Opération Gold

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52° 24′ 44″ N 13° 31′ 42″ E / 52.41222, 13.52833

Officier soviétique dans le tunnel après sa « découverte », 24 avril 1956.
Présentation du tunnel à la presse.

L’opération Gold (Opération PBJOINTLY pour la CIA ou opération Stopwatch pour les Britanniques) désigne une opération conjointe menée par la Central Intelligence Agency (CIA) et le Secret Intelligence Service (SIS ou « MI6 ») dans les années 1950 afin d'obtenir des informations sur les quartiers-généraux de l'armée soviétique établis à Berlin via un tunnel qui passait sous la zone d'occupation soviétique. Elle est menée parallèlement à Silver, une opération dont les objectifs étaient identiques à Vienne.

Historique de l'opération[modifier | modifier le code]

Le tunnel est creusé à partir de 1954. Avant même que le tunnel ne soit creusé, les autorités soviétiques apprennent le projet grâce à un agent double, George Blake, qui travaille à un service technique du MI6. Pour ne pas « griller » cet agent, le KGB laissera le tunnel écouter pendant près d'un an des communications soviétiques authentiques, permettant à la CIA d'obtenir des informations précieuses[1].

Opérationnel pendant onze mois, du 11 mai 1955 au 22 avril 1956, le tunnel a permis l'enregistrement de 443 000 conversations vocales et 6 264 000 heures de trafic de télex[2]. Les enregistrements audio étaient traités à Londres par la Main Processing Unit (MPU), un groupe d'émigrés russes dépendant du SIS mais payés en grande partie par la CIA ; les telex étaient traités au siège de la CIA. Cependant, le volume gigantesque obligea la CIA à faire appel à la National Security Agency (NSA), qu'elle avait jusqu'alors tenue dans l'ignorance de l'opération[3].

Le tunnel est ensuite « découvert » par un service d'entretien en avril 1956. Les Soviétiques qualifieront le tunnel de « violation des normes du droit international » et « d'acte de gangsters ». Des journalistes du monde entier prirent des photographies du tunnel, qui se situait directement sous la frontière inter-allemande. La presse occidentale aura plutôt un avis favorable de cette opération de la CIA, perçue comme ingénieuse et osée.

Ce n'est qu'en 1961, lorsque Blake fut arrêté, jugé et condamné, que les Occidentaux se rendirent compte que le tunnel avait été compromis depuis longtemps.

Résultats[modifier | modifier le code]

Le tunnel de Berlin était l'une des deux seules sources clandestines d'informations fructueuses de la CIA sur l'armée soviétique pendant la période 1955-1959 (l'autre étant la taupe Pyotr Popov (en))[4].

L'opération a fourni une source d'information unique de renseignement d'actualité dont la qualité n'avait pu être obtenue depuis 1948. Parmi les renseignements obtenus ainsi[5] :

  • le fait que l'URSS ne comptait pas renoncer à ses prérogatives de puissance occupante bien qu'elle poussât les Allemands de l'Est à affirmer leur souveraineté (contrairement à ce que la CIA avait initialement estimé).
  • la création de l'armée est-allemande et l'augmentation de la coordination au sein du Pacte de Varsovie.
  • l'identification de milliers d'officiers militaires et de plusieurs centaines d'officiers de renseignement soviétiques.
  • l'identification et la localisation d'une centaine de bases de l'armée de l'air soviétique en URSS, Allemagne de l'Est et Pologne.
  • l'ordre de bataille de forces terrestres soviétiques en URSS jusqu'alors inconnu.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) David E. Murphy, Sergei A. Kondrashev et George Bailey, Battleground Berlin, p. 217-218
  2. (en) (censuré) et Frank Rowlett, Clandestine Services History: The Berlin Tunnel Operation 1952-1956, p. 25-26
  3. (en) David A. Hatch, « The Berlin Tunnel. Part II: The Rivals », Cryptologic Almanac 50th Anniversary Series, Fort Meade, Center for Cryptologic History,‎ mars-avril 2002 (lire en ligne) ; (en) Peter Freeman, « After the Tunnel: From Berlin to London to Cheltenham, The Story of LPG », Cryptologic Almanac 50th Anniversary Series, Fort Meade, Center for Cryptologic History,‎ mars-avril 2002 (lire en ligne)
  4. (en) Joan Bird et John Bird, CIA Analysis of the Warsaw Pact Forces: The Importance Of Clandestine Reporting, CIA Historical Collection, [lire en ligne] p. 11
  5. (en) (censuré) et Frank Rowlett, Clandestine Services History: The Berlin Tunnel Operation 1952-1956, Appendix B: Recapitulation of the intelligence derived, p. 1-5

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) British Garrison Berlin 1945 -1994, No where to go, W. Durie. (ISBN 978-3-86408-068-5)
  • (en) David Stafford, Spies Beneath Berlin - the Extraordinary Story of Operation Stopwatch/Gold, the CIA's Spy Tunnel Under the Russian Sector of Cold War Berlin. Overlook Press, 2002. (ISBN 1-58567-361-7)
  • (en) David E. Murphy, Sergei A. Kondrashev et George Bailey, Battleground Berlin : CIA vs. KGB in the Cold War, Yale University Press,‎ 1999 (ISBN 0-300-07233-3)

Documents déclassifiés[modifier | modifier le code]

  • (en) (censuré) et Frank Rowlett, Clandestine Services History: The Berlin Tunnel Operation 1952-1956, Central Intelligence Agency, coll. « CS Historical Paper » (no 150),‎ 24 juin 1968 (lire en ligne)
  • (en) Operation REGAL : The Berlin Tunnel, Fort Meade, National Security Agency/Central Security Service, coll. « Special Series » (no 4),‎ 1988 (lire en ligne)
  • (en) Donald P. Steury, On the Front Lines of the Cold War : Documents on the Intelligence War in Berlin, 1946 to 1961, Center for the Study of Intelligence, CIA,‎ 1999 (lire en ligne), chap. V (« The Berlin Tunnel »)
  • (en) G, « Turning a Cold War Scheme into Reality: Engineering the Berlin Tunnel », Studies in Intelligence, vol. 52, no 1,‎ mars 2008 (lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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