Opération Shingle

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Opération Shingle
Des hommes de la 1st Special Service Force
Des hommes de la 1st Special Service Force
Informations générales
Date 22 janvier - 5 juin 1944
Lieu Anzio et Nettuno en Italie
Issue Victoire alliée
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
War flag of the Italian Social Republic.svg République sociale italienne[1]
Commandants
Flag of the United Kingdom.svg Harold Alexander
US flag 48 stars.svg Mark Clark
US flag 48 stars.svg Lucian Truscott
Flag of German Reich (1935–1945).svg Albert Kesselring
Flag of German Reich (1935–1945).svg Eberhard von Mackensen
Forces en présence
janvier :
36 000 hommes

mai : 150 000 hommes
janvier :
20 000 hommes

mai : 135 000 hommes
Pertes
4 400 tués
18 000 blessés
6 800 disparus ou capturés
5 500 tués
17 500 blessés
4 500 disparus ou capturés
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Campagne d'Italie
Opération Corkscrew · Bataille de Lampedusa · Débarquement de Sicile · Massacre de Biscari · Opération Avalanche · Armistice de Cassibile · Défense manquée de Rome · Guerre civile italienne · Opération Slapstick · Libération de la Corse · Insurrection de Naples · Bombardement du Vatican · Campagne de la rivière Moro · Ligne Gustave · Bataille du mont Cassin · Massacre de Monchio, Susano et Costrignano · Attentat de Via Rasella · Massacre des Fosses ardéatines · Bataille du Garigliano · Opération Shingle · Conquête de l'île d'Elbe · Prise d'Ancône · Massacre de Sant'Anna di Stazzema · Ligne gothique (Gemmano · Rimini · San Marino · Montecieco) · Massacre de Marzabotto · Offensive de printemps 1945 · Prise de Bologne

Front d'Europe de l'Ouest


Front d'Europe de l'est


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l'Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise

Coordonnées 41° 26′ 35″ N 12° 37′ 30″ E / 41.443022, 12.624979 ()41° 26′ 35″ Nord 12° 37′ 30″ Est / 41.443022, 12.624979 ()  

Géolocalisation sur la carte : Italie

(Voir situation sur carte : Italie)
 Différences entre dessin et blasonnement : Opération Shingle.

L’Opération Shingle était un plan allié durant la campagne d'Italie de la Seconde Guerre mondiale qui se déroula le 22 janvier 1944. C'était un assaut amphibie contre les troupes de l'Axe qui se trouvaient dans les environs d'Anzio et de Nettuno. Elle était commandée par le Major General John P. Lucas et avait été prévue pour déborder les forces allemandes de la ligne Gustave, ce qui aurait ainsi permis une attaque sur Rome. Le combat résultant est généralement appelé la bataille d'Anzio.

Introduction[modifier | modifier le code]

À la fin de 1943, peu après leur invasion en Italie, les forces alliées se trouvaient bloquées par la ligne Gustave, une ligne défensive à travers le sud de l'Italie qui les séparait de leur principal objectif : Rome. Le terrain du centre de l'Italie s'était avéré idéalement convenable à une tactique de défense, et le Generalfeldmarschall Albert Kesselring se montrait très habile dans l'exploitation de cette géographie. Un certain nombre de propositions alliées ont été établies afin de sortir de cette impasse, mais l'idée de Winston Churchill : l’Opération Shingle a été acceptée conjointement par Franklin Delano Roosevelt et Joseph Staline. Une importante attaque menée dans le sud par l'U.S. Fifth Army (5e armée des États-Unis) et la British Eighth Army (8e armée britannique) attirerait les forces allemandes épuisées loin de Rome, et des collines qui les séparaient de la capitale et de la côte. Ceci aurait permis un débarquement par l'U.S. VI Corps commandé par le Major General Lucas dans la région d'Anzio et de Nettuno, suivi d'une avance rapide à travers les collines d'Alban pour couper les voies de communication allemandes et prendre à revers les positions du XIVe Corps.

Détails du plan[modifier | modifier le code]

Les planificateurs ont affirmé que si Kesselring, chef des forces allemandes en Italie, déplaçait ses troupes stationnées sur la ligne Gustave afin de contrer l'assaut allié, alors les Anglo-Américains pourraient effectuer une percée à travers les lignes allemandes. Si Kesselring ne les faisait pas sortir alors les Alliés iraient directement vers Rome afin d'isoler la ligne Gustave. Cependant, l'Allemagne avait la capacité de défendre à la fois Rome et la ligne Gustave si bien que les Alliés annulèrent l'opération le 18 décembre 1943 pour finalement la relancer un peu plus tard.

Lucas n'avait pas une entière confiance en ses supérieurs et surtout pas en les plans qu'ils lui soumettaient. Quelques jours avant l'attaque, il écrivit dans son journal : « Bien que nous puissions obtenir ce que nous voulons, l'opération semblerait si désespérée qu'elle ne devrait pas, à mon avis, être tentée. » Et il ajouta que « l'opération ressemblait fortement à la bataille de Gallipoli et apparemment le même amateur était toujours sur le banc de l'entraîneur ». L'« amateur » en question était vraisemblablement Winston Churchill, architecte des débarquements désastreux de Gallipoli et avocat de la cause de l’Opération Shingle.

