Parti social nationaliste syrien

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Parti social nationaliste syrien
الحزب السوري القومي الاجتماعي
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Logo officiel
Présentation
Chef Assaad Hardan
Fondation 1932
Siège Beyrouth, Liban/Damas, Syrie
Fondateur Antoun Saadé
Idéologie Nationalisme syrien
Irrédentisme
Sécularisme
Anti-sionisme
Anti-impérialisme
Site web www.ssnp.com
Politique au Liban
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Politique en Syrie
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Le Parti social-nationaliste syrien (PSNS, الحزب السوري القومي الاجتماعي, al-Hizb as-Sūrī al-Qawmī al-Ijtimā`ī), connu aussi sous le nom donné par la France de Parti populaire syrien (PPS) ou de Parti saadiste ou encore au Liban de Parti nationaliste (حزب القومي), est un parti politique laïque de gauche créé en 1932 à Beyrouth, qui préconise une grande nation syrienne.

Territorialement, cette vision de la Syrie comprend le Liban, la Syrie, la Palestine, la Jordanie, l'Irak, le Koweït, Chypre en plus du Sinaï en Égypte, la Cilicie en Turquie et le Chatt-el-Arab en Iran. Elle considère qu'il n'existe que quatre nations arabes, dont la Syrie, les autres étant l'Arabie, l'Égypte et le Maghreb. Le PSNS est responsable de deux tentatives de coup d'État : en juin 1949 et le 31 décembre 1961.

À l'instar d'autres partis, le PSNS établira sa milice et prendra part aux combats durant la guerre libanaise.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les débuts du parti[modifier | modifier le code]

En 1919, Antoun Saadé, un Libanais grec-orthodoxe né d'un père journaliste, commence à s'intéresser, dès l'âge de 15 ans, au nationalisme syrien[1], à la suite de la Première Guerre mondiale et du morcellement de l'Empire ottoman avec l'accord Sykes-Picot. Dix ans plus tard, il retourne au Liban et suit des études à l'Université américaine de Beyrouth.

En novembre 1932, il fonde le PSNS. Le PSNS est un parti laïque du Liban, allant jusqu'à défendre l'égalité des sexes. Le parti connaît trois ans de clandestinité. Son premier objectif est la lutte contre le mandat français au Liban et en Syrie. Saadé va lui-même se faire arrêter plusieurs fois et en 1938. Il est contraint de quitter le Liban pour l'Argentine.

À ses débuts, le parti nationaliste syrien refuse d'entendre parler du nationalisme arabe. Le parti réclame la séparation totale de la religion et de la politique sans toutefois la rejeter dans la vie personnelle d'un individu. Il réclame donc la laïcité. Le parti considère qu'une nation ne se crée pas à partir de la religion, de la langue ou de l'origine ethnique, mais de l'emplacement géographique[2]. Ses opposants ont accusé le PSNS d'avoir essayé d'imiter le parti fasciste italien, voire le parti nazi, ce que le parti nie. Bernard Lewis classe le PSNS parmi les « partis politiques de caractères nazi ou fasciste » qui « commencèrent à voir le jour » dans le monde arabe durant les années 1930[3]. Selon les historiens Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, le PSNS des années 1930 était « très nettement totalitaire » et prenait « modèle sur le parti nazi dans ses formes extérieures[4] ». Selon le politiste Matthias Künzel, le PSNS « suivait le modèle nazi jusqu'en ses expressions les plus visibles[5] ». Daniel Pipes y voit « une idéologie fasciste[6] ». D'après l'historien Arabe Maher Charif, Saadé aurait voulu regrouper les pays arabes ayant une diversité religieuse importante, et il appuie cette théorie par l'ajout de l'Irak dans la Syrie[7]. Le PSNS est aussi hostile au communisme par son opposition à la lutte des classes.

Comme de nombreux opposants aux colonialismes français et britanniques, il part rencontrer Hitler. Il revient déçu, affirmant que l'objectif de l'Allemagne est le même que celui de la France et du Royaume-Uni, à savoir la colonisation, et que Hitler n'est pas un homme de confiance[réf. nécessaire]. Avant la Seconde Guerre mondiale se faisait appeler « Führer »[8].

