Guerre du Kippour

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Guerre du Kippour
Les forces égyptiennes traversant le canal de Suez le 7 octobre.
Les forces égyptiennes traversant le canal de Suez le 7 octobre.
Informations générales
Date du 6 au 25 octobre 1973
Lieu Rives du canal de Suez, plateau du Golan, péninsule du Sinaï et régions avoisinantes.
Issue Cessez-le-feu de l'ONU
Belligérants
Drapeau d’Israël Israël

Soutien :
Drapeau des États-Unis États-Unis

Drapeau de l'Égypte Égypte
Drapeau de la Syrie Syrie
Drapeau de l'Algérie Algérie
Drapeau du Maroc Maroc

Soutien :
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau de la Ligue arabe Ligue arabe
Drapeau de Cuba Cuba
Drapeau de la Corée du Nord Corée du Nord
Drapeau du Pakistan Pakistan

Commandants
Drapeau d’Israël Golda Meir
Drapeau d’Israël Moshe Dayan
Drapeau d’Israël David Elazar
Drapeau d’Israël Israel Tal
Drapeau d’Israël Shmuel Gonen
Drapeau d’Israël Yitzhak Hofi
Drapeau d’Israël Binyamin Peled
Drapeau d’Israël Haim Bar-Lev
Drapeau d’Israël Albert Mandler
Drapeau d’Israël Ariel Sharon
Drapeau de l'Égypte Anouar el-Sadate
Drapeau de la Syrie Hafez el-Assad
Drapeau de l'Égypte Ahmad Ismail Ali
Drapeau de la Syrie Mustafa Tlass
Drapeau de l'Égypte Saad El Shazly
Drapeau de la Syrie Yusuf Shakkour
Drapeau de l'Égypte Abdel Ghani el-Gammasy
Drapeau de la Syrie Ali Aslan
Drapeau de la Syrie Omar Abrash
Conflit israélo-arabe
Batailles
Operation Badr (1973) · Bataille aérienne d'Ofira · Première bataille du Mont Hermon · Bataille de Lattaquié · Seconde bataille du Mont Hermon · Bataille de Damiette (1973) · Bataille aérienne d'El Mansoura · Troisième bataille du Mont Hermon

La guerre du Kippour (en hébreu : מלחמת יום הכיפורים) ou guerre d'Octobre (en arabe حرب تشرين) ou guerre israélo-arabe de 1973 opposa, du 6 octobre au 24 octobre 1973, Israël à une coalition menée par l'Égypte et la Syrie.

Le jour du jeûne de Yom Kippour, férié en Israël, qui coïncidait avec la période du Ramadan, les Égyptiens et les Syriens attaquèrent par surprise simultanément dans la péninsule du Sinaï et sur le plateau du Golan, territoires respectivement égyptien et syrien occupés par Israël depuis la guerre des Six Jours. Profitant d'une supériorité numérique écrasante, les armées égyptiennes et syriennes avancèrent durant 24 à 48 heures, le temps qu'Israël achemine des renforts. Même si les attaquants bénéficiaient toujours d'une large supériorité numérique, l'armée israélienne put alors les arrêter. En une semaine, Israël retrouva son potentiel militaire et lança des contre-offensives qui lui permirent de pénétrer profondément en Syrie et de traverser le canal de Suez pour progresser au sud et à l'ouest en Égypte lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies en coopération avec les deux superpuissances par l'intermédiaire du Royaume-Uni demanda un cessez-le-feu pour laisser place aux négociations. Alors que les armées israélienne et égyptienne se regroupaient, les combats reprirent sur les fronts syriens et égyptiens après l'heure du cessez-le-feu sur initiative israélienne. Sans en référer à l'état-major, les officiers de terrain israéliens se servirent de cette rupture du cessez-le-feu pour encercler l'adversaire.

L'incapacité des services secrets israéliens à prévenir correctement de l'attaque imminente suscita un séisme politique majeur, et notamment la démission de la Première ministre Golda Meir. Cependant, un document déclassifié du Mossad publié en 2012 à la suite de la Commission Agranat, démontre qu'un agent nommé Ashraf Marwan a prévenu le directeur du Mossad, Zvi Zamir, le 5 octobre 1973, de l'imminence « d’un avertissement au sujet de la déclaration de guerre » par la Syrie et l'Égypte. L'information ne serait néanmoins pas parvenue au remplaçant de la Première ministre Golda Meir, le vice-Premier ministre Yigal Allon[1],[2].

La réussite militaire initiale égyptienne, la destruction de la ligne Bar-Lev et la profonde remise en question de la théorie de sécurité israélienne débouchèrent sur l'ouverture des négociations de paix qui aboutirent à la normalisation des relations entre Israël et l'Égypte. Celles-ci menèrent aux accords de Camp David en 1978. Contre l'engagement de ne plus attaquer Israël (engagement tenu jusqu'à aujourd'hui), l'Égypte récupéra la péninsule du Sinaï, occupée après la guerre des Six jours de 1967. La frontière entre l'Égypte et Israël fut rouverte et les populations des deux pays peuvent maintenant voyager chez leur ancien ennemi. Pour le monde en général, la principale conséquence de cette guerre fut le choc pétrolier de 1973, quand l'OPEP décida de l'augmentation de 70 % du prix du baril de pétrole ainsi que de la réduction de sa production.

Contexte[modifier | modifier le code]

Situation des belligérants avant la guerre[modifier | modifier le code]

Plusieurs guerres avaient déjà eu lieu entre Israël et les pays arabes du Moyen-Orient depuis le plan de partage de la Palestine et la Déclaration d'Indépendance de l'État hébreu par David Ben Gourion en 1948. À l'issue de la guerre de 1967, Israël avait conquis des territoires importants à ses voisins et construit des fortifications sur le Golan et dans le Sinaï afin de se protéger militairement des attaques ponctuelles qui survenaient sur les nouvelles frontières : les années 1967-1970 constituent en effet une période de guerre larvée entre l'État juif et ses voisins égyptien et syrien. Notamment, 500 millions de dollars avaient été dépensés en 1971 dans la construction de la ligne Bar-Lev le long de la rive orientale du canal de Suez.

