Konstantin Tchernenko

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Konstantin Tchernenko
Константи́н Черне́нко
Tchernenko, en 1982.
Tchernenko, en 1982.
Fonctions
Secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique
13 février 198410 mars 1985
Président Vassili Kouznetsov (1984)
lui-même (1984-1985)
Président du Conseil Nikolaï Tikhonov (1980-1985)
Prédécesseur Iouri Andropov
Successeur Mikhaïl Gorbatchev
Président du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS
11 avril 198410 mars 1985
Prédécesseur Vassili Kouznetsov
Successeur Vassili Kouznetsov
Biographie
Date de naissance 11 septembre 1911 (calendrier julien)
24 septembre 1911
Lieu de naissance Bolchaïa Tes,
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de décès 10 mars 1985 (à 73 ans)
Lieu de décès Moscou, RSFSR
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Nationalité Drapeau de la Russie Russe (de 1911 à 1917)
Drapeau de la République socialiste fédérative soviétique de Russie Russe (de 1917 à 1922)
Drapeau de l'URSS Soviétique (de 1922 à 1985)
Parti politique PCP(b) (1931-1952)
PCUS (1952-1985)
Conjoint Faina V. Tchernenko (dates inconnues)
Anna Dmitrievna (1913-2010), mariés de 1944 à 1985)
Enfant(s) Albert (fils, avec Faina, né en 1935 et décédé en 2009)
Vladimir (fils, avec Anna, né en 1936 et décédé en 2006)
Elena (fille, avec Anna, dates inconnues)
Vera (fille, avec Anna, dates inconnues)
Religion Aucune (athéisme)

Signature

Konstantin Tchernenko Konstantin Tchernenko
Présidents du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS
Dirigeants du Parti communiste de l'Union soviétique

Konstantin Oustinovitch Tchernenko (en russe : Константин Устинович Черненко), né à Bolchaïa Tes le 24 septembre 1911 (correspond au 11 septembre du calendrier julien) et décédé à Moscou le 10 mars 1985, est un homme politique soviétique, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, et donc principal dirigeant de l'URSS de 1984 à 1985, fonction qu'il cumula avec la présidence du Præsidium du Soviet suprême (fonction honorifique de chef de l’État).

Après la parenthèse « libérale » (toutes proportions gardées) de son prédécesseur, Iouri Andropov, Tchernenko représente un retour au communisme orthodoxe des années Brejnev.

Carrière[modifier | modifier le code]

Il fait son service militaire dans les troupes de la Guépéou. Avant la Seconde Guerre mondiale, il fait ses débuts comme fonctionnaire régional.

Sa rencontre avec Brejnev en 1950, en Moldavie, transforma sa carrière. Il devint son secrétaire personnel, le suivant dans tous ses postes à partir de 1956, d'abord dans l'appareil du Comité central, puis dans celui du Soviet suprême, en 1960, et enfin de nouveau au Comité central où il prit la tête du département général en 1965.

À partir de 1976, en devenant successivement secrétaire du Comité central, membre suppléant du Politburo 1977, puis titulaire 1978, il passa du rôle de simple exécutant à celui d'acteur politique majeur et fut désigné comme dauphin par Leonid Brejnev. Mais en novembre 1982, à la mort de Brejnev, c’est Iouri Andropov qui est choisi comme premier secrétaire du parti. Tchernenko doit attendre la mort d’Andropov, en février 1984, pour lui succéder[1].

En avril 1984, il devint chef de l'État. Cette élection d'un homme au bord de la tombe inspira au Canard enchaîné une manchette célèbre : « Le triomphe du marxisme-sénilisme »[2], jeu de mots salué par le Spiegel du 20 février suivant qui titrait pour sa part plus sérieusement « Tchernenko – La revanche de l'Appareil »[3]. Tchernenko passa l'essentiel de son court règne à la tête de l'État à l'hôpital et donna ainsi de lui l'image d'un « fantôme à l'article de la mort »[4]. Il décéda à Moscou le 10 mars 1985.

