Crise des missiles de Cuba

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Crise des missiles de Cuba
Photographie aérienne des missiles nucléaires soviétiques installés à Cuba.
Photographie aérienne des missiles nucléaires soviétiques installés à Cuba.
Informations générales
Date 14 octobre - 28 octobre 1962
(le blocus naval de Cuba prend fin le 20 novembre 1962)
Lieu Cuba, mer des Caraïbes
Issue Résolue pacifiquement
  • Retrait des missiles nucléaires soviétiques de Cuba ;
  • Retrait de certains missiles nucléaires américains de Turquie et d'Italie ;
  • Accord URSS-États-Unis stipulant que les États-Unis n'envahiront jamais Cuba sans provocation directe ;
  • Mise en place d'un téléphone rouge entre Moscou et Washington D.C ;
  • Renforcement du pouvoir de Fidel Castro.
Belligérants
Drapeau des États-Unis États-Unis
Drapeau de la Turquie Turquie
Drapeau de l'Italie Italie
Soutenus par :
Flag of NATO.svg OTAN
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Drapeau de Cuba Cuba
Soutenus par :
Logo The Warsaw Pact.jpg Pacte de Varsovie
Commandants
Drapeau des États-Unis John Fitzgerald Kennedy
Drapeau de la Turquie Cemal Gürsel
Drapeau des États-Unis Robert McNamara
Drapeau des États-Unis Maxwell Davenport Taylor
Drapeau des États-Unis Curtis LeMay
Drapeau de l'URSS Nikita Khrouchtchev
Drapeau de l'URSS Rodion Malinovski
Drapeau de Cuba Fidel Castro
Drapeau de Cuba Raúl Castro
Drapeau de Cuba Che Guevara
Pertes
1 avion de reconnaissance Lockheed U-2 abattu
1 pilote tué
aucune
Guerre froide

La crise des missiles de Cuba est une suite d'événements survenus du 14 octobre au 28 octobre 1962 et qui ont opposé les États-Unis et l'Union soviétique au sujet des missiles nucléaires soviétiques pointés sur le territoire des États-Unis depuis l'île de Cuba, qui ont mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire.

Moment paroxystique de la guerre froide, la crise de Cuba souligna les limites de la coexistence pacifique, et se solda par un retrait de l'URSS en échange d'une concession publique et de deux promesses confidentielles accordées par l'administration Kennedy. En apparence mineures à l'époque, elles ont été considérées en Occident dans les décennies suivantes comme très contraignantes pour la politique extérieure des États-Unis. Un « téléphone rouge » reliant directement la Maison Blanche au Kremlin fut installé après la crise afin de pouvoir établir une communication directe entre l'exécutif des deux superpuissances et éviter qu'une nouvelle crise de ce style ne débouche sur une impasse diplomatique. La résolution de cette crise ouvrit la voie à une nouvelle période de la guerre froide, la Détente.

Événements précurseurs de la crise[modifier | modifier le code]

Durant les années 1950, les États-Unis avaient une grande influence sur la politique de la République de Cuba, devenue indépendante de l'Espagne en 1898 à la suite de la guerre hispano-américaine. Le 31 décembre 1958, Fulgencio Batista s'enfuit aux États-Unis. Fidel Castro appuyé par Che Guevara arrive au pouvoir à la tête d'une guérilla soutenue par la majorité du peuple cubain. Il est alors reconnu par le gouvernement des États-Unis en janvier 1959. Il entreprend une réforme agraire le 17 mai 1959. Les représailles américaines, notamment à l'instigation et sous la pression de la United Fruit Co (entreprise bananière qui compte parmi les entreprises nationalisées de l'île), commencent cinq mois après la réforme agraire : le 21 octobre, un bimoteur contre-révolutionnaire mitraille La Havane, provoquant deux morts et une cinquantaine de blessés, tandis qu’un autre avion largue de la propagande. En juin et juillet 1960, en représailles à un refus de raffinage de pétrole soviétique (l'URSS ayant établi en février 1960 des relations diplomatiques et commerciales avec Cuba) par les entreprises américaines Fidel Castro nationalise les sociétés américaines à Cuba[1].