Cependant, après la mort du président égyptien Gamal Abdel Nasser en septembre 1970, son successeur Anouar el-Sadate, bien que plus modéré, décida de restaurer la souveraineté de l'Égypte sur l'ensemble de son territoire. À la suite de la proposition de l'intermédiaire onusien Gunnar Jarring, Sadate se déclara « prêt à négocier un traité de paix avec Israël » contre un engagement israélien à appliquer la résolution 242 (1967) des Nations unies. Mais les dirigeants israéliens, méfiants, firent prévaloir la sécurité militaire que leur assurait le contrôle du Sinaï. Aussi, certains analystes[Lesquels ?] expliquèrent qu'après 3 ans de pouvoir, la situation économique désastreuse de l'Égypte obligeait Sadate à prendre des mesures impopulaires et qu'une opération militaire victorieuse contre Israël, même mineure, s'imposait donc comme une bonne option pour lui rendre une certaine popularité auprès de son peuple miné par l'humiliation de 1967.
De son côté, Hafez el-Assad avait renforcé prioritairement son armée en vue de rendre à la Syrie son rang de puissance militaire au sein des pays arabes. Il se préparait à reprendre le Golan par la force puis obtenir de plus grandes concessions israéliennes plus tard en appuyant les nouvelles revendications palestiniennes formulées par la jeune OLP.
Par ailleurs, le roi Hussein de Jordanie craignait d'entrer dans un éventuel nouveau conflit et surtout de nouvelles pertes pour son royaume (la Cisjordanie avait été perdue en 1967), d'autant que la crise du Septembre noir de 1970 et la tentative de coup d'État de l'OLP de Yasser Arafat en Jordanie avait créé un froid entre Hussein et les positions syriennes et palestiniennes. L'Irak refusa également de combattre au côté de la Syrie avec laquelle les relations étaient tendues. Les armées libanaises quant à elles étaient trop faibles pour prendre part aux combats.

Au cours des mois précédant le déclenchement de la guerre, Sadate tenta une offensive diplomatique pour obtenir le soutien des pays de la Ligue arabe, du Mouvement des non-alignés et de l'Organisation de l'unité africaine. Il obtint également les aides britannique et française au Conseil de sécurité de l'ONU ainsi que l'approvisionnement en matériel par la RFA avant la guerre.

L'escalade vers la guerre[modifier | modifier le code]

À partir de 1972, Sadate annonce ouvertement que son pays est prêt à partir en guerre contre Israël, quitte à « sacrifier un million de soldats »[3]. Son armée est renforcée par l'apport soviétique de Mig-21, missiles sol-air SA-6, de tanks T-62, de roquettes antichars RPG-7 et de missiles guidés anti-tanks AT-3 Sagger. Sur le plan stratégique, les généraux vaincus lors de la déroute de 1967 sont remplacés. Les leçons de la précédente guerre sur le plan de l'armement amenèrent Sadate à menacer l'URSS de se tourner vers les Américains si l'Égypte ne recevait pas d'armes à la pointe de la technologie. Les Soviétiques sont donc contraints d'équiper l'Égypte pour la rendre capable de concurrencer Israël, elle-même équipée par l'industrie militaire américaine.

L'Union soviétique cherche pourtant à éviter une nouvelle confrontation israélo-arabe pour ne pas se trouver en conflit ouvert avec les États-Unis, alors que la Détente est enclenchée et qu'ils ont peu d'intérêt à voir une déstabilisation du Proche-Orient. Les deux super-puissances se rencontrent à Oslo et s'accordent à rechercher un statu quo. En apprenant cette information, les Égyptiens, qui se préparent à passer le Canal de Suez, décident d'expulser les Russes. En juillet 1972, 20 000 conseillers militaires soviétiques sont renvoyés d'Égypte et la politique extérieure égyptienne devient plus favorable aux Américains. Les Soviétiques estiment que les chances d'une victoire égyptienne sont faibles et qu'un assaut contre les fortifications de Suez pourrait être coûteux en pertes humaines. À plusieurs reprises, le président Brejnev tente d'éviter l'affrontement en recommandant à Israël de revenir aux frontières d'avant-1967.

Mais l'Égypte continue à menacer Israël et Sadate se dit prêt, le 24 octobre 1972, à entrer en guerre même sans le soutien de l'URSS. Des exercices militaires à grande échelle y compris chez ses voisins arabes maintiennent le niveau d'alerte maximum en Israël. Les commandements des armées arabes ont secrètement coordonné leur plan d'attaque. Le nom de code de l'opération conjointe entre la Syrie et l'Égypte fut baptisée Opération Badr, qui signifie Pleine Lune en arabe (en référence à la bataille de Badr, l'une des premières victoires militaires de Mahomet contre les habitants de La Mecque pourtant supérieurs en nombre).

Attaque surprise[modifier | modifier le code]

Les services secrets israéliens, dans leur évaluation des risques d'une attaque, s'appuyaient sur plusieurs hypothèses de départ " La Conception":

  • La Syrie n'aurait pas pu entrer en guerre sans l'Égypte.
  • Un informateur égyptien, connu sous le nom de « La Source » (des rumeurs se portent sur le gendre de Nasser, Achraf Marwan), précisa que l'Égypte souhaitait reconquérir l'ensemble du Sinaï mais que l'armée égyptienne attendait l'apport soviétique de chasseurs-bombardiers pour neutraliser les forces aériennes israéliennes et de missiles Scud dirigés vers les villes israéliennes pour dissuader d'éventuelles attaques contre les infrastructures égyptiennes.
  • Les chasseurs-bombardiers devaient arriver à la fin du mois d'août et nécessiter 4 mois de formation des militaires égyptiens. De plus, les observateurs signalaient que l'expulsion des conseillers soviétiques par les Égyptiens devait affaiblir l'armée égyptienne.

Ce sont ces hypothèses qui ont prévalu contre toutes les alertes signalées aux services israéliens. En mai et août 1973, les exercices militaires effectués par les troupes égyptiennes à la frontière avaient mobilisé l'armée israélienne pour un coût de 10 millions de dollars par deux fois, jetant le discrédit sur la thèse d'une attaque imminente, et donnant plus de poids à la « Conception » du major-général Elie Zeira notamment, chef du renseignement militaire (Aman), au point qu'en septembre, le ministère de la défense étudie l'opportunité de réduire le temps de conscription[4].

Tout au long de la semaine précédant le Yom Kippour, les exercices égyptiens se multipliaient près du canal de Suez et des mouvements étaient observés à la frontière syrienne mais l'Intelligence israélienne ne jugea pas plausible une attaque sans l'armement soviétique.

