Goulag

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Le Goulag est l’organisme central gérant les camps de travail forcé en Union soviétique.

Les principaux camps du Goulag entre 1923 et 1961, selon les travaux de la fondation russe Memorial

Le terme Goulag est un acronyme formé d'après le russe Главное управление лагерей, Glavnoïé oupravlénié laguéreï, qui signifie « Administration principale des camps ». Elle a été créée en juillet 1934 lors de la réorganisation de la Guépéou et de son rattachement au NKVD, nouvellement créé. Avant la création du Goulag, les camps de travail étaient placés sous l'autorité de chaque ministère des Républiques concernées : jusqu'en 1930, le ministère de l'Intérieur, puis de 1930 à 1934 le ministère de la Justice[1]. Le dernier camp correctionnel de travail fut fermé en 1991. Perm-36, le dernier encore sur pied en Russie, abrite le musée de l'histoire de la répression politique et du totalitarisme en URSS.

Sommaire

Définition[modifier | modifier le code]

On utilise parfois le terme de goulag pour désigner un « camp correctionnel de travail », (Исправительно-трудовой лагерь). Il s'agit d'un abus de langage, l'appellation d'un tel camp étant « camp du Goulag ». Le Goulag comprend deux grandes catégories administratives de lieux de travail forcé : les « camps de travail » et les « colonies de travail[2]». Considérés comme caractéristiques du régime soviétique, les camps de travail du Goulag ont détenu en nombre des victimes du système totalitaire en place : outre des criminels de droit commun, y ont été également enfermés des dissidents et des opposants réels ou supposés de toutes sortes. Le nombre de camps a varié, culminant en URSS à plusieurs milliers, regroupés en 476 complexes en 1953, à la mort de Joseph Staline[3]. Un grand nombre de camps se trouvaient dans les régions arctiques et subarctiques, comme les camps notoires de l’Oural septentrional : Vorkouta et le réseau du bassin de la Petchora, les îles Solovki en mer Blanche, et un grand nombre en Sibérie (notamment ceux de la Kolyma). La "Grande Purge" de 1936.

Au total, probablement 10 à 18 millions de personnes séjournèrent dans les camps du Goulag[4],[5] et plusieurs millions furent exilées ou déportées dans diverses régions de l'Union soviétique[6],[7].

Sources et historiographie[modifier | modifier le code]

Accès à la documentation[modifier | modifier le code]

La recherche historique ne put commencer qu'après la chute de l'URSS et l'ouverture partielle des archives. Auparavant, le débat se résumait souvent à une polémique entre antisoviétiques et prosoviétiques[8]. Les uns publiaient les témoignages de rescapés des camps, comme David Rousset[9] ; d'autres, comme Alexandre Soljenitsyne dans L'Archipel du Goulag mettent en parallèle des témoignages de rescapés avec les lois et décrets soviétiques en application desquels les prisonniers avaient été déportés (ce qui décrédibilisa les dénégations comme celles de Pierre Daix ou de Roger Garaudy, et obligea des auteurs communistes comme Jean Elleinstein à reconnaître l'existence du Goulag, tout en relativisant son importance et la dureté des conditions de transport et de détention[10] ; plus tard, Elleinstein reconnut toute l'importance du phénomène et rompit définitivement avec la ligne officielle, cinq ans avant que l'URSS elle-même admette officiellement avoir mis en place ce système et le démantèle (1986)[11].

L’intérêt du sujet[modifier | modifier le code]

Des témoignages et études sur les camps de travail forcé en URSS apparaissent dès la fin des années 1920[12], puis au cours des années 1930, 1940 et 1950[9]. Ce travail est souvent le fait de militants occidentaux peu nombreux, socialistes ou trotskistes, en tout cas anti-staliniens, et parfois en lien avec des dissidents russes. Toutes les publications ne sont pas sérieuses : les anti-communistes aussi cherchent à amplifier le phénomène concentrationnaire soviétique, pour délégitimer le communisme[13].

En URSS, les textes les plus importants sont souvent à la frontière entre le témoignage et le récit littéraire d'événements réels et de vies détruites. Profitant du « Dégel » qui accompagne les premières années de la déstalinisation, certains sont même publiés dans des revues officielles, comme le roman d’Alexandre Soljenitsyne Une journée d'Ivan Denissovitch, en 1962 dans la revue Novy Mir. Mais la plupart circulent sous le manteau sous la forme de samizdat, tels les Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov évoquant les camps de la Kolyma ou de l'Oural[14], Vichera[15], ou celui d’Evguénia Guinzbourg. Après avoir circulé clandestinement en URSS, les textes sont repris en Occident : le témoignage d'E. Ginzburg est publié en 1967 en France. La publication en 1973 de L'Archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne marque un tournant. Le terme Goulag et la thématique concentrationnaire du régime soviétique deviennent de notoriété publique ; la glasnost de la fin des années 1980 les diffusent officiellement en URSS.

Les débats historiographiques[modifier | modifier le code]

Une fois que l'existence du Goulag et les conditions de vie des détenus furent admis par tous, certains historiens comme Stéphane Courtois et ses coauteurs dans Le Livre noir du communisme, se livrèrent à des comparaisons entre les camps de concentration nazis et les camps soviétiques[16], soulignant que le Goulag commençant, observé par les officiers de la Reichswehr allemande en manœuvre en URSS pour contourner les interdictions du Diktat de Versailles, a pu techniquement servir de modèle aux camps de concentration allemands : même disposition intérieure des baraquements et des camps, mêmes rythmes de travail, même utilisation économique, mêmes méthodes d'arrestation, d'interrogatoires et de transport des prisonniers, et une similitude idéologique dans la définition préalable d'une « humanité nouvelle délivrée de toute aliénation bourgeoise » d'un côté, et d'un « ramassis de parasites, de nuisibles, de corps étrangers au peuple » de l'autre[17] à ceci près qu'en Russie soviétique les discriminations contre ces « ennemis du peuple » étaient surtout sociales, alors qu'en Allemagne nazie elles furent surtout ethniques. Dans les deux cas, les victimes furent enfermées et déportées soit pour ce qu’elles étaient (« asociaux », Juifs, Roms, homosexuels, anciens bourgeois, aristocrates, koulaks) soit pour ce qu'elles faisaient (dissidents, opposants, résistants, saboteurs pendant la Seconde Guerre mondiale). Si les nazis ont, en outre, tenté d'exterminer les handicapés, le régime soviétique de son côté a aussi déporté sur critère ethnique, voire de diplôme (les personnes instruites, les officiels et les officiers) parmi les peuples des Pays baltes, de Pologne (massacre de Katyń), d'Ukraine, de Biélorussie, de Moldavie, de Crimée (les Tatars) et du Caucase (des Ingouches et des Tchétchènes furent déportés)[18], sous toutes sortes de prétextes (le plus courant étant qu'ils étaient susceptibles de s'allier à l'Allemagne contre la Russie). Côté soviétique toujours, même s'il n'y eut pas de politique visant à déporter la totalité des Juifs, on déporta néanmoins les Juifs du « Comité juif antifasciste »[19] en 1946 comme « ennemis du peuple ».

D'après Alexandre Zinoviev[20], le phénomène « communaliste »[21] a pu également jouer un rôle dans cette terrifiante concentration de prisonniers : de nombreuses personnes ont été emprisonnées au Goulag pour des faits que l'on pourrait qualifier d'anecdotiques, absurdes et sans intérêt (avoir posé une veste sur un buste de Lénine parce qu'il n'y avait pas de porte-manteau dans la pièce ou avoir enveloppé du poisson dans un journal représentant Staline), voire sans accusation motivée, simplement parce que les sections locales de la Tchéka-GPU-NKVD avaient un « plan d'arrestations » à tenir[22]. Cette concentration n'est pas issue d'un programme d'extermination comme ce fut le cas pour les camps nazis, mais des discriminations sociologiques du communisme soviétique élargies jusqu'à l'absurde avec son évolution en stalinisme. Sans programme d'extermination initial, elle a quand même atteint environ 18 millions de personnes en URSS, dont environ 2 millions sont mortes avant la fin de leur peine, mais sur une période plus longue que pour les camps nazis ; il n'y a pas de chiffres permettant d'évaluer le nombre de morts après la fin de la peine (à laquelle succédait, généralement, une relégation dans la région où la peine avait été effectuée), mais en raison des séquelles des atteintes physiologiques durant la détention[23].

Les deux systèmes ont cherché à déshumaniser les victimes par et dans un langage[24] visant à rendre leur déportation et/ou destruction « acceptable » ; l’humiliation des victimes était ainsi triple : par les crimes fictifs dont elles étaient accusées, par les épithètes dont elles étaient affublées, puis par le silence entourant les conditions de leur déportation ou de leur mort, relayé par tous ceux qui niaient l'existence de tels traitements. Cependant, le Goulag se démarquait des camps nazis sur plusieurs points : d’abord, le système concentrationnaire soviétique a duré beaucoup plus longtemps que le système nazi et a comporté plus de 600 camps alors que le système allemand n'a pas dépassé 50 ; ensuite, les prisonniers soviétiques survivants pouvaient être libérés à l'issue de leur peine (même si celle-ci était prolongée) et étaient alors assignés à résidence dans la région par les autorités, dans le but de peupler des régions lointaines ou de climat difficile, où les non-prisonniers rechignaient à s'installer[23].

Margarete Buber-Neumann, militante communiste qui a personnellement transité à la fois par les camps nazis et soviétiques, souligne elle aussi les nombreux points communs, et par ailleurs, des témoignages de prisonniers de guerre allemands ou italiens en URSS (par exemple, Eugenio Corti dans Le Cheval Rouge), décrivent des conditions de vie semblables à celles des prisonniers soviétiques en Allemagne. En revanche, Primo Levi, dans un appendice à Si c’est un homme publié en 1976, affirme que le taux de mortalité était largement supérieur dans les camps nazis que dans ceux d'Union soviétique (assertion invérifiable, tant ce taux était variable d'un camp à l'autre et d'une période à l'autre à l'intérieur de chaque système ; toutefois, il est évident que les camps d'extermination allemands et leur fonctionnement industriel ont largement fait grimper le taux du côté nazi[25].

L’autre débat historiographique concerne le nombre des victimes du Goulag. L’historien et dissident Roy Medvedev affirmait que, durant les Grandes Purges de 1937-1938, le nombre de détenus au Goulag avait augmenté de plusieurs millions, et que 5 à 7 millions de personnes avaient été victimes de la répression.

