Opération Bagration

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bagration.
Opération Bagration
Opération Bagration.
Opération Bagration.
Informations générales
Date 22 juin - 19 août 1944
Lieu Biélorussie, URSS
Issue Victoire soviétique décisive
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand
Drapeau roumain Royaume de Roumanie
Hongrie Royaume de Hongrie
Flag of the Soviet Union (1923-1955).svg Union soviétique
Commandants
Ernst Busch (jusqu'au 28 juin) puis Walther Model
groupe d'armées Centre
Ferdinand Schörner
Gueorgui Joukov et Alexandre Vassilievski
Hovhannes Bagramian : 1e Front balte
Constantin Rokossovski : 1e Front biélorusse
Gueorgui Zakharov (en) : 2e Front biélorusse
Ivan Tcherniakhovski : 3e Front biélorusse
Forces en présence
800 000 hommes,
9 500 canons,
553 blindés,
839 avions
2 331 700 hommes,
24 000 canons,
4 080 blindés,
6 334 avions
Pertes
290 000 tués et disparus, 120 000 blessés et 150 000 capturés, prisonniers de guerre en URSS. 178 507 tués et disparus, 590 848 blessés et malades
Seconde Guerre mondiale
Batailles
Front de l’Est

Campagne de Pologne · Guerre d’Hiver · Opération Barbarossa · Guerre de Continuation · Bataille de Białystok–Minsk · Opération Silberfuchs · 1re bataille de Smolensk · Bataille de Kiev · Siège d'Odessa · Siège de Léningrad · Offensive de Siniavino · Campagne de Crimée · Bataille de Moscou · Seconde bataille de Kharkov · Bataille du Caucase (Opération Fall Blau) · Poche de Demiansk · Poche de Kholm · Bataille de Stalingrad · Opération Uranus · Opération Mars · Opération Saturne · Opération Iskra · Offensive Ostrogojsk-Rossoch · Offensive Voronej-Kastornoe · Bataille de Krasny Bor · Troisième bataille de Kharkov · Bataille de Koursk · 2e bataille de Smolensk · Bataille du Dniepr · Offensive Dniepr-Carpates ·Offensive de Crimée · Opération Bagration · Offensive Lvov-Sandomierz · Insurrection de Varsovie · Soulèvement national slovaque · Guerre de Laponie · Bataille de Budapest · Offensive de Poméranie orientale · Siège de Breslau · Offensive de Prusse-Orientale · Offensive Vistule-Oder · Bataille de Königsberg · Offensive Vienne · Bataille de Seelow · Bataille de Bautzen  · Bataille de Berlin · Insurrection de Prague · Offensive Prague · Bataille de Slivice · Capitulation allemande


Front d’Europe de l’Ouest


Campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Bataille de l’Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

L’opération Bagration[1], pendant la Seconde Guerre mondiale, est une offensive d'été réalisée par l'Union soviétique du 22 juin[2] au 19 août 1944, visant à nettoyer de toute occupation militaire allemande la RSS de Biélorussie (Russie blanche[3]). C'est la plus grande opération militaire de l'année 1944. On peut résumer cette opération en quelques mots : « Les Russes déferlent »[4].

L'Armée rouge déploie alors une puissance qui stupéfie tous les camps belligérants. Sur une ligne de front s'étendant sur 1 000 km, les Soviétiques avancent de 600 km en deux mois ; à l'issue de ce traitement, la défaite du groupe d'armées Centre est consommée. Techniquement, les trois armées qui le composent (4e, 3e panzer et 9e armée) sont détruites, et seuls des éléments épars refluent en Prusse-Orientale et dans les pays baltes[5].

C'est l'une des plus grandes défaites de la Wehrmacht pendant la guerre et, sur le plan humain, la plus grande catastrophe militaire de l’histoire allemande.

Contexte général et préparation[modifier | modifier le code]

Sur le front Armée rouge - Wehrmacht[modifier | modifier le code]

Depuis Stalingrad et surtout Koursk, les forces soviétiques avaient avancé vers l’Europe centrale et repris aux Allemands une partie importante du terrain conquis. En 1944, l'Ukraine est libérée, toute menace directe ou indirecte sur Moscou est écartée. Les troupes de l'Axe ont été repoussées sur leurs lignes de départ sur tout le front Sud, en Ukraine particulièrement.

Sur la totalité du front, ainsi que dans la région de la Baltique, les Allemands se retranchent derrière la ligne Panther-Wotan afin de mener une guerre d'usure similaire à la Première Guerre mondiale (ligne Hindenburg), se rendant compte que la Wehrmacht n'est plus dans la capacité de mener des offensives stratégiques, Hitler espérant ainsi « saigner » l'Armée rouge avant que les armées alliées à l'ouest ne deviennent une menace majeure pour le Reich.

Après les grandes défaites allemandes de l'année 1943, l'Armée rouge part pour libérer la totalité du territoire soviétique en refoulant les Allemands sur leurs positions de départ et en libérant les territoires occupés depuis 1939.

Pour la quatrième fois les Russes essaient de détruire le groupe centre. Après la contre-offensive d'hiver de 1941, l'opération Mars en 1942, les Russes échouent une nouvelle fois entre l'automne 1943 et l'hiver 1944 dans les batailles qui ont suivi la bataille de Koursk, la seconde bataille de Kiev et la bataille de Crimée, mais réussissent toutefois à faire reculer la Wehrmacht jusqu'en Biélorussie orientale.

Selon l'historien allemand Paul Carell (1968) :

« la tâche de libérer la Russie blanche, dit Rokossowski, avait été confiée aux Fronts (en russe : фронт) concernés dès l'automne de 1943, "lorsque nous avancions vers le Dniepr. Mais l'affaire se révéla impossible, car nous avions subi de trop grosses pertes au cours des batailles de l'été". »

— Paul Carell, 1968, p. 262.

Sur les autres fronts d'Europe[modifier | modifier le code]

En Italie, la situation empire. Le Mont Cassin est tombé, la ligne Gustav se disloque et la route de Rome s'ouvre aux Alliés. Le second front tant attendu par Staline était ouvert en France depuis le 6 juin 1944, bloquant d’importantes forces et réserves allemandes dans la bataille de Normandie.

Après le cuisant échec de l'opération Zitadelle (juillet-août 1943), les Allemands ont perdu définitivement l’initiative.

La flotte de l'amiral Dönitz, malgré une production accrue de sous-marins, se heurte à la ténacité de la Royal Navy qui protège efficacement les convois de l’Atlantique[6].

Stratégies nazies contre les alliés[modifier | modifier le code]

L'objectif allié est de finir la guerre au plus vite, avant Noël 1944. Hitler essaie de temporiser à l’Est, réduisant l'avance alliée en France. Il tente aussi de lancer la production des nouvelles armes (Wunderwaffen) pour ensuite engager toutes ses réserves contre les « sous-hommes » de Staline, afin d’empêcher la victoire du bolchevisme en Europe.

Cela parait plus qu’improbable. En effet, la Luftwaffe, en 1943, n'aligne plus que 500 appareils. Depuis l’été 1943, 22 divisions ont été anéanties, auxquelles il faut ajouter une brigade, 8 divisions réduites à 25 % de leurs effectifs et 61 divisions à 50 %.

Hitler a alors également envisagé, en vain, la voie diplomatique avec les Alliés de l'Ouest pour pouvoir mobiliser toutes ses forces contre les Soviétiques. Il a négligé la solidité des accords entre alliés qui se concrétisent lors de la conférence de Yalta en février 1945.