Indépendance du Liban (1943) et de la Syrie (1946)[modifier | modifier le code]

En 1943, le PSNS participe à l'indépendance du Liban. L'indépendance s'est passé calmement, à l'exception d'un mort libanais, un membre du PSNS, Saïd Fakhr ad-Dïn. Après une brève interdiction, le parti est reconstitué en 1944 sous le nom de "Parti populaire syrien"[9].

En Syrie, le PSNS joue aussi un grand rôle lors de l'indépendance du pays en 1946.

Coup d'État de 1949[modifier | modifier le code]

En 1949, le PSNS est très populaire, son organisation et sa direction lui permettent d'être présent à peu près dans tous les milieux sociaux ainsi que dans les forces armées. Au début des années 1950, le parti pouvait disposer d'une milice de 50 000 hommes au Liban et en Syrie[9]. Le parti recrutait principalement chez les chrétiens non maronites, les chiites et les druzes. Les sunnites lui reprochaient d'entretenir le flou sur le panarabisme[10].

En Syrie, le colonel Husni al-Zaim fait un coup d'État et renverse le président Shukri al-Kuwatli avec l'aide des États-Unis, certains accusent le PSNS d'y avoir aussi participé.

Au Liban, Saadé, hostile au gouvernement de Riyad es-Solh et aux Phalanges libanaises, se sent agressé[11]. En juin 1949, il décide de monter une insurrection contre le gouvernement. Il échoue et on considère son acte comme étant une tentative de coup d'État, ce que le parti ne considère pas comme tel. Plus de 3000 militants du PSNS sont arrêtés et il est forcé de se réfugier à Damas. Le président syrien Husni al-Zaim livre Saadé au gouvernement libanais. Il est jugé devant un tribunal militaire pour complot contre la sécurité de l'État et est emprisonné, jugé et exécuté le 8 juillet 1949.

Le colonel Sami al-Hinnawi, membre du PSNS, veut venger la mort de Saadé, il arrête le colonel Zaim et le fait exécuter. Quelques jours plus tard, la femme de Saadé reçoit une lettre d'al Hinnawi lui indiquant que la mort de son mari a été vengée. Toujours par vengeance, le premier ministre Riyad es-Solh est assassiné le 16 juillet 1951.

PSNS et la Syrie en 1955[modifier | modifier le code]

Avril 1955, le colonel Adnan al-Malki, une personnalité importante du baassisme en Syrie, est assassiné. Les deux autres grands partis politiques du pays, le parti communiste syrien et le Parti Baas syrien, en profitent pour interdire le parti en Syrie.

Guerre civile de 1958[modifier | modifier le code]

Durant la crise de 1958 au Liban, le PSNS est vu par les Américains comme un parti de droite pro-occidental car il est anticommuniste et contre le nationalisme arabe[12]. Le parti livre une bataille contre le Parti Baas dans les montagnes et il participe au gouvernement[13]. Le parti est légalisé.

Coup d'État de 1961[modifier | modifier le code]

Le jour de l'an 1962 (nuit du 31 décembre 1961 et 1er janvier 1962), le PSNS tente un coup d'État, mais échoue. Les membres du PSNS sont arrêtés et pourchassés. Les dirigeants sont pour la plupart capturés, ils seront relâchés après environ un an de prison. Les combattants du PSNS sont relâchés au mieux quatre ans après.

En ajoutant la montée du baassisme et du nassérisme, le PSNS va mal. Les leaders vont chercher à reconsidérer l'idéologie du nationalisme syrien. Ils vont devenir plus tolérant envers le communisme. Lors du congrès de Melkart, du nom de l'hôtel Melkart à Beyrouth, en 1969, le parti proclame via une résolution qu'elle supporte le nationalisme arabe :

« Nous croyons au monde arabe, nous considérons que notre nation est arabe et que son arabisme n'est point contestable. La réalisation de l'unité complète des quatre cercles de la nation arabe est un objectif suprême[14]. »

Guerre civile de 1975 à 1990[modifier | modifier le code]

