David Ben Gourion

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David Ben Gourion
דוד בן-גוריון
David Ben Gourion, le 19 janvier 1949.
David Ben Gourion, le 19 janvier 1949.
Fonctions
1er et 3e Premier ministre israélien
14 mai 194826 janvier 1954
Président Chaim Weizmann
Yitzhak Ben-Zvi
Prédécesseur Fonction créée
Successeur Moshé Sharett
3 novembre 195526 juin 1963
Président Yitzhak Ben-Zvi
Zalman Shazar
Prédécesseur Moshé Sharett
Successeur Levi Eshkol
Biographie
Date de naissance 16 octobre 1886
Lieu de naissance Płońsk (Pologne)
Date de décès 1er décembre 1973 (à 87 ans)
Nationalité Drapeau d’Israël Israélienne
Parti politique Parti travailliste
Conjoint Paula Ben Gourion

Signature

David Ben Gourion
Premiers ministres d'Israël

David Ben Gourion (en hébreu : דוד בן-גוריון et en arabe : دافيد بن غوريون), à l'origine David Grün, né le 16 octobre 1886 à Płońsk (actuelle Pologne, à l'époque dans l’Empire russe), mort le 1er décembre 1973 à Sde Boker (Israël), est un homme politique sioniste, fondateur de l'État d'Israël, dont il est Premier ministre de 1948 à 1953 et de 1955 à 1963. Les mots hébreux Ben Gourion signifient « Fils du Lion ».

Ben Gourion est un des fondateurs du Mapaï, devenu par la suite le Parti travailliste israélien, qui a dirigé la communauté juive de Palestine (Yichouv) à l'époque du mandat britannique (1918-1948), puis l'État d'Israël durant les trois premières décennies de son existence.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

À l'époque de sa naissance, Płońsk se trouve dans la partie de la Pologne (Royaume de Pologne ou Royaume du Congrès) relevant de l'Empire russe.

Il est issu d'une famille juive sioniste. Son père, professeur d'hébreu, est membre de l'organisation les Amants de Sion.

À 17 ans, durant ses années à l'université de Varsovie, il rejoint l'association Poale sion, qui par la suite devient un parti sioniste d'orientation marxiste.

Ardent sioniste, David Ben Gourion émigre en Palestine en 1906, alors que la région est une province de l'Empire ottoman.

Vie en Palestine ottomane (1906-1915)[modifier | modifier le code]

Il travaille d'abord dans les orangeraies et les vignobles des exploitations agricoles juives créées dans les années 1880 par les sionistes de la première émigration. Il est aussi garde en Galilée (avec le Hashomer, la première milice juive). Il vit pauvrement, parfois en proie à la malaria. Comme il l'indiquera par la suite, son travail modeste et surtout le chômage fréquent, lui font connaître la faim, ce qui ne l'empêche pas de refuser toute aide financière de sa famille.

C'est à cette époque qu'il entre au Comité central du Poale sion.

En 1910, il devient journaliste au journal du parti à Jérusalem et adopte le nom hébraïque de Ben Gourion, nom d'un juif qui combattit contre les Romains durant la guerre des Juifs décrite par Flavius Josèphe.

En 1912, il commence des études de droit à l'université d'Istanbul, capitale de l'Empire ottoman. Il s'agit entre autres de tisser des liens avec la future élite ottomane, afin de la rendre plus favorable au projet sioniste.

En 1914, lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Ben Gourion, fidèle à sa stratégie d'alliance avec la Turquie, adopte et promeut une attitude loyaliste de la part du Yichouv. Mais en 1915, la guerre étant déclarée entre la Russie, dont Ben Gourion est toujours officiellement ressortissant, et l'Empire ottoman, David Ben Gourion, comme près de 30 000 autres juifs de Palestine (sur 85 000) est obligé de partir : il se réfugie aux États-Unis.

Dans un premier temps, il continue de soutenir l'Empire ottoman contre les alliés occidentaux (France et Royaume-Uni principalement). Mais l'évolution de la guerre, l'entrée en guerre des États-Unis et la prise de position du Royaume-Uni en faveur du sionisme (déclaration Balfour), le font évoluer.

