République du Viêt Nam

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Việt Nam Cộng Hòa

1955 – 1975

Drapeau Blason

Hymne : Thanh niên Hành Khúc

Description de l'image  LocationSouthVietnam.png.
Informations générales
Statut République
Capitale Saigon
Langue Vietnamien
Monnaie Đồng sud-vietnamien
Démographie
Population 19 370 000 (est. 1973)
Superficie
Superficie 173 809 km2
Histoire et événements
26 octobre 1955 Proclamation de la république
30 avril 1975 Dissolution

Entités précédentes :

Entités suivantes :

La République du Viêt Nam (ou plus communément Viêt Nam du Sud, ou par anglicisme Sud-Viêt Nam) est un État ayant existé de 1955 à 1975 dans le sud du Viêt Nam et qui sera occupé par les communistes du Nord-Viêt Nam à partir du 30 avril 1975. Le 26 octobre 1955, le nouveau président Ngô Dinh Diêm proclamait la République du Viêt Nam après un référendum demandant l'opinion du peuple sud-vietnamien au sujet d'un changement de régime politique transformant la monarchie en une république, afin de faire face à l'hégémonie communiste.

Opposée à la République démocratique du Viêt Nam (ou Viêt Nam du Nord, ou Nord-Viêt Nam) durant la guerre du Viêt Nam, la République du Viêt Nam disparaît du sud du Viêt Nam après sa conquête, en violation du traité de Paris, le 30 avril 1975 par les communistes du Nord-Viêt Nam, ses territoires ayant été dès lors absorbés par l'État vainqueur pour former l'actuelle République socialiste du Viêt Nam forçant son gouvernement légitime en dehors du Sud-Viêt Nam et le transformant ainsi en un État de jure.

Histoire[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : État du Viêt Nam.

1948[modifier | modifier le code]

Le 5 juin 1948, l’ancien empereur Bao Dai est ramené d’exil de Hong Kong pour former le gouvernement d’un Viêt Nam officiellement indépendant, mais toujours très lié à la France. Ce dernier a signé les accords franco-vietnamiens de son nom civil « Vinh Thuy » n’engageant que lui-même en tant que citoyen, et non de son nom dynastique « Bao Dai » qui aurait alors engagé tout le pays dont il était le souverain. Il marquait ainsi ses distances avec la transformation d'une guerre coloniale en guerre civile, dans le contexte des débuts de la Guerre froide, où le Viêt Nam servait de champ d'affrontement entre les forces armées communistes et les forces françaises.

1949[modifier | modifier le code]

Cette année marque un tournant de la guerre d’Indochine. L’arrivée de Mao Tsé-Toung à Pékin offre un arrière-pays aux forces armées communistes jusqu’alors isolées sur les plans diplomatique et militaire, et déplace de Moscou à Pékin la menace communiste crainte par les États-Unis. La France concède à l’État du Viêt Nam les Affaires étrangères et la création d’une « Armée Nationale » sous commandement français et agissant comme force supplétive. Le général Nguyen Van Hinh (Vietnamien, officier de l’armée de l’air française) ne s’y trompe pas lorsqu’il est pressenti pour l'obtention du poste de chef d’État-major. La France reconnait aussi l’indépendance du Cambodge et du Laos.

1950[modifier | modifier le code]

Les États-Unis reconnaissent l’État du Viêt Nam, tandis que les États du bloc de l'Est et la Chine le voient comme un État fantoche des Français. Grâce à l’expérience acquise au combat et à l’équipement lourd (artillerie et camions), les forces armées communistes infligent une série de défaites aux troupes françaises dans la « haute région » de Cao Bang et Lang Son. C’est la « bataille des Routes coloniales » qui sème la panique dans l’état-major français en Indochine et au sein du gouvernement français à Paris. Celui-ci envoie en Indochine le général de Lattre de Tassigny pour redresser la situation. Ce dernier choisit de protéger en priorité les régions les plus peuplées et les plus importantes économiquement : le delta du Fleuve Rouge et les grandes villes, afin d'isoler les communistes dans les montagnes, dont les populations thaïes, méo et hmong leur sont réputées hostiles. Mais l’Armée populaire vietnamienne dispose désormais de l'appui logistique, de plus en plus efficace, des pays d'Europe de l'Est et de la Chine, qui lui donne toute latitude pour manœuvrer, prendre des initiatives et mettre en place une administration parallèle dans les zones qu'elle contrôle, alors que le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient ne bénéficie pas d'un soutien similaire des États de l'OTAN, plus engagés dans la guerre de Corée.

