Alexis de Tocqueville

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Alexis de Tocqueville

Sociologue occidental

Époque contemporaine

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Alexis de Tocqueville par Théodore Chassériau (1850).

Naissance 29 juillet 1805 à Paris
Décès 16 avril 1859 (à 53 ans) à Cannes
École/tradition Libéralisme, républicanisme
Principaux intérêts Sociologie, démocratie, économie, philosophie politique, prison
Œuvres principales De la démocratie en Amérique
L'Ancien Régime et la Révolution
A influencé Mill, Friedrich Hayek, Aron, Fukuyama, Raymond Boudon, François Furet

Alexis-Henri-Charles Clérel, vicomte de Tocqueville, généralement appelé par convenance Alexis de Tocqueville, né à Paris le 29 juillet 1805 et mort à Cannes le 16 avril 1859[1], est un philosophe politique, homme politique, historien, précurseur de la sociologie et écrivain français. Il est célèbre pour ses analyses de la Révolution française, de la démocratie américaine et de l'évolution des démocraties occidentales en général.

Raymond Aron et Raymond Boudon entre autres, ont mis en évidence son apport à la sociologie[2],[3]. François Furet, quant à lui, a mis en avant la pertinence de son analyse de la Révolution française[4]. Son œuvre a eu depuis peu une influence considérable sur le libéralisme et la pensée politique, au même titre que celles de Hobbes, Montesquieu, et Rousseau[5].

Biographie[modifier | modifier le code]

Caricature par Honoré Daumier (1849)

Né à Paris le 29 juillet 1805 dans une famille légitimiste de la noblesse normande, Alexis de Tocqueville compte plusieurs aïeux illustres de la noblesse normande. Il est par sa mère arrière-petit-fils de Malesherbes et neveu du frère aîné de Chateaubriand. En outre, il descend de Saint-Louis par sa grand-mère paternelle[6]. Ses parents, ultra-royalistes, Hervé Clérel de Tocqueville, comte de Tocqueville, soldat de la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI, et Louise Madeleine Le Peletier de Rosanbo, évitent la guillotine grâce à la chute de Robespierre en l'an II (1794). Il est également le frère d'Édouard et Hippolyte Clérel de Tocqueville.

Après un exil en Angleterre, ils rentrent en France durant l'Empire, et Hervé de Tocqueville devient pair de France et préfet sous la Restauration.

Son père ayant été nommé préfet de la Moselle en 1817, Alexis fréquente le collège des Jésuites de Metz.

Alexis Charles Henry de Tocqueville, Représentant du Peuple

Licencié en droit, et suivant l'enseignement de François Guizot[7], Alexis de Tocqueville est nommé juge auditeur en 1827 au tribunal de Versailles, où il rencontre Gustave de Beaumont, substitut, qui collaborera à plusieurs de ses ouvrages. Après avoir prêté à contre-cœur serment au nouveau régime, tous deux sont envoyés aux États-Unis (en 1831) pour y étudier le système pénitentiaire américain, d'où ils reviennent avec Du système pénitentiaire aux États-Unis et de son application (1832)[8]. Tocqueville s'inscrit ensuite comme avocat. Il rencontre le procureur général de l'État de Louisiane, Étienne Mazureau, qui lui fournit un grand nombre d'informations sur le plan juridique, mais également sociologique, démographique et linguistique. Alexis de Tocqueville publiera en 1835 le premier tome De la démocratie en Amérique (le second en 1840), œuvre fondatrice de sa pensée politique. En 1835, il est reçu en Angleterre par son ami John Stuart Mill, et publie son essai L'État social et politique de la France avant et depuis 1789 qui formera ses grandes bases de réflexions sur l'Ancien Régime et la Révolution. Grâce à son succès, il est nommé chevalier de la Légion d'honneur (1837) et est élu à l'Académie des sciences morales et politiques (1838), puis à l'Académie française (1841).

À la même époque, il entame une carrière politique, en devenant en 1839 député de la Manche (Valognes), siège qu'il conserve jusqu'en 1851. Il défendra au Parlement ses positions anti-esclavagiste et libre-échangiste, et s'interrogera sur la colonisation, en particulier en Algérie[9]. Ce « libéral-conservateur »[10] se fera aussi témoin du « rapetissement universel » emporté par la promotion au pouvoir d'une classe moyenne « ne songeant guère aux affaires publiques que pour les faire tourner au profit de ses affaires privées » (Souvenirs)[11]. Il fit en outre partie de la Société d'Économie Charitable, réunion de députés catholiques sociaux, pour la plupart légitimistes.

En 1842, il est élu conseiller général de la Manche par le canton de Sainte-Mère-Église, qu'il représente jusqu'en 1852. Le 6 août 1849 il est élu au second tour de scrutin (par 24 voix sur 44 votants) président du conseil général[12], fonction qu'il occupe jusqu'en 1851[13].

Après la chute de la Monarchie de Juillet, il est élu à l'Assemblée constituante de 1848. c'est une personnalité éminente du parti de l'Ordre, un parti résolument conservateur. Prenant conscience du poids de la classe ouvrière et de l'émergence du socialisme avec la Révolution française de 1848, qu'il considère comme une trahison de la révolution de 1789, il approuvera sans aucune réserve la répression des Journées de Juin.

Il est membre de la Commission chargée de la rédaction de la Constitution française de 1848. Il y défend surtout les institutions libérales, le bicamérisme, l'élection du président de la République au suffrage universel, et la décentralisation. Il est élu en 1849 à l'Assemblée législative, dont il devient vice-président.