En 1917, il épouse Paula, puis s'engage dans les unités juives que l'armée britannique constitue pour la guerre en Palestine. Il est de retour en Palestine en 1918, dans les rangs de l'armée britannique, au sein du 39e bataillon des fusiliers royaux, régiment parfois appelé « Légion juive ».

Vie en Palestine mandataire (1918-1948)[modifier | modifier le code]

La création de Achdut Ha'avoda (1919)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Akhdut Ha'avoda.

En 1919, Ben Gourion participe à la création du Akhdut Ha'avoda (« L'union du travail »), le parti sioniste marxiste qui succède au Poale sion. Il se situe plutôt à l'aile droite (réformiste) de ce parti. L'aile gauche, désignée comme « groupe de Rostov », est progressivement marginalisée.

L'unité socialiste (1920-1930)[modifier | modifier le code]

En 1921, Ben Gourion est élu secrétaire général de la Histadrout (« Association générale des travailleurs de Eretz Israël »). Ce syndicat, fondé en 1920, regroupe surtout les militants des différentes factions sionistes de gauche.

La direction de Ben Gourion est reconnue comme efficace, mais parfois autoritaire. À la tête de la Histadrout, il privilégie plusieurs démarches :

  • Développement économique du pays. La Histadrout est un syndicat classique, qui revendique au nom des salariés et parfois organise des grèves. Mais dans un pays encore largement sous-développé, la Histadrout crée aussi des emplois en développant un fort secteur d'entreprises coopératives : hevrat ovdim (association des travailleurs). Elle devient ainsi un des principaux employeurs de la Palestine mandataire.
  • Unité socialiste. La Histadrout est la matrice de l'unification du Akhdut Ha'avoda et de l'autre grand parti de la gauche sioniste, le Hapoel Hatzaïr (lesquels fusionneront effectivement en 1930). Les militants des partis socialistes sionistes s'y retrouvent en effet, et militent côte à côte.
  • Développement nationaliste. Un des principaux dirigeants de l'aile droite du socialisme sioniste, Ben Gourion privilégie le nationalisme par rapport au projet de transformation socialiste. En particulier, Ben Gourion s'opposera toujours à ce que des travailleurs non-juifs (arabes) puissent être organisés au sein de la Histadrout. Il est également un des partisans du soutien de la gauche sioniste à Haïm Weizmann comme président de l'Organisation sioniste mondiale. Weizmann est pourtant un libéral du parti des sionistes généraux (droite modérée). Le slogan de Ben Gourion « de la classe au peuple » est symbolique de ses priorités. Il déclarait par exemple[1] :

« Le régime socialiste et la commune ne peuvent avoir aucun intérêt pour nous dans ce pays si ceux qui les appliquent ne sont pas des travailleurs juifs. Nous ne sommes pas venus ici pour organiser qui que ce soit, et nous ne sommes pas ici pour répandre l'idée socialiste auprès de qui que ce soit. Nous sommes ici pour établir une patrie de travail pour le peuple juif. »

  • Auto-défense juive. La Haganah est une organisation armée clandestine chargée de la défense du Yichouv. Elle a été formée en 1920 sous l'impulsion de Vladimir Jabotinsky mais est très vite passée sous le contrôle de la Histadrout, donc de Ben Gourion (qui intervient relativement peu dans son fonctionnement quotidien).

En 1930, David Ben Gourion joue un rôle déterminant dans la fusion du Akhdut Ha'avoda et du Hapoel Hatzaïr.

Le président de l'Agence juive (1935)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : agence juive.

Après l'assassinat le 16 juin 1933 de Haïm Arlozoroff, chef du département politique de l'Agence juive, Ben Gourion voit son influence encore augmenter. Il devient en 1935 président de l'Agence juive, et démissionne de son poste au sein de la Histadrout. Il devient alors le principal dirigeant du Yichouv sioniste. L'alliance avec les libéraux de Weizmann est cependant poursuivie : ce dernier reste le président de l'OSM.

La même année (1935), Ben Gourion tente de se rapprocher du Parti révisionniste de Vladimir Jabotinsky. Ce parti de droite nationaliste a en effet des relations exécrables avec la gauche sioniste. Les révisionnistes ont été accusés du meurtre d'Arlozoroff (encore aujourd'hui, cette responsabilité fait débat). L'aile droite du parti (Brit Ha'birionim, sous l'autorité de Abba Ahiméir), ne cache pas sa sympathie pour le fascisme. Ben Gourion a même traité Jabotinsky de « Vladimir Hitler ». Mais l'ampleur de la haine entre les deux camps commence à inquiéter Ben Gourion. Malgré leurs divergences, Ben Gourion et Jabotinsky essaient donc de rétablir l'unité du mouvement sioniste. Mais l'accord politique qu'ils ont élaboré, approuvé par le parti révisionniste, est rejeté par un référendum interne à la Histadrout. L'incident est révélateur de deux choses :

  • La priorité de Ben Gourion en faveur du nationalisme par rapport à la lutte gauche - droite ;
  • Les limites de son pouvoir. Bien que Jabotinsky l'ait traité de « dictateur », Ben Gourion doit prendre en compte les souhaits de sa base politique.

Après cet échec politique, un des rares de sa carrière, les relations avec les révisionnistes redeviendront très mauvaises.

La Grande Révolte arabe et le développement de la Haganah (1935-1939)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Haganah.

De la fin 1935 à 1939, les arabes se révoltent contre le mandat britannique. Cette révolte s'explique par le refus catégorique de voir un « foyer national juif » s'installer en « terre musulmane », un des objectifs du mandat. Du refus du nationalisme juif naît ainsi un nationalisme arabe, dont est issu le nationalisme palestinien actuel.

Conséquence de cette révolte, la Haganah se développe fortement. Groupe armé de défense des Juifs de Palestine, officiellement interdite par le mandat britannique, elle était dans les années 1920 sous l'autorité de la Histadrout. Elle passe en 1931 sous la direction de l'agence juive, ce qui signifie que son responsable politique suprême était Ben Gourion jusqu'en 1931, et qu'il le redevient en 1935.

Le plan de partage de la commission Peel (1937)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : commission Peel.

En 1937, les Britanniques (commission Peel) envisagent de diviser la Palestine mandataire, et de créer un petit État juif sur une petite partie (15 %) de celle-ci : le nord de la Palestine mandataire et une partie de la bande côtière. Malgré la taille modeste de l'État proposé, Ben Gourion s'engage en faveur du plan de partage, contre l'avis d'une partie du Mapaï (derrière Berl Katznelson et Itshak Tabenkin). Pour ce faire, il a le soutien de Haïm Weizmann.

Mais il ne parvient que partiellement à surmonter les fortes réticences de l'OSM. Celle-ci accepte l'idée d'un partage, mais refuse les frontières trop étroites proposées.

Devant le manque d'enthousiasme des sionistes (et devant l'hostilité des nationalistes arabes), les Britanniques abandonnent le plan Peel. Mais la réaction de Ben Gourion est révélatrice de son pragmatisme.

Le Livre blanc et la rupture avec le Royaume-Uni (1939)[modifier | modifier le code]

La Grande Révolte arabe de 1936-1939 en Palestine mandataire amène les britanniques à restreindre l'immigration juive en publiant leur troisième « Livre blanc » de 1939 la limitant à 75 000 Juifs

Ben Gourion va organiser l'opposition résolue du Yichouv à cette politique.

Une immigration illégale est mise en place autour du Mossad l'Aliyah Beth. Elle vise à amener des Juifs en Palestine mandataire.

La rupture entre les Britanniques et le projet sioniste étant maintenant consommée, Ben Gourion et l'Organisation sioniste mondiale décident au congrès sioniste de Biltmore (à New York, aux États-Unis) de 1942 de revendiquer un État juif sur toute la Palestine, impliquant le départ des Britanniques.

Dans le même temps, Ben Gourion oriente le mouvement sioniste dans un soutien résolu à l'effort de guerre contre les nazis. Des membres du Yichouv, en particulier de la Haganah s'engagent dans la « Brigade juive » sous commandement britannique. Il déclare : « Nous aiderons les Britanniques dans la guerre comme s'il n'y avait pas de Livre blanc et nous lutterons contre le Livre blanc comme s'il n'y avait pas la guerre ». En 1942 la puissance mandataire Britannique était en effet elle-même menacée par les troupes de Rommel, et l'arrivée des troupes allemandes au Moyen-Orient signifiait la fin probable du Yichouv.

Si la lutte contre le nazisme est une priorité, la sécurisation du projet sioniste passe avant tout. L'historien Tom Segev a montré que le sentiment d'impuissance et l'ordre des priorités avaient fortement limité les tentatives d'assistance aux Juifs d'Europe.

