Pol Pot

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Pol Pot
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Pol Pot, en 1976.
Fonctions
48e et 50e Premier ministre du Cambodge
14 avril 197627 septembre 1976
Président Khieu Samphân
Prédécesseur Khieu Samphân
Successeur Nuon Chea
25 octobre 19767 janvier 1979
Président Khieu Samphân
Prédécesseur Nuon Chea
Successeur Pen Sovan
Secrétaire du Parti communiste du Kampuchéa
22 février 19636 décembre 1981
Biographie
Date de naissance 19 mai 1928
Lieu de naissance Prek Sbauv, Province de Kampong Thum, Protectorat du Cambodge, Indochine française
Date de décès 15 avril 1998
Lieu de décès Anlong Veng, Province d'Otdar Mean Cheay, Cambodge
Nationalité cambodgienne
Parti politique Parti communiste du Kampuchéa
Conjoint Khieu Ponnary
Premiers ministres du Cambodge

Saloth Sâr[note 1](19 mai 1928[1] - 15 avril 1998), plus connu sous le nom de Pol Pot [note 2], est le dirigeant politique et militaire des Khmers rouges, partisans d’un communisme radical.

De 1976 à 1979, il fut le Premier ministre du Kampuchéa démocratique (Cambodge actuel).

Le programme d'étude sur le génocide cambodgien de l'Université Yale évalue le nombre de victimes des politiques de son gouvernement à environ 1,7 million de morts[2], soit plus de 20 % de la population de l'époque.

Sommaire

Jeunesse [modifier]

Enfance et famille [modifier]

Saloth Sâr appartient à une famille sino-khmère[note 3]. Son grand-père Phem s'enrichit au milieu du XIXe et participe matériellement à la révolte de 1885-1886, durant laquelle il serait mort dans une embuscade. Son père s'appelle Loth, mais change de nom avec l'établissement de la colonisation française en Phem Saloth. Cheng, la tante de Sâr, sert auprès du roi Norodom Ier, sa fille devenant dans les années 1920 l'une des concubines de Sisowath Monivong[3].

Sâr[note 4] serait né le 19 mai 1928[1],[note 5] ou en mars 1925[3]. Il a huit frères et sœurs[note 6], dont il serait le benjamin s'il est né en 1928, ou l'avant-dernier s'il est né en 1925. Suoung, l'aîné, devient officier de palais à vie en 1930. La première fille, Roeung, devient l'une des concubines de Sisowath Monivong par l'intermédiaire de sa cousine. Nhep, né en 1927, est le plus proche de Sâr[3].

La famille Saloth est une famille de notables paysans. Établie à Prek Sbauv, dans la province cambodgienne de Kampong Thom, elle possède l'une des plus grosses maisons du village ainsi que 25 hectares de rizières. L'environnement familial semble avoir été serein et les punitions corporelles moins courantes que la norme de l'époque. Si Loth raconte à ses enfants l'engagement de son père (que Sâr n'a pas connu) durant les conflits avec les Vietnamiens et Thaïlandais, il ne fait pas étalage de ses convictions politiques[3]. La superstition et la croyance en la magie tiennent alors une place très importante dans la société cambodgienne. Un culte entoure le roi du Cambodge, présenté comme intrinsèquement supérieur. C'est dans cet environnement et celui du bouddhisme theravāda que Saloth Sâr grandit[4],[5].

En 1934, Saloth Sâr est envoyé par son père à Phnom Penh[note 7] pour parfaire son éducation (le village ne possédant ni école ni wat), comme son grand frère Chhay avant lui[4]. Il intègre le Wat Botum Vaddei, un monastère-école à proximité du Palais royal et tenu par le Thammayut Nikaya, proche du pouvoir. Véritable village, ce wat accueille chaque année une centaine de novices, âgés de 7 à 12 ans. L'éducation religieuse qui y est apportée est rigoureuse, l'organisation de la vie des apprentis et des moines stricte et l'individualité prohibée. Saloth Sâr y passe un an[note 8] et semble avoir apprécié cette période[6].