Malgré le refus du roi Hussein de Jordanie de se joindre aux troupes syriennes et égyptiennes, il avait très probablement (d'après Rabinovich) été informé de l'attaque à venir en des termes imprécis lors de la préparation entre les dirigeants arabes. Dans la nuit du 25 septembre, le roi Hussein prit secrètement l'avion pour prévenir le Premier ministre israélien Golda Meir à Tel Aviv de l'imminence d'une attaque syrienne[5].

De façon assez surprenante, l'avertissement ne fut pas pris en compte. D'après les rapports israéliens, malgré des dizaines de signes d’alerte, le Mossad continuait à estimer improbable l'option d'une guerre déclenchée par les pays arabes. Ce fut la rencontre du chef du Mossad, Zvi Zamir, avec « Babel » en Europe qui finit par faire réagir le haut commandement de Forces de défense d'Israël à quelques heures de l'attaque. Des réservistes furent partiellement mobilisés. La mobilisation fut ironiquement facilitée par le fait que les troupes étaient généralement à la synagogue ou chez eux pour le jour du Yom Kippour.

Contrairement aux guerres précédentes, le facteur surprise a cette fois-ci été utilisé contre les Israéliens.

De plus, les Israéliens comprennent mal à quel point l'armée égyptienne a changé:

  • Elle est mieux équipée et mieux entrainée. En effet, pour parer aux atouts israéliens que sont l'arme blindée et l'aviation, l'armée égyptienne s'est massivement équipée de missiles antichar et de missiles sol-air.
  • Les généraux incompétents ont été limogés, et les conflits internes ont été réglés, procurant un commandement uni et cohérent.
  • Les Israéliens pensaient que les Égyptiens chercheraient à détruire Israël, ce qui impliquaient que les chars égyptiens traversent le Sinaï rapidement, là où ils pouvaient être facilement neutralisés. Mais les Égyptiens ont adopté une autre doctrine: Ils attaqueront l'armée israélienne, mais avanceront seulement à l'abri de leur parapluie défensif anti-char et antiaérien. C'est donc toute la doctrine militaire israélienne qui n'est plus valable, et dans ces conditions, les contre-attaques israéliennes deviendront très difficiles.
  • Les services secrets égyptiens font un excellent travail de désinformation. Les Égyptiens ont continuellement noyé les observateurs militaires de fausses informations sur des problèmes imaginaires de maintenance ou de manque de personnel formé sur les équipements avancés. De plus, l'agent israélien "la source" est un agent double, trompant les Israéliens sur les intentions réelles des Égyptiens.

Absence d'attaque préventive israélienne[modifier | modifier le code]

En apprenant l'imminence de l'attaque arabe, Golda Meir prit la décision controversée de ne pas déclencher d'attaque préventive comme cela avait été le cas en 1967.

La stratégie israélienne était de prévoir une attaque préventive si la guerre était imminente. Il était prévu que les services secrets donnent un préavis de 48 heures.

Pourtant, Golda Meir, Moshe Dayan et le général David Elazar s'étaient rencontrés le matin du Yom Kippour, 6 heures avant l'attaque. Dayan doutait toujours de l'imminence de la guerre tandis qu'Elazar pensait à une attaque planifiée en Syrie contre ses forces aériennes, puis ses missiles et ses forces au sol.

Mais l'argument qui joua fut le risque qu'Israël puisse avoir besoin d'aide par la suite. Or une aide européenne allait être bloquée par des menaces arabes d'embargo sur le pétrole comme cela s'était déjà produit concernant des munitions. Israël ne pouvait donc compter que sur l'aide américaine qui était conditionnée par la première attaque. Si Israël avait attaqué en premier (même de façon préventive), aucune aide ne serait venue des États-Unis. Cela fut confirmé par Henry Kissinger plus tard.

Déroulement de la guerre[modifier | modifier le code]

Dans le Sinaï[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Badr (1973).

Le 6 octobre à 14h00, les forces armées égyptiennes déclenchèrent la guerre, en lançant leur aviation, commandée par Hosni Moubarak, dans des sorties en profondeur pour frapper les postes de commandement, des batteries, des stations de radars, et trois aéroports israéliens. Durant ces bombardements, les Égyptiens perdirent onze avions, dont celui piloté par le frère du président égyptien, Atif Sadate.

Simultanément, un intense pilonnage d'artillerie et des infiltrations de commandos antichars préparait la traversée du canal de Suez, qui s'ensuivit rapidement, entraînant chez les égyptiens la perte de 280[6] soldats sur les 8 000 qui constituaient la première vague.

Ayant anticipé une rapide contre-attaque de l'armée israélienne, les Égyptiens avaient équipé leurs soldats d'armes capables de détruire des tanks dont les missiles antichar AT-3 Sagger. Un soldat égyptien sur trois était armé contre les blindés. Les positions égyptiennes sur le canal de Suez avaient été surélevées de façon à obtenir un avantage certain pour tirer sur les tanks israéliens.

Contrairement à 1967, les unités égyptiennes choisirent de ne pas avancer au-delà de la couverture qu'assuraient leurs batteries de missiles sol-air qu'ils avaient installées pour protéger les lignes de cessez-le-feu de 1967. Les forces aériennes sur lesquelles Israël avait misé l'essentiel de ses investissements militaires ne pouvaient ainsi rien tenter contre elles.


Quatre mauvaises surprises pour les Israéliens

  • Avant la guerre, la majorité des experts occidentaux et israéliens s'accordaient à estimer que la seule possibilité pour les égyptiens de se rendre maître de la ligne Bar-Lev serait d'utiliser des armes nucléaires tactiques. Un des points forts du dispositif israélien consistait à couvrir le canal de napalm pour brûler toute force armée ayant l'audace de tenter la traversée. Mais avant le déclenchement des opérations, les forces du génie égyptien sabotèrent ce dispositif.
L'infanterie égyptienne traversa le canal à bord de bateaux pneumatiques propulsés simplement à la rame, sous la protection d'un tir de barrage de l'artillerie égyptienne qui pilonnait les positions israéliennes de la ligne Bar-Lev, obligeant ainsi les unités à se terrer dans les bunkers de protections.
Les forts de la ligne Bar-Lev cédèrent tous aux assauts égyptiens, sauf un, le plus au nord.
  • Outre les positions statiques, la ligne Bar-Lev étaient constituée de concentrations de blindés, destinés, selon la stratégie israélienne en cas d'attaque, à repousser l'infanterie ennemie, pour laisser au gros des armées blindées israéliennes le temps de se mobiliser, ce qui nécessitait environ 48 heures. Les Israéliens eurent alors une deuxième surprise de taille : toutes les attaques de blindés furent mise en échec par l'infanterie égyptienne, grâce à l'utilisation massive de missiles Malyutka (code OTAN AT-3 Sagger). Ces missiles facilement transportables dans une petite valise, étaient actionnés par un seul soldat et guidé par fil qui lui permettait de détruire un char jusqu'à 3 000 mètres. Jamais dans l'histoire militaire, des forces d'infanterie n'avait réussi à mettre en déroute des blindés avant cette guerre.
  • La troisième mauvaise surprise pour les Israéliens, fut l'échec initial de leur aviation. En effet la stratégie israélienne était basée sur leur indéniable supériorité aérienne. Or les Égyptiens utilisèrent massivement les missiles thermiques antiaériens SA-6 Gainful, équipés d'un système de radar très sophistiqué. Les pertes israéliennes furent telles que l'état-major israélien interdit à ses avions de se rapprocher à moins de 5 km du canal de Suez.
  • La quatrième surprise fut la capacité des Égyptiens à construire une vingtaine de ponts sur le canal alors que les services de renseignements militaire israéliens (AMAN) avait estimé que cela était impossible pour les forces du génie égyptien.