Grâce à l’ouverture des archives soviétiques, des données fiables existent pour les quatorze années du 1er janvier 1934 au 31 décembre 1947 : elles montrent que, dans l’ensemble des camps du Goulag, 963 866 prisonniers sont morts, soit environ 69 000 par an ; comme la mortalité était d'un peu plus de 10 % des déportés, cela permet d'évaluer leur nombre total durant ces 14 ans à environ dix millions (5 % de la population)[23].

En 1970, Soljénitsyne évaluait déjà à 10 millions le nombre de personnes passées dans les camps soviétiques ; aujourd’hui, les historiens parlent de 15 à 18 millions de détenus au total[4]. Mais il faudrait aussi tenir compte des gens morts pendant le transport et des déportés hors-Goulag (les trains débarquaient les déportés et leurs gardiens armés en Asie Centrale et en Sibérie, avec des vivres pour quelques semaines, des pelles, des pioches et des scies, et l'ordre formel de s'installer et de rester là, non en camp, mais en construisant un village[26], sans condamnation ni peine (mais avec les encouragements du Parti). De son côté, le chercheur Nicolas Werth indique que la grande majorité des personnes déportées dans les années 1930 étaient des innocents pris dans la rue pour compléter les quotas de déportation, et qui purgeaient, sauf exception, des peines de droit commun n’excédant pas cinq ans.

Il s’agissait d’une abondante main-d’œuvre servile pour les gigantesques chantiers de l'URSS et d’un moyen de peupler des régions lointaines au climat difficile, tout en les russifiant (puisque la seule langue commune entre déportés et autochtones est le russe). Le renouvellement considérable de la population des camps rend très difficile un bilan définitif[27].

Les camps soviétiques, vus de l’Occident[modifier | modifier le code]

En mai 1944, le vice-président américain Henry Wallace se rend dans la région de la Kolyma. Les autorités soviétiques lui font visiter la ville de Magadan en prenant soin de cacher les prisonniers. Des membres des jeunesses communistes se déguisent en mineurs et répondent à ses questions. Il repart admiratif, mais trompé, car il faut que les États-Unis continuent à envoyer de la nourriture et du matériel à son allié soviétique pour terminer la guerre. Avec la guerre froide, les choses changent : en 1949, la bibliothèque du Congrès et l’AFL présentent un rapport à l’ONU dénonçant les camps[28].

En France, une partie de la gauche a longtemps refusé de reconnaître les crimes soviétiques : en 1945, Staline apparaît en occident comme « le libérateur de l’Europe de l’Est ». Par aveuglement idéologique ou par intérêt électoraliste, cette gauche refuse de voir la réalité des camps de travail forcé et refuse de croire les survivants des camps qui se sentent alors « condamnés une seconde fois ». En 1946, Victor Kravtchenko, haut fonctionnaire soviétique, publie J’ai choisi la liberté aux États-Unis, où il est réfugié. Il y décrit la terreur stalinienne et les camps. En France, l’éditeur reçoit des menaces et les Lettres françaises traitent l’auteur de menteur et l’attaquent en justice[29]. David Rousset, ancien déporté, crée en octobre 1950 la Commission internationale contre le régime concentrationnaire (CICRC), qui entreprend des enquêtes sur les situations espagnole, grecque, yougoslave et soviétique. Pour la première fois en France, il utilise le terme de Goulag pour désigner le système concentrationnaire soviétique. Ceci lui vaudra d’être traité de « trotskyste falsificateur » par les Lettres françaises à qui il intentera un procès qu’il gagnera en 1951. Lors des audiences, la députée communiste Marie-Claude Vaillant-Couturier déclare : « Je considère le système pénitentiaire soviétique comme indiscutablement le plus souhaitable dans le monde entier »[30].

À la lecture du rapport secret du XXe congrès du Parti communiste d’Union soviétique publié dans le journal Le Monde en juin 1956, Maurice Thorez et Jacques Duclos crient au faux grossier[31].

Il faut attendre les années 1960 pour que le négationnisme du Goulag reflue. Les écrits d’Alexandre Soljenitsyne, les mémoires des détenus paraissent en Occident et décrivent les conditions de vie des zeks (détenus). Les procès en URSS de plusieurs écrivains russes soulèvent l’indignation : l’internement de Jaurès Medvedev en hôpital psychiatrique provoque de nombreuses protestations. La dissidence soviétique informe le public au moyen des samizdats qui sont des journaux clandestins. Dans les années 1970, les rapports d’Amnesty International révèlent à leur tour la réalité du système concentrationnaire. Les États-Unis défendent les refuzniks et dénoncent les atteintes aux Accords d’Helsinki. Le 9 octobre 1975, le prix Nobel de la paix est attribué à Andreï Sakharov ; son exil à Gorki dans les années 1980 provoque des mouvements internationaux de soutien.

Du Katorga tsariste au Goulag soviétique[modifier | modifier le code]

Félix Dzerjinski, chef de la Tchéka, instigateur des premiers camps

L’évolution du Goulag a suivi l’histoire du pays. Les premiers « camp de concentration » (terme venu des camps d'internement anglais lors de la guerre des Boers en Afrique du Sud[32]) sont créés par les deux camps en lutte aux cours de la guerre civile russe, bolcheviques et blancs[33]. Les camps mis en place par les bolcheviks étaient situés à l’extérieur des villes et destinés à accueillir les « éléments peu sûrs » (aristocrates, marchands, etc.) pour un régime menacé par la guerre civile. Les protagonistes du conflit reprenaient ainsi à leur compte le système carcéral des camps de travail, les katorgas, qui existaient déjà dans la Russie tsariste. L’Empire russe utilisait en effet depuis le XVIIe siècle des brigades de travail forcé en Sibérie[5]. Les objectifs assignés aux camps de travail n’avaient pas changé depuis l’époque impériale : éloigner les opposants politiques[34], et sous Staline, les marginaux, peupler de façon autoritaire les régions vides, exploiter les ressources de l’immense Russie et terroriser la population. Staline ajouta aussi la fonction de rééducation : le travail forcé devait transformer le monde ancien et forger un « Homme nouveau ».

La Terreur rouge[modifier | modifier le code]

Le monastère de l’île Solovetski, archipel des Îles Solovki

Pendant la guerre civile russe (1918-1921), la Terreur rouge expédie dans les camps un total de 150 000 à 400 000 personnes qualifiées d’« ennemis du peuple » : mencheviks, « contre-révolutionnaires », membres « déviationnistes » du parti communiste, victimes de l’épuration politique. Lénine engagea la répression pour sauver la Révolution russe et maintenir les bolcheviks au pouvoir. Il décide en janvier 1918, en accord avec le gouvernement révolutionnaire, « l’arrestation des saboteurs-millionnaires, qui voyageaient en train dans des compartiments de première ou deuxième classe : « Je suggère de les condamner à six mois de travaux forcés dans une mine[35] ». Les catégories arrêtées par la Tchéka sont dès le départ très floues et aléatoires : la qualification « ennemi de classe » est employée de manière arbitraire, comme sous la Terreur de la Révolution française. Les condamnations des tribunaux révolutionnaires se font dans la précipitation. Des banquiers, des marchands, des prêtres sont alors expédiés dans les prisons qui sont vite surpeuplées. Trotski puis Lénine décident d’utiliser des « camps de concentration » (kontslaguer) en reprenant l’infrastructure des camps de prisonniers de guerre qui viennent d’être vidés après le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918).

Le 15 avril 1919, le décret no 45, Au sujet des camps de travaux forcés, paraît dans le no 81 des Izvestia, l'organe du gouvernement soviétique. Il est signé par le chef de l'État, Mikhaïl Kalinine. Son rédacteur est le chef de la Tchéka, Félix Dzerjinski, appliquant la directive de Lénine et du gouvernement[36].

Entre 1920 et 1923, la Russie soviétique compte 84 camps[37] regroupant environ 25 000 prisonniers, soit un peu plus du tiers de la population carcérale en Russie soviétique estimée à 70 000 détenus[38]. Mais bientôt, la place venant à manquer, il faut créer des camps spécifiquement soviétiques : en 1923, les camps des îles Solovki deviennent un modèle pour le régime. Afin de stimuler la production, les rations alimentaires sont distribuées en fonction du travail effectué[39].

Le Goulag soviétique[modifier | modifier le code]

Chantier du canal de la mer Blanche à la mer Baltique

Le renforcement du pouvoir de Staline à partir de 1927 aggrave encore la situation. La collectivisation et la planification de l’économie marquent un « grand tournant » dans l’histoire soviétique. Le régime passe à une répression systématique et organisée. En 1928, la commission Ianson est chargée par le politburo de réfléchir à l’organisation générale des camps de travail. Leurs travaux vont être largement infléchis par les nouvelles orientations du camp « laboratoire » des Îles Solovki, sous l'influence d'un ancien déporté, devenu en moins de trois ans chef de camp, Naftaly Frenkel. Selon Anne Applebaum, même si Frenkel n'a pas inventé chaque aspect du système, il a trouvé le moyen de faire d'un camp de prisonniers une institution économique rentable, et il le fit à un moment, en un lieu et d'une manière qui ne pouvaient qu'attirer l'attention de Staline[40].

Selon ce système, le travail se payait en nourriture à partir d'une distribution très précise des vivres. Frenkel divisa les prisonniers du SLON en trois groupes :

  1. ceux considérés comme capables d'un travail lourd (800 g de pain et 80 g de viande),
  2. ceux capables seulement d'un travail léger (500 g de pain et 40 g de viande),
  3. les invalides (400 g de pain et 40 g de viande).

Chaque groupe recevait des tâches différentes, des normes à satisfaire — et une ration leur correspondant et établissant des différences drastiques entre les déportés[41]. En somme, les invalides recevaient une ration réduite de moitié par rapport aux déportés les plus forts[42]. En pratique, le système partageait les prisonniers très rapidement entre ceux qui survivraient et les autres.

Sous les ordres de Frenkel, la nature même du travail réservé aux prisonniers changea, depuis l'élevage de bêtes à fourrures ou la culture de plantes tropicales vers la construction de routes ou l'abattage des arbres. Dès lors, le régime du camp changea également et évolua vers la rentabilité du travail et le SLON se développa au-delà de l'archipel des Îles Solovki[43] jusque dans la région d'Arkhangelsk, sur le continent, et de là à des milliers de kilomètres des îles Solovki, où Frenkel envoya des équipes de forçats[44]. En revanche, tout ce qui ne contribuait pas directement à l'économie du camp fut abandonné : ainsi, toute prétention de rééducation tomba — fait général aux camps du Goulag à partir des années 1930.

