Dénazification

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Des Américains procèdent à l'enlèvement d'un panneau indiquant une « Adolf Hitler Straße » (« rue Adolf Hitler »).
Une croix gammée détruite par explosifs au Reichsparteitagsgelände le 25 avril 1945

La dénazification (en allemand Entnazifizierung) est un processus, dirigé par les Alliés au sortir de la Seconde Guerre mondiale, destiné à éradiquer le nazisme dans les institutions et la vie publique allemandes. De plus, il entend permettre la reconstruction de la vie politique allemande sur une base démocratique. Ainsi, il faut voir dans ce processus deux volets : un volet punitif et un volet préventif.

Origine[modifier | modifier le code]

Proclamée à Londres en janvier 1942, renforcée par l'accord de Potsdam en août 1945, la dénazification désigne une « épuration » de la société, de la culture, de la presse, de l'économie, du pouvoir judiciaire et de la politique allemandes et autrichiennes de toute influence nazie. Après la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de l'Europe, surtout l'Allemagne, était en ruines. Ceci était particulièrement vrai pour l'administration de l'État. Les Alliés ont entrepris une politique de démocratisation, de démilitarisation, de décartellisation (rapidement arrêtée à l'ouest à cause de l'influence communiste, car créant du chômage) et de dénazification.

Il était notamment prévu des questionnaires auxquels chaque Allemand ayant détenu une petite fonction civile ou militaire devait répondre. Les réponses furent fréquemment peu sincères, frauduleuses ou fantaisistes. Le romancier Ernst von Salomon publia en 1951 un texte célèbre intitulé « Le Questionnaire » (Der Fragebogen).

À partir du , le Conseil de contrôle allié siégeant à Berlin adopta la Loi no 1 du Conseil de contrôle allié portant abrogation du droit nazi, première d'un grand nombre de directives de dénazification qui seront appliquées plus ou moins scrupuleusement selon les zones d'occupation (les Soviétiques étant les plus radicaux). Ces directives allaient permettre de désigner certains groupes de personnes pour lesquelles une enquête judiciaire a été entamée.

Le , sous l'influence d'Otto Küster, une loi de « reconnaissance des unions libres des (personnes) persécutées (pour raisons) raciales et politiques » est promulguée afin de mettre un terme aux errements de la politique raciale du Reich nazi en termes de mariages.

Des réalités diversifiées[modifier | modifier le code]

Cependant derrière l'apparente univocité du terme[1], la dénazification connut des déploiements différents selon les zones d'occupation :

« Une fois admis qu'on châtierait les grands chefs, les conceptions des vainqueurs divergeaient déjà sur la nature du phénomène national-socialiste, donc nécessairement sur les meilleurs moyens d'en éliminer jusqu'aux ferments. Pour les dirigeants britanniques, il s'agissait d'une sorte de maladie. L'élimination des porteurs de germes suffirait à rendre au corps sa santé. Pour les Français, il y avait une sorte de ligne continue de Bismarck à Hitler. Le nazisme était lié au « prussianisme dont Hitler a été la plus dangereuse incarnation ». L'État unitaire allemand et l'État totalitaire étaient liés. La punition resterait sans effet si par ailleurs on n'assurait pas la destruction de la Prusse et celle de l'unité allemande. Du côté américain, on était partagé entre la vision anglaise et la vision française. Les Soviétiques, eux, attribuaient la victoire du nazisme en Allemagne aux structures de la société allemande, en particulier à la répartition du pouvoir économique au sein de la société : la punition était donc accessoire, la révolution sociale prioritaire. »

— Alfred Grosser, L'Allemagne de notre temps, p. 80

D'autres historiens relèvent eux aussi la disparité de traitement selon la zone d'occupation :

« De plus, leur [celle des Américains] armée de Texans, de Noirs, de Middle Westerners abonde aussi de réfugiés allemands qui savent la langue et expliquent tout. Le rôle de ceux-là sera important pendant la première phase de l'occupation. L'ignorance et la bonne conscience des uns, les sentiments de retrouvailles mêlés de désir de vengeance des autres feront de la dénazification américaine un chef-d'œuvre de précision, de bureaucratie et d'incohérence. Mais s'il faut choisir sa zone, c'est chez les Américains que cela fera le moins mal d'être allemand. »

— Joseph Rovan, Histoire de l'Allemagne, p. 768

La description que Rovan donne de l'administration du secteur français est également très critique :