À la tête de l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Tchernenko en 1979

Election[modifier | modifier le code]

Depuis une quinzaine d’années, l’URSS n’est plus dirigée que par des vieillards. Andropov, après avoir succédé à un Brejnev mort à 76 ans en novembre 1982, ne resta au pouvoir que 14 mois et 28 jours, mourant à 70 ans en février 1984. Son successeur Tchernenko, quant à lui, disparaîtra un an plus tard, à 73 ans en mars 1985, après un règne à la tête du pays de seulement 12 mois et 26 jours, surtout caractérisé par son absence du pouvoir de plus en plus fréquente pour cause de maladie. Il en découlera un découragement évident du peuple face à cette valse, au sommet de l'État, des vieux caciques du régime, qui n'est que le prélude à la déliquescence future du tout-puissant empire soviétique auquel le "jeune" Gorbatchev (51 ans) ouvrira la voie par d'audacieuses décisions et qu'un Eltsine, encore plus audacieux, concrétisera sur le plan institutionnel[pas clair].

Tchernenko fut élu malgré les inquiétudes pour sa santé et contre les vœux d'Andropov, qui avait déclaré vouloir Gorbatchev pour successeur. Si son avis avait été suivi, l'émergence de la perestroïka aurait gagné un an. Yegor Ligatchev écrit dans ses mémoires que Tchernenko fut élu secrétaire général sans problème. À la session plénière du Comité central, le 13 février 1984, quatre jours après la mort d'Andropov, le président du Conseil des ministres de l'URSS et membre du Politburo Nikolai Tikhonov proposa que Tchernenko fût élu secrétaire général et le Comité vota pour lui dans les règles. Arkady Volsky, un adjoint d'Andropov et d'autres secrétaires généraux racontent un épisode qui se produisit après une réunion du Politburo, le jour qui suivit la disparition d'Andropov. Comme les membres du Politburo sortaient de la salle de conférence, Andreï Gromyko — d'autres dirent par la suite Dmitri Oustinov — aurait passé son bras autour des épaules de Nikolai Tikhonov et lui aurait dit : « C'est parfait, Kostya est le gars qu'il nous faut (pokladisty muzhik), avec lui on peut faire des affaires… ».

Mais la santé déclinante de Tchernenko fut rapidement problématique pour le Politburo, qui devait prendre lui-même la décision de se réunir en son absence, situation qui, comme on pouvait le prévoir, devint de plus en plus fréquente. Nikolai Ryjkov en parle dans ses mémoires : « Tous les jeudis matin, Mikhaïl Gorbatchev s'asseyait dans son bureau comme un petit orphelin — j'ai souvent assisté à ce triste spectacle — il attendait nerveusement un appel téléphonique de Tchernenko malade : viendrait-il au Politburo ou demanderait-il à Gorbatchev de le remplacer encore une fois ? » Sauf peut-être quelques mois à l'automne 1984 : il réussit, contrairement à son prédécesseur Andropov, à assister à la commémoration annuelle de la Révolution d'Octobre, le 7 novembre 1984.

Lors des funérailles d'Andropov, c'est à peine s'il put lire l'éloge funèbre de son prédécesseur. Ceux qui étaient présents devaient faire un effort pour saisir le sens de ses paroles. Il parlait vite, avalait ses mots, toussait continuellement et il dut s'arrêter à plusieurs reprises pour s'essuyer les lèvres et le front. Il monta au Mausolée de Lénine grâce à un escalier mécanique qu'on venait d'installer et en descendit avec l'aide de deux gardes du corps.

Action politique[modifier | modifier le code]

Tchernenko représenta un retour à la politique de la fin de l'ère Brejnev. Il apporta tout de même son appui à un rôle accru pour les syndicats, et à la réforme de l'éducation et de la propagande. Le plus grand changement dans le personnel que fit Tchernenko fut la disgrâce du commandant en chef de l'État-major, Nikolaï Ogarkov, qui avait recommandé qu'on dépensât moins pour les biens de consommation et davantage pour la recherche et le développement des armes.