1954-1955[modifier | modifier le code]

293 000 réfugiés quittent le Nord-Vietnam pour s'installer dans la République du Viêt Nam à bord de navires de l'US Navy en 1954.

La supériorité tactique du Vietminh mène à la défaite de Dien Bien Phu, qui conduit la France, en juillet 1954, aux accords de Genève mettant fin à la première guerre d'Indochine commencée en 1946. Ces accords reconnaissent l'indépendance du Laos, du Cambodge et le partage temporaire du Viêt Nam, sur le modèle coréen et allemand, en deux zones de regroupement politique et militaire (au Nord pour les communistes de l’Armée populaire vietnamienne – APVN – et au Sud du 17e parallèle pour les Vietnamiens non-communistes). Le corps expéditionnaire français en Extrême-Orient – CEFEO – se retire totalement en 1955 de l’ancienne Indochine française (Cambodge, Laos et Viêt Nam).

Parallèlement à la conférence de Genève en juin 1954, l’empereur Bao Dai, chef de l’État vietnamien (dont la capitale est désormais Saïgon, puisque Hanoi est celle de l'entité communiste) rappelle des États-Unis Ngô Dinh Diêm pour en faire le Premier Ministre du Viêt Nam. Diêm déclare que le Viêt Nam n'est pas concerné par les Accords de Genève entre la France et les communistes, arguant du fait que l'État vietnamien n'en était pas partie prenante. Il est donc dispensé d'organiser des élections en vue de la réunification du Viêt Nam (prévues pour 1956). Après un coup d'Etat, le 26 octobre 1955, Diêm prend le pouvoir et force Bao Dai à abdiquer.

Dès lors, Ho Chi Minh à Hanoï et Diêm à Saïgon ont les mains libres pour installer chacun son pouvoir : le premier impose une dictature communiste, anti-occidentale et antichrétienne qui fait fuir des millions d'habitants vers le sud afin d'échapper à la mort; le second impose un régime autoritaire anticommuniste et méfiant à l'égard du bouddhisme. Chaque État entame sa politique de « consolidation » : au Nord communiste, c'est la mise en place d'une police politique omniprésente, d'un système à parti unique et d'un goulag qui fait des dizaines de milliers de morts, au Sud à l'économie de marché, c'est la dénonciation et la persécution des communistes et la lutte contre la corruption, avec certains privilèges pour la minorité catholique au détriment de la majorité bouddhiste, selon la version officielle du département d'État américain, qui est favorable aux bouddhistes. Les Américains pourront ainsi justifier un coup d'État contre Diêm en 1963 fomenté par certains généraux sous influence américaine afin d'éliminer l'objection du président Diêm à la venue de l'armée américaine sur le sol vietnamien.

Le régime de Diem (1955-1963)[modifier | modifier le code]

Ngô Đình Diệm accueilli par le président Eisenhower et le secrétaire d'État John Foster Dulles le 5 mai 1957 à l'aéroport de Washington DC.

Le régime de Diem va durer huit ans, de 1955 à 1963, constituant la « première phase » de la République du Viêt Nam. Bien que de nombreux Vietnamiens lui soient reconnaissants de les avoir protégés contre la terreur et les réquisitions communistes, Ngô Dinh Diem est détesté par beaucoup d'autres comme tyrannique et despotique, et en raison de son régime autoritaire et « familial ». Il gouverne le pays avec ses frères, placés aux postes clés:

  • Ngô Dinh Nhu : chef du Can Lao, parti politique pro-Diem, modelant les méthodes de torture de la police secrète du Can Lao à l'image des méthodes du Nord (« au feu il faut répondre par un contre-feu », se justifie-t-il : la politique anti-communiste du gouvernement est aussi répressive que la police politique communiste du Nord : on parle de nombreux actes de torture et d'exécution contre des « suspects communistes »).
  • Ngô Dinh Can : gouverneur de la cité impériale de Huê.
  • Ngô Dinh Luyen : ambassadeur au Royaume-Uni tout en étant responsable de la minorité malaise et musulmane Cham.
  • Ngô Dinh Thuc : archevêque catholique de Huê, mais vivant au Palais présidentiel de Saïgon. Autorisé à solliciter des « contributions volontaires à l'Église » auprès d'hommes d'affaires de Saïgon, il utilise sa position pour acquérir des fermes, des terres et des terrains urbains au profit de l'Église.

