Terrorisme islamiste

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Le terrorisme islamiste (parfois appelé terrorisme islamique[1]) fait référence aux attentats, et aux autres actions de violence politique attribuées au terrorisme[2], qui sont le fait d'islamistes, c'est-à-dire d'individus ou d'organisations qui font le « choix conscient de [prendre ou de manipuler][3] la doctrine musulmane comme guide pour l’action politique »[4].

Des organisations comme Al-Qaïda se positionnent clairement dans le contexte islamique et revendiquent pratiquer le djihad[5] mais leurs actions sont condamnées par des autorités religieuses musulmanes[6],[7]. D'autres mouvements islamistes, comme le Hamas et le Hezbollah dans le contexte du conflit israélo-palestinien ou les Moudjahidines lors de la Première Guerre d'Afghanistan, font ou ont fait usage de guérilla mais aussi de lutte armée. Ils sont déclarés comme terroristes par leur ennemis, mais représentent la résistance pour ceux dont ils défendent la cause.

Les attentats du 11 septembre 2001 perpétrés par Al-Qaïda et qui ont fait près de 3000 morts[8] sont l'événement emblématique du terrorisme islamiste.

Considérations géopolitiques[modifier | modifier le code]

25 juin 1996 : un camion piégé explose à l'entrée de la base américaine de Khobar.

Bien que des actes de terrorisme majeurs tels la prise de la Grande Mosquée de La Mecque en 1979 et l'assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate le 6 octobre 1981 par le Jihad islamique égyptien eurent lieu avant cette guerre, pour un certain nombre d'analystes des questions géopolitiques, le terrorisme islamiste naît en 1979 avec la guerre d'Afghanistan[réf. nécessaire].

Cette guerre vit l'URSS lutter et perdre contre des forces de résistance afghanes soutenues par les États-Unis (Opération Cyclone) cherchant à limiter l'avancée communiste, mais aussi par l'Arabie saoudite, cherchant à exporter le wahhabisme - Oussama Ben Laden ira par exemple former les Afghans à la lutte armée -, le Pakistan pour des raisons de proximité spatiale et la République populaire de Chine en raison de sa rivalité avec cet État.

D'après Noam Chomsky, « les islamistes radicaux, ou extrémistes, souvent appelés « fondamentalistes », ont été choyés par les États-Unis dans les années 1980, parce qu'ils étaient les plus implacables tueurs au monde. »[9] Nafeez Mosaddeq Ahmed a conforté cette analyse dans son livre La Guerre contre la vérité[10].

Critique et usages du terme[modifier | modifier le code]

Selon Semih Vaner, directeur de recherches au Centre d'études et de recherches internationales, « le terrorisme islamique n’existe pas. Pour lui, il y a une diversité de "terrorismes" dont certains peuvent se définir comme une résistance armée (quelle qu'en soit la légitimité de celle ci). Les autres formes de terrorisme sont, pour lui, des conflits d'ordres politique et/ou économique. »[11]. La situation est alors assimilée à celle du conflit nord-irlandais, dont la différence de religion n'était qu'une composante d'une disparité culturelle, politique, économique et sociale. Il en va autrement quand ce conflit est exporté dans d'autres pays, et on connaît le propos de Raymond Barre signalant qu'un attentat parisien avait tué "non seulement des juifs, mais aussi des Français innocents", formulation critiquée de façon acerbe par Le Canard enchaîné.

Dans le monde arabo-musulman, les actes terroristes perpétrés au nom de l'Islam sont généralement condamnés par des autorités religieuses[12]. Toutefois, certaines actions qualifiées de terroristes en occident y sont considérées comme de la résistance[13]. C'est particulièrement le cas dans le contexte du conflit israélo-palestinien, des commentateurs qualifient la lutte armée palestinienne de terrorisme, lui attribuant ou non une cause religieuse, tandis que les Palestiniens et leurs soutiens y voient une résistance contre Israël qui occupe indûment une partie de leurs territoires[14], dirigée contre tous y compris femmes et enfants, pour protester contre une forme de terrorisme d'État.