Par un décret officiel en date du 7 avril 1930, Staline et ses collaborateurs fondent l’institution que l’on connaît sous le nom de Goulag, confiant successivement sa gestion à la Guépéou, au NKVD, puis enfin au MVD. Des camps sont ouverts en Russie d’Europe et en Sibérie, en Biélorussie, Ukraine, Kazakhstan, Mongolie, et plus tard en Tchécoslovaquie, Hongrie et Pologne. Staline s’intéressa de près à l’administration et aux performances des camps, en particulier ceux des canaux et ceux de la Kolyma. Les prisonniers travaillant sur le canal de la mer Blanche sont vite appelés « zek » du sigle du chantier (« z/k » pour zaklioutchonny) qui sera par la suite attribué à tous les détenus du Goulag.
La période stalinienne se caractérise aussi par l'envoi dans les camps, de certains prisonniers selon une procédure extrajudiciaire désignée par « Arrêté spécial de l'OGPU », décision ordonnée en l'absence même de l'inculpé par le Collège Spécial de l'OGPU, organe habilité à prononcer des condamnations à la relégation, à la déportation, à la privation de liberté et à la peine de mort[45].

L’industrialisation rapide voulue par Staline donne lieu à des erreurs qui sont imputées aux « saboteurs » de toutes sortes. Le stakhanovisme ne supporte aucun échec et les ouvriers qui ne travaillent pas assez sont envoyés au Goulag. L’exploitation des mines d’or de la Kolyma par les prisonniers répond à la volonté de Staline de faire de l’URSS une puissance industrielle. Face aux menaces de boycott des produits soviétiques à l’étranger[46], Staline décide de renommer les camps de concentration (kontslaguer) en « camps de redressement par le travail ».

Dès la fin des années 1920, des milliers de communistes — notamment de la gauche liée à Léon Trotski sont déportés ; beaucoup sont exécutés durant les années 1930.

La « dékoulakisation »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Dékoulakisation.

L’instauration du Goulag rend la répression encore plus féroce. Ainsi, le premier Plan quinquennal donne le coup d’envoi de la collectivisation des terres. Les paysans russes résistent et Staline veut la liquidation des koulaks, les paysans aisés. La loi du 7 juillet 1932 prévoit la peine de mort ou le Goulag pour « toute escroquerie au préjudice d'un kolkhoze ». En 1930-1932, 2 millions de paysans (soit 380 000 foyers) sont déportés dans des villages d’exilés[47], 100 000 dans les camps du Goulag[48]. On évalue à 10 % par an la mortalité des « déplacés spéciaux »[49].

« L'opération koulak » définie par le décret no 00447 du 30 juillet 1937 fit le plus grand nombre de victimes. Elle visait les « éléments socialement nuisibles » et « appartenant au passé » : les ex-koulaks enfuis cherchant du travail (les sources policières indiquent 600 000 ex-koulaks assignés à résidence). Pour cette opération, des quotas par région et des catégories (la première catégorie signifiant l'exécution, la seconde, une peine de dix ans de camp) furent établis par Staline auprès des dirigeants du Parti. Les quotas furent largement dépassés par les responsables locaux voulant afficher leur zèle. Les suppléments demandés furent souvent ratifiés par le Politburo. Devant l'engorgement des prisons, la catégorie no 1 fut augmentée. Au lieu des quatre mois prévus, l'opération en dura quinze. Les quotas initiaux furent pulvérisés :

  • 387 000 personnes furent fusillées (et non pas 75 950) ;
  • 380 000 déportées (et non pas 193 500).

Selon les chiffres du NKVD, des opérations similaires entre juillet 1937 et novembre 1938 comptabilisèrent l'arrestation de 335 513 personnes, dont 75 % furent classées catégorie no 1[50].

À la fin de l'année 1940, les koulaks constituent près de 90 % des déplacés spéciaux ; mais après la guerre, de 1946 à 1949, la quasi-totalité des koulaks seront libérés[51].

La Grande Terreur et les Grandes Purges (1936-1938)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grandes Purges.

En 1936-1938, Staline décide d’éliminer ses ennemis réels et supposés par une vague de répression. Durant la Grande Terreur, c'est toute la société soviétique qui est visée ; les victimes du Goulag sont des fonctionnaires, des membres du PCUS, des militants du KPD ayant fui le nazisme, des officiers, des journalistes, des scientifiques et des historiens, la plupart des militants communistes qui ont fait la révolution ; pratiquement, n'importe qui peut faire l'objet de la répression. La période est marquée par les procès de Moscou et animée par la volonté de tuer des prisonniers directement ou indirectement : « Dès 1937, il [Staline] signa des ordres adressés aux patrons régionaux du NKVD, indiquant des quotas de gens à arrêter (sans préciser la cause) dans telle ou telle région[52] ». Les purges staliniennes de ces années ont fait 35 000 morts et ont envoyé 700 000 personnes au Goulag, dont 140 000 Polonais[53], 172 000 personnes d'origine coréenne de la région de Vladivostok[54], et 30 000 citoyens soviétiques d'origine finlandaise de la province de Léningrad[55].

La Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Massacre de Katyń.

Suite au Pacte germano-soviétique d'août 1939, l'URSS entre en guerre le 17 septembre 1939. Elle occupe la moitié-est de la Pologne, et, en 1940, les Pays baltes, la Bessarabie et la Bucovine du nord. En janvier 1941, 500 000 habitants de ces régions sont déjà déportés.

Lavrenti Beria, chef du NKVD entre 1938 et 1953

En juin 1941, l’Allemagne nazie envahit l’URSS : le 28 août 1941, les Allemands de la Volga sont internés. Une partie des Ukrainiens voyaient les Allemands comme des libérateurs. Face à la progression allemande, le chef du NKVD Lavrenti Beria ordonna le déplacement de centaines de milliers de prisonniers vers l’est du pays, loin du front. Plusieurs usines durent être déménagées et reconverties pour fabriquer du matériel militaire. La répression et la propagande de guerre s’accrurent et des milliers de citoyens soviétiques furent emmenés au Goulag pour « propagande défaitiste » ou « sabotage de l’effort de guerre ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la mortalité augmenta fortement dans les camps soviétiques : pendant l’hiver 1941-1942, 25 % des décès dans les camps étaient dus à la famine[56]. Les historiens estiment qu’il y eut deux millions de morts dans les camps et les colonies du Goulag[56]. Comme dans le reste du pays, les pénuries de toutes sortes se firent sentir.

Lorsque Staline reprend l’avantage sur les nazis et reconquiert les régions perdues, il fait déporter les peuples accusés de trahison. Entre l'été 1941 et l'automne 1944, les troupes spéciales du NKVD avaient organisé la déportation par vagues successives de peuples entiers au nom de la lutte contre l'ennemi intérieur.

Dès les premiers mois, 82 % de la population allemande d'URSS soit 1,2 million de personnes, principalement installés dans les alentours de la Volga, sont déportés.

Entre novembre 1943 et juin 1944, 900 000 Ukrainiens, Tchétchènes, Ingouches, Tatars de Crimée, Karatchaïs, Balkars, Kalmouks, arrivent dans les camps. À l'automne 1944, 130 000 Grecs, Bulgares, Arméniens, Turcs et Kurdes sont arrêtés et déportés[57].

En 1944, le gouvernement crée un département spécial pour les prisonniers de guerre, distinct de la bureaucratie du Goulag. En 1945, on estime à quatre millions le nombre de prisonniers de guerre en Union soviétique[58].

Après la guerre, le nombre de zeks augmente encore. En 1946, le NKVD change de nom et le Goulag passe sous le contrôle du ministère des Affaires intérieures (MVD) qui dirigera le système carcéral jusqu’à la fin de l’URSS. Dans les pays contrôlés par l’Armée rouge, des camps de concentration[59] sont créés sur le modèle soviétique.

En 1946, les 4,2 millions d'anciens prisonniers de guerre soviétiques dans le Troisième Reich sont suspectés d'avoir collaboré. Si la majorité de ces anciens détenus rentrèrent chez eux, 8,5 % furent envoyés au Goulag[60] pour trahison de la patrie.

Apogée du Goulag (1945-1953)[modifier | modifier le code]

L’administration du Goulag est réorganisée : en 1946, le NKVD est scindé en deux et le Goulag dépend désormais du MVD, le Ministère des Affaires intérieures. Les années qui suivent la Seconde Guerre mondiale marquent l’apogée du système concentrationnaire : le nombre de détenus augmente jusqu’en 1950 pour dépasser les deux millions. La course aux armements déclenchée par la Guerre froide nécessite une main d’œuvre servile toujours plus nombreuse. La fermeture du pays aux influences occidentales, en particulier américaines, entraîne des mesures radicales à l’encontre des étrangers. Des camps spéciaux sont mis en place et accueillent les prisonniers politiques condamnés à de longues peines. Le régime crée des lagpounkts disciplinaires. Dans la compétition qui oppose Staline aux États-Unis, les grands travaux sont relancés pour le prestige de l’URSS (port de Donetsk, grands canaux, barrages, etc.) pour lesquels les zeks sont réquisitionnés. Les révoltes, les grèves du travail ou les grèves de la faim secouent les camps. Durant l’hiver 1949-1950, les prisonniers de la Kolyma se soulèvent. La fin de règne de Staline est marquée par le complot des blouses blanches qui provoque l’arrestation de centaines de médecins juifs.

Mort de Staline, fin du Goulag ?[modifier | modifier le code]

Nikita Khrouchtchev succède à Staline de 1953 à 1964. Il amorce la déstalinisation, condamnant surtout le caractère dictatorial et répressif du pouvoir stalinien. L’attaque la plus sérieuse a lieu lors d’une séance de nuit du XXe congrès du Parti communiste d’Union soviétique (24 au 25 février 1956), il lit un rapport dévastateur sur les crimes et les écarts de Staline par rapport à la « légalité socialiste ». Les grèves et les rébellions[61] dans les camps poussent également le Goulag à la réforme.