Plan soviétique[modifier | modifier le code]

La carte du front oriental présentait deux larges saillants formant un S inversé. L’un, au nord, était contrôlé par les forces allemandes, tandis que l’autre, conquis à l’automne et à l’hiver précédent, était sous domination soviétique. La position allemande en Biélorussie était assez avantageuse. En effet, elle leur permettait de défendre l’accès à la Prusse-Orientale par la Pologne, et de protéger le flanc sud du Groupe d’armées Nord, situé dans les États baltes. De plus, cette position permettait aussi aux Allemands de menacer les flancs et les arrières de l’Armée rouge, au sud des marais du Pripet, interdisant ainsi toute offensive russe vers Lvov et la frontière hongroise. Cette avancée vers l'ouest mettrait les flancs du Groupe d'armées Nord et du Groupe d’armées Nord d’Ukraine en danger. Enfin, cette percée impliquerait la destruction du Groupe d’armées Centre, ce qui mènerait à terme à l’effondrement complet de l’armée allemande.

Après les offensives russes du printemps, l'OKH (haut commandement de l'armée de terre allemande) supposa que les armées soviétiques attaqueraient au sud et vers le nord, en partant de Tarnopol-Kovel vers Lvov et Lublin, ville polonaise favorable à l’URSS. Ces analyses stratégiques et les concentrations blindées du 1er Front d’Ukraine conduisirent les Allemands à masser 80 % de leurs divisions blindées en face du saillant russe, avec la ferme intention de résister à tous les assauts et de rendre coup pour coup.

Réparation d'un Panzer IV en Russie, 21 juin 1944.

Cependant, malgré de grossières erreurs sur le plan stratégique, les Allemands avaient compris à quel point la défense de la Biélorussie était importante. Ainsi, ils avaient exploité au mieux chaque lac, chaque forêt, chaque marais de la région, pour obtenir finalement un important et redoutable ouvrage défensif. Les Allemands avaient également établi des lignes de défense et des positions fortifiées le long du Prout, du Dniepr, de la Bérézina et du Svislotch, où ils avaient aussi installé d’innombrables systèmes de tranchées, s’appuyant les unes sur les autres. Les premières lignes étaient inclinées par rapport aux suivantes, afin de déstabiliser et de détourner l’offensive ennemie, tout comme des tranchées avancées, pourvues de tunnels de dégagement. Les lignes suivantes s’appuyaient sur le relief et la puissante artillerie laissée en retrait. Les villes et les agglomérations importantes avaient été fortifiées pour servir de point d’appui et soutenir un siège prolongé. Mais ce dispositif, tout exceptionnel qu’il fût, avait des failles et de graves faiblesses. Le secteur Nord de Vitebsk, point d’articulation du Groupe d’armées Nord et du Groupe d’armées Centre, était à peine fortifié. Le Groupe d’armées Centre lui-même, ne disposait d’aucune réserve stratégique. Le commandement allemand comptait pallier ce problème en enlevant des unités fraîches sur les secteurs calmes du front ou sur la réserve de l’OKH.

Le front de Biélorussie serait néanmoins dégarni de ses meilleures troupes en raison de l’erreur des services de renseignement de la Wehrmacht. En effet, l’habileté du commandement soviétique avait permis à l’Armée rouge de masser d’importantes forces en Biélorussie qui, venant du sud et notamment de Crimée, n'avaient pu être décelées par les Allemands. L’OKW s'accrocha à nouveau à ses idées erronées même lorsque des rapports dignes de foi signalèrent que des forces soviétiques se préparaient à lancer une offensive en Biélorussie.

« On pensait généralement que les Soviets feraient porter leur effort principal sur le front tenu par le Groupe d’armées Nord d’Ukraine. »

— Général Kurt von Tippelskirch

Opération de Maskirovka[modifier | modifier le code]

Les hauts commandements soviétique et allemand voyaient l'Ukraine occidentale comme une base pour des opérations vers la Pologne ou la Roumanie. Les Soviétiques, conscients que les Nazis anticiperaient une telle offensive, lancèrent une vaste campagne de désinformation. Tout d'abord, les Soviétiques placèrent quatre armées de blindés sur l'axe Lvov-Przemyśl et s'arrangèrent pour que les Allemands le sachent. La première offensive de Iași-Kichinev (du 8 avril au 6 juin) se soldant par une défaite soviétique conforta les Allemands dans leurs certitudes.

D'autre part les Russes s'arrangèrent pour que les avions de reconnaissance allemands observent un flux ininterrompu de véhicules vers l'Ukraine occidentale. En réalité, les véhicules rebroussaient leur chemin pendant la nuit alors que les vrais mouvements des troupes vers la Biélorussie se sont exclusivement effectués de nuit, tous phares et radio éteints. Les armées devaient se cacher dans les bois pendant la journée et à l'aube des avions de reconnaissance soviétiques survolaient les troupes et s'ils voyaient les véhicules, ils larguaient un message intimant aux commandants locaux l’ordre de se camoufler d'urgence.

Toutefois, début juin, le haut commandement allemand et le Groupe d'Armée Centre identifièrent une grande partie du dispositif adverse, mais considérèrent que l'offensive principale aurait lieu sur le Groupe Nord Ukraine. Le 10 juin, l'OKH estime les intentions adverses : « Une attaque contre le Groupe Centre en tant qu'opération de soutien de l'offensive globale soviétique doit toujours être considérée. Il doit être tenu compte que l'ennemi est capable d'amasser des réserves telles que la profondeur de la pénétration ne doit pas être sous-estimée au vu du rapport de forces entre les deux camps[7]. »

Le 19 juin, le Groupe Centre remarque que les concentrations soviétiques d'avions n'ont cessé de croître (de 4500 à 11 000 appareils) mais n'ont toujours pas décelé les réserves stratégiques russes et la 6e Armée de la Garde.

Genèse[modifier | modifier le code]

Lors de la genèse de l’opération Bagration 15 avril 1944, il y avait alors quatre options pour les Soviétiques :

  1. Une poursuite de l’offensive en Ukraine dont les avantages auraient été de permettre l’occupation des pays alliés de l’Allemagne tels que la Roumanie, la Bulgarie ou la Croatie. Mais cette solution ne permettait pas, en raison de la géographie, l’acheminement rapide de renforts et du ravitaillement nécessaire à cette opération de grande ampleur.
  2. Une attaque massive à partir de Lvov vers les Pays baltes qui aurait permis de prendre les groupes d’armées Centre et Nord dans une gigantesque nasse. Mais cette opération aurait demandé plus de 3 000 000 d’hommes et une puissante logistique. De plus, elle aurait permis aux Allemands de masser leurs réserves mobiles en un seul point plutôt que de la voir fractionnée pour s’opposer à plusieurs axes d’attaque, comme au cours de toutes les offensives précédentes. D'après Jean Lopez c'est d'ailleurs le plan que les Allemands croient le plus probable au vu des fortes concentrations d'armées de char de Koniev sur l'axe de Lvov.
  3. Une offensive en Finlande avec prise du chemin de fer de Mourmansk puis des débarquements dans les Pays baltes. Mais cette action fut considérée comme trop limitée et hasardeuse, car les U-Boote dominaient toujours la Baltique et les Pays baltes restaient très défendus.
  4. Une offensive en Biélorussie avec encerclement du GA Centre par le nord et le sud, option qui sera finalement retenue pour des raisons politiques et militaires :en effet, le saillant permettait une manœuvre en tenaille afin d’éliminer la menace qui pesait sur le nord du front ukrainien. De plus, les réseaux de communications assez denses contribueraient à donner l’élan initial.

Staline et son État-major étaient certains que l’ouverture d’un nouveau front à l’ouest allait accélérer la chute du Reich, il était donc impératif pour eux de conquérir le plus de territoires possibles. De plus, la libération de la Biélorussie, dernière partie de l’URSS encore aux mains des Allemands, permettrait une occupation rapide de la Pologne voire de Berlin si la guerre se prolongeait.

Staline se préoccupait beaucoup de la Pologne et, au mois d’avril, s’opposa à Churchill sur l’avenir de ce pays. En effet, il ne reconnaissait pas le gouvernement polonais en exil à Londres ni les partisans qui s'en réclamaient.

C'est finalement le 30 mai 1944 que, lors d'une réunion de la Stavka, l’on donna à l’opération le nom de « Bagration » (du nom du général russe Pierre de Bagration) et comme objectif la ligne Molodetchno-Stolbtsy (en polonais : Stołpce).