Ces représailles sont suivies, le 17 avril 1961, par le débarquement de la Baie des Cochons : 1 400 hommes soutenus par une force aérienne tentent de renverser Castro. Ce sont en majorité des exilés cubains entraînés par la CIA dans un camp au Guatemala, dans le cadre d'une opération financée par l'administration Eisenhower après accord du Président donné l'année précédente (17 mars 1960). Différentes villes sont bombardées, mais les forces castristes viennent à bout de cette invasion. Très peu de combattants furent tués. Les autres, définis par Fidel Castro comme des gusanos (« vermine »), sont faits prisonniers pour pouvoir échanger leur liberté contre une rançon en dollars et en médicaments.

J.F. Kennedy, qui a succédé à D. Eisenhower le 20 janvier 1961, déclare assumer la pleine responsabilité de cette action préparée pourtant par son prédécesseur. En novembre 1961, les États-Unis déploient 15 missiles Jupiter en Turquie et 30 autres en Italie, lesquels sont capables d'atteindre le territoire soviétique. Commence également, le 7 février 1962, l'embargo des États-Unis contre Cuba, encore en vigueur aujourd'hui.

Début de la crise[modifier | modifier le code]

Les opérations soviétiques Anadyr et Kamas[modifier | modifier le code]

En mai 1962, Nikita Khrouchtchev déclenche l'Opération Anadyr : il envoie 50 000 soldats, trente-six missiles nucléaires SS-4 et deux SS-5 ainsi que quatre sous-marins à Cuba pour empêcher les États-Unis d'envahir l'île. Contrairement à ce qui a été longtemps soutenu (notamment par Michel Tatu) [2], la résolution de la crise créée par la construction du mur de Berlin n'a joué aucun rôle dans les motivations du chef d'État de l'URSS.[réf. nécessaire] En tout cas le problème n'apparaît jamais dans les archives soviétiques. Les services américains surveillaient le trafic maritime russe en route vers Cuba, certains documents font état de mouvements de matières premières depuis l'Afrique et d'autres continents. Les tonnages reportés mois par mois montraient une augmentation croissante. L'analyse qui en est faite alors sous tend l'anticipation des risques systémiques liés à la crise, notamment en préfigurant les conséquences d'un blocus.

Cette île, devenue alliée de l'Union soviétique et considérée par les Américains comme ennemie, est partiellement dominée par l'armée des États-Unis qui ont une base à Guantánamo. Toutefois, Cuba se trouve à moins de 200 km de la Floride, ce qui rend le territoire des États-Unis vulnérable à ses missiles, ceux-ci ne pouvant être détectés suffisamment à l'avance pour garantir la riposte immédiate exigée par la politique de dissuasion. De l'autre côté des manœuvres militaires maritimes américaines étaient en préparation pour l'automne 1962 destinées à renverser « un tyran nommé Ortsac » (anagramme transparent). Elles seront transformées après la découverte des missiles soviétiques en dispositif de blocus[3].[réf. insuffisante]

Le 2 octobre 1962 débute l'opération Kama : quatre sous-marins d'attaque diesel-électrique de classe Foxtrot de la marine soviétique appareillent de la presqu'île de Kola, avec à leur bord des torpilles nucléaires (leur utilisation aurait pu déclencher une guerre nucléaire à l'initiative de l'URSS ; la nature nucléaire de ces torpilles ne fut révélée qu'en 2001). Les commandants Choumkov, Ketov, Savisky et Doubivko avaient pour mission de rejoindre le convoi de cargos soviétiques qui faisait route vers Cuba, avec à leur bord les missiles nucléaires destinés à compléter le dispositif déjà en place sur l'île. Ils avaient pour mission de protéger le convoi, si besoin au prix du torpillage des navires qui tenteraient de s'interposer.

John McCone, directeur de la CIA, informe le Conseil de la sécurité nationale que, compte tenu des mauvaises conditions météo, les prises de vues par les avions de reconnaissance U-2 sont impossibles. Le 13 octobre, les sous-marins soviétiques franchissent la « barrière AçoresTerre-Neuve », après avoir essuyé, le 9 octobre, une tempête ayant causé des avaries à bord.

La découverte des rampes de lancement et le blocus[modifier | modifier le code]

Photo aérienne d'un site de lancement prise le 17 octobre 1962

Le 14 octobre 1962, un avion espion U-2 piloté par le commandant Rudolf Anderson Jr. (en) photographie les sites d'installation des missiles. Le lendemain, la lecture des films révèle aux États-Unis que l'URSS est en train d'installer des missiles SS-4 à tête nucléaire à Cuba. Des rampes de lancement, missiles, bombardiers, fusées et conseillers soviétiques sont repérés à Cuba. On identifie également 26 navires soviétiques transportant des ogives nucléaires (opérationnelles en 10 jours) en route vers l'île.