Hostile à la candidature de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la république, lui préférant Cavaignac, il accepte cependant le ministère des Affaires étrangères entre juin et octobre 1849 au sein du deuxième gouvernement Odilon Barrot. Opposé au Coup d'État du 2 décembre 1851, il fait partie des parlementaires (dont Berryer et Lanjuinais) qui se réunissent à la mairie du Xe arrondissement et votent la déchéance du président de la République. Incarcéré à Vincennes, puis relâché, il quitte la vie politique. Le 14 janvier 1852, il n'en adresse pas moins une lettre au comte de Chambord, lui conseillant de devenir, face au césarisme renaissant, le champion des libertés. Retiré en son château de Tocqueville, il entame l'écriture de L'Ancien Régime et la Révolution, paru en 1856, dont le sujet porte sur le centralisme français. La seconde partie reste inachevée, quand il meurt en convalescence à la Villa Montfleury de Cannes le 16 avril 1859, où il s'était retiré six mois plus tôt avec sa femme pour soigner sa tuberculose. Il est enterré au cimetière de Tocqueville.

La pensée de Tocqueville[modifier | modifier le code]

Tocqueville défend la liberté individuelle et l'égalité en politique. Exprimant parfois des réserves sur l'évolution possible de la démocratie vers une dictature de la majorité au nom de l'égalité, et rejetant nettement à ce titre toute orientation socialiste, il est l'une des plus grandes références de la philosophie politique libérale.

Théoricien du colonialisme, légitimant l'expansion française en Afrique du Nord (1841-1846), il fustige néanmoins les violences des armées françaises en Afrique, s'oppose à l'application du régime militaire en Algérie (1848), et défend parmi les premiers l'abolition de l'esclavage dans les colonies (1839)[14]. Parallèlement, Tocqueville refuse les considérations de la thèse de son ami Joseph Arthur de Gobineau[15] (Essai sur l'inégalité des races humaines). Sceptique et hanté par la corruption de la démocratie et le déclin des valeurs aristocratiques, il défendra aussi une vision « de la puissance et de la grandeur nationale », annonçant le « nationalisme du siècle suivant »[16].

Son œuvre fondée sur ses voyages aux États-Unis est une base essentielle pour comprendre ce pays, en particulier au cours du XIXe siècle. Même si une des raisons profondes de son voyage est de partir pour éviter les regards malveillants dus à ses origines aristocratiques, Tocqueville est surtout avide de rencontrer une « grande république »[17], libérale et fédérale. On sait qu'il a aussi consulté une documentation dont on peut citer trois ouvrages essentiels : Le Fédéraliste par Alexander Hamilton, James Madison, et John Jay, puis James Kent (Commentaries on American Law) et Joseph Story (Commentaries on the Constitution of the United States), deux juristes aux opinions conservatrices[18]. Ces ouvrages et commentaires ont le point commun de défendre des positions fédéralistes.

Enfin, il est partisan d'une réforme des prisons, qu'il défendra dans le livre sur le système pénitentiaire, et écrit avec De Beaumont, qui suit son voyage en Amérique .

Il sera l'auteur de plusieurs rapports et projets de loi. Il préconise le principe du panoptisme (décrit par Michel Foucault dans Surveiller et punir ) pour réformer les prisons françaises, basé sur l'isolement cellulaire individuel (prison de Cherry-Hill à Philadelphie). Cet objectif ne sera réalisé en France qu'à la fin du XIX esiècle.

Plus encore que l'amendement du prisonnier, son objectif majeur en matière de politique pénale est la protection de la société. Il est également un des membres fondateurs de la colonie pénitentiaire de Mettray pour jeunes mineurs délinquants. Mettray est le modèle où se concentrent toutes les technologies coercitives du comportement...[19]. C'est la face sombre, occultée, de ce libéral démocrate[20].

La démocratie pour Tocqueville[modifier | modifier le code]

Durant son séjour aux États-Unis, Tocqueville s'interroge sur les fondements de la démocratie. À la différence de Guizot, qui voit l'histoire de France comme une longue émancipation des classes moyennes, il pense que la tendance générale et inévitable des peuples est la démocratie. Selon lui, celle-ci ne doit pas seulement être entendue dans son sens étymologique et politique (pouvoir du peuple), mais aussi et surtout dans un sens social.

L'égalisation des conditions[modifier | modifier le code]

Ainsi la première caractéristique de la société démocratique est l'égalité des conditions. Celle-ci n'est pas rigoureusement définie chez Tocqueville. Elle est à la fois un principe et un fait, et ce qu'elle recouvre évolue avec la société démocratique. Plus précisément, l'égalité des conditions est « imaginaire », n'annulant pas l'inégalité économique, mais modifiant l'ensemble des relations entre les hommes, en faisant de l'égalité la norme. Autrement dit, l'égalité des conditions implique l'absence de castes et de classes tout en indiquant qu'elle n'équivaut pas à la suppression de la hiérarchie sociale ou politique. Contrairement à la société aristocratique, aucun des membres de la société démocratique ne subit sa destinée du fait de la position sociale qu'il occupe, et la hiérarchie sociale ne renvoie plus à un ordre social préétabli qui assigne à chacun une place, des droits et des devoirs propres. L'égalité des conditions constitue une autre appréhension de la structure sociale : les positions ne sont certes pas équivalentes, mais elles ne cristallisent pas la totalité de l'existence sociale des individus, ce qui fait que la condition sociale évolue avec la société démocratique (la fortune ou la propriété voient leur rôle se transformer). L'égalité des conditions se redéfinit sans cesse et ne peut se dissocier de la dynamique sociale. Mais plus que d'égalité, il faut parler d'égalisation dans la perspective de l'ordre social démocratique.

