Histoire des Juifs aux États-Unis

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L’histoire des Juifs aux États-Unis est liée aux vagues d'immigration européennes dues aux perspectives sociales et économiques des États-Unis d'Amérique et alimentées par l'antisémitisme et les persécutions des Juifs d'Europe. L'antisémitisme aux États-Unis a de fait toujours été moins répandu qu'en Europe.

Bien que fondée au XVIIe siècle par des sépharades venus de Recife au Brésil, la communauté juive aux États-Unis est composée principalement d'ashkenazes qui ont émigré d'Europe centrale et d'Europe de l'Est, et de leurs descendants nés sur le sol américain. Toutefois, des représentants de toutes les traditions juives et même un petit nombre de convertis récents appartiennent à cette communauté qui englobe la gamme complète de la pratique religieuse, des ultra-orthodoxes Haredi aux Juifs qui se proclament laïques et athées.

Avec environ 5 millions de personnes, la communauté juive américaine est la plus importante de la diaspora.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les origines sépharades[modifier | modifier le code]

La fondation à la Nouvelle-Amsterdam[modifier | modifier le code]

Le 22 août 1654, Jacob Barsimson, qui avait reçu, le 8 juillet 1654 l'ordre de son employeur, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales de se rendre à la Nouvelle-Amsterdam, est le premier juif à débarquer sur le territoire de ce qui allait devenir les États-Unis[1]. Il est Hollandais. La première communauté juive est fondée quelques semaines plus tard en septembre 1654 par 23 Juifs fuyant Recife au Brésil qui, après avoir été hollandaise, vient d'être reconquise par les Portugais qui y ont rétabli l'Inquisition. Ces Juifs, dont les noms laissent penser qu'ils sont en majorité sépharades mais pour certains ashkénazes[2], et d'origine probablement néerlandaise, débarquent à la Nouvelle-Amsterdam et rapidement se heurtent à l'antisémitisme du gouverneur, Pieter Stuyvesant, calviniste convaincu et contre la diversité religieuse, bien décidé à chasser les juifs de la Nouvelle-Amsterdam. Il leur interdit le négoce avec les Indiens, le droit d'acheter une maison et le droit de vote. Il faut deux ans pour que la Compagnie hollandaise des Indes, l'employeur de Peter Stuyvesant, leur accorde ces droits, sous la pression des immigrants, Jacob Barsimson et Asher Lévy en tête, ce dernier devenant le premier Juif propriétaire immobilier en Amérique du Nord. Le gouverneur, continue cependant de leur interdire la construction d'une synagogue, même s'il doit les laisser pratiquer ce qu'il appelle leur « abominable religion[3] ».

Lente expansion sur la côte est[modifier | modifier le code]

Face à l'hostilité de Peter Stuyvesant, la plupart des Juifs quittent la Nouvelle Amsterdam d'où les Hollandais sont eux-mêmes chassés par les Anglais dès 1664. Les colonies anglaises d'Amérique sont alors dominées par les Puritains, mais la diversité des sectes et les idées de John Locke profitent aux Juifs, pour la plupart sépharades, qui s'établissent à Newport en 1677, à Savannah en 1733, à Philadelphie en 1745, à Charleston en 1750. La congrégation Shearith Israel, fondée dès l'arrivée des Juifs à la Nouvelle-Amsterdam, établit la première synagogue sur Mill Street à New York en 1730. En 1740, le parlement anglais passe une loi permettant aux Juifs d'être naturalisés dans les colonies américaines[4] et en 1763, la plus vieille synagogue américaine encore existante, la synagogue Touro est inaugurée à Newport. Les premiers sermons y sont donnés en espagnol par le rabbin Ḥayyim Isaac Carregal[5].

En 1766, Isaac Pinto publie, à New-York, le premier livre de prières bilingue hébreu et anglais[6].