L'armée égyptienne en position de force

Le 6 octobre au soir, les Égyptiens avaient réussi à faire traverser 60 000 hommes et cinq divisions mécanisées. La 18ème, la 12ème, et la 6e constituaient la deuxième armée, déployée, sur la rive est du canal, entre les points faisant face à Port Saïd et Ismaïlia, tandis que la 7e et la 19e division, face à une ligne joignant Ismaïlia à Suez, constituaient la troisième armée.

L'armée égyptienne adopta alors une position défensive, tactique plus avantageuse dans le désert, en restant dans une bande de 15 km le long du côté est du canal, protégée par le parapluie de missiles antiaériens placés à l'ouest du canal, qui empêchaient l'aviation israélienne d'intervenir efficacement, et à ses blindés de manœuvrer librement. Les différentes attaques israéliennes furent toutes repoussées et se virent infliger des pertes importantes. Shmuel Gonen (en) (qui avait remplacé Ariel Sharon en tant que commandant du front sud seulement trois mois auparavant) ordonna une contre-attaque à Hizayon, alors que les chars israéliens y étaient particulièrement exposés aux tirs de missiles Sagger. Le désastre qui en résultat, suivi par la contre-attaque nocturne des Égyptiens, ne fut stoppé que par la division d'Ariel Sharon qui imposa une accalmie relative. Les deux armées se postèrent alors dans une position défensive.

Le haut commandement israélien était pris au dépourvu par les capacités opérationnelles inattendues d'un ennemi égyptien qui avait été rapidement défait à peine six ans auparavant lors de la guerre des Six Jours. Mais ce conflit de 1967 avait poussé les généraux égyptiens à repenser différemment, et à révolutionner la stratégie militaire en inaugurant la guerre des missiles. Elazar effectua alors un remaniement dans le commandement des troupes israéliennes, en remplaçant, à la tête, Gonen par Bar-Lev, sorti de sa retraite. Moshe Dayan ministre de la défense, fit des rapports alarmants sur l'état des opérations, alimentant, avec ses collègues, les craintes d'une « troisième destruction du Temple ». Les Israéliens étaient en outre particulièrement sensibles à deux points : la durée de la guerre, et son coût en hommes.


L'erreur de Sadate

Après plusieurs jours d'attente, Sadate voulut, dés le 11 octobre, reprendre l'offensive afin d'aider les syriens en difficulté. Une crise de commandement l'opposa alors à Saad el-Shazly, chef d'état major. Shazli estimait qu'une sortie des blindés hors de la protection du parapluie de missiles sol-air égyptiens, mettrait les chars égyptiens en danger (en effet, une brigade blindée égyptienne fut anéantie en menant une attaque à l'est avant la tombée de la nuit). Tous les commandants de la deuxième et troisième armée égyptiennes étaient hostiles au développement d'une attaque en profondeur.

Néanmoins, Sadate, obstiné, lança le 14 octobre une attaque concentrée. Celle-ci se révéla un échec cuisant. 400 chars égyptiens attaquèrent 800 chars israéliens en position défensive, soutenus par la force aérienne israélienne. Le résultat fut le tournant de la guerre du Kippour. Les israéliens malmenés depuis le 6 réussirent finalement à reprendre l'initiative : le 14 octobre, 250 chars égyptiens sur 400 furent anéantis. En outre, pour développer cette attaque, Sadate utilisa la 4e et la 21e division blindée, vidant ainsi l'ouest du canal de Suez de réserves stratégiques, ce qui déséquilibra ainsi le dispositif général égyptien. Les généraux israéliens exploitèrent ce point faible en traversant le canal à leur tour, et en commençant à liquider au sol le redoutable dispositif égyptien de missiles thermiques SA-6 qui paralysait jusqu'alors quasi totalement l'aviation israélienne, et lui avait infligé, entre le 6 et le 14 octobre, les plus grandes pertes de son histoire. D'après Saad el Shazli, le 14 est une date charnière, à partir de laquelle les israéliens ont repris l'initiative.


Le retournement de la guerre

À partir du 15 octobre, en effet, les Israéliens changèrent de tactique, et attaquèrent en utilisant cette fois leur infanterie, qui s'infiltra à pied jusqu'aux batteries de missiles sol-air et antichars.

Une division commandée par le major général Ariel Sharon attaqua la ligne égyptienne à son point le plus faible, à la limite entre les positions défendues par la Deuxième Armée égyptienne au nord, et la Troisième Armée au Sud. Elle ouvrit une brèche dans la ligne égyptienne et atteignit le canal de Suez. Une petite troupe passa le canal grâce à des canots pneumatiques, et constitua un pont sur le canal pour permettre le passage d'un grand nombre d'hommes. Une fois les missiles antiaériens et antichars neutralisés grâce à ces infiltrations d'unités d'infanterie et l'utilisation de missiles de fabrication américaine, l'infanterie put à nouveau compter sur le support de l'aviation et des blindés.

Au sud, la division de Avraham « Bren » Adan put mettre en place un pont flottant dans la nuit du 16 au 17 octobre, et le traverser afin d'encercler la troisième armée égyptienne.