Son frère Nhu et son épouse (la « Première Dame » du Sud-Viêt Nam, Diêm étant resté célibataire), plus connue sous le sobriquet de « Madame Nhu » (par dérision irrespectueuse et allusion à la « maquerelle »), mènent entre 1955 et 1963 une réforme de la société de Saïgon à leur manière et suivant les valeurs de la morale chrétienne. Ainsi la lutte contre l'avortement (toujours illégal) est renforcée et le divorce est rendu plus difficile, les maisons closes deviennent en principe interdites, tout comme les fumeries d'opium. Les lois concernant l'adultère sont renforcées. Le régime Diêm affirme vouloir en finir avec la corruption : suscitant la colère des parrains locaux, le jeu est interdit, tout comme la luxure et la contrebande.

Une tentative de coup d'État a lieu le 11 novembre 1960, lorsqu'une partie de l'armée menée par le lieutenant-colonel Vuong Van Dong attaque le palais présidentiel. Cet essai échoue mais est la première tentative de destituer le régime et constituera le déclenchement d'initiatives contre le régime autoritaire de Diêm, notamment le coup d'État des généraux.

Sous la pression des parrains du Sud, visés avec succès par la politique anti-corruption et anti-communiste de Diem, le Comité Central du parti communiste d'Hanoï adopte une résolution secrète autorisant l'utilisation de la force au Sud. Le 20 décembre 1960, les communistes sud-vietnamiens fondent le Front national de libération du Sud Viêt Nam (également connu sous le terme péjoratif Viêt Cong, popularisé par la République du Viêt Nam et les Américains). Diêm réplique en demandant de l'aide aux États-Unis : la présence américaine devient de plus en plus visible, on compte 57 bases américaines en 1960 et les « conseillers militaires américains » aident à la formation de l'ARVN. La contestation contre le régime Diêm augmente, et les critiques fusent de toutes parts : les États-Unis eux-mêmes commencent à douter de la solidité d'un régime de plus en plus impopulaire, et émettent des protestations. La population des campagnes critique la réforme agraire (cette dernière ne parvient pas à redistribuer les grands domaines terriens, dont les propriétaires, malgré les limites fixées par le gouvernement, gardent la maîtrise en utilisant les noms d'autres membres de leurs famille pour maintenir leurs domaines ; en outre, l'Église catholique et ses 1 500 km2 sont exemptés... ainsi, seuls 13 % des terrains seront effectivement redistribués). Les bouddhistes majoritaires supportent de plus en plus mal le favoritisme dont profitent certains catholiques (promotions dans l'armée et l'administration, attribution de terres, aides financières aux villages catholiques minoritaires). Quelques bonzes regardent vers le bloc de l'Est. Le FNL profite de ces divisions et prend le pouvoir, plus ou moins temporairement, dans de nombreux villages. Le régime de Diêm réagit par le plan des « hameaux stratégiques » (à partir de 1961), par l'envoi de conseillers militaires américains de plus en plus nombreux à la tête des troupes sud-vietnamiennes. À terme cela débouche sur la guerre du Viêtnam(ainsi le « Military Aid Adviser Group » – MAAG – de non-combattants se transforme en « Military Adviser Command Viêt Nam » – MACV – de combattants). Toutefois Ngô Dinh Diêm accepte sous la pression des États-Unis des accords avec Washington, en 1962 : plan de pacification, de démocratisation et de libéralisation. Il les respecte le moins possible. En mai 1963, à Huê, les bouddhistes que le pouvoir accuse d'être sensibles aux sirènes communistes ont interdiction d'utiliser des drapeaux bouddhistes pour les fêtes de Vesak, les autorités prétextant la décision de réguler l'utilisation de drapeaux non-gouvernementaux. Plusieurs jours après, les catholiques - qui ne sont que 3% de la population à Hué - peuvent hisser des bannières de saints dans une petite procession autour de leur cathédrale. Les bouddhistes se soulèvent, les forces gouvernementales réagissent en faisant neuf morts civils. Diêm accuse le FNL et déclare que les protestataires sont responsables de ces violences. La crise s'intensifie, Diêm ordonnant d'arrêter tous ceux qui s'adonneraient à des actes de désobéissance civile. Le 3 juin 1963, une marche de protestation se termine par une charge de l'ARVN. Le 11 juin, le bonze Thích Quảng Đức s'immole par le feu en plein Saïgon, en signe de protestation. L'événement, très médiatisé, fait le tour du monde, et la famille Ngô doit faire face à un véritable scandale. Mais surtout, le régime a désormais contre lui l'étrange alliance des bouddhistes, des communistes et de la pègre, c'est-à-dire d'une large part des réseaux d'influence de la société vietnamienne.