La révolution américaine et la conquête des droits[modifier | modifier le code]

La population juive est estimée entre 1000 et 2500 personnes lors de la guerre d'indépendance[7] . Un juif polonais, Haym Salomon, est un des financiers importants auprès des armées américaines et françaises[8]. Une centaine de Juifs participent à la guerre d'indépendance. La Constitution, dans son premier amendement, leur garantit la liberté religieuse que George Washington leur confirme dans une lettre à la communauté de la synagogue Touro. Toutefois, l'égalité devant la loi ne sera totale que lorsque tous les états auront aboli les règlements discriminatoires à l'embauche des fonctionnaires. Le dernier état à supprimer une telle clause est le New Hampshire en 1877[9]. En fait, des mesures discriminatoires à l'entrée dans certaines institutions universitaires ou bancaires continueront jusqu'à bien avant dans le XXe siècle.

Les financiers juifs contribuent au rattrapage de Philadelphie par New-York en participant à l'accord de Buttonwood de 1792, sous un platane de Wall Street[10]. Parmi eux, Benjamin Mendes Seixas, Ephraim Hart et Alexander Zuntz, de la Synagogue de Shearith Israel, investissent aussi dans la création de la Bank of Rhode Island. Réunis jusque là au "Tontine's Coffe House", ils ouvrent le New York Stock Exchange en 1817, sous la présidence de Nathan Prime[11].

De l'indépendance à la loi Johnson-Reed (1776-1924)[modifier | modifier le code]

Les États-Unis, pays qui se constitue de multiples communautés pendant tout le XIXe siècle, attirent bien évidemment les Juifs qui se heurtent à de multiples formes d'hostilité en Europe. Le développement des transports et l'antisémitisme grandissant accélèreront leur immigration dans la deuxième partie du XIXe siècle et au début du XXe siècle. La loi d'immigration Johnson-Reed (1924), en privilégiant l'immigration anglo-saxonne, ralentit notablement ce flux.

L'immigration allemande[modifier | modifier le code]

L'émigration des Juifs européens vers les États-Unis va marquer l'histoire du peuple juif. Elle commence doucement après la chute de Napoléon. Celui-ci avait ouvert les murs des ghettos européens et avait aligné le statut des Juifs dans tout l'Empire sur celui de la France. Après sa défaite, la réaction impose de nouvelles mesures discriminatoires contre les Juifs en Allemagne et en Bavière des manifestations antisémites se produisent en 1818 et 1819[7]. En Prusse, dès 1822, ils ne peuvent plus prétendre à un emploi public. Le nombre de mariages juifs est limité. Aussi, dès 1836, les Juifs émigrent-ils de Bavière vers les États-Unis et en 1840 le nombre d'émigrants se montent à 10 000[7]. Comme beaucoup l'étaient à cette époque en Europe, ils sont souvent colporteurs ou quincaillers ou artisans, particulièrement dans la confection, mais ils trouvent à s'employer dans une économie américaine en plein développement. Assez rapidement, ils quittent New-York pour s'établir plus à l'ouest ou au sud des États-Unis. Des communautés juives sont fondées à Saint-Louis (1837), Chicago (1845), La Nouvelle-Orléans ou même à San-Francisco[12].

Les révolutions européennes de 1848 vont décider des couches plus bourgeoises de la population juive à émigrer et on verra des professeurs, des médecins, des rabbins partir pour l'Amérique. On estime la population juive des États-Unis à 15 000 en 1840, 50 000 en 1860, et 250 000 en 1880[13] alors qu'en même temps la population totale passait de 17 000 000 à 49 000 000.

