Mehdi Ben Barka

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El Mehdi Ben Barka

Description de l'image  ElMehdi_Benbarka.jpg.
Naissance janvier 1920
Rabat, Maroc
Décès disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte (à 45 ans)
Nationalité Drapeau du Maroc Marocain
Profession Homme politique marocain, socialiste, tiers-mondiste, panafricaniste et nationaliste

El Mehdi Ben Barka (en arabe : المهدي بن بركة) (né en janvier 1920 à Rabat, Maroc - disparu le 29 octobre 1965 à Fontenay-le-Vicomte) est un homme politique marocain qui fut l'un des principaux opposants socialistes au roi Hassan II et le chef de file du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste.

Le 29 octobre 1965, devant la brasserie Lipp à Paris, Ben Barka fut enlevé et son corps ne fut jamais retrouvé. Après quarante-sept années d'une enquête judiciaire qui n'est toujours pas terminée, l'implication des pouvoirs politiques marocain et français dans cet enlèvement reste controversée.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

Le principal opposant au roi Hassan II, chef de file du camp tiers-mondiste[modifier | modifier le code]

D'une famille de petits fonctionnaires, Mehdi Ben Barka a fait des études de mathématique à Rabat et devient professeur de lycée. Proche du Palais, il enseigne aussi au Collège royal. Il a le futur roi Hassan II parmi ses élèves. Il fut élève de Romain Baron, écrivain local du département de la Nièvre et professeur de lettres français exilé au Maroc entre 1925 et 1940, et avec qui il a eu une petite correspondance épistolaire. Parallèlement, il s’engage en politique contre le « protectorat » français sur le Maroc. Dès 1943, il participe à la création du Parti de l'Istiqlal, un parti qui joue un grand rôle dans l'indépendance du Maroc. En 1955, il participe aux négociations qui aboutiront au retour du roi Mohammed V que les autorités françaises avaient exilé à Madagascar et, en 1956, à la fin du protectorat. De 1956 à 1959, Mehdi Ben Barka est président de l'Assemblée consultative du Maroc.

Représentant de l’aile gauche d’un parti qu’il juge trop conservateur, il provoque une scission et fonde, en septembre 1959, l'Union nationale des forces populaires (UNFP), principal parti de gauche opposé au régime royal. Le futur Hassan II, ambitieux et aspirant à succéder au plus vite à son père Mohammed V, appelle à la répression contre la subversion (les forces de gauche), aussi choisit-il de s'exiler à Paris. À la mort de Mohammed V en 1961, Hassan II monte sur le trône et annonce vouloir faire la paix avec son principal opposant. Il rentre au Maroc en mai 1962. Le 16 novembre 1962, il échappe déjà à un attentat (accident de la circulation selon la version officielle alors que sa Volkswagen fut projetée dans un ravin par une voiture de police l'ayant doublé dans un virage) fomenté par les services du général Oufkir et du colonel Ahmed Dlimi. En juin 1963, il s'exile à nouveau, après être accusé de complot contre la monarchie, Hassan II souhaitant dissoudre l'UNFP. Le 14 mars 1964, il est condamné à mort par contumace, avec Cheikh el-Arab, pour complot et tentative d'assassinat contre le roi[1].

L'exil[modifier | modifier le code]

Mehdi Ben Barka s'exile alors, devenant un « commis-voyageur de la révolution », selon l'expression de l'historien Jean Lacouture. Il part d'abord pour Alger, où il rencontre Che Guevara, Amílcar Cabral et Malcolm X. Il s'en va ensuite pour Le Caire, Rome, Genève (où il échappe à plusieurs tentatives d'assassinat) et La Havane, tentant de fédérer les mouvements révolutionnaires du tiers-monde en vue de la Conférence tricontinentale devant se tenir en janvier 1966 à La Havane et où, affirmait-il dans une conférence de presse, « les deux courants de la révolution mondiale y seront représentés : le courant surgi avec la révolution d'Octobre et celui de la révolution nationale libératrice ». Présidant la commission préparatoire, il y définit les objectifs, parmi lesquels l’aide aux mouvements de libération, le soutien à Cuba soumis à l’embargo américain, la liquidation des bases militaires étrangères et l'abolition de l’apartheid en Afrique du Sud… Pour l’historien René Galissot, « c’est dans cet élan révolutionnaire de la Tricontinentale que se trouve la cause profonde de l’enlèvement et de l’assassinat de Ben Barka »[2].

Mehdi Ben Barka est gracié par Hassan II le 20 août 1964 avec tous les condamnés à mort du "complot du 16 juillet 1963". En avril 1965, il bénéficie de l'amnistie générale accordée par le roi à tous les prisonniers politiques[1]. Le 25 avril Ben Barka rencontre à Francfort le prince Moulay Ali, cousin et émissaire du roi, en vue d'une conciliation avec le pouvoir royal.

L'affaire[modifier | modifier le code]

L'enlèvement[modifier | modifier le code]

Une première approche[modifier | modifier le code]

En avril 1965, le journaliste Philippe Bernier est contacté par un Marocain du nom de "Chtouki". Bernier a commencé sa carrière au Maroc dans les années 1950. Il y a fait la connaissance de nationalistes et a pris part aux événements qui conduiront le pays à l'indépendance. Après un passage à Radio-Maroc, il est entré au studio d'Alger de la RTF et a notamment couvert le mouvements insurrectionnel de Pierre Lagaillarde. Il a été contraint de démissionner, puis s'est lancé dans diverses entreprises de presse avec des fortunes diverses. C'est un homme de gauche qui a été soupçonné d'assistance au FLN. Il est l'ami de Mehdi Ben Barka depuis une dizaine d'années.

Chtouki prétend résider à l'ambassade du Maroc et travailler avec le général Oufkir, ministre de l'intérieur. Il propose à Bernier de persuader Ben Barka de rentrer au Maroc, faute de quoi celui-ci sera enlevé en Algérie et échangé contre le colonel Sadok, opposant du président algérien Ben Bella qui s'est réfugié au Maroc. Chtouki propose 400.000 francs à Bernier en échange de son intervention. Bernier décline l'offre et fait prévenir Sadok, Ben Barka et plusieurs de ses amis.

Le projet Basta ![modifier | modifier le code]

À l'été 1965, Bernier travaille sur un projet de film documentaire consacré à la décolonisation. Il en parle à Ben Barka qui s'intéresse au projet et suggère un titre : Basta ![3] Bernier se met en quête d'un producteur. Le réalisateur Michel Mitrani propose le nom de Georges Figon, que Bernier croise fréquemment à St Germain des Prés. Figon est un ex-mauvais garçon devenu éditeur, qui compte parmi ses relations certaines personnalités de l'intelligentsia de gauche. Il s'intéresse lui aussi au projet de film et prétend pouvoir obtenir un financement du producteur italien Cino Del Duca. Figon amène à Bernier le cinéaste Georges Franju et assure avoir convaincu Marguerite Duras d'en écrire les dialogues.

Le 2 septembre, Bernier et Figon se rendent au Caire. Peu avant le départ, Bernier se rend compte que son passeport est périmé. Figon téléphone à l'une de ses connaissances : Antoine Lopez, inspecteur principal d'Air France à Orly. Celui-ci conduit Bernier jusqu'à la préfecture de police où un officier de police de la brigade mondaine qui fait partie de ses relations[4] renouvelle son passeport séance tenante. Puis Lopez s'occupe des formalités d'embarquement des deux hommes. Au Caire, Bernier présente Figon à Ben Barka. Ils restent trois jours sur place et ont plusieurs entretiens à propos du film.

Le 20 septembre, Bernier et Figon se rendent à Genève pour un nouveau rendez-vous avec le leader marocain. Georges Franju devait initialement être du voyage, mais Figon a omis de le prévenir. Bernier et Figon ne sont pas dans le même avion. Dans la salle d'embarquement, Figon qui se trouve avec Lopez croise son avocat Maître Pierre Lemarchand et échange quelques mots avec lui. Bernier, Figon et Ben Barka se retrouvent à Genève et téléphonent à Franju pour convenir d'une nouvelle séance de travail.

Début octobre, Figon se rend seul à Genève pour soumettre à Ben Barka le synopsis de Bernier revu par Franju. Il en rapporte le contrat signé par Ben Barka et informe Bernier et Franju que la séance de travail sur Basta ! aura lieu fin octobre à Paris.

L'interpellation[modifier | modifier le code]

Le 26 octobre, Ben Barka contacte Bernier et lui demande de réserver les trois derniers jours du mois pour cette séance de travail. Il l'informe qu'il lui présentera un jeune historien marocain qui pourra être utile au projet. Le lendemain il rappelle Bernier pour fixer le rendez-vous le vendredi 29 octobre à 12 h 15. Bernier propose la brasserie Lipp, 151 boulevard Saint-Germain. Il informe Franju qui prévient Figon. Les trois hommes se retrouvent à la brasserie à l'heure dite.

Ben Barka est arrivé à Orly à 9 heures du matin. Il a retrouvé en fin de matinée un étudiant marocain de 28 ans nommé Thami El-Azemouri (Azemourri) et son épouse dans un café des Champs-Élysées. Vers midi, le leader marocain et l'étudiant se font déposer par un taxi à St Germain. Ils marchent quelques minutes dans le quartier. À 12 h 30, Ben Barka est interpellé sur le trottoir devant le cinéma qui jouxte le drugstore Publicis par deux hommes qui présentent des cartes de police. Ils éconduisent El-Azemouri et font monter le leader marocain dans une 403 banalisée qui disparaît dans la circulation. Dès lors, Ben Barka ne sera plus jamais revu.

L'alerte[modifier | modifier le code]

Dès le lendemain, des journalistes et des personnalités diverses se renseignent auprès de la préfecture de police et du ministère de l'Intérieur au sujet d'une éventuelle arrestation du leader marocain. La source de l'information est Mohammed Tahri, personnalité de la gauche marocaine et ami de Ben Barka. Il avait rendez-vous avec lui la veille pour aller au théâtre en compagnie de son frère, Abdelkader Ben Barka[5]. Les deux hommes ont attendu vainement le leader marocain. Tahri a été mis au courant de l'interpellation vers 1 heure du matin. C'est un représentant de l'UNFP auprès des étudiants marocains nommé Mohammed Sinaceur qui lui a transmis un message d'El-Azemouri, lequel se cache depuis les faits. Dans la matinée du 30, Tahri informe le journaliste Jean Lacouture et l'avocate Gisèle Halimi de la disparition du leader marocain. Les collaborateurs du Monde et de France-Soir alertent en fin de matinée la préfecture de police, la Sûreté nationale, le Quai d'Orsay et le ministère de l'intérieur[6]. Edgar Faure, prévenu par Gisèle Halimi, contacte le ministre de l'intérieur Roger Frey vers 17 heures pour évoquer la disparition du leader marocain. Les différents services de police ont engagé des vérifications depuis la fin de matinée et ont fait savoir qu'ils n'étaient pas au courant de cette affaire. Selon Jacques Derogy[7], les recherches ont été engagées dès l'origine à proximité du deuxième drugstore, celui de St Germain des Prés, alors que l'information initiale mentionnait celui des Champs-Élysées[8]. Le commissaire Marchand, chargé de l'enquête, contredira cette information dans son témoignage lors du procès : il affirme que jusqu'à 17 heures le dimanche 31 octobre, la police judiciaire situait l'interpellation sur les Champs-Élysées[9]. Abdelkader Ben Barka a confirmé l'information vers 14 h 30 à un fonctionnaire de la préfecture de police qui s'est rendu chez lui pour obtenir des renseignements et lui donner l'assurance que son frère n'a pas été arrêté par la police. Le journal Le Monde qui paraît dans l'après-midi du 30 octobre publie un entrefilet mentionnant l'arrestation de Mehdi Ben Barka "par deux personnes présentant des cartes de police" le vendredi précédent[10]. L'enlèvement de Ben Barka commence à être évoqué par les radios en début de soirée.

Abdelkader Ben Barka dépose officiellement plainte contre X pour enlèvement et séquestration arbitraire le dimanche 31 octobre à 11 heures. El-Azemouri est identifié vers 15 h 30 mais reste introuvable. Tahri est entendu à 17 heures, sur l'insistance du commissaire Marchand. Il précise que l'enlèvement a eu lieu boulevard St Germain et non aux Champs Élysées. À 19 h 40, il se remémore le nom du cinéaste avec qui Ben Barka avait rendez-vous : Franju. Dûment identifié, Georges Franju est convoqué pour le lendemain[8].

Les recherches[modifier | modifier le code]

Les vérifications ont permis de constater que Ben Barka ne se trouve pas dans une prison française. Les premiers témoignages de Franju et Bernier sont recueillis le 1er novembre : c'est Franju qui a communiqué les coordonnées de Bernier (et de Figon) aux enquêteurs. Le nom de Figon a été préalablement cité au commissaire Marchand par le commissaire Jean Caille, des Renseignements généraux. Selon lui, l'intéressé se vante d'avoir participé à l'enlèvement de M. Ben Barka et ce renseignement, donné par un informateur, paraît sérieux. Un avis de recherche le concernant est lancé le jour même par la police judiciaire.