Disponibilités des forces navales[modifier | modifier le code]

Un des problèmes suscités par ce plan était la disponibilité des barges de débarquement. Les commandants américains étaient déterminés à ne retarder ni l'Opération Overlord, ni l'Opération Dragoon. Or l’Operation Shingle aurait nécessité l'utilisation des bateaux 'réservés' pour ces opérations. Il était prévu que Shingle serait lancée le 15 janvier mais ces problèmes repoussèrent la date finale de lancement au 22 janvier.

Seules des barges destinées au débarquement d'une division étaient disponibles et sur l'insistance de Churchill la capacité augmenta jusqu'à deux mais selon leurs renseignements, ils seraient confrontés à cinq ou six divisions allemandes.

Composition des forces alliées[modifier | modifier le code]

Les forces alliées dans cette attaque étaient constituées de 5 croiseurs, 24 destroyers, 238 barges de débarquement, 62 autres navires, 40 000 soldats, et plus de 5 000 véhicules.

L'attaque était constituée de 3 groupes :

Le Groupe britannique[modifier | modifier le code]

Ce Groupe devait attaquer à 10 km au nord d'Anzio et comprenait :

  • la British 1st Infantry Division
  • le 46th Battalion, Royal Tank Regiment
  • une partie du British 2 Special Service Brigade
    • No. 9 Commando
    • No. 43 Commando

La Force U.S. du nord-ouest[modifier | modifier le code]

Elle devait attaquer le port d'Anzio et initialement, devait être aidée par le parachutage du 504th Parachute Infantry Battalion au nord d'Anzio, dont les hommes ne furent en fin de compte pas parachutés mais allèrent tout de même sur le champ de bataille. Ce groupe comprenait alors :

  • le 1st Ranger Battalion
  • le 3rd Ranger Battalion
  • le 4th Ranger Battalion
  • le 509th Parachute Infantry Battalion
  • le 83rd Chemical Battalion
  • le 93rd Evacuation Hospital

La Force U.S. du sud-ouest[modifier | modifier le code]

Elle devait attaquer à six kilomètres d'Anzio et comprenait :

L'attaque au sud[modifier | modifier le code]

Article détaillé : ligne Gustave.

L'attaque de la cinquième armée sur la ligne Gustave débuta le 16 janvier 1944 au Mont Cassin (voir bataille du Monte Cassino). Bien qu'ils ne réussirent pas à capturer leur objectif, ils eurent néanmoins de bons résultats. Le général Heinrich von Vietinghoff, commandant de la ligne Gustave, réclama des renforts, et Kesselring transféra les 29e et 90e divisions de Panzergrenadier stationnées à Rome.

Les phases de débarquement[modifier | modifier le code]

Le débarquement commença le 22 janvier 1944[2].

Bien qu'une résistance importante ait été prévue par le Grand Quartier Général, comme lors de la tentative de Salerne en 1943, les débarquements initiaux firent face à relativement peu d'opposition, excepté quelques raids de mitraillage menés par la Luftwaffe.

À minuit, 36 000 soldats et 3 200 véhicules avaient été débarqués sur les plages. Treize soldats alliés avaient été tués et quatre-vingt dix-sept blessés. Près de deux cents Allemands avaient été capturés. La 1st Division avait réalisé une percée de trois kilomètres à l'intérieur des terres, Les Rangers avaient capturé le port d'Anzio, les parachutistes de la 509th avaient capturé Nettuno, et la 3rd Division s'était avancée sur cinq kilomètres.

Après le débarquement[modifier | modifier le code]

Il était clair que les supérieurs de Lucas s'étaient attendus à ce qu'il tente une offensive de son propre chef et ce probablement sur Rome. L'objectif de l'invasion était de détourner les forces allemandes de la ligne Gustave, ou tirer profit de la faiblesse allemande dans ces secteurs. Malgré cela, Lucas renforça sa tête de pont et réorganisa ses défenses sans attaquer. Des soldats alliés de la Devil's Brigade, une unité de commando formée de soldats canadiens et américains entrèrent dans Rome sans défenses, mais ne purent y rester faute de renforts, Rome devait être prise seulement 8 mois plus tard.

Winston Churchill fut extrêmement contrarié par cette nouvelle et s'écria : « J'avais espéré que nous ayons lancé un chat sauvage dans le rivage, mais tout ce que nous avons finalement eu était une baleine échouée. »

La décision de Lucas demeure encore aujourd'hui très controversée. L'historien militaire John Keegan écrivit : « Si Lucas avait lancé ses troupes à l'assaut de Rome dès le premier jour, il aurait pu y arriver, puis aurait été rejoint par le reste des divisions débarquées avant de finalement être écrasé, mais de ce fait, il aurait pu ainsi soulager le front en attirant le regard des divisions ennemies ». Comme noté ci-dessus, Lucas n'avait pas eu confiance dans la planification stratégique de l'opération. En outre, ses ordres provenant du général Clark lui indiquaient « de débarquer, sécuriser la plage puis d'avancer ». Avec deux divisions débarquées, face à deux ou trois fois plus d'Allemands, il aurait été impossible pour Lucas de considérer la plage comme sécurisée et ensuite d'avancer. Mais selon Keegan, le choix de Lucas a été « la plus mauvaise chose, car il exposait alors ses forces à l'ennemi sans qu'il puisse réagir à cette éventuelle attaque ». Lucas fut relevé de son commandement le 23 février, et remplacé par le Général Lucian Truscott.