Les équipements pharaoniques sont suspendus et la discipline dans les camps est assouplie. Le temps de travail est réduit et les camps spéciaux supprimés. Plusieurs complexes de travail sont démantelés. Surtout, des amnisties de masse sont prononcées : ainsi, le 27 mars 1953, 1,2 million de détenus sont libérés[62]. On réhabilite des centaines de milliers de personnes. Mais ceux qui sortent des camps ont du mal à retrouver une vie normale par manque d’argent, et subissent la méfiance des autres citoyens, qui craignent d'être eux-mêmes arrêtés s'ils fraternisaient avec d'anciens « ennemis du peuple ».

En 1958, le Goulag est rebaptisé « colonie de redressement par le travail », et placé cette fois-ci sous la tutelle du ministère de la Justice de l’URSS. La direction centrale des camps est dissoute. Bien que la proportion de prisonniers politiques ait très largement diminué, elle n'est pas nulle. Ainsi Léonid Brejnev (1964-1982) utilisait régulièrement le système concentrationnaire pour faire taire les opposants. Les dissidents (militants des droits de l’Homme, religieux) tels que Joseph Brodsky, Andreï Siniavski, Alexandre Ginsburg ou Iouli Daniel sont condamnés aux travaux forcés. Mais le Goulag stalinien n’existe plus : les dissidents sont condamnés au cours de procès publics, savent pourquoi ils sont incarcérés, et peuvent faire valoir des droits (par exemple, entretien privé sans limite de temps avec un avocat, visites de la famille, et même sortie des colonies dans certains cas). Leur sort intéresse davantage l’Occident grâce aux témoignages d’anciens prisonniers (Soljenitsyne, Chalamov, Ciszek) et aux samizdats. Le travail est moins pénible en général que dans les années 1930 à 1950 : les prisonniers travaillent dans des ateliers ou des usines, et perçoivent une rémunération. Pourtant, les grèves de prisonniers existent toujours dans les années 1960 et 1970. Enfin, plusieurs centaines de dissidents sont enfermés en hôpital psychiatrique (psikhushka) relevant du MVD : l’écrivain Jaurès Medvedev ou le général Piotr Grigorenko sont internés pour « schizophrénie larvée[63] » (ou « torpide[64] »). Les hôpitaux psychiatriques spéciaux comme celui d’Orel sont gardés comme des camps et protégés par des barbelés. On cherche à obtenir la rétractation des prisonniers au moyen de drogues et d’électrochocs[65].

Pendant la première moitié des années 1980, l’URSS vit l’une des périodes les plus répressives de l’ère post-stalinienne : la dissidence est peu nombreuse, surveillée et réduite au silence[66].

Mémorial en l’honneur des victimes du Goulag, Moscou

Il faut attendre l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev et la glasnost pour que tous les camps de prisonniers politiques soient fermés. Des milliers d’opposants sont libérés des hôpitaux psychiatriques. La censure des écrits dissidents est levée et les réhabilitations se multiplient. Andreï Sakharov, jusque là tenu en résidence surveillée à Gorki, est libéré en décembre 1986. La Déclaration des droits et libertés de l’individu est adoptée en 1991, ce qui marque la fin du goulag en Russie. Aujourd’hui, de nombreuses prisons russes offrent toujours des conditions de vie déplorables, mais le travail forcé est officiellement aboli. Les débats publics sur le Goulag restent rares et les mémoriaux sont encore peu nombreux : celui de la place Loubianka à Moscou est constitué d’une pierre provenant des îles Solovki, berceau des camps de concentration soviétiques. Il n’existe aucun musée national dédié aux camps de concentration. La commission nationale de réhabilitation continue son travail.

À l’étranger[modifier | modifier le code]

Le Goulag a entraîné des avatars dans d'autre pays. Au Viêt Nam, après 1975 et pendant de nombreuses années ont existé des camps dits de « rééducation par le travail ». Le « Lao Gaï » chinois a vu passer bien plus de prisonniers que le Goulag, proportionnellement au nombre des habitants du pays[67]. Quant au Cambodge sous les Khmers rouges, c'est le pays tout entier qui fut organisé comme un camp du Goulag, et le résultat a été que le nombre d'habitants du pays a diminué de 25 %. Aujourd'hui, seule la Corée du Nord a encore, selon Amnesty International[68], un système répressif de type « Goulag ».

Les camps[modifier | modifier le code]

Carte détaillée en russe du Goulag avec l'ensemble des camps, selon les travaux de la fondation "Mémorial".

Géographie[modifier | modifier le code]

Partie du Projet 503, destiné à la construction d'une voie de chemin de fer reliant Salekhard à Igarka près de Touroukhansk sur l'Ienisseï.

Il existait plusieurs types de camps, spécialisés dans divers secteurs de l’économie :

Quelques exemples de complexes du Goulag en URSS sous Staline[69]
Camp Région Activités Effectifs (max.)
Bamlag Sibérie Chemin de fer
180 000
Vorkoutlag République des Komis Charbon
70 000
Dmitlag nord de Moscou Canal
200 000
Belomorkanal République de Carélie,
Oblast de Léningrad
Canal
170 000
Siblag Sibérie Chemin de fer
63 000
Oukhtpetchlag République des Komis Charbon et pétrole
17 852
Sevvostlag Kolyma Mines
200 000
Norilsk Nord de la Sibérie centrale Mines
69 000
  • Le BAMlag : aménagement de la voie ferrée du lac Baïkal au fleuve Amour : le Baïkal Amour Magistral fut construit en plusieurs fois. Un tronçon de Taïchet à Bratsk fut construit dans les années 1930 ; il mobilisa 180 000 détenus et fit 10 000 morts[70]. Mais la plus grande partie du tracé oriental fut l’œuvre des prisonniers du Goulag pendant les années 1944-1946.
  • le Vorkoutlag produisait en 1938 plus de 188 000 tonnes de charbon et utilisait 15 000 détenus[71].

Les détenus ont également construit de nombreuses villes : Komsomolsk-sur-l’Amour, Petchora, Inta, Magadan, Vorkouta, Norilsk, etc.

Administration et fonctionnement du Goulag[modifier | modifier le code]

Nikolaï Iejov, chef du NKVD de 1936 à 1938

Le Goulag constituait une direction administrative du NKVD ; il était subdivisé en directions principales par branches économiques qui étaient sous les ordres de l’administration centrale située à Moscou. En 1953, le Goulag gérait 146 camps de travail correctif (Ispravitelno Troudovoï Lagpunty, abrégé « ITL ») ainsi que leurs filiales et annexes[72]. Les complexes regroupant plusieurs camps étaient désignés par un nom d’activités ou de lieu auquel on ajoutait le suffixe « lag » (Dmitlag, Dallag, Steplag, Minlag, Intlag, Birlag, Karlag, etc.). Le Goulag administrait également quelque 687 colonies de travail correctif (Ispravitelno Troudovaïa Kolonia – abrégé « ITK ») pour des condamnés à des peines inférieures à cinq ans. Il avait enfin la garde des zones spéciales et des villages de travail destinés à accueillir les déportés.

Les camps dépendaient de directions régionales (par exemple la Direction sibérienne des camps ou Siblag OGPU). Des formations paramilitaires (« commandements » ou komendatury en russe) administraient les colonies spéciales et jouissaient d’un statut d’exterritorialité[73].

Nicolas Werth estime que 200 000 personnes étaient employées par le Goulag vers 1953[74]. Le contrôle de Moscou sur les camps se renforça avec Staline, en particulier pendant la Seconde Guerre mondiale : cela entraîna un renforcement de la bureaucratie et des visites des inspecteurs venus de la capitale. En principe, les zeks avaient le droit de se plaindre des mauvais traitements aux commissions des camps. Mais en réalité, un petit nombre de ces plaintes aboutissaient finalement à des sanctions à l’encontre du personnel encadrant. Les procureurs du Goulag étaient chargés de faire connaître les rapports d’inspection des camps.

Description des camps[modifier | modifier le code]

Ruines du camp 503 près de l’Iénisseï, de nos jours

Diversité[modifier | modifier le code]

Il existait une grande variété de camps de travail en URSS : il est donc difficile de dresser une typologie complète de plusieurs centaines de camps. Les plus grands camps pouvaient concentrer plusieurs milliers de détenus. D’autres étaient plus petits et isolés dans la taïga (les « lagpoukts »). La nature des camps dépend également de leur activité : certains étaient liés à une usine, au travail agricole, d’autres étaient temporaires (pour la construction d’une route ou d’une voie ferrée).

Plan général[modifier | modifier le code]

La plupart des camps des années 1930 avaient un plan carré ou rectangulaire. À l’entrée se trouvaient le poste de contrôle et un panneau annonçant un slogan : aux Îles Solovki, on pouvait déjà lire « D’une poigne de fer, nous conduirons l’humanité vers le bonheur[75] ! » ou encore « Par le travail, la liberté[76],[77] ! » La zone carcérale (zona) est entourée d’une clôture, de barbelés ou de murs, et surveillée par des miradors. Toutefois, aux Solovki, par exemple, cette forme n'a pas grand sens : tout l'archipel constitue le camp, les baraquements construits peu à peu pour accueillir une population toujours croissante viennent s'ajouter aux nombreux bâtiments monastiques et ermitages dispersés sur les îles et utilisés soit comme logement soit comme bases par les différentes équipes de travail, quand ce n'est pas comme isolateur[78].

Les gardes ont l’ordre de tirer sur les fugitifs. Les tentatives d’évasion ont existé[79], mais, dans les camps sibériens, les zeks étaient découragés de s’enfuir par l’isolement des camps et les contraintes naturelles.

Les baraquements[modifier | modifier le code]

Il subsiste bien peu de baraquements de l’époque stalinienne et il faut recourir aux témoignages de détenus pour s’en faire une idée. Les prisonniers vivaient dans des baraques en bois ou en pierre (dans la toundra). Certains abris n’avaient que des sols en terre battue, d’autres disposaient de plancher en bois.

Les bains, les latrines, l’infirmerie, les entrepôts et les ateliers[modifier | modifier le code]

Ils étaient séparés des baraquements.

Le cachot[modifier | modifier le code]

Les cachots ou « isolateurs disciplinaires » (abréviation : CHIZO) étaient construits en pierre ou en brique. Il isolait totalement les prisonniers réfractaires au travail ou les auteurs de délits et de crimes dans le camp. Au siège du complexe concentrationnaire se trouvait un bloc central, c’est-à-dire une grande prison. Enfin, il existait des camps disciplinaires, parmi lesquels celui du Dalstroï (Kolyma) était l’un des plus redoutés[80].