Le 2 novembre, une instruction est ouverte par le juge Louis Zollinger. L'enquête est confiée à la brigade criminelle dirigée par le commissaire Bouvier. Il prend connaissance des premiers procès-verbaux et d'informations obtenues par le commissaire Caille. Celui-ci lui apprend le rôle de Figon et d'un nommé Antoine Lopez dans l'enlèvement. Il lui indique également que Ben Barka a été conduit dans une villa de Seine-et-Oise connue de Figon et que le général Oufkir serait venu chez Lopez le lendemain. Bernier, informé par des étudiants marocains, confirme que des allées et venues de voitures (dont un véhicule immatriculé corps diplomatique) ont été remarquées à Fontenay-le-Vicomte[8]. Le même jour, le journal Le Monde signale que le général Oufkir "aurait fait une visite rapide à Paris dans la journée de vendredi (29 octobre)"[11].

Le mercredi 3 novembre, le général Oufkir arrivé de Genève la veille, participe à un cocktail offert au ministère de l'intérieur en l'honneur de quatre gouverneurs marocains qui terminent un stage d'études de trois mois en France. Il y rencontre le préfet de police Maurice Papon et le ministre de l'intérieur Roger Frey. Il s'envolera le lendemain pour le Maroc avec le chef de la police Ahmed Dlimi[12].

L'enquête[modifier | modifier le code]

Le contexte[modifier | modifier le code]

Philippe Bernier paraît de bonne foi : il a cru au projet de film et n'était pas au courant du projet d'enlèvement. Il n'en va pas de même pour Figon. Georges Figon est un fils de bonne famille dévoyé qui a passé trois ans en hôpital psychiatrique et onze ans derrière les barreaux : en 1950, à l'occasion d'une tentative d'escroquerie il a tiré sur un policier[8]. Légèrement mythomane, il est sorti de prison en 1961 et entretient des amitiés avec l'intelligentsia parisienne. Il est proche des actrices Françoise Arnoul et Anne-Marie Coffinet. Il a participé en toute connaissance de cause à la préparation du projet de film qui a servi de prétexte pour attirer Ben Barka à Paris.

Le 3 novembre, l'enlèvement est évoqué en conseil des ministres. Le général De Gaulle mentionne « une affaire bizarre » à laquelle « le ministre de l'intérieur marocain, Oufkir, est mêlé » ayant été « aidé par des Français ». Il conclut : « Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra établir la vérité et en tirer toutes les conséquences. »[13]

Le témoignage d'Antoine Lopez[modifier | modifier le code]

Le même jour, Thami El-Azemouri se présente à la police accompagné par le bâtonnier René-William Thorp et relate les circonstances de "l'interpellation". Quelques heures plus tard, se sachant recherché, Antoine Lopez, surnommé "Savonnette" ou "Don Pedro" se présente lui aussi, est entendu par la police et placé en garde à vue. En sus de son poste d'inspecteur principal d'Air France à Orly, Lopez est un "honorable correspondant" (informateur) du SDECE. Il est également l'indicateur de la Brigade mondaine (mœurs et stupéfiants) de la Préfecture de police à Orly. Il entretient parallèlement des relations suivies avec de hauts dignitaires marocains, dont le général Oufkir. Plusieurs truands parisiens comptent parmi ses amis. Ses nombreux contacts et les services qu'il leur rend lui vaudront plus tard d'être qualifié d' "agent triple, voire quadruple"[14]. Lopez reconnaît avoir organisé "l'enlèvement" à la demande de "Larbi Chtouki", qui s'avère être un émissaire des services spéciaux marocains. Il pensait ainsi organiser un entretien privé et pacifique entre Oufkir et Ben Barka. En récompense de ce service, les Marocains lui auraient fait miroiter un poste important à la compagnie Royal Air Maroc. C'est Lopez qui a sollicité l'intervention de deux policiers, avec lesquels il entretenait des contacts professionnels. Il prend bien garde cependant de ne pas les nommer lors de ses premiers interrogatoires. Il dit avoir informé au préalable son supérieur au sein du SDECE le colonel Marcel Le Roy-Finville, chef du "Service 7".

Antoine Lopez était à bord de la 403 banalisée où sont montés Ben Barka et les deux policiers. Ils ont expliqué à Ben Barka qu'une importante personnalité marocaine voulait le rencontrer. Un nommé Julien Le Ny était également à bord. Lopez a guidé le véhicule vers une villa de Fontenay-le-Vicomte appartenant à Georges Boucheseiche, qui fait partie de ses relations et pour qui travaillent Le Ny, Jean Palisse et Pierre Dubail. Tous quatre sont des repris de justice qui ont été plusieurs fois condamnés par la justice française. Georges Boucheseiche est un ancien gangster. Il a fait partie de la Gestapo française et a rejoint en 1946 le Gang des Tractions avant, en compagnie notamment de Pierre Loutrel (dit Pierrot-le-fou) et Jo Attia. Il a été condamné pour le recel du cadavre de Loutrel, puis a fait plusieurs années de prison pour avoir racketté un diamantaire pendant l'occupation. Dans les années 1950, il s'est converti dans les hôtels de passe et les maisons closes, à Paris et au Maroc. Il est réputé avoir rendu des services à la DGER puis au SDECE lors de l'indépendance du Maroc et la guerre d'Algérie. Palisse et Dubail ont surveillé l'interpellation de Ben Barka, puis ont devancé la 403 des policiers à Fontenay-le-Vicomte.

Lopez indique qu'il a informé Oufkir de la présence de Ben Barka à Fontenay-le-Vicomte, puis l'a accueilli à Orly le lendemain à 17 heures, l'a conduit chez Boucheseiche et lui a laissé les clefs de sa propre maison sise à Ormoy non loin de Fontenay. Il mentionne également la présence à Orly d'un étudiant marocain nommé El Mahi. Le commandant Dlimi, directeur de la sûreté marocaine était arrivé peu de temps auparavant en compagnie d'un policier marocain nommé El Houssaini. Le lendemain à 5 heures du matin, Lopez raccompagnera Oufkir, Dlimi et El Houssaini à Orly. Oufkir s'envole pour Genève, Dlimi et El Houssaini pour Casablanca[15]. À l'issue de la première déposition de Lopez, une perquisition est entreprise dans la villa de Georges Boucheseiche à Fontenay-le-Vicomte[16]. Des avis de recherche le concernant, ainsi que Palisse, Dubail, Le Ny et El Mahi sont lancés le même jour. Les policiers apprennent que l'intéressé a pris l'avion pour Casablanca le 1er novembre. Boucheseiche ne sera plus jamais revu sur le territoire français.

Les premières initiatives diplomatiques[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre, Philippe Malaud, membre du cabinet du ministre des Affaires étrangères se rend au Maroc. Le 5 il rencontre le roi Hassan II à Fez en compagnie de l'ambassadeur Robert Gillet. L'émissaire présente au roi les informations réunies sur l'affaire, exprime les doléances de la France et met en cause directement le général Oufkir[17]. Il souhaite connaître le sort de Ben Barka et le ramener en France à supposer qu'il soit encore vivant. Les deux diplomates se heurtent à un mur : Hassan II dit n'être au courant de rien. Le rapport fait par Philippe Malaud à de Gaulle dès le lendemain met celui-ci en fureur contre le roi[6].

Le 8 novembre, après avoir reçu un courrier de la mère de Mehdi Ben Barka, le président de la République lui fait répondre par l'ambassadeur de France à Rabat : "Veuillez faire savoir à la mère de Mehdi Ben Barka que le général de Gaulle a bien reçu la lettre qu'elle lui a adressée et qu'il tient à l'assurer que la justice exercera son action avec la plus grande rigueur et la plus grande diligence."[5]

L'arrestation d'El Mahi[modifier | modifier le code]

Le 7 novembre, l'étudiant marocain El Ghali El Mahi est interpellé à Paris et inculpé, comme Lopez, de séquestration arbitraire. Il s'agit d'un ancien membre du cabinet d'Oufkir, venu à Paris en congé spécial pour terminer ses étude à HEC. Son épouse est la nièce du général Oufkir. El Mahi est en relation avec Georges Boucheseiche et ses amis. Il admet avoir rencontré Oufkir à Orly le 30 octobre mais dément toute participation à l'affaire.

La réaction du gouvernement[modifier | modifier le code]

Le 9 novembre, le ministre de l'intérieur Roger Frey tient une séance de travail consacrée à l'affaire. À cette réunion assistent Maurice Papon, préfet de police, Maurice Grimaud, directeur général de la sûreté nationale, Michel Hacq, directeur des services de police judiciaire de la sûreté nationale et Henri Boucoiran, directeur des renseignements généraux. À l'issue de la réunion, le ministre fait savoir qu'il souhaite que toute la vérité soit faite et qu'il a renouvelé ses instructions pour que l'affaire soit traitée avec "fermeté, énergie et rapidité." Au cours de la réunion, il apparaît que les enquêteurs ont déploré n'avoir été informés que 24 heures après le rapt. Sans ce retard, ils auraient pu, estiment-ils, retrouver non loin de Paris et en vie le leader marocain[18]. Le lendemain, l'affaire est à nouveau évoquée en conseil des ministres. Le ministre des affaires étrangères Maurice Couve de Murville met en cause le général Oufkir et indique ne pas savoir si Mehdi Ben Barka est mort ou vivant. L'ambassadeur de France a rencontré le roi du Maroc et lui a indiqué "qu'il n'était pas tolérable qu'une opération soit menée sur le territoire français par un ministre étranger." De Gaulle conclut : "Le problème de nos rapports avec le Maroc est posé. Si le roi liquide Oufkir, ça ira."[13]

Le mandat d'arrêt contre Boucheseiche[modifier | modifier le code]

Le 8 novembre, un mandat d'arrêt international est lancé contre Boucheseiche pour arrestation et séquestration illégales. Ce mandat d'arrêt est assorti d'une demande d'extradition transmise au gouvernement marocain. Le 12, sur la base des déclarations de Lopez, le juge lance des commissions rogatoires internationales afin d'entendre le général Oufkir et le commandant Dlimi. Elles sont transmises au gouvernement marocain par l'ambassade de France à Rabat. Sur instruction du roi Hassan II, le gouvernement s'oppose à leur exécution[5].

L'arrestation de Souchon et Voitot[modifier | modifier le code]

Les deux policiers qui ont procédé à l'interpellation de Ben Barka sont identifiés et interrogés par les commissaires Bouvier et Poiblanc le 11 novembre. Il s'agit de l'inspecteur principal Louis Souchon (chef du groupe des stupéfiants à la Brigade mondaine) et de son adjoint Roger Voitot. Placés en garde à vue, ils commencent par nier leur participation à l'enlèvement, tout en admettant connaître Lopez comme l'un de leurs informateurs. Le 13, après un entretien dramatique avec le directeur de la police judiciaire Max Fernet, Louis Souchon finit par reconnaître sa participation à l'enlèvement. Il est imité peu après par Roger Voitot. Ils sont inculpés le lendemain pour arrestation illégale par le juge Zollinger puis écroués à la Santé.

La mise en cause de Maître Lemarchand[modifier | modifier le code]

Le 16 novembre, Antoine Lopez fait un nouveau témoignage devant le juge Zollinger. "Je n'ai peut-être pas dit tout ce que je savais", commence-t-il[8]. Il complète le récit de l'interpellation fait par Souchon et Voitot et met en cause Pierre Lemarchand. Celui-ci est l'ami et l'avocat de Figon. Il est également député UNR (gaulliste) de l'Yonne et proche de Roger Frey. Il a pris part à la lutte contre l'OAS avec Lucien Bitterlin et Dominique Ponchardier, en recrutant des hommes de main - les fameux "barbouzes".

Selon Lopez, Lemarchand était présent sur les lieux au moment de l'interpellation de Ben Barka. Il mentionne également sa présence à Orly le 20 septembre, lorsque Figon et Bernier ont pris l'avion pour Genève afin de rencontrer Ben Barka. Lemarchand aurait échangé quelques mots avec Figon et aurait pris le même avion que les deux hommes. Enfin, Lopez soupçonne l'avocat d'être le "correspondant au ministère de l'intérieur" de Chtouki qui aurait prétendûment couvert la mission de Souchon et Voitot.

Le 18 novembre, à la suite du témoignage de Lopez, Maître Lemarchand est entendu par le juge Zollinger. Il réfute les accusations de Lopez en faisant état de sa présence dans sa circonscription d'Auxerre le jour de l'enlèvement. Une vingtaine de maires de la circonscription confirment ses dires. Quant à la rencontre avec Figon à Orly le 20 septembre, elle est selon lui purement fortuite : il allait visiter l'un de ses clients détenu à la prison de Genève[19],[20]. En conclusion, il nie toute implication dans l'enlèvement de Ben Barka.