L'été 1935, il emménage chez Suong et sa femme, chez qui habite déjà son frère Chhay, bientôt rejoint par Nhep. Il intègre à la rentrée avec Chhay l'école Miche dont les cours sont prodigués en français par des prêtres français et vietnamiens. L'accès à une telle éducation est alors le privilège d'une petite minorité de Cambodgiens[7]. Saloth Sâr est plutôt un mauvais élève, redoublant deux fois avant son Certificat d'études primaires, qu'il passe en 1943[note 9]. Il échoue au concours d'entrée au lycée Sisowath[note 10]. À la rentrée scolaire 1943, il intègre le collège Preah Sihanouk, situé à Kampong Cham, en tant que pensionnaire. Contrairement à la plupart des élèves cambodgiens à cette époque, Saloth Sâr reçoit un enseignement imprégné de la Révolution nationale[8]. Il ne se passionne toujours pas pour ses études, mais a plusieurs activités périscolaires (musique, sport, …)[9]. Il y rencontre Lon Nol, qui devient l'un de ses meilleurs amis[10].

Saloth Sâr n'est guère touché par la politique, malgré la montée des sentiments anticolonialistes et nationalistes. Il est touché, comme l'ensemble de sa génération, par la haine séculaire qui oppose les Khmers aux Vietnamiens, haine renforcée par le nombre de Vietnamiens dans la fonction publique coloniale[11],[12]. Ce n'est qu'en mars 1945, avec l'intervention des troupes japonaises en Indochine, que l'actualité entre dans la vie du jeune Sâr. Suite à cet évènement, la troupe de théâtre amateur de l'école[note 11] quitte Kampong Cham pour partir en tournée dans le reste du Cambodge. Les vacances ayant été avancées en mai, Saloth Sâr travaille alors dans le commerce[13].

À la rentrée scolaire de 1945, Saloth Sâr progresse[14]. Il réussit en 1947 a intégrer comme interne le lycée Sisowath de Phnom Penh, en même temps que Lon Nol[note 12], et loge ainsi chez Suong[10]. Tandis que ses amis et camarades s'initient peu à peu à la politique, il ne semble pas s'y intéresser. Il échoue au brevet élémentaire en 1948 et doit se rediriger vers une école technique du nord de Phnom Penh, à l'atmosphère « déprimante » et violente. Il suit les cours de menuiserie et fait la rencontre de Nghet Chhopininto. Ayant réussi son brevet d'études techniques un an plus tard, il fait partie des cinq élèves de l'école à recevoir une bourse pour partir étudier en France métropolitaine. En août, une cérémonie est organisée à cette occasion[note 13] en présence du roi Norodom Sihanouk[16]. Le lendemain, Saloth Sâr et d'autres boursiers partent pour Saigon. Au bout d'une semaine, le matin du 31 août, ils embarquent au bord du bateau Jamaïque pour un voyage de quatre semaines, s'arrêtant à Singapour et Colombo[17].

Vie à Paris et initiation politique [modifier]

Ayant débarqué à Marseille, ils arrivent par train à Paris le matin du 1er octobre 1949. À la gare de Lyon, ils sont pris en charge par un fonctionnaire du ministère de l'Éducation nationale et des membres de l'Association des étudiants khmers de France (AEK). Saloth Sâr s'inscrit à l'École française de radioélectricité (devenue plus tard EFREI) pour suivre les cours de radiophonie, école qu'avait intégré un an auparavant le prince Sisowath Somonopong. Placés temporairement dans un foyer étudiant rue Monsieur-le-Prince, les étudiants doivent par la suite trouver par eux-mêmes un logement, la Maison de l'Indochine de la Cité internationale universitaire de Paris étant trop petite. Saloth Sâr est aidé dans cette recherche par le prince qui lui trouve un appartement. Il habite alors soit rue Amyot avec les deux fils du gouverneur de la province de Kratie soit au 17 de la rue Lacépède avec deux princes de la cour royale[note 14],[18].

Malgré sa participation aux activités de l'AEK, Saloth Sâr se consacre avec assiduité à ses études, bien qu'il ne soit admis en deuxième année que grâce à la session de rattrapage et qu'il sorte de l'école sans recevoir le diplôme. Il participe l'été aux « brigades de travail » composées de volontaires internationaux pour aider à la reconstruction de la Yougoslavie proposées par l'AEK. Par l'intermédiaire de Rath Samoeun et Ieng Sary, Keng Vannsak aide Saloth Sâr à trouver un nouveau logement, non loin du sien, au croisement de la rue du Commerce et de la rue Letellier. Keng Vannsak, élu au comité exécutif de l'AEK, organise à partir de la fin décembre 1950 des « Cercles d'étude » en son sein. En particulier, il commence à réunir chez lui deux à trois fois par mois un nombre restreint de ses connaissances en vue de discuter de l'Indochine française et de son avenir. Saloth Sâr, Rath Samoeun, Ieng Sary, Sien An, Ea Sichau et Hang Thun Hak y participent. Ces réunions sont le premier rapport direct du jeune Sâr avec la politique[19].

