Puritanisme

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Le puritanisme est le courant calviniste qui désirait « purifier » l'Église d'Angleterre du catholicisme, qui s'est développé en Angleterre à partir de 1559 et en Nouvelle-Angleterre à partir de 1630. Le mot est souvent utilisé par extension comme l'antonyme de l'hédonisme. En effet, le sens historique est très éloigné du sens d'usage. Selon Alexis de Tocqueville, il s'agit tout autant d'une théorie politique que d'une doctrine religieuse[1].

Mœurs et doctrine[modifier | modifier le code]

  • Le mot « puritain » désigne de nos jours un mouvement protestant de la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle. Les puritains n'utilisaient cependant pas ce terme pour s'identifier eux-mêmes. La plupart des puritains vivaient en Angleterre.
  • Le mot a toujours décrit un type de pratique religieuse plutôt qu'une Église particulière.
  • Le seul mouvement théologique qui peut être défini sérieusement par le mot puritain était sans doute le calvinisme, qui déboucha notamment sur l'émergence de l'Église presbytérienne.
  • Les puritains ont officiellement banni la célébration du jour de Noël en 1644 en Angleterre.

Les puritains derrière les mythes[modifier | modifier le code]

Des historiens, comme le Dr. Harry S. Stout de l'université de Yale, se sont intéressés aux puritains américains derrière les mythes forgés pendant la prohibition (1919-1933) par ses opposants. Le puritanisme n'est pas l'antonyme de l'hédonisme[2].

  • Les puritains aimaient les couleurs vives. Leurs vêtements et leurs maisons étaient colorées. C'est le cinéma qui a propagé l'idée qu'ils s'habillaient en noir.
  • Les puritains n'étaient pas prudes. Le sexe au sein du mariage était encouragé et n'était pas condamné. Des puritains pouvaient être punis pour chasteté.
  • Les puritains n'étaient pas sobres. L'alcool était consommé. Les puritains buvaient du vin, de la bière, du cidre, du rhum… L'eau douce était souvent impropre à la consommation.
  • Les puritains aimaient la poésie (Anne Bradstreet ou Edward Taylor).
  • Les puritains n'étaient pas opposés aux fêtes et aux jeux.

D'Henri VIII à Élisabeth Ire[modifier | modifier le code]

Après sa rupture avec le pape en 1531 sur la question de son divorce avec Catherine d'Aragon, le roi Henri VIII sépara l'Église d'Angleterre de la tutelle de Rome en 1534. Cette rupture eut un effet qu'Henri VIII n'avait pas prévu : elle ouvrit une brèche aux chrétiens anglais qui voulaient réformer l'Église dans le sens des idées de Martin Luther.

De fait, la cause du protestantisme avançait rapidement sous Édouard VI. L'archevêque de Cantorbéry, Thomas Cranmer, publia le premier Book of Common Prayer (Livre de prière commune) en décembre 1549, pour formaliser l'adaptation anglaise de la Réforme continentale : l'église primitive des premiers temps est prise comme modèle, l'accent est mis sur l'accessibilité des Écritures en langue anglaise, la communion pour tous par le pain et le vin.

Cependant, durant le règne de sa successeure Marie Tudor, l'Angleterre revint au catholicisme romain. De nombreux protestants furent exécutés (Cranmer et d'autres grandes figures de la Réforme condamnés au bûcher), persécutés et contraints à l'exil en Europe. Ils entrèrent en contact avec des réformateurs calvinistes à Genève ou luthériens en Allemagne et radicalisèrent leurs positions. Deux des livres les plus populaires du temps — la Bible de Genève et le Livre des Martyres de John Foxe — furent publiés à cette période.