Plusieurs organisations islamistes qualifient leurs opérations de résistance contre une force d'occupation. Ainsi, Hamas est un acronyme de « harakat al-muqâwama al-'islâmiya » signifiant « mouvement de résistance islamique »[15]. Le drapeau du Hezbollah porte la slogan « al-muqāwamah al-islāmīyah fī lubnān » qui signifie « la résistance islamique au Liban »[16]. En Irak, plusieurs organisations (d'inspiration politique et/ou religieuse) mènent une guérilla contre les forces militaires américaines[17].

Les attentats-suicides[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attentat-suicide.

L'acte de sacrifice en tant qu'acte de guerre est commun à diverses civilisations, comme les kamikazes japonais faisant don de leur vie pour abattre l'ennemi. Apparue lors de la guerre civile libanaise, la tactique des attentats-suicides est utilisée en particulier par le Jihad Islamique à l'encontre de cibles militaires (attentats du 23 octobre 1983 à Beyrouth, etc.). Elle s'est depuis répandue, en particulier avec l'invasion de l'Irak, puis, à partir de 2006-2007, lors de la seconde guerre d'Afghanistan. La logique de ces attentats-suicides est hétérogène, de même que ses cibles (les Tigres Tamouls, laïcs et nationalistes, sont ceux qui ont fait le plus usage des attentats-suicides au XXe siècle, étant responsables de 75 des 186 attentats-suicides commis dans le monde de 1980 à 2001[18]). Le Pakistan a par exemple connu 86 attentats-suicides en 2009 touchant aussi bien la population civile locale, des lieux de cultes, des lieux fréquentés par des étrangers tels des grands hôtels que des cibles militaires et administratives.

L’État pompier pyromane[modifier | modifier le code]

Que des membres de services de sécurité d'un État incitent des personnes à commettre des actes terroristes, ou créent de toutes pièces des preuves pour les accuser de vouloir en commettre, est une manœuvre illégale, mais ayant eu toujours cours. Par exemple, dans un rapport publié le 21 juillet 2014, l'association Human Rights Watch a révélé que sur 27 cas étudiés, parmi les plus que 500 condamnations pour tentatives d'attentats terroristes recensés aux États-Unis depuis le 11 septembre 2001, « le FBI a encouragé, poussé et parfois même payé des musulmans américains pour les inciter à commettre des attentats, au cours d'opérations de filature montées de toutes pièces[19] », et « pourrait avoir créé des terroristes chez des individus respectueux de la loi en leur suggérant l'idée de commettre un acte terroriste[20] », et estime « que la moitié des condamnations résultent de coups montés ou guet-apens. Dans 30 % des cas, l'agent infiltré a joué un rôle actif dans la tentative d'attentat[19] ».

Exemples[modifier | modifier le code]


Chaque année, le département d'État américain publie un rapport dans lequel il liste les organisations qu'il considère comme terroristes et contre lesquelles sont engagés les États-Unis dans la « guerre contre le terrorisme ». Parmi, celles-ci[21], plusieurs organisations se réclament de l'islamisme, tels que le Groupe islamique armé (GIA), la Jama’a al-Islamiyya, le Hamas, le Hezbollah, le Mouvement islamique d'Ouzbékistan, le Djihad islamique, Al-Qaida, etc.

Le rapport 2008 d'Europol classe aussi comme islamistes plusieurs groupes actifs ou susceptibles de passer à l'action en Europe : Al-Qaïda au pays du Maghreb islamique (AQMI) et Groupe islamique combattant marocain (GICM) auraient bénéficié de la formation de l'Islamic Jihad Union (IJU) basée au Pakistan et issue du Mouvement islamique d'Ouzbékistan. Le rapport cite d'autres groupes égyptiens, libyens, etc., comme se réclamant de la « franchise Al-Qaida ». Cependant, Europol précise qu'il est difficile de tracer les contours de la mouvance terroriste islamiste, certains attentats pouvant être préparés par des petits groupes auto-formés ou par des individus isolés sans aucun lien avec un réseau jihadiste international[22].