Dans le même temps au Cambodge, le 15 juin 1952, Norodom Sihanouk écartait du pouvoir le Parti démocrate, vainqueur des élections 9 mois plus tôt et installait un nouveau gouvernement dont il prenait la tête. Saloth Sâr, sous le pseudonyme Khmer Daeum (Khmer de base), attaquait énergiquement la royauté dans le magazine Khemarak Nisat, littéralement l’Étudiant Khmer. Il affirmait que « les édits royaux n’affectent pas la solidarité des étudiants khmers, mais au contraire la renforcent ». Il rajoutait que « la démocratie est un régime auquel aspirent aujourd’hui tous les peuples du monde ; elle est aussi précieuse qu’un diamant et ne peut être comparée à aucun autre gouvernement. » Il faisait aussi remarquer que le prince Youthevong - l’ancien dirigeant des démocrates - et le Bouddha étaient tous deux antimonarchiques. Le ton de l’article était plus proche des milieux nationalistes que de l’idéologie marxiste, mais le recul des démocrates amenait Saloth Sâr et d’autres étudiants cambodgiens à se rapprocher des thèses du communisme[20].

Il rejoint ainsi les cercles du Parti communiste français, auprès desquels il fait la connaissance de Jacques Vergès.

Ascension vers le pouvoir [modifier]

Début 1953, Saloth Sâr reprenait le Jamaïque pour rentrer au Cambodge. Il quittait la France en ayant arrêté sa scolarité et sans avoir obtenu de diplôme. À Phnom Penh, il parla à son frère avec enthousiasme de son expérience en Yougoslavie et vantait les mérites de l’URSS. D’après Keng Vannsak rentré avant lui, Sâr quittait rapidement la capitale pour rejoindre les forces khmères Issarak du prince Chantarainsey près de Kampong Spoe[21]. En août 1953, d’après des sources vietnamiennes et cambodgiennes datant d’après la chute du Kampuchéa démocratique, il se serait présenté aux forces Việt Minh de l’Est cambodgien comme un membre du PCF[22]. En 1981, Ieng Thirith affirmera à Elizabeth Becker que les Vietnamiens l’assignèrent à des tâches humiliantes telles que le transport d’excréments des latrines. Que ces informations soient fondées ou non, il semble que cette période lui ait été précieuse pour la suite ; les responsables Việt Minh appréciaient cette nouvelle recrue, avec son affabilité, ses relations au palais royal et son éducation française. Sâr se fit également repérer par Tou Samouth, futur responsable du Parti communiste du Kampuchéa, qui en fera son secrétaire jusqu’à sa disparition en 1962[23].

Lorsque les Français se retirent d'Indochine en 1954, le roi Norodom Sihanouk est nommé à la tête de l'État et la monarchie est restaurée au Cambodge. Comme plusieurs de ses contemporains, Saloth Sâr s'oppose au nouveau pouvoir et entre dans un parti communiste de faible envergure, le Parti révolutionnaire du peuple khmer (ce parti deviendra par la suite le Parti communiste du Kampuchéa, l'organe politique des Khmers rouges). Il est élu secrétaire du comité central du parti en 1962.

Dans le même temps, il devient professeur de littérature française, d’histoire, de géographie et d’instruction civique dans deux établissements privés de Phnom Penh, Chamroeun Vichea et Kampuchaboth (1956-1963). L’écrivain Soth Polin qui suivit ses cours de littérature française à Chamroeun Vichea en 1958 et 1959 se rappelait de ses manières respectueuses, voire mielleuses et affectionnait tout particulièrement les poètes romantiques français du XIXe siècle, notamment Alfred de Vigny et Paul Verlaine. Il parlait avec emphase, sans notes, cherchant parfois le terme correct mais sans jamais se laisser submerger par son lyrisme. Dans un article paru en 1981, Polin écrivait que la douceur du parler de celui qui allait devenir Pol Pot rappelait ses liens avec le Palais royal et préfigurait la courtoisie diabolique des discours du Kampuchéa démocratique. Un autre lycéen qui étudia l’histoire avec lui au début des années 1960 se rappelait d’un professeur populaire auprès de ses élèves dont le comportement était exemplaire. Il parlait un français facile à comprendre et, dans ces cours, exaltait la croisade pour l’indépendance de Sihanouk en 1953. Enseigner l’histoire d’une autre façon lui aurait de toute façon attiré des ennuis et aurait conduit ses étudiants à rater leurs examens[24]. Un autre de ses élèves le décrivait comme un homme très droit dont on voulait facilement se faire un ami qui, comme sa femme Khieu Ponnary, parlait de manière fort courtoise. la plupart de ceux qui le connurent comme enseignant eurent beaucoup de mal, à partir des années 1970, à admettre que les méfaits dont on l’accusera pouvait venir d’un homme à l’époque si affable, dont les traits et le ton étaient alors si doux[25].