Le 16 octobre, le président Kennedy convoque le Conseil de sécurité nationale, prônant une action militaire directe. Robert McNamara propose un blocus maritime de l'île jusqu'au retrait des missiles de Cuba. Il s'agit d'un blocus ne visant que l'approvisionnement en armes offensives.

Le 22 octobre, alors que le commandant Anderson Jr. rend compte que la mise en place du blocus maritime prendra environ 149 heures, et que le colonel du GRU Oleg Penkovsky est arrêté pour avoir donné au MI-6 l'information que l'URSS ne dispose en réalité que de très peu de missiles nucléaires stratégiques et que leur fiabilité était douteuse[4], McCone informe le président des États-Unis de la présence de quatre sous-marins soviétiques. Lors d'une allocution télévisée, le Président Kennedy annonce au pays la teneur des informations révélées par l'avion U2, demande à Khrouchtchev l'arrêt des opérations en cours, menace l'URSS de représailles si elle ne retire pas ses missiles et décide de mesures de blocus naval sur Cuba[5]. Le lendemain, il signe l'ordre d'execution du blocus.

Les sous-marins soviétiques atteignent la ligne de blocus en même temps que les navires de la flotte des États-Unis. Moscou ne peut en être informé à cause de la saturation des réseaux de communication. La liaison enfin rétablie, les commandants des sous-marins reçoivent de Moscou l'ordre de poursuivre leur route. Kennedy, lui, obtient la promesse que la France, le Royaume-Uni et les autres États membres de l'OTAN le soutiendront en cas de guerre contre l'URSS. Le Canada est un peu tardif en raison de l'animosité entre le Premier ministre John Diefenbaker et Kennedy, mais le ministre de la Défense canadien met en état d'alerte les forces maritimes, aériennes et terrestres sans avertir le Premier ministre.

Le 24 octobre, à 10 h, le blocus est en place. Trente cargos soviétiques sont en route. Parmi eux, quatre ont des missiles nucléaires dans leurs soutes. Deux arrivent sur la ligne de blocus : le Khemov et le Gagarine. À 10 h 25, les cargos stoppent. Khrouchtchev juge inutile de rompre le blocus. Les missiles déjà en place à Cuba suffisent.

Le 25 octobre, douze cargos rebroussent chemin. Les autres poursuivent leur route. La marine américaine manque l'interception du Bucarest et renonce à le poursuivre car elle avait la certitude qu'il ne transportait pas de matériel militaire.

Le 26 octobre, Khrouchtchev fait savoir à Kennedy, par le biais d'un homme d'affaires américain de retour aux États-Unis à la suite d'un voyage à Moscou, qu'il continuera son action : « Si les États-Unis veulent la guerre, alors nous nous retrouverons en enfer. »

Un des sous-marins soviétiques est détecté au sonar par les Américains. La chasse est lancée.

Une note de la CIA mentionne une réduction notable du temps de traitement des interceptions des communication cubaines par l'automatisation[6].

Le 27 octobre, l’U2 du commandant Anderson Jr. est abattu. Khrouchtchev n'avait pas donné cet ordre. Il ne souhaitait pas accomplir le premier geste. Mais le Conseil national de Sécurité analyse cette action comme une escalade. Kennedy donne l'ordre en cas de nouvelle agression de bombarder les sites de missiles.

Le 27 octobre, Khrouchtchev laisse entendre par courrier qu'il est prêt à négocier.

Le 28 octobre au matin, une deuxième lettre de Khrouchtchev, rédigée par le Politburo, laisse entendre qu'aucune négociation ne peut se faire. Le même jour, la CIA annonce que 24 missiles sont désormais opérationnels et pointés sur des points précis du sol américain.

