République slovaque (1939-1945)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

48° 08′ N 17° 06′ E / 48.133, 17.1

République slovaque
Slovenská republika

1939 – 1945

Drapeau Blason
alt=Description de l'image Slovak Republic (1942).svg.
Informations générales
Statut République clérico-fasciste, État satellite de l'Allemagne nazie
Capitale Bratislava
Langue Slovaque
Monnaie Couronne slovaque
Démographie
Population 2 653 053 habitants
Superficie
Superficie 38 055 km²
Histoire et événements
14 mars 1939 Proclamation d'indépendance
4 avril 1945 Entrée des troupes soviétiques dans Bratislava

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République slovaque était un État satellite de l'Allemagne nazie créé le 14 mars 1939 suite au démantèlement de la Tchécoslovaquie. La République slovaque fut l'alliée du Troisième Reich durant toute la seconde guerre mondiale. Dans l'historiographie de la Tchécoslovaquie communiste, ce régime était désigné sous le nom d'État slovaque (Slovenský štát).

Histoire de la République slovaque[modifier | modifier le code]

La Slovaquie autonome (1938-1939)[modifier | modifier le code]

Après les accords de Munich, la Slovaquie acquiert son autonomie. Monseigneur Jozef Tiso, prêtre catholique dirigeant d'un parti nationaliste, le Parti du peuple slovaque, devient le Premier ministre du gouvernement slovaque.

Le 2 novembre 1938, la Hongrie annexe une bande le long de sa frontière avec la Tchécoslovaquie : le plus gros de cette annexion, prévue par le « premier arbitrage de Vienne » rendu par l'Allemagne nazie et l'Italie fasciste, concernait la Slovaquie, notamment la plaine danubienne où vivait une importante communauté hongroise.

En mars 1939, l'action des agents allemands et des séparatistes slovaques aboutit à une crise intérieure et une déclaration d'indépendance de la Slovaquie que le gouvernement tchécoslovaque de Prague tente d'empêcher par une intervention armée le 9 mars. Le lendemain, Jozef Tiso, président du gouvernement autonome slovaque est destitué par le gouvernement de Prague et remplacé par Karol Sidor.

La Slovaquie indépendante (1939)[modifier | modifier le code]

Juste avant l'invasion de la Tchécoslovaquie, le 13 mars 1939, et l'incorporation de la Bohème et de la Moravie au Troisième Reich sous la forme du Protectorat de Bohême-Moravie, Hitler invite Tiso à Berlin et le presse de proclamer l'indépendance de la Slovaquie, faute de quoi Hitler le menace de soutenir un partage de la Slovaquie entre la Pologne et la Hongrie. Tiso convoque alors la Diète du Pays slovaque (Slovenský snem), qui vote l'indépendance le 14 mars. Tiso devient le chef du gouvernement.

Le 16 mars 1939, les troupes allemandes occupent la partie Ouest de la Slovaquie afin de contrôler l'axe de communication stratégique reliant la capitale Bratislava et le bassin industriel de la région du Váh pour ses usines d'armement. De leur côté, les troupes hongroises occupent le 23 mars 1939 la Ruthénie subcarpatique, soit 1 697 km² de territoire dans la partie orientale du pays[1]. Peu après, la Hongrie reconnaît la nouvelle « Slovaquie indépendante », mais un litige territorial portant sur la nouvelle frontière dégénère vite en conflit armé. À l'issue de cette guerre slovaquo-hongroise (également connue sous le nom de Petite Guerre), la Hongrie annexe finalement la lisière orientale de la Slovaquie.

Le « traité de protection » germano-slovaque (1939)[modifier | modifier le code]

Le 23 mars 1939, alors que la Hongrie a entamé une politique expansionniste envers la Slovaquie, un « traité de protection », signé à Munich, subordonna formellement à l'Allemagne la politique slovaque dans les domaines économique, militaire et diplomatique. Ainsi, bien que bénéficiant, contrairement au Protectorat de Bohême-Moravie, d'une véritable autonomie, la République slovaque reste pendant toute son existence très dépendante de l'Allemagne nazie. De plus, ce traité permet également à l'Allemagne de légaliser a posteriori la présence de la Wehrmacht dans la partie Ouest de la Slovaquie.