Sans ordres, Sharon attaqua Ismaïlia avec sa division blindée pour tenter de couper le ravitaillement de la deuxième armée égyptienne. Il y eut alors une crise de commandement, les supérieurs de Sharon lui reprochant ses insubordinations répétées. Sharon court-circuita la voie hiérarchique et obtint l'autorisation directement de Moshé Dayan. Cette bataille d'Ismaïlia dura quatre jours . Le terrain était totalement différent du Sinaï désertique, car il s'agissait de domaines agricoles plantés de manguiers, configuration plus favorable à une défense d'infanterie. La division blindée 142 de Sharon, renforcée de deux brigades blindées et une brigade de parachutistes, fut mise en échec par une brigade de parachutistes (la 182e) épaulée par les 73e et 122e bataillons foudre (forces spéciales), et aidée par l'artillerie d'Abou Ghazala de la deuxième armée.

En même temps, au sud les batteries de missiles côté est furent en partie détruites.

Durant cette période décisive, le ravitaillement des armées belligérantes par l'URSS et les États-Unis fut intense.

Avant que la guerre ne s'arrête, une division israélienne était arrivée à 101 kilomètres de la capitale égyptienne Le Caire.

Sur le plateau du Golan[modifier | modifier le code]

Offensive et contre-offensive sur le plateau du Golan.

Sur le plateau du Golan en altitude, les Syriens attaquèrent les Israéliens. Ils envoyèrent cinq divisions et 188 batteries d'artillerie contre les deux brigades et les onze batteries de défense des Israéliens. Au moment de l'assaut, seulement 180 chars d'assaut firent face aux quelques 1 400 chars syriens équipés pour les combats nocturnes. Des commandos syriens parachutés par hélicoptère prirent immédiatement le plus important bastion de surveillance israélien sur le mont Hermon.

Les affrontements sur le plateau du Golan devinrent très vite la priorité des Forces de défense d'Israël qui y envoyèrent le plus rapidement possible des réservistes mobilisés car la chute du Golan aurait permis aux Syriens de s'infiltrer facilement plus en avant dans le territoire israélien. Les réservistes furent envoyés directement dans des chars sur le front sans attendre même le calibrage des canons.

Un IAI Nesher au-dessus du Golan durant la guerre du Kippour.

Comme les Égyptiens dans le Sinaï, les Syriens utilisèrent les armes antichars fournies par les Soviétiques et restèrent sous la protection de leurs batteries de missiles SAM. Toutefois, les tirs contre les chars furent moins efficaces sur ce terrain que dans le désert.

Contrairement aux prévisions syriennes qui avaient estimé que les réservistes israéliens n'arriveraient sur le front qu'au bout d'une journée, Israël parvient à mobiliser ses unités et à les envoyer au front après seulement 15 heures de combats.

À l'issue du premier jour, les Syriens, obtinrent une victoire. Ils furent sur le point de contrôler l'importante jonction de Nafekh (qui était aussi le quartier général israélien du plateau). Puis, pendant quatre jours, la septième brigade israélienne commandée par Yanush Ben Gal résista pour conserver le flanc Nord du quartier général de Nafekh. Au Sud, la brigade « Barak », non protégée par des obstacles naturels, essuya de lourdes pertes. Le commandant colonel Shoham mourut dans les premiers jours de combats alors que les Syriens tentaient désespérément d'avancer pour atteindre le lac de Tibériade.

Le vent tourna à partir du 8 octobre, à l'arrivée des nouveaux réservistes israéliens qui parvinrent à bloquer l'offensive syrienne puis, le 10 octobre, à la repousser au-delà de la Purple Line, la frontière d'avant la guerre.

T-62 syriens hors de combat sur les hauteurs du Golan.

Rabinovich raconte que le débat fut alors intense sur la question de continuer la contre-attaque à l'intérieur des frontières syriennes. La défaite de Shmuel Gonen dans le Sinaï s'était passée deux jours plus tôt et marquait encore les esprits. Certains considéraient sage de rester sur la défensive sur le plateau du Golan plutôt que de s'engager sur les plaines syriennes mais, quatre jours auraient été nécessaires pour envoyer les troupes du Golan dans le Sinaï et le bilan global israélien était alors négatif : perte de terrain dans le Sinaï et statu quo dans le nord. La décision fut donc prise de passer la Purple Line dès le 11 octobre.

Du 11 au 14 octobre, la poussée israélienne les amena à 40 km des banlieues de Damas qui étaient à la portée de l'artillerie. Le roi Hussein de Jordanie décida alors que la situation exigeait l'intervention de son armée. Certaines sources rapportent ainsi qu'il fit le nécessaire pour envoyer des troupes jordaniennes en soutien aux Syriens tout en évitant d'être attaqué par les Israéliens à ses propres frontières. Ces derniers ne souhaitaient pas non plus ouvrir un troisième front. Par ailleurs, l'Irak expédia quelque 30 000 hommes, 500 chars d'assaut et 700 APC. Les efforts combinés des armées arabes empêchèrent Israël d'avancer davantage.

Le 22 octobre, les brigades israéliennes récupérèrent la position du mont Hermon malgré de lourdes pertes dues aux franc-tireurs syriens. Les pertes des attaques contre cette position furent lourdes mais le sommet du mont fut occupé par une brigade parachutiste israélienne à la suite d'une brèche percée par un bulldozer D9 de l'infanterie.

En mer[modifier | modifier le code]

La bataille navale de Latakia entre Syriens et Israéliens s'est déroulée le 7 octobre, second jour du conflit. Ce fut une victoire israélienne retentissante qui démontra notamment l'efficacité des navires militaires équipés des moyens d'auto-défense ECM. La marine israélienne devait acquérir définitivement la supériorité navale en Méditerranée avec une seconde victoire, remportée le 9 octobre à Damiette sur la marine égyptienne.

Par ailleurs, tant la marine israélienne que son homologue égyptien montèrent plusieurs attaques et opérations commando (menées par des nageurs de combat) contre les bases navales adverses.

À l'issue du conflit, le bilan de la guerre navale fut très favorable à Israël qui s'imposa très nettement face à ses adversaires, leur coulant ou endommageant gravement quinze bâtiments pour la perte de deux patrouilleurs légers (en mer Rouge, face aux Égyptiens).

Contribution d'autres pays[modifier | modifier le code]

Les apports des autres pays du front anti-israélien sont peu précis.

L'Arabie saoudite et le Koweït ont surtout fourni une aide financière et, de façon symbolique, quelques militaires sur le front. Le Maroc a envoyé 6000 soldats de ses forces armée royale coté syrien. Le Pakistan a envoyé seize pilotes et des troupes palestiniennes se joignirent aussi aux armées arabes.

