Europe centrale

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Une vision de l'Europe centrale.

L'Europe centrale est la région d'Europe située à la croisée de l'Europe de l'Ouest, de l'Europe du Sud, de l'Europe du Sud-Est, de l'Europe de l'Est et de l'Europe du Nord. Elle représente un centre historique de l'Europe, à ne pas confondre avec son centre géographique qui se situe à mi-chemin entre l'océan Atlantique et l'Oural.

Plus qu'une entité physique, l'Europe centrale est un concept géographique et culturel, une histoire partagée qui contraste avec celle des régions voisines. Elle est « une culture ou un destin »[1]. L'enjeu de nommer et définir cette Europe centrale est source de controverses. Souvent, la définition dépend de la nationalité et de la perspective historique de son auteur. Ainsi, parmi 16 auteurs étudiés par Peter Jordan[2], seules l'Autriche et la République tchèque ont été assimilées à l'Europe centrale systématiquement.

Histoire[modifier | modifier le code]

Historiquement, la Mitteleuropa (littéralement Europe médiane en allemand) renvoie à cette partie centrale de l'Europe où d'une part dominent les empires centraux que sont l'Empire allemand et l'Empire Austro-Hongrois et où d'autre part vivent d'importantes communautés germanophones. Cette situation, tant politique que démographique a contribué à rapprocher ces régions.

Prague est incontestablement une ville centreuropéenne.

La disparition des Empires centraux à partir de 1918 puis la guerre froide jusqu'aux années 1990 ont altéré la pertinence du terme. En effet, ces Empires ont volé en éclat au lendemain de la Première Guerre mondiale et les régions alors sous leur domination ont pris leur indépendance. L'Empire d'Autriche a selon Milan Kundera raté l'opportunité historique qui lui incombait de construire une fédération centreuropéenne multinationale[1]. L'homogénéité politique de la région a disparu, et les particularismes nationaux, tant culturels que linguistiques, ont été renforcés. Sans compter qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreux germanophones furent expulsés, notamment de Tchécoslovaquie (dans les Sudètes et les Carpates).

Puis la Guerre froide a temporairement divisé en deux cette région de l'Europe et ostensiblement renvoyé ces pays soit à l'Ouest, soit à l'Est. Ainsi, la majeure partie de l'Allemagne et l'Autriche furent du camp occidental (l'Autriche demeurait neutre cependant) et les autres Etats passaient sous influence soviétique.

L'intégration de ces pays auparavant sous influence soviétique au sein de l'Union européenne permet de raviver et d'actualiser cette ancienne notion d'Europe centrale.

Définition restrictive[modifier | modifier le code]

L'Europe centrale selon Milan Kundera

Une définition restrictive de l'Europe centrale peut se voir dans la réflexion de Milan Kundera, écrivain tchèque donc centreuropéen.

L'appartenance à l'Occident[modifier | modifier le code]

Selon lui, l'Europe centrale se compose notamment de la Pologne, de la Hongrie et de la Tchécoslovaquie, « la partie la moins connue et la plus fragile de l'Occident (...) »[1]. Le sentiment d'appartenir à l'Europe occidentale est très présent dans ces nations, qui se sont « toujours considérées comme occidentales [et qui] se réveillèrent un beau jour et constatèrent qu'elles se trouvaient à l'est »[1], au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Un avenir incertain dans un environnement hostile[modifier | modifier le code]

Outre cette conscience d'appartenir à l'Occident, ce qui rassemble aussi ces nations, c'est la nécessité de se battre pour survivre, pour exister. Elles sont « coincées d'un côté par les Allemands, de l'autre côté par les Russes »[1]. Cette double influence, à la fois germanique (du Haut Moyen Âge jusqu'au XXe siècle) et russe (hégémonie tsariste puis soviétique) a fait dire que les habitants de ces pays d'Europe centrale se reconnaissaient dans leur contestation d'une présence trop importante soit d'Allemands, soit de Russes[3].