Pour exemple Tocqueville expose la relation qui s'établit entre un maître et son serviteur dans la société démocratique par rapport à celle qui règne dans la société aristocratique. Dans les deux cas il y a inégalité, mais dans l'ancienne société elle est définitive, alors que dans la société moderne elle est libre et temporaire. Libre car c'est un accord volontaire, que le serviteur accepte l'autorité du maître et qu'il y trouve un intérêt. Temporaire parce qu'il y a le sentiment désormais partagé entre le maître et le serviteur qu'ils sont fondamentalement égaux. Le travail les lie par contrat et, une fois celui-ci terminé, ils sont deux membres semblables du corps social. Les situations sociales peuvent être inégalitaires, mais elles ne sont pas attachées aux individus. Ce qui compte c'est l'opinion qu'en ont les membres de la société : ils se sentent et se représentent comme égaux, et le sont comme contractants.

L'égalité des conditions est donc un fait culturel, une construction sociale, une représentation. C'est cette attitude mentale qui fait de l'homme démocratique un homme nouveau, dont les actes sont marqués par ce qui prend l'allure d'une évidence. L'égalité des conditions pour Tocqueville articule ce qui est de l'ordre du principe : absence de distinctions sociales fondées juridiquement, égalité des droits, sentiment collectif de l'égalité néanmoins « égalité imaginaire », car l'égalité civile peut tout de même coexister avec l'inégalité économique ou politique.

Paradoxalement, l'égalité des conditions, en fragilisant toutes les relations hiérarchiques de subordination (entre les maîtres et les serviteurs, les hommes et les femmes, les adultes et les enfants), tend à détruire les liens de dépendance, de protection que le monde aristocratique a pu préserver. Mais pour Tocqueville, il y a quasi équivalence entre la démocratie (au sens politique) et l'égalité des conditions. Il considère que tous les hommes possèdent comme attribut la liberté naturelle, c’est-à-dire la potentialité d'agir librement. La liberté se traduit dans la cité par l'égalité des droits civils et civiques [21]. On fait référence ici à la liberté, c'est-à-dire de ne pas être obligé de faire telle ou telle chose, mais aussi la liberté de prendre part à la vie publique. L'égalité des conditions renvoie à la citoyenneté.

Donc, comment recréer les liens entre les êtres humains que la démocratie, par l'égalité des conditions, tend à détruire, sans contredire l'égalité ? C'est à partir de cette question que Tocqueville va développer un « libéralisme aristocratique »[22].

Comme Rousseau ou Montesquieu, Tocqueville répond à cette question d'une part en enracinant le citoyen dans la vie politique par la décentralisation, les associations, etc. (Cf : fédéralisme, démocratie directe et participative[réf. souhaitée]) ; et d'autre part par des contre-pouvoirs d'esprits aristocrates, notamment par le rôle joué par le pouvoir judiciaire.

« Armé du bras droit de déclarer les lois inconstitutionnelles, le magistrat américain pénètre sans cesse dans les affaires politiques. Il ne peut pas forcer le peuple à faire des lois, mais du moins il le contraint à ne point être infidèle à ses propres lois et à rester d'accord avec lui-même. »

— Alexis de Tocqueville dans « Démocratie en Amérique » (Œuvre complète, vol. I, p. 280)

Les caractéristiques de la société démocratique[modifier | modifier le code]

La nouvelle société est mobile, matérialiste et assure différemment l'intégration de ses membres. Dans la société aristocratique, les positions sociales sont figées. Or pour Tocqueville, à partir du moment où il n'existe plus aucun obstacle juridique ou culturel au changement de position sociale, la mobilité sociale (ascendante ou descendante) devient la règle. La transmission de l'héritage ne suffit plus à maintenir un niveau social et la possibilité de s'enrichir se présente à tous. La société démocratique apparaît comme une société où les positions sociales sont constamment redistribuées. Cette société ouverte permet une transformation de la stratification sociale, des normes et des valeurs. Dans une société où les positions sociales sont héréditaires, chaque classe pouvait développer des traits communs suffisamment marqués pour lui permettre d'affirmer des valeurs propres. En revanche, dans la société démocratique, les traits culturels de chaque classe s'estompent au profit d'un goût commun pour le bien-être. Ce matérialisme s'affirme lorsque l'accès à la richesse devient possible pour les pauvres et que l'appauvrissement menace les riches.

Les dynamiques de la société démocratique[modifier | modifier le code]

Tocqueville va montrer les mécanismes par lesquels on tend vers l'état de la société : l'égalité est un principe, l'égalisation un processus. La question est de savoir comment et pourquoi la société démocratique est appelée à suivre un tel mouvement.

Pour Tocqueville si l'égalité est hors d'atteinte, c'est pour deux raisons : d'une part les hommes sont naturellement inégaux, d'autre part, le fonctionnement de la société démocratique est lui-même à l'origine de mouvements inégalitaires. L'inégalité naturelle des individus fait que certains possèdent certaines aptitudes intellectuelles ou physiques. Or en démocratie c'est l'intelligence qui est la première source des différences sociales. Il y a une institutionnalisation des inégalités fondées sur le mérite, on parle donc de méritocratie. Si les dispositions intellectuelles ne sont pas équivalentes, il est possible par l'instruction d'égaliser les moyens de leur mise en œuvre.