De 1971 à 1973, la Libye envoya des Mirages et 1 milliard de dollars pour aider l'effort d'armement égyptien. Elle a également envoyé des chasseurs, des bombardiers et des chars[réf. nécessaire]. Selon la France, la Libye n'a pas prêté les mirages à l'Égypte. Mais, selon les Israéliens, la Libye aurait prêté ses avions à l'Égypte[7].

Concernant l'Algérie, sa force était composée d'un escadron de bombardiers tactiques Su-7 et d'un escadron de chasse MiG-21 qui arrivèrent aux environs du canal entre le 9 et le 11 octobre. Une brigade blindé de 150 chars arriva plus tard, ses éléments avancés le 17 octobre, le gros de la brigade le 24 octobre. Après la guerre, au début du mois de novembre, le gouvernement algérien en collaboration avec l'URSS, finança les réarmements égyptien et syrien pour une somme de 200 millions de dollars.

La Tunisie a envoyé un contingent de 1 000 soldats auprès des forces égyptiennes dans le delta du Nil. Le Soudan a envoyé 3 500 soldats. Des pilotes de la Corée du Nord et de l'Allemagne de l'Est ont participé également au conflit[8]. La Corée du Nord a perdu au moins deux MiG-21, dont un par un tir ami égyptien (les Israéliens, pur leur part, ignoraient la nationalité des avions ennemis)[9]. La radio ougandaise a fait également mention de combattants ougandais.

Côté israélien, Les États-Unis ont organisé une l'opération Nickel Grass qui a permis aux Israéliens de se réapprovisionner après de fortes pertes dans le Sinaï (chars d'assaut).

Cessez-le-feu et lendemain de guerre[modifier | modifier le code]

Le Conseil de sécurité des Nations unies adopte le 22 octobre 1973 la Résolution 338 (1973), négociée par les États-Unis et l'Union soviétique, qui réaffirme la validité de la résolution 242 (1967), adoptée pendant la guerre des Six Jours et appelle toutes les parties au conflit (l'Égypte, la Syrie, Israël, la Jordanie) à un cessez-le-feu immédiat et à des négociations en vue « d'instaurer une paix juste et durable au Moyen-Orient ». Le cessez-le-feu devient effectif douze heures plus tard à 19 heures sur le terrain, à la tombée de la nuit.

Situation de la troisième armée égyptienne encerclée[modifier | modifier le code]

À cet instant, les forces israéliennes étaient à quelques centaines de mètres de la route du Caire. Elazar et Dayan s'accordèrent pour prendre la route qui part vers le sud et encerclèrent ainsi la Troisième Armée égyptienne à l'ouest du canal de Suez. Au matin, les vols de reconnaissance soviétiques observèrent l'avancée que l'armée israélienne avait effectué pendant la nuit et l'URSS accusa Israël de non-respect du cessez-le-feu. Surtout, cette situation offrit aux États-Unis une opportunité stratégique : obtenir de l'Égypte qu'elle sorte définitivement de l'influence soviétique en échange de la Troisième Armée qui était encerclée sans ravitaillement par les troupes israéliennes cependant beaucoup moins nombreuses.

Menace nucléaire soviético-américaine[modifier | modifier le code]

Article connexe : Parapluie nucléaire.

Brejnev envoya une lettre à Nixon dans la nuit du 23 au 24 octobre afin qu'Américains et Soviétiques assurassent le respect du cessez-le-feu sur le terrain. Il menaça même les États-Unis d'intervenir aux côtés de l'Égypte s'ils n'agissaient pas dans ce sens. Nixon, affaibli par le scandale du Watergate ne fut pas consulté par ses conseillers qui prirent des mesures d'apaisement pour mettre un terme à la crise avec l'URSS. Nikolaï Podgorny confia plus tard qu'il avait été surpris par la peur des Américains. Les Soviétiques n'auraient probablement pas déclenché la Troisième Guerre mondiale à cause de cette guerre au Proche-Orient. La réponse des États-Unis fut de baisser le niveau d'alerte du DEFCON et de suggérer à Sadate d'abandonner sa demande d'assistance aux Soviétiques, ce qu'il accepta le lendemain matin. Les négociations aboutissent à un cessez-le-feu ratifié par l’ONU le 25 octobre 1973.

Accalmie sur le front nord[modifier | modifier le code]

Sur le front Nord, les Syriens avaient planifié une contre-attaque massive pour le 23 octobre. Les cinq bataillons syriens furent aidés par deux bataillons irakiens et quelques troupes des autres pays arabes dont la Jordanie. Les Soviétiques avaient remplacé tous les tanks perdus par les syriens dans les premières semaines de combat.

Toutefois, la veille de l'attaque prévue, les Nations unies imposèrent le cessez-le-feu qui avait déjà été accepté par l'Égypte et Israël sur le front sud. Hafez el-Assad décida d'abandonner l'offensive et accepta le cessez-le-feu le 23 octobre. L'Irak rappela ses troupes.

Négociations d'après-guerre[modifier | modifier le code]

Les combats organisés prirent fin sur tous les fronts aux alentours du 26 octobre. Cela n'empêcha pas des tirs sporadiques ni ne dissipa les tensions militaires liées à la Troisième Armée égyptienne toujours prisonnière et isolée sans ravitaillement.

Israël reçut la menace de Kissinger de soutenir un retrait auprès de l'ONU, mais une proposition de Sadate auprès des États-Unis de négocier directement avec Israël le ravitaillement du contingent encerclé aboutit plus vite au cessez-le-feu définitif.

Les discussions eurent lieu le 28 octobre entre les majors généraux Aharon Yariv (Israélien) et Muhammad al-Ghani al-Gamasy (Égyptien). Ils s'accordèrent sur l'échange des prisonniers de guerre et les checkpoints israéliens ; un accord de paix fut trouvé au sommet qui suivit à Genève. Le 18 janvier, Israël signa un accord de retrait de la partie ouest du canal de Suez et retira ses troupes le 5 mars.

Un va-et-vient diplomatique de Henry Kissinger aboutit à un accord de désengagement le 31 mai 1974, basé sur l'échange de prisonniers, le retrait israélien jusqu'à la Purple Line et l'établissement d'une zone tampon contrôlée par l'ONU. Une troupe d'observateurs des Nations unies fut aussi établie dans le Golan pour garantir la paix.