La mort de celle qu'ils appelaient Bloody Mary (Marie la sanglante) et l'accession au trône d'Élisabeth Ire en 1558 fut donc saluée avec enthousiasme par ces protestants. Mais ses premières actions, quoique rétablissant le protestantisme, déçurent ceux qui aspiraient à une vaste réforme. Le puritanisme semble avoir alors surgi du mécontentement causé par le Elizabethan Religious Settlement de 1559 par lequel la reine réaffirmait l'indépendance de l'Église d'Angleterre à l'égard de Rome et détaillait la structure de cette Église : les protestants les plus radicaux y virent des concessions au « papisme ». Au contraire des mouvements protestants continentaux, la Réforme anglicane maintenait en effet l'Église sous le contrôle de la monarchie par l'intermédiaire d'une hiérarchie épiscopale, tout en laissant intactes beaucoup de pratiques catholiques, deux points inacceptables aux yeux des puritains. Ils refusèrent d'appliquer entièrement les directives et formules rituelles du Book of Common Prayer. La mise en œuvre forcée et tatillonne du nouvel ordre liturgique les repoussa dans une attitude d'opposition affirmée.

Nombre de ces puritains — ainsi qu'ils furent appelés dans une controverse sur le vêtement de cérémonie aux alentours de 1560 où l'on moqua leur volonté de « purifier » les vêtements liturgiques — recherchèrent en vain l'appui du Parlement pour tenter d'instituer une forme de gouvernement de l'Église d'Angleterre proche du presbytérianisme. Le puritanisme anglais se tourna vers la prédication, publia pamphlets et libelles virulents, et accumula différentes expériences d'expression religieuse, de comportement social et d'organisation. Son succès croissant fut également l'œuvre de ses protecteurs dans la noblesse et au parlement et de son influence dans les universités d'Oxford et Cambridge.

La question de la hiérarchie de l'Église était délicate : Élisabeth apporta son soutien au théologien Richard Hooker, auteur « des lois de la politique ecclésiale » (Of the Laws of Ecclesiastical Policy) contrant les arguments presbytériens. Hooker énonça une réfutation directe des « frères de l'Église de Genève » et dessina les grandes lignes d'une via media pour l'Église d'Angleterre. Cette via media, dont on critiqua la faible substance doctrinale, constituait un ensemble de règles spécifiquement ordonnées qui devint « l'épine dorsale » de l'anglicanisme.

De Jacques VI à Olivier Cromwell[modifier | modifier le code]

La bible de Genève

Parallèlement à la Réforme anglicane, l'Église d'Écosse avait été créée sur un modèle calviniste presbytérien, que les puritains espéraient étendre en Angleterre. Le couronnement de Jacques VI d'Écosse comme roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier réveilla leurs espoirs. Mais à la Conférence de Hampton Court en 1604, le roi, qui n'était pas puritain lui-même et qui se méfiait d'eux, rejeta leurs doléances d'une phrase : « pas d'évêque, pas de roi » (no bishop, no king). Il autorisa cependant la publication de la King James Bible, en langue vernaculaire, notamment pour renforcer l'orthodoxie anglicane contre la Bible de Genève. Celle-ci était devenue populaire chez les puritains alors même qu'elle possédait des traductions anti-royalistes et contenait des notes révolutionnaires.

La pression assimilatrice de l'Église d'Angleterre augmenta encore sous Charles Ier sous l'influence de son archevêque William Laud, la via media élisabéthaine étant appliquée partout avec force. Les puritains étaient vus comme des fauteurs de trouble mettant en péril l'unité de la monarchie et de l'Église et, à ce titre, toujours sujets à une répression parfois féroce. Les peines d'emprisonnement étaient lourdes, accompagnées de la confiscation des biens et de châtiments corporels : notamment, on marquait au fer rouge le front des condamnés de la mention « S. S. » (sower of sedition - graine de sédition). L'exil des puritains vers l'Europe se poursuivait, les premiers mouvements d'émigration vers l'Amérique commencèrent en 1630, où il fondèrent la colonie de la baie du Massachusetts, mais les idées puritaines continuaient à gagner du terrain en Angleterre.

Un foyer puritain idéal

Lorsque le conflit entre le Parlement et Charles Ier dégénéra en véritable guerre civile en 1640, les puritains se hâtèrent de saisir l'occasion d'exhorter la nation à renouveler son contrat avec Dieu. Le Parlement convoqua une assemblée d'ecclésiastiques et de laïcs, tous d'obédience calviniste, connue sous le nom de « Westminster Assembly » qui ne parvint pas à réformer totalement le gouvernement de l'Église. Cependant l'armée d'Olivier Cromwell, qui avait défait les forces royales, porta au pouvoir son général. Cromwell favorisa largement le mouvement puritain et ne concéda qu'un faible pluralisme. Le grand défenseur du puritanisme de l'époque fut le poète John Milton. Différentes tendances puritaines apparurent, parmi lesquelles seul le groupe des Quakers connut une prospérité durable.