Comme il a été dit plus haut, la société démocratique se caractérise par la mobilité sociale et la recherche du bien-être matériel. Pour des raisons diverses comme les inégalités naturelles, certains réussiront mieux que d'autres. Il y a donc un paradoxe puisque l'égalité des conditions conduit à alimenter les inégalités économiques. Si les membres de la société démocratique cherchent à s'enrichir, c'est aussi pour se différencier socialement. Il y a donc la conjonction de deux mouvements : une aspiration égalitaire (conscience collective) et une aspiration inégalitaire (conscience individuelle). L'homme démocratique désire l'égalité dans le général et la distinction dans le particulier.

La société démocratique est de cette manière traversée par des forces divergentes. D'une part un mouvement idéologique irréversible qui pousse vers toujours plus d'égalité et de l'autre des tendances socio-économiques qui font que les inégalités se reconstituent sans cesse.

Les risques de la société démocratique[modifier | modifier le code]

« Il y a en effet une passion mâle et légitime pour l’égalité qui excite les hommes à vouloir être tous forts et estimés. Cette passion tend à élever les petits au rang des grands ; mais il se rencontre aussi dans le cœur humain un goût dépravé pour l’égalité, qui porte les faibles à vouloir attirer les forts à leur niveau, et qui réduit les hommes à préférer l’égalité dans la servitude à l’inégalité dans la liberté. »

— Alexis de Tocqueville - De la démocratie en Amérique, T. I, première partie, chap. III (Vrin).

C'est dans le renoncement à la liberté que se trouve le danger majeur pour la société démocratique. Le premier risque est celui de la tyrannie de la majorité : un régime politique se caractérise par la règle de la majorité qui veut que, par le vote, la décision soit celle du plus grand nombre. Tocqueville relève que la démocratie comporte le risque d'une toute-puissance de la majorité. Parce qu'il s'exerce au nom du principe démocratique, un pouvoir peut s'avérer oppressif à l'égard de la minorité qui a nécessairement tort puisqu'elle est minoritaire. Il est évident que le vote traduit des divergences d'intérêt et de convictions au sein de la société. Il peut ainsi se faire que la poursuite de l'égalité s'exerce au détriment exclusif d'une partie de la population. Selon Tocqueville la démocratie engendrerait le conformisme des opinions dans la société à cause de la moyennisation de la société. Ainsi il dénonce l'absence d'indépendance d'esprit et de liberté de discussion en Amérique[23]. Quand toutes les opinions sont égales et que c'est celle du plus grand nombre qui prévaut, c'est la liberté de l'esprit qui est menacée avec toutes les conséquences qu'on peut imaginer pour ce qui est de l'exercice effectif des droits politiques. La puissance de la majorité et l'absence de recul critique des individus ouvrent la voie au danger majeur qui guette les sociétés démocratiques : le despotisme.

C'est le deuxième risque des sociétés démocratiques selon Tocqueville. Les hommes démocratiques sont dominés par deux passions : celles de l'égalité et du bien-être. Ils sont prêts à s'abandonner à un pouvoir qui leur garantirait de satisfaire l'un et l'autre même au prix de l'abandon de la liberté. Les hommes pourraient être conduits à renoncer à exercer leur liberté pour profiter de l'égalité et du bien-être. Les individus pourraient remettre de plus en plus de prérogatives à l'État. Dans les sociétés démocratiques, il est plus simple de s'en remettre à l'État pour assurer une extension de l'égalité des conditions dans le domaine politique qui est encadré par les lois. C'est l'État qui a pour charge leur élaboration et leur mise en œuvre. À partir de là, l'État peut progressivement mettre les individus à l'écart des affaires publiques. Il peut étendre sans cesse les règles qui encadrent la vie sociale. Le despotisme prend la forme d'un contrôle. On arrive ainsi à l'égalité sans la liberté.

La société démocratique transforme le lien social en faisant émerger un individu autonome. C'est une source de fragilisation qui peut déboucher sur une attitude de repli sur soi. Tocqueville va montrer que l'individualisme peut naître de la démocratie. La démocratie brise les liens de dépendance entre individus et entretient l'espérance raisonnable d'une élévation du bien-être ce qui permet à chaque individu ou à chaque famille restreinte de ne pas avoir à compter sur autrui. Il devient parfaitement possible pour son existence privée de s'en tenir aux siens et à ses proches.

« L'individualisme est un sentiment réfléchi qui dispose chaque citoyen à s'isoler de la masse de ses semblables de telle sorte que, après s'être créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même ».

En choisissant de se replier sur ce que Tocqueville appelle « la petite société », les individus renoncent à exercer leurs prérogatives de citoyen. L'égalisation des conditions en rendant possible l'isolement vis-à-vis d'autrui remet en cause l'exercice de la citoyenneté. Le premier danger de la société démocratique est de pousser les citoyens à s'exclure de la vie publique. La société démocratique peut donc conduire à l'abandon de leur liberté par ses membres, parce qu'ils sont aveuglés par les bienfaits qu'ils attendent de toujours plus d'égalité directement ou indirectement. Tocqueville souligne que l'égalité sans la liberté n'est en aucun cas satisfaisante. L'accepter c'est se placer dans la dépendance.