František Palacký, historien et personnalité politique tchèque du XIXe siècle, soutenait ainsi l'Empire d'Autriche par opposition à la Russie, « cette puissance qui, ayant aujourd’hui une grandeur énorme, augmente sa force plus que ne pourrait le faire aucun pays occidental (...) [qui] serait le malheur immense et indicible, le malheur sans mesure et sans limites »[1].

Lorsque Kundera parle de l'Europe centrale, il en exclut par conséquent également l'Allemagne dont la tentation hégémonique a marqué l'histoire de la région. Il prend l'exemple de l'invasion de la Tchécoslovaquie en 1968 pour illustrer ces différences d'état d'esprit :

« Les Russes, les Bulgares, les Allemands de l'est étaient redoutables et redoutés. En revanche, je pourrais raconter des dizaines d'histoires sur les Polonais et les Hongrois qui faisaient l'impossible pour donner à voir leur désaccord avec l'occupation et la sabotaient franchement. »[1]

Les nations centreuropéennes ont pour point commun un avenir incertain face aux hégémonies de leurs puissants voisins. Ces petites nations « [peuvent] disparaître, et [elles le savent]. Un Français, un Russe, un Anglais n'ont pas habitude de se poser des questions sur la survie de leur nation. Leurs hymnes ne parlent que de grandeur et d'éternité. Or, l'hymne polonais commence par le vers : "La Pologne n'a pas encore péri...". »[1]

Une histoire et une culture commune malgré leur grande diversité[modifier | modifier le code]

Le ciment de cette région, ce qui lui donne son homogénéité, se trouve dans son histoire : l'union de trois Etats indépendants (Bohême, Hongrie, Autriche) sous l'influence des Habsbourg ; dans les arts : avec le baroque qui unira « cette vaste région de Salzbourg à Wilno »[1], et en particulier la musique.

Enfin, ces nations se retrouvent dans leur pluralité. L'Europe centrale pourrait en effet se définir ainsi : « le maximum de diversité sur le minimum d'espace »[1]. Et parmi cette multitude, une en particulier occupe une place prépondérante : la minorité juive. « (...) Aucune partie du monde n'a été aussi profondément marquée par le génie juif. Etrangers partout et partout chez eux, élevés au-dessus des querelles nationales, les Juifs étaient au XXe siècle le principal élément cosmopolite et intégrateur de l'Europe centrale, son ciment intellectuel, condensation de son esprit, créateur de son unité spirituelle »[1]. C'est d'ailleurs en Europe centrale que naîtra le sionisme, à l'instant même où naissaient les autres aspirations nationales, qu'elles soient tchèque, slovaque, hongroise ou polonaise.

L'Europe centrale rassemble non pas des Etats, entités trop figées, trop artificielles, trop politiques mais « des peuples (...) dans des frontières imaginaires et toujours changeantes, à l'intérieure desquelles subsistent la même mémoire, la même expérience, la même communauté de tradition »[1].

Quelles limites géographique ?[modifier | modifier le code]

Ainsi, en suivant l'approche de Kundera, les pays de l'Europe centrale stricto sensu sont les suivants :

Définition extensive[modifier | modifier le code]

L'Europe selon le StAGN.

Le Comité allemand permanent des noms géographiques (Ständiger Ausschuss für geographische Namen - StAGN) dresse une carte élargie de l'Europe centrale (voir ci-contre)[4].

Le professeur Peter Jordan relève huit facteurs permettant d'affirmer l'appartenance à l'Europe centrale[2] :

  • Empreinte des cultures allemande et juive, en plus des cultures slave, romane ou encore hongroise ;
  • Concomitance temporelle du protestantisme et du catholicisme, l'orthodoxie et l'islam intervenant peu ;
  • Existence précoce d'un système urbain et d'une bourgeoisie comme contrepoids à la noblesse, au souverain et à l'Eglise ;
  • Développement précoce d'une paysannerie libre ;
  • Tradition de l'autonomie locale et régionale ;
  • Diversité culturelle (linguistique, religieuse) et ethnique au sein des Etats ;
  • Orientation politique et économique en direction du continent ;
  • Industrialisation tardive par rapport à l'Europe occidentale mais précoce vis-à-vis de l'Europe orientale et méridionale.