Le 30 novembre, la partie civile représentée par la famille de Mehdi Ben Barka, demande au juge d'instruction de lancer un mandat d'arrêt international contre le général Oufkir et le commandant Dlimi. "Il serait en effet difficile d'admettre, déclarent-ils, qu'après avoir lancé un tel mandat contre Boucheseiche, un exécutant, l'on ne fasse pas de même contre des chefs que leurs fonctions ne devraient en aucune manière soustraire à l'action de la justice[21]."

Les bulletins de renseignement de Le Roy-Finville[modifier | modifier le code]

Le 21 décembre, le juge Zollinger procède à l'audition du général Paul Jacquier, directeur du SDECE et du colonel Le Roy-Finville, ancien officier traitant de Lopez. Contrairement aux usages de discrétion qui prévalent dans les services spéciaux, Jacquier a accepté sans discuter de déférer à la convocation du juge[22]. Leroy-Finville dément le témoignage d'Antoine Lopez selon lequel celui-ci l'a informé dès le 29 octobre du "rendez-vous" provoqué entre Ben Barka et une personnalité marocaine. Il indique que Lopez l'a simplement informé le 31 octobre du passage-éclair d'Oufkir dans la région parisienne et l'a assuré n'avoir pris aucune part dans l'enlèvement.

Lors de son audition, le général Jacquier remet au juge deux bulletins de renseignement émis par Le Roy-Finville le 19 mai et le 22 septembre. Ils ont été rédigés sur la base d'informations transmises par Lopez et provenant de ses contacts marocains. Le premier bulletin fait état du souhait de Hassan II de rencontrer Ben Barka, voire de lui confier un poste au sein du gouvernement. Le roi semble avoir besoin de l'appui ou de la neutralité du leader en exil afin de surmonter certaines difficultés intérieures. Oufkir a été chargé de cette manœuvre d'approche, conjointement avec le frère du roi, le prince Moulay Ali. Le bulletin de Le Roy-Finville attire l'attention sur "le désir des dirigeants marocains de mettre fin à la position de Ben Barka suivant des procédés non orthodoxes" et sur le projet de "récupération" du leader marocain par Oufkir et son entourage[23].

Le 22 septembre, après de nouvelles informations transmises par Lopez qui a eu des contacts récents avec Oufkir, Le Roy-Finville fait rédiger un nouveau bulletin, plus précis. Lopez a en effet mentionné le projet de film en cours et les premiers échanges à ce sujet entre Bernier et Figon avec Ben Barka au Caire et à Genève, en septembre. Le nom de l'agent marocain faisant partie de "l'équipe" est cité : Larbi Chtouki. Dlimi et Lemarchand sont également mentionnés : ce dernier - inconnu de Le Roy-Finville - aurait "arrangé les formalités de Bernier et Figon" lors de leur voyage à Genève[23].

Que sont devenus ces bulletins ? Selon Le Roy-Finville[24], le premier est parvenu au colonel Richard, chef de la section des affaires arabes au SDECE. Celui-ci n'a pas donné suite à l'information. Le deuxième bulletin a été transmis au directeur de la recherche, le colonel Beaumont, qui exerce la responsabilité opérationnelle du Service. Il en a transmis une copie au chef du contre-espionnage, le colonel Delseny. Sans résultat. Delseny expliquera plus tard que, travaillant en sous-effectif pendant les vacances, il n'avait pas la possibilité d'approfondir les informations. Beaumont ne cherchera pas à en savoir plus. S'ils avaient été correctement exploités, il est vraisemblable que ces bulletins de renseignement auraient conduit à proposer une protection policière à M. Ben Barka.

Jacquier rapporte enfin des propos tenus par Figon à Lopez le 12 octobre et transmis peu après à Le Roy-Finville : "J'ai l'impression que mon voyage au Caire avec Chtouki et Bernier cache quelque chose. S'ils veulent faire un sort à Ben Barka, moi je veux toucher de l'argent immédiatement, sinon je "balance" l'affaire aux journaux." Le général Jacquier conclut peu logiquement son témoignage : "Dans ces conditions, aucun indice ne permettait au Service de penser qu'il pouvait être procédé en France à l'enlèvement de M. Ben Barka."[23]

Le rôle de Figon[modifier | modifier le code]

Georges Figon est toujours en fuite et circule à peu près librement dans Paris, en dépit du mandat d'arrêt lancé contre lui dès le 4 novembre par le juge Zollinger. Il rencontre à plusieurs reprises des journalistes et se fait même photographier par Paris Match devant le 36 Quai des Orfèvres. En fait, il souhaite monnayer son silence ou ses révélations par les commanditaires marocains ou par les journaux.

Le 10 janvier 1966, L'Express publie son témoignage recueilli par Jacques Derogy et Jean-François Kahn sous le titre "J'ai vu tuer Ben Barka"[25] - titre imposé par le directeur du magazine Jean-Jacques Servan-Schreiber et qui ne correspond pas au récit. C'est la chanteuse Marie Laforêt qui a mis en contact Figon et les journalistes, par l'intermédiaire de Joseph Zurreta, un truand lyonnais qui est l'ami d'un de ses amis d'enfance[14]. Figon explique que le leader marocain a été séquestré dans la villa de Georges Boucheseiche et confronté au général Oufkir et au colonel Ahmed Dlimi qui lui ont fait subir des sévices. Figon donne les noms des acolytes de Boucheseiche qui ont participé à la séquestration : Dubail, Palisse et Le Ny. Ce récit recoupe partiellement le témoignage de Lopez. Il comporte cependant des invraisemblances et des affabulations. Dès le lendemain de sa parution, Figon envoie d'ailleurs des démentis au juge Zollinger, au Monde et à Combat[5].

Le 17 janvier, Figon est localisé par la police dans un studio qu'il sous-loue rue des Renaudes dans le XVIIe arrondissement. Il y est retrouvé mort par les policiers, apparemment suicidé. Le 19, Marcel Le Roy-Finville est suspendu de ses fonctions de chef d'études au SDECE. Cette sanction administrative est motivée par le retard de deux jours mis par l'intéressé à rendre compte à son directeur le général Jacquier de l'appel reçu d'Antoine Lopez et par le fait de ne pas lui avoir rapporté la totalité des informations que Lopez lui avait transmises le 31 octobre. Il sera arrêté et écroué à la prison de la Santé le 10 février et y restera jusqu'au 8 juin.

La demande de comparution des ministres[modifier | modifier le code]

À partir du mois de janvier, la partie civile demande la comparution des ministres de l'Intérieur et de la Justice devant le juge. Cette demande est examinée au conseil des ministres du 12 janvier. La pratique suivie depuis sept ans veut que les comparutions soient refusées par le conseil[26]. Le général de Gaulle indique aux ministres qu'il convient de déférer aux demandes du juge d'instruction. "Il faut aller jusqu'au bout de la vérité", conclut-il. Selon Alain Peyrefitte, "Il a la conscience tranquille. Il n'est pas tout à fait sûr que tout le monde l'ait autant que lui."[26] Roger Frey témoignera devant le premier président Touffait le 16 février[27].

Les mandats d'arrêt contre Oufkir, Dlimi et "Chtouki"[modifier | modifier le code]

Le 22 janvier, le juge Zollinger délivre trois mandats d'arrêt internationaux contre le général Oufkir, le commandant Dlimi et "le nommé Larbi Chtouki". Le communiqué publié à cette occasion rappelle qu'« une commission rogatoire avait été adressée et remise le 17 novembre aux autorités marocaines, aux fins d'audition comme témoins du général Oufkir et du commandant Dlimi, mais aucune suite ne semble avoir été donnée jusqu'à présent à ce mandat de justice[28] ».

Le 24 janvier Robert Gillet, ambassadeur de France à Rabat, remet une note d'explication à M. Benhima, ministre marocain des affaires étrangères : « L'instruction menée par la justice française au sujet de l'affaire Ben Barka a conduit le juge à la conviction que le ministre marocain de l'intérieur a organisé l'enlèvement et que le ministre marocain de l'intérieur et plusieurs de ses collaborateurs directs ont participé personnellement aux dernières phases de l'opération[29] ».

Le scandale[modifier | modifier le code]

Les prémices[modifier | modifier le code]

Le fait qu'un homme politique étranger ait pu être enlevé en plein Paris suscite rapidement de nombreux articles de presse. L'information concernant le voyage-éclair du général Oufkir en France au lendemain de la disparition de Ben Barka amène de nombreuses interrogations. Ces questions se perdent au milieu des commentaires concernant l'annonce, le 4 novembre, de la candidature du général De Gaulle à l'élection présidentielle[30]. Cependant dès le 6 novembre, François Mitterrand, candidat lui aussi, dénonce "une atteinte grave au renom de notre pays", demande "l'immédiate libération" de Ben Barka et souhaite que soient sévèrement sanctionnées "la faiblesse, sinon la complicité des services de police[31]."

Le 8 novembre, Jacques Derogy et Jean-François Kahn publient dans le magazine l'Express un article intitulé « Les étranges coïncidences de l'affaire Ben Barka »[32] qui dénonce un « scandale politique » derrière ce qui aurait pu apparaître comme un crime crapuleux. Le magazine par la voix de son directeur, Jean-Jacques Servan-Schreiber, prend fait et cause pour que soit levé le mystère autour de cet enlèvement. Les nombreux articles publiés pendant les semaines qui suivent citent nommément le général Mohamed Oufkir, ministre marocain de l'Intérieur et chef des services secrets, arrivé à Paris le 30 octobre et reparti le lendemain.

Le 17 novembre, Claude Bourdet et David Weill, conseillers municipaux (P.S.U.) saisissent le conseil municipal de Paris d'une question d'urgence sur les conditions de l'enlèvement du leader marocain. M. Papon, préfet de police, s'oppose à la discussion, en ces termes : " Le gouvernement entend faire toute la lumière sur cette affaire et il le prouve. La préfecture de police entend mener son enquête vigoureusement, quelles que soient les circonstances et elle le prouve. La justice étant saisie et le judiciaire tenant, selon l'adage, " l'administratif en l'état ", je ne puis que m'opposer à ce débat[33]."

Les méthodes du juge Zollinger donneront lieu à une diffusion rapide des péripéties de l'instruction : celui-ci informe en effet systématiquement les avocats des parties civiles, lesquels informent à leur tour les journalistes. De fait, "l'affaire Ben Barka" fera fréquemment les grands titres de la presse au cours des semaines et des mois qui suivront[34]. Cependant l'affaire ne va guère être évoquée pendant la campagne électorale, à l'exception de déclarations et d'interpellations de François Mitterrand[35] et Pierre Marcilhacy[36].

Les révélations de Louis Souchon[modifier | modifier le code]

C'est au mois de janvier, après le deuxième tour qui a vu la victoire du général De Gaulle, que le scandale va prendre de l'ampleur. Le 17 janvier, les informations divulguées à l'issue de l'interrogatoire par le juge Zollinger de l'officier de police Souchon font état d'une information préalable de hautes autorités de l'état. Le 14 janvier, Louis Souchon a déclaré en effet au juge Zollinger qu'Antoine Lopez lui a indiqué, quand il l'a sollicité pour procéder à l'interpellation de Mehdi Ben Barka, que l'opération était couverte par le colonel Le Roy-Finville, du SDECE; Lopez aurait ajouté "Jacques Foccart[37] est pour le moins au parfum."[38] Souchon ajoute qu'il a informé dès le 3 novembre - soit huit jours avant son arrestation - le directeur de la Police judiciaire Max Fernet et son adjoint le commissaire Simbille de son rôle dans l'enlèvement de Ben Barka et de la protection invoquée par Lopez. Il explique enfin au juge que c'est lui qui, le 3 novembre, a contacté Lopez et l'a accompagné à la police judiciaire.

Jean Lecanuet dépose aussitôt une question écrite au Sénat, demandant au premier ministre "de lui faire connaître s'il estime fondées les révélations qui mettent en cause la responsabilité du ministre de l'intérieur et de plusieurs hauts fonctionnaires[39]." Le 20 janvier, François Mitterrand somme le gouvernement de s'expliquer.

Les explications de Max Fernet[modifier | modifier le code]

Entendus dès le 15 janvier, Max Fernet et André Simbille confirment les révélations de leur subordonné concernant sa confession du 3 novembre. "Notre seul souci était alors de retrouver Ben Barka. (...) Pour ne pas gêner l'enquête policière, nous avons mis Souchon et Voitot sous surveillance, après en avoir avisé le préfet de police Maurice Papon ainsi que Roger Frey. Quand au bout de huit jours on s'est aperçu que cette surveillance ne pouvait plus rien donner, nous les avons déférés au commissaire Bouvier. Mais tous deux ont commencé par nier toute participation. (...) L'étudiant El-Azemouri n'a même pas été capable de les reconnaître formellement. Il a donc fallu que j'intervienne personnellement pour que Souchon finisse par passer des aveux et confirmer ce qu'il avait reconnu devant nous huit jours auparavant."