Selon Marc Sageman (en), ancien officier de la CIA (basé à Islamabad de 1987 à 1989), « depuis la création d'Al-Qaida en 1989, il y a eu soixante complots en Occident, émanant de quarante-six groupes différents », la première vague ayant eu lieu avec les attentats de 1995 en France, la seconde après l'invasion de l'Irak [23]. Sur ces 60 « complots », « quatorze [ont réussi], dont neuf par le GIA, deux par Al-Qaida (le 11 septembre 2001 aux États-Unis et le 7 juillet 2005 à Londres) et trois inspirés par Al-Qaida (le World Trade Center en 1993, les attentats du 11 mars 2004 à Madrid et l'assassinat de Theo Van Gogh à Amsterdam en 2004) [23]. » En 20 ans, Sageman compte 400 djihadistes : « les "vrais" terroristes sont 400 au plus, sur une population musulmane de 20 millions de personnes en Occident et de 700 millions au total, sur vingt ans[23]. »

Bien que la lutte antiterroriste ait eu tendance à se confondre avec un durcissement de la politique d'immigration et une fermeture des frontières, les terroristes islamistes peuvent être aussi bien des étrangers que des nationaux; lorsqu'ils sont étrangers, ils sont dans l'ultra-majorité des cas en situation régulière (Najibullah Zazi (en), arrêté en septembre 2009, etc.). Ainsi, en 2009, une douzaine de projets terroristes portés par des nationaux ont été déjoués aux États-Unis [24], dont la fusillade à Little Rock (2009) (en), le projet terroriste à New York (2009) (en), ou encore en 2006 le projet terroriste de la Sears Tower (2006) (en) (voir aussi le réseau terroriste de Virginie (en), démantelé en 2005, qui mélangeait Américains nés aux États-Unis et personnes nées à l'étranger).

Propagande[modifier | modifier le code]

Selon l'Institut national des hautes études de sécurité, ces organisations utilisent tous les canaux de communications pour leur propagande. Pour se faire connaître et recruter de nouveaux adhérents elles diffusent des vidéos, des cassettes audio et des fascicules [25]. Pour l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, l'utilisation d'internet permet de recruter, de faire de la propagande, de transférer des fonds[26].

Condamnation du terrorisme dans le monde arabe[modifier | modifier le code]

De nombreux colloques se sont tenus en Égypte, en Arabie saoudite et ailleurs, qui condamnent les attentats suicides, l'agression physique des personnes civiles et les attentats du 11 septembre, du 11 mars, de Riyad, du 7 juillet etc [6],[27],[28], [29]. Les intellectuels, hommes politiques et religieux du monde arabo-musulman ont élaboré et 57 États ont cosigné une Convention arabe pour la lutte contre le terrorisme « Conformément aux hauts principes moraux et religieux, notamment les règles de la charria islamique ainsi qu'au patrimoine humanitaire de la nation arabe qui réprouve toute forme de violence et de terrorisme »[28].

Cette position n'engage toutefois pas le chiisme iranien. La notion de martyre est aussi ancienne que la naissance de l'islam[30], cependant les attentats suicides sont apparus et ont pénétré dans le monde musulman le siècle dernier[31] et sont sévèrement condamnées par les autorités de l'islam[12]. Des bases islamiques sur lesquelles s'appuient les oulémas sont principalement[6] :