Efficacité économique des camps[modifier | modifier le code]

Chantier du canal de la mer Blanche

Après l'invasion allemande du 22 juin 1941, Béria décrète la loi martiale au Goulag. Les conditions de détention se dégradent : la journée de travail s'allonge jusqu'à 10 heures, les jours fériés sont supprimés. Les éléments suspects sont systématiquement « épurés ». Le travail s'intensifie : les camps fournissent le front en charbon, munitions, uniformes, céréales… En 1943, le bagne est créé pour des coupables de haute trahison (12h/jour, rations réduites). Dans certains camps, la journée de travail est estimée à 16h/jour (par exemple au Viatlag). Pour équilibrer les pertes au front, des détenus et des gardes y sont envoyés (975 000 détenus et 93 000 gardes).

Jean-Jacques Marie estime à 40 % le poids du Goulag dans l'économie de l'URSS.[réf. nécessaire] Mais le Goulag n'atteint que 1,2 % de la production industrielle nationale et 12 % de la production du bois. Les détenus n'ont qu'une faible productivité, inférieure à celle des travailleurs libres ; cette productivité ne compense même pas le peu que coûte la main-d'œuvre. Les camps coûtent davantage à l'État qu'ils n'apportent de bénéfices. Le sabotage, l'encadrement coûteux et la négligence en sont partiellement les causes. Seulement 70 % de détenus travaillent : certains d'entre eux sont enfermés en isolateurs, d'autres sont handicapés, la pègre tout comme l'administration ne travaillent pas. Les mauvaises conditions de vie ne font qu'affaiblir les détenus. Certains chantiers se révèlent impraticables et vains.

La mort de Staline et la prise de consciences des défauts dans le fonctionnement et la contestation croissante dans les camps accélèrent son démantèlement. En 1953, Béria décrète une amnistie partielle et les détenus sont relâchés dans un grand chaos et sans mesures d'accompagnement. Elle est suivie en 1955 d'une amnistie quasi générale, ne concernant pas les collaborateurs condamnés à plus de dix ans de prison. Le Goulag perd ainsi sa fonction économique et ne se cantonne plus qu'à sa fonction répressive. Les camps du Goulag sont renommés « camps de redressement par le travail », où on continue d'interner des opposants politiques sous Brejnev. L'autre moyen de neutraliser les dissidents est de les enfermer dans des hôpitaux psychiatriques.

Le système concentrationnaire soviétique n’a jamais été assez efficace pour les dirigeants. Les causes de cet échec sont diverses : corruption des gardiens, vols, règles non appliquées, conditions extrêmes, manque d’équipement moderne, mauvaise gestion, pénuries, etc. Au total, le travail est rarement productif malgré les efforts des autorités. Avec le « Grand Tournant » de 1929, Staline cherche à accroître les rendements et impose des cadences infernales aux prisonniers[81]. Au cours de la « Grande Terreur » (1937-1938), il fait exécuter plusieurs hauts responsables du Goulag[82] pour « sabotage ».

Le manque de préparation, d’ingénieurs, de techniciens et de spécialistes dans les camps explique un gaspillage important du travail : de grands projets comme le canal de la mer Blanche ou le port du cap Kammeni à l’embouchure de l’Ob se sont finalement révélés inadaptés. Quant à la voie ferrée Salekhard-Igarka entre l'Ob et l'Ienisseï, appelée « route de la mort », on se rendit compte après plusieurs mois de travaux qu’elle était irréalisable du fait des contraintes naturelles de la toundra. Le projet fut abandonné en 1953 après avoir fait des dizaines de milliers de morts et coûté 40 milliards de roubles[83].

La vie dans les camps sous Staline[modifier | modifier le code]

Les prisonniers[modifier | modifier le code]

Statistiques[modifier | modifier le code]

Nombre de prisonniers[modifier | modifier le code]
Évolution du nombre de prisonniers du Goulag (1930-1953)[84]

D'après l'historienne Anne Applebaum, 18 millions[5] de personnes sont passées par le Goulag sous la direction de Staline. Les effectifs des prisonniers n’ont jamais dépassé les deux millions et demi sur une année, prisonniers de droit commun et politiques confondus. Cela s’explique par un renouvellement constant des détenus alimenté par des libérations[85] compensées par de nouvelles arrestations. Certains zeks pouvaient quitter les camps pour intégrer l’armée ou l'administration. D'autres étaient libérés parce qu’ils étaient considérés comme invalides (incapables de travailler), cela concernait les femmes enceintes, les vieillards ou encore les malades[86]. Mais un à deux millions de personnes n’ont pas survécu.

L’analyse du graphique ci-contre montre la fluctuation des effectifs du Goulag : en 1941, on assiste à une diminution due au nombre important de prisonniers enrôlés, de gré ou de force, dans l'armée rouge ; en 1942, 1943 et 1944 le nombre baisse, conséquence de la libération de 975 000 détenus pour rejoindre l'Armée rouge et de l'aggravation des conditions de vie à cause des restrictions de guerre (beaucoup meurent affamés)[87].Au début des années 1950, la fin du règne de Staline marque l’apogée du système avec plus de 2,5 millions de détenus et 2,75 millions de « déplacés spéciaux[88] ».

Taux de mortalité[modifier | modifier le code]

Le taux de mortalité dans les camps a considérablement varié dans le temps : de 2,5 % à la veille des procès de Moscou (1936) on passe à 17,6 % au plus fort de la guerre (1942)[87]. Selon Conquest, le taux de mortalité s'élevait à 10 % par an entre 1939 et 1953 (au total, 12 millions de morts), ce qui aurait fait une moyenne de 855 000 morts par an. En réalité, le chiffre révélé par les archives au début des années 1990 était de 49 000 en temps de paix[89]. Les conditions effroyables du temps de guerre contre l'Allemagne multiplie le taux de mortalité par 4, ainsi il monte à 194 000 par an[90].

Ainsi, les décès dans les camps augmentaient avec la famine, le froid, les épidémies (typhus) ou encore les vagues d’exécutions. Les cadavres étaient enterrés dans des fosses communes ou dans les cimetières du camp. Edward Buca témoigne de ces inhumations collectives :

« On les chargea [les cadavres des prisonniers] nus, sur des traîneaux, tête à l’extérieur et pieds dedans. Chaque corps portait une plaquette de bois, une birka, attachée au gros orteil du pied droit, et indiquant son nom et son matricule. Avant que le traîneau ne franchisse le portail du camp, le nadziratel, un officier du NKVD, prenait un pic qu’il enfonçait dans chaque crâne. Il s’agissait de vérifier que nul ne sortît vivant. Une fois hors du camp, les corps étaient jetés dans une transeïa, une des grandes fosses creusées au cours de l’été à cette fin »

— Edward Buca, Vorkuta, Londres, 1976, p. 152.

Sociologie[modifier | modifier le code]

Dans l’URSS de Staline, la grande majorité des zeks[91] était des gens ordinaires, paysans ou ouvriers condamnés pour sabotage, espionnage ou crimes contre-révolutionnaires : c'étaient des prisonniers politiques, même s'ils n'en avaient pas le statut.

  • Élites : officiers de l'Armée rouge, membres du PC, apparatchiks, etc. ;
  • Criminels et délinquants (« blatnoï ») ;
  • « Saboteurs » : ouvriers, paysans, mais aussi cadres d’entreprises, responsables économiques ;
  • Deux millions de « koulaks » déportés en 1930-1932[47] ;
  • Déportations ethniques pendant la Seconde Guerre mondiale : Polonais, Ukrainiens, Baltes, Roumains de Bessarabie en 1939-1941 ; Allemands de la Mer Noire ou de la Volga en 1941 ; Tatars de Crimée en 1943 ; Tchétchènes en 1944. Mais ces populations avaient plutôt le statut d’exilés ou déportés spéciaux. La plupart étaient assignés à résidence dans des villages surveillés[5].
  • Pendant la Grande Terreur, les femmes des ennemis du peuple sont déportées, par exemple, dans le camp de Temnikovski en Mordovie.
  • Étrangers : communistes polonais et occidentaux (notamment antifascistes allemands et italiens comme Dante Corneli (it)), Chinois ayant franchi illégalement la frontière, ressortissants de l’Axe (Japonais, Allemands), Français émigrés en Russie depuis 1917 ou vichystes, 10 000 Arméniens français retournant dans leur pays après la seconde guerre mondiale[92]; les étrangers se trouvaient isolés par la barrière de la langue (Japonais, Chinois) ; les Polonais, les Ukrainiens et les Baltes se regroupent entre eux et constituent des réseaux de solidarité à l’intérieur des camps. Cependant, la grande majorité des détenus étaient des Russes et Ukrainiens[93] ;
  • Religion : orthodoxes, protestants, catholiques polonais, lettons (comme Janis Mendriks), ou lituaniens, Témoins de Jéhovah et sectaires ;
  • Juifs au moment du complot des blouses blanches.

Varlam Chalamov, dans ces Récits de la Kolyma, témoigne de la diversité sociologique des détenus :

« Il ne faut pas avoir honte de se souvenir qu’on a été un « crevard », un squelette, qu’on a couru dans tous les sens et qu’on a fouillé dans les fosses à ordures [...]. Les prisonniers étaient des ennemis imaginaires et inventés avec lesquels le gouvernement réglait ses comptes comme avec de véritables ennemis qu’il fusillait, tuait et faisait mourir de faim. La faux mortelle de Staline fauchait tout le monde sans distinction, en nivelant selon des répartitions, des listes et un plan à réaliser. Il y avait le même pourcentage de vauriens et de lâches parmi les hommes qui ont péri au camp qu’au sein des gens en liberté. Tous étaient des gens pris au hasard parmi les indifférents, les lâches, les bourgeois et même les bourreaux. Et ils sont devenus des victimes par hasard[94]. »

Arrestation et transport des prisonniers[modifier | modifier le code]

Ossip Mandelstam photographié lors de son arrestation par le NKVD

La plupart des prisonniers arrivaient dans les camps après un passage en prison. Ils étaient interrogés et avouaient leur « crime » sous la pression, le harcèlement ou la torture. Les procédures judiciaires étaient rapides ou truquées. Les chefs d’accusation étaient souvent absurdes ou vagues : sous Staline, la liste des « suspects » comportait les étrangers[95] (espionnage) ou les personnes en relation avec des étrangers (collectionneurs de timbres, espérantistes[96]). Les Russes pouvaient être condamnés à une peine de camp pour avoir raconté une blague sur Staline[97] ou pour « crime contre-révolutionnaire[98] ». La délation ou le simple soupçon envoyaient des innocents au Goulag. Les arrestations et les perquisitions avaient lieu souvent la nuit. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un retard à l’usine pouvait envoyer l’ouvrier dans un camp pour plusieurs années. Beaucoup d’étrangers, et surtout les ressortissants des pays de l’Axe, ont été emprisonnés. Après 1942, lorsque les Soviétiques repoussent les Allemands, les rafles dans les territoires occupés par l’Armée rouge ont particulièrement touché les Polonais, les Ukrainiens et les ressortissants des pays baltes.