Le 20 janvier, entendu par le juge Zollinger, Antoine Lopez conteste formellement les propos que lui a prêtés Souchon à propos de la citation de Jacques Foccart[40]. Max Fernet et André Simbille démentent également l'allégation de Souchon. Le 21 janvier, lors d'une confrontation générale, Lopez modifie sa version des faits : "Je ne me souviens pas d'avoir tenu ce propos, dit-il en substance, mais si Souchon m'avait interrogé en ce 28 octobre sur ce point, je lui aurais certainement répondu que M. Foccart était peut-être au courant, car à ce niveau on est au courant de beaucoup de choses." Lors de la même confrontation, Souchon se montre moins affirmatif à propos de l'information de ses supérieurs[41].

Le suicide de Figon[modifier | modifier le code]

C'est cependant l'annonce du suicide de Georges Figon, le 17 janvier, qui va déclencher les réactions les plus virulentes. Le quotidien communiste L'Humanité dénonce "un scandale d'état" et conclut qu'il faut "débarbouzer" le régime. L'Aurore, Le Figaro, Le Monde, Le Canard Enchainé publient de nombreux articles sur le "caractère troublant" du suicide de Figon; le parallèle est fait avec le suicide de Stavisky. Le gouvernement est soupçonné de vouloir refuser, saboter ou freiner la vérité[30]. La presse internationale n'est pas en reste. Le Times et le Daily Mail évoquent "un nouveau scandale français". Les députés communistes demandent la convocation immédiate de l'Assemblée nationale pour répondre aux questions posées sur l'affaire. Ils sont imités par les députés socialistes qui demandent " la convocation du Parlement pour qu'un débat contradictoire ait lieu sur cette affaire qui concerne à la fois le respect des principes essentiels de garantie de la liberté individuelle et le respect des lois internationales sur notre territoire"[42]. La Ligue des Droits de l'homme réclame également un débat parlementaire, les sénateurs socialistes interpellent le gouvernement, Gaston Defferre et François Mitterrand le somment de s'expliquer.

L'appel pour « la vérité sur l'affaire Ben Barka »[modifier | modifier le code]

Le 17 janvier, seize personnalités prestigieuses issues des milieux politiques, culturels et scientifiques lancent un appel « pour que la lumière soit faite sur le sort de Mehdi Ben Barka et pour que soient démasqués et châtiés les responsables quels qu'ils soient. »

Cet appel dit notamment : « Si l'information judiciaire a abouti déjà à plusieurs inculpations, il ne paraît pas que les responsabilités essentielles aient été encore dégagées. L'opinion ne saurait tolérer que des éléments incontrôlés, mal contrôlés ou inspirés puissent se livrer à des rapts politiques sur le territoire français. Elle attend du gouvernement qu'il prenne une pleine conscience de ses responsabilités. » Parmi les signataires se trouvent des gaullistes de gauche (René Capitant, Maurice Clavel, Léo Hamon, Emmanuel d'Astier de la Vigerie), des écrivains (François Mauriac, Jean Guéhenno, Jean Rostand), des personnalités de gauche (Louis Aragon, membre du comité central du parti communiste, Alain Savary, Laurent Schwartz), le prix Nobel Jacques Monod, l'ancien ministre M.R.P. Robert Buron et René Cassin, membre du Conseil constitutionnel. Quatre jours plus tard, Roger Frey vient s'expliquer chez Mauriac en présence de Léo Hamon, René Capitant, Jean-Claude Servan-Schreiber[43]. L'entrevue dure plus de deux heures. François Mauriac en retire « la conviction absolue que Frey n'a aucune responsabilité directe dans l'affaire » et que « tout cela s'est passé en-dehors de lui. »[44]

Le lendemain dans son Bloc-notes du Figaro, Mauriac se désolidarise de l'appel : « Je ne veux pas qu'on puisse me croire d'accord avec ces gaullistes qui, pour tirer sur les ministres de De Gaulle, ont attendu l'heure du guet-apens. » Il dénonce « l'étroite liaison du général Oufkir et des services secrets américains. » Il conclut : « Ces services viennent de réussit un magnifique coup double, contre le Tiers-monde, en se débarrassant de Ben Barka, et contre de Gaulle. Si les services américains sont innocents dans cette affaire, c'est le diable qui aura joué pour eux. » Washington opposera un démenti à cette hypothèse[43]. Dans la foulée, Mauriac démissionne de l'association France-Maghreb, à l'origine de l'appel.

La colère de De Gaulle[modifier | modifier le code]

Le 19 janvier, l'affaire est à nouveau évoquée en conseil des ministres. Le premier ministre Georges Pompidou rappelle que "des membres des services français, de la police et du SDECE sont coupables de complicité active et de participation au crime." Il relève que "il n'y a pas eu de coopération entre les services. Les polices se détestent, ensemble elles détestent les services spéciaux et tout ce monde déteste la justice." Il met en cause les avocats de la partie civile "qui constituent en fait le comité politique du principal candidat de l'opposition à la présidence, M. Mitterrand."[26][45]

Après avoir souligné la responsabilité d'Oufkir et avoir déploré que le roi du Maroc "n'ait pas pu ou voulu désavouer les coupables", De Gaulle met en cause les services spéciaux et la police : "Les services spéciaux ne sont pas assez tenus en main. Il n'est pas acceptable que leur chef n'ait pas été tenu au courant. La police, c'est la même chose. Il n'est pas acceptable que les chefs n'aient pas été immédiatement prévenus." Selon Jean Charbonnel, secrétaire d'état aux affaires étrangères, la colère de De Gaulle vise Roger Frey, ministre de l'intérieur[46]. Celui-ci, blême, défend les policiers. De Gaulle répond : "Cessez donc avec vos policiers. Ils n'ont pas trouvé très vite. Ils étaient paralysés par le copinage. Ils sont restés entre le zist et le zest. Ils sont restés huit jours avant de coffrer leurs collègues."[26] A l'issue du conseil, le général Jacquier est limogé. Le général Guibaud le remplace à la tête du SDECE, qui est soustrait à l'autorité du Premier ministre et directement rattaché au ministre des armées. Par ailleurs De Gaulle prescrit de réorganiser la police "de fond en comble", d'inculper "les Marocains en cause" et il conclut : "Il faut que la justice aille au fond de cette détestable affaire."[26]

De Gaulle renouvellera ses critiques à l'égard du SDECE et du ministre de l'intérieur dans les semaines qui suivent, notamment auprès de Jacques Foccart : "Frey est marié avec sa police. Il ne la commande pas, il la défend; il utilise des artifices pour expliquer que les choses vont bien, qu'on ne peut pas faire autrement, etc. Mais ce n'est pas vrai. Il est tout à fait inadmissible que ses types ne soient pas bouclés et tenus. (...) Nous serons obligés de nous en séparer." (...) "Le SDECE, c'est un secteur qui ne va pas du tout. Alors, remis sous l'autorité des armées, cela rentrera un peu dans l'ordre; on balaiera tous ces zigotos civils qui ont pris leurs habitudes et se camouflent dans ces services. On va y remettre un peu d'autorité et de discipline et, quand cela ne marchera pas, on foutra dedans ceux qui n'avanceront pas droit."[47] Il faudra l'intervention de Georges Pompidou pour éviter que Roger Frey ne soit contraint d'abandonner son ministère.

La discrétion du commissaire Caille[modifier | modifier le code]

Le nom du commissaire Jean Caille, sous-directeur des Renseignements généraux à la Préfecture de police, circule depuis le début de l'affaire. De nombreux articles de presse mentionnent son implication. Cependant il n'apparaît dans la procédure que le 14 janvier, lors du témoignage de Souchon, puis le lendemain lors de la confrontation Lopez-Le Roy-Finville. Caille semble avoir été l'un des premiers informés des détails de l'interpellation de Mehdi Ben Barka[48]. Il a apporté de nombreuses informations au commissaire Bouvier, chargé de l'enquête, mentionnant systématiquement des "sources confidentielles."

D'après certains journalistes, c'est Figon qui aurait informé le commissaire dès le 2 novembre. Caille est entendu par le juge Zollinger le 20 janvier. Il lui explique avoir été informé le 1er novembre de l'implication de Figon dans la disparition de Ben Barka, sans citer le nom de son informateur. Il a demandé à Me Lemarchand qu'il connaît bien et qui est l'avocat de Figon, de joindre ce dernier d'urgence. Figon s'est rendu le 2 novembre au matin au cabinet de Lemarchand et lui a livré sans témoin tous les détails de l'affaire - à peu de choses près identiques à ceux que l'on trouvera exposés dans l'Express le 10 janvier[25]. L'avocat les a répercutés immédiatement au commissaire qui les a transmis à son tour au commissaire Bouvier. Cette version, réitérée devant le juge le 31 janvier, sera confirmée par Me Lemarchand lors d'une confrontation avec le commissaire Caille[49]. Elle est pourtant mise en doute par plusieurs journalistes ayant travaillé sur l'affaire, qui expliquent que Caille a eu un contact direct avec Figon, à la demande du ministre de l'intérieur. Comme condition à son témoignage, Figon aurait obtenu un nouveau passeport, l'arrêt des recherches le concernant et un délai pour permettre aux comparses de Boucheseiche de quitter la France[50][51].

L’article 40 du code de procédure pénale précise que « tout policier public, fonctionnaire, qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit, est tenu d’en donner avis au procureur de la République ». Le commissaire Jean Caille, qui n’a rien dit à la justice le 2 novembre, a donc commis une entorse à ce code. Il est vrai qu’il en fut de même pour (...) Max Fernet, directeur de la P.J., et pour André Simbille, sous-directeur[50].

Le meeting de la Mutualité[modifier | modifier le code]

Le 24 janvier, en réponse à la question écrite d'un député, le premier ministre Georges Pompidou déclare : "il convient de mettre un terme, avec la plus grande netteté, aux insinuations tendancieuses selon lesquelles le gouvernement entretiendrait et emploierait des polices parallèles."[52] Le point culminant est atteint lors du meeting du 25 janvier à la Mutualité. À l'initiative de la Ligue des droits de l'homme et des partis de gauche, cette manifestation fait salle comble. Réunis sous une banderole à l'effigie de Mehdi Ben Barka, les orateurs du PSU, du Parti radical, de la SFIO, du Parti communiste mettent en cause avec virulence le pouvoir gaulliste et demandent la démission du ministre de l'intérieur Roger Frey ainsi que de Jacques Foccart. François Mitterrand dénonce la responsabilité de De Gaulle et met en cause le silence des autorités : "Aucun de ceux qui ont pris la responsabilité de se taire n'ont fait l'objet d'une sanction administrative ou de poursuites judiciaires." Il porte également des accusations de connivence entre le gouvernement et les truands : "Pourquoi aller chercher les truands dehors, ils sont à l'intérieur. Quand on n'a pas réussi à leur donner un grade dans le contre-espionnage, on les installe à la Chambre des députés[53]."

Dans ses éditoriaux du journal Le Provençal, dont il est le directeur, le député SFIO (socialiste) et maire de Marseille Gaston Defferre cible directement et violemment Georges Pompidou, Jacques Foccart et Roger Frey. Il écrit que leurs "fautes" sont "reconnues" et ajoute : "En refusant de prendre leurs responsabilités, en ne se sanctionnant pas eux-mêmes, en se cramponnant à leurs postes, le premier ministre et les ministres donnent le plus mauvais exemple (...) et portent atteinte à l'État lui-même. Quant au président de la République, sa responsabilité est encore plus grave. C'est à lui qu'il incombait, puisque son premier ministre, ses ministres et son secrétaire général ne sont pas capables de se comporter comme le devoir de leur charge devrait le leur imposer, d'exiger que soient prises contre eux les sanctions nécessaires..."[54] Le 4 février, il accuse : "La campagne électorale et les élections étaient une excellente occasion (...) pour saisir le juge souverain (...) C'est ce qu'il (le président de la République) aurait fait sans doute, s'il n'avait rien eu à craindre, s'il avait eu la conscience tranquille (...) Cela prouve à soi seul combien le général de Gaulle appréhendait que ce dossier soit ouvert au grand jour. En agissant ainsi il s'est accusé lui-même." Emmanuel d'Astier de la Vigerie, grand résistant et gaulliste de gauche, écrit pour sa part : "De Gaulle n'est pas un chef totalitaire qui doit attendre d'être jeté bas pour reconnaître une erreur (...) Si l'affaire devient claire (elle ne l'est pas encore) et que la passion politique ne l'obscurcit pas, De Gaulle doit être capable d'écarter le fonctionnaire, l'associé le plus élevé ou le plus fidèle."[43]

La conférence de presse du 21 février 1966[modifier | modifier le code]

Une conférence de presse prévue de longue date va donner l'occasion à de Gaulle de s'exprimer publiquement sur l'affaire Ben Barka. D'entrée de jeu, il annonce qu'il abordera ce sujet. Très vite, le journaliste Philippe Viannay, du Nouvel Observateur, le questionne : " Pourquoi n'avez-vous pas jugé bon de donner au pays, au moment où vous sollicitiez ses suffrages pour l'élection présidentielle, des éclaircissements qui lui auraient permis de juger de votre information dans l'affaire Ben Barka, que la presse a dû tenter de reconstituer ? " "C'est le fait de mon inexpérience !" rétorque ironiquement de Gaulle.