  • l'interdiction de tuer des innocents (femmes, enfants, vieillards, personnes non hostiles, prêtres, fous ou infirmes, ne prenant pas part au combat.) [32],[33].
  • l'interdiction de provoquer le chaos (al-fitna) [34](Cor. II, La vache : 190-191) : « Le chaos (fitna) est pire que la guerre. Tant qu'eux ne vous combattront pas dans l'enceinte sacrée, ne leur livrez pas la guerre. Si eux vous déclarent la guerre alors tuez-les. Voilà la fin des infidèles ».
  • le suicide, clairement condamné dans le Coran [35](Cor. IV, Les femmes : 28-29) : « ne vous donnez pas la mort ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hassane Zerrouky, La Nébuleuse islamiste en Europe et en Algérie, Éditions 1, septembre 2002, (ISBN 2846120722).
  • Ali Laïdi et Ahmed Salam, Le Jihad en Europe : Les Filières du terrorisme islamiste, Seuil, août 2002, (ISBN 2020539799).
  • Stéphane Berthomet et Guillaume Bigot, Le jour où la France tremblera : Terrorisme islamiste : les vrais risques pour l'Hexagone, Ramsay, mars 2005, (ISBN 2841147258) et Ramsay/Poche, mars 2006, (ISBN 2841147843).
  • Anna Geifman et Rodolphe Lachat (traduction), La Mort sera votre Dieu : Du nihilisme russe au terrorisme islamiste, Éditions de La Table Ronde, mai 2005, (ISBN 2710327619).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Références au terme dans googlebook
  2. Tanguy Struye de Swielande, Le terrorisme dans le spectre de la violence politique, Les Cahiers du RMES, juillet 2004, se référant à P. Wilkinson, Terrorism and the Liberal State, London, The McMillan Press, 1977, p.30.
  3. Définition dans le glossaire du site de l'Académie de Lille, Les dossiers du Beffroi, dossier : Enseigner le nouvel ordre mondial : [1]
  4. Guazzone (Laura) ed. The Islamist Dilemma - The Political Role of Islamist Movements in the Contemporary Arab World, Ithaca Press, Reading, Royaume-Uni, 1995, 390 pages [2]
  5. Gilles Kepel, Jihad expansion et déclin de l'islamisme, Gallimard, 2000, page 13
  6. a, b et c Cheikh Muhammad ibn Hussayn, Que disent les savants de l'islam sur le Terrorisme ?, éditions Anas 2004 ISBN 9960-36-560-3. 128 pages.
  7. CAIR's, Anti-Terrorism Campaigns. Muslim Religious Council Issues Fatwa Against Terrorism. The Fiqh Council of North America wishes to reaffirm Islam's absolute condemnation of terrorism and religious extremism. (October 20, 2010) ;
    (en) Shaykh ul Islam, Dr. Muhammad Tâhir al Qadri, Fatwa on suicide bombing and terrorism Traduction vers l'anglais par le Shaykh Abdul Aziz Dabbagh édition : Minhaj Publications 2010. 600 pages. ISBN 978-0-9551888-4-8. (Printed by Biddles, UK) - Eminent Pakistani cleric issues fatwa against terrorism ;
    Grand Sheikh condemns suicide bombings, source : BBC News, Tuesday, 4 December, 2001, 03:08 GMT.
  8. , For 9/11 families, finishing job in Afghanistan is personal, CNN.com
  9. Noam Chomsky, 11/9 Autopsie des terrorismes, Le Serpent à Plume, 2001, p. 25
  10. Nafeez Mosaddeq Ahmed, La Guerre contre la vérité, Demi-Lune, 2006, pp. 14-45
  11. Cessons de parler du « terrorisme islamique », 14/09/2004 sur info-turc.org
  12. a et b Que disent les savants de l'islam sur le Terrorisme ?, Le Comité des Grands Savants d'Arabie saoudite, éditions Anas 2004 ISBN 9960-36-560-3. 128 pages, ouvrage entièrement dédiée à la question, intro pages 1-5.
  13. Il convient de noter que sous l'occupation allemande, la Résistance n'a visé que des militaires, jamais des femmes et des enfants. Il en va de même pour les kamikazes japonais, d'où la protestation de ce peuple contre cette appellation pour les opérations-suicide palestiniennes contre des populations civiles
  14. (voir aussi Fonds national juif). La dualité est par exemple expliquée dans Dahr Jamail, « Hezbollah's transformation », Asia Times,‎ 2006-07-20 (consulté le 2007-10-30)
  15. Voir l'article Hamas
  16. Voir l'article Hezbollah
  17. Jean-Pierre Sroobants, 'Le récit d'un djihadiste dans les rangs d'Al-Qaida, Le Monde, consulté le 30 octobre 2007.
  18. Robert A. Pape, The Strategic Logic of Suicide Terrorism, originellement publié dans American Political Science Review 97 (3), août 2003, p.323-361
  19. a et b Le FBI a poussé des Américains musulmans à commettre des attentats, article du quotidien Le Monde, daté du 22 juillet 2014.
  20. (en)Illusion of Justice ; Human Rights Abuses in US Terrorism Prosecutions, publication sur le site de Human Rights Watