Satellite de reconnaissance

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Satellite KH-4B Corona
Satellite Lacrosse en construction.

Un satellite de reconnaissance, ou satellite espion (en langage populaire), est un satellite artificiel , utilisé pour des applications militaires ou de renseignement. Ce type de satellite collecte généralement des informations sur les installations civiles et militaires d'autres pays au moyen d'un système optique ou radar pour des observations tous temps (à travers les nuages) ou de nuit.

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les satellites de reconnaissance permettent de cartographier un territoire et surtout d'identifier les installations fixes, les armes et les troupes. Ces satellites circulent généralement sur une orbite basse pour obtenir la meilleure résolution. L'orbite est souvent polaire pour balayer toutes les latitudes. Pour accroitre encore la résolution certains d'entre eux peuvent abaisser fortement leur orbite au-dessus de zones présentant un intérêt militaire particulier. La consommation d'ergols qu'entraine de telles manœuvres et la nécessité de compenser la trainée subie dans une atmosphère plus dense entraine une durée de vie parfois très brève de quelques jours pour certains modèles qui impose des renouvellements constants. Ceci explique en grande partie le nombre très élevé de satellites lancés par l'Union soviétique. Au début de l'ère spatiale les images sont enregistrées sur des films argentiques qui sont récupérées lorsqu'une capsule détachable ou le satellite revient au sol. Cette technique est rapidement abandonnée par les États-Unis pour la transmission des données par voie hertzienne après numérisation des films avant le passage à la prise d'image numérique. La Russie utilise encore en partie la technique des films argentiques. La résolution qui était d'une dizaine de mètres pour les premiers satellites descend à quelques centimètres pour les satellites les plus performants. Pour pouvoir percer la couverture nuageuse ou prendre des images de nuit certains satellites de reconnaissance emportent non pas une caméra mais un radar. Une consommation importante d'énergie et une résolution faible ont longtemps freiné l'utilisation de ce type de satellite.

Les satellites de reconnaissance par pays[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

Dessin d'artiste du projet de satellite de reconnaissance optique Membrane Optic Imager Real-Time Exploitation (MOIRE) lancé en 2010 par la Defense Advanced Research Projects Agency et Northrop Grumman. Il s'agit de mettre en place un système en orbite géostationnaire capable de réaliser des images vidéos à haute résolution et de les diffuser en direct.

Ce sont les États-Unis d'Amérique qui furent les premiers, en 1960, à mettre en place un système d'observation de la terre par satellite pour pouvoir évaluer la menace des missiles balistiques intercontinentaux soviétiques. Le National Reconnaissance Office est chargé de leur conception et de leur opération. D'autres agences sont chargées de leur exploitation, notamment la National Geospatial-Intelligence Agency pour l'imagerie. Un service créé en 2008 puis supprimé en 2009, le National Applications Office devait permettre aux autorités locales d'avoir un accès plus large à ces satellites. Les États-Unis disposent du réseau de satellites de reconnaissance le plus complet. Les caractéristiques de ces satellites, dont le prix unitaire peut dépasser le milliard de dollars, sont couvertes par le secret-défense. Leur nombre a longtemps été moins élevé de leur grand rival, l'Union soviétique, du fait notamment de la différence de durée de vie.

  • Satellites d'imagerie optique : Corona, Samos, Keyhole (KH), Misty
  • Satellites d'imagerie radar : Lacrosse (Onyx)
Années Désignation Nom de code Nombre Optique Notes
1959–1962 KH-1 à KH-3 Corona Résolution: 7,5 m
Focale: 0,6 m
Première série de satellites de reconnaissance américains ; les films photographiques sont éjectés vers le sol. Une seule caméra panoramique par satellite.
1960–1962 Samos Résolution: 30 à 1,5 m
Focale: 0,7 à 1,83 m
La plupart des satellites renvoient leurs images par radio. Quelques éjections de films. Le programme a probablement été annulé pour cause de qualité insuffisante des photographies.
1962-1963 KH-4 Corona Résolution: 7,5 m Éjection du film. Deux chambres panoramiques.
1963-1969 KH-4A Corona Résolution: 2,75 m Éjection du film avec deux véhicules de réentrée. Deux caméras panoramiques. Volumétie importante.
1967-1972 KH-4B Corona Résolution: 1,8 m Éjection du film avec deux capsules de rentrée. Deux caméras panoramiques.
1961–1964 KH-5 Argon Res: 140 m
Focale: 76 mm
Éjection du film. Basse résolution et large couverture à des fins de cartographie.
1963 KH-6 Lanyard Résolution: 1.8 m
Focale: 1.67 m
Programme de courte durée destiné à l'imagerie de sites spécifiques. Éjection du film. Mêmes chambres photographiques que les Samos
1963–1967 KH-7 Gambit Résolution: 0,46 m Éjection du film avec une capsule de rentrée.
1966–1984 KH-8 Gambit Résolution: 0,5 m Éjection du film.
1971–1986 KH-9 Hexagon
« Big Bird »
Résolution: 30 cm Éjection du film avec quatre ou cinq capsules de rentrée.
Annulé en 1969 KH-10 Dorian Manned Orbital Laboratory; station spatiale habitée. Programme annulé.
1976–1995 KH-11 Crystal
Kennan
Résolution: 0,15 m
Miroir: 2,3 m
Premier satellite espion à imagerie numérique. Utiliserait un miroir primaire similaire à celui du télescope spatial Hubble.
1990—? KH-12 Ikon
Improved Crystal
Résolution: 10 à 15 cm
Miroir: 2,4 à 4? m
Imagerie numérique. Utilisable en basse lumière et jusque dans l'infrarouge (3 à 5 micromètres).
1999—? KH-13 8X? EIS? Résolution: 10 à 40 cm
Miroir: 4? m
Très mal connu.