Voici les principales explications pouvant justifier ce choix, pays par pays.

Allemagne[modifier | modifier le code]

La présence de l'Allemagne au sein de l'Europe centrale élargie n'a pas de quoi étonner outre-mesure. D'une part, elle connait cette concomitance des religions catholique et réformée (bien que certaines régions, comme la Bavière, n'est pas réellement subi l'influence de la Réforme). Néanmoins, au-delà de la stricte question religieuse, la diversité culturelle et ethnique en Allemagne est moindre que dans le reste de la région (il faut noter que les minorités allemandes sont une composante essentielle de cette diversité dans les autres pays ; à l'inverse, il existe peu de minorités slave ou magyare en Allemagne)[2].

D'autre part, économiquement et politiquement, l'Allemagne s'est toujours tournée vers le continent, comme l'atteste également ses nombreuses minorités disséminées dans la région. La tentation coloniale allemande n'a commencé qu'en 1884, pour se terminer dès 1918. Quant au commerce hanséatique, il s'inscrit pour partie lui-même dans une continuité territoriale centreuropéenne, et ne concernait qu'une petite partie de l'Allemagne contemporaine. La bourgeoisie s'est en outre rapidement développée dans les villes allemandes et avec elle une tradition politique autonome, substrat du fédéralisme actuel (comme en Autriche ou en Suisse)[2]

Pays baltes[modifier | modifier le code]

État monastique des chevaliers teutoniques aux XIVe et XVe siècles.

Les États baltes quant à eux ont d'importantes minorités russes (notamment la Lettonie et l'Estonie), mais leur population majoritaire est en contraste avec les peuples voisins de l'Est : ils ne sont pas de tradition byzantine et orthodoxe mais plutôt d'Europe centrale, entre protestantisme et catholicisme. La Lituanie catholique fut associée pendant des siècles avec la Pologne et abrite aujourd'hui une grande minorité polonaise. La Lettonie (à majorité protestante, mais avec une importante minorité catholique à l'est, en Latgale) et l'Estonie étaient associées à l'État monastique des chevaliers teutoniques du XIIIe au XVe siècle. Ces trois Etats ont également connu jusqu'à la Seconde Guerre mondiale une importante minorité allemande (Allemands de la Baltique), notamment en Estonie où ils ont joué un rôle majeur dans la société. Enfin, dans les trois pays, en particulier en Lituanie, les Juifs étaient très présents jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. Toutes ces caractéristiques distinguent les pays baltes de l'Europe du Nord et seule l'Estonie constitue un pont culturel avec cette dernière en raison de la proximité linguistique entre l'estonien et le finnois[2].

Russie et Biélorussie[modifier | modifier le code]

L'oblast de Kaliningrad correspond à l'ancienne Prusse-orientale germanique et protestante. Cette enclave a subi un échange complet de population après la Seconde guerre mondiale : elle a été repeuplée par des Russes et d'autres immigrants de l'ancienne Union soviétique, et de fait, l'ancien paysage culturel a été considérablement transformé. Que cette zone appartienne culturellement à l'Europe centrale s'explique principalement par le fait que l'histoire locale continue de s'insérer dans cet espace géographique, malgré la nouvelle composition de la population. Les identités régionales historiques persistent et probablement, à plus long terme, le développement des Etats voisins d'Europe centrale aura son effet sur la région, loin de la Russie eurasiatique[2].

En Biélorussie, le voblast de Hrodna est peuplé d'une importante minorité polonaise catholique[2].

Ukraine[modifier | modifier le code]

La Galicie, la Bucovine et la Ruthénie centreuropénnes.

En Ukraine, plusieurs régions bénéficient de considérations géographiques et culturelles les assimilant à l'Europe centrale.