En 1963, pour fuir la police de plus en plus suspicieuse quant à ses activités politiques, Saloth Sâr prend le maquis avec ses compagnons et entre dans la clandestinité. Il s'efforce alors de former les premiers combattants Khmers rouges avec l’aide et le soutien de la Chine. À cette époque, Mao Zedong voit en lui un moyen aisé de favoriser l'expansion du communisme anti-soviétique et pro-chinois dans la région.

À la fin des années 1960, la guerre que les États-Unis livrent au Viêt Nam s’étend au Cambodge, d'où les troupes américaines tentent de déloger par des bombardements massifs les forces vietnamiennes qui s’y réfugient pour fournir des armes au Front national de libération du Viêt Nam du Sud (Vietcong). Le 18 mars 1970, avec la bénédiction de la CIA, le maréchal Lon Nol orchestre un coup d'État et renverse la monarchie cambodgienne, incapable selon lui de faire respecter la loi dans le pays.

Une guerre civile éclate. Norodom Sihanouk et ses partisans se joignent aux Khmers rouges contre le nouveau régime sous la bannière commune du Front uni national du Kampuchéa (FUNK).

Malgré l'appui du Viêt Nam du Sud et des États-Unis, le régime brutal et corrompu de Lon Nol s'avère incompétent dans la lutte contre le communisme. En 1973, la situation militaire se détériore et l'armée n'est en mesure que de défendre la capitale, Phnom Penh, surpeuplée de réfugiés fuyant les bombardements américains ou les mesures drastiques déjà imposées dans les zones rurales par les Khmers rouges.

Pol Pot au pouvoir [modifier]

Les forces communistes menées par Saloth Sar triomphent de l’armée de Lon Nol le 17 avril 1975, date à laquelle Phnom Penh tombe entre les mains des Khmers rouges, considérés au départ comme une force libératrice par la population. Saloth Sâr se fait alors connaitre comme le « frère numéro un » et adopte son nom de guerre : Pol Pot. Il est le membre le plus important de l'Angkar, forme abrégée d'« Angkar padevat » (en khmer, « Organisation révolutionnaire »), dont le nom cache le Parti communiste du Kampuchéa, organe suprême du gouvernement des Khmers rouges.

Dès leur prise de pouvoir, les Khmers rouges soumettent le pays à la dictature. Se servant de la légitimité du GRUNC pour gouverner, Pol Pot et ses alliés mettent en place un régime totalitaire qui entreprend rapidement d'éliminer tout individu lié au gouvernement de Lon Nol. Sous le prétexte, fictif ou réel, d'une attaque américaine imminente, Phnom Penh est pratiquement vidée de ses deux millions d'habitants dans les jours qui suivent. Assimilés au capitalisme, tous les citadins, à la pointe du fusil, sont forcés d'aller travailler dans les campagnes.

Pendant près de quatre ans, les Khmers rouges font régner la terreur dans le pays, s'acharnant particulièrement sur la population urbaine et sur les intellectuels. Des prisons d'État sont instituées dans tout le pays, dont la plus connue reste S-21 à Phnom Penh. Ce centre de détention voit passer, entre 1975 et 1979, plus de 20 000 détenus, dont beaucoup d'enfants. Sept seulement survécurent. Les personnes internées sont ensuite menées à des terrains d'exécution. Sur celui de Choeung Ek, à 17 km au sud-ouest de Phnom Penh, se trouve aujourd'hui un mémorial contenant les ossements des victimes. Tout ce qui pouvait rappeler la modernité ou l'Occident est systématiquement détruit, telle la cathédrale catholique de Phnom Penh et la Banque nationale du Cambodge, toutes deux détruites par les flammes en 1975. La monnaie, la famille, la religion et la propriété privée sont abolies. Le Cambodge est coupé du monde.