Il poursuit son exposé : "Ce qu'il faut considérer d'abord dans cette affaire c'est que le ministre de l'Intérieur du gouvernement marocain, (...) a, comme tout l'indique, fait disparaître sur notre sol un des principaux chefs de l'opposition. Cette affaire marocaine en est donc une entre Paris et Rabat, parce que la disparition de Ben Barka a eu lieu chez nous, parce qu'elle a été perpétrée avec la complicité obtenue d'agents ou de membres de services officiels français et la participation de truands recrutés ici, enfin parce qu'en dépit des démarches du gouvernement de Paris, des commissions rogatoires et mandats adressés par notre juge d'instruction, rien n'a été fait par le gouvernement marocain pour aider la justice française à établir la vérité, ni pour la révéler en tant qu'elle le concerne. (...) Au total (...) le fait est que ce gouvernement n'a, jusqu'à présent, rien fait pour justifier, ni réparer, l'atteinte qui a été ainsi portée à notre souveraineté. Il est donc inévitable, quelque regret qu'on en ait, que les rapports franco-marocains en subissent les conséquences."

"Du côté français, que s'est-il passé ? (...) Ce qui s'est passé n'a rien eu que de vulgaire et de subalterne. Il s'est agit d'une opération consistant à amener Ben Barka au contact d'Oufkir et de ses assistants en un lieu propice au règlement de leurs comptes. Cette opération aidée par des hommes à toutes mains et à toutes aventures, dont l'un s'est suicidé depuis, a été préparée et organisée par un indicateur du Service de contre-espionnage français à la faveur du silence du chef d'études qui l'employait ; l'indicateur en question ayant obtenu le concours de fonctionnaires de la police avec lesquels il se trouvait en rapports fréquents pour des raisons de service. Mais rien, absolument rien, n'indique que le contre-espionnage et la police, en tant que tels et dans leur ensemble, aient connu l'opération, a fortiori qu'ils l'aient couverte. Bien au contraire, quand ils l'eurent apprise, la police mit ceux des participants qui étaient à sa portée en état d'arrestation ou de garde à vue et la justice fut saisie. Depuis lors, celle-ci fait son œuvre sans être aucunement entravée."

"D'autre part, il est apparu que quelque chose est à rectifier en ce qui concerne les services intéressés, ce quelque chose c'est, dans leur fonctionnement, une trop grande latitude souvent laissée à des exécutants. (...)"

De Gaulle met ensuite en cause "de frénétiques offensives tendant à ameuter l'opinion contre les Pouvoirs publics." Il dénonce "l'assaut des partisans, une fois de plus unanimes dès lors qu'il fallait essayer de nuire au régime qui n'est pas le leur. Ces partisans ont cherché à faire croire, au mépris de toute équité et sans l'ombre du commencement d'une preuve, que les auteurs, ou protecteurs, ou responsables, de la disparition de Ben Barka étaient de hauts fonctionnaires, voire des membres du gouvernement (...)" Il accuse ensuite "la revanche des milieux qui, au temps de Vichy, puis à l'époque de l'OAS, eurent à pâtir des réseaux (...) Bien entendu, les imputations venues de leur horizon politique se sont aussitôt confondues avec celles qui jaillissaient de l'horizon opposé (...). Il faut ajouter que les affabulations des uns et des autres ont trouvé dans le public, mis en état de réceptivité par 50 ans de romans et de films policiers, une résonance assez facile."

Le président s'en prend ensuite à "une grande partie de la presse, travaillée par le ferment de l'opposition politique, attirée par l'espèce d'atmosphère à la Belphégor que créait l'évocation des mystérieuses "barbouzes", professionnellement portée à tirer profit (...) de l'inclination de beaucoup de lecteurs pour des histoires qui rappelleraient celles du "Gorille", de "James Bond", de "l'Inspecteur Leclerc", et cetera, (qui) s'est lancée (...) dans l'exploitation de l'affaire. Moi, je crois et je dis, qu'en attribuant artificieusement à cette affaire, restreinte et médiocre pour ce qui est des Français, une dimension et une portée sans aucune proportion avec ce qu'elle fut réellement, trop de nos journaux ont, au-dedans et au-dehors, desservi l'honneur du navire".

Il conclut : "l'honneur du navire", c'est l'État qui en répond et qui le défend. Et il le fait. Il le fait en marquant dans le domaine de ses relations diplomatiques le manquement commis à l'égard de sa souveraineté ; il le fait en facilitant tant qu'il peut l'action de la Justice pour la recherche et le châtiment des coupables et il le fait en apportant à ses propres services les modifications utiles à un meilleur fonctionnement. Cela, l'État le fait et continuera de le faire. Que les bons citoyens se rassurent !"[55][56]

Le débat parlementaire du 6 mai 1966 et les réponses de Roger Frey[modifier | modifier le code]

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L'affaire Ben Barka est évoquée à l'Assemblée nationale le 6 mai. Le ministre de l'intérieur et le Premier ministre répondent à cinq question orales posées par les députés Jean Montalat (SFIO), André Davoust (Centre démocratique) Louis Odru et Léon Feix (Parti communiste). Seuls Jean Montalat et Louis Odru participent au débat qui s'ensuit, avec Pierre Pasquini (UNR-UDT). Aucun "ténor" de l'opposition n'intervient[57]. Après un exposé chronologique des faits, Roger Frey tente de dissiper les zones d'ombre qui subsistent autour de la disparition de Ben Barka, livrant ainsi la thèse officielle sur l'affaire[58].

Mehdi Ben Barka se sentait-il menacé ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey explique qu'Abdelkader Ben Barka n'avait pas pris au sérieux l'avertissement donné par Bernier au printemps 1965 à propos de la menace d'enlèvement évoquée par « Chtouki », "car l'opération devait se faire à Alger, ce qui lui semblait impensable étant donné les bonnes relations qui existaient entre M. Ben Bella et son frère. Le 31 octobre, questionné par le commissaire Marchand, le frère du leader marocain répond « qu'il n'a pas d'opinion sur les raisons de l'enlèvement et sur leurs auteurs ». Dans la même audition, il déclare que « le roi du Maroc aurait envoyé un émissaire auprès de son frère pour l'inviter à rentrer au Maroc en l'assurant qu'il ne risquait rien[58]. »

Pourquoi n'était-il pas protégé sur le territoire français ?[modifier | modifier le code]

Selon le ministre de l'intérieur, Mehdi Ben Barka avait choisi en 1962 de renoncer à la protection policière dont il bénéficiait jusqu'alors sur le territoire français. Il « avait estimé en effet qu'il n'y avait plus lieu de le protéger; à partir du moment où les services de police n'avaient aucune connaissance d'un attentat projeté contre lui, il n'y avait aucune raison de le protéger contre son gré car, à ce moment là, cette protection serait devenue une surveillance que rien ne justifiait puisque M. Mehdi Ben Barka ne menaçait nullement la sécurité de la France. Ses passages aux frontières étaient seulement signalés à la Sûreté nationale et il était dans la situation où se trouvent en France de nombreuses personnalités politiques, quels que soient leurs rapports avec leur pays d'origine. (...) Le Figaro du 5 novembre indiquait d'ailleurs que M. Mehdi Ben Barka ne faisait l'objet, là où il résidait, d'aucune surveillance de la police genevoise[58]. »

Pourquoi les bulletins de renseignement de Le Roy-Finville n'ont-ils pas alerté les autorités ?[modifier | modifier le code]

Réponse de Georges Pompidou « Les informations que reçoit le SDECE sont très nombreuses. (...) leur nombre est chaque jour, en gros, de plusieurs centaines, approximativement même, de l'ordre d'un millier. Par ces informations, il en est de toute espèce : les plus sérieuses et les plus fantaisistes, les plus importantes et les plus insignifiantes, les mieux établies et les plus douteuses. Leur tri est effectué à l'intérieur du SDECE et remonte progressivement, d'échelon en échelon, en vue de ce qu'on appelle l'exploitation ou simplement de la transmission.

Sur la façon dont ce tri a été réalisé à l'intérieur du SDECE, sur les responsabilités que tel ou tel fonctionnaire a pu encourir aux yeux de la justice, en se rendant coupable de négligence grave ou même de complicité pour n'avoir pas révélé des renseignements qu'il détenait, c'est, je le répète, l'affaire de l'enquête. (...)

(...) dès qu'il m'est apparu qu'un agent du SDECE avait été mêlé à l'affaire Ben Barka, surtout dès l'instant qu'il est apparu que cet agent avait pu donner des renseignements à ses supérieurs, j'ai prescrit une enquête détaillée sur les informations qui avaient pu m'être transmises et, par conséquent, transmises en même temps à l'Elysée. Tous les documents ont été réexaminés un par un à partir du mois de mai 1965, date de la première information reçue par Lopez, et cela jusqu'à l'attentat contre le malheureux Ben Barka et aux jours qui ont suivi. (...) dans aucun de ces documents, à aucun moment, sous aucune forme, n'apparaît la moindre indication concernant une menace quelconque pesant sur M. Ben Barka (...)[58] ».

Comment les allées et venues d'Oufkir sur le territoire français les 30 et 31 octobre ont-elles pu échapper aux autorités ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « (...) le roi du Maroc devait venir à Paris quelques jours plus tard, pour rencontrer le chef de l'État. Matériellement, il était tout à fait normal que le ministre de l'intérieur marocain — qui passait d'ailleurs très fréquemment en France — et le directeur de la sûreté marocaine vinssent préparer ce voyage. Psychologiquement il n'était pas concevable qu'un attentat pût être perpétré par un ministre marocain sur le sol d'un pays qui se préparait à accueillir le roi du Maroc. Il y a enfin une troisième raison : la présence à Paris des gouverneurs marocains dont le stage avait été prévu de longue date, et il n'était nullement anormal que le général Oufkir dont dépendaient ces gouverneurs, vint assister à la fin du stage. (...) Nous recevons chaque jour à Paris vingt, trente et parfois quarante hautes personnalités, ministres et très hauts fonctionnaires qui séjournent dans notre capitale ou qui y passent quelques heures. À moins qu'il ne s'agisse d'un déplacement tout à fait officiel ou que l'une de ces personnalités demande une protection, ce qui est rarissime, les services de police n'exercent aucune surveillance à leur encontre[58]»

Pourquoi le général Oufkir n'a-t-il pas été interpellé le 3 novembre ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Nous sommes en présence d'allégations sans preuve matérielle, sans charges suffisamment certaines. Sont-elles suffisantes pour que des policiers se précipitent pour interpeller le général Oufkir ? Ils ne le pensent pas et M. le juge Zollinger (...) n'a pas cru pouvoir lancer immédiatement un mandat d'arrêt. C'est donc qu'il a estimé, avec sagesse, qu'il lui fallait davantage de preuves. (...) Un repris de justice et un indicateur de police accusent un ministre étranger d'avoir perpétré sur notre sol un abominable forfait. (...) Est-ce vrai ? Est-ce faux ? (...) Qui peut le dire ?

Nos relations avec le Maroc sont excellentes. Quelles répercussions auraient eu au Maroc l'interpellation d'un ministre marocain sur les 100.000 Français qui y vivent, sur toute l'Afrique du Nord, sur le tiers-monde, dans le monde entier si les renseignements ne sont pas exacts ? (...)[58] »

Pourquoi a-t-on attendu 8 jours pour arrêter les policiers Souchon et Voitot ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Lorsque le 4 novembre, il apparut que la clé du mystère se trouvait sans doute au Maroc, une réunion eut lieu entre le Premier ministre, le ministre des affaires étrangères et moi-même. L'objectif de tous était encore et toujours de retrouver M. Ben Barka. Il fut décidé d'envoyer immédiatement à Rabat un haut fonctionnaire appartenant au cabinet de M. Couve de Murville[59]. Au cours de la conversation, je fis état de la participation des deux policiers qui allaient être déférés à la justice. Il nous sembla alors (...) que ces arrestations succédant à celle de Lopez permettraient au gouvernement marocain de dire que c'était une affaire purement française et de ne pas donner suite à nos demandes concernant M. Ben Barka (...) la non arrestation pendant quelques jours des deux policiers ne pouvait aucunement entraver la marche de l'enquête. (...) Il fut donc décidé d'attendre le résultat des démarches diplomatiques entreprises. Lorsque ces démarches s'avérèrent infructueuses, Souchon et Voitot furent déférés à la justice. Ce fut là un acte de gouvernement comme il arrive à tout gouvernement d'en faire dans des circonstances graves[58]. »

L'intervention de Souchon et Voitot était-elle "couverte" par leur hiérarchie ou une autorité supérieure ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Lorsque le directeur de la police judiciaire les interroge le 3 novembre, lorsque le commissaire Bouvier les interroge les 11 et 12 novembre, lorsque M. le juge Zollinger les interroge pour la première fois, ils ne feront jamais état de quelque "couverture" que ce soit, et il faudra attendre le 14 janvier 1966 pour que Souchon fasse au juge d'instruction les surprenantes déclarations que l'on sait. Il semble pourtant que s'ils avaient bénéficié d'une protection hiérarchique ils n'auraient pas manqué d'en faire état pour se protéger. (...) pour qui connaît la hiérarchie policière, un policier ne peut et ne doit obéir qu'aux ordres de son chef direct, ce qui veut dire qu'aucune autre autorité, quelle qu'elle fut ne pouvait les contraindre à exécuter un ordre et qu'ils avaient le devoir, si on leur avait demandé d'accomplir un acte quelconque et à plus forte raison un acte criminel d'en référer immédiatement à leur chef[58]. »

Comment et par qui le commissaire Caille a-t-il été renseigné ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Le rôle des renseignements généraux est, comme leur nom l'indique, de se renseigner et de faire part de leurs renseignements. Il faut pour cela être introduit dans les milieux les plus divers et avoir des informateurs nombreux dans toutes les couches de la société . Le commissaire Caille, au cours de vingt-cinq années de service, a su utiliser ces informateurs et il en a toujours usé au profit des différents services qui avaient besoin de renseignements. II n'y a donc rien à lui reprocher sur ce plan, mais tout au contraire à l'en féliciter. (...) La chambre d'accusation de la cour d'appel de Paris, (...) se contente (...) de dire "que le commissaire Caille dira s'il lui est possible de faire connaître le nom de son informateur." (...) la jurisprudence est formelle ; le fonctionnaire de police peut valablement invoquer le secret professionnel pour refuser de répondre. Les arrêts de la chambre criminelle de la Cour de cassation ne manquent pas et la question est loin d'être nouvelle. (...) Mais en dehors des considérations juridiques, il est une autre raison pour laquelle un fonctionnaire de police a le droit de se taire. (...) Les informateurs sont indispensables à toute police pour découvrir le crime, mais ils ne peuvent être recrutés et utilisés que s 'ils sont sûrs de ne pas être dévoilés et de ne pas courir le risque de représailles pouvant aller jusqu'à des attentats contre leur vie. Obliger des fonctionnaires de police à révéler le nom de leurs informateurs, c'est tarir, et tout de suite, la source la plus importante des renseignements qui, demain peut-être, permettront de découvrir les auteurs d'un crime[58]. »

Pourquoi Figon n'a-t-il pas été localisé et arrêté plus tôt ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « (...) Paris, de même d'ailleurs que toutes les grandes capitales, est très certainement un des meilleurs lieux pour échapper à la justice; (...) Figon a bénéficié, de l'actrice au journaliste en passant par des amitiés anciennes, d'une chaîne de complicités qui lui ont permis de narguer la police. (...) Bien des exemples prouvent que des malfaiteurs, aussi bien en France qu'à l'étranger, peuvent se cacher malgré toutes les recherches de la police (...) je pourrais citer bien des exemples de malfaiteurs qui ont été arrêtés à Paris où ils se cachaient, après des mois et des mois de recherches[58]. »

Figon s'est-il réellement suicidé ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Il ne m'appartient pas, en tant que ministre de l'Intérieur, de porter une appréciation sur une information judiciaire. Mais ce que je peux affirmer avec force, en tant que chef de la police et pour répondre à d'odieuses insinuations, c'est que les recherches ont été à la fois complètes, minutieuses et que tous les éléments qui se recoupent concordent pour établir le suicide de Figon. Je peux dire aussi que rarement information n'a été conduite avec un tel souci de la précision et une telle rigueur scientifique. Elle a duré trois semaines et non trois jours ! Songez d'ailleurs que le magistrat instructeur ne commit pas moins de dix experts, parmi les plus éminents, qu'il les chargea de sept expertises diverses, qu'il entendit lui-même de nombreux témoins, fit de multiples investigations. (...)[58] »

Comment l'enlèvement de Ben Barka a-t-il pu être perpétré à Paris ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Je répondrai : malheureusement aussi facilement qu'à l'étranger où les exemples ne manquent pas, le dernier en date étant celui d'un prélat espagnol enlevé à Rome il y a quelques jours (...)

Mais sans aller chercher ailleurs, je citerai l'enlèvement du général Koutiepov à Paris en 1930 (...) et celui du général Miller (Ievgueni Miller) en 1937. Dans les deux cas on ne sut jamais la vérité et aucun des auteurs de ces attentats ne fut arrêté[58]. »

Le gouvernement a-t-il cherché à étouffer l'affaire ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « (...) On a dit et répété que le Gouvernement avait voulu étouffer l'affaire en raison de l'élection présidentielle. Il suffit à ce sujet de rapprocher les dates. L'enlèvement eut lieu le 29 octobre. Lopez est arrêté le 4 novembre, El Mahi le 5, Souchon et Voitot le 11, Bernier le 26 novembre. Tout est connu pendant la campagne présidentielle et l'élection a lieu le 5 décembre. Alors qu'a-t-on voulu cacher ?[58] »

Quel a été le rôle de Maître Lemarchand ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « M. Lemarchand aurait pu recevoir Figon, l'écouter, lui donner le conseil de se livrer à la justice - ce qu'il n'aurait pas fait - et se taire. Il aurait été en paix avec son ordre, sinon avec sa conscience, et il n'y aurait pas eu d'affaire Lemarchand. Au lieu de cela, qu'a-t-il fait ? Sachant que la vie d'un homme était en danger, il a cru de son devoir de tout tenter pour lui venir en aide, et c'est en grande partie grâce à lui que la lumière a pu se faire et que des inculpés sont sous les verrous. (...)

M. Lemarchand a encouru une sanction de ses pairs (...). Mais si M. Ben Barka avait été retrouvé grâce à lui, on aurait sans doute estimé que la vie d'un homme vaut bien n'importe quelle peine disciplinaire[58]. »

Y a-t-il en France des "polices parallèles" ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Qu'est-ce qu'une police parallèle ? Si l'on veut dire une police non intégrée à la hiérarchie traditionnelle et règlementaire de l'Etat, qui instrumenterait illégalement et clandestinement, alors j'affirme solennellement - une fois pour toutes - qu'il n'y a pas de police parallèle (...)

Mais si l'on entend par police parallèle l'utilisation d'informateurs ou d'indicateurs pour renseigner la police (...) il est parfaitement exact que dans la police française, comme dans toutes les polices du monde sans aucune exception, informateurs et indicateurs sont utilisés et que, sans leur concours, il n'y aurait plus de police et a fortiori plus de justice en mesure d'appliquer la loi pénale[58]. »

Qu'est devenu Mehdi Ben Barka ?[modifier | modifier le code]

Roger Frey : « Les recherches sont restées vaine. Et pourtant dès que nous avons connu sa disparition, tout a été fait pour le retrouver. Ce fut là notre pensée dominante, mon souci constant, non parce qu'il s'appelait Ben Barka mais parce qu'il était un homme et qu'il avait droit à tous les efforts pour que sa vie fût protégée[58]. »

Le procès[modifier | modifier le code]

L'arrêt de renvoi du dossier devant la cour d'assises de la Seine intervient le 8 juin 1966. Maître Buttin, partie civile, considère que le juge Zollinger "n'a pas bâclé l'instruction". Cependant "il fut contrarié dans sa tâche par tous les organismes impliqués, y compris le ministre de la justice Jean Foyer ou celui de l'intérieur, Frey, même après que De Gaulle ait donné des instructions pour que tout soit fait pour faciliter sa tâche. Surtout l'instruction (...) a été effectuée dans un délai beaucoup trop court pour dégager toutes les mailles du filet[5]."

Le procès s'ouvre le 5 septembre 1966. Antoine Lopez, Philippe Bernier, Louis Souchon, Roger Voitot et El Ghali El Mahi comparaissent détenus. Marcel Le Roy-Finville comparaît libre. Les autres inculpés sont en fuite : Boucheseiche, Palisse, Le Ny, Dubail, "Chtouki", Dlimi et Oufkir. Les parties civiles sont représentées par Abdelkader Ben Barka, frère de la victime, ainsi que par cinq avocats pour l'épouse de Ben Barka et un pour sa mère. Lopez est défendu par un célèbre avocat d'extrême-droite : Me Jean-Louis Tixier-Vignancour. Celui-ci utilisera le prétoire comme une tribune contre le pouvoir gaulliste et sera récusé en cours de procès. La défense compte d'éminents avocats, tels Me Albert Naud et Me René Floriot. De nombreux témoins défilent à la barre, notamment amis de la victime, des journalistes et de hauts responsables de la police. Le Président Perez interdit aux parties d'évoquer la situation politique au Maroc et en France en refusant un certain nombre de questions.

Le 19 octobre, un coup de théâtre se produit : le commandant Ahmed Dlimi, directeur général de la Sûreté nationale marocaine, se présente au palais de justice et se constitue prisonnier. Cette initiative a été prise en plein accord avec le gouvernement marocain et le roi, qui a promu Dlimi au grade de lieutenant-colonel. Le ministre de l'information Me Benjelloun se joint à ses avocats. Le procès est aussitôt ajourné pour permettre un supplément d'information. La nouvelle session est fixée en avril. Trois avocats des parties civiles étant subitement décédés[60], une demande est faite de renvoyer le procès pour permettre à leur remplaçant d'étudier le dossier. L'avocat général Toubas et tous les avocats de la défense s'opposent au renvoi et la Cour adopte leur position. Afin de protester contre cette décision, l'ensemble des avocats des parties civiles se retire du procès. Cette décision ne sera pas sans effet sur le déroulement du procès et le verdict, limitant les questions gênantes - notamment à Dlimi - et l'audition de nouveaux témoins[61]. Me Buttin, avocat de la mère de Mehdi Ben Barka, la considère comme une très grave erreur[5].

Le procès reprend le 17 avril 1967. Dlimi affirme être totalement innocent à la disparition de Ben Barka. Il déclare notamment : "Je vous jure solennellement que je retrouverai Ben Barka dans un an, dans dix ans." Il fait venir à la barre un chauffeur de taxi qui témoigne l'avoir directement conduit à Orly le 31 octobre au matin, contredisant les indications de Lopez.

Le 27 mai, un ancien adjoint de Dlimi au Cab 1 (services secrets marocains) identifie "Chtouki" comme étant Miloud Tounzi, chef de section subordonné de Dlimi.

Le 7 juin 1967, le verdict est prononcé : Antoine Lopez est condamné à 8 ans de réclusion criminelle et Souchon à 6 ans pour arrestation illégale. Les autres inculpés sont acquittés. Oufkir, Chtouki, Boucheseiche, Palisse, Le Ny et Dubail sont condamnés par contumace à la réclusion criminelle à perpétuité.

Le roi Hassan II refusera toujours d'appliquer les condamnations ou d'extrader les condamnés. Le général Oufkir sera exécuté cependant quelques années plus tard après un coup d'État manqué contre le roi du Maroc (Gilles Perrault, Notre ami le roi).

L'instruction française sur les responsabilités marocaines[modifier | modifier le code]

À la suite de l'enlèvement et de la disparition de Mehdi Ben Barka, une enquête judiciaire est déclenchée en France. Quarante ans après, ayant fait intervenir 7 juges d'instruction, celle-ci reste toujours « pendante ». Après la tentative infructueuse du général Oufkir de coup d'État contre Hassan II, Rabat a toujours attribué à Oufkir la responsabilité ultime de l'enlèvement et du meurtre de Mehdi Ben Barka. À ce jour, la famille du leader assassiné continue à tenir pour véritable responsable le roi lui-même, ce que seule la continuation de l'enquête française pourrait prouver, ou, au contraire, réfuter[62].

En 1975, le fils de Ben Barka dépose une nouvelle plainte pour assassinat et complicité d'assassinat afin d'éviter la prescription du dossier.

Fin 2005, pour la troisième fois, le juge d'instruction français Patrick Ramaël se rend au Maroc afin d'enquêter sur place, mais se trouve rapidement confronté à l'absence de coopération de la part des autorités marocaines, et cela malgré la fin du règne de Hassan II, remplacé par son fils Mohammed VI.

Début décembre 2006, le journal Maroc Hebdo International révèle que Hosni Benslimane, patron de la gendarmerie royale marocaine, sans répondre à la convocation du juge français Ramaël, compte répondre au juge marocain Jamal Serhane.

Rabat n'avait pas répondu à la seconde commission rogatoire délivrée en septembre 2006 pour entendre notamment et au Maroc le général Benslimane, capitaine à l'époque des faits, ou Miloud Tounsi, alias Chtouki, un agent retraité des services marocains soupçonné d'être l'un des membres du commando ayant participé à l'enlèvement de l'opposant.

En mai 2006, le magistrat français Patrick Ramaël a entendu Driss Basri, l'ex-ministre de l'Intérieur et ancien homme fort du régime d'Hassan II, et perquisitionné à son domicile parisien.