[modifier | modifier le code]

Décisions opérationnelles[modifier | modifier le code]

Du 20 au 23 avril, différentes conférences réunirent Staline, Joukov et Vassilievski et, le 28, cinq offensives furent décidées :

  1. la première début juin en Finlande
  2. la seconde début juin à nouveau sur l’axe Lvov-Sandomierz
  3. la troisième mi-juin, une attaque frontale en Biélorussie
  4. une quatrième fin juillet sur l’axe Lublin-Brest-Litovsk
  5. une cinquième enfin en août au sud de l’axe Iași-Kichinev

Attaque en Biélorussie[modifier | modifier le code]

L’attaque principale en Biélorussie serait menée au nord par le premier front balte et au sud par le premier front biélorusse. La défense serait percée en 6 points :

  1. au nord de Vitebsk
  2. au sud de Vitebsk
  3. au nord d’Orcha
  4. à Moguilev
  5. au nord de Bobrouïsk
  6. au sud de Bobrouïsk

La ligne Molodetchno-Stolsby (Stolpce) devrait être atteinte le 15 juillet puis la ligne Daugavpils-Grodno un mois plus tard, soit une avance de 600 kilomètres en 51 jours. L’opération devra débuter le 19 ou le 20 juin. Le 20 mai, un nouveau plan vit le jour, issu d’un mémoire du général Antonov. Il prévoyait l’encerclement du GA Centre par une manœuvre en tenaille en direction de Minsk puis une attaque frontale sur la Dvina (Düna), Molodetchno et Stolsby par deux groupes de front, avec au nord le groupement A de Joukov, le premier front balte de Bagramian et le troisième front biélorusse de Tcherniakhovski. Au sud un groupement B de Vassilievski composé du premier front biélorusse de Rokossovsky et du deuxième front biélorusse de Zakharov.

Les 22 et 23 mai, une nouvelle conférence modifia le plan initial : au nord, le deuxième front balte devrait fixer la GA nord tandis que le premier front balte aurait pour mission d'attaquer sur Polotsk et Lepel, assurant ainsi la sécurité du flanc droit du troisième front biélorusse, qui devrait prendre Vitebsk et Orcha puis progresser vers le sud-ouest pour contribuer à l'encerclement des forces allemandes à l’est de Minsk. Afin de donner au général Tcherniakhovski l’occasion d’accomplir cette mission, la Stavka lui attribua la 5e armée blindée de la garde, unité d’élite sous le commandement de Pavel Rotmistrov.

Au sud, le deuxième front biélorusse tiendrait en respect l’ennemi à Moguilev. Pour assurer son flanc sud, Rokossovsky obtint les 61e, 10e et 47e armées au sud du saillant.

Plan définitif[modifier | modifier le code]

Les Soviétiques étaient bien avancés en Pologne et il était naturel qu’ils reprennent l’offensive qui les avait amenés près de Lvov, et momentanément dans Kovel. Cependant, ils préférèrent déclencher leur offensive à partir de l’échelon le plus oriental de leur front, tout comme les Allemands l’avaient fait en 1942. Ils préconisèrent une attaque en Russie Blanche, là où les Allemands étaient encore solidement accrochés. Ce choix était bien calculé, le secteur nord étant moins avancé, les communications des armées russes y étaient mieux développées et plus performantes pour donner à leur attaque un important élan initial.

De plus, puisque ce secteur s’était révélé très puissamment fortifié en 1943, il était peu probable que les Allemands y envoient des renforts[8] au détriment des autres fronts et secteurs, surtout vis-à-vis de la position la plus précaire, entre Kovel et les Carpates. La partie principale du secteur Nord avait résisté aux attaques des armées russes de l’automne et de l’hiver, mais ces dernières avaient réussi à enfoncer deux coins près de Vitebsk et de Jlobine, qui pouvaient servir de point de départ pour une action de levier.

Pour compléter le tout, l’ennemi une fois en fuite, il serait plus facile d’effectuer une forte pression sur les arrières allemands à partir du saillant de Kovel. Dans ce saillant, les armées russes se trouvaient à l’extrémité ouest des marais du Pripet qui coupaient en deux les armées allemandes. Fin mai, le plan soviétique était pratiquement prêt. Il prévoyait une offensive simultanée contre Vitebsk, Orcha, Moghilev et Bobrouïsk, villes clés du dispositif défensif allemand de la ligne Vaterland. Ces positions étaient évidemment destinées à être percées à tout prix au moyen d’une série d’attaques concentrées et massives, jusqu’à l’effondrement du dispositif allemand. Les forces allemandes des secteurs de Vitebsk et de Bobrouïsk seraient encerclées et annihilées, afin d’ouvrir une brèche au sein du saillant biélorusse. Ensuite, le dispositif de l'Armée rouge se porterait au cœur même du saillant avec pour objectif l'encerclement des armées germaniques stationnées sur Minsk.

Joukov et Vassilievski, comme d’habitude, auraient la lourde responsabilité de coordonner les différents Fronts. Joukov à l’aile méridionale et Vassilievski à l’aile septentrionale.

Ordre de bataille[modifier | modifier le code]

Wehrmacht[modifier | modifier le code]

La 2e Armée n'était pas concernée par la première et la seconde phase de la défense allemande, ayant été positionnée au sud de l'axe principal des opérations soviétiques.

Armée rouge[modifier | modifier le code]

Deux représentants spéciaux de la Stavka furent nommés pour coordonner les opérations des fronts impliqués : Alexandre Vassilievski et Gueorgui Joukov.

Le premier front biélorusse était particulièrement important et comprenait plusieurs unités qui furent seulement engagées pendant l’offensive suivante offensive Lublin - Brest-Litovsk.

Déclenchement[modifier | modifier le code]

Carte des opérations autour de Vitebsk, 22 au 27 juin.
Carte des opérations autour de Mohilev, du 23 au 28 juin.
Carte des opérations autour de Bobrouïsk, du 24 au 27 juin.

L’opération Bagration fut déclenchée le matin du 23 juin 1944, sous le couvert d’un intense feu d’artillerie et d’un bombardement aérien massif, et toute la première partie de l'offensive fut facilitée par la tactique de défense rigide du Führer, qui interdisait tout repli. L’offensive débuta par un puissant barrage d’artillerie, qui s’abattit sur les armées et qui se prolongea toute la nuit.

L'assaut fut lancé sur le Groupe d’armées Centre, commandé par Busch qui remplaçait von Kluge, blessé dans un accident de voiture. Bien que l’offensive d’hiver soviétique n'eût pas réussi à percer les défenses dans le secteur, les Allemands savaient fort bien qu’il s’en était fallu de peu et qu’un nouvel assaut en été, où les conditions seraient favorables à l’attaquant, verrait leurs défenses percées. Dans l’attente de l’assaut, Busch avait voulu se replier sur la ligne historique de la Bérézina, 145 kilomètres en arrière du front. Ce repli aurait sûrement déstabilisé l’offensive soviétique ; mais c’était contraire aux principes d’Hitler et celui-ci ne voulut rien entendre.

Tippelskirch, qui avait remplacé Heinrici à la tête de la IVe armée, avait pu amortir le choc grâce à un repli clandestin de faible envergure depuis ses positions avancées jusqu’au cours supérieur du Dniepr. Busch disposait de 800 000 hommes répartis en 63 divisions avec 900 chars, 10 000 pièces d’artillerie et 1 300 avions. Ses forces incluaient la IXe armée de Jordan, la IVe armée de Tippelskirch et la IIIe armée Panzer du général Georg-Hans Reinhardt. À cela s’ajoutait la deuxième armée de Walter Weiss. Mais les Russes annulèrent l’avantage de cette manœuvre en concentrant leurs efforts sur l’exploitation des saillants situés sur chaque flanc. Les forces russes du troisième front de la Baltique et des éléments du 1er s'avancèrent le 24 pour encercler Vitebsk et la IIIe armée Panzer. Ils attaquèrent aussi Orsha (Orha) et Moghilev (Mohilev).