Discours d'Anouar el-Sadate à Jérusalem, le 20 novembre 1977[modifier | modifier le code]

« Je suis venu à vous aujourd'hui sur deux pieds assurés, afin que nous puissions construire une vie nouvelle, afin que nous puissions établir la paix pour nous tous sur cette terre, la terre de Dieu - nous tous, musulmans, chrétiens et juifs….

Le destin a voulu que mon voyage - une mission de paix - coïncide avec la fête musulmane d'Al-Adha, la fête du sacrifice consenti quand Abraham - l'ancêtre des Arabes et des Juifs - obéit au commandement de Dieu et se remit à Lui, non par faiblesse mais par force spirituelle et dans une totale liberté, accepta de sacrifier son fils avec une foi inébranlable, établissant ainsi pour nous des idéaux qui donnent à la vie une profonde signification…

Le premier fait est qu'il ne peut y avoir de bonheur pour quiconque au prix du malheur d'autrui…

Vous voulez vivre avec nous dans cette région du monde, et je vous le dis en toute sincérité : nous vous accueillerons avec plaisir parmi nous, en sûreté et en sécurité…

Je vous le dis, en vérité, que la paix ne sera réelle que si elle est fondée sur la justice et non sur l'occupation des terres d'autrui. Il n'est pas admissible que vous demandiez pour vous-mêmes ce que vous refusez aux autres…

En toute honnêteté, je vous dis que la paix ne peut être obtenue sans les Palestiniens. Ce serait une grossière erreur, dont les conséquences seraient imprévisibles, que de détourner nos yeux du problème ou de le laisser de côté…Si vous avez trouvé la justification légale et morale de l'établissement d'une patrie nationale sur un territoire qui n'était pas le vôtre, alors il vaut mieux que vous compreniez la détermination du peuple palestinien à établir son propre État, une fois de plus, dans sa patrie. Quand quelques extrémistes demandent que les Palestiniens abandonnent cet objectif suprême, cela signifie en réalité qu'on leur demande d'abandonner leur identité, et tous leurs espoirs pour l'avenir…

Permettez-moi de résumer la réponse à la question "Qu'est-ce que la paix pour Israël ?" La réponse est qu'Israël devrait vivre à l'intérieur de ses frontières, à côté de ses voisins arabes, en sécurité et en paix, dans le cadre de garanties acceptables que l'autre coté obtiendra également. Comment cela peut-il être réalisé ? Comment pouvons-nous arriver à ce résultat pour obtenir une paix permanente et juste ? Voici les faits auxquels on doit faire face avec courage et clarté. Il y a de la terre arabe qu'Israël a occupée et qu'il continue à occuper par la force des armes. Nous insistons sur un retrait complet de ce territoire arabe, y compris Jérusalem arabe, Jérusalem où je suis venu comme dans une cité de paix, la cité qui a été et qui sera toujours l'incarnation vivante de la coexistence entre les fidèles des trois religions…

Il est inacceptable que quiconque puisse penser à la position de Jérusalem en termes d'annexion ou d'expansion. Jérusalem doit être une ville libre, ouverte à tous les fidèles… J'ai déclaré plus d'une fois qu'Israël est devenu un fait que le monde a reconnu et dont la sécurité et l'existence ont été garanties par les deux superpuissances… Nous déclarons même que nous acceptons toutes les garanties internationales que vous pourriez imaginer, d'où qu'elles viennent…

L'expérience de l'histoire nous enseignera peut-être, à nous tous, que les fusées, les navires de guerre et les armes nucléaires ne peuvent établir la sécurité, mais, au contraire, détruisent tout ce qu'elle bâtit…

La paix n'est pas seulement une signature apposée sous un texte. C'est une nouvelle écriture de l'Histoire. »

Bilan de la guerre[modifier | modifier le code]

Bilan humain[modifier | modifier le code]

Côté israélien[10] :

  • 3 020 morts
  • 8 135 blessés

Côté coalition arabe (Égypte, Syrie, Jordanie, Irak)[10] :

  • 9 500 morts
  • 19 850 blessés

Conséquences à long terme de la guerre[modifier | modifier le code]

Les discussions de paix qui se déroulèrent à la fin de la guerre du Kippour furent les premières menées directement entre des dirigeants arabes et israéliens.

Pour les Arabes (Égyptiens en particulier), le traumatisme de la défaite de la guerre des Six Jours fut guéri et cela leur permit d'une certaine façon de négocier avec les Israéliens sur un pied d'égalité. Toutefois, si le plan arabe pendant la guerre avait commencé exactement comme prévu, il avait finalement abouti à démontrer qu'Israël pouvait être vaincu militairement. La conviction largement partagée fut alors que des négociations de paix pourraient permettre d'obtenir ce qui n'avait pas pu être gagné sur le terrain.

La population israélienne, quant à elle, avait été choquée par le début difficile de la guerre et le manque de vigilance de ses militaires trop sûrs d'eux.

En réaction au soutien américain à Israël, les pays arabes décidèrent, le 17 octobre 1973, d'un embargo sur le pétrole à destination des États occidentaux. Cela qui conduisit au choc pétrolier de 1973.

Crise politique en Israël[modifier | modifier le code]

En Israël, cette guerre a constitué un véritable électrochoc. De nombreux mythes de la société israélienne se sont effondrés : invincibilité de l'armée, infaillibilité des services de renseignement. La population israélienne n'avait jamais connu jusqu'alors de crise morale aussi grave. Il fallut attendre le marasme du conflit libanais, l'Intifada puis l'assassinat du Premier ministre Ytzhak Rabin pour assister à une remise en cause d'une telle importance. L'image de marque d'Israël s'est en outre dégradée à travers le monde, renforçant un peu plus l'isolement diplomatique de l'État hébreu. Ses relations privilégiées avec l'allié américain ont connu de réels soubresauts

Quatre mois après la fin de la guerre, des protestations de colère ont commencé à s'élever contre le gouvernement israélien et contre Dayan en particulier. Une enquête sur les événements des premiers jours de la guerre et ceux l'ayant précédée fut demandée : la commission Shimon Agranat.

Les résultats furent publiés le 2 avril 1974 et désignèrent six personnes ayant des responsabilités dans les erreurs ayant fragilisé Israël.

  • Le général David Elazar fut poussé à la démission par rapport aux hypothèses erronées de la situation et la préparation de la guerre.
  • Eli Zeira du Renseignement et le député Aryeh Shalev furent également poussés à la démission.
  • Les lieutenants-colonels Bandman et Gedelia quittèrent les services secrets.
  • Le commandant du front sud, Shmuel Gonen, fut démis de ses fonctions dans l'Armée pour avoir mis des troupes dans une situation dangereuse ayant amené leur capture, après le rapport final de la commission, remis le 30 janvier 1975.