Selon Tocqueville, une des solutions pour dépasser ce paradoxe, tout en respectant ces deux principes fondateurs de la démocratie, réside dans la restauration des corps institutionnels intermédiaires qui occupaient une place centrale dans l'Ancien Régime (associations politiques et civiles, corporations, etc.). Seules ces instances qui incitent à un renforcement des liens sociaux, peuvent permettre à l'individu isolé face au pouvoir d'État d'exprimer sa liberté et ainsi de résister à ce que Tocqueville nomme « l'empire moral des majorités ». En ce sens, Tocqueville se montre critique envers une trop forte centralisation des pouvoirs (gouvernementaux et administratifs), qui selon lui « habitue les hommes à faire abstraction complète et continuelle de leur volonté ; à obéir, non pas une fois et sur un point, mais en tout et tous les jours »[24]. Ainsi, il fait à l'inverse l'éloge du système communal américain de l'époque (tout particulièrement celui de la Nouvelle-Angleterre, celui-ci étant plus important que dans les États plus au sud), où par le biais des Town meeting (assemblée citoyenne) la population a l'occasion d'exercer directement un pouvoir politique. Il affirme ainsi que « c'est [...] dans la commune que réside la force des peuples libres. Les institutions communales sont à la liberté ce que les écoles primaires sont à la science ; elles la mettent à la portée du peuple ; elles lui en font goûter l'usage paisible et l'habituent à s'en servir », concluant que « sans institutions communales une nation peut se donner un gouvernement libre, mais elle n'a pas l'esprit de la liberté. »[25]

Le changement social selon Tocqueville[26][modifier | modifier le code]

Pour Tocqueville, le changement social résulte de l'aspiration à l'égalité des hommes.

Pour lui, si l'humanité doit choisir entre la liberté et l'égalité, elle tranchera toujours en faveur de la seconde, même au prix d'une certaine coercition, du moment que la puissance publique assure le minimum requis de niveau de vie et de sécurité.

L'enjeu, toujours d'actualité, est l'adéquation entre cette double revendication de liberté et d'égalité : « les nations de nos jours ne sauraient faire que dans leur sein les conditions ne soient pas égales ; mais il dépend d'elles que l'égalité les conduise à la servitude ou à la liberté, aux lumières ou à la barbarie, à la prospérité ou aux misères ».

Pour Tocqueville, la société démocratique caractérisée par l'égalité des conditions est l'aboutissement du changement social.

Révolution française : rupture ou continuité institutionnelle ?[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage L'Ancien Régime et la Révolution, Tocqueville montre que la Révolution de 1789 ne constitue nullement une rupture dans l'Histoire de France. Selon lui, l'Ancien Régime s'inscrit déjà dans le processus d'égalisation des conditions qui s'explique par deux évolutions complémentaires :

  • d'une part, sur le plan institutionnel, la France pré-révolutionnaire est marquée par la remise en cause progressive du pouvoir de la noblesse par l'État (on assiste par exemple à un accroissement du pouvoir des intendants aux dépens des Seigneurs). Cependant, son étude sur les intendants ne se fonde que sur la généralité de Tours, proche de Paris et fidèle au pouvoir royal. Cette idée de centralisation avec l'intendance doit donc être nuancée. (cf. travaux d'Emmanuelli notamment).
Dans son annexe, il fait de l'activité du Parlement du Languedoc sous l'Ancien Régime un exemple ;

C'est la convergence de ces deux logiques qui rend de plus en plus inacceptable l'inégalité des conditions : « le désir d'égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l'égalité est plus grande ».

Il en conclut que le progrès de l'égalité a précédé la Révolution ; il en est une des causes et non une de ses conséquences : « tout ce que la Révolution a fait, se fût fait, je n'en doute pas, sans elle ; elle n'a été qu'un procédé violent et rapide à l'aide duquel on a adapté l'état politique à l'état social, les faits aux idées, les lois aux mœurs ».

Réception de l'œuvre de Tocqueville[modifier | modifier le code]

Sous-estimée en France pendant plusieurs décennies[27], notamment à cause de la prééminence du marxisme[réf. nécessaire][28], mais toujours lue surtout aux États-Unis et par les catholiques français (ou Européens) ralliés à la démocratie et les libéraux, l'œuvre de Tocqueville fut remise à l'honneur, d'une part par le déclin idéologique et politique du socialisme, d'autre part par la mutation de la vie intellectuelle des sociétés après la Seconde Guerre mondiale[29]. Raymond Aron, dans les années cinquante (notamment dans son Essai sur les libertés), sut reconnaître en Tocqueville un précurseur. Par la suite, le « tocquevillisme français » est devenu une référence dans différents horizons ou disciplines. Les historiens François Furet, André Jardin, Pierre Birnbaum, les philosophes Pierre Manent, Claude Lefort, Marcel Gauchet, et les sociologues Louis Dumont, Raymond Boudon contribuèrent à comprendre la richesse de l'œuvre de Tocqueville[30]. Plus récemment, le monde juridique a également redécouvert Tocqueville, non seulement en raison de sa profession d'avocat, mais également pour ses contributions au droit constitutionnel, français en 1848 et américain[31].