La Slovaquie dans la Seconde Guerre mondiale (1939-1945)[modifier | modifier le code]

Le « Traité de protection » germano-slovaque conduira la Slovaquie à rejoindre les forces de l'Axe[2] et à entrer en guerre contre la Pologne. Ensuite, également signataire du Pacte tripartite à la fin 1940, la Slovaquie déclarera aussi la guerre à l'Union soviétique le 23 juin 1941 et participe au conflit en envoyant ses troupes sur le Front de l'Est. Dans le cadre de sa participation à l'opération Barbarossa et de sa lutte contre le communisme, la Slovaquie adhère également, le 25 novembre 1941, au renouvellement pour cinq ans du Pacte anti-Komintern qui avait été élaboré et signé par l’Allemagne nazie et l’Empire du Japon cinq ans plus tôt.

Disposant d'un budget ordinaire de trois milliards de couronnes, la Slovaquie consent à d'énormes sacrifices financiers pour faire face aux exigence du conflit avec l'URSS : en effet, en 1942, le budget militaire est porté à 500 millions de couronnes[3]; cette situation génère à la fois un déficit du budget de l’État et une forte inflation, déficit et inflation que le gouvernement combat en mettant en place une fiscalité particulière à destination des Juifs de Slovaquie[3].

Le 23 août 1944, lorsque la Roumanie déclare la guerre à l'Allemagne, les armées soviétiques et roumaines avancent vers l'ouest de mille kilomètres, et attaquent la Hongrie : le 29 août 1944, un premier soulèvement slovaque anti-nazi est déclenché depuis la ville de Banská Bystrica.

À la fin de l'année 1944, les troupes allemandes et hongroises refluent sous la poussée des troupes soviétiques, roumaines et tchécoslovaques arrivant par l'est. Le 4 avril 1945, ces troupes alliées entrent dans Bratislava, libérant l'ensemble de la Slovaquie. Le 5 avril, Edvard Beneš, président du gouvernement tchécoslovaque en exil, forme un gouvernement de coalition symbolisant ainsi la restauration de la Tchécoslovaquie.

Le régime de Tiso[modifier | modifier le code]

Le 26 octobre 1939, suite à la promulgation d'une nouvelle constitution, Jozef Tiso devient le président de la République. Vojtech Tuka le remplace alors à la tête du gouvernement. Le parlement, appelé Diète de la République slovaque, est théoriquement élu pour cinq ans, mais aucune élection n'aura jamais lieu. Un Conseil d'État tient lieu de chambre haute. L'exécutif consiste en un gouvernement de huit ministres.

La République slovaque de Monseigneur Tiso est un « État totalitaire et corporatiste », selon les termes de Michel Laran[4]. Les communistes le qualifient de « clérical-fasciste ». De fait, le nationalisme slovaque de cette époque est très fortement teinté de catholicisme. Ses deux grandes figures, Andrej Hlinka - mort en 1938 - et Tiso sont des prêtres catholiques. Seul, le Parti populaire slovaque (rebaptisé Parti populaire slovaque de Hlinka, du nom de son fondateur) est autorisé, à l'exception de petits partis représentant les minorités allemande Zipser et hongroise. Le gouvernement décrète un certain nombre de lois antisémites, excluant les Juifs de la vie publique dans un premier temps et les livrant à l'Allemagne dans un deuxième temps.

Cette première république slovaque promeut l'enseignement et la culture slovaques : une académie des sciences slovaque est fondée en 1942, de nombreuses universités et lycées sont créés, la littérature et la culture slovaque se développent en lieu et place du cosmopolitisme et du panslavisme de l'État tchécoslovaque basé sur le droit du sol.

Le Parti populaire slovaque est divisé en deux tendances : celle de Monseigneur Tiso est surtout constitués de conservateurs qui ont pour idéal un état autoritaire et religieux, l’autre est beaucoup plus ouvertement fasciste et inspirée par les nazis allemands. Ils ont pour idéal un État slovaque basé sur le droit du sang. Ils sont plus antisémites que l'entourage de Mgr Tiso et chasseraient volontiers tous les Tchèques du pays. Leur principale organisation est la « Garde de Hlinka » (Hlinkova garda). Leurs représentants au gouvernement sont le Premier ministre Vojtech Tuka et le ministre de l'intérieur Alexander Mach. C'est essentiellement par antibolchévisme que ces deux tendances ont pu faire alliance.

Dans un pays relativement prospère à cette époque où le reste de l'Europe est à feu et à sang, la population soutient plutôt la tendance Tiso. Les Allemands ont commencé par soutenir Tuka, mais finalement, ils se satisfont de Tiso qui garantit aux Allemands le calme à leur frontière.

La population de la République slovaque[modifier | modifier le code]

85 % des 2 650 000 habitants de la nouvelle république sont Slovaques, les 15 % restant étant constitué de Hongrois, de Juifs, d'Allemands et de Roms. 50 % de la population vivent de l'agriculture. La capitale, Bratislava compte plus de 120 000 habitants.

La persécution des Juifs de Slovaquie[modifier | modifier le code]

Peu après l'indépendance, la République slovaque met en œuvre un certain nombre de mesure à l'encontre des quelque 88 951 Juifs recensés le 15 décembre 1940 sur son territoire. Les premières mesures antisémites, mises en place par l'ordonnance du 18 avril 1939, un mois après l'indépendance fournissent des éléments de définition juridique et comprennent deux volets principaux: l'expropriation des 12 300 Juifs qui possèdent une entreprise et la révocation des fonctionnaires juifs. des responsables du régime ayant lié « question juive » et question sociale, l'ordonnance stipule la nécessaire déclaration des actifs détenus par les Juifs, prélude à la nationalisation et à la distribution des biens agricoles[5]. En août 1940, un envoyé d'Eichmann, Dieter Wisliceny, travaille à faire passer dans le droit slovaque, les mesures antisémites du droit allemand, : est ainsi mis en place, à Bratislava, un service économique central, destiné à collecter les informations économiques sur la minorité juive : 11 500 (sur 12 000) entreprises juives sont ainsi aryanisées, jusqu'en 1942[5].

L'entrée en guerre de la Slovaquie aux côtés du Reich crée davantage encore de besoins financiers qui sont appelés à être couverts par la création d'une fiscalité particulière, dont le rendement réel s'avère en décalage avec les attentes, puis par la spoliation des avoirs, préalablement bloqués, détenus par des Juifs Slovaques dans les banques du pays[5].

La Garde de Hlinka commence à agresser les Juifs et un « Code juif » (Loi 105 du 9 septembre 1941) est promulgué. Très similaire aux Lois de Nuremberg en vigueur dans le Reich allemand, le code oblige les Juifs à porter un brassard jaune, interdit les mariages mixtes et exclut les Juifs de certaines professions. Dans ce code, la définition du Juif se rapproche des conceptions raciales des nazis. Le Vatican proteste alors en faisant remarquer que la législation est contraire aux principes de l'Église.

Les camps de travail forcé font leur apparition à l'automne 1941, alors que la plupart des Juifs ont perdu leur emploi. Une organisation centrale juive, la Judenzentrale ou Ústredna Židov (ÚŽ) réunit tous les Juifs.

En octobre 1941, 15 000 Juifs sont expulsés de Bratislava. En fait, 5 000 d'entre eux, détenteurs d'un permis de travail, sont autorisés à rester. Les autres prennent le chemin des camps de travail forcé.

Dès juin 1940, le gouvernement slovaque avait promis d'envoyer 120 000 travailleurs en Allemagne, mais en octobre 1941, ils ne sont que 80 000 et en novembre 1941, la situation du travail s'étant améliorée en Slovaquie, le gouvernement slovaque propose de remplacer les travailleurs slovaques manquants par des Juifs. Après la Conférence de Wannsee, en janvier 1942, les nazis allemands du Reichssicherheitshauptamt proposent aux autorités slovaques de déporter tous les Juifs slovaques sur le territoire du Reich moyennant une redevance de 500 Reichsmarks par tête, correspondant aux frais de « logement, nourriture, habillement et reconversion ». La totalité de la somme correspond environ à 80 % de ce que le gouvernement slovaque a réussi à soutirer aux Juifs par les diverses mesures d'expropriation.

Les déportations vers l'Allemagne commencent en mars 1942, en partie pour faire face la pression foncière dans la capitale[6]. Au sein de l'ÚŽ, le service de l'émigration, dirigé par Gisi Fleischmann, aide les juifs à s'enfuir. 7 000 parviennent à se réfugier en Hongrie. Plusieurs milliers tentent d'échapper à la déportation en se convertissant au christianisme. Mgr Tiso accorde ainsi 2 000 grâces présidentielles (disposition rendue possible par la loi) en particulier aux Juifs baptisés.

À partir de juin 1942, le gouvernement slovaque se montre moins coopératif pour déporter les Juifs vers l'Allemagne. À cette date, 52 000 Juifs ont déjà été déportés, mais il en reste encore entre 30 000 et 35 000. Plusieurs raisons expliquent ce revirement slovaque :

  • la redevance fixée par les Allemands, 500 RM[6], est élevée ;
  • un certain nombre de Juifs sont indispensables à la marche du pays ;
  • les interventions du Vatican sont de nature à faire fléchir un État dont le président est un prêtre catholique.

Dès le début des déportations, des notes du Vatican au Premier ministre Tuka expliquent que les Juifs ne sont pas envoyés dans l'ex-Pologne pour y travailler, mais pour y être exterminés. En pratique, les déportations sont stoppées jusqu'en octobre 1944.

Au total, 70 000 Juifs auront été déportés par les autorités allemandes ou slovaques. Environ 65 000 ne reviendront jamais[7].

L'historien slovaque Ivan Kamenec rappelle dans un article paru en mars 2007 dans un grand quotidien slovaque que : « La première République de Slovaquie est le seul État non occupé par l'Allemagne à avoir déporté par ses propres moyens ses citoyens juifs dans des camps. Les premiers convois de jeunes hommes et femmes sont partis sous le couvert de 'travail'. Dès avril 1942, on enfermait des familles entières — vieillards et enfants inclus — dans des wagons à bestiaux. De mars à octobre 1942, 57 convois transportant plus de 57 000 personnes ont été organisés et deux tiers de la population juive a été déportée. Seule une petite centaine de personnes a survécu aux camps de concentration. C'est l'élite politique de l'époque qui porte la responsabilité politique et morale de ce crime. Ce n'était pas seulement une tragédie pour les victimes ; les conséquences touchent la société entière, qui est encore aujourd'hui traumatisée[8]. »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands. Le IIIe Reich, Une dictature au service du peuple, Flammarion, Paris, 2005 (ed.française), ISBN 2-08-210517-2.
  • Jörg K. Hoensch, « La République slovaque, 1939-1945 », in La République tchécoslovaque, 1918-1948, Librairie du Regard, Paris, 1987, p. 257-280

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Territoire peuplé par 70 000 habitants, majoritairement des Ukrainiens, qui avaient eux aussi proclamé une République d'Ukraine carpatique présidée par Augustin Vološin (Августин Волошин) depuis le 15 mars 1939.
  2. Voir Ordre de bataille lors de la campagne de Pologne (1939)
  3. a et b G. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p.217.
  4. M. Laran, article Tchécoslovaquie in Encyclopædia Universalis, 2000
  5. a, b et c G. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p.216.
  6. a et b G. Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p.218.
  7. Raul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, Gallimard, collection Folio, 2006 Tome II, p. 1331-1377, pour l'ensemble de la section La persécution des juifs de Slovaquie
  8. Ivan Kamenec évoque la participation slovaque à la déportation des Juifs, SME, 27 mars 2007