Tout d'abord la Ruthénie subcarpatique (ou Transcarpatie) se situe géographiquement dans la plaine de Pannonie et est classée à ce titre en Europe centrale. Mais cette région fut surtout pendant un millénaire et jusqu'en 1920 (Traité de Trianon) en Hongrie, avant d'être intégré à la Tchécoslovaquie (1920-1939) puis de nouveau à la Hongrie (1939-1945). Une importante minorité hongroise (12%) y réside toujours et la majorité des Slaves autochtones ont été influencés culturellement. Cela a conduit chez ceux-ci à l'émergence d'une conscience nationale propre et à un dialecte très distinctif. Une autre expression centreuropéenne se trouve dans l'Eglise uniate, rite catholique oriental. Enfin, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, d'importantes minorités allemandes et juives étaient présentes, de petites enclaves germanophones existent encore à ce jour[2].

Ensuite, l'appartenance de la partie ukrainienne de la Galicie à l'Europe centrale se justifie non seulement par ses siècles de longue affiliation avec le Royaume de Pologne, puis la République des Deux Nations, puis avec la Pologne de l'entre-deux-guerres, mais aussi par la présence de l'Autriche de 1772 à 1918, tandis que les territoires au nord et à l'est étaient russes. Au cours de la période autrichienne, la domination politique et sociale de la Pologne catholique était patent, même parmi la population ruthène proche de l'Eglise uniate. La présence d'enclaves allemandes où furent assimilés des Juifs renforcent le caractère centreuropéen de la Galicie, malgré la forte diminution des populations non-ukrainiennes aujourd'hui[2].

Enfin, il en va de même pour la Bucovine et la Marmatie dont il est question au sujet de la Roumanie.

Roumanie[modifier | modifier le code]

Bien que la Roumanie soit considérée comme faisant partie de l’Europe de l'Est par exemple par l'OTAN[5], la plupart des géographes la placent dans les Balkans (donc en Europe du Sud-Est) ou en Europe centrale selon différents critères culturels et historiques (c'est le cas du StAGN). Cependant, seuls 6,5 % du territoire de la Roumanie, à savoir la Dobrogée, font partie de la péninsule balkanique stricto sensu[6].

La région historique de Transylvanie, anciennement située dans le Royaume de Hongrie et peuplée d'importantes minorités germanophones et magyarophones, est quant à elle considérée comme faisant culturellement partie de l'Europe centrale. De même pour le Banat et la Marmatie, régions transylvaines à cheval sur la Serbie et l'Ukraine.

Le paysage culturel y a été dominé par des groupes d'Europe centrale (Hongrois, Saxons, Souabes, etc.) et a évolué en Transylvanie sur la base de villes et d'une paysannerie libres. La coexistence entre protestants (Saxons, Hongrois partiellement) et catholiques (Souabes, Hongrois) est une caractéristique propre à l'Europe centrale. Les Valaques quant à eux ont développé une conscience régionale propre, orientée vers l'ouest, qui, entre autres choses, s'est manifestée dans une association à l'Église de Rome. Bien que la région soit maintenant peuplée principalement par des Roumains orthodoxes et que le paysage culturel ait connu un degré important de romanisation, la Transylvanie est bien une aire centreuropéenne[2].

Enfin, bien que la Bucovine fut pendant des siècles une partie de la Principauté de Moldavie, cette région fut culturellement beaucoup plus influencée par son appartenance à l'Autriche de 1775 à 1918. Les Allemands et la bourgeoisie juive germanisée ont exercé une forte influence jusque'à la Seconde Guerre mondiale, et les élites intellectuelles étaient liées à Vienne. Malgré leur disparition respective suite à la Seconde Guerre mondiale, le caractère multi-ethnique de la Bucovine s'est perpétué[2].

Serbie[modifier | modifier le code]

Carte de l'Autriche-Hongrie en 1914. On peut voir que la Voïvodine, la Croatie et la Slovénie appartiennent à l'Empire.