Sur le flanc nord, Vitebsk fut pris en tenaille entre les avances convergentes du général Bagramian du côté de Polotsk et de Tcherniakhovski vers Orcha le 25. Comme l’a écrit le général Tippelskirch :

« L’attaque au nord-ouest de Vitebsk était inquiétante ; elle nous prenait complètement par surprise, à la différence de ce qui se passait sur le reste du front, et frappait un endroit particulièrement faible de la partie la plus importante de nos lignes. »

— Général Tippelkirsch

La IIIe armée fut alors emprisonnée avec cinq divisions. Les forces du 2e Front biélorusse dégagèrent Mohilev, obligeant la IVe armée à se replier. Les éléments de pointe du 1er Front biélorusse menaçant aussi d’encercler Bobrouïsk et la IXe armée. Le 26, les forces russes pénétrèrent les défenses de Vitebsk, où 5 divisions étaient encerclées depuis le 25. Une contre-attaque désespérée fut rapidement organisée par les Allemands, et 8 000 hommes parvinrent à s’enfuir, mais ils furent rattrapés et « détruits ».

Pendant la nuit, une partie des forces allemandes tenta de s’enfuir mais fut repoussée et laissa 28 000 hommes sur le terrain. Le même jour, Orcha et Moghilev étaient prises par les troupes russes des 2e et 3e fronts biélorusses. Pendant ce temps, les troupes du 1er front biélorusse encerclaient Bobrouïsk et 40 000 hommes du XLIe corps Panzer. Mais des troupes de la Ve division Panzer arrivèrent en renfort à Minsk. Vitebsk tomba le quatrième jour sous les coups répétés du 1er front de la Baltique, et les Allemands y laissèrent 20 000 tués et 10 000 prisonniers, ainsi qu'une grande brèche ouverte dans les lignes de la IIIe armée Panzer. Leur défaite les avait chassés de la position clé qu’ils occupaient sur le flanc gauche du GA Centre, tandis que le gros de la 1re armée de la Baltique traversait sans s’arrêter la Dvina occidentale et prenait Lepel.

De plus, la brèche dans l’armée allemande ouvrit la route à toute une armée blindée qui avança vers le sud, coupant la route Moscou-Minsk, en attaquant Borissov le 28, et menaçant les arrières de la IVe armée allemande qui avait résisté à la pression frontale de Zakharov. Ce dernier, à la tête du 2e front de Biélorussie, attaqua en direction de Moghilev, et perça le premier jour de l’offensive. Malgré le solide dispositif défensif allemand appuyé sur la Pronia, la Bossia, la Resta et le Dniepr, leurs lignes furent entièrement enfoncées et la ville, clé du dispositif allemand, tomba le 28.

Bientôt, le danger sur le flanc de la IVe armée allemande fut aggravé par une offensive de Rokossovsky, à la tête du 1er front de Biélorussie, sur l’autre flanc, au nord des marais du Pripet, contre la IXe armée allemande. Il avait alors pour mission d’envelopper Bobrouïsk. Ses forces débordèrent la ville par le nord et le sud-ouest, faisant face à une défense allemande acharnée et obstinée. Tous les efforts pour dégager ces troupes échouèrent. Bientôt, la IVe armée se trouva débordée par le nord, et isolée de la IIIe armée blindée, par la prise de Borissov le 30, par Tcherniakhovski qui avait franchi la Bérézina le 28.

Après avoir percé le front près de Jlobine, qui tomba également le quatrième jour, l'Armée rouge traversa la Bérézina et contourna Bobrouïsk. Les mâchoires se refermèrent sur la ville le 27, enfermant cinq divisions de la IXe armée. Comme à Vitebsk, les efforts pour dégager les troupes encerclées se soldèrent par un échec, et deux jours suffirent pour nettoyer les dernières poches de résistance. L’aviation fut très active lors de cette première partie de la campagne. Le 28, 526 avions attaquèrent durant 1h 30 les restes de l’armée allemande. Chars et matériels flambaient, les soldats démoralisés quittaient leur unité et s’éparpillaient dans les forêts. Certains essayaient même de traverser la Bérézina à la nage, mais ils furent massacrés à bout portant par les canonnières et les forces côtières de la flottille du Dniepr. Les Russes firent 24 000 prisonniers et, le 29, les dernières poches de résistance furent annihilées.

Le gros du 1er Front de Biélorussie avança à marche forcée vers la ligne Ossipovitchi-Ouretchié-Liouban, repoussant au passage de violentes contre-attaques lancées par deux divisions de Panzer qui arrivaient respectivement des États baltes et d’Ukraine occidentale. Les Allemands avaient-ils alors encore la moindre chance de stopper l'avancée russe ?

Projets pour juillet[modifier | modifier le code]

Suite des opérations autour de Bobrouïsk, du 27 juin au 1er juillet.

Les six premiers jours de la campagne avaient donc été particulièrement néfastes pour les armées allemandes. Leurs flancs étaient en déroute à Vitebsk et à Bobruisk, leur front réduit en pièces en Biélorussie et le front russe avait avancé par endroits de 100 à 150 km. Le GA Centre faisait retraite vers l’ouest et toutes les tentatives de l’OKW pour établir une ligne de défense sur la Bérézina échouèrent. Le 29, les avant-gardes de l’Armée rouge n'étaient plus qu’à une centaine de kilomètres de Minsk, tandis que le gros des forces de la Wehrmacht, alors en repli, en étaient parfois distantes de 130 à 150 kilomètres. Enfin, les troupes allemandes n’arrivaient pas à rompre le contact avec les unités russes. Le moment était donc venu de lancer une nouvelle offensive pour encercler et liquider la IVe armée.

La Stavka avait en conséquence donné de nouveaux ordres concernant la tenue d’une nouvelle offensive sur les différents fronts. Les 1er et 3e Fronts de Biélorussie devaient foncer sur Minsk et, une fois arrivés, aider le 2e Front de Biélorussie à cerner et détruire la IVe armée allemande autour de la ville. En même temps, le 1er Front de la Baltique et les éléments encore disponibles des 1er et 3e Fronts de Biélorussie poursuivraient à l’ouest, vers Chiaouliai (Schaulen), Kaunas (Kowno) et Varsovie, de façon à établir une sorte de front extérieur, au-delà de la poche encerclée, et à détruire les réserves allemandes lors de leur arrivée.

Les Allemands, quant à eux, devaient tenir à tout prix. Alors même que la bataille de Normandie battait son plein, ils rappelèrent d’Europe occupée, d’Allemagne et des secteur calmes de Biélorussie des troupes fraîches.

Le 28 juin, le Feldmarschall Busch était remplacé à la tête du Groupe d’armées Centre par le Feldmarschall Walter Model, qui conservait d’autre part le commandement du Groupe d’armées Nord d’Ukraine. Il prit immédiatement des mesures énergiques pour rétablir la situation. Commandant de deux groupes d’armées, il détacha un certain nombre de divisions Panzer dans la fournaise de la Biélorussie. (A.N. Chimansky)

La bataille : première phase de l'attaque[modifier | modifier le code]

Opérations sur les arrières du GA Centre allemand[modifier | modifier le code]

Du 19 au 20 juillet, les partisans déclenchèrent une campagne de sabotages sur les arrières du Groupe d'armées Centre.

« Les partisans jouèrent le premier acte. Dans la nuit du 19 au 20 [juin 1944], l'arrière du front allemand fut l'objet de sabotages d'une envergure sans précédent. Le matin du 20, quinze mille explosions paralysèrent toutes les communications ferroviaires du Dniepr à l'ouest de Minsk. Tous les ponts importants sautèrent dans la nuit. À certains endroits, le ravitaillement fut bloqué pendant plus de 24 heures. ... l'ensemble des transports du Groupe d'armée Centre fut comme frappé à mort. »

— Paul Carell, 1970, p. 253.