Le transport des prisonniers se faisait par train

La mortalité était très forte pendant le transfert des détenus vers leur camp de travail : ainsi, dans les années 1930, sur les 16 000 prisonniers envoyés dans la région de la Kolyma, seuls 9 928 étaient arrivés vivants[99]. Dans les trains de prisonniers, le manque d’eau, de nourriture et d’hygiène affaiblissait les passagers[100]. Le voyage pouvait durer plusieurs semaines. Pour rejoindre leur camp, les convois utilisaient le bateau sur les fleuves sibériens ou en Extrême-Orient. Les témoignages décrivent des conditions effrayantes : promiscuité, viol des femmes, indifférence des gardiens, froid, etc.

À leur arrivée au camp, les prisonniers étaient dans un état physique et psychologique déplorable : certains devaient d’abord passer par la quarantaine pour récupérer. Les autres étaient entièrement rasés et lavés. Ils recevaient un uniforme déchiré ou trop court, afin de les humilier, comme en témoigne Anna Andreïevna, épouse de l’écrivain Daniel Andreiev et condamnée au camp de travail : « Ils [les gardes] nous avaient dépouillé de tout ; ils nous privèrent de nos noms, tout ce qui fait la personnalité de quelqu’un et nous habillèrent, je n’arrive même pas à le décrire, d’un truc informe[101] ». Les prisonniers étaient ensuite classés en catégories de travail, en fonction de leurs capacités physiques et de leur crime.

Le travail au quotidien[modifier | modifier le code]

Diversité du travail 
La condition d'un prisonnier du Goulag dépend de la région où il se trouve enfermé, du contexte national, de son crime, mais aussi de son travail : les hommes utilisés pour construire le canal de la mer Blanche n’ont pas les mêmes chances de survie que les ingénieurs ou les techniciens employés dans l’aéronautique ou l’armement. Certains scientifiques emprisonnés vivaient dans un certain confort[102] au sein des charachkas (Lev Kopelev, Andreï Tupolev, Vladimir Petliakov). Certains détenus travaillaient pour le camp : ils effectuaient diverses tâches (organisation du travail et des chantiers, préparation des repas, nettoyage, soin, etc.) au service du Goulag et les autres zeks les appelaient les « planqués ». Leur travail était en effet considéré comme moins pénible et on estimait qu’ils étaient au service du système concentrationnaire. Ils étaient choisis et destitués par l’administration et travaillaient dans l’enceinte du camp. Pendant les périodes de guerre (1918-1921 et 1939-1945), les détenus soviétiques doivent participer à l’effort de défense nationale en creusant des tranchées et en fabriquant des armes.
Durée du travail 
La durée et les horaires de travail varient en fonction des périodes, de la saison et du commandement des camps. Pour répondre aux besoins économiques engendrés par la Seconde Guerre mondiale, le temps de travail est allongé, pour les zeks comme pour les travailleurs libres. Dans le Grand Nord sibérien, les journées de travail sont réduites en hiver, à cause du froid et de la nuit. La direction centrale du Goulag tente de limiter le temps de travail. Mais ces directives ne sont pas souvent respectées et les prisonniers doivent terminer leur tâche avant de pouvoir se reposer : dans les années 1930, les zeks travaillent douze heures par jour[103]. Au Viatlag, la durée quotidienne du travail pendant la guerre est de 16 heures de travail[104]. Certains zeks se mutilent, feignent d’être malade ou fou pour passer quelque temps de repos à l’infirmerie[105]. Enfin, le mécontentement des détenus pouvait tourner à la grève de la faim ou à l’émeute.
Travail forcé sur une route de la Kolyma
Sécurité 
Le travail forcé dans les usines, les pêcheries, les mines, les chantiers ou dans la taïga est pénible, surtout en hiver. Les conditions de sécurité ne sont pas toujours assurées si bien que des milliers de prisonniers trouvent la mort dans des accidents. En 1939, les premiers zeks qui extraient l’uranium des mines de la Kolyma n’ont pas de combinaison de protection[106]. Le manque de nourriture et de soins rend les journées difficiles. Certains prisonniers se mutilent, d’autres se suicident pour échapper à leur sort[107].
Encadrement du travail et propagande 
Les chefs de brigades ou « directeurs de travaux » étaient choisis parmi les zeks pour diriger les équipes et veiller à atteindre les objectifs de production. Il existait deux catégories de travailleurs : ceux des « travaux généraux » et les « planqués ». Les performances au travail étaient affichées et les meilleurs ouvriers récompensés. Les affiches et les slogans répétés à longueur de journée incitaient à travailler toujours plus. La section culturelle et éducative (KVTCH)[108] assurait cette propagande dans le camp. Les règlements édictés à Moscou prévoyaient la présence d’une bibliothèque, d’un club de théâtre et des concerts pour chaque camp. En réalité, ces infrastructures étaient plutôt rares, et, lorsqu’elles existent, elles sont un instrument d’embrigadement ou d’émulation. En raison de la pénurie de papier, les journaux sont rares ou réservés au personnel libre. Enfin, la section culturelle et éducative organise des parties d’échecs, des matchs de foot et des concours de travail. Elle recueille aussi les doléances des zeks. Le courrier était censuré et beaucoup de colis envoyés par les familles étaient volés par les gardes.

La vie des zeks en Sibérie[modifier | modifier le code]

Des conditions de vie plus ou moins bonnes[modifier | modifier le code]

Les conditions de vie variaient en fonction des époques et surtout des catégories de prisonniers : si le taux de mortalité est en moyenne de 4 % par an sous Staline, il atteint 20 % à 25 % pendant la Seconde Guerre mondiale[109]. Sous Lénine, les prisonniers politiques socialistes étaient relativement bien traités : dans les camps des îles Solovki, ils profitaient de la bibliothèque, des pièces de théâtre jouées par les autres détenus, des colis envoyés par les familles[110]. Au Vichlag, les détenus pouvaient profiter du cinéma[111]. Les plus fortunés réussissaient à améliorer leur sort en soudoyant les gardes. Les meilleurs travailleurs, les invalides et le médecin du camp étaient mieux logés que les autres. Les conditions d’existence dépendaient également de la cruauté des gardes et des dirigeants du camp : certains utilisaient la torture[112]. En outre, la plupart du temps, le travail permettait aux prisonniers les plus zélés d’obtenir des privilèges (nourriture meilleure, vêtements, colis, visites).

Activités dans le camp[modifier | modifier le code]

Les prisonniers devaient entretenir le camp (préparer les repas, nettoyer les toilettes, faire la vaisselle, enlever la neige, etc.). Les rixes et les violences étaient nombreuses, étant donné que les prisonniers politiques étaient mélangés avec les criminels et les délinquants. Les zeks occupaient leur temps libre à jouer aux cartes, écrire des poèmes, nettoyer leur baraquement, fabriquer ou sculpter des objets ou encore dessiner[113]. Enfin, les détenus assistaient à des messes organisées dans les baraquements par les prêtres déportés.

Dormir, se laver, manger[modifier | modifier le code]

L’intérieur d’un baraquement confortable (1936-1937)

Lorsque les constructions manquaient, les détenus dormaient sous des tentes ou construisaient leurs propres abris pour la nuit : dans le complexe du Siblag, certains détenus dormaient dans des gourbis sans aucun confort, creusés dans la terre[114]. Les plus chanceux dormaient dans une couchette individuelle, mais le plus souvent, les zeks partageaient un même matelas ou dorment à même le sol. Malgré la présence de poêles métalliques et de quelques lampes, l’intérieur des baraquements était froid, humide et mal éclairé. Les détenus font leurs besoins dans des tinettes pour éviter de sortir dans le froid. Normalement, les vêtements des zeks devaient être bouillis régulièrement par mesure d’hygiène.

Les détenus disposent d’un petit savon pour se laver et faire leur lessive. Thomas Sgovio décrit les bains dans son camp de la Kolyma :

« Le froid de canard à l’extérieur, en attendant que les autres sortent, puis le vestiaire, où on se gelait, les désinfections obligatoires et la fumigation, où l’on jetait nos guenilles en tas […], les bagarres et les insultes […], le choix de sous-vêtements communs et humides, pleins d’œufs de poux dans les coutures, le rasage de tout le corps par le barbier du camp… puis, quand arrivait enfin notre tour d’entrer dans les bains, nous prenions un baquet de bois et recevions un bock d’eau chaude, un bock d’eau froide et un petit bout de savon noir qui empestait[115]. »

Les repas sont pris dans un réfectoire : une bouillie à base de céréales est servie le matin, une soupe le midi et le soir. L’approvisionnement et la gestion des denrées alimentaires restent souvent problématiques. En Sibérie, les provisions gèlent en hiver et pourrissent en été. Pendant la Seconde Guerre mondiale, certains camps ne reçoivent aucune marchandise pendant plusieurs jours, ce qui aggrave les pénuries. Si bien que de nombreux camps créent leur propre kolkhoze pour assurer leur ravitaillement[116]. Les zeks souffrent de malnutrition voire de faim et développent des maladies liées aux carences (pellagre, scorbut). Les rations sont proportionnelles aux efforts fournis dans le travail forcé.

Séparation entre hommes et femmes[modifier | modifier le code]

En principe, les hommes et les femmes sont séparés dans des zones ou des camps différents[117]. Les femmes étaient minoritaires et très peu nombreuses dans les camps du Grand Nord. Cependant, il arrivait que certaines femmes tombent enceintes dans les camps : elles accouchaient dans les hôpitaux des complexes concentrationnaires. Il existait des crèches dans certains camps puis les enfants étaient envoyés dans des orphelinats. Les foyers accueillaient les enfants des camps ou les enfants des zeks. Les enfants délinquants et criminels étaient enfermés dans des colonies spéciales[118].