Khrouchtchev annonce sur Radio Moscou qu'il donne l'ordre de démanteler les sites de missiles. La chasse aux sous-marins bat son plein. Deux d'entre eux font surface, batteries à plat, pour les recharger. Ils font comprendre aux navires américains de ne pas les provoquer. Le Dubivko, lors d'une manœuvre, se fait arracher son mat d'antenne par un de ses poursuivants. Il prend cette action comme une manœuvre délibérée. Le Shumkov est toujours en plongée. Trois grenades d'exercice sont lancées par son poursuivant pour lui intimer l'ordre de faire surface. Il choisit de plonger en lançant un leurre. Le bruit de ce dernier est pris pour un lancement de torpille, puis sa manœuvre d'évasion est éventée. À bout de ses réserves d'oxygène, le Shumkov fait surface au milieu de quatre contre-torpilleurs de l'US Navy. Rendant compte de la situation à Moscou, il se voit intimer l'ordre de se tenir en mesure de réagir. Une torpille nucléaire est insérée dans le tube lance-torpille numéro 1.

Le 29 octobre, l'URSS recule et fait retirer ses navires. Elle promet également d'enlever toutes ses installations. Le compromis nécessaire à la négociation est que les États-Unis s'engagent à ne pas attaquer Cuba — ce qui permet à l'URSS de sauver la face — et à démonter leurs 15 fusées PGM-19 Jupiter installées en Turquie (et donc pointées vers le bloc de l'Est). Cet accord a notamment été obtenu via le tout nouvel ambassadeur à Washington, Anatoli Dobrynine, qui demeurera en poste jusqu'en 1986[7].

Le 1er novembre, trois des quatre sous-marins sont détectés. Le Ketov est toujours introuvable. Les sous-marins sont raccompagnés en haute mer. Le 7 novembre, Khrouchtchev accepte que les cargos soient inspectés par l'US Navy. La guerre est évitée de peu. On ne saura qu'en 2001 que les sous-marins soviétiques étaient armés de torpilles à tête nucléaire [réf. nécessaire].

Fin de la crise[modifier | modifier le code]

Rembarquement des missiles soviétiques à Cuba.

L'appel à la paix du pape Jean XXIII relayé par la Pravda joua un rôle déterminant dans l'organisation de négociations entre Khrouchtchev et Kennedy, par ailleurs catholique lui-même[8].

L'ambassadeur d'URSS à Washington, Anatoli Dobrynine, joua ensuite un rôle important pour la sortie de crise : il activa tous ses réseaux informels constitués depuis son arrivée, quelques mois plus tôt ; il permit ainsi au président du KGB de rencontrer un informateur du FBI, qu'il connaissait déjà, et qui était en contact direct avec Robert Kennedy pour faire passer des messages informels qui permettraient de résoudre la crise. Il fut ainsi convenu du retrait des missiles soviétiques de Cuba, contre le retrait, au bout de quelques mois, des missiles Jupiter américains de Turquie et d'Italie qui devaient de toute manière être retirés pour cause d'obsolescence[9]. D'autre part, il était convenu entre les parties que le lien entre les deux retraits devrait rester secret. « L'accord Robert Kennedy-Anatole Dobrynine » fut révélé à simple titre d'information par Robert Kennedy en 1968[10], et ses caractéristiques furent détaillées par Arthur Schlesinger Jr. en 1978 [11].

Le retrait des missiles fut décidé par Khrouchtchev le 26 octobre après engagement écrit de non-invasion de Cuba par le président Kennedy. Cette clause de non-engagement est vue aujourd'hui comme un point très important de la négociation : il aurait accéléré la sortie de crise en permettant aux Soviétiques d'éviter l'humiliation.

Les Soviétiques retirent leurs missiles de Cuba et les États-Unis les missiles Jupiter de Turquie et d'Italie. Cependant, l'URSS ne gagnait pas autant qu'elle pouvait le croire ou laisser croire car le retrait des Jupiter avait été décidé par Kennedy en 1961 à la suite de la mise en service des premiers ICBM et SNLE beaucoup moins vulnérables. Les Jupiter furent retirés du service en 1963. Cependant, l'URSS garda son influence sur Cuba qui resta communiste et évita d'autres tentatives de renversement du gouvernement de la part des Américains.

Les deux gouvernements décident de mettre en place le « téléphone rouge » pour avoir une ligne de communication directe.

Bilan de la crise[modifier | modifier le code]

Le retrait des armements de Cuba fut largement tenu pour un succès personnel de John Fitzgerald Kennedy.