Engagement[modifier | modifier le code]

L'opération Bagration commença le 22 juin 1944, l'anniversaire du jour où les Allemands avaient précédemment envahi l'URSS (Opération Barberousse) en 1941. Des percées d'essai furent tentées à travers leurs lignes. L'offensive principale commença tôt le matin du 23 juin, avec une préparation d'artillerie d'une intensité jamais connue contre les défenses allemandes. Pendant plusieurs heures quelques secteurs allemands furent en danger d'être désintégrés. La première phase des opérations en profondeur envisageait des ruptures à travers les défenses avancées allemandes.

Une fois réussies ces offensives tactiques, des troupes de réserve fraîches exploitèrent les brèches en profondeur dans le front ennemi, utilisant de puissantes formations mécanisées et blindées pour encercler les concentrations ennemies à l'échelle d'un groupe d'armées.

Offensive Vitebsk-Orsha[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Vitebsk–Orsha .

Du premier coup, les Soviétiques réussissent à percer l'aile gauche du Groupe d'armées Centre, dans le secteur de la 3e armée blindée allemande

Opérations autour de Minsk du 29 juin au 3 juillet. Constitution de la « poche » allemande à l'est de la ville.

Dans le nord, le 1er Front de la Baltique et le 3e Front de Biélorussie[9] attaquèrent les positions de la 3e Armée Blindée et le flanc nord de la IVe armée allemande.

Au nord, le 1er Front de la Baltique bouscula le IXe corps d'armée allemand sur la Dvina (ou Duna), encerclant le LIIIe corps d'armée allemand dans la ville de Vitebsk le 25 juin. Au sud, le 3e Front de Biélorussie repoussa et brisa le IVe corps d'armée allemand. Vitebsk fut pris le 27 juin, la totalité du LIIIe corps de 30 000 hommes était détruit.

Le 3e Front biélorusse ouvrit simultanément les opérations contre la IVe armée allemande et le (XXIVe corps d'armée allemand qui tenait Orcha et la route principale Moscou-Minsk. Malgré une défense allemande acharnée, Orsha fur libérée le 26 juin et le 3e Front biélorussien de forces mécanisées put pénétrer loin sur les arrières allemandes, atteignant la rivière Bérésina le 28 juin.

Offensive Mohilev[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Mohilev.

L'objectif principal de l'offensive Mohilev (ou Mogilev) et du 2e Front de Biélorussie était de clouer la majeure partie de la IVe armée allemande en l'encerclant pendant le développement des offensives Vitebsk-Orsha et Bobruisk. Les unités du 2e Front attaquèrent le 23 juin, avec pour objectif la traversée du fleuve Dniepr entre les deux plus puissants groupes de l'Armée du Centre, le XXXIXe Corps blindé (Panzerkorps) et le XIIe Corps allemand.

Le Dniepr fut traversé par la XLIXe armée soviétique le 27 juin. Le 28 elle avait encerclé et pris la ville de Mohilev. Il se trouvait ici la division de Panzergrenadier Feldherrnhalle 1 motorisée de Prusse occidentale et de Dantzig, qui avait pris place derrière Mohilev, pour se reposer, compléter ses effectifs et renouveler son matériel. Le XXXIX Panzerkorps et le XIIe corps allemands commencèrent à reculer vers la rivière Bérézina sous une violente attaque aérienne, retraite qui les conduisit à un piège.

Offensive Bobrouïsk[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Bobrouïsk.

L'offensive Bobrouïsk contre la 9e armée allemande, sur le flanc sud du Groupe d'Armées Centre, fut ouvertes par le 1er Front de Biélorussie le 23 juin, mais subit de lourdes pertes en tentant de pénétrer les défenses allemandes. Rokossowski ordonna un bombardement supplémentaire et une autre préparation d'artillerie, avant de lancer d'autres attaques le jour suivant.

la 3e armée soviétique perça à travers le nord du secteur, piégeant le XXXVe corps allemand contre la Bérésina. La 65e armée soviétique travers le XLIe Corps de Panzers au sud le 27 juin, les deux corps allemands étaient encerclés dans une poche à l'est de Bobruisk et pris sous un bombardement aérien continu.

Quelques éléments de la IXe armée allemande essayèrent de percer l'encerclement de Bobruisk le 28 juin mais plus de 70 000 soldats furent tués ou faits prisonniers. Les forces du 1er Front de Biélorussie libérèrent Bobruisk le 29 juin après de violents combats de rues.


Seconde phase : offensive stratégique contre le Groupe d'armées Centre[modifier | modifier le code]

La seconde phase de l'opération Bagration comportait l'objectif le plus significatif de entre tous : la reconquête de Minsk, capitale de la RSS de Biélorussie. Elle acheva également l'encerclement et la destruction à grande échelle, commencé lors de la 1re phase, du Groupe d'Armées Centre allemand.

Offensive Minsk[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Minsk.
Un T-34-85 entre dans Minsk, début juillet.

Du 28 juin, le unité d'exploitation du 3e Front de Biélorussie (le 5e armée blindée de la Garde (URSS) et un groupe rattaché de cavalerie mécanisée) commencèrent à pousser sur les ponts sécurisés de la Bérézina, suvis par la 11e Armée de la Garde. Dans le sud, les forces d'exploitation du 1er Front de Biélorussie commencèrent à fermer la mâchoire inférieure du piège, autour de la IVe armée allemande[10]. Les Allemands précipitèrent la 5e Panzerdivision en Biélorussie pour couvrir les approches de Minsk, tandis que les unités de la IVe Armée commençaient à se retirer par les ponts de la Bérézina où ils étaient frappés par de lourds bombardements aériens. Après avoir forcé les passage de la Bérézina, les forces soviétiques se rapprochèrent de Minsk. Le 2e corps blindé de la Garde (URSS) fut le premier à percer dans la ville aux premières heures du 3 juillet. Les combats atteignirent le centre qui fut finalement nettoyé des arrière-gardes allemandes le lendemain. La 5e armée blindée de la Garde soviétique et la 65e armée soviétique achevèrent l'encerclement par l'ouest de Minsk, piègeant la totalité de la IVe Armée allemande et des restes importants de la IXe armée allemande [11].

Dans les jours suivants, la poche à l'est de Minsk fut réduite : seulement une partie des 100 000 hommes de troupe qui s'y trouvaient put s'échapper. Minsk était libre et le Groupe d'Armées du Centre complètement détruit. Ce fut certainement la plus grand défaite de la Wehrmacht de toute la guerre. Entre le 22 juin et le 4 juillet 1944, ce groupe d'armées perdit 25 divisions et 300 000 hommes. Dans les quelques semaines suivantes, les Allemands perdirent encore 100 000 hommes[12].

Offensive Polotsk[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Polotsk.

L'offensive Polotsk avait le double objectif de prendre, bien sûr, Polotsk elle-même, mais aussi de passer au peigne le flanc nord de l'offensive de Minsk contre une possible contre-offensive du Groupe d'armées Nord.

Le Premier front balte poursuivit avec succès les restes en retraite de la 3e Panzer Armee vers Polotsk qui fut atteinte le 1er juillet. Les forces allemandes tentèrent de s'organiser en défensive utilisant des unités d'arrière garde et quelques divisions transférées en urgence du Groupe d'Armées nord.

Des unités du 1er Front de la Baltique, la 4e armée de choc soviétique et la 6e armée de la Garde ouvrirent leur route en combattant vers la ville pendant plusieurs jours. Elles éliminèrent avec succès les forces allemandes le 4 juillet.

