat est l’effondrement de toute l'économie soviétique dans une pénurie aggravée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Mikhaïl Gorbatchev dans La bataille de Tchernobyl, documentaire français (100 min), Production Play Film, 2005.
  2. Revue Hérodote 4ème trimestre 1989, Éditions La Découverte.
  3. Le moment Gorbatchev de Françoise Thom, Hachette 1989.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Zinoviev - Le gorbatchévisme ou les pouvoirs d'une illusion, Lausanne, (l'Âge d'Homme 1987)
  • Alexandre Zinoviev - Katastroika, (L'Âge d'Homme 1er janvier 1984)
  • André Fontaine - Histoire de la Guerre froide (Fayard 1976)- Le dernier Quart du Siècle (Fayard 1978) -La Tache Rouge (La Martinière 2004)

Articles connexes[modifier | modifier le code]