Abdullah Öcalan

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Abdullah Öcalan
Abdullah Ocalan en 1997
Abdullah Ocalan en 1997
Fonctions
Fondateur-chef du Parti des travailleurs du Kurdistan
En fonction depuis le 27 novembre 1978
Biographie
Nom de naissance Abdullah Ocalan
Surnom Apo
Date de naissance 4 avril 1949 (65 ans)
Lieu de naissance Urfa
(République de Turquie)
Origine Kurde
Diplômé de Université d'Ankara

Abdullah Öcalan

Abdullah Öcalan (prononcé abdoullah eudjalane, son nom de famille signifie littéralement « celui qui se venge » en turc, öc alan), parfois familièrement appelé Apo, né le 4 avril 1949 dans le village de Ömerli (Amara en kurde), rattaché à la ville de Halfeti à Urfa, est l’un des fondateurs et le dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, Partiya Karkêren Kurdistan), organisation considérée comme terroriste par la Turquie, les États-Unis et l'Union européenne entre autres.

Après avoir été capturé au Kenya au cours d'une opération menée conjointement par les services secrets turcs, américains[1] et israéliens le 15 février 1999, il est jugé le 28 avril 1999 pour trahison à la nation (d'après la loi 125 du code pénal turc) et condamné à mort le 29 juin 1999 pour avoir fondé et dirigé une organisation armée considérée comme terroriste. La peine est commuée en prison à vie en 2002 lorsque la Turquie abolit la peine de mort dans la perspective d'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Depuis il est le seul détenu de l'île prison d’Imrali sur laquelle, selon ses avocats, il subit régulièrement des agressions psychologiques, situation dénoncée notamment par Amnesty International et le Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants[2]. En 2009, des travaux ont été réalisés pour agrandir la prison afin que d'autres détenus, dont des membres du PKK, y soient incarcérés[3]. Selon la presse turque, son incarcération coûterait 70 000 euros par jour[4].

Öcalan est également l'initiateur du confédéralisme démocratique, courant politique partagé par plusieurs formations de la gauche kurde.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Abdullah Öcalan, dont la mère (Öveys) était turque et le père (Ömer) kurde[5], est né le 4 avril 1949 dans une famille modeste à Amara, Şanlıurfa, dans le sud-est de la Turquie. Le village ne possédant pas d’école, il commence sa scolarité dans un village voisin s'appelant Saylakkaya (Appelé Cibin, anciennement village arménien). Après des études à l’école du cadastre, il exerce le métier de fonctionnaire administratif durant une année. Par la suite, il entreprend des études à la faculté de droit d'Istanbul et fait un passage à la faculté de sciences politiques d’Ankara.

Les années 1970 sont marquées en Turquie par un mouvement populaire et politique très intense. Les mouvements étudiants deviennent actifs en particulier à Ankara et à Istanbul. D'abord sympathisant des idées de certains courants religieux islamistes, Öcalan se montre finalement attiré par le développement des mouvements révolutionnaires et démocratiques étudiants durant ses études en école de cadastre. Suite à la disparition des leaders étudiants tels que Mahir Cayan et Deniz Gezmis, il participe aux manifestations de protestations. En 1972, il est arrêté et purge une peine de prison de six mois. Durant sa période de détention, il effectue des recherches poussées, il lit et analyse beaucoup. Ces mois de détention seront le tournant de sa conception politique et de sa pensée.

Dès sa sortie de prison, il participe à la réunification du mouvement étudiant et y joue un rôle primordial. Il est rapidement mis en avant en tant que leader de la jeunesse et fait partie des fondateurs de la ligue des étudiants démocratique d’Ankara. Néanmoins les avis diffèrent au sein de la ligue lorsque l'on aborde les discussions concernant le problème kurde. Öcalan est convaincu que la gauche turque ne développe pas une solution efficace quant à la résolution de ce problème et entreprend des recherches théoriques et idéologiques. Il en déduit que la question kurde nécessite une organisation et une réflexion particulière au problème. Il forme un groupe d'étudiants qui prennent l'initiative d'en faire leur perspective de lutte. Il avance que la question de la liberté des Kurdes est importante dans un milieu où l'on planifie l'avenir du pays. Avec ce groupe d’étudiants, il étend ses activités d'Ankara au sud-est de la Turquie.

Chef du PKK[modifier | modifier le code]

Ses idées attirent l'intérêt de la jeunesse et de la population au sud-est de la Turquie. Ce groupe de quelques personnes prend de l'ampleur. L'État turc remarque assez rapidement ce groupe qui revendique la liberté du peuple kurde et devient une force politique, l'un des fondateurs du mouvement originaire de la mer Noire nommé Haki Karer est condamné (Antep, 1977).

Face à l’État turc, le groupe décide de former un parti, c’est une période où l'on commence à rédiger ce qui deviendra plus tard le manifeste du PKK. En 1978, dans un village appelé Fis, non loin de la ville de Diyarbakir, se tient le premier congrès qui donne naissance au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Voyant qu'il devient impossible d’arrêter ce mouvement et que le parti prend de l’ampleur, le 12 septembre 1980 un coup d’État militaire est organisé afin de décréter l’état d’urgence en Turquie.

La junte militaire se fait un devoir de maîtriser toute révolte pour le bien de tous et le maintien de la paix nationale, évitant ainsi la guerre civile[non neutre]. Les cadres meneurs du parti tels que Mazlum Dogan, Hayri Durmus, Kemal Pir et de nombreux autres prisonniers encore, meurent alors, punis pour avoir provoqué des rébellions.