La Voïvodine, proche du Banat, est aujourd'hui une partie de la Serbie, elle-même en Europe du Sud-Est. Mais jusqu'en 1918 elle faisait partie intégrante de la Hongrie et a été particulièrement influencée par la colonisation systématique de la fin du XVIIe au XIXe siècle par des populations d'Europe centrale (Allemands, Hongrois, Croates, Slovaques, Ruthènes, etc.). Les colons de l'Europe du Sud-Est qui s'y sont installés (principalement des Serbes, des Valaques, des Bulgares) ont été socialisés dans cet environnement centreuropéen. Leur conscience régionale diffèrent de celles des autres Serbes : la Voïvodine est restée, malgré la perte d'une grande partie de la population allemande, une région multi-ethnique et a largement conservé son caractère centreuropéen, et ce bien que la majorité de la population soit aujourd'hui chrétienne orthodoxe[2].

Slovénie[modifier | modifier le code]

La Slovénie fut partie intégrante du Saint-Empire romain germanique durant la totalité de son existence, soit de 962 à 1806, puis de l'Empire d'Autriche. Les Slovènes habitant les provinces de la Carinthie, la Carniole et la Styrie (l'actuelle Slovénie) vivent sous la domination des Habsbourg du XIVe siècle jusqu'à 1918, sans statut juridique spécifique mais ayant des députés à Vienne. Tandis que les élites de ces régions se germanisent, les populations paysannes résistent fortement à la germanisation et conservent leur culture et leur langue uniques. Après avoir subi l'influence de la Réforme au xvie siècle, la région est recatholicisée sous le règne de l'Archiduc Ferdinand d'Autriche (règne 1590 - 1637), qui devient plus tard empereur et poursuit une politique identique dans les autres territoires des Habsbourg.

Croatie[modifier | modifier le code]

La Croatie a dans son passé été étroitement associée à la Hongrie et à l'Autriche, jusqu'en 1918. Plus précisément, les royaumes de Croatie et Slavonie furent unis à la Hongrie de 1102 à 1526 puis passèrent sous contrôle des Habsbourg. En 1797, la Dalmatie fut intégrée à son tour à l'Empire d'Autriche, de même que les territoires de la République de Raguse en 1815. C'est ainsi qu'en 1914, le Royaume de Dalmatie était sous domination autrichienne et le Royaume de Croatie et Slavonie sous influence hongroise.

SI les régions historiques de Croatie centrale et de Slavonie s'insèrent dans l'ensemble centreuropéen, il peut sembler incohérent que celles situées sur le littoral oriental de l'Adriatique ne fassent pas partie de l'Europe méridionale. En effet, dans ces régions (Istrie, Kvarner, Dalmatie), les influences vénitienne comme romaine sont palpables, de même que l'orientation politico-économique vers le large. Cependant, l'influence austro-hongroise mêlée à la culture slave a davantage marqué la région[2].

La présence de la Croatie dans l'espace centreuropéen s'explique également par des raisons politiques, en tant que moyen de différenciation vis-à-vis la région de crise que sont les Balkans[2].

Italie[modifier | modifier le code]

Trentin-Haut-Adige

Les territoires du Tyrol du Sud, du Trentin, du Frioul mais aussi la région de Cadore et Trieste ont connu une empreinte très forte des cultures allemande et autrichienne, bien plus qu'italienne.

Historiquement intégrées à l'Empire d'Autriche, ces régions se caractérisent par leur diversité ethnique (Romanches, Frioulans, Ladins, Slovènes, nombreuses enclaves germanophones) qui les rapproche en ce sens également de l'Europe centrale[2].

La carte ci-contre montre par exemple la répartition linguistique dans la région italienne du Trentin-Haut-Adige. Le Tyrol du Sud qui en forme la moitié nord compte plus de 70% de germanophones et près de 5% de ladinophones.

Suisse[modifier | modifier le code]

En Suisse romande, l'usage du français s'oppose à toute appartenance à l'Europe centrale. Cependant, la très forte empreinte culturelle et sociale liée à l'appartenance à la Confédération helvétique depuis le 16e siècle ; les influences allemandes auparavant plus forte en Suisse romande (notamment dans les cantons de Vaud, de Berne et du Valais) ; l'implication dans un système fédéral bénéficiant d'une forte autonomie locale et régionale en contraste frappant avec la France voisine ; la paysannerie libre antérieurement ; et enfin le protestantisme (calvinisme genevois) font pencher la balance en faveur de l'Europe centrale[2].