Il a influencé divers penseurs en France, tels que Hippolyte Taine, Frédéric Le Play, ou Georges Sorel. Il a échangé des correspondances avec son ami Joseph Arthur de Gobineau, précisant qu'il ne partageait pas l'ensemble de ses thèses en particulier son fatalisme. Mais c'est sans doute à l'étranger que Tocqueville fut le plus reconnu de son vivant et au XXe siècle : en Angleterre, par son ami John Stuart Mill, Lord Acton, Harold Laski, en Allemagne, avec Georg Simmel, Jacob Burckhardt, Ferdinand Tönnies, voire Max Weber[32], et Wilhelm Dilthey. En Norvège, il a influencé Jon Elster.

Aux États-Unis, il reste régulièrement cité par l'ensemble de la classe politique gouvernementale ou fédérale[33], suscitant des travaux et publications[34] (David Riesman, Richard Sennett, et du conservateur Robert Nisbet), mais aussi de (re)traductions et de controverses. Ainsi, en l’an 2000, la retraduction de De la démocratie en Amérique par Harvey Mansfield et Delba Winthrop, provoqua d'importantes discussions et parfois même des altercations, Tocqueville se voyant étiqueter de penseur de droite[35].

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De la démocratie en Amérique, Schoenhofs Foreign Books (23 mai 1986), collection "Folio", (ISBN 2-07-032354-4)
  • L'Ancien Régime et la Révolution. Paris, Garnier-Flammarion, no 500 (édition F. Mélonio).
  • Lettres Choisies et Souvenirs (1814-1859), Gallimard, collection Quarto (édition: Françoise Mélonio et Laurence Guellec). 2003.
  • De la démocratie en Amérique, Souvenirs, l'Ancien Régime et la Révolution. Paris, coll. Bouquins, Éditions Robert Laffont, 1986. 1 volume.
  • Sur l'Algérie, GF Flammarion, présentation de Seloua Luste Boulbina.
  • Mémoire sur le paupérisme 1835, Mémoire présenté à la Société royale académique de Cherbourg et publié en 1835 par celle-ci dans les Mémoires de la Société royale académique de Cherbourg, 1835, p. 293-344
  • Œuvres Complètes. Paris, Gallimard, 1951-2002 (29 volumes parus).
  • Œuvres, Gallimard, coll. "Pléiade", 3 t., t. I : Voyages. Écrits politiques et académiques, 1744 p. ; t. II : De la démocratie en Amérique, 1232 p. ; t. III, 1376 p.
  • Quinze jours au désert 1831[réf. nécessaire], Le Passager clandestin (éditions), 2011.
  • Alexis de Tocqueville, Œuvres Complètes, Tome XIV, Correspondance familiale, appareil critique, notes et introduction, éditions Gallimard, mai 1998, 700p. présentation de Jean-Louis Benoît, prix de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Caen, décembre 1998
  • Alexis de Tocqueville, Textes économiques, Anthologie critique, présentation de Jean-Louis Benoît et Éric Keslassy – éditions Pocket, collection Agora, mars 2005
  • Alexis de Tocqueville, Textes essentiels, Anthologie critique, éditions Pocket, collection Agora, Juin 2000, présentation de Jean-Louis Benoît, prix littéraire du Cotentin, novembre 2000.
  • Tocqueville, notes sur le Coran et autres textes sur les religions, présentation de Jean-Louis Benoît, Bayard, février 2007
  • Alexis de Tocqueville, une pensée précoce, choix de lettres par Anne Rotenberg, collection « Scènes Intempestives à Grignan », TriArtis, mai 2013, (ISBN 978-2-916724-47-8)

Notes, sources et références[modifier | modifier le code]