Il souhaite également effectuer des fouilles au PF3 (PF pour Point Fixe), ancien centre de détention secret à Rabat où pourrait se trouver la tête de Mehdi Ben Barka. Faute de réponse à la commission rogatoire internationale (CRI), Patrick Ramaël a convoqué, le 21 novembre 2006 à Paris, le général Benslimane, Tounsi et trois autres personnes. En vain.

Sa détermination préoccupe néanmoins Rabat, qui en a fait part à Nicolas Sarkozy lors de ses deux visites dans le royaume. D'autant que le juge français pourrait lancer un mandat d'arrêt international pour interroger ces « témoins ». Dans ce contexte, l'annonce d'une audition, à une date non précisée, du général Benslimane, un fidèle parmi les fidèles de la monarchie alaouite, par le juge Serhane semble surtout destinée à montrer que la justice marocaine ne reste pas les bras croisés.

Le 23 octobre 2007, le juge Patrick Ramaël a signé cinq mandats d'arrêt internationaux visant des Marocains: le général Hosni Benslimane, chef de la gendarmerie royale marocaine; Abdelhak Kadiri, ancien patron de la Direction générale des études et de la documentation (DGED, renseignements militaires); Miloud Tounsi, alias Larbi Chtouki, l'un des membres présumés du commando marocain qui a enlevé l'opposant marocain; Boubker Hassouni, infirmier et agent du Cab 1, une des unités des services marocains ultra secrète; et Abdelhak Achaachi, également agent du Cab 1[63]. Le parquet de Paris a demandé de suspendre les mandats délivrés dans l'affaire Ben Barka. Le parquet de Paris a annoncé cette mesure dans la soirée du 2 octobre 2009 en expliquant vouloir demander des « précisions » au juge d'instruction chargé de l'enquête. « En effet, Interpol a demandé ces précisions afin de rendre les mandats d'arrêt exécutables. Sans ces précisions, ils sont inexécutables », a dit le cabinet du procureur dans une déclaration aux agences de presse[5].

Son compagnon Mohamed Lahrizi[modifier | modifier le code]

Cet illustre inconnu, faisant pourtant partie de la garde rapprochée de Mehdi Ben Barka, a connu un sort encore plus tragique. L'homme a non seulement été sauvagement assassiné mais de plus, sa femme, une ressortissante suisse et sa petite fille de 8 ans ont été enlevées et portées disparues depuis les années 1960. Depuis, ce dossier ne figure pas dans les instructions des juges français[64].

De nombreuses « révélations »[modifier | modifier le code]

Avertissement[modifier | modifier le code]

Ces révélations sont à prendre avec beaucoup de circonspection car, comme souvent dans ce genre d'affaires, peu de révélations apparaissent sincères. La plupart n'ont pour but que de brouiller les pistes… l'Est chargeant l'Ouest, le Nord (ici la France) chargeant le Sud (ici le Maroc) à charge de revanche.

De plus, l'habituelle guerre des services secrets ne fait que « brouiller les cartes ».

Les révélations d'Ahmed Boukhari[modifier | modifier le code]

Selon les révélations de juin-juillet 2001 de l'ancien agent marocain Ahmed Boukhari, Mehdi Ben Barka aurait été exfiltré vers le Maroc, torturé, puis son corps dissout dans une cuve d'acide[65]. Toutefois, il n'a pas été encore entendu par la Justice sur ce dossier. Le dossier reste mystérieux et le gouvernement français détient certainement des pièces intéressantes sur le sujet. Selon Ahmed Boukhari, le corps de Ben Barka arrive en effet à l'aéroport international de Rabat-Salé dans la nuit du 31 octobre. Il est alors emmené dans un centre de torture, Dar El-Mokri, où, sur les indications d’un certain colonel Martin, chef de l’antenne de la CIA au Maroc et qui avait accès directement au roi Hassan II, le corps du défunt leader marocain aurait été dissous dans une cuve remplie d’acide. Il est fait état d'un film existant de l'opération, dont une copie aurait été remise par le commandant Dlimi au roi Hassan II.

Le colonel Martin aurait appris cet usage très particulier de l'acide pour faire disparaître les corps dans son précédent poste sous le régime du Shah d'Iran, après le renversement en 1953 de Mohammad Mossadegh[66].

Les révélations des Frères Bourequat[modifier | modifier le code]

Les frères Bourequat ont déclaré que des truands français ayant participé à l’enlèvement de Mehdi Ben Barka s’étaient réfugiés au Maroc. D'abord tenanciers d'établissement de nuit, ils ont ensuite été enfermés au bagne de Tazmamart, puis exécutés et enterrés en secret. Des fouilles demandées par le juge Patrick Ramaël ont été refusées par le gouvernement marocain[67].

Selon les archives du SDECE et de la CIA[modifier | modifier le code]

En 1976, le gouvernement des États-Unis a reconnu à la suite de requêtes formulées dans le cadre du Freedom of Information Act que la CIA était en possession de 1 800 documents sur Ben Barka, mais ils restent non publics. En 1982, à la suite de la victoire de la gauche, les archives françaises du SDECE (ancêtre de la DGSE) sont ouvertes, mais une grande partie a disparu. Le secret-défense est levé sur certains documents, mais la famille de Mehdi Ben Barka considère que ces documents déclassifiés n'apportent rien de véritablement nouveau, en particulier en ce qui concerne les complicités des services français. En 2001, d'autres sont déclassifiés. La ministre de la défense Michèle Alliot-Marie a accepté de déclassifier les 73 restants sur cette affaire qui reste trouble, sans satisfaire la famille Ben Barka.

Les révélations de Lucien Aimé-Blanc[modifier | modifier le code]

L'ex-commissaire Lucien Aimé-Blanc fut numéro deux de la « Mondaine », de la brigade antigang, de l'office des stups, puis chef de l'office central de répression du banditisme de 1977 à 1980. En avril 2006, il publie l'Indic et le Commissaire et révèle que la totalité des agents impliqués dans l'enlèvement de Mehdi Ben Barka était écouté par le SDECE. De fait, Aimé-Blanc publie dans son livre ces écoutes téléphoniques :

«  Adjoint de la brigade antigang en 1966, j'ai trouvé dans le coffre du patron une liasse de transcriptions d'une écoute téléphonique répertoriée « Orion 113 » et posée par un service de la Sûreté nationale sur la ligne d'un hôtel de rendez-vous de l'avenue Niel à Paris (XVII Arrt). À la lecture de ces 40 feuillets, j'ai été stupéfait de constater que c'était le point de ralliement de toute la bande identifiée comme étant les ravisseurs de Ben Barka. Ils apparaissent tous sur ces écoutes, le chef d'escale d'Air France à Orly et indic du Sdece (ancienne DGSE, les services secrets, ndlr), Antoine Lopez, comme les truands Boucheseiche, Figon, Palisse… Il transparaît en filigrane de ces conversations, enregistrées pendant tout le mois précédant la disparition de Ben Barka, que ces individus liés à un général Marocain projettent l'enlèvement d'un homme qui doit arriver à Orly. Il est donc clair que la brigade centrale de recherche criminelle, qui surveillait cet hôtel de passes sans avoir de compétence sur Paris, était au courant de ce projet. À l'époque, ces écoutes remontaient également au ministère de l'Intérieur et au conseiller de Matignon. J'en déduis que le service de la Sûreté nationale qui a branché cet hôtel savait ce qui se tramait, et s'il n'est pas intervenu pour déjouer cet enlèvement, c'est soit par négligence coupable, soit sur ordre[68]. »

Les écoutes en question, indique Lucien Aimé-Blanc, n'ont pas été communiquées au juge Zollinger, chargé de l'enquête sur la disparition de Ben Barka. L'Express écrit ainsi que « ces écoutes prouvent, en tout cas, que le ministre de l'Intérieur — au moins — savait qu'une mauvaise action se préparait contre Ben Barka. En outre, les doubles de ces écoutes étaient automatiquement transmis au cabinet du Premier ministre de l'époque, Georges Pompidou[69]

Un agent du bloc de l'Est ?[modifier | modifier le code]

D'après les révélations du magazine l'Express du 17 juillet 2007, Mehdi Ben Barka aurait renseigné les services secrets tchécoslovaques. Son nom de code, attribué par Zdenek Micke aurait été Cheikh[70].

Selon l'Humanité[modifier | modifier le code]

Selon des informations disponibles en 2006, il aurait été traqué lors de ses déplacements internationaux par le Mossad israélien et la CIA, qui communiquait ces informations à Rabat et Paris[71].

Selon Georges Fleury (dans une interview au Journal du Dimanche)[modifier | modifier le code]

L'écrivain et ancien commando de marine, Georges Fleury, déclare dans un entretien au Journal du dimanche (11/10/2009) qu'un inconnu lui aurait remis, en 1974, des documents indiquant que Ben Barka avait été incinéré dans l'Essonne à Villabé[72],[73].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • 1966 : Option révolutionnaire au Maroc : écrits politiques de Mehdi Ben Barka. - Cahiers libres, 84-85. - (François Maspero)
  • 1966 : La ténébreuse affaire Ben Barka de J.-P. Marec (Presses noires)
  • 1967 : Ben Barka chez les juges de François Caviglioli (La Table ronde de Combat)
  • 1967 : On a tué Ben Barka de R. Muratet (Plon)
  • 1980 : SDECE Service 7 de Philippe Bernert (Presses de la Cité
  • 1991 : Ben Barka, ses assassins de D. Guérin (Syllepse & Périscope)
  • 1991 : L'affaire Ben Barka de Bernard Violet (Fayard)
  • 1999 : Ils ont tué Ben Barka de Jacques Derogy et Frédéric Ploquin (Fayard)
  • 2000 : Confession d'un espion de Antoine Lopez (Fayard)
  • 2004 : Aux Services de la République. Du BCRA à la DGSE de Claude Faure (Fayard)
  • 2005 : "Barbouze" du Général de Pierre Lemarchand (Le cherche midi)
  • 2006 : L'Indic et le Commissaire de Lucien Aimé-Blanc et Jean-Michel Caradec'h (Plon)
  • 2010 : Ben Barka, Hassan II, De Gaulle, ce que je sais d'eux de Maurice Buttin (Karthala)
  • 2012 : L'Affaire Ben Barka et ses Vérités de Mohamed Souhaili.
  • 2013 : Mehdi Ben Barka. Recueil de textes introduit par Bachir Ben Barka, Collection "Pensées d'hier pour demain", éditions du CETIM, 96 pages, 2013, Genève, ISBN 978-2-88053094-5, http://www.cetim.ch/fr/publications_ouvrages/183/mehdi-ben-barka

Livres inspirés de l'Affaire[modifier | modifier le code]