Dans le même temps, le FNL consolide son avantage sur le terrain militaire (voir guerre du Viêtnam). La situation est tendue, et Washington prend conscience de l'extrême impopularité de Ngô Dinh Diêm. Les Américains laissent entendre qu'ils soutiendraient le gouvernement issu d'un putsch le cas échéant. Sur les ordres du président Kennedy, l’ambassadeur à Saïgon Henry Cabot Lodge refuse une rencontre avec Diêm et ne l'avertit pas qu’un coup d’État est préparé par ses généraux, conduits par le général Duong Van Minh[1]. Le 2 novembre, Ngô Dinh Diêm et de Ngô Dinh Nhu sont assassinés en sortant de la messe à l'église Saint-François-Xavier. Ce changement de régime va correspondre à un changement de situation : la guerre du Viêt Nam s'intensifie et tend à s'« américaniser », et le pays va connaître une instabilité politique croissante.

C'est à cette époque que la langue française commence à être éradiquée au profit de l'anglais.

La « Deuxième phase » (1963-1973)[modifier | modifier le code]

Carte administrative de la république du Viêt Nam.
Nguyễn Văn Thiệu, président de la République du Viêt Nam ; photo prise en 1968 lors d'une réunion avec le président américain Lyndon B. Johnson à Hawaii.

Après l’assassinat de Diêm, le 2 novembre 1963, le nouveau gouvernement de Duong Van Minh hésite quant à la politique à adopter, et est renversé le 30 janvier 1964 par le général Nguyên Khanh. Ce dernier, manifestant les mêmes tendances autoritaires que Diêm, est écarté à son tour au profit d'un gouvernement non-militaire, renversé peu après par deux généraux, Nguyen Cao Ky et Nguyen Chanh Thi. Au cours de l'année 1964, la situation du pays est précaire : Saïgon perd de plus en plus d'autorité dans les campagnes, et les structures de l'État s'effondrent petit à petit, tandis que le FNL intensifie son emprise, remplaçant dans certains domaines l'administration gouvernementale. On estime qu'en 1964, le gouvernement de Saïgon ne contrôle plus que 34 % de la population. C'est à partir de ce moment que les effectifs américains vont commencer à grossir de façon conséquente et que le Nord-Viêt Nam va connaître les premiers bombardements (à partir d'août, et limités).

En 1967, une certaine stabilité revient à Saïgon : le tandem Nguyen Cao Ky et Nguyen Van Thieu est en possession du pouvoir depuis 1965. La CIA propose une action profonde pour rallier les campagnes au pouvoir, mais elle est très peu écoutée (elle préconise la transformation du système gouvernemental, fondé sur des élites citadines coupées de la réalité des campagnes et corrompues, ainsi qu'une nouvelle Réforme agraire).

En 1968, l’intervention américaine atteint le chiffre de 536 000 G.I. (ground infantery) sur place (contre 184 300 fin 1965 et 385 000 fin 1966) et 7 millions de tonnes de bombes ont été larguées, soit trois fois plus que sur toute l’Europe durant la Seconde Guerre mondiale. L’offensive du Têt a conduit à plusieurs évolutions : d'une part, elle renforce la détermination du gouvernement de Saïgon de lutter contre la guérilla ; d'autre part, elle permet l’ouverture de la conférence de Paris et l'aboutissement aux accords de paix de Paris en 1973. Le retrait des troupes américaines débute à ce moment. De 536 000 soldats américains fin 1968, le corps expéditionnaire passe à 475 000 en 1969, 235 000 en 1970, 157 000 en 1971 et 24 000 en 1972. Le retrait américain est pallié par d'importantes fournitures d'armes au régime de Saïgon de la part de Washington, qui se révèleront insuffisantes pour Saïgon.

Des AD Skyraider de l'armée de l'air sud-vietnamienne.

Les forces armées du Nord-Viêt Nam gagnent sur le plan idéologique, en résistant à l'intervention directe de l'armée américaine. Les valeurs de la démocratie ne sont respectées par personne, les règles même de la guerre (convention de Genève) sont transgressées par tous les belligérants, et l'impopularité des G.I participe grandement à la victoire finale du Vietminh communiste. Les négociations pour le traité de Paris sont bâclées par le principal négociateur américain, Henry Kissinger, pour assurer la réélection de Nixon. Cette paix s'est révélée une illusion, le 30 avril 1975 quand les neuf pays garants n'ont même pas daigné verbalement condamner l'offensive nord-vietnamienne. L'état d'esprit des médias occidentaux est à la condamnation des Américains: ainsi journal Le Monde titrera « Libération de Saïgon » quand les troupes communistes y entrent et que les derniers hélicoptères américains en partent.