Le durcissement des oppositions (1945-1947)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Irgoun, Lehi et Haganah.

En 1944, l'Irgoun révisionniste reprend les armes contre le Royaume-Uni.

Entre 1944 et 1945, Ben Gourion organise la répression contre ceux qu'il considère comme des terroristes. Des membres de l'Irgoun sont livrés aux Britanniques. D'autres sont enlevés par la Haganah et soumis à des interrogatoires musclés, parfois à des sévices. Mais cette politique est de plus en plus impopulaire au fur et à mesure du durcissement britannique contre le sionisme.

La crise des réfugiés met fin à cette attitude de l'exécutif sioniste et de Ben Gourion. Des centaines de milliers de rescapés de la Shoah veulent aller en Palestine, mais les Britanniques s'y opposent. Cette politique, perçue comme inhumaine[réf. nécessaire], provoque la colère du Yishouv.

À partir de 1945, Ben Gourion réoriente la politique de l'Agence juive et de la Haganah dans un sens plus anti-Britannique. Si les actions sanglantes de l'Irgoun (et de sa dissidence, le Lehi) continuent à être condamnées, la Haganah participe maintenant à des sabotages (normalement sans morts) contre les Britanniques. Ben Gourion organise grèves et sabotages, tout en renforçant la Haganah par une politique d'achats d'armes en Europe.

Parallèlement, Ben Gourion et la Haganah développent massivement l'immigration clandestine (Aliyah Beth). Des dizaines de milliers de réfugiés parviennent à pénétrer dans le pays, mais des dizaines de milliers d'autres sont arrêtés par les Britanniques et enfermés dans des camps à Chypre ou en Allemagne, provoquant une forte sympathie internationale. Le sommet de cette crise des réfugiés sera atteint avec l'odyssée du cargo Exodus.

En 1947, les Britanniques, qui ne maîtrisent plus vraiment la situation, décident de rendre leur mandat sur la Palestine à l'ONU. Celle-ci décide de partager le pays entre juifs et arabes. Voir l'article détaillé sur le Plan de partage de 1947.

La création de l'État d'Israël (1947-1949)[modifier | modifier le code]

La grande majorité des arabes a refusé le partage. Dès novembre 1947 la guerre civile entre juifs et arabes de Palestine éclate, sous l'œil passif des Britanniques, qui ne quittent le pays que le 15 mai 1948.

L'unité de l'armée (printemps-été 1948)[modifier | modifier le code]

Ben Gourion dirige la défense du Yichouv. En mars 1948, une crise l'oppose à la direction de la Haganah : Ben Gourion veut une offensive que cette direction ne s'estime pas capable de mener[2]. Ben Gourion s'impose malgré les menaces de démissions, et l'offensive réussit.

En mai 1948, Ben Gourion crée Tsahal, qui regroupe la Haganah, l'Irgoun et le Lehi. Pendant l'été, une nouvelle crise éclate, contre l'Irgoun cette fois. L'Irgoun avait maintenu ses unités au sein de Tsahal. Mais Ben Gourion ne voulait pas d'unités politisées. Profitant d'une tentative de l'Irgoun de faire rentrer des armes dans le pays, Ben Gourion fait tirer sur le bateau transportant ces armes, l'Altalena. Il y a 18 morts : 16 membres de l'Irgoun, 2 soldats de Tsahal. Ben Gourion accuse l'Irgoun et son chef, Menahem Begin, de préparer un coup d'État. Les unités de l'Irgoun sont dissoutes.

En juin-juillet, Ben Gourion décide aussi de dissoudre le Palmach, unité d'élite créée par la Haganah en 1941, dont les cadres et les officiers étaient considérés comme trop liés à un parti (le Mapam).

Ben Gourion a imposé son autorité sur les groupes armés, et les a fondus dans une armée unique.

Pour en savoir plus, voir l'article sur la guerre d'Indépendance.

La proclamation de l'indépendance (14 mai 1948)[modifier | modifier le code]

Le 14 mai 1948, (un jour avant le départ des Britanniques, afin de respecter le Shabbat), David Ben Gourion lit au nom du gouvernement provisoire la Déclaration d'indépendance de l'État d'Israël.