« Quant aux Français, à qui les Américains ont cédé une partie de leur zone, les régions sud des futurs Länder de Bade et de Wurtemberg, et les Anglais le sud de la Rhénanie, ils sont placés sous le règne du tripartisme qui, de Gaulle parti, sera surtout celui de l'impuissance, chaque parti bandant ses forces pour anéantir les efforts des autres. En « zone », la divergence profonde et sans cesse plus approfondie entre occupants communistes, socialistes et démocrates-chrétiens a pour conséquence un haut niveau d'autonomie pour les responsables de tout genre qui peuvent toujours court-circuiter leurs supérieurs hiérarchiques en cherchant l'appui de leur soutien politique à Paris. La zone française ressemble au Saint-Empire des derniers siècles de son existence, c'est une justification de territoires et de secteurs administratifs semi-autonomes. L'ordre y est maintenu par une sorte d'armée des Indes, une armée de type colonial métissée de FTP et de FFI. Comme partout, on retrouve chez les Français des idéalistes de la réconciliation avec une Allemagne démocratique et des profiteurs, mais ceux-là aussi ont dans notre petite zone, assez pauvre et restée relativement à l'abri de la guerre et de ses mouvements de population, un degré d'indépendance bien plus grand qu'ailleurs. »

— Joseph Rovan, Histoire de l'Allemagne, p. 768

Le destin des ex-membres du NSDAP[modifier | modifier le code]

Le procès de Nuremberg (20 novembre 1945-1er octobre 1946) déclare criminelles quatre organisations nazies : le NSDAP, la SS, la SD et la Gestapo. Cela implique que le simple fait d'en avoir fait partie est un crime[2]. En ce qui concerne le NSDAP, seul le corps de chefs nazis est déclaré criminel à savoir, le Führer, la Reichsleitung, les Gauleiter et leurs principaux collaborateurs, les Kreisleiter et leurs collaborateurs, les Ortsgruppenleiter, les Zellenleiter et les Blockleiter. Les simples membres ne sont pas inquiétés s'ils se sont bornés à avoir une carte du NSDAP[3].

Dans l'immédiat après-guerre, beaucoup de nazis, et en particulier de SS, furent ainsi détenus dans des camps de prisonniers ou/et exécutés, soit par la Résistance, soit après procès. Une partie, cependant, échappa à toute condamnation. Si dès 1943, les Alliés avaient mis en place la Commission des crimes de guerre des Nations unies (UNWCS) chargée de dresser une liste des criminels de guerre nazis, celle-ci, ainsi que d'autres organismes nationaux, durent faire face à d'importants problèmes pratiques d'organisation, en particulier après 1947 et le déclenchement officiel de la guerre froide. L'échec du CROWCASS (Registre central des criminels de guerre et des suspects pour la sécurité), créé en mars 1945, est symptomatique de ce changement de priorité politique. De leur côté, certains d'entre eux s'organisaient, par exemple dans l'association d'entre-aide des ex-membres de la Waffen SS, la Hilfsgemeinschaft auf Gegenseitigkeit der ehemaligen Angehörigen der Waffen-SS créée en 1951 et dissoute en 1992.

Les nazis qui échappèrent à la justice dans l'immédiat après-guerre peuvent ainsi être classés en plusieurs catégories :

Parmi ces fugitifs nazis, on peut citer, parmi les plus connus, Josef Mengele (mort en 1979), Barbie (qui travailla pour la dictature bolivienne avant d'être rattrapé par la justice française), Eichmann (jugé à Jerusalem), Alois Brunner, Aribert Heim (recherché jusqu'à sa mort en 1992 au Caire (Égypte)[5]), le commandant de Treblinka Franz Stangl, l'aviateur letton Herberts Cukurs (assassiné par le Mossad), le botaniste SS Heinz Brücher (devenu professeur en Argentine), etc. Une partie de ces fugitifs a été rattrapée par la justice.