Les responsabilités de Dayan et Meir ne furent pas reconnues, ce qui continua à mécontenter l'opinion publique israélienne qui réclamait leur démission (surtout celle de Moshe Dayan).

Finalement, Golda Meir démissionna le 11 avril 1974, entraînant la fin de son gouvernement. Meir avait auparavant refusé la démission de Dayan par deux fois. Yitzhak Rabin, qui avait été le conseiller de Elazar, prit la tête du nouveau gouvernement en juin.

Un conflit riche en enseignements militaires[modifier | modifier le code]

La guerre du Kippour apparaît en définitive comme un conflit plus équilibré et plus disputé que l'image qui en a souvent été présentée. Le rapport des forces en présence s'est avéré moins déséquilibré que ce que les autorités arabes et israéliennes ont longtemps laissé entendre. L'impact réel de l'aide matérielle fournie par les deux grandes puissances à leurs alliés respectifs ne fut pas aussi décisif que ce que les Américains et les Soviétiques ont longtemps prétendu.

Cette guerre a constitué le premier conflit mécanisé de haute intensité depuis la fin de la Seconde guerre Mondiale. Elle a démontré l'importance du renseignement pour contrer l'effet de surprise. Elle a permis de valider, de nuancer ou de rejeter certains concepts opérationnels. Elle a servi de banc d'essai à de nombreuses armes récentes qui n'avaient pas eu l'occasion de subir l'épreuve réelle du feu. Elle a démontré une nouvelle fois que le facteur humain jouait toujours un rôle essentiel dans la conduite de la bataille.

La haute technologie a eu un impact considérable sur le déroulement des combats. La notion de C3I s'est imposée comme une donnée fondamentale du combat moderne. L'efficacité des missiles, bien que réelle, a cependant été exagérée. Le char et l'avion ont démontré qu'ils restaient les vecteurs essentiels du combat mécanisé à condition de s'intégrer dans un environnement interarmes leur assurant soutien et protection. Si l'aviation militaire a joué un rôle important pendant le conflit, celui-ci n'a pas été aussi décisif qu'en juin 1967. À l'inverse de la guerre des Six Jours, ce sont en effet les chars qui ont cette fois-ci ouvert la voie aux avions. La puissance et l'efficacité de l'arme aérienne ont donc été surestimées, comme peu de temps auparavant lors de la guerre du Viêt Nam. Une fois de plus, les événements ont démontré que la guerre se perdait ou se gagnait au sol. De manière plus globale, la nécessité d'une approche interarmées voire interalliée s'est imposée comme l'un des enjeux majeurs pour la conduite efficace d'un conflit d'envergure.

Accords de Camp David[modifier | modifier le code]

Le gouvernement Rabin, mis en difficulté par des scandales, fut obligé de provoquer des élections anticipées en 1977. Le parti du Likoud remporta alors ces élections et forma un gouvernement avec pour premier ministre Menahem Begin.

Sadate, qui était entré en guerre pour récupérer le Sinaï, était contrarié par le rythme lent des négociations de paix. En novembre 1977, il fit un pas inattendu en faisant un voyage officiel en Israël, devenant ainsi le premier leader arabe à reconnaître de facto l'existence d'Israël.

Ce geste eut l'effet d'accélérer le processus de paix. Le président américain Jimmy Carter invita alors ensemble Sadate et Begin à un sommet à Camp David pour négocier une paix définitive. Les discussions se déroulèrent du 5 au 17 septembre 1978 et aboutirent au traité de paix israélo-égyptien de 1979. Israël retira ses troupes et ses implantations de toute la péninsule du Sinaï en échange de relations normales avec l'Égypte et d'une paix durable.

Beaucoup dans la communauté arabe furent scandalisés par ce traité de paix signé par l'Égypte avec Israël. L'Égypte fut exclue de la Ligue arabe. Deux ans plus tard, Sadate fut assassiné le 6 octobre 1981 alors qu'il assistait à un défilé commémorant le huitième anniversaire du début de la guerre. Ses assassins étaient des éléments de l'Armée qui désapprouvaient les négociations qu'il avait menées avec Israël.

Références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-4285092,00.html
  2. http://www.timesofisrael.com/newly-released-papers-detail-depth-of-mishandling-of-yom-kippur-war-warnings/
  3. (en) Benny Morris, Righteous victims : a history of the Zionist-Arab conflict (présentation en ligne)
  4. Martin van Creveld, The sword and the olive: a critical history of the Israeli defense force, PublicAffairs, 2002, p. 220
  5. (en) The 50 Years War - Israel & The Arabs, 1998, Pbs Home Video, ASIN: B00004TX2W
  6. Mémoires du général Saad Eddine shazli
  7. Quatre présidents et l'Afrique : de Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand, Claude Wauthier, p.209 [ http://books.google.com/books?ei=VNiVTZvqBaG00QHxrbnxCw&ct=result&hl=fr&id=72qmAAAAIAAJ&dq=Libye+mirage+kippour&q=+kippour livre en ligne]
  8. Le fanatique de l'aviation, no 447, janvier 2007
  9. Israeli F-4s Actually Fought North Korean MiGs During the Yom Kippur War
  10. a et b La guerre du Kippour (6-25 octobre 1973) : Les pertes subies sur net4war.com

Sources[modifier | modifier le code]

  • Sur l'aspect naval du conflit
    • magazine Guerres et conflit d'aujourd'hui, no 2 : Israël-Syrie-Égypte, 1984
    • Pierre Razoux, la marine écartelée entre projection et dissuasion, magazine Raid, hors-série 24, juillet 2007
    • Pierre Razoux, la marine israélienne d'hier à aujourd'hui, magazine Marines et Forces navales, numéro 105, octobre-novembre 2006
    • Frédéric Stahl, la marine israélienne 1948-2006, magazine Navires et Histoire numéro 38, octobre-novembre 2006
    • Mémoires du général Saad Eddine Chadli, « Guerre d'octobre 73 » tome 1.

Œuvres littéraires inspirées ou traitant de la guerre du Kippour[modifier | modifier le code]

  • Robert Chavanac, Kippour au canal, Fleuve noir, coll. « Feu »,‎ 1975
  • Henry Kissinger, Sortie de crise : Kippour 1973 – Vietnam 1975,‎ 2005

Liens externes[modifier | modifier le code]

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