Le personnel du camp[modifier | modifier le code]

La VOKHR (garde armée des camps) était composée d’hommes libérés du Goulag ou d’anciens membres de la police secrète tombés en disgrâce. Pendant l’ère stalinienne, on envoie les incompétents, les suspects ou les ivrognes encadrer les camps[119]. L’encadrement des camps a toujours souffert du manque de volontaires ; cette situation s’explique par les conditions de vie difficile et le manque de prestige de la fonction. La ration reçue par chaque garde était proportionnelle à son grade[120]. Les journées de travail étaient interminables et les maladies touchaient tout le personnel du camp. Cependant, certains commandants de complexes concentrationnaires pouvaient vivre dans le luxe. Les comptables, les techniciens, les normeurs, les médecins ou les instructeurs du camp de la KVTCH vivaient sans doute un peu mieux que les gardes.

La direction du Goulag chercha constamment à limiter les mauvais traitements sur les prisonniers. La propagande poussait les gardiens à détester les « ennemis du peuple ». Les objectifs de production devaient être réalisés par tous les moyens. Enfin, les gardes les plus méritants pouvaient monter en grade.

Prisonniers célèbres et témoignages sur les camps soviétiques[modifier | modifier le code]

Prisonniers célèbres[modifier | modifier le code]

Témoignages[modifier | modifier le code]

Voir aussi infra la section « Articles connexes »

  • Alexandre Soljenitsyne dans Une journée d'Ivan Denissovitch (1962) puis l’Archipel du Goulag (1973) a porté son témoignage à la connaissance d’un très large public en Occident, ce qui lui a valu l’exil. Il y décrit les conditions de vie dégradantes dans les camps (travail forcé, froid, faim, gardiens inhumains), mais aussi la volonté de rééduquer le détenu par le biais de « sections politiques et éducatives » (des brigades politiques et éducatives) destinées à « remplacer aumôniers et services religieux des prisons d’antan ».
  • Gustaw Herling, Un Autre Monde, Denoël, 1985 (Folio, 1995). Herling y décrit son année et demi passée dans un camp de travail soviétique du complexe de Kargopol, sur la Mer Blanche de 1940 à 1942. Publié en 1951, cet ouvrage est un des tout premiers dépeignant les camps soviétiques.
  • Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, Éditions Maspero, 1980 (réédition Fayard 1986, puis Éditions Verdier, 2003)
  • Varlam Chalamov, Vichéra, Éditions Verdier, Lagrasse, 2000.
  • Jacques Rossi, dans son Manuel du Goulag, publié en 1987 (en anglais) et 1997 (en français, Le Cherche midi, (ISBN 2862745324)), écrit : « Le goulag servait de laboratoire au régime soviétique, dans le but de créer une société idéale : garde-à-vous et pensée unique. »
  • Raymond Duguet, Un Bagne en Russie rouge, 1927.
  • Margarete Buber-Neumann, Déportée en Sibérie, Paris, Seuil, 1949.
  • Jules Margoline, La Condition inhumaine, Paris, Calmann-Lévy, 1949, nouvelle éd. complète, Julius Margolin, Voyage au pays des Ze-Ka, Paris, Le bruit du temps, 2010.
  • Józef Czapski, Terre inhumaine, éditions Îles d’Or, 1949.
  • Jean Nicolas, Onze ans au paradis, éd. Fayard, Paris, 1958
  • Evguénia Guinzbourg, Le Vertige (2 tomes) et la suite Le Ciel de la Kolyma, Seuil, 1967
  • Elinor Lipper, Onze ans dans les bagnes soviétiques, Nagel, 1950.
  • Alexander Dolgun avec la collab. de Patrick Watson, (en) Alexander Dolgun's Story : An American in the Gulag, New York, Alfred A. Knopf, 1975; trad. franç. de Gilles Garnet, Histoire d'Alexandre Dolgun, un Américain dans le Goulag, Paris, Albin Michel, 1976.
  • Dantsig Baldaev, gardien de camp. Tatouages et dessins du goulag. Édition des Syrtes.