Le PSNS est favorable aux palestiniens mais ne veut pas rentrer dans le bloc musulman. C'est alors que le PSNS s'allie avec deux autres partis dans la même situation, ses anciens ennemis, le Baas syrien tout aussi laïque et le parti communiste libanais (PCL), athée. C'est surtout avec ce dernier parti qu'il va commencer sa lutte armée contre l'armée israélienne, comme l'assassinat de deux soldats de Tsahal par Khaled Alwan dans un bar à Beyrouth Ouest, ou de nombreux attentats à la voiture piégée. Le PSNS et le PCL multiplient les attentats-suicides contre Israël, comme le 9 avril 1985 lorsque Sana Mhyadali, combattante du PSNS, devient la première femme à faire un attentat-suicide.

Deux jours avant Sabra et Chatila, une bombe explose sous le quartier général phalangiste, tuant Bashir Gemayel, le président allié d'Israël, et 60 de ses partisans. Habib Chartouni, militant du PSNS, est suspecté de l'avoir posée, et fut détenu à la prison de Roumieh, jusqu'à sa libération par les forces armées syriennes en 1990[15].

Il y eut pendant la guerre une scission du PSNS, la majorité voulant moderniser le PSNS, la minorité ne jurant que par Antoun Saadé en lui vouant un culte de la personnalité important. Après de lourds combats entre les membres des deux groupes du PSNS, les différents leaders entamèrent des discussions qui aboutiront à la fin de cette séparation.

Dans les montagnes libanaises, la région du Koura majoritairement acquise au PSNS affronte celle de Bcharré, proche des Forces libanaises.

Au Sud-Liban, le PSNS est en guerre contre le Hezbollah, et occasionnellement contre le mouvement chiite modéré Amal. En effet, le Hezbollah veut, à cette époque, être la seule organisation à "résister" contre Israël dans la zone à majorité chiite du Liban. Hafez el-Assad, président syrien de l'époque, imposa au PSNS, PCL, Amal et au Baas de laisser le Hezbollah seul résistant, ayant le soutien de l'Iran et donc étant mieux armé et mieux organisé, pour éviter de faire les mêmes erreurs que l'OLP. En 1986, le PSNS se retire du Sud.

De 1990 à nos jours[modifier | modifier le code]

Après la guerre, le Hezbollah fait appel au PSNS pour rejoindre la résistance qu'ils avaient commencée au Sud-Liban mais dont ils n'avaient plus le monopole, à condition que les combattants soient armés, entrainés et commandés par le Hezbollah. Les combattants du PSNS ont donc le droit de ne pas adhérer à l'idéologie religieuse du Hezbollah tout en étant dépendant de celui-ci : on appelle cette formation Saraya al Moukawama. (En réalité, le Hezbollah avait du mal à recruter chez les chrétiens de la frontière Sud-Est, pourtant majoritaires). Le PSNS est l'un des libérateurs du Sud-Liban, avec Amal, l'armée libanaise et surtout le Hezbollah. Il se positionne aujourd'hui dans le contexte libanais actuel en tant que pro-syrien.

Avec la guerre civile au Liban, le PSNS est toléré en Syrie par Hafez el-Assad. En 2005, Bachar el-Assad légalise le PSNS, faisant de celui-ci le premier parti politique du pays à ne pas être nationaliste arabe. Il compte 90 000 membres en Syrie[16], soit trois fois plus qu'au Liban. Le parti appartient au front national progressiste.

Avec la diaspora libanaise, on trouve des membres du PSNS en Australie, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Argentine, en Europe... Des meetings sont quelquefois organisés.

En Jordanie, au Koweït et en Palestine, le parti est plus restreint. En Irak, le parti a été interdit par Saddam Hussein, mais on y trouve des membres du PSNS.

À Chypre, dans le Sinaï, en Cilicie et dans le Chatt-el-Arab, le parti est pratiquement inexistant.

Le PSNS se déclare admiratif du socialisme bolivariste au Venezuela et aussi de l'Union du Maghreb arabe.

Économiquement, le PSNS est contre la totale nationalisation et la totale privatisation. Pour lui, l'état doit choisir de nationaliser ou de privatiser en fonction des intérêts de l'État. En ce qui concerne la mondialisation, le PSNS rejoint le point de vue altermondalistes sur le protectionnisme.

Lors du Conflit israélo-libanais de 2006, le PSNS a fait de "l'humanitaire". Il a aussi participé à de petites opérations pour aider le parti islamique Hezbollah, telles la destruction notable d'un char Merkava.

Le Hezbollah aurait aussi envoyé des armes à Kfar Kela au Sud Liban, village à majorité nationaliste syrien. Il y avait 2 500 combattants du PSNS dans la seconde ligne au Sud de la Bekaa, appartenant à la branche Saraya al Moukawama précitée, regroupant tous les résistants armés et entraînés par le Hezbollah membres d'un autre parti politique (PSNS et PCL). Une trentaine de ces combattants, pour la plupart chrétiens, de la deuxième ligne étaient prêts pour des attentat-suicides.

Le chef actuel du PSNS est Assaad Hardan. Le PSNS n'a que deux députés à l'Assemblée nationale du Liban, Marwan Fares et Assaad Hardan. Ils forment un bloc indépendant.

Membres célèbres[modifier | modifier le code]

De nombreux intellectuels libanais font leurs débuts dans le parti. Très souvent ces derniers le quittent et choisissent parfois une idéologie tout à fait différente. À noter que Abdel Karim Nasrallah, le père de Hassan Nasrallah, était membre de ce parti.

Anciens membres[modifier | modifier le code]

Membres actuels et membres à vie[modifier | modifier le code]

Emblème[modifier | modifier le code]

Le drapeau du PSNS a été adopté dès la création du parti en 1932. Il est constitué d'un fond noir qui représenterait l'ignorance, ou la non-prise de conscience de l'"identité syrienne", d'après la définition qu'en donne le PSNS. La tornade rouge représenterait le sang des nationalistes syriens qui lutteraient pour apporter cette prise de conscience. Le blanc serait la prise de conscience.

Pour certains nationalistes syriens, le drapeau de cette "Syrie" devrait être entièrement blanc.

Le PSNS a été accusé d'avoir un drapeau semblable à celui de NSDAP, ce que le parti réfute, expliquant que Saadé avait fait le choix de ce drapeau avant qu'il n'entende parler du nazisme, alors qu'il n'était qu'étudiant. Néanmoins, le parti adopta un autre drapeau à ses débuts, un drapeau de fond blanc avec trois rayures horizontales[17].

Le drapeau est surnommé "el-zouba'a", c'est-à-dire la tornade.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. À l'époque, l'Irak n'était pas considéré comme une partie de la Syrie par les nationalistes syriens, les territoires de cette Syrie sont appelés la « Grande-Syrie ».
  2. La genèse des nations, Antoun Saadé
  3. Bernard Lewis, Sémites et antisémites, Paris, Fayard, 1987, p. 189.
  4. Martin Cüppers et Klaus-Michael Mallmann, Croissant fertiel et croix gammée, Paris, Verdier, 2009, p. 54-55.
  5. Matthias Künzel, Jihad et haine des Juifs, Paris, L'Œuvre, 2009, p. 63.
  6. « La politique radicale et le parti social nationaliste syrien (PSNS) », traduction française de « Radical Politics and the Syrian Social Nationalist Party », International Journal of Middle East Studies, XX-3, août 1988, p. 303-324.
  7. Rihanat al-nahda fi'l-fikr al-'arabi, Maher Charif
  8. http://www.lorientlejour.com/article/850192/le-fuhrer-du-pps-dement-le-nahar-.html
  9. a et b Hafez El Assad et le parti Baas en Syrie, Pierre Guingamp, p. 45
  10. Le Liban, Pierre Pinta, p. 101
  11. D'après lui, il est suivi et est accusé pour des délits qu'il n'a pas commis
  12. Asad: the Struggle for the Middle East, Patrick Seale
  13. Rôle du PSNS dans la guerre de 1958, en anglais
  14. Le nationalisme arabe : Alternative à l'intégrisme, Charles Saint-Prot
  15. La justice se penche sur l'affaire Bachir Gemayel, France TV, 16 janvier 2007
  16. Asia Times
  17. Bien visible sur cette vidéo : Retour de Saadé, 1947

Liens externes[modifier | modifier le code]