Toutes les voies vers une lutte politique étant interdites, le mouvement kurde sous la direction d'Öcalan s'engage dans la lutte armée en août 1984. Cette lutte armée prend, en 1990, la tournure d’un soulèvement populaire. Afin d’empêcher les destructions causées par la guerre et d’ouvrir la voie vers une résolution politique et démocratique, Öcalan propose des trêves en 1993, 1995 et 1998 mais celles-ci s’avèrent être unilatérales.

Les dirigeants turcs n’ont jamais répondu favorablement à ces trêves. Malgré cela, Öcalan déclare la fin des combats le 1er septembre 1998 afin de permettre des négociations politiques et diplomatiques. La Turquie, refusant les négociations, menace la Syrie de guerre et Öcalan doit s’exiler en Europe afin de trouver une solution au problème. Il séjournera en Grèce, en Russie et en Italie. Depuis 1998, il poursuit sa lutte pour la guerre et rappelle qu’une résolution est possible.

Arrestation[modifier | modifier le code]

En février 1999, il est arrêté au Kenya par des agents turcs, très probablement grâce à l'aide des services de renseignements américains et kényans, et emprisonné en Turquie par la suite. Six tentatives d'attentats-suicides sont alors organisées par le PKK de mars à août 1999.

Au mois d'octobre 2008, il aurait, selon ses avocats, été attaqué physiquement par les gardes de la prison qui l'ont également menacé de mort. Ces informations ont été démenties par le ministre de la Justice turc Mehmet Ali Sahin[6]. Suite à ces propos, le parti kurde DTP a organisé des rassemblements dans les grandes villes à majorité kurde de Turquie[7].

Début 2012, un important mouvement de contestation vis-à-vis du gouvernement turc naît en France à Strasbourg. La communauté kurde très présente dans la capitale européenne réclame une amélioration de ses conditions de détentions, la possibilité pour Abdullah de rencontrer ses avocats... Ces manifestations ont rassemblé jusqu'à 40 000 personnes en février (10 500 selon les autorités) [8].

Par ailleurs, quinze Kurdes entament dans une église strasbourgeoise le 1er mars 2012 une grève de la faim. Elle s'achève 52 jours plus tard, suite aux déclarations du Parlement européen et du Conseil de l'Europe selon lesquelles celui-ci envoie des experts de son Comité pour la prévention de la torture afin d'examiner les conditions de détention d'Öcalan[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (tr) Seçme Yazılar, Vol. I, éditions Melsa, İstanbul, octobre 1992. (ISBN 978-975-345-017-1)
  • (tr) Seçme Yazılar, Vol. II, éditions Zagros, İstanbul, juin 1993. (ISBN 978-975-7865-03-2)
  • (tr) Politik Rapor, éditions Zagros, avril 1993. (ISBN 978-975-7865-01-8)
  • (tr) Kürt Sorununda Demokratik Çözüm Bildirgesi, éditions Mem, İstanbul, juin 1999.
  • (tr) Sümer Rahip Devletinden Demokratik Uygarlığa (AİHM Savunmaları) Vol. I, éditions Mezopotamya, Cologne, mars 2002. (ISBN 978-3-931885-27-4)
  • (tr) Sümer Rahip Devletinden Demokratik Uygarlığa (AİHM Savunmaları) Vol. II, éditions Mezopotamya, Cologne, mars 2002. (ISBN 978-3-931885-28-1)
  • (tr) Güney Kürdistan'da egemenlik mücadelesi ve devrimci demokratik tutum, éditions Wêşanen Serxwebûn 127, mars 2003
  • (tr) Bir Halk Savunmak, éditions Wêşanen Serxwebûn 135, juin 2004
  • (tr) Medeniyetin Kökleri, éditions Klaus Happel, Londres, janvier 2007
  • (en) Prison Writings I: The Roots of Civilisation,Pluto Press, janvier 2007. (ISBN 978-0-7453-2616-0)
  • (tr) Demokratik Toplum Manifestosu, 5 tomes, éditions Mezopotamya, 2009
  • (fr) Guerre et paix au Kurdistan : perspectives pour une résolution politique de la question kurde, 2010 (Pdf)
  • (fr) Confédéralisme démocratique, 2011 (Pdf)
  • (en) Prison Writings Volume II: The PKK and the Kurdish Question in the 21st Century (2011) (ISBN 9780956751409)
  • (en) Prison Writings III: The Road Map to Negotiations (2012) (ISBN 9783941012431)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « CIA : tout savoir, agir partout » dans le Nouvel Observateur, n°1804, semaine du 3 juin 1999.
  2. « Amnesty International - « En Turquie, la situation d’Abdullah Öcalan détenu en isolement » »,‎ 15 août 2008 (consulté le 1er novembre 2008).
  3. (tr) Saygı Öztürk Yaziyor, « İmralı'ya "F tipi" ayarı » dans Hürriyet, 24 novembre 2008, [lire en ligne (page consultée le 2 décembre 2008)].
  4. « Le prix d'un jour d'incarcération de Öcalan estimé à 125 000 YTL » dans le journal Bugün, 22 octobre 2008, [lire en ligne (page consultée le 4 décembre 2008)].
  5. Site d'Abdullah Öcalan - Biographie.
  6. AFP, « Öcalan n'a pas été maltraité » dans Le Figaro, 19 octobre 2008 [lire en ligne (page consultée le 20 novembre 2008)].
  7. AFP, « Manifestations pro-Öcalan en Turquie : un blessé, nombreuses interpellations » dans 20 minutes, 19 octobre 2008 [lire en ligne (page consultée le 1er novembre 2008)] (lien mort).
  8. "A la Meinau, la manifestation kurde a pris fin", Dernières nouvelles d'Alsace, 18 février 2012.
  9. « Strasbourg : fin de la grève de la faim des Kurdes », sur France 3 Alsace,‎ 21 avril 2012 (consulté le 28 octobre 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]