Victimes du génocide perpétré par les khmers rouges

Les Khmers rouges tardent à se doter d'un gouvernement. La République Khmère (nom donné au Cambodge depuis 1970) ne devient le Kampuchéa démocratique qu'en 1976. C'est à ce moment que Pol Pot est nommé Premier ministre et qu'une nouvelle constitution, un nouveau drapeau et un nouvel hymne national sont adoptés. Ailleurs dans le monde, les informations concernant le Kampuchéa démocratique arrivent au compte-gouttes, sauf en Chine et au Viêt Nam, dont quelques journalistes et hommes politiques sont autorisés à visiter le pays. Pour sa part, Pol Pot est pratiquement absent de la scène internationale. Personnage effacé et méconnu de son propre peuple, il se déplace peu et évite les interviews et les apparitions publiques.

À partir de 1977, après avoir survécu à trois tentatives d'assassinat et constatant l'incapacité des Khmers rouges à maintenir l'ordre, Pol Pot multiplie les purges au sein de son parti, parsème les frontières de mines anti-personnelles et se montre très menaçant envers le Viêt Nam, son ancien allié, à qui il impute la responsabilité de ses échecs. Son gouvernement ne cesse de créer des incidents avec ses voisins en mettant en avant des revendications territoriales. Dans une tentative de raviver l'économie à la dérive, Pol Pot élabore également un plan quadriennal aux effets catastrophiques, dont les objectifs irréalistes ne peuvent être partiellement atteints que par un effort surhumain de la population.

Au total, plus d'un million et demi d’individus, soit près de 20 % de la population cambodgienne, périssent sous la direction de Pol Pot, par les exécutions et la torture, le travail forcé excessif, la maladie non traitée ou la famine.

La chute [modifier]

Pol Pot et Khieu Samphân (à droite) rencontrant Nicolae Ceaușescu et son épouse Elena (1978)

Fin 1978, en réponse à des menaces sur ses frontières, le Viêt Nam envahit le Cambodge dans le but de renverser le régime de Pol Pot. L'avance de l'armée vietnamienne est rapide, et dès le 11 janvier 1979, un nouveau gouvernement est formé par d'anciens Khmers rouges opposés à Pol Pot, dont la plupart ont fui les innombrables purges de 1977-1978. Le Kampuchéa Démocratique devient la République Populaire du Kampuchéa.

Pol Pot et ses fidèles s'enfuient alors dans la jungle, d'où ils organisent une guérilla contre le nouveau régime pro-vietnamien. Condamné à mort par contumace par les autorités pour les crimes commis pendant son règne, il disparaît jusqu’à la fin des années 1990. Selon les dires de plusieurs personnes, il aurait coulé des jours paisibles bien loin de la jungle cambodgienne, dans une résidence luxueuse en Thaïlande. Il se serait, par ailleurs, livré au trafic illégal de bois et de pierres précieuses pendant cette période.

En 1985, il décide de se remarier avec une jeune paysanne de 22 ans (il en a près de 60) qui travaillait à son service comme cuisinière depuis un an. De leur union naîtra une fille en 1986. À la même époque, on lui détectera un lymphome de Hodgkin qu’il devra aller faire soigner en Chine[26].

Ses anciens camarades le retrouvent, en juillet 1997, affaibli par la malaria et d'importants problèmes de santé. Sur ordre de son rival Ta Mok, il est arrêté par ses propres troupes pour l'assassinat de Son Sen, l'ancien chef de la sûreté du Kampuchéa Démocratique, et condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité.

Le lieu où le corps de Pol Pot a été incinéré constitue une attraction touristique.

Pol Pot meurt le 15 avril 1998 à l’âge de soixante-neuf ans, officiellement d'une crise cardiaque[27]. Son corps est incinéré avec des ordures et des pneus.

Bibliographie [modifier]

Notes et références [modifier]

Notes [modifier]