La crise de Cuba fut considérée à l'Ouest comme un sérieux échec pour Khrouchtchev, qui fit perdre du crédit de l'URSS dans le Tiers-Monde. Les Chinois taxèrent l'URSS d'« aventuristes » et de « capitulationnistes ». Au sein de l'URSS, la perte de crédit de Khrouchtchev aurait peut-être selon la majeure partie des études contribué à son renversement, deux ans plus tard en octobre 1964.

L'URSS obtint cependant l'assurance que les États-Unis ne tenteraient plus de renverser le régime de Fidel Castro par la force et symboliquement, car le retrait de l'ensemble des missiles Jupiter avait été décidé avant le début de la crise, par la suppression des bases de missiles balistiques en Turquie. Mais il est quelquefois objecté que par souci de cohérence, les Américains accordèrent sur le plan quantitatif plus que ce que Moscou leur avait demandé le 26 octobre : le retrait public sous contrôle des Nations-Unies des missiles de Turquie et de Cuba, moyennant promesse réciproque des deux grands de ne pas envahir leur voisin (et après autorisation des pays tiers). Par l'intermédiaire de Robert Kennedy les États-Unis durent s'engager à retirer d'autres fusées « obsolètes » : les Jupiter d'Italie ; cette promesse fut exécutée en avril 1963[12]. Le fait est que les missiles de Turquie et d'Italie seront retirées en même temps en avril 1963.

Un peu plus tard, les Américains démantelèrent les 60 Thors confié au Bomber Command en Grande-Bretagne, également obsolètes avec la mise en service des missiles Polaris embarqué à bord de sous-marin nucléaire lanceur d'engins basé à Holy Loch à partir de 1961 et en juin 1963, Kennedy déclara qu'aucun missile à portée intermédiaire ne sera installé en RFA comme celle-ci le leur demandait[13]. De ce fait, selon Gabriel Robin, il faudra une nouvelle et très longue crise (la crise des Euromissiles entre 1979 et 1983) pour en réinstaller en Europe occidentale[14]. Il n'est plus assuré que Kennedy ait bien exprimé l'intention de retirer ces missiles de Turquie en août 1962 : il en aurait seulement évoqué la possibilité[15]. L'envoi de Spoutnik en 1957 a démontré la capacité de l'URSS de construire des missiles intercontinentaux. Ces missiles n'étaient peut-être pas moins obsolètes que les fusées soviétiques à Cuba à moyenne portée, dont l'URSS disposait depuis quelques années de l'équivalent sur son propre territoire : des missiles à longue portée également capables d'atteindre les États-Unis[16].

La crise de Cuba est le paroxysme de la guerre froide. La concession (très médiatisée) de Khrouchtchev et celle (discrète et symbolique) de Kennedy ont engagé le mouvement de détente.

Pour Jean-Daniel Piquet, la prise en compte de la question cubaine permettrait de nuancer davantage l'idée d'une victoire de Kennedy et d'un échec de Khrouchtchev qui aurait contribué à sa chute en octobre 1964. Beaucoup de travaux[Quoi ?] sur l'assassinat de Kennedy soulignent la piste des anticastristes cubains et américains, mécontents de la promesse du Président des États-Unis de ne pas envahir l'ile[17] et convaincus que son remplacement par Lyndon Johnson d'origine sudiste faciliterait la rupture de l'accord. Il aura quand même fallu deux années pendant lesquelles Fidel Castro se rendit deux fois en URSS (juin 1963 et janvier 1964), semblant ainsi oublier ses griefs passés, pour que Khrouchtchev soit évincé. C'est à l'occasion d'un troisième déplacement au sommet effectué ici par le président de la république cubaine Osvaldo Dorticos, le 14 octobre 1964. On craignait à Moscou que cette rencontre ne complique le projet de renversement du n°1 soviétique[18],. lui-même expliqué surtout par des raisons de politique intérieure et de comportement agressif vis-à-vis de ses collègues [19].

De fait également, un examen méticuleux par Gabriel Robin[20] des luttes pour le pouvoir au Kremlin montre un Khrouchtchev en difficulté croissante de décembre 1962 à avril 1963, suivie d'un miraculeux redressement qui coïncide avec le double retrait des missiles de Turquie et d'Italie et les premières mesures concrètes, sérieuses d'interdiction des agressions d'anciens réfugiés anti-castristes contre Cuba. Celles-ci étaient en phase croissante depuis décembre 1962.