Synagogue réformée d'Atlanta (The Temple - 1875) dont l'architecture rappelle un temple grec
Synagogue réformée de Savannah (1877) dont l'architecture gothique rappelle une église

Les Juifs allemands transforment le judaïsme américain : ils sont ashkénazes contrairement aux fondateurs de la communauté juive qui étaient sépharades. La première synagogue ashkenaze, B'nai Yeshurun est fondée en 1825 à New-York[14]. De plus, la plupart se tournent vers le judaïsme réformé, issu de la Haskalah, qui naît en Allemagne dans la première partie du XIXe siècle. Le rabbin Isaac Mayer Wise, né à Prague en 1819 et mort à Cincinnati en 1900, met en place la première communauté réformée des États-Unis à partir de 1846 et de sa congrégation Beth-El d'Albany. Il consacre sa carrière à la structuration du judaïsme réformé qui devient rapidement majoritaire aux États-Unis. Il crée la Union of American Hebrew Congregations en 1873 puis en 1875, à Cincinnati, le premier séminaire pour rabbins réformés, le Hebrew Union College. La réforme du judaïsme, selon Wise, est radicale : elle rejette les « lois non adaptées aux vues et aux mœurs du monde moderne », l'anglais est la langue de prière, la cacherouth et le concept du peuple élu sont abandonnés ainsi que le port de la kippah et celui du talith, les offices sont mixtes. Pour Françoise Ouzan, l'objectif du judaïsme réformé était [alors] d'en faire « une religion proche du modèle protestant ». Cette approche est confirmée par la plate-forme de Pittsburgh de 1885 qui rejette la notion de peuple juif et de retour en Palestine.

Le judaïsme allemand donne aussi naissance au « judaïsme conservateur » dont l'inspirateur est le rabbin Zacharias Frankel (Prague, 1801 - Breslau, 1875). Il s'implante en Amérique quand des Juifs réformés réagissent contre la trop grande liberté de leur pratique et créent en 1886 le « Jewish Theological Seminary of America ». Le judaïsme conservateur reste assez proche du judaïsme orthodoxe, maintient l'hébreu dans les offices et la cacherouth mais se sépare de l'orthodoxie en acceptant la mixité des offices[15].

Une bourgeoisie aisée se développe rapidement parmi la communauté juive venue d'Allemagne. Des entrepreneurs ou des banquiers réussissent particulièrement bien comme les Guggenheim, les Lehman ou les Straus (Isidor Straus fut, avec son frère Nathan, propriétaire des magasins Macy's et son frère Oscar Straus, le premier Juif membre du cabinet américain en tant que Secrétaire au Commerce et au Travail, de 1906 à 1909.

Les premières sociétés de bienfaisance sépharades avaient été créées en 1822 et en 1843, 12 immigrés allemands fondent le Bnai Brith (les fils de l'Alliance) qui est devenu la plus grande organisation caritative juive.

L'immigration d'Europe orientale[modifier | modifier le code]

Dès les années 1870, les immigrants d'Europe orientale[16] arrivent aux États-Unis comme le montre la parution des premières publications en yiddish. Mais c'est à partir de l'assassinat du tsar Alexandre II en 1881 et des vagues de pogroms qui l'ont suivi que l'immigration devient massive. Elle est renforcée par l'expulsion des Juifs de Moscou en 1890, par les pogroms de Kichinev en 1903 et par ceux qui suivent la défaite russe dans la guerre russo-japonaise et la révolution avortée de 1905. Cette immigration amène deux millions de Juifs en Amérique et n'est ralentie qu'avec l'Immigration Act de 1924[17].

L'immigration de ces Juifs se fait dans des conditions très difficiles : ils sont pauvres, voyagent le plus souvent en troisième classe et ils débarquent à Ellis Island où ils ont à affronter les formalités d'immigration dont surtout l'inspection médicale. Des centaines de milliers de personnes sont renvoyées. Les autres passent et déclinent leur état-civil souvent américanisé ou même transformé si l'officier d'état-civil et l'immigrant ne se sont pas compris.

Logo de l'Union Orthodoxe, apposé sur les produits cachers aux États-Unis et souvent ailleurs dans le monde

Ces immigrants parlent yiddish et sont pour la plupart beaucoup plus pratiquants que leurs prédécesseurs allemands. Non sans hostilité de la part des Juifs plus anciennement installés[18], ils transforment à leur tour la communauté juive américaine, particulièrement à New-York où ils s'établissent[19] en redonnant pleine vigueur au judaïsme orthodoxe, pratiqué comme dans les shtetl d'Europe orientale. Ils portent souvent chapeau et caftan noirs et une barbe imposante. L'Union des Congrégations Orthodoxes d'Amérique (Union of Orthodox Jewish Congregations of America, plus connue sous le nom d'Orthodox Union ou encore OU) est créée en 1898.

Ces Juifs d'Europe orientale se distinguent donc de leur coreligionnaires allemands par le fait que la Haskalah les a beaucoup moins influencés. De multiples mouvements orthodoxes ou hassidiques animent ces communautés et sur le plan politique, le sionisme et le socialisme sont influents. Au moment où les Juifs réformés rapprochaient le judaïsme d'une secte protestante supplémentaire, ils lui redonnent la culture du « yiddishland ». De nombreux journaux en yiddish paraissent, certains traditionalistes, d'autres sionistes, comme le Poale Tsion. Le plus célèbre d'entre eux est le quotidien « פֿאָרווערטס (Forverts) » (ou Jewish Daily Forward) qui emprunte son titre à celui du journal du parti social-démocrate allemand Vorwärts. Entre 1915 et 1940, on compte une dizaine de quotidiens tirant en tout à 600 000 exemplaires.

La littérature yiddish a pu aussi s'exprimer grâce à cette presse. De grands écrivains, certains vivant alors encore en Europe, y sont publiés tels Sholem Asch ou Israel Joshua Singer, surtout durant l'entre-deux-guerres. Quant aux troupes théâtrales, il en existe plus d'une vingtaine à New-York en 1920[20].

L'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Les Juifs ont beaucoup moins souffert de l'antisémitisme en Amérique qu'en Europe, mais celui-ci n'a jamais été absent. Les propos méprisants de Peter Stuyvesant ont été cités plus haut ; les interdictions d'embauche de fonctionnaires juifs ont existé pendant une bonne partie du XIXe siècle. Pendant la guerre de Sécession, le général Grant expulse les Juifs des territoires sous son contrôle mais le président Lincoln annule rapidement cet ordre. Il faut aussi mentionner les nombreux hôtels, restaurants ou country-clubs interdits aux Juifs autour des années 1900[21].

Beaucoup plus sérieuse est l'affaire Leo Frank qui, de 1913 à 1915 révèle l'antisémitisme d'une partie du Sud profond : un jeune cadre juif est accusé d'avoir violé et tué une jeune ouvrière de 12 ans. Condamné à mort par un tribunal géorgien, sa peine est commuée par le gouverneur de Géorgie en détention perpétuelle quand une campagne de presse révèle toutes les failles de l'accusation. La foule envahit la prison où Frank est détenu et le lynche à mort peu après. Il faudra attendre les années 1980 pour que l'innocence de Leo Frank soit définitivement reconnue. Cette affaire aboutit à la création par le Bnai Brith de l'Anti-Defamation League (ADL) qui sera à la pointe de la lutte contre l'antisémitisme et plus généralement contre le racisme[22].

Une autre manifestation d'antisémitisme est le numerus clausus que beaucoup d'universités privées instituent à l'encontre des Juifs à partir de 1922, à l'initiative de l'université Harvard. La justification en est un poncif de l'antisémitisme : « Si chaque école dans le pays, n'admettait qu'un nombre limité de Juifs, nous ferions un grand pas vers l'élimination des sentiments racistes parmi les étudiants[23] ». Ce système de quotas, qui ne fut jamais ouvertement affiché, dure jusque dans les années 1950 ou 1960[24].

L'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Dès 1921, les conditions d'immigration deviennent plus difficiles et en 1924 la loi Johnson-Reed met un terme à l'immigration massive d'Europe orientale : elle limite l'immigration annuelle des ressortissants d'un pays à 2 % des natifs de ce pays, établis aux États-Unis en 1890. C'est une façon efficace de limiter le nombre d'immigrants et de privilégier ceux venant des îles britanniques ou d'Allemagne.

Le quotidien yiddish Forverts soutient Franklin Roosevelt en 1936
Temple réformé Emanuel (1929) à New York sur la 5e avenue

Durant cette période, les grandes organisations sont créées ou prennent leur essor. La communauté juive américaine n'est pas centralisée comme celle de France mais quelques organisations essayent de la fédérer : l'American Jewish Committee (AJC) fondé en 1906 est un peu l'équivalent de l'actuel CRIF en France et veut représenter l'ensemble du judaïsme américain. L'ADL, déjà citée, lutte aussi bien contre le racisme du Ku Klux Klan que contre celui de certains milieux chrétiens extrémistes représentés particulièrement par le père Charles Coughlin. L'American Jewish Joint Distribution Committee, créé en 1914 qui se fera connaître en Europe pendant et après la Seconde Guerre mondiale sous le nom de « Joint », se spécialise dans l'aide aux communautés en danger. L'American Jewish Congress, organisation rivale de l'AJC, fondée et longtemps dirigée par le rabbin Stephen S. Wise noue des liens étroits avec les mouvements de défense des Noirs, telle la NAACP et se démarque de l'AJC en supportant le mouvement sioniste[25]. L'United Jewish Appeal ou Appel Unifié Juif, créé en 1939, fédère plusieurs associations caritatives juives[26]. Il faut aussi citer le Jewish Labor Committee (JLC), créé en 1934, incarnation américaine du Bund polonais. Cette organisation dont la première raison d'être est la défense des ouvriers juifs et particulièrement de ceux de la confection, très nombreux à New-York, se tourne rapidement vers le monde et dénonce le démantèlement des libertés syndicales dans les pays totalitaires européens puis particulièrement le sort des Juifs de ces pays[27].

Le développement de ces institutions illustre l'essor économique de la communauté juive. En 1900, 60 % de la communauté juive étaient ouvriers. Ils ne sont plus que 20 % à la fin des années 1920 alors que les cols blancs sont 50 à 60 % et les professions libérales 13 à 17 %[28]. Louis Brandeis est le premier Juif à devenir juge à la Cour suprême des États-Unis, entre 1916 et 2010, 10 y siègeront[29].

Mais une affaire illustre que les Juifs ne sont pas encore pleinement acceptés par les Américains : malgré l'importance des organisations juives et les efforts du Joint, l'opinion publique américaine ne se mobilise pas, en 1939, pour les 900 réfugiés juifs allemands du paquebot allemand Saint Louis auxquels le président Franklin Roosevelt interdit de débarquer aux États-Unis et qu'il condamne donc au retour en Europe. Malgré le sort réservé aux Juifs d'Europe, les États-Unis ne leur ouvrent pas leur porte. Il faut le soutien du Jewish Labor Committee et de l'AFL présidée par William Green[30] ainsi que l'action isolée de Varian Fry, journaliste américain en France en 1940, pour que soit possible le passage en Amérique de quelques milliers de Juifs menacés en France, principalement des artistes et des intellectuels.

Après-guerre[modifier | modifier le code]

Les États-Unis n'ouvrirent pas leurs portes durant la Shoah mais après la guerre, la communauté juive américaine se trouve être la plus nombreuse et la plus riche des communautés juives au monde. Cette position et, selon Françoise Ouzan, un « sentiment de culpabilité lié à leur impuissance pendant la guerre » incitent les Juifs américains, la paix revenue, à tout faire pour améliorer le sort des deux cent mille personnes juives déplacées qui croupissent dans des camps de réfugiés en Europe. La plupart ne veulent pas retourner dans les pays de l'est, libérés du nazisme par l'Armée rouge et ne peuvent aller en Palestine, dont les portes sont quasiment fermées par les Britanniques.