Films sur l'Affaire ou inspirés de l'Affaire[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les dates-clés de l'histoire contemporaine du Maroc, rabat-maroc.net, consulté le 11/12/2012
  2. « L'Affaire Ben Barka n'est toujours pas élucidée » publié par l'Humanité du 29 octobre 2005
  3. En référence à l'apostrophe célèbre de Fidel Castro aux Américains : "Et maintenant, Yankees, l'humanité vous dit Basta !
  4. Il s'avèrera plus tard qu'il s'agit de Roger Voitot
  5. a, b, c, d, e, f et g Maurice Buttin, Ben Barka, Hassan II, De Gaulle. Ce que je sais d'eux - Karthala 2010
  6. a et b Jean Lacouture, De Gaulle - 3 Le souverain, Seuil 1986 et Paul-Marie de la Gorce, Charles de Gaulle 1945-1970 t 2, Nouveau monde éditions, 2013
  7. Journaliste d'investigation à L'Express qui a consacré de nombreux articles à l'affaire Ben Barka. Co-auteur de l'ouvrage de référence Ils ont tué Ben Barka (Fayard 1999) publié après sa mort.
  8. a, b, c, d et e Jacques Derogy et Frédéric Ploquin, Ils ont tué Ben Barka, Fayard 1999
  9. Le Monde 14.09.66 Le démarrage de l'enquête a été ralenti de tous côtés par des atermoiements et des réticences http://www.lemonde.fr/acces-restreint/archives/article/1966/09/14/6c66669a6c696dc594676462699971_3144945_1819218.html
  10. Les archives du journal datent cette information du numéro du 1er novembre (M. Ben Barka aurait été appréhendé vendredi à Paris) http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/01/m-ben-barka-aurait-ete-apprehende-vendredi-a-paris_2195880_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1622
  11. Le Monde 2.11.1965, M. Ben Barka envisageait son retour au Maroc http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/02/m-ben-barka-envisageait-son-retour-au-maroc_2198094_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1621
  12. LE MONDE, 6.11.65, L'inquiétude provoquée par la disparition de M. Ben Barka ranime au Maroc sa popularité http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/06/l-inquietude-provoquee-par-la-disparition-de-m-ben-barka-ranime-au-maroc-sa-popularite_2199067_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1612
  13. a et b Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, t II, Fayard 1997
  14. a et b Témoignage de Jean-François Kahn dans l'émission Café Crimes de Jacques Pradel sur Europe 1 le 28.01.2010
  15. Ces informations sont publiées le 25 décembre 1965 par le journal Le Monde sous le titre La nuit capitale du 30 au 31 octobre http://www.lemonde.fr/acces-restreint/archives/article/1965/12/25/6b666b9964666bc594676462699971_2193113_1819218.html
  16. Le Monde 5.11.65 M. Antoine Lopez est gardé à vue http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/05/m-antoine-lopez-est-garde-a-vue_2199305_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1617
  17. Le Monde 09.11.1965 Deux envoyés du gouvernement français ont prévenu le roi du Maroc que l'enquête sera menée avec toute la rigueur qu'elle implique http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/09/deux-envoyes-du-gouvernement-francais-ont-prevenu-le-roi-du-maroc-que-l-enquete-sera-menee-avec-toute-la-rigueur-qu-elle-implique_2199328_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1605 et Le Monde 27.01.66 M. BOURGES FAIT L'HISTORIQUE DE LA CRISE AVEC RABAT http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/27/m-bourges-fait-l-historique-de-la-crise-avec-rabat_2702335_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1402
  18. Le Monde 11.11.65 Les deux inculpés sont confrontés par le juge d'instruction en présence du frère du disparu http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/11/les-deux-inculpes-sont-confrontes-par-le-juge-d-instruction-en-presence-du-frere-du-disparu_2198289_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1598
  19. LE MONDE, 20.11.1965, M. LEMARCHAND, député U.N.R. de l'Yonne nie formellement qu'il ait participé à l'organisation du rapt http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/20/m-lemarchand-depute-u-n-r-de-l-yonne-nie-formellement-qu-il-ait-participe-a-l-organisation-du-rapt_2198439_1819218.html?xtmc=lemarchand&xtcr=413
  20. Pierre Lemarchand, "Barbouze" du général, Le Cherche Midi, 2005
  21. Le Monde 01.12.65 La partie civile demande au juge d'instruction de lancer un mandat d'arrêt international contre le général Oufkir et le commandant Dlimi http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/12/01/la-partie-civile-demande-au-juge-d-instruction-de-lancer-un-mandat-d-arret-international-contre-le-general-oufkir-et-le-commandant-dlimi_2193324_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1552
  22. Cette "docilité" suscitera la fureur de Le Roy-Finville, pour qui un agent du SDECE ne doit jamais apparaître au grand jour. Selon lui, il suffisait de transmettre par écrit au juge l'ensemble des éléments d'information en possession du service (Philippe Bernert, SDECE Service 7, Presses de la Cité 1980)
  23. a, b et c Cité par le général Jacquier dans son mémoire à l'attention du juge Zollinger en date du 22.12.65 (Roger Faligot et Pascal Krop, La piscine, Seuil 1985)
  24. Philippe Bernert, Sdece Service 7, Presses de la Cité 1980
  25. a et b Jacques Derogy et Jean-François Kahn, Le récit d'un témoin : j'ai vu tuer Ben Barka, L'Express 10.01.66 http://www.lexpress.fr/actualite/societe/le-recit-d-un-temoin-j-ai-vu-tuer-ben-barka_590921.html
  26. a, b, c, d et e Alain Peyrefitte, C'était de Gaulle, t III, Fayard 2000
  27. Le Monde 16.02.66 Le témoignage de M. Roger Frey est recueilli par le premier président Touffait http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/02/16/le-temoignage-de-m-roger-frey-est-recueilli-par-le-premier-president-touffait_2705997_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1290
  28. Le Monde 22.01.66 http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/22/interpol-transmettra-les-trois-mandats-internationaux_2701688_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1451
  29. Le Monde 25.01.66, « L'instruction a conduit le juge à la conviction que le ministre marocain de l'intérieur a organisé l'enlèvement et participé personnellement aux dernières phases de l'opération » (Texte de la note) http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/25/l-instruction-a-conduit-le-juge-a-la-conviction-que-le-ministre-marocain-de-l-interieur-a-organise-l-enlevement-et-participe-personnellement-aux-dernieres-phases-de-l-operation_2702024_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1425
  30. a et b Jean Garrigues, Les scandales de la République - de Panama à l'affaire Clearstream, Robert Laffont 2004
  31. Le Monde 6.11.65 M. Mitterrand : une atteinte au renom de notre pays http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/06/m-mitterrand-une-atteinte-au-renom-de-notre-pays_2198851_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1613
  32. L'article original a été republié sur le site web du magazine à l'occasion des 50 ans du Maroc : Les étranges coïncidences de l'affaire Ben Barka, paru dans l'Express du 8 novembre 1965
  33. Le Monde 17.11.1965, Le conseil municipal refuse d'engager un débat sur l'affaire http://www.lemonde.fr/archives/article/1965/11/17/le-conseil-municipal-refuse-d-engager-un-debat-sur-l-affaire_2198602_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1575
  34. Voir notamment à ce sujet L'affaire Ben Barka à travers la presse hebdomadaire française, http://aan.mmsh.univ-aix.fr/Pdf/AAN-1966-05_06.pdf
  35. Le 17 novembre en conférence de presse et le 16 décembre à la télévision
  36. Le 19 novembre sur les ondes de l'ORTF (radio)
  37. Secrétaire général pour les affaires africaines et malgaches
  38. Le Monde 17.01.66 Les révélations de l'officier de police Souchon
  39. Le Monde 17.01.66
  40. Le Monde 20.01.66, Antoine Lopez nie avoir cité devant Souchon le nom de M. Jacques Foccart http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/20/antoine-lopez-nie-avoir-cite-devant-souchon-le-nom-de-m-jacques-foccart_2702523_1819218.html?xtmc=lopez&xtcr=5735
  41. Le Monde 24.01.66 L'instruction pourrait entrer dans une nouvelle phase après la déposition du directeur de " l'Express " sur le récit de Figon http://www.lemonde.fr/acces-restreint/archives/article/1966/01/24/6b6c62986b6770c594676462699971_2702828_1819218.html
  42. LE MONDE 21.01.1966, La S.F.I.O. et le P.S.U. envisagent un meeting de protestation mardi à la Mutualité LES DÉPUTÉS SOCIALISTES DEMANDENT POUR LA SECONDE FOIS LA CONVOCATION DU PARLEMENT http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/21/la-s-f-i-o-et-le-p-s-u-envisagent-un-meeting-de-protestation-mardi-a-la-mutualite-les-deputes-socialistes-demandent-pour-la-seconde-fois-la-convocation-du-parlement_3127910_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1461
  43. a, b et c Jean Lacouture, De Gaulle - 3. Le souverain, Seuil 1986
  44. Information donnée à Jean-Marie Domenach, cité par Jean-Luc Barré, François Mauriac : biographie intime 1940-1970, Fayard 2009
  45. Le bâtonnier Thorp a présidé le comité de soutien à François Mitterrand lors de la campagne des élections présidentielles.
  46. Cité par Michel Tauriac (Vivre avec De Gaulle, les derniers témoins racontent l'homme, Plon 2008)
  47. Jacques Foccart, Tous les soirs avec de Gaulle, Journal de l'Élysée - I, Fayard/Jeune Afrique 1997
  48. Selon Me Maurice Buttin, dès le vendredi 29 octobre au soir, un indicateur aurait recueilli dans un bar des confidences alcoolisées de Figon et les aurait transmises aux Renseignements généraux. Cette information recoupe le témoignage de Jean-Pierre Lenoir, adjoint de Le Roy-Finville au SDECE : un ancien baroudeur de la France Libre prénommé Raymond, proche de Roger Frey, aurait côtoyé Figon fortement alcoolisé, dans un bar le lendemain de l'enlèvement et l'aurait entendu évoquer les faits. Raymond aurait aussitôt transmis l'information à Roger Frey. (Jacques Derogy et Frédéric Ploquin, Ils ont tué Ben Barka, Fayard 1999)
  49. Le Monde 13.05.66 Confrontation entre Me Lemarchand et le commissaire Caille http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/05/13/confrontation-entre-me-lemarchand-et-le-commissaire-caille_2695332_1819218.html?xtmc=caille&xtcr=93
  50. a et b Claude Angeli, Un commissaire politique, Le Nouvel Observateur 02.02.1966 http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20060203.OBS5023/un-commissaire-politique.html
  51. Cette version des faits sera confirmée en 2005 par Pierre Lemarchand ("Barbouze" du Général, Le cherche midi). Le 1er novembre, le cabinet de Roger Frey contacte le commissaire Caille et lui demande de se renseigner, en marge de l'enquête, sur Figon. Caille contacte Me Lemarchand, avocat de Figon, qui joint Figon et lui demande de s'expliquer. Celui-ci accepte de parler à condition d'obtenir un passeport et la liberté de quitter le territoire pour Palisse, Le Ny et Dubail. Ces conditions sont acceptées par la "hiérarchie" de Caille, désireuse avant tout de retrouver Ben Barka vivant. Le 2 novembre, Figon discutera de vive voix avec le commissaire Caille chez Me Lemarchand et lui livrera ce qu'il sait de l'enlèvement. Ce témoignage recoupe celui de J.-P. Lenoir, adjoint de Le Roy-Finville (Ils ont tué Ben Barka), cf supra.
  52. Le Monde 24.01.66, M. POMPIDOU : le gouvernement n'emploie pas de " polices parallèles " http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/24/m-pompidou-le-gouvernement-n-emploie-pas-de-polices-paralleles_2701748_1819218.html?xtmc=pompidou&xtcr=24521
  53. Le Monde 27.01.66, M. Mitterrand : nous faisons le serment d'atteindre partout où elles se trouvent les responsabilités politiques http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/01/27/m-mitterrand-nous-faisons-le-serment-d-atteindre-partout-ou-elles-se-trouvent-les-responsabilites-politiques_2702743_1819218.html?xtmc=ben_barka&xtcr=1408
  54. Cité dans Le Monde du 1er.02.66 M. Gaston Defferre : le refus des responsabilités porte atteinte à l'État lui-même http://www.lemonde.fr/archives/article/1966/02/01/m-gaston-defferre-le-refus-des-responsabilites-porte-atteinte-a-l-etat-lui-meme_2706503_1819218.html?xtmc=defferre&xtcr=141
  55. http://fresques.ina.fr/de-gaulle/liste/recherche/Theme.id/13/e#sort/DateAffichage/direction/DESC/page/1/size/10
  56. Transcription intégrale sous http://www.veronis.fr/discours/transcript/1966-02-21/DeGaulle
  57. Ce détail sera souligné par Georges Pompidou lors d'un entretien télévisé avec Roger Priouret le 26 septembre (http://www.ina.fr/video/CAF94058291)
  58. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o et p Journal Officiel du 7 mai 1966 - Débats parlementaires - Assemblée Nationale - http://archives.assemblee-nationale.fr/2/cri/1965-1966-ordinaire2/022.pdf
  59. Il s'agit de la mission menée auprès de Hassan II par Philippe Malaud les 4 et 5 novembre (cf supra)
  60. Me Pierre Stibbe, le bâtonnier René-William Thorp et Me Michel Bruguier
  61. Le Monde 07.06.67 Cinq acquittements, dont celui de Dlimi. Lopez et Souchon condamnés à huit et six ans de réclusion criminelle • Par contumace, réclusion criminelle à perpétuité pour le général Oufkir et les autres fugitifs http://www.lemonde.fr/acces-restreint/archives/article/1967/06/07/6c66639869656bc594676462699971_3112603_1819218.html
  62. « Un crime d'États », entretien avec Bachir Ben Barka publié par l'Humanité le 3 novembre2005
  63. Affaire Ben Barka : 5 Marocains mis en cause par la justice française, Le Figaro, 23 octobre 2007
  64. La Gazette du Maroc : Ce qu'on ne vous a jamais dit sur l'affaire Ben Barka no 552.
  65. Ahmed Boukhari, Le Secret. Ben Barka et le Maroc : un ancien agent des services spéciaux parle, éd Michel Lafon, 2002, 303 p..(ISBN 2840987678)
  66. « L'Affaire Ben Barka n'est toujours pas élucidée » publié sur l'Humanité du 29 octobre 2005
  67. Ben Barka : le Maroc souhaite enterrer l’affaire Lefigaro.fr
  68. « Mon indic a flingué Pierre Goldman », entretien avec Lucien Aimé-Blanc publié par Libération le 20 avril, 2006
  69. « Affaire Ben Barka - Le pouvoir savait » publié par l'Express du 13 avril 2006.
  70. « Quand “Cheikh” renseignait Prague », L'Express, 17 juillet 2007.
  71. « Un crime protégé par la raison d’État » sur l'Humanité du 29 octobre 2005
  72. « Nouvelles révélations dans l'affaire Ben Barka » sur lemonde.fr du 11 octobre 2009
  73. « Pour moi, Ben Barka a été incinéré dans l’Essonne » sur lejdd.fr du 10 octobre 2009
  74. Fiche Allociné du

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