À l'exception de la question religieuse, la même analogie s'applique au canton suisse du Tessin[2].

France[modifier | modifier le code]

Le Saint-empire romain germanique

En Alsace et en Moselle, les dialectes alémaniques d'une grande partie de la population autochtone est l'argument principal pour affecter ces régions à l'Europe centrale, bien que celles-ci soit largement influencées par le français aujourd'hui. Historiquement, elles appartenaient jusqu'à 1648 (Sundgau), 1682 (Strasbourg) et 1737 (Moselle) au Saint-Empire romain germanique et ont été de 1871 à 1918 une partie de l'Empire allemand[2].

Luxembourg[modifier | modifier le code]

Au Grand-Duché du Luxembourg, le luxembourgeois est la langue la plus parlée aux côtés de l'allemand et du français. Il s'agit d'un dialecte Franco-Mosellan. Les comtes de Luxembourg ont joué un rôle de premier plan dans l'histoire du Saint-Empire romain germanique, et après son indépendance en 1815, le Luxembourg était jusqu'en 1866 membre de la Confédération germanique. Par conséquent, historiquement comme linguistiquement, le Luxembourg était davantage orienté vers l'Europe centrale que ne le furent les Pays-Bas ou la Belgique. La coopération étroite avec ces pays depuis 1958-1960 au sein du Benelux ne peut pas compenser complètement cette réalité[2].

Pays concernés[modifier | modifier le code]

Dans sa définition extensive, les pays considérés comme faisant partie de l'Europe centrale sont donc[4] :

Beaucoup de ces pays appartiennent à l’ensemble dénommé Pays d'Europe centrale et orientale (PECO).

Propositions alternatives[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Milan Kundera, « Un Occident kidnappé ou la tragédie de l'Europe centrale », Le débat, no 27,‎ 1983, p. 3 - 23 (lire en ligne)
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s (de) Peter Jordan, « Großgliederung Europas nach kulturräumlichen Kriterien », sur StAGN (consulté le 11 février 2015)
  3. (en) « Where is Central Europe ? », sur The Economist,‎ 6 juin 2000 (consulté le 9 février 2015)
  4. a et b (de) « Jordan Europa Regional », sur StAGN (consulté le 11 février 2015)
  5. Description de la Roumanie
  6. Géographie universelle (1927), (Paul Vidal de la Blache et Lucien Gallois). Author Emmanuel de Martonne ; Meyers Grosses Taschenlexikon, Mannheim, Leipzig etc. 1999, vol. 15, p. 30 ; Brockhaus Enzyklopädie, 7. Auflage, 12. Band, F.A.Brockaus Wiesbaden 1971 ; Mayers Enzyklopöädisches Lexikon, Band 16, Bibliographisches Institut Mannheim/Wien/Zürich, Lexikon Verlag 1980 ; Die große illustrierte Länderkunde, Band I, C. Bertelsmann verlag, 1966, page 507
  7. Lonnie R. Johnson "Central Europe: enemies, neighbors, friends", Oxford University Press, 1996 ISBN 0-19-538664-7

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Peter Jordan, Großgliederung Europas nach kulturräumlichen Kriterien, Europa Regional, 13. Jahrgang, 2005, Heft 4, S. 162 – 173, Leibniz-Institut für Länderkunde (IfL), Leipzig.
  • P. Michel (sous la dir.), L'Europe centrale : la mélancolie du réel, Autrement-CERI, Paris, 2004.
  • J.-P. Pagé (sous la dir. de), Tableau de bord des pays d'Europe centrale et orientale 2004 (t. 2 : Europe orientale), Les Études du CERI, no 112, Paris, 2004
  • Jean-Yves Potel, Les cent portes de l'Europe centrale et orientale, Éditions de l'Atelier, Paris, 1998.
  • É. Lhomel (sous la dir. de), Europe centrale et orientale : dix ans de transformations, Les Études de la Documentation française, Paris, 2000
  • I. Bibo, Misère des petits États d'Europe de l'Est, Albin Michel, Paris, 1992