De surcroît, avec le temps, l'ascension de Cuba dans les relations internationales, en Afrique et surtout en Amérique centrale relativiseront l'humiliation apparente infligée par Kennedy à Khrouchtchev et amèneront certaines forces politiques américaines à envisager la mise en cause de l'accord de 1962 qui leur a fait « accepter l'inacceptable »[21]. Ce fut un des thèmes de campagne en 1980 du candidat républicain, Ronald Reagan. En octobre et novembre 1981, une nouvelle crise a failli éclater après l'annonce par la presse américaine de projets de bombardements aériens de Cuba causé par la volonté d'aller à la source des crises d'Amérique centrale (envoi supposé d'armes à la guérilla du Salvador)[22]. La Pravda du 9 novembre 1981 fait état "des conséquences extrêmement dangereuses pour la paix mondiale qu'auraient des mesures militaires contre l'ile"[23].

Enfin le retrait des missiles Jupiter d'Italie, des Thors de Grande-Bretagne a été considéré après la double décision de l'OTAN, pendant la crise des euromissiles (1979-1983) par certains comme une erreur de Kennedy et une victoire de Khrouchtchev. Le 13 janvier 1982,dans un colloque, Helmut Schmidt explique que" le président Kennedy avait unilatéralement retiré les fusées du sol européen à titre sembla-t-il à l'époque de monnaie d'échange dans le cadre de la crise des fusées de Cuba."[24] En novembre 1982 à l'occasion de l'annonce de la mort de Léonid Brejnev, Marie-France Garraud le signala sur un plateau télévisé à l'égard de ses interlocuteurs qui considéraient que le n°1 soviétique avait depuis 1964 voulu effacer par une politique de parité nucléaire et la création d'une marine avec les États-Unis, l'humiliation de l'automne 1962[25]. L'année suivante, le journaliste André Fontaine, favorable à l'installation des Pershing, intitula l'intertitre d'un de ses article « l'erreur de Kennedy » et expliqua qu'en 1963 le président américain avait retiré tous les missiles terrestres d'Europe occidentale afin que Khrouchtchev ne perde pas la face pour avoir unilatéralement retiré ses missiles de Cuba[26].

La crise de Cuba en théorie des jeux[modifier | modifier le code]

L'affaire des missiles est devenue depuis un cas d'école en théorie des jeux à somme non nulle. Chaque étape en est minutieusement examinée avec inventaire des réponses possibles de chaque partie, et des risques associés. L'étude suggère que la crise ne pouvait se résoudre de façon rationnelle que comme elle l'a été.[réf. nécessaire] Cette approche a été remise en cause par une logique analytique, philologique Graham T. Allison (en) dans L'Essence de la décision (1971). C'est également un cas d'école de négociation complexe : la crise des missiles est parfois utilisée comme jeu de simulation modèle pour former à la négociation.

Chronologie des événements[modifier | modifier le code]

Les États-Unis qui participèrent à l'indépendance de Cuba vis-à-vis de l'Espagne, gardèrent le contrôle sur l'île jusqu'en 1902. Ils gardèrent ensuite un contrôle indirect de l'île, jusqu'à la révolution castriste.