Article connexe : guerre israélo-arabe de 1948.

L'élargissement des frontières (1948-1949)[modifier | modifier le code]

Les frontières de 1947 avaient été acceptées sans enthousiasme. La guerre, qui ne se termine vraiment qu'en mars 1949, permet de faire passer les frontières de 55 % de la Palestine à 73 %.

La population arabe quitte massivement le nouvel État. Israël affirme qu'ils sont partis seuls, les arabes disent qu'ils ont été chassés : La réalité village par village semble plus complexe[3].

Mais il est clair que Ben Gourion a suivi une double politique :

  • Élargir les frontières de l'État au maximum. Ben Gourion refuse pendant cette période les propositions du représentant de l'ONU, Folke Bernadotte pour la résolution du conflit, qu'il estime territorialement trop peu intéressantes. Folke Bernadotte sera d'ailleurs assassiné à Jérusalem à l'été 1948, par un commando du Lehi. Ben Gourion condamne l'assassinat. Le Lehi est dissous, mais les dirigeants du Lehi, condamnés, sont libérés après deux semaines. Le tireur du commando (Yeoshua Cohen) deviendra plus tard le garde du corps de Ben Gourion. Encore aujourd'hui, certains s'interrogent sur le rôle de Ben Gourion dans cet assassinat. L'hypothèque de l'ONU levée, Ben Gourion mène une politique offensive de conquêtes territoriales (comme les opérations Hiram et dix plaies).
  • Assurer une majorité juive aussi large que possible. Les Arabes auraient été majoritaires dans le nouvel État. Quelles que soient les causes de leur départ, les causes de leur non-retour sont indiscutables : l'opposition formelle de Ben Gourion et des autorités du nouvel État.

Pour Benny Morris, l'un des plus influents deprésentant des nouveaux historiens, qui se basent sur les archives déclassifiées de l'époque, David Ben Gourion a clairement pesé pour l'expulsion des palestiniens hors du territoire d'Israël. Il écrit : « Ben Gourion voulait clairement que le moins d'Arabes possible demeurent dans l'État juif. Il espérait les voir partir. Il l'a dit à ses collègues et assistants dans des réunions (...) Mais aucune politique d'expulsion n'a jamais été énoncée, et Ben Gourion s'est toujours abstenu d'émettre des ordres d'expulsion clairs ou écrits ; il préférait que ses généraux "comprennent" ce qu'il souhaitait les voir faire. Il entendait éviter d'être rabaissé dans l'histoire au rang de "grand expulseur" et ne voulait pas que le gouvernement israélien soit impliqué dans une politique moralement discutable »[4].

Cette analyse est en partie confirmée par le récit censuré dans les mémoires de David Ben Gourion mais publié dans un article du New York Times[5], rapportant les ordres de ce dernier lors de l'opération Lydda et Ramle aux colonels Yigal Allon et Yitzhak Rabin : « Expulsez-les ! ».

La lettre du statu quo (1947)[modifier | modifier le code]

Une divergence importante oppose historiquement les ultra-orthodoxes juifs (haredim) et les sionistes. Les haredim n'acceptent pas l'idée d'un État juif non religieux imposé par des laïcs avant la venue du Messie. Ben Gourion ne veut pas d'une opposition religieuse à l'existence de l'État, et va négocier un compromis.

En 1947, lors de l'enquête de l'ONU (UNSCOM) sur la création d'un État juif, Ben Gourion négocie avec l'Agoudat Israel, le parti politique (non sioniste) des ultra-orthodoxes. Ceux-ci acceptent de ne pas prendre position contre la création de l'État juif (mais ne le soutiennent pas), en échange d'un courrier dit du statu quo, signé par les leaders sionistes (gauche, sionistes généraux et sionistes religieux), qui s'engagent à :

  • réserver aux tribunaux rabbiniques la gestion du statut personnel des Juifs (mariages et divorces, en particulier) ;
  • protéger les institutions autonomes de l'Agoudat (en particulier dans le domaine éducatif) ;
  • faire en sorte que l'État favorise la pratique des commandements divins.

Sous la direction de Ben Gourion, l'État exonèrera peu après (en 1950) les ultra-orthodoxes du service militaire.

La lettre du statu quo et l'exemption du service militaire sont encore aujourd'hui la base de l'actuelle politique israélienne vis-à-vis des Juifs ultra-orthodoxes.