Libération complète de la Biélorussie[modifier | modifier le code]

À la mi-juillet, les forces soviétiques avaient entièrement expulsé les Allemands de Biélorussie, et occupé la partie nord-est de la Pologne. Les éléments de pointe étaient alors à la porte de la Prusse-Orientale et avaient pénétré profondément en Lituanie. À cet endroit, ils étaient 300 kilomètres en arrière du Groupe d’armées Nord allemand qui défendait encore les Pays baltes

Troisième phase : offensive stratégique vers le nord[modifier | modifier le code]

Objectif Baltique[modifier | modifier le code]

Avant même la destruction de la poche de Minsk, la Stavka avait désigné de nouveaux objectifs à ses fronts : le 1er de la Baltique porterait l’essentiel de son effort en direction de Kaunas, tout en lançant des attaques secondaires en direction de Panevejis et de Chiaouliai (Siauliai). Le 2e de Biélorussie avancerait sur Bialystok, le 3e toujours de Biélorussie, suivrait l’axe de Vilna pour atteindre le Niémen et établir une série de têtes de pont sur sa rive occidentale. Enfin, l’aile droite du 1er front de Biélorussie marcherait sur Baranovitchi et Brest-Litovsk, et franchirait le Boug occidental. En dix jours, la poche de Minsk fut anéantie et les Allemands y perdirent 105 000 hommes, dont seulement 35 000 prisonniers.

Guderian écrira : « Le GA centre était liquidé. Nous avons subi des pertes effroyables – environ 25 divisions. Toutes les forces disponibles étaient employées à tenter de colmater le front qui se désintégrait. »

Article connexe : Poche de Courlande.

Offensive Siauliai[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Siauliai.

Le 4 juillet, après la prise de Minsk, Polotsk fut prise par les forces du premier front balte, qui poursuivit son inexorable avance vers l’ouest. Le 5 juillet, les Soviétiques attaquèrent les 100 000 hommes des IXe et IVe armées encerclées. Kovel fut prise par les armées soviétiques le 6, tout comme Svir au sud-ouest de Minsk. Le 7, les IXe et IVe armées furent entièrement détruites.

À l’ouest de Minsk, les Allemands en retraite opposèrent une résistance momentanée mais sans aucune ligne de défense naturelle ni assez d’hommes pour couvrir un front qui s’élargissait au fur et à mesure de la pénétration soviétique. L'Armée rouge avait toujours la place suffisante pour contourner les villes auxquelles l’ennemi s’accrochait.

La carte présentait une avance en forme de demi-cercle d’où partaient des pointes dirigées vers Dvinsk, Vilna, Grodno, Bialystok et Brest-Litovsk. Les forces soviétiques n'avaient pas cessé de harceler les forces du Groupe d’armées Centre. Elles avaient ainsi progressé de 200 à 300 kilomètres et combattaient maintenant aux portes de Daugavpils, de Vilna et de Baranovitchi. Vilna fut atteinte le 9 et prise le 13 après que les forces mobiles soviétiques l’aient dépassée des deux côtés. Le même jour, les Soviétiques atteignaient Grodno.

Le 9, les Soviétiques du troisième front biélorusse prirent Lida, près de Grodno. Le 10, ce fut le tour de Slonim au terme d’une offensive lancée par Ieremenko. Le même jour, Hitler ordonna au Groupe d’armées Nord et au Groupe d’armées Centre de tenir leurs positions. L’Armée rouge avait ouvert dans les lignes allemandes une gigantesque brèche de plus de 400 kilomètres de large, par où s'engouffraient ses troupes pour libérer des territoires depuis longtemps sous la botte nazie.

Offensive Vilnius[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Vilnius.

L'offensive de Vilna fut menée par des unités du troisième front biélorusse à la suite de leur reconstitution d'effectifs après l'offensive de Minsk. Elles s'opposèrent aux restes de la 3e Panzer Armee et 4e Armée allemande.

Les unités de la 4e Armée et la 5e Panzerdivision tentèrent de tenir la jonction clef du rail de Molodetchno mais il fut pris par des unités des 11e armée, 5e armée blindée de la Garde et 3e corps de cavalerie de la Garde le 5 juillet. Les forces allemandes continuèrent leur retraite précipitée et le forces soviétiques atteignirent Vilnius tenue par des unités de la 3e Panzer Armee le 7 juillet 1944.

Le 8 juillet, la ville était encerclée, emprisonnant la garnison qui s'était vue intimer l'ordre de tenir « à tout prix »[13]. Les forces soviétiques poursuivirent le combat dans la ville avec des affrontements intenses rue par rue, aux côtés de l'Armia Krajowa polonaise engagée dans l'Opération Ostra Brama. Le 12 juillet, la 6e Panzerdivision contre-attaqua et ouvrit un corridor de repli temporaire pour les troupes assiégées mais la majorité de celles-ci fut perdue quand la ville tomba le 13 juillet (cette phase de l'opération est communément connue comme la bataille de Vilnius. Le 23 juillet, le commandant de la 4e Armée, Hossbach, en accord avec Model, engagea l'unité nouvellement arrivée, la 19e Panzerdivision, dans une contre-attaque avec l'intention de couper les avant-gardes (fers-de-lance) soviétiques dans la forêt d'Augustów. Ce qui échoua.

Offensive Bialystock[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Bialystock.

L'offensive de Bialystock couvre les opérations du 2e Front de Biélorussie entre le 5 et le 27 juillet 1944. L'objectif était la ville de Bialystok en Pologne[14].

Le 40e corps de fusiliers soviétique et le 41e corps de fusiliers soviétique de la 3e armée soviétique, sur la gauche du front, emportèrent Bialystok le 27 juillet, après 2 jours de combats.

Offensive Lublin-Brest[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Lublin-Brest.

L'offensive Lublin-Brest fut mise en œuvre par le maréchal Constantin Rokossovski, commandant le 1er Front biélorusse, entre le 18 juillet et le 2 août 1944. Il développa les gains de l'opération Bagration vers la Pologne orientale et la Vistule. Le 47e armée soviétique et la 8e armée de la Garde soviétique atteignirent le fleuve Boug le 21 juillet, la seconde perçant jusqu'à la rive est de la Vistule le 25 juillet. Lublin fut prise le 24 juillet. La 2e armée blindée soviétique reçu l'ordre de virer vers le nord, vers Varsovie, pour couper la retraite des forces du Groupe d'armées Centre dans la zone de Brest. Brest fut pris le 28 juillet et l'aile gauche du Front s'empara de têtes de pont sur la rive gauche de la Vistule le 2 août.

Ceci termina effectivement l'opération, le reste de l'été étant consacré à des efforts de défense pour casser une série de contre-offensives allemandes visant les têtes de pont.

L'opération se termina avec la défaite du Groupe d'armées Nord Ukraine et l'établissement de têtes de pont soviétiques sur la Vistule à l'ouest de Sandomierz[15].

Offensive Kaunas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Kaunas.

L'offensive de Kaunas englobait les opérations du 3e Front biélorusse (commandé par Ivan Tcherniakhovski) du 28 juillet au 28 août 1944 contre la ville de lituanienne de Kaunas, conséquence de l'achèvement de l'offensive contre Vilnius. Le 30 juillet, toute résistance de la Wehrmacht aux abords du Niémen avait été abandonnée ou bien avait été annihilée. Deux jours plus tard, la ville de Kaunas était sous contrôle soviétique.

Offensive d'Osovets[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Offensive Osovets.

Cette offensive couvrait les opérations du deuxième front biélorusse du 6 au 14 août, après l'achèvement de l'offensive de Bialystock. Elle avait pour objectif la zone fortifiée d'Osowiec), sur un des affluents de la rivière Narew. Ce très grand complexe fortifié sécurisait les abords de la Prusse-Orientale à travers les marais de la région.

Les forces allemandes purent stabiliser leur ligne de défense le long de la Narew qu'ils tinrent jusqu'à l'offensive de Prusse-Orientale en janvier 1945.

Offensive Tallinn[modifier | modifier le code]

L'offensive Tallinn voit la 8e armée soviétique ainsi que la 2e armée de choc et la Flotte de la Baltique affronter du 17 au 26 septembre le détachement Narwa allemand ainsi que les indépendantistes estoniens pour le contrôle de la ville estonienne de Tallinn, conséquence de l'achèvement de la libération de la Lituanie.