La réponse allemande[modifier | modifier le code]

Kesselring fut informé des débarquements à trois heures du matin le 22 janvier. À cinq heures, il ordonna au 4e Fallschirmjäger (parachutistes allemands) ainsi qu'à la division de réserve Hermann Göring de défendre les routes allant d'Anzio aux Monts Albains. En outre, il demanda au haut commandement allemand, l'OKW, de lui envoyer des renforts depuis la France, la Yougoslavie, et l'Allemagne. Un peu plus tard, il ordonna au Generaloberst Eberhard von Mackensen de la 14e Armee et au Général Von Vietinghoff de la 10e Armee, stationnée sur la ligne Gustave, de lui envoyer des renforts additionnels.

Les unités allemandes à proximité immédiate avaient en fait été redéployées sur la ligne Gustave quelques jours plus tôt. Toutes les réserves disponibles du front sud ou en cours de transfert vers ce front furent envoyées rapidement vers Anzio dont la 3e division de Panzergrenadier et la 71e division d'infanterie, et le gros de la panzerdivision de la Lutwaffe Hermann Göring. Kesselring considéra initialement qu'il ne serait pas capable d'offrir une défense victorieuse si les Alliés lançaient une attaque importante le 23 ou le 24. Cependant, vers la fin de journée du 22, le manque d'action agressive alliée le persuada qu'il serait en mesure de les contrer.

Trois jours après les débarquements, les têtes de pont des plages étaient entourées par une ligne de défense consistant en trois divisions allemandes : la 4e Fallschirmjäger Division à l'ouest, la 3e Panzer Grenadier Division au centre du front sur les Monts Albains la Panzerdivision Hermann Göring à l'est.

La 14e armée de la Wehrmacht, commandée par le général von Mackensen, assura la défense à partir du 25 janvier. Des éléments de huit divisions allemandes différentes furent utilisés dans la ligne de défense autour des têtes de pont alliées autour des plages et cinq divisions supplémentaires étaient en route pour la région d'Anzio. Kesselring ordonna l'attaque sur des têtes de pont dès le 28 janvier, mais celle-ci fut reportée au 1er février.

Lucas lança une attaque sur deux flancs le 30 janvier. Tandis qu'une force coupait l'autoroute n° 7 à Cisterna avant de se diriger vers les Monts Albains, une seconde devait avancer vers le nord-est et remonter la route d'Albano. Les opérations piétinèrent et s'enlisèrent.

Epilogue[modifier | modifier le code]

Vers la mi-mai, les Alliés, plus confiants, décident de reprendre l'offensive car les Allemands accablés commencent à se retirer mais leur moral tient bon[3]. Le 2 Juin, une retraite allemande très ordonnée commence[4].

Le 4 Juin 1944, Rome est enfin libérée[5].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter Tompkins (trad. Jean Nioux), Un espion dans Rome, Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A86/87),‎ 1965 (1re éd. 1962), poche, 310 p.
    L’auteur dévoile les dessous de l’espionnage américain de l’OSS, dans Rome occupée, pendant l’assaut d’Anzio et la bataille pour la libération de Rome.
  • Yves Buffetaut, « Le débarquement à Anzio, 1944 - Opération Shingle », Militaria Magazine, Histoire & Collections, vol. 45,‎ 2002

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Barbarigo Teschi e memorie, La Repubblica, 3 june 1994
  2. Voir Peter Tompkins (1965) : un espion de l'OSS est à pied d'œuvre à Rome où il monte un réseau d'espionnage et de sabotage.
  3. .La propagande allemande leur fait croire que les Etats-Unis sont constamment bombardés. Cf. lien externe : La bataille d'Anzio
  4. selon Peter Tmpkins (1965) pp. 302-304 : Il est évident que le débarquement d'Anzio est marqué par un manque d'initiative et de combattivité alliés surprenants. Cependant, ce débarquement allié derrière le front allemand a eu pour conséquences de gêner les troupes allemandes et de drainer des renforts qui auraient pu être mobilisés ailleurs. En effet, le 6 juin 1944, les alliés débarquaient en force en Normandie.
  5. cf. Campagne d'Italie 1944-45. Nous citons : Le 17 mai, le mont Cassin, débordé sur la gauche, était évacué. Le 23 mai, la tête de pont sur Anzio obtenait la rupture. Les armées allemandes étaient en cours d'encerclement, mais le général américain Clark préféra libérer Rome le 4 juin.

Liens externes[modifier | modifier le code]