  1. également orthographié Saloth Sar
  2. Nom que d’après Philip Short le parti chinois lui aurait donné, venant de l'expression Political Potential (Short 2007)
  3. La famille ne suit néanmoins pas les rites chinois, appartenant par leurs pratiques sociales à l'ethnie khmère. Voir Short 2007, p. 33
  4. Ce prénom signifie « blanc », Saloth Sâr ayant la peau plus claire que les Khmers, du fait de ses origines chinoises. Voir Short 2007, p. 33
  5. Selon Philip Short, le 19 mai 1928 est une date officielle mais fausse. Voir Short 2007, p. 30
  6. Dont trois sont morts jeunes. Voir Short 2007, p. 30
  7. Les Khmers ne représentent qu'un tiers de la population de Phnom Penh, le reste étant constitué de Français et de ressortissants de différents pays asiatiques et du sous-continent indien. Voir Short 2007, p. 40
  8. Il prétendra plus tard y avoir passé plus de temps. Philip Short note cette période comme étant « d'une importance capitale ». Voir Short 2007, p. 37
  9. À l'âge de 15 ou 18 ans, selon la date de naissance retenue. Voir Short 2007, p. 45
  10. Son frère Chhay réussit le concours. Voir Short 2007, p. 45
  11. Saloth Sâr y est machiniste. Voir Short 2007, p. 49
  12. Ieng Sary et Rath Samoeun sont dans la classe supérieure. Voir Short 2007, p. 54
  13. À cette époque, une centaine de Cambodgiens seulement poursuivaient des études supérieures à Paris[15].
  14. Plus tard, il prétendra avoir vécu avec un cousin. Voir Short 2007, p. 68

Références [modifier]

  1. a et b Chandler 1999, p. 7, Kiernan 2004 & (en) John Pilger, « America's long affair with Pol Pot », Harper's Magazine, vol. ??, July, 1998, p. 15-17 
  2. Présentation du programme sur le génocide cambodgien, sur Cambodian Genocide Program, Université Yale. Consulté le 17 avril 2012
  3. a, b, c et d Short 2007, p. 29-33
  4. a et b Short 2007, p. 34-35
  5. Short 2007, p. 43
  6. Short 2007, p. 36-37
  7. Short 2007, p. 39-40
  8. Short 2007, p. 45-46
  9. Short 2007, p. 48-49
  10. a et b Short 2007, p. 54
  11. Short 2007, p. 42
  12. Short 2007, p. 46-47
  13. Short 2007, p. 49-51
  14. Short 2007, p. 52
  15. (en) David P. Chandler, The Tragedy of Cambodian History : Politics, War, and Revolution Since 1945, Yale University Press, 2 août 1993, 414 p. (ISBN 978-0300057522) [présentation en ligne], chap. 2 (« Political Warfare 1950 - 1955 »), p. 51 
  16. Short 2007, p. 61-63
  17. Short 2007, p. 64-65
  18. Short 2007, p. 67-69
  19. Short 2007, p. 69-72
  20. (fr) Serge Thion et Ben Kiernan, Khmers rouges! : matériaux pour l'histoire du communisme au Cambodge, vol. 1, Hallier, coll. « Le Puits et le pendule », 1er septembre 1981, 396 p. (ISBN 978-2862970509), p. 357 
  21. (en) Ben Kiernan, How Pol Pot came to power : colonialism, nationalism, and communism in Cambodia, 1930-1975, Yale University Press, 14 septembre 2004, 430 p. (ISBN 978-0300102628) [présentation en ligne], p. 123 
  22. (fr) Nayan Chanda, Les frères ennemis : la péninsule indochinoise après Saïgon, vol. 1, Presses du CNRS, coll. « Ligne Pacifique », 1987, 368 p. (ISBN 9782876820029), p. 58 
  23. (en) David P. Chandler, The Tragedy of Cambodian History : Politics, War, and Revolution Since 1945, Yale University Press, 2 août 1993, 414 p. (ISBN 978-0300057522) [présentation en ligne], chap. 2 (« Political Warfare 1950-1955 »), p. 66 
  24. (fr) Marie-Alexandrine Martin, Le mal cambodgien : histoire d'une société traditionnelle face à ses leaders politiques, 1946-1987, vol. 4, Hachette, coll. « Histoire des gens », 1989, 304 p. (ISBN 9782010122514), p. 69 
  25. (en) David Porter Chandler, The Tragedy of Cambodian History : Politics, War, and Revolution Since 1945, Yale University Press, 2 août 1993, 414 p. (ISBN 978-0300057522) [présentation en ligne], chap. 3 (« Sihanouk Unopposed 1955 – 1962 »), p. 110 
  26. (fr) Jean-Marie Cambaceres, Sihanouk : le roi insubmersible, Le Cherche Midi, coll. « Documents », 7 mars 2013, 459 p. (ISBN 978-2749131443) [présentation en ligne], « Les années noires 1970 - 1991 », p. 300-307 
  27. [vidéo] SOIR 3 - 16/04/1998, sur ina.fr