En politique étrangère, il négocia un accord commercial avec la République populaire de Chine. En dépit des appels pour revenir à la détente, Tchernenko fit peu pour empêcher l'escalade de la guerre froide avec les États-Unis. Par exemple, en 1984, l'Union soviétique empêcha Erich Honecker, leader de l'Allemagne de l'Est, de se rendre en Allemagne de l'Ouest. Toutefois, à la fin de l'automne 1984, les États-Unis et l'Union soviétique convinrent de reprendre les discussions sur le contrôle des armements au début de 1985. En novembre 1984, Tchernenko rencontra le chef du Parti travailliste de Grande-Bretagne, Neil Kinnock. En juillet 1984, il rencontra à Moscou le président François Mitterrand qui, depuis son élection et la constitution de sa majorité parlementaire en juin 1981, avait rompu le dialogue avec l'URSS. Mitterrand prononça le nom d'Andreï Sakharov dans un discours en même temps qu'il rendit hommage à l'action du peuple soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale. Le dialogue reprit ; les fortes réserves de Mitterrand sur l'IDS le facilitèrent. Une nouvelle rencontre au sommet, à Paris, fut prévue pour avril 1985. La mort de Tchernenko la fit reporter au mois d'octobre. Mais Mitterrand se rendit à ses obsèques en mars 1985, ce qu'il s'était refusé à faire pour celles de Brejnev en novembre 1982, puis d'Andropov en février 1984.

Boycott des Jeux olympiques de Los Angeles[modifier | modifier le code]

Comme les États-Unis en 1980 avaient boycotté les Jeux olympiques d'été qui avaient eu lieu à Moscou, l'Union soviétique, sous la présidence de Tchernenko, boycotta les Jeux olympiques d'été 1984 à Los Angeles. Elle entraîna dans son boycott 14 pays de l'Est et des alliés, y compris Cuba et l'Allemagne de l'Est (mais non la Roumanie). C'est le 8 mai 1984 que l'URSS fit savoir son intention de ne pas participer, invoquant des soucis de sécurité et précisant que « les sentiments chauvins et l'hystérie anti-soviétique sont en train de balayer les États-Unis »[5], mais certains y voyaient une vengeance pour le boycott des Jeux de Moscou. Parmi les personnes qui souscrivaient à cette hypothèse figurait Peter Ueberroth, l'organisateur en chef des Jeux : il donna cette explication à la conférence de presse qui suivit l'annonce du boycott.

Mais au même moment les Soviétiques invoquèrent de leur côté une « non-participation » dans la mesure où ils envoyèrent leurs juges et leurs arbitres qui contrairement aux joueurs étaient à l'abri d'éventuelles agressions. Pour justifier leurs positions, ils publièrent en juin 1984 une brochure dans laquelle figurait en deuxième de couverture, l'image d'un ourson soviétique écrasé par un canard américain[6]. Afin de ne pas pénaliser leurs athlètes ils coordonnèrent en août 1984 avec huit autres pays socialistes non-participants, des « jeux de l'amitié » se déroulant dans chacune de leurs capitales : l'Allemagne de l'Est, la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie, la Bulgarie, la Corée du Nord, la Mongolie et Cuba. À Moscou et à Berlin les performances des athlètes soviétiques et est-allemands dévalorisèrent quelque peu les victoires américaines.

Quelques années plus tard d'après un éditorial du Monde ils reconnurent le côté vengeur ou y trouvèrent un intérêt politico-moral : rétablir un équilibre entre les deux pays et réparer un préjudice. Washington ne politisait pas moins en 1984 ses Olympiades que Berlin en 1936 et Moscou en 1980.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. www.sciences-sociales.ens.fr document (.RTF) consulté le 28/11/2007
  2. Dans son numéro 3303 du 15 février 1984 où il dit aussi que « c'était le vieux placé ».
  3. Tschernenko - die Rache des Apparats
  4. Site encarta consulté le 28/11/2007
  5. « chauvinistic sentiments and an anti-Soviet hysteria being whipped up in the United States » in Deutsche Welle-World.de
  6. Serguei Popov, Alexei Srebnitski, Qui porte atteinte aux idéaux olympiques ? Décision du C.N.O. de l'U.R.S.S. sur l'impossibilité pour les sportifs soviétiques de participer aux XXIII(es) Jeux Olympiques à Los Angeles, Moscou, Éditions de l'agence Novosti, 1984, 68 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]