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Emmanuel Amara, Le Goulag oublié, 50 min, Rue Charlot productions, 2006, avec la participation d'Anatol Prokopienko (Archives de l'état russe) et de Vladimir Vinogradov (archives du NKVD), à l'occasion du 30 octobre, jour commémoratif du Goulag en Russie.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages de recherche historique[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nicolas Werth, "GOULAG : les vrais chiffres", L'Histoire no 169, septembre 1993, p. 49.
  2. Nicolas Werth, "GOULAG : les vrais chiffres", L'Histoire no 169, septembre 1993, p. 41.
  3. N.G. Okhotine, A.B. Roginski, Sistema ispravitelno-troudovykh laguerei v SSR, 1923-1960 : spravotchnik, Moscou, 1995.
  4. a et b Marie Jégo, « 7 avril 1930, le bureau politique instaure le Goulag », dans Le Monde du 3 mars 2003, [lire en ligne]
  5. a, b, c et d Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 9.
  6. (en) The Other Killing Machine
  7. (en) Les victimes oubliées de Staline prisonnières du Goulag.
  8. D. M. Thomas, Alexander Solzhenitsyn : A Century in His Life, Londres, 1998, p. 489-495. En réponse à la demande du militant trotskiste David Rousset d'une commission d'enquête sur l'existence de camps de concentration en URSS, Pierre Daix rédige un article: « Pierre Daix, matricule 59 807 à Mauthausen », paru dans les Lettres françaises, niant l'existence du Goulag. Plus tard, Pierre Daix a reconnu avoir menti : voir à ce sujet l'ouvrage de Tzvetan Todorov, Mémoire du mal, tentation du bien. Enquête sur le siècle, Robert Laffont, 2000 et Frédéric Verger, « Les Lumières et le goulag » dans la Revue des deux Mondes, no 1, janvier 2011, p. 133.
  9. a et b Coll.: David Rousset, Le Procès des camps de concentration soviétiques, supplément du BEIPI no 16, janvier 1951.
  10. Jean Elleinstein : Histoire de l'URSS, en 4 tomes : Paris, Éditions Sociales, collection Notre temps, 1972-75, 1090 p.)
  11. Jean Elleinstein : Ils vous trompent, Camarades, Paris, Pierre Belfond, 1981, 214 p. (ISBN 2-7144-1376-5).
  12. Dans La Révolution prolétarienne « dès 1928, une rubrique est ouverte : "Emprisonnés, déportés". Cette constance de l'antistalinisme est longtemps considérée par les militants de La Révolution prolétarienne comme une fidélité à l'idéal communiste trahi. » (Dictionnaire des intellectuels français, Seuil, 1996, p. 965). De même, en janvier 1928, Le Bulletin communiste de Boris Souvarine (communiste anti-stalinien) publie un article : « Au secours des déportés de Sibérie ».
  13. N. De Basily, La Russie sous les Soviets vingt ans d'expérience bolchevique, 480 pp., Plon, Paris, 1938.
  14. Varlam Chalamov, Récits de la Kolyma, traduit du russe par Sophie Benech, Catherine Fournier et Luba Jurgenson, Lagrasse, Verdier, 2003
  15. Varlam Chalamov, Vichera, traduit du russe par Sophie Benech, Lagrasse, Verdier, 2000
  16. Collectif, dir.: Stéphane Courtois, Le Livre noir du communisme, 1998, p. 21-22.
  17. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, éd. Grasset & Fasquelle, 2005, et Alexandre Soljenitsyne: L’Archipel du Goulag, Seuil, Paris, 1973
  18. En moyenne, 2 % de la population de chaque pays a été déportée d'après David, E. Murphy, Ce que savait Staline, l'énigme de l'opération Barberousse, éd. Stock, 2006.
  19. Le Monde diplomatique Pourquoi Staline liquida le Comité antifasciste juif, décembre 1995.
  20. Alexandre Zinoviev, Les confessions d'un homme en trop, éd. Folio, 1991.
  21. Alexandre Zinoviev, Le communisme comme réalité, Julliard, 1982
  22. Sergueï Melgounov, La Terreur rouge en Russie 1918-1924, éd. Des Syrtes, 368 p., ISBN 2-84545-100-8, et Alexandre Rogojkine : film russe Le Tchékiste, 1992 (d'après le roman de Vladimir Zazoubrine, 1923)
  23. a, b et c Nikolaï Feodorovitch Bugaï, Goda 30-40 : narodov SSSR deportatsii kvoprosu [La question de la déportation des peuples de l'URSS dans les années 1930 et 1940], Revue "Istoriia SSSR" no 6, 1989, et Deportatsiia: Dokladyvaet Stalinu de Beriia [La déportation : Rapports de Béria à Staline]. Revue "Kommounist" no 3, 1991.
  24. Staline utilisa les mots « purification » ou « vermine » : lire Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, trad. P.-E. Dauzat, éd. Grasset & Fasquelle, 2005, p. 32.
  25. Primo Levi: « En Union soviétique, il semble que dans les pires moments la mortalité ait atteint environ 30 % du total des entrants, et c'est déjà un chiffre intolérablement élevé ; mais dans les Lager allemands, la mortalité était de 90 à 98 % ». Pour Levi, « il n'était pas prévu d'autre issue que la mort » dans les camps nazis, alors qu'au Goulag la mort n'était pas « un but déclaré » : c'était un « dommage collatéral », un « accident assez fréquent, accepté avec une indifférence brutale, mais qui n'était pas une conséquence expressément voulue »
  26. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, et Nikolaï Feodorovitch Bugaï, Goda 30-40 : narodov SSSR deportatsii kvoprosu [La question de la déportation des peuples de l'URSS dans les années 1930 et 1940], Revue "Istoriia SSSR" no 6, 1989
  27. Les confusions entre le nombre total de personnes déportées pendant la période stalinienne et le nombre de personnes détenues à un moment donné produit parfois des estimations exagérées du nombre de victimes, même chez des auteurs dont le sérieux est indiscutable, mais qui ont travaillé avant 1991, comme Rudolph Joseph Rummel sur Présentation de l’auteur en anglais, professeur émérite à l’université d’Hawaï; inversement, la minimisation ou la relativisation du phénomène existent aussi dans certains ouvrages comme Le siècle des communismes sous la direction de Bernard Pudal, ouvrage qui ne nie rien, mais passe le Goulag et ses victimes par les profits et pertes d'une « expérience » politique et sociale aux idéologues de laquelle toute « intention criminelle » est déniée.
  28. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 500.
  29. Jean Sévilla, Le Terrorisme intellectuel, Paris, Perrin, 2004, (ISBN 2262017727) , p. 25-26.
  30. Ibid., p. 29.
  31. Ibid., p. 32.
  32. Selon Jean-Jacques Marie, « À l'époque il est banal, voir courant, de nommer camp de concentration un camp d'internement ou de prisonniers. C'est le terme qu'utilisaient les représentants de l'amiral monarchiste Koltchak pour désigner les camps de Sibérie où croupissaient encore en 1919 166 000 prisonniers allemands et autrichiens de la guerre terminée, otages d'une guerre civile à laquelle ils n'avaient aucune part, ravagés par le typhus et la famine. », Le Goulag, PUF, p. 25.
  33. Les Blancs finlandais ouvrent les premiers camps de la guerre civile en mai 1918 après leur victoire contre les socio-démocrates russes, voir Jean-Jacques Marie, « Trotsky et les camps de concentration ». Le premier « camp de concentration » bolchevique est créé en septembre 1918 à l’instigation du chef de la Tchéka, Félix Dzerjinski, voir George Leggett, The Cheka : Lenin’s Political Police, Oxford, 1981, p. 102-120.
  34. Le pouvoir tsariste utilisa d’ailleurs l’internement contre les bolcheviks avant la révolution de 1917.
  35. Mikhaïl Geller, Kontsentratsionny mir i sovetskaïa literatoura, Londres, 1974, p. 23-24.
  36. (ru) Texte du décret 45 au 15 avril 1919
  37. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 10.
  38. Jean-Jacques Marie Le Goulag, PUF, collection Que sais-je ?, p. 31-33.
  39. Juri Brodsky, Solovki : Le Isole del Martitio, Rome, 1998, p. 75.
  40. Anne Applebaum, Goulag, une histoire, Paris, Grasset, 2005, p. 71 et sq.
  41. Ibid., p. 73
  42. Brodsky, Juri, Solovki: Le Isole del Martirio, Rome, 1998, p. 75
  43. Anne Applebaum, Goulag, une histoire, Paris, Grasset, 2005, p. 74
  44. Archives nationales de la République de Carélie, 690/6/(1/3)
  45. Jacques Rossi, « Le Manuel du Goulag », p. 25 & 65]
  46. En 1930, le gouvernement américain interdit l’importation de produits fabriqués par les prisonniers du Goulag (Tariff Act).
  47. a et b Collectif, Le Livre noir du communisme, 1998, p. 14.
  48. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 84.
  49. Nicolas Werth, « Goulag : les vrais chiffres », L'Histoire, no 169
  50. Nicolas Werth, « Repenser la Grande Terreur », Le Débat, no 122, nov-déc. 2002, extraits ici.
  51. V. N. Zemskov, Specposelency v SSSR, 1930-1960 Moscou, 2003, (306 p.), voire Catherine Gousseff, « V. N. Zemskov, Specposelency v SSSR, 1930-1960 », Cahiers du monde russe (En ligne), 44/4 | 2003, mis en ligne le 19 juin 2009
  52. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 132.
  53. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 178.
  54. Terry Martin, The Affirmative Action Empire. Nations and Nationalism in the Soviet Union, 1923-1939.
  55. Catherine Gousseff, Les déplacements forcés des populations aux frontières russes occidentales (1914-1950).
  56. a et b Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 22 et 460.
  57. Jean-Jacques Marie, Les Peuples déportés en Union soviétique, 1955.
  58. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 478.
  59. Les spetslagueria est-allemands, Reczk en Hongrie, Lovech en Bulgarie, etc.
  60. Sabine Dullin, Histoire de l'URSS, La Découverte, 2003.
  61. À Norilsk, à Vorkouta et dans les camps spéciaux.
  62. Nicolas Werth, « La Russie soviétique : révolution, socialisme et dictature », dans L’Histoire no 223, juillet-août 1998, p. 21.
  63. Lire à ce sujet Vladimir Boukovski, Une nouvelle maladie mentale en URSS : l’opposition, Paris, Seuil, 1971 ; Anne Applebaum, p. 595.
  64. L'éthique : de la recherche à la pratique - Docteur Jean Garrade - 24 avril 1997
  65. Prisoners of Conscience in the USSR. Their Treatment and Conditions, Amnesty International, 1975, p. 197-198.
  66. Martin Walker, The Waking Giant : The Soviet Union under Gorbatchev, Londres, 1986, p. 12.
  67. Jean Pasqualini/Bao Ruo-Wang, Prisonnier de Mao (7 ans de Laogaï), avec Rudolph Chelminsky, Gallimard, 1974, (ISBN 2070291367) et Prisonnier de Mao, t. 2, Gallimard, 1976 (ISBN 2070368300)
  68. Voir sur Corée du Nord
  69. D’après les données d’Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 110-127 et p. 152.
  70. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, pp. 113-114.
  71. N.G. Okhotine, A.B. Roginski, Sistema ispravitelno-troudovykh laguerei v SSR, 1923-1960 : spravotchnik, Moscou, 1995, p. 192.
  72. Carte détaillée du Goulag en 1953, due au travail de la fondation Ryazan Memorial Society
  73. Jean-Paul Depretto, « Un grand chantier du premier plan quinquennal soviétique : Kuznetskstroï », dans CAIRN, no 39, 200/2, [lire en ligne]
  74. Nicolas Werth, article « goulag » dans Dictionnaire historique et géopolitique du XXe siècle, La Découverte, 2002.
  75. K. P. Gourski, Mémoire inédit, Archives du Mémorial, 2 / 1 / 14-17.
  76. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 216.
  77. Une devise assez proche de « Arbeit macht frei » à l’entrée des camps nazis.
  78. L'isolateur principal se situait dans la tour-phare de l'église qui couronne le mont de la Hache.
  79. Le Goulag en a recensé 10 440 en 1947, Archives nationales de la Fédération russe, 9414/1/2632.
  80. Surnommé « la Serpentine », ce camp se trouvait près de la ville de Magadan et servit de lieu d’exécution en 1937-1938 ; lire Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 288.
  81. Par exemple pour la construction du canal de la mer Blanche.
  82. Guenrikh Iagoda, Edouard Berzine, Matvei Berman, Izraïl Pliner, etc.
  83. N.G. Okhotine, A.B. Roginski, Sistema ispravitelno-troudovykh laguerei v SSR, 1923-1960 : spravotchnik, Moscou, 1995, p. 220-221 et 341-343.
  84. Source : Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 630.
  85. En 1927, une grande amnistie libère 50 000 prisonniers de droit commun. En 1941, Staline décide de libérer les Polonais qu’il avait fait arrêter au début de la guerre. Une autre amnistie eut lieu pour les prisonniers de droit commun en 1946.
  86. "Les amnisties étaient fréquentes pour ceux qui voulaient intégrer l’armée ou l'administration, ou ceux qui étaient malades ou vieux, ou encore pour les femmes enceintes", Applebaum p. 630 (éd. Grasset).
  87. a et b Werth p. 41
  88. Nicolas Werth, « La Russie soviétique : révolution, socialisme et dictature », dans L'Histoire, no 223, juillet-août 1998, p. 20.
  89. Jean Radvanyi, La Nouvelle Russie, Collection U, Armand Colin, 2004, 3e édition mise à jour, (ISBN 2200266871), p. 58 arrondi à 40 000.
  90. Jean Radvanyi, La Nouvelle Russie, ibidem, arrondi à 200 000.
  91. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 335 et 337.
  92. Pierre Rigoulot, Des Français au goulag : (1917-1984), Fayard,‎ 1984, 367 p. (ISBN 2213014647)
  93. Pierre Rigoulot, « Les étrangers du Goulag », émission La marche de l'histoire sur France Inter, 6 avril 2011
  94. Extrait des Récits de la Kolyma de Varlam Chalamov, 1978 (ISBN 2-8643-2352-4)
  95. Les communistes étrangers subirent les purges staliniennes : en 1937, 5000 communistes polonais ont été exécutés ou déportés dans les camps soviétiques : lire Jeremy Agnew, Kevin McDermott, The Comintern, New York, 1997, p. 143-149.
  96. Keith Sword, Deportation and Exile: Poles in the Soviet Union, 1939-1948, New York, 1994 ; Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 164.
  97. Considéré comme « agitation antisoviétique » : Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 165 et 338.
  98. Article 58 du Code pénal.
  99. John Stephan, The Russian Far East : A History, Stanford, 1994, p. 227.
  100. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 204-206.
  101. Entretien d’Anne Applebaum avec Anna Andreïevna, Moscou, 28 mai 1999 ; cf Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 217 et 690.
  102. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 33.
  103. David Nordlander, Capital of the Gulag. Magadan in the Early Staline Era, 1929-1941, thèse, UNC Chapel Hill, 1997, p. 159.
  104. Viktor Berdinskikh, Viatlag, Kirov, 1998, p. 24-43.
  105. Les stratégies de survie et de fraude des zeks s’appellent la « toufta ».
  106. David Nordlander, Capital of the Gulag. Magadan in the Early Staline Era, 1929-1941, thèse, UNC Chapel Hill, 1997.
  107. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 73.
  108. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 272-283.
  109. Nicolas Werth, Article « goulag » dans Dictionnaire historique et géopolitique du XXe siècle, La Découverte, 2002 ; voir aussi Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 224.
  110. Anatoli Tsigankov, Ikh nazali KR, Petrozavodsk, 1992, p. 196-197 ; voir aussi Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 58-59.
  111. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 123.
  112. Les gardes de Solovetski attachaient les prisonniers dans la forêt nus : ils mouraient de froid en hiver ou étaient piqués par des myriades de moustiques en été : lire Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 61.
  113. Pour voir ces réalisations, consulter le site du Memorial museum
  114. Une zemlianka, des zemlianki, lire Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 143 et 236.
  115. Thomas Sgovio, Dear America, Kenmore, New York, 1979, p. 175.
  116. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 250.
  117. Olga Adamova-Sliozberg et al., L’Aujourd’hui blessé, 1997.
  118. Anne Applebaum, Goulag : Une histoire, 2005, p. 372-373.
  119. Ibid., p. 303.
  120. Ibid., p. 305.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]