  1. Portrait d'Alexis de Tocqueville, Tocqueville.culture.fr
  2. Voir notamment Raymond Aron, « Tocqueville retrouvé » ; « La définition libérale de la liberté : A. de Tocqueville et K. Marx », Archives européennes de sociologie, 1964, et Les Étapes de la pensée sociologique, Paris, Gallimard, 1967.
  3. De Boudon, voir notamment Tocqueville Aujourd'hui, Paris, éditions Odile Jacob, 2005
  4. Serge Audier, « Alexis de Tocqueville », Dictionnaire des Sciences Sociales, PUF.
  5. Pierre Manent, ‘'Tocqueville et la nature de la démocratie, Paris, Julliard, 1982, Introduction.
  6. « Alexis de Tocqueville », sur SOS philosophie
  7. Il assista aux cours de Guizot à la Sorbonne sur l'Histoire de la civilisation en Europe et en France. C'est sous l'enseignement de François Guizot qu'il décide se rapprocher des libéraux. Voir 1827-1830, la magistrature à Versailles : une période charnière dans sa formation intellectuelle, tocqueville.culture.fr
  8. Alexis de Tocqueville, Œuvres complètes, tome IV, Écrits sur le système pénitentiaire en France et à l'étranger, synthèse d' Heffer Jean, Annales. Économies, Sociétés, Civilisations Année 1986 Volume 41 Numéro 3 p. 724-726 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1986_num_41_3_283304_t1_0724_0000_000
  9. http://www.lequotidien-oran.com/index.php?news=5170431
  10. André Enegren, Tocqueville, Alexis, de 1805-1859, Dictionnaire des philosophes, PUF
  11. Cité par André Enegren, Tocqueville, Alexis, de 1805-1859, Dictionnaire des philosophes, PUF.
  12. Julien Gilles Travers, Annuaire du Département de la Manche, Saint-Lô, 1850, p. 27.
  13. Essè Amouzou, La sociologie de ses origines à nos jours, L'Harmattan, 2008, p. 104.
  14. voir Écrits politiques, O.C, III, vol. I
  15. Voir sa correspondance dans la Revue des deux mondes, vol. 19, 1907.
  16. Philippe Raynaud, Tocqueville, dictionnaire de philosophie politique, PUF ; et voir Écrits politiques, O.C, III, vol. I
  17. Voir lettre à Charles Stoffels, du 26 aout 1830, citée dans Jardin, 1984, p. 89 ; il faut aussi rappeler que des auteurs comme Rousseau ou Montesquieu croyaient impossible une république dans un grand pays.
  18. Philippe Raynaud, Tocqueville, dictionnaire de philosophie politique, PUF ; voir en ligne L'Amérique, comme révélateur de nos faiblesses de Philippe Raynaud
  19. (pages 300 à 302. Surveiller et punir.
  20. Michelle Perrot, « Tocqueville inconnu », dans Les Ombres de l'historie. Crime et châtiment au xixe siècle. Flammarion, 2001, p. 154.
  21. Arnaud Coutant, Une critique républicaine de la démocratie libérale, de la démocratie en Amérique de Tocqueville, Mare et Martin, 2007, page ?.
  22. Lucien Jaume, Tocqueville : Les sources aristocratiques de la liberté, Fayard, 2008, 473pp.
  23. « Je ne connais pas de pays où il règne, en général, moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion qu'en Amérique », Œuvre Complète, Volume I, p. 266 ; sur ces question voir Pierre Manent, Tocqueville et la nature de la démocratie, Paris, 1982, p. 60-71
  24. De la démocratie en Amérique, T. 1, première partie, chap. IV, « Des effets politiques de la décentralisation administrative aux États-Unis »
  25. De la démocratie en Amérique, T. 1, première partie, chap. IV, « Du système communal en Amérique »
  26. Beitone, A., Dollo, C., Gervasoni, J., Le Masson, E., & Rodrigues, C. (2004). Sciences Sociales. Paris, France: Sirey.p. 212
  27. Voir l'ensemble de l'ouvrage Tocqueville et les Français de Françoise Melonio, Aubier, Histoires, 1993, 408 p.
  28. Sa qualité de libéral l'a souvent disqualifié aux yeux de nombreux intellectuels en France. D'autant plus que l'écriture très classique de Tocqueville et sa démarche analytique l'a rendu éloigné des passions de son vivant. À ce sujet, voir Tocqueville et la littérature, de Françoise Melonio, Actes du colloque d’agrégation en Sorbonne du 13 décembre 2004, réunis par J-L Diaz et F Mélonio, préface de F Mélonio, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 2004
  29. Alain Renaut, « La question de la démocratie dans la philosophie française contemporaine », in Jean-François Mattéi, Philosopher en français, Actes du colloque de Nice de 1999, Paris, PUF, 2000.
  30. Jacques Coenen-Huther, À propos du bicentenaire de Tocqueville, Ambiguïtés d’une redécouverte aux résonances multiples, Revue européenne des sciences sociales, Cahiers Vilfredo Pareto
  31. La Pensée juridique d'Alexis de Tocqueville, colloque, Artois Presses Université, 2005; Arnaud Coutant, Tocqueville et la constitution démocratique, Paris, Mare et Martin, 2008, 680 p.
  32. selon Raymond Boudon, il aurait subi son influence.
  33. De Newt Gingrich, le président républicain de la Chambre des représentants, lors de son discours d’ouverture de la session législative de 1995 à Bill Clinton lors de son « Discours sur l’état de l’Union » (State of the Union Address) au peuple américain
  34. Au passage, Jean-Claude Lamberti, se demandait s’il n’était pas devenu un auteur américain plus que français
  35. Voir à ce sujet, L’Amérique vue par les tocquevilliens, Raisons politiques

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

Une bibliographie sur le web, très complète et qui comprend la littérature internationale : sur tocqueville.culture.fr.

Études générales[modifier | modifier le code]

  • Pierre Gouirand, « Tocqueville et l'Action française », Apopsix, 2013. (ISBN 978-2-35979-071-9)
  • Raymond Aron, « Tocqueville retrouvé » in Essai sur les libertés, Paris, Calmann-Lévy, 1965.
  • Jean-Louis Benoît, Comprendre Tocqueville, Paris, Armand Colin, 2004.
  • Jean-Louis Benoît, Tocqueville moraliste, Champion, collection Romantisme et Modernités, mai 2004
  • Jean-Louis Benoît, Tocqueville, un destin paradoxal, Bayard, collection Biographies, mai 2005
  • Pierre Birnbaum, Tocqueville, Paris, PUF, 1970, collection "Sup".
  • Raymond Boudon, Tocqueville aujourd’hui, Odile Jacob,‎ 2005 (ISBN 2-7381-1549-7, présentation en ligne).
  • Jacques Coenen-Huther, Tocqueville, Paris, PUF, collection « Que sais-je ? », no 3213, 1997, 127 p. (ISBN 2-13-048025-X).
  • Arnaud Coutant, Tocqueville et la constitution démocratique, Paris, Mare et Martin, 2008, 680 p.
  • Louis Dumont, Homo hierarchicus. Le système des castes et ses implications, (1966), Paris, Gallimard, 1979.
  • Seymour Drescher, Tocqueville and England, Cambridge, Harvard University Press, 1964, viii-263 p.; Dilemmas of Democracy : Tocqueville and Modernization, University of Pittsburgh Press, 1964.
  • François Furet, « Tocqueville et le problème de la révolution française », in Penser la Révolution française ; le système conceptuel de De la démocratie américaine. Paris, Gallimard, 1978.
  • Edward T. Gargan, Alexis de Tocqueville: the critical years, 1848-1851, Dissertation, Catholic University of America, 1955.
  • Helmut Göring, Tocqueville und die Demokratie
  • André Jardin, Alexis de Tocqueville : 1805-1859, Paris, Hachette, 1984, 582 p. (ISBN 2-01-004710-9)
  • Lucien Jaume, Tocqueville : Les sources aristocratiques de la liberté, Fayard, 2008, 473p., (ISBN 978-2-213-63592-7)
  • Éric Keslassy, Le libéralisme de Tocqueville à l'épreuve du paupérisme, Paris, L'Harmattan, 2000, 285 p. (ISBN 2-7384-9221-5)
  • Jean-Claude Lamberti, La notion d’individualisme chez Tocqueville, Paris, Presses universitaires de France, 1970, 86 p.; Tocqueville et les deux démocraties, Paris, Presses universitaires de France, 1983, 325 p.
  • Gilles Le Béguec, Tocqueville et la modernité politique, Tulle, Mille Sources, 2006.
  • Jack Lively, The Social and Political Thought of Alexis De Toqueville. Oxford, Clarendon Press, 1962.
  • Pierre Manent, Tocqueville et la nature de la démocratie, Paris, Fayard, 1993, 181 p. (ISBN 2-213-03036-7) (rééd. collection Tel, Paris, Gallimard, 2006).
  • J.-P. Mayer, Alexis de Tocqueville, Paris, Gallimard, 1948, 187 p.
  • Françoise Mélonio, Tocqueville et les Français, Paris, Aubier Montaigne, 1993, 408 p. (ISBN 2-7007-2244-2)
  • Olivier Meuwly, Liberté et société : Constant et Tocqueville face aux limites du libéralisme moderne, Genève, Droz, 2002, 258 p. (ISBN 2-600-00630-3)
  • Antoine Redier, Comme disait Monsieur de Tocqueville...
  • Gilles de Robien, Alexis de Tocqueville, Paris, Flammarion, 2000.
  • Pierre-René Roland-Marcel, Essai politique sur Alexis de Tocqueville le libéral, le démocrate, l'homme public. Thèse pour le doctorat. Paris, F. Alcan, 1910. 514 p.
  • James T. Schleifer, The making of Tocqueville’s Democracy in America, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1980, xxv-387 p.; réed. Indianapolis, Liberty Fund Inc., 2000, xxvi-411 p. ; le livre du centenaire
  • John Stuart Mill, Essais sur Tocqueville et la société américaine, Vrin,‎ 1994 (ISBN 2-7116-1179-5, présentation en ligne).
  • George Wilson Pierson, Tocqueville in America, Garden City-New-York, Doubleday, 1959, 506 p.

Compléments monographiques[modifier | modifier le code]

  • Serge Audier, Tocqueville retrouvé : Genèse et enjeux du renouveau tocquevillien, Paris, Librairie Philosophique Vrin, 2004, 322 p. (ISBN 2-7116-1630-4), Paris, Vrin, 2004
  • Benjamin Barber, Démocratie forte, trad. par Piningre J.-L., Paris, Desclée de Brouwer, 1997
  • John Patrick Diggins, The Lost Soul of American Politics. Virtue, Self-Interest, and the Foundations of Liberalism
  • Jon Elster, Psychologie Politique, Paris, Minuit, 1990
  • Robert Legros, L’idée d’humanité. Introduction à la phénoménologie, Laval théologique et philosophique, vol. 46, no 3, 1990, p. 419-420.
  • Claude Lefort, Essais sur le politique ; Écrire, Paris, 1992
  • Michael Hereth, Die Gefährdung der Freiheit in der Democratie
  • Lipovetsky, L'Ère du vide, (1983), Paris, Gallimard, 1993
  • Robert Nisbet, La tradition sociologique.
  • Alain Renaut, L'Ère de l'individu, (1989), Paris, Gallimard, 1991
  • Sandel, Democracy's Discontent, Cambridge, Havard University Press, 1996 Œuvres complètes, 18 t. Paris, Gallimard, 1951-1983

Articles d’encyclopédie[modifier | modifier le code]

  • Philippe Raynaud, « Tocqueville », in Philippe Raynaud et Stéphane Rials (dir.), Dictionnaire de philosophie politique, Paris, PUF, "Grands dictionnaires", 1998. Réédition 2003.
  • André Enegren, « Tocqueville, Alexis, de 1805-1859 », in Denis Huisman (dir.), Dictionnaire des philosophes, Paris, PUF, "Quadrige dicos poche", 2009.
  • Serge Audier, « Alexis de Tocqueville », in Sylvie Mesure, Patrick Savidan (dir.), PUF, "Quadrige dicos poche", 2006.
  • Georges Burdeau, Article "Tocqueville" in Encyclopédie Universalis
  • Éric Letonturier, De la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville in Encyclopédie Universalis
  • François Furet : Notice sur « De la démocratie en Amérique »in Olivier Duhamel, Dictionnaire des œuvres politiques, PUF, "Quadrige dicos poche", 2001

Articles dans une revue scientifique à comité de lecture[modifier | modifier le code]

Articles de vulgarisation[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Magazine littéraire, numéro spécial "Tocqueville", décembre 1986.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]