  • Janvier 1959 : Fidel Castro renverse le dictateur Fulgencio Batista. Les États-Unis sont le second pays du monde à reconnaître le nouveau régime, juste derrière l'URSS.
  • 17 mai 1959 : une réforme agraire chasse plusieurs compagnies américaines, dont United Fruit Co, de Cuba.
  • 20 janvier 1961 : prise de fonction du Président Kennedy.
  • 3 janvier 1961 : à la suite de saisies de propriétés privées appartenant à des sociétés américaines (en particulier quelques hôtels), rupture des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba.
  • 16 avril20 avril 1961 : tentative américaine de débarquement anticastriste à Cuba dans la baie des Cochons. L'opération est un échec. La CIA est pointée du doigt.
  • 1er mai 1961 : Ernesto « Che » Guevara proclame le caractère socialiste de la révolution cubaine.
  • Novembre 1961 : installation de missiles Jupiter américains en Turquie.
  • 14 février 1962 : exclusion de Cuba de l'Organisation des États américains (OEA).
  • 2 septembre 1962 : « renforcement » de l'aide soviétique à Cuba.
  • 13 septembre 1962 : les États-Unis mettent en garde Moscou contre l'installation de missiles à Cuba.
  • 14 octobre 1962 : découverte par un avion espion de la mise en place de missiles nucléaires SS-4 à Cuba
  • 22 octobre 1962 : discours télévisé du président Kennedy, dévoilant la présence de missiles soviétiques à Cuba et annonçant la quarantaine. Début du blocus naval américain (jusqu'au 31 octobre). Les journaux de l'époque évoquent un risque élevé de guerre.
  • Le Strategic Air Command est placé en Defcon 2, les 3 parties en présence placent leurs forces conventionnelles en alerte.
  • 25 octobre 1962 : les navires soviétiques en route pour Cuba sont bloqués et font demi-tour.
  • 25 octobre 1962 : le pape Jean XXIII appelle à la paix entre les États-Unis et l'URSS[8][27].
  • 28 octobre 1962 : Krouchtchev annonce le démantèlement des armes offensives installées à Cuba, en contrepartie de l'engagement de non-invasion de l'île de John F. Kennedy et du démantèlement de tous les missiles Jupiter de Turquie de Grèce et d'Italie. Cet accord enclenche la fin de la crise.
  • 30 octobre 1962 : ultime échange de lettres entre Fidel Castro et Khrouchtchev.
  • 20 novembre 1962 : Castro accepte le retrait des bombardiers soviétiques et Kennedy la fin de la quarantaine.
  • Novembre 1962 : destitution de Valerian Zorine, représentant soviétique aux Nations-Unies (il avait nié la présence d'armes nucléaires à Cuba), pour le poste d'ambassadeur à Paris.
  • Avril 1963 : les États-Unis démantèlent les missiles Jupiter de Turquie et d'Italie, et interdisent — ou tentent sérieusement d'interdire — les raids anticastristes contre Cuba.
  • 27 avril-4 juin 1963 : premier séjour de Fidel Castro en URSS.
  • 15 juillet 1963 : en réponse aux accusations chinoises persistantes de capitulationnisme, le comité central du PCUS, relève que huit mois après la fin de la crise, les États-Unis n'ont pas tenté d'envahir Cuba.
  • 5 août 1963 : signature à Moscou entre les États-Unis, l'URSS et la Grande-Bretagne d'un traité sur l'interdiction des essais nucléaires dans l'espace.
  • 30 août 1963 : nouvel accord Kennedy-Khrouchtchev : création d'un téléphone rouge reliant directement la Maison-Blanche au Kremlin.
  • 22 novembre 1963 : Kennedy est assassiné à Dallas, provoquant la stupéfaction et le deuil dans le monde.
  • Janvier 1964 : second voyage de Fidel Castro en URSS.
  • 14 octobre 1964 : Khrouchtchev est limogé. Ce limogeage coïncide avec l'arrivée improvisée du président de la République cubaine, Osvaldo Dorticos de retour du Caire où il assistait à la conférence des pays non alignés.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.nsa.gov/public_info/_files/cuban_missile_crisis/7_august_further_unusual.pdf
  2. Michel Tatu, Le pouvoir en URSS, Paris, 1966.
  3. Alain Joxe, Socialisme et crise nucléaire, Paris, Éditions de l'Herne, 1973 ; Jacques Levesque, L'URSS et la révolution cubaine, Paris, FNSP, 1976
  4. (en)"The spy who loved us - Oleg Penkovsky" by Tim Weiner
  5. Patrick Pesnot, « La crise des Missiles : l’espion Penkovsky », émission Rendez-vous avec X sur France Inter, 15 décembre 2012
  6. http://www.nsa.gov/public_info/_files/cuban_missile_crisis/26_october_summary_elint_comint.pdf