Les Allemands battent en retraite (opération Aster) et le front de Léningrad parvient à sécuriser la capitale estonienne et l'ensemble du pays le 26 septembre 1944.

Poursuite de l'offensive[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Front de l'Est (Seconde Guerre mondiale).

En Pologne [16][modifier | modifier le code]

Les soviétiques vont poursuivre leur avance vers l'ouest et le nord, jusqu'à la Baltique. La fin de l'année 1944 voit simultanément l'avancée de l’Armée rouge et l'effondrement de l'administration allemande.

En Prusse-orientale[modifier | modifier le code]

La percée se produira par l'Offensive de Prusse-Orientale et l'effondrement du front allemand. En effet, en juillet-août 1944, les Soviétiques pénètrent en Prusse orientale. Ils sont arrêtés et repoussés par la IVe armée à l'ouest de la route Goldap-Gumbinnen. Cependant, une nouvelle percée se produit à Daken simultanément avec une attaque en Courlande. Le manque de décision soviétique en Prusse orientale va donner quelques succès le 4 novembre 1944 à Goldap.

En Roumanie[modifier | modifier le code]

L'Offensive Lvov–Sandomierz menée parallèlement à l'opération Bagration, permet à l'Armée rouge de pénétrer en Roumanie (voir aussi Roumanie pendant la Seconde Guerre mondiale). Le 20 août 1944 débute l'opération Iassy Chisniau: les Roumains déposent les armes, s'enfuient ou se joignent aux Soviétique. Von Killinger est arrêté à Bucarest, Antonescu est capturé et le roi Michel prend la tête d'un mouvement anti-allemand. Les Allemands perdent leur source de pétrole. Les groupes d'armées E et F quittent les Balkans et font retraite.

Soviétiques et Roumains sont aux portes de la Transylvanie. Ils encerclent Belgrade le 24 décembre 1944. La Wehrmacht fuit et se replie à travers des montagnes hostiles.

Conclusions[modifier | modifier le code]

Avance russe du 22 juin au 29 août.

Les causes de la défaite allemande[modifier | modifier le code]

Elles sont assez nombreuses. Tout d’abord, la supériorité soviétique en hommes et matériels était écrasante. Ainsi, le réservoir humain considérable de l’Armée rouge a permis non seulement de combler les pertes mais aussi de faire croître les effectifs des différentes armées. La production soviétique[17] à son apogée permettait la concentration toujours plus importante d'unités de mieux en mieux équipées.

En face, l’armée allemande était finie : bien des divisions étaient sous-équipées, notamment la Luftwaffe (6e Luftflotte) qui alignait quarante appareils contre des milliers d'adversaires.

Les historiens militaires s'accordent sur le fait que la supériorité aérienne des alliés, à l'ouest comme à l'est, avec les chasseurs équipés de canons et de roquettes, a permis la destruction des blindés au sol (chars et canons automoteurs). Ce qui a été constaté en Normandie l'a été aussi en Biélorussie[18]. Citons le témoignage de l'historien Paul Carell :

« [...] les avions d'assaut soviétiques[19] intervenant à tous les ponts et à tous les goulets d'étranglement écrasèrent les colonnes, les Services de l'arrière et les réserves qui battaient en retraite. Le résultat fut terrible : toutes les routes devenues un immense chaos, impossible d'effectuer un seul mouvement de rocade, un seul transport. Complètement surpris par ce feu qui tombait du ciel, les soldats allemands, désespérés, dépourvus de toute protection, se laissèrent souvent aller à la panique. Quant au commandement, il se trouva complètement paralysé. »

— Paul Carell (1969) p. 287

La victoire soviétique s’explique aussi par le Débarquement en Normandie et la bataille d’Italie qui mobilisaient de nombreuses armées allemandes. En effet, on s'y battait depuis quinze jours et les pertes empêchaient l’armée allemande d’effectuer des mouvements de troupes d’ouest en est comme les années précédentes.

On peut aussi attribuer aux Soviétiques une organisation à toute épreuve. L’état-major soviétique avait en effet réussi à leurrer les Allemands sur le lieu de l’offensive jusqu’au dernier moment, permettant un effet de surprise décisif. Le succès de Bagration force les Allemands à déplacer les unités de Panzer d'Ukraine Occidentale et de Roumanie, conformément aux prévisions soviétique, ce qui permet d'engager les opérations en Ukraine et en Roumanie face à une adversaire affaibli. L'URSS a alors réussi grâce à ses opérations échelonnés dans le temps à affronter systématiquement un dispositif allemand affaibli.

Enfin, c'est une des premières fois que l'Armée rouge a l'organisation et les moyens nécessaire pour mettre en pratique la doctrine des opérations en profondeur, qu'elle avait élaborée dans les années 1930 (ce qui a souvent fait dire que ses généraux avaient repris la Blitzkrieg allemande). Les généraux allemands, souvent aussi compétents que leurs homologues russes, avaient été victimes de leur foi envers Hitler. Ainsi, la stratégie allemande consistant à tenir à tout prix les nœuds ferroviaires et les villes (en particulier le refus d'évacuer Vitebsk déjà partiellement encerclé avant même le début de l'opération) s'était révélée désastreuse, l’armée russe se contentant de contourner les poches de résistance et de les encercler. Seul le général Model, capable de changer la volonté du Führer, put éviter une catastrophe encore pire.

Conséquences de la victoire soviétique[modifier | modifier le code]

La victoire soviétique fut le résultat de bien des facteurs et « le signe de l’épuisement des hommes, de l’essoufflement de l’économie de guerre allemande et du déclin fatal du IIIe Reich » (Paul Carrel). Cette victoire a été lourde de conséquences et stupéfia tous les camps, Russes compris. Tout d’abord, elle ouvrit aux Soviétiques la porte de Berlin, ensuite elle permit l’encerclement du Groupe d’armées Nord, et enfin l’occupation militaire des Pays baltes et de la Pologne. Cette victoire permit à Staline de faire pression sur les Alliés à la conférence de Yalta pour faire basculer dans la sphère d’influence soviétique les pays d’Europe centrale.

La victoire russe mit aussi fin à la défense organisée de la Wehrmacht. De plus, l’écrasement du Groupe d’armées Centre fit douter les Allemands de leur Führer. Sans oublier les nombreux généraux prisonniers, en premier lieu Paulus, qui exhortèrent leur compatriotes à se rendre, pour mettre fin à leur « lutte stérile ».

Enfin, on peut noter le drame humain de toutes les familles qui perdirent un être cher dans les marais de Biélorussie et le malheur de tous ces Biélorusses dont les villages furent détruits par le vaincu dans sa sanglante retraite.

Tournant de la guerre[modifier | modifier le code]

Pour ces multiples raisons, la destruction du Groupe d’armées Centre représenta l'un des « tournants décisifs » de la Seconde Guerre mondiale. La route vers l'Allemagne était ouverte, la Wehrmacht était en retraite. La course vers Berlin allait s'accélérer « à celui qui arriverait le premier » à Berlin. Les Soviétiques s'étaient fixé l'objectif du Premier Mai 1945 à Berlin.

« La libération de la Biélorussie, outre un avantage moral, permettrait d’ouvrir les routes les plus directes vers Berlin. Avec tous les atouts en main, les stratèges de la Stavka préparèrent un programme décisif pour 1944. »

Bilans[modifier | modifier le code]

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Les pertes en vies humaines sont effroyables des deux côtés[20]. Les chiffres donnés par le site mentionné en référence[20] sont issus de l'ouvrage « Le sceau du secret enfin levé » qui pour la première fois révélait au public le coût des opérations soviétiques, les combattants soviétiques étant considérés comme « consommables ».

Armée rouge[modifier | modifier le code]

Sur un effectif total engagé de 2 331 700 hommes, il y eut 178 507 tués et 587 308 blessés[20].