La chute (1973-1975)[modifier | modifier le code]

Après la signature du traité de Paris, l'appui américain au Sud-Viêt Nam va rapidement décroître. Il se limite à la présence de quelques conseillers militaires et plusieurs agents de la CIA ; plusieurs navires américains croisent le long des côtes du Sud-Viêt Nam. En riposte à la pénétration de 35 000 Nord-Vietnamiens au sud du 17e parallèle, à la mi-avril 1973, Nixon va ordonner quelques bombardements sur le Laos. Mais la présidence américaine est minée par le scandale du Watergate, et les réponses aux violations du cessez-le-feu par Hanoï sont trop faibles malgré plusieurs promesses faites par écrit dans les lettres de Nixon au président Thieu.

En 1975, l’offensive du printemps des communistes va leur permettre l'occupation du territoire de la République du Viêt Nam en violation des termes du traité de Paris. Si le FNL a été considérablement affaibli à partir de 1968 par le programme Phoenix et par la réforme agraire sauvagement appliquée (retirant au mouvement communiste une part de légitimité), cet affaiblissement est pallié par l'augmentation de l'infiltration au sud des forces nord-vietnamiennes (Rappelons que l'Union soviétique intensifie ses fournitures d'armes à Hanoï à partir de 1973). Le 5 mars 1975, le Sud-Viêt Nam est submergé par les divisions communistes du Nord. Hué tombe le 25 mars, Da Nang le 2 avril.

Le 21 avril, le président Thieu démissionne pour permettre à son vice-président, Tran Van Huong de trouver une solution pacifique. Il quitte le pays, plein de déceptions quant à la promesse d'aide américaine. Tran Van Huong devient à son tour président, selon la constitution de la république du Viêt Nam, et demande au cabinet du premier ministre Nguyen Ba Can de rester en poste. Les ambassadeurs de France et des États-Unis font pression sur Tran Van Huong pour un transfert de pouvoir à Duong Van Minh avec comme argument que Minh est le choix non négociable des communistes pour entamer des négociations afin d'éviter à Saïgon un bain de sang. Sachant que le transfert de la présidence à Minh serait inconstitutionnel Tran van Huong refuse, mais finalement doit céder sous la pression des « soi-disant » gouvernements alliés à convoquer les deux chambres de l'Assemblée nationale du Viêt Nam pour décider de la question.

Le 27 avril 1975, sans savoir qu'elles ont été bernées par ses « soi-disant » alliés sur l'intention réelle de négociation des communistes qui ont décidé la journée même d'écarter toute solution pacifique (selon le témoignage de l'ambassadeur des États-Unis, Graham Martin[2]), les deux chambres de l'Assemblée, en violation des articles 42 et 56 de la constitution du Viêt Nam, votent pour un transfert et ce, sans même atteindre le quorum fixé.

C'est ainsi que le Nord-Viêt Nam communiste impose l'unification sous un même régime en conséquence de la conquête du territoire de la République du Viêt Nam, en 1976. Ne tenant pas les promesses faites à leurs alliés FNL du sud-Viêt Nam, et en contradiction avec l'article 15 du traité de Paris, il lui donne comme nom la « République socialiste du Viêt Nam ». Les vainqueurs ont aussi décidé de changer Saïgon en « Hô-Chi-Minh-Ville » ou en vietnamien « Thanh Phô Hô Chi Minh ». Ce nom ne s'impose pas dans la pratique quotidienne, mais seulement dans l'administration.

Gouvernement de jure[modifier | modifier le code]

Depuis le 30 avril 1975, en conséquence de l'invasion de son territoire par les forces communistes du Nord-Viêt Nam (RDVN) en violation du traité de Paris signé le 23 janvier 1973, le gouvernement légitime de la République du Viêt Nam a dû s'exiler hors du Viêt Nam, pour devenir un gouvernement de jure de la république du Viêt Nam (RVN) représentant le Viêt Nam libre. Ce gouvernement ayant à sa tête le même cabinet légalement formé avant le 30 avril 1975 est basé aux États-Unis d'Amérique.