  7. Anatoly Dobrynin, nécrologie du Telegraph, 8 avril 2010
  8. a et b Christophe Dickès, Dictionnaire du Vatican et du Saint-Siège, Paris, Robert Laffont,‎ 2013, 1094 p. (ISBN 978-2221116548)
  9. (en) John Boyes, Project Emily : Thor IRBM and the RAF, The History Press Ltd,‎ 2008, 192 p. (ISBN 978-0752446110)
  10. Robert Kennedy, Thirtenn Days, Crise à la Maison-Blanche
  11. Arthur Schlesinger Jr, Robert Kennedy and his Times, Boston, Houghton Mifflin, 1978
  12. Robert Kennedy dans Thirteen Days crise à la Maison-Blanche. Le frère du Président y écrit ainsi : « Il [Dobrynine] souleva la question du retrait des missiles de Turquie. Je déclarais qu'il ne devait pas y avoir là-dessus de donnant-donnant aucun accord ne pouvait être conclu sous la pression des et la menace. En dernier ressort la décision devait être prise par l'OTAN. Toutefois le président désirait depuis longtemps retirer ces missiles de Turquie et d'Italie. Il y a quelque temps il avait même ordonné leur retrait, et d'après nos estimations peu de temps après la fin de la crise, les missiles seront enlevés. » Il est vrai que l'exhumation (peut-être partielle) par Arthur Schlesinger des papiers de Robert Kennedy, dans son livre Robert Kennedy and his Times, indique un engagement limité à la Turquie ; ce avec un complément de temps « dans les cinq mois »
  13. Gabriel Robin La Crise de Cuba, du mythe à l'Histoire. L'auteur appelle à ce titre à une révision des attendus du « procès contre Khrouchtchev »
  14. Gabriel Robin La crise de Cuba, du mythe à l'Histoire ; Jean-Daniel Piquet, La crise des Fusées. Pour une nouvelle interprétation des causes et des conséquences de la crise des fusées (octobre 1962) maîtrise d'Histoire sous la direction de Marianne Debouzy, Paris VIII-Saint-Denis, juin 1990
  15. Maurice Vaisse, l'Europe et la crise de Cuba 1993
  16. V. Pierre Melandri, Histoire des États-Unis depuis 1865, Paris, Fernand Nathan, 1976 . L'auteur dit que de ce fait les missiles à Cuba ne modifiaient pas sensiblement l'équilibre stratégique entre les deux Grands. Voir aussi Alain Joxe Socialisme et crise nucléaire, Paris, Éditions de L'Herne, 1973.
  17. Jean-Daniel Piquet, op cit ; id. « Cuba dans la crise des missiles », Identités caraïbes
  18. Michel Tatu, Le Pouvoir en U.R.S.S, Paris, 1966.
  19. Lilly Marcou,Les héritiers, Paris, Pygmallion, 2004
  20. Gabriel Robin, La Crise de Cuba, du mythe à l'histoire Paris, Economica 1984 ; Jean-Daniel Piquet, op cit
  21. Le document de Santa-Fé, une nouvelle politique inter américaine pour les années 80
  22. Bernard Cassen, "La Révolution cubaine, nouvelle cible de Washington", Le Monde diplomatique, décembre 1981.
  23. Le Monde diplomatique mai 1985 ; Francis Pisani Le Monde, 26 novembre 1981.
  24. Gabriel Robin, op cit., p. 8-9.
  25. émission sur Antenne 2 à 20 h 30, 10 novembre 1962.
  26. Le Monde, 23 octobre 1983.
  27. « Les catholiques et le Saint-Siège dans la Première Guerre mondiale », sur http://www.news.va/,‎ 11 octobre 2014 (consulté le 12 octobre 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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    • The Last Testament (Remembers, vol 2),Little Brown Company, 1974.
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  • Bernard Lecomte : Les derniers secrets du Vatican (Perrin, 2012) - Chapitre 9 : "Jean XXIII entre les deux K" (p. 165 à 180).
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  • Lilly Marcou, Les Héritiers, Paris Pygmalion, 2004.
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    • La crise des fusées ; pour une nouvelle interprétation des causes et des conséquences de la crise des missiles (octobre 1962) maîtrise d'histoire soutenue à Paris VIII-Saint-Denis,en juin 1990 sous la direction de Marianne Debouzy, 186 p.
  • Norman Polmar, John D. Gresham, John Wiley & Sons (2006), Defcon-2: Standing on the Brink of Nuclear War During the Cuban Missile Crisis, 2006, (ISBN 0-4716-7022-7).
  • Dean Rusk, Robert MacNamara, George W. Ball, Rowell L. Gilpatrick, Theodore Sorensen, McGeorge Bundy, « The Lessons of the Cuban Missile Crisis » in Time, 27 septembre 1982.
  • Gabriel Robin :La crise de Cuba, du mythe à l'histoire Paris, Economica, 1984.
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  • Michel Tatu,
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