La création de l'État : synthèse[modifier | modifier le code]

En quelques mois, le bilan de la méthode Ben Gourion est le suivant :

  • Il a créé Tsahal et éliminé les milices politiques.
  • Il a mis en place un compromis à long terme avec les ultra-orthodoxes juifs, qui cessent de combattre l'idée d'un État juif.
  • Il a préservé l'indépendance fragile de l'État et a élargi ses frontières.
  • Il a assuré une forte majorité juive, au prix de la situation des réfugiés palestiniens.

Le Premier ministre (1948-1963)[modifier | modifier le code]

À part une interruption de deux ans entre 1954 et 1955, Ben Gourion occupe le poste de Premier ministre, officieusement du 14 mai 1948 et officiellement du 25 février 1949 au 26 juin 1963.

1948 - 1954 : La nouvelle République[modifier | modifier le code]

Ben Gourion en campagne électorale pour le Mapaï, début 1949.

Cette période est marquée par un afflux considérable de réfugiés juifs. La population juive de l'État double pour atteindre près de 1,3 million de personnes.

Face à certains qui voulaient limiter les entrées pour permettre de mieux les absorber, Ben Gourion favorise une politique d'immigration maximum.

Environ la moitié des réfugiés sont des rescapés de la Shoah. Mais l'autre moitié est constituée de réfugiés juifs Sépharades des pays arabes, ce qui est une relative nouveauté pour un Yichouv jusqu'alors constitué à 80 % d'Ashkénazes d'origine européenne. Leur intégration sera difficile compte tenu d'un niveau de formation très bas, et beaucoup considèrent que c'est un des plus graves échecs de Ben Gourion. Dans les années 1970, les Séfarades se retourneront contre les travaillistes, en leur reprochant leur intégration imparfaite dans le nouvel État, et voteront en masse pour la droite sioniste.

L'autre grand sujet de l'époque est la politique de défense. Sur ce plan, Ben Gourion, qui conserve le portefeuille de la défense, défend plusieurs axes :

  • Une riposte forte pour toute attaque extérieure. Les attentats des réfugiés arabes sont nombreux, souvent (mais pas toujours) soutenus par les services de sécurité des pays arabes limitrophes. Ben Gourion favorise une politique de représailles parfois sanglante, ce qui lui vaut des critiques jusqu'au sein du gouvernement (celles de Moshé Sharett, son futur successeur, en particulier).
  • L'alliance avec l'occident en général et la France en particulier. Des tendances pro-soviétiques existent au sein de la gauche sioniste (Mapam). Ben Gourion impose contre ces tendances un solide ancrage occidental. Plus particulièrement, les années 1950 sont celles de l'alliance privilégiée avec la France, notamment sur le plan militaire (fourniture d'armes par la France).
  • Le lancement d'un programme nucléaire, qui conduira à la centrale nucléaire de Dimona, matrice de la bombe atomique israélienne (qu'on suppose avoir été mise au point en 1970[réf. nécessaire]).
  • Le refus de valider les frontières de 1949. Ben Gourion refuse de reconnaître ces frontières comme les frontières définitives de l'État. Il ouvre donc la voie à des revendications futures éventuelles (qu'on voit effectivement surgir après 1967).

1954 - 1955 : la semi-retraite[modifier | modifier le code]

Tombe de David Ben Gourion dans le kibboutz de Sde Boker, dans le Néguev

En octobre 1953, Ben Gourion donne l'ordre de mener l'opération Shoshana qui aboutit au massacre de Qibya.

Fin 1953, il annonce son intention de se retirer du gouvernement et de s'installer au kibboutz Sde Boker, dans le Néguev israélien. En fait, il n'abandonne pas complètement ses obligations gouvernementales, même s'il réside au kibboutz toute l'année de 1954.

Ben Gourion a laissé le pouvoir à Moshé Sharett. Il a cependant lui-même désigné le ministre de la Défense, Pinhas Lavon, et le chef d'état-Major, Moshé Dayan, sur lesquels Sharett aura du mal à s'imposer. Ben Gourion continue donc à avoir un rôle important, quoique officieux, sur les décisions prises.

Le retour au pouvoir (1955-1963)[modifier | modifier le code]

Ben Gourion parlant à la Knesset, en 1957.