La grande persécution et le Nouveau Monde[modifier | modifier le code]

Chapelle puritaine à Salem

La restauration de la monarchie en 1660 restaura également l'anglicanisme dans le strict modèle de William Laud et le clergé puritain fut expulsé de l'Église d'Angleterre. Ceux qui refusèrent l'intégration furent catalogués comme nonconformists. Le puritanisme anglais entra alors dans la période appelée la Great Persecution et fut contraint de reporter sur les colonies puritaines qui prospéraient en Amérique l'espoir de réaliser ses objectifs.

En Nouvelle-Angleterre, en 1648, les paroisses séparatistes des Pères pèlerins de la colonie de Plymouth et les paroisses puritaines de la colonie de la baie du Massachusetts fondèrent une seule Église congrégationaliste sur la base de la plateforme de Cambridge, Église officielle dans les 2 colonies. La charte de la colonie de la baie du Massachusetts, accordée aux puritains, est suspendue en 1689. Elle devient une colonie de la couronne. Les anglicans et les quakers sont reconnus. De 1725 à 1750, le Grand réveil affecta la Nouvelle-Angleterre. De nombreux descendants des puritains quittèrent l'Église congrégationaliste et rejoignirent les Églises méthodiste ou baptiste. L'Église congrégationaliste comptait un courant conservateur (calviniste) et un courant libéral (arminien, unitarien et/ou déiste). En 1833, le Massachusetts sépara l'Église et l'État. Au début du XIXe siècle, les congrégations les plus libérales devinrent officiellement unitarienne, réunies au sein de l'Association Unitarienne Américaine à partir de 1825, les autres demeurant trinitaires et conservant la dénomination congrégationaliste[3]. Les paroisses fondées par les puritains sont aujourd'hui membres de l'Église unie du Christ (congrégationaliste, issue de la fusion de quatre Eglises protestantes en 1957) ou de l'Association Unitarienne Universaliste (issue de la fusion de l'Association Unitarienne Américaine et de l'Église Universaliste d'Amérique en 1961) - 25 paroisses sont membres des deux ensembles[4] -. La première paroisse séparatiste et la première paroisse puritaine d'Amérique fondées respectivement en 1620 à Plymouth et en 1630 à Boston sont aujourd'hui des paroisses unitariennes universalistes. De nos jours, l'Église puritaine évangélique d'Amérique[5] à San Diego, Californie, et la Puritan Fellowship[6] à Manchester, Angleterre, se réclament du puritanisme.

Dans la langue française[modifier | modifier le code]

Par extension, « puritanisme » caractérise en français un rigorisme excessif en morale ou une fermeté extrême dans le respect de principes généralement liée à une manière de vivre austère et prude[7].

« Le puritanisme, la bégueulerie, la bigotterie [sic], le système du renfermé, de l'étroit, a dénaturé et perd dans sa fleur les plus charmantes créations du bon Dieu. J'ai peur du corset moral, voilà tout »

— Gustave Flaubert, Correspondance, 1850, p. 257.

Références[modifier | modifier le code]

  1. De la démocratie en Amérique I, 1 partie, chapitre II. Alexis de Tocqueville
  2. http://www.christianitytoday.com/holidays/halloween/features/puritans.html
  3. http://www25.uua.org/uuhs/duub/articles/unitariancontroversy.html
  4. http://afcu.over-blog.org/article-paroisses-unies-eglises-federees-50327978.html
  5. http://puritanchurch.com
  6. http://www.puritanfellowship.com
  7. Définition du Centre national de ressources Textuelles et Lexicales

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • La Lettre écarlate, version fr. Der Scharlachrote Buchstabe, drame de Nathaniel Hawthorne, du réalisateur Wim Wenders, de BAC Films, Allemagne, 1972.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]