Wehrmacht[modifier | modifier le code]

Au cours de la première semaine, plus de 30 000 prisonniers furent faits au nord et 24 000 au sud. Environ 100 000 hommes furent pris au piège autour de la capitale biélorusse Minsk, bien qu’une partie de l’armée de Tippelskirch ait réussi à s’enfuir en utilisant des routes secondaires, par lesquelles on avait renoncé depuis un certain temps à faire passer le ravitaillement à cause des partisans soviétiques.

Les forces de Rokossovsky avaient tué 50 000 Allemands, détruit 350 blindés et pris 2 600 canons et 20 000 hommes en moins d’une semaine. Le Groupe d’armées Centre était virtuellement détruit et en proie au plus complet désarroi. Le total des pertes dépassait 200 000 hommes.

Des généraux furent capturés ou tués[20] :

« En 15 jours le Groupe d’Armée Centre perd 30 généraux (6 tués, un suicidé, un disparu et 22 prisonniers) soit 6 chefs de corps d’armée (2 tués et 4 prisonniers), 21 commandants de divisions (6 tués), et 2 commandants de place.

Sur les 22 prisonniers, 14 signeront l’appel au Groupe d'armées Nord et le manifeste au peuple allemand du 8 décembre 1944. Vincenz Müller et Rudolf Bamler suivront les cours des écoles anti-fascistes. Libéré dès 1948, Müller contribue à la formation de la Volksarmee dont il deviendra chef d’état major.

Bamler est libéré en 1950 et devient général de la police populaire.

Mais les deux commandants de place, le Generalmajor Gottfried von Erdmannsdorff (Moghilev) et le Generalleutnant Adolf Hamann (Bobrouisk) seront jugés et pendus en 1946. »

— Les annexes de l'opération Bagration (Guillaume Sevin[20])

Bilan territorial[modifier | modifier le code]

Sur un front de plus de 1 000 kilomètres de large, les Soviétiques avaient avancé de 600 kilomètres en deux mois. La Biélorussie, une partie de la Lituanie, de l’Estonie et de la Pologne avaient été libérées et l’Armée rouge se trouva ainsi à la frontière de la Prusse-Orientale.

« Les Russes, après avoir dépassé Brest-Litovsk, arrivaient sur les bords de la Memel et de la Vistule. Les unités d'interception [allemandes] eurent du mal à les y arrêter. En cinq semaines l'Armée rouge avait avancé de sept cent kilomètres, presque aussi vite que l'avaient fait les chars de Guderian et de Hoth en 1941 sur la route Brest-Smolensk-Elnya. »

— Paul Carell (1968, op. cite) p. 298

L'Armée rouge menace la Prusse orientale à court terme et Berlin à moyen terme :

« Fin juillet 1944, la Guerre frappe à la porte de la Prusse-orientale, arrive sur la Vistule. C'est le début du dernier acte : la Campagne d'Allemagne commence. [...][21]. "Nous marchons sur Berlin." C'est le mot d'ordre. »

— Paul Carell (1968, op. cite) p. 303

.

Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Du nom du général russe du XIXe siècle Pierre de Bagration, mort à la bataille de la Moskowa, contre Napoléon.
  2. Staline n'a pas choisi cette date au hasard : l'anniversaire de l'opération Barbarossa
  3. L'historien militaire allemande Paul Carell parle d'opération « Russie blanche » (1968, p. 261)
  4. voir Basil H. Liddell Hart (2007, p. 486 et 487-489)
  5. Source : Apocalypse, la Seconde Guerre mondiale par Isabelle Clarke et Daniel Costelle ; 6e partie, L'enfer (1944-1945).
  6. Les derniers sous-marins de type XXI et XXIII ne sont pas encore entrés en service.
  7. Niepold 1987, p. 22–3.
  8. En fait, selon Paul Carell (1968) p. 244-245, ils ne s'y attendent pas.
  9. ou selon Paul Carell, Front de Russie blanche
  10. Glantz et House 1995, p. 206–7
  11. Glantz et House 1995, p. 207–9
  12. Glantz et House 1995, p. 209
  13. Selon la stratégie de Hitler des places fortes.
  14. Ville annexée par l'Allemagne et rattachée alors à la Prusse orientale.
  15. Glantz 2002, p. 1
  16. Il s'agit de la Pologne prise dans ses frontières actuelles.
  17. Après Stalingrad, les usines sont délocalisées vers l'ouest, en Sibérie. Voir Mourmansk.
  18. Nous rappellerons la première mise en œuvre des Stukas "avions-canons" antichars JU87-G Stuka par Hans Rudel.
  19. Iliouchine Il-2 Chtourmovik
  20. a, b, c, d et e Les annexes de Bagration
  21. Voir dans la même collection « La débâcle allemande », J. Thorwald, A167***

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Basil H. Liddel Hart (trad. Lola Tranec (1948) et Antoine Bourguilleau (2011), préf. Antoine Bourguilleau (février 2011)), Les généraux allemands parlent [« The Other Side of the Hill »], Perrin, coll. « Collection Tempus »,‎ 2011, poche, 568 p. (ISBN 978-2-262-03539-6)
  • Basil H. Liddel Hart (trad. Lucien Poirier, préf. Lucien Poirier), Stratégie [« Strategy »], Paris, Éditions Perrin, coll. « Tempus »,‎ 2007, poche (ISBN 978-2-262-02614-1)
  • (en) David M. Glantz, The Battle for L'vov, July 1944, Routledge Press,‎ 2002 (ISBN 978-0-7146-5201-6)
  • (en) David M. Glantz et Jonathan House, When Titans Clashed: How the Red Army Stopped Hitler, Lawrence, Kansas, University Press of Kansas,‎ 1995 (ISBN 0-7006-0899-0)
  • Vassili Grossman (trad. Antony Beevor et Luba Vinogradova), Carnets de guerre : De Moscou à Berlin, 1941-1945 [« A Writer at War »], Paris, Calmann-Lèvy (no 30969),‎ 2007 (1re éd. 2005), poche, 512 p. (ISBN 978-2-253-12249-4)
  • Antony Beevor (trad. Jean Bourdier, ill. photos divers), La chute de Berlin [« Berlin. The downfall »], Éditions de Fallois,‎ 2002, poche, 640 p. (ISBN 2-253-10964-9)
  • Paul Carell (trad. Raymond C. Albeck, ill. cartes de jean Thier), Opération terre brûlée - Les russe déferlent (Vol 3) : septembre 1943 - août 1944 [« Verbrannte Erde »], Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leur aventure » (no A230),‎ 1968, poche, 320 p.
  • Vassili Grossman (trad. Antony Beevor et Luba Vinogradova), Carnets de guerre : De Moscou à Berlin, 1941-1945 [« A Writer at War »], Paris, Calmann-Lévy (no 30969),‎ 2007 (1re éd. 2005), poche, 512 p. (ISBN 978-2-253-12249-4)
  • Jurgen Thorwald (trad. Raymond Albeck, ill. cartes Henri Jacquinet), La débâcle allemande : De l’agonie de l’Allemagne à la chute de Berlin [« Die grosse flucht : Es began an der Weichsel das ende en der Elbe »], Paris, J’ai lu, coll. « J’ai lu leu aventure » (no A167|8|9),‎ 1967, poche, 513 p.
Description de la débâcle qui conduira les Soviétiques à Berlin, en passant par la Pologne et la Prusse orientale, au cœur de l'Allemagne nazie
  • Yves Courrière (photogr. revue ICARE), Normandie Niemen : Un temps pour la guerre, Paris, Presses de la Cité,‎ 1979, 414 p. (ISBN 2-258-00590-6)
    Cet ouvrage permet (pp. 287-322 de suivre la progression du groupe Normandie qui va devenir Normandie-Niemen avec le 1er Front de Biélorussie
  • Jean Lopez, Opération Bagration. La revanche de Staline (été 44), Economica,‎ 2014, 432 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Pour la suite de la Guerre : Offensive de Prusse-Orientale

Article(s) connexe(s)[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]