Ce gouvernement de jure s'est occupé de plusieurs dossiers comme celui des îles Paracels et Spratleys conquises manu militari par la Chine ainsi que du dossier du traité de Paris qui impose au gouvernement actuel du Viêt Nam l'obligation d'organiser des élections libres afin de tenir compte du droit à l'autodétermination du peuple sud-vietnamien conformément aux articles 15 et 12 b) de l'acte final de la Conférence internationale de Paris sur le Viêt Nam signé le 2 mars 1973 par le gouvernement actuel du Viêt Nam et par neuf pays en présence du secrétaire général de l'Organisation des Nations unies garantissant le droit à l'autodétermination au peuple sud-vietnamien (selon le dernier paragraphe du préambule et les articles II, IV, V et VII a) dudit acte). En sus de la République démocratique du Viêt Nam les neuf pays signataires servant de garants sont : la France, la Hongrie, l'Indonésie, la Pologne, le Royaume-Uni, l'URSS, le Canada, la Chine et les États-Unis.

Économie[modifier | modifier le code]

La République du Viêt Nam disposait d'une économie de marché et était grandement facilitée par l'aide américaine et la présence d'un grand nombre d'Américains dans le pays entre 1961 et 1973. La production d'électricité s'est multipliée par quatorze entre 1954 et 1973 tandis que la production industrielle s'est traduit par une augmentation en moyenne de 6,9 % par an[3]. Durant la même période, la production de riz a augmenté de 203 % et le nombre d'étudiants à l'université est passé de 2 000 à 90 000. L'aide des États-Unis culmine avec 2,3 milliards de dollars d'aide en 1973 mais chute à 1,1 milliard de dollars en 1974. L'inflation est passé à 200 % alors que le pays subit un choc économique en raison de la diminution de l'aide américaine ainsi que le choc pétrolier d'octobre 1973[4]. L'unification du Vietnam en 1976 a conduit à l'imposition de l'économie centralement planifiée du Nord.

Médias[modifier | modifier le code]

La République du Viêt Nam faisait fonctionner une station de radio AM et 4 stations de radio FM, toutes détenues par le gouvernement, nommée Radio Vietnam. L'une d'entre elles était une émission nationale, l'autre concernait le service militaire et le reste étaient diffusées dans des langues étrangères comme le français, chinois, anglais, khmer et thaï. Radio Vietnam commence à être diffusée à partir de 1955.

La télévision fut introduite lors de la guerre du Viêt Nam, le 7 février 1966. Couvrant les principales villes du Sud Vietnam, il s'agissait à l'origine d'une unique chaîne qui était diffusée une heure par jour, avant d'augmenter jusqu'à six heures de diffusion le soir au cours des années 1970.

Démographie[modifier | modifier le code]

Environ 90 % de la population étaient Kinh, et 10 % étaient Hoa, Montagnard, Français, Khmer, Cham, Eurasiens et autres selon une estimation de 1970.

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. dit « Big Minh » pour sa taille
  2. Vietnamese evacuation : testimony of ambassadeur Graham Martin, International relations January 27 1996 p. 609
  3. (en) The South Vietnamese Economy During the Vietnam War, 1954-1975, consulté le 14 mars 2012
  4. (en) Andrew A. Wiest, The Vietnam War, 1956-1975, p. 80

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • Bernard B. Fall.
    • The Vietminh Regime (1954), Le Vietminh (1960, traduction française, Colin)
    • The Two Vietnams (1963), Les deux Viêt Nam (1962, traduction française, Payot)
    • Indochine 1946-1962 (1962, Laffont)
    • Vietnam Witness, 1953-66 (1pub.966)
    • Hell in a Very Small Place: The Siege of Dien Bien Phu (1966), Dien Bien Phu, un coin d’enfer (1968, traduction française posthume, Laffont)
    • Anatomy of a Crisis: The Laotian Crisis of 1960-1961 (publié 1969).
  • Jean Lacouture, Hô Chi Minh, Seuil, col. Politique, Paris, 1967
    • Viêt Nam, de la guerre française à la guerre américaine, avec Philippe Devillers, coll.Esprit, 1969
    • La Fin d'une guerre, en collaboration avec Philippe Devillers, 1960, nouvelle édition en 1969
  • Paul Mus, Viêt Nam. Sociologie d’une guerre, Seuil, Paris, 1952.
  • Jules Roy, La bataille de Dien Bien Phu, Julliard, 1963 ; Albin Michel, 1989.
  • Vuong Van Dong Le coup d'État du 11/11/1960

Articles connexes[modifier | modifier le code]