L'AJC milite pour l'admission de réfugiés aux États-Unis et le Joint organise les secours en Europe. Dès 1945, le président Harry Truman prend une directive permettant l'admission de 28 000 Juifs et finalement la loi de 1948 sur les personnes déplacées (juives ou non) permet l'admission de 400 000 réfugiés et, en tout 140 000 Juifs immigrent aux États-Unis entre 1946 et 1953[31].

Au même moment se déroule le procès des époux Rosenberg, accusés d'espionnage au profit de l'Union soviétique[32]. Les grandes organisations juives, telles l'AJC ou l'ADL ne les ont jamais soutenus, ne voulant pas soutenir des « communistes ».

La communauté juive de l'après-guerre se rassemble dans son soutien au jeune état d'Israël. Si l'aliyah reste très faible (moins de 1200 personnes par an jusqu'à 1967), le support financier est très conséquent (90 millions de dollars en 1948)[33].

C'est l'époque où la synagogue cesse d'être uniquement une salle de prière ou d'étude pour se transformer en centre communautaire, d'autant plus que les judaïsmes réformé et conservateur deviennent majoritaires : on estime le nombre de réformés ou libéraux de cette période à 1 000 000, les orthodoxes à 2 000 000 et les conservateurs à plus de 2 000 000[33].

De 1960 à maintenant[modifier | modifier le code]

Ce qui marque le judaïsme américain depuis la Seconde Guerre mondiale, c'est sa réussite sociale : 16 % des médecins et 11 % des avocats américains sont juifs dans les années 1960[34]. De nombreux écrivains juifs participent à la littérature américaine et font passer la culture juive dans la culture de tous les Américains. On peut citer Saul Bellow, prix Nobel de littérature en 1976, Chaim Potok dont le roman l'Élu narre l'amitié de deux adolescents et leurs difficultés à vivre leur judaïsme orthodoxe ou conservateur dans la société américaine de la fin de la Seconde Guerre mondiale mais aussi Henry Roth, Arthur Miller, Herman Wouk ou Norman Mailer et plus récemment Philip Roth.

Depuis l'avant-guerre, beaucoup des plus importants producteurs de cinéma étaient juifs, tels Darryl F. Zanuck et illustraient le cinéma américain. À partir des années 1970, les Juifs n'hésitent plus à utiliser des thêmes juifs, comme Woody Allen qui fait connaître mondialement l'humour juif new-yorkais dans le monde et ou comme Steven Spielberg dont le film La liste de Schindler (1993) a comme sujet un épisode de la Shoah. Auparavant, la série Holocauste (1978) avait voulu déjà retracer la Shoah, non sans polémique autour du bien-fondé d'une telle initiative et du choix même du terme holocauste.

Cette réussite se traduit aussi sur le plan politique, avec quelques Juifs qui obtiennent une position importante au sein de l'administration américaine, comme Henry Kissinger, secrétaire d'état de Richard Nixon et de Gerald Ford, le sénateur Joseph Lieberman, candidat démocrate à la vice-présidence des États-Unis en 2000 ou Rahm Emanuel, chef de cabinet de la Maison Blanche de Barack Obama.

Toutefois, l'antisémitisme reste présent dans les milieux de l'extrême droite américaine. Ainsi, le 13 avril 2014, un suprémaciste blanc abat trois personnes sur les sites d'un centre culturel et d'une maison de retraite juifs à Kansas City[35],[36].

Organisation de la communauté[modifier | modifier le code]

La communauté juive américaine est beaucoup moins centralisée et plus diversifiée que la communauté française. Sur le plan religieux, même si les statistiques ne sont pas toutes cohérentes, les chiffres que fournit l'Histoire Universelle du Judaïsme donnent une idée de la situation actuelle : 75 % des Juifs déclarent appartenir à un courant religieux, dont 39 % de conservateurs, 29 % de réformés et 9 % seulement d'orthodoxes[37], parmi lesquels on trouve les haredim et aussi les orthodoxes modernes. Ces 3 mouvements sont organisés en fédérations au sein desquelles chaque communauté (« congregation » en américain) reste très indépendante. Il faut aussi ajouter les Juifs reconstructionnistes, moins nombreux et tenant le judaïsme pour une civilisation plutôt qu'une religion.

La principale organisation qui défend les intérêts de la communauté juive américaine est l'American Jewish Committee fondé en 1906. À ses côtés, plus tournés vers les communautés juives du monde entier et Israël, il faut citer la « conférence des Présidents » fondée par Nahum Goldmann en 1955, qui regroupent les présidents des principales organisation juives. Le soutien à Israël est organisé par l'AIPAC (« America_Israel Public Affairs Committee »), le lobby israélien « officiel[37] » fondé en 1951 concurrencé depuis 2008 par J Street, une organisation pro-israélienne plus à gauche.

Sur le plan caritatif, les différentes dénominations sont regroupées depuis 1999 au sein de l'UJC (« United Jewish Communities »)[38], organisation qui a succédé à l'United Jewish Appeal. En 2009, UJC a été renommé JFNA (Jewish Federations of North America)[39]. Jerry Silverman est à la tête de JFNA depuis 2009[40].

Démographie[modifier | modifier le code]

Pourcentage de population juive aux États-Unis en 2000

Malgré une immigration significative en provenance de l'ancienne URSS et aussi l'installation de nombreux Israéliens aux États-Unis, la population juive américaine a stagné durant les 50 dernières années. Elle est estimée en 2008 à 5 275 000 en très légère baisse par rapport à 1970[41]. Ils deviennent donc relativement moins importants dans la population américaine qui est, elle, toujours en croissance. Ainsi, les Juifs ne représentent-ils plus qu'environ 1,7 % de la population des États-Unis[42] contre près de 3,7 % juste avant la Seconde Guerre mondiale. Ce déclin est lié à un faible taux de fécondité, qui entraîne aussi un vieillissement de la communauté juive, et à un très fort taux de mariages mixtes[43].