Ben Gourion revient au pouvoir en 1955, après les élections qui suivent le fiasco de « l'affaire Lavon » (des attentats anti-occidentaux organisés par des agents israéliens en Égypte, et visant à discréditer le régime Égyptien). Il présente son nouveau gouvernement le 2 novembre 1955[6]

Il organise la guerre du Sinaï de 1956 contre l'Égypte, en réponse aux menaces égyptiennes de détruire Israël, et au blocus égyptien contre le port israélien de Eilat.

La guerre est un succès militaire: le Sinaï est occupé et Ben Gourion envisage de le conserver. Mais l'opposition des deux grands à l'opération Israélo-Franco-Britannique ramène au statu quo : sous la pression des États-Unis, le Sinaï est restitué à l'Égypte au début de 1957, en échange d'une détente de la situation sécuritaire et de la levée du blocus de Eilat. Cette détente dure une dizaine d'année, jusqu'à la guerre des Six Jours de 1967.

Il privilégie le rapprochement avec la Turquie, qu'il visite secrètement en 1958 à l'invitation du Premier ministre turc de l'époque Adnan Menderes. Pendant cette visite, un accord sur la coopération économique et militaire est signé entre les deux pays.

Les dernières années (1963-1973)[modifier | modifier le code]

En 1963, Ben Gourion démissionne de nouveau, du fait des suites de l'« affaire Lavon ».

Marginalisé au sein du Mapaï, son propre parti, il crée en 1965 le Rafi. Cette création est un échec partiel. Le parti obtient 7,9 % et 10 sièges aux élections de 1965. Le score n'est pas mauvais, mais insuffisant pour permettre à Ben Gourion de revenir au pouvoir.

En 1968, il accepte la réunification du Rafi avec le Mapaï et le Achdut Ha'avoda, une autre dissidence du Mapaï, qui datait, elle, de 1944. Cette réunification reconstitue le Mapaï dans son périmètre politique de 1930, mais sous le nouveau nom de Parti Travailliste.

Ben Gourion reste membre de la Knesset jusqu'en 1970. Il prend sa retraite à 84 ans, et meurt en 1973. Il est enterré au Kibboutz de Sdé-Boker, dans le cadre grandiose d'un canyon du Neguev.

Fonctions[modifier | modifier le code]

La personnalité[modifier | modifier le code]

David Ben Gourion était un brillant orateur. De petite taille, il avait un fort charisme personnel.

Gros travailleur, autoritaire, c'était aussi un énorme lecteur. Sa bibliothèque comptait une vingtaine de milliers de livres. Ben Gourion apprit ainsi le grec classique pour pouvoir lire Platon dans le texte. Son journal personnel compte des centaines de milliers de pages. Une grande partie (période 1905-1960) en a été traduit en français en 2012. Il y décrit notamment la création de l'état d'Israël 1947-1948[7].

En 1966, l'historien Michel Bar-Zohar écrit « David Ben Gourion est un homme solitaire. Il est plus facile de l'admirer que de l'aimer. Il ignore le geste humain, le sourire chaleureux, le mot amical. Il ne sait pas extérioriser ses sentiments. […] ses ennemis sont légion, de gauche et de droite. […] Lui aussi sait haïr, avec ténacité, avec passion, jusqu'au bout. Sa haine contre les Etzel (Irgoun) et son chef, Begin, est tenace. »[8] Ben Gourion est ainsi resté célèbre pour refuser presque systématiquement d'appeler Menahem Begin par son nom. À la Knesset, il utilisait des périphrases comme « l'homme qui est assis à la droite du député Baer ».

Ben Gourion a été élu par le magazine Time comme l'une des 100 plus importantes personnalités ayant influencé le XXe siècle[9].

Citations[modifier | modifier le code]

Il écrit à son fils Amos en 1937 :

« Nous ne souhaitons pas et nous n'avons pas besoin de chasser les arabes et de prendre leur place. Tous nos espoirs reposent sur l'idée-vérifiée tout le long de notre activité sur cette Terre [d'Israël] - qu'il y a suffisamment d'espace dans le pays pour nous et pour les arabes »

— Efraim Karsh, Fabricating Israeli history: the « new historians », éditions Frank Cass, New York , 2000, p. 49-50[10].

Esplanade Ben Gourion, Paris, au bord de la Seine, devant le Musée du Quai Branly

« « Je ne comprends pas ton optimisme », me déclara Ben Gourion. « Pourquoi les Arabes feraient-ils la paix? Si j’étais, moi, un leader arabe, jamais je ne signerais avec Israël. C’est normal : nous avons pris leur pays. Certes, Dieu nous l’a promis, mais en quoi cela peut-il les intéresser ? Notre Dieu n’est pas le leur. Nous sommes originaires d’Israël, c’est vrai, mais il y a de cela deux mille ans : en quoi cela les concerne-t-il ? Il y a eu l’antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute? Ils ne voient qu’une chose : nous sommes venus et nous avons volé leur pays. Pourquoi l’accepteraient-ils ? Ils oublieront peut-être dans une ou deux générations, mais, pour l’instant, il n’y a aucune chance. Alors, c’est simple : nous devons rester forts, avoir une armée puissante. Toute la politique est là. Autrement, les Arabes nous détruiront. » J’étais bouleversé par ce pessimisme, mais il poursuivit : « J’aurai bientôt soixante-dix ans. Eh bien, Nahum, me demanderais-tu si je mourrai et si je serai enterré dans un État juif que je te répondrais oui : dans dix ans, dans quinze ans, je crois qu’il y aura encore un État juif. Mais si tu me demandes si mon fils Amos, qui aura cinquante ans à la fin de l’année, a des chances de mourir et d’être enterré dans un Etat juif, je te répondrais : cinquante pour cent. » Mais enfin, l’interrompis-je, comment peux-tu dormir avec l’idée d’une telle perspective tout en étant Premier ministre d’Israël ? « Qui te dit que je dors ? » répondit-il simplement. »

— Cité par Nahum Goldman dans Le Paradoxe juif[11]

En 1957, il écrit une lettre à Moshé Sharett, second Premier ministre d'Israël, à propos du Liban :

« La constitution d’un État chrétien est dans ces conditions quelque chose de naturel. Il aurait des racines historiques, et serait soutenu par des forces importantes dans le monde chrétien, aussi bien catholiques que protestantes. En temps normal, c’est quelque chose de presque impossible à réaliser, avant tout à cause de l’absence d’initiative et de courage des chrétiens. Mais dans des situations de confusion, de troubles, de révolution ou de guerre civile, les choses changent, et le faible peut se prendre pour un héros. Il est possible (en politique, il n’y a jamais de certitude) que maintenant le moment soit favorable pour provoquer la création d’un État chrétien à nos côtés. Sans notre initiative et notre aide, la chose n’aura pas lieu. Je pense qu’actuellement c’est notre tâche essentielle ou tout du moins l’une des tâches essentielles de notre politique extérieure, et il faut investir des moyens, du temps, de l’énergie, et agir par tous les moyens de nature à entraîner un changement fondamental au Liban. »[12].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lutte ouvrière, mars 2006, Israël - Après la victoire du Hamas et avant les élections du 28 mars
  2. Voir pages 290-291 in Terror Out of Zion: The Fight for Israeli Independence, J. Bowyer Bell & Moshe Arens, Transaction Publishers, 1996
  3. Sur le détail des fuites et des expulsions zone par zone, et période par période, voir Morris, Benny, The Birth Of The Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, 2003, ISBN 0-521-00967-7
  4. Benny Morris, The Birth Of The Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, 2003, (ISBN 0521009677)
  5. The New York Times, 23 octobre 1979
  6. Philippe Simonnot, Enquête sur l'antisémitisme musulman, Editis, 2010.
  7. Journal 1947-1948. Les secrets de la création de l’État d'Israël de David Ben Gourion ; Préfaces : Tuvia Friling et Denis Peschanski Traduction : Fabienne Bergmann 621 pages, éditions de la Martinière, 2012.
  8. Michel Bar-Zohar, Ben Gourion, le prophète armé, Librairie A. Fayard, Paris, 1966
  9. Profil du Time Magazine
  10. Fabricating Israeli history:the "new historians" sur books.google.com
  11. Nahum Goldman, Le Paradoxe juif, édition Stock, Paris, 1976, p. 121.122
  12. http://jssnews.com/2010/08/14/le-reve-de-ben-gourion-etait-un-etat-chretien-au-liban/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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