Enfin, une partie, certes marginale, des anciens nazis, réussit à dissimuler son passé et à obtenir des postes politiques plus ou moins importants après la guerre. Ceci a souvent suscité des scandales et leur démission quand leur fonction pendant le nazisme fut révélée. On peut ainsi citer :

Kurt Waldheim, secrétaire général des Nations unies et président de l'Autriche de 1986 à 1992, est sans doute l'ex-nazi ayant eu les fonctions les plus importantes après-guerre. Waldheim, qui avait été inscrit comme suspect sur la liste de l'UNWCS[6], était membre de la SA et fut Oberleutnant de la Wehrmacht sur le front de l'Est, et on s'intéressa beaucoup à son rôle lors de la bataille de Kozara (Bosnie), dans la 714e division d'infanterie dirigée par le général Friedrich Stahl. Bien que l'unité militaire dont il fit partie se fut rendue coupable d'exactions nombreuses, aucune preuve ne l'impliquant directement dans des crimes de guerre n'a pu cependant être fournie[6]. Le Département de la Justice des États-Unis refusa toutefois en 1987 de le laisser entrer sur le territoire national, en affirmant qu'il avait pris part à la déportation, au mauvais traitement et à l'exécution de civils et de soldats alliés durant la guerre[6].

Le cas d'Hanns Martin Schleyer, Untersturmführer-SS puis représentant du patronat allemand est à part, dans la mesure où il fut assassiné par la RAF en 1977.

Dispositions légales après la guerre[modifier | modifier le code]

En 1953, le Sozialistische Reichspartei, qui se présente comme successeur du NSDAP, est interdit. En 1964, le NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands) est créé. Malgré des propos racistes et d'extrême-droite, le parti n'est toujours pas interdit, même si cette question occupe régulièrement la classe politique allemande.

Dans les années 1980, l'affaire Klaus Barbie a suscité, aux États-Unis, l'« amendement Holtzman », voté entre autres par Ted Kennedy, et qui ajoutait la question sur le formulaire d'exemption de visa : « Le visiteur étranger a-t-il été impliqué dans les persécutions nazies? » La justice américaine n'avait en effet aucune compétence juridictionnelle, au pénal, sur les étrangers. Aussi, dans le sillage de l'affaire Barbie, un service spécial fut créé à l'ICS (Immigration and Custom Service) chargé d'enquêter sur les suspects de crimes de guerre. Le cas échéant, et après procès, ceux-ci étaient expulsés du territoire. Des années plus tard, le président démocrate Bill Clinton signa, en 1998, le Nazi War Crimes Disclosure Act qui a permis l'ouverture d'archives concernant les anciens membres du NSDAP, en particulier ceux employés ou contactés par la CIA (Opération Paperclip, etc.) ou d'autres agences de renseignement (notamment le Counter Intelligence Corps).

Le Royaume-Uni, également, vota, après un long débat, le War Crimes Act 1991 (en), qui accordait à ses tribunaux une compétence juridictionnelle sur les personnes soupçonnées de crimes de guerre commis lors de la guerre et ayant par la suite acquis la citoyenneté britannique. La seule personne jugée — et condamnée — en vertu de cette loi fut l'ex-SS Anthony Sawoniuk (en) (Polonais ou Biélorusse).

Aujourd’hui[Quand ?], les Européens ne parviennent pas à s'entendre sur une loi commune à propos du nazisme. En janvier 2007, le projet d’interdiction des symboles nazis par tous les pays membres de l'Union européenne a été rejeté. En effet, pour la communauté hindoue britannique, le svastika est avant tout un symbole de paix, et ceci depuis 5 000 ans.

L’incitation à la haine raciale et à la xénophobie sont passibles des délits punis de la même manière dans les 27 États membres, par des peines de 1 à 3 ans de prison. Mais le négationnisme n’est délictueux qu’en France, en Allemagne et en Autriche[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « La précision n'était pas la qualité dominante du protocole de la Conférence de Potsdam qui fixait les directives pour l'administration provisoire de l'Allemagne et sa mise hors d'état de nuire. Le manque d'accord des signataires saute aux yeux. », André Fontaine, Histoire la guerre froide, tome 1, p. 356, Éditions du Seuil, 1983
  2. Le procès de Nuremberg
  3. Jean-François Roulot, Le Crime contre l'humanité, L'Harmattan, 2002, p. 321
  4. Guerre et histoire no 4, décembre 2011
  5. AFP, « Mort confirmée du nazi Aribert Heim », sur lefigaro.fr,‎ 21 septembre 2012 (consulté le 21 septembre 2012)
  6. a, b et c Kurt Waldheim, Former U.N. Chief, Is Dead at 88, New York Times, 15 juin 2007
  7. La gazette de Berlin

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]