Au point de vue géographique, New York reste le centre de la vie juive américaine, même si son importance relative a décru de 56 % dans les années 1930 à 38 % dans les années 1990, au profit de Los Angeles, Miami, Chicago, etc.[37].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Deanna Spingola, The Ruling Elite : A Study in Imperialism, Genocide and Emancipation, Trafford Publishing,‎ 2011 (ISBN 9781426954627, résumé)
  2. André Kaspi, Les Juifs d'Amérique, Plon,‎ 2008
  3. HAJ, page 17
  4. (en) « JE, Naturalization Act of 1740 »
  5. (en) « JE, [[Aaron Lopez]] »
  6. (en) « JE, Isaac Pinto »
  7. a, b et c HAJ, page 19
  8. (en) Bob Blythe, « Haym Salomon (ca. 1740 - 1785) », National Park Service (consulté en 22 février 2009)
  9. HAJ, page 37
  10. "Wall Street: A History : From Its Beginnings to the Fall of Enron", par Charles R. Geisst, page 13 [1]
  11. "Wall Street: A History : From Its Beginnings to the Fall of Enron", par Charles R. Geisst, page 20 [2]
  12. DEJ, page 1406
  13. HAJ, page 20. Il faut rappeler que les recensements américains décennaux s'enquièrent de la religion.
  14. HAJ, page 29
  15. HAJ, page 34
  16. L'empire russe principalement, avec la Pologne, les pays baltes et la Moldavie d'aujourd'hui mais aussi la Roumanie ou la Hongrie
  17. HAJ, page 20
  18. DEJ, page 1407
  19. Les Juifs de New-York représentent 33 % de la communauté juive américaine en 1880 et 40 % en 1920. Voir DEJ, page 1408.
  20. DEJ, pages 1409-1411
  21. (en) Jennie Rothenberg Gritz, « The Jews in America », sur The Atlantic,‎ 21 septembre 2007 (consulté le 16 mars 2009)
  22. (en) « Leo Frank Case », sur New Georgia Encyclopedia,‎ 10 octobre 2003 (consulté le 15 mars 2009)
  23. Victor Kuperminc, « Les Juifs », sur Google, Le Cavalier Bleu
  24. (en) Malcolm Gladwell, « Getting In - The social logic of Ivy League admissions. », sur The New Yorker,‎ 10 octobre 2005 (consulté le 16 mars 2009)
  25. L'Arche, n°630-631, novembre-décembre 2010, page 56-57
  26. HAJ, page 42
  27. HAJ, pages 56-58
  28. DEJ, page 1413
  29. Pierre Birnbaum, Les deux maisons : Essai sur la citoyenneté des Juifs (en France et aux États-Unis), Éditions Gallimard,‎ 2012, 415 p. (lire en ligne)
  30. HAJ, page 58
  31. HAJ, pages 59-63
  32. . Ils sont exécutés en 1953. Les archives et les mémoires d'agents soviétiques ont prouvé la culpabilité des époux Rosenberg qu'avait mal démontrée le procès.
  33. a et b DEJ, page 1416
  34. DEJ, page 1417
  35. (en)Emma G. Fitzsimmons, « Man Kills 3 at Jewish Centers in Kansas City Suburb », sur New York Times,‎ 13 avril 2014
  36. (en)Carey Gillam, « White supremacist charged with murder in Kansas shootings », sur Chicago Tribune,‎ 15 avril 2014
  37. a, b et c HUJ, « America is different »
  38. (en) « United Jewish Communities », sur Site officiel de l'UJC
  39. (en)About the United Jewish Federation of North America
  40. Leadership Briefing
  41. (en) Sergio DellaPergola (pour la partie démographique), « Annual Assessment 2008 », Agence juive,‎ 2008 (consulté le 3 mars 2009)
  42. Ce décompte est de plus en plus difficilz à déterminer de par le développement des mariages mixtes.
  43. « Résultats d’une enquête démographique de 2003 - Les Juifs américains aujourd’hui : une démographie affaiblie », sur Akadem-consulté le=17 mai 2009 [PDF]

Source[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise S. Ouzan, Histoire des Américains juifs, André Versaille éditeur, 2008, (ISBN 978-2-87495-004-9). Cet ouvrage est référencé dans le cours de cet article par les lettres HAJ, suivies du numéro de page.
  • Ouvrage collectif sous la direction de Geoffrey Wigoder, Dictionnaire encyclopédique du judaïsme, chapitre États-Unis éditions du Cerf, (ISBN 2-204-04541-1). Dans le corps de cet article, les références vers le Dictionnaire encyclopédique du judaïsme sont identifiées par les initiales DEJ.
  • Ouvrage collectif sous la direction d'Elie Barnavi, Histoire universelle des Juifs, Hachette, 1992, (ISBN 2-01-016334-6). Dans le corps de cet article, les références vers cet ouvrage sont identifiées par les initiales HUJ suivies du titre de l'article.
  • Cet article comprend du texte provenant de la Jewish Encyclopedia de 1901–1906, article « United States » par Cyrus Adler, Herbert Friedenwald,Herman Rosenthal, Judah David Eisenstein et Joseph Jacobs, une publication tombée dans le domaine public.. Dans le corps de cet article, les références vers la Jewish Encyclopedia sont identifiées par les initiales JE suivies du titre du paragraphe de cette encyclopédie.
  • Laurence Murawiec et Robert Greenberg, "L'antisémitisme aux États-Unis", in Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme, p.305-326, Paris (Seuil), 1994.

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