Union Soviétique / Russie[modifier | modifier le code]

URSS et la Russie ont les plus gros constructeurs et utilisateurs de satellites de reconnaissance. Deux grandes familles déclinées en de nombreuses sous-séries ont été utilisées : les Zenit et les Iantar. Depuis l'éclatement de l'Union soviétique début 1992, le pays peine à assurer une couverture continue.

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Orbite Résolution Autres caractéristiques Commentaire
Zenit 1961-1994 682 4,7 à 6,3 tonnes de 8 à 15 jours Orbite basse Film argentique / retour de la charge utile sur Terre
charge utile réutilisable
Nombreuses sous-séries
Iantar 1981- 177 6 à 7 t. 2 à 9 mois selon version Orbite basse 0,5 m. Film argentique / retour de la charge utile ou
transmission numérique selon version
Nombreuses sous-séries
Araks 1997-2002 2 t. mois Orbite basse  ? m.
Persona 2008- 2 t. mois Orbite basse  ? m.
Kondor 2008- 1 t. mois Orbite basse  ? m. Satellite de reconnaissance radar

Chine[modifier | modifier le code]

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Résolution Orbite Autres caractéristiques Commentaire
FSW 1974-2005 23  ? tonnes jusqu'à 24 jours Orbite ? Film argentique / retour de la charge utile sur Terre Six sous-séries
ZY-2 2000-2004 3  ? tonnes  ? ans < 2 m Orbite ? Imagerie numérique
Yaogan (JB-6) 2007- 5  ? tonnes  ? ans  ? m Orbite polaire Satellite optique
Yaogan (JB-5) 2006-2010 3 2,7 tonnes  ? ans  ? m Orbite polaire Satellite optique
Yaogan (JB-3) 2006-2010 3 2,7 tonnes  ? ans  ? m Orbite polaire Radar à synthèse d'ouverture
Yaogan (JB-7) 2009-2013 4  ? tonnes  ? ans  ? m Orbite basse Radar à synthèse d'ouverture

France[modifier | modifier le code]

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Orbite Résolution Autres caractéristiques Commentaire
Helios 1995-2009 4 4 tonnes de 8 à 15 jours Orbite héliosynchrone ~0,5 m. Satellite optique
Pléiades 2011-2013 2 900 kg. 5 ans Orbite héliosynchrone 0,7 m. Satellite optique Usage mixte civil et militaire
CSO 2017 ? t.  ?  ? m. Satellite optique Deux satellites prévus en remplacmemnt des Helios

Allemagne[modifier | modifier le code]

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Résolution Orbite Autres caractéristiques Commentaire
SAR-Lupe 2006-2008 5 720 kg 10 ans Orbite héliosynchrone Satellite radar
SARah 2017- kg ans Orbite héliosynchrone 3 satellites radar et 1 satellite optique doivent remplacer les SAR-Lupe

Japon[modifier | modifier le code]

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Résolution Orbite Autres caractéristiques Commentaire
IGS optique 2003- 6 850 kg - ?  ? ans jusqu'à 40 cm Orbite héliosynchrone Satellite optique Trois générations
IGS radar 2003- 5 1200 kg  ? ans < 3 m puis 1 m Orbite héliosynchrone Satellite radar 2 générations

Israel[modifier | modifier le code]

Exemples de satellites de reconnaissance
Série Date lancement Nbre exemplaires Masse Durée de vie Résolution Orbite Autres caractéristiques Commentaire
Ofeq optique 2003- 6 environ 190 kg  ? ans Orbite basse Satellite optique
TecSAR 2008-2014 2 environ 260 kg  ? ans Orbite basse Satellite radar

Autres pays[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jacques Villain, Satellites espions : histoire de l'espace militaire mondial, Vuibert,‎ 2010 (ISBN 978-2-7117-2498-7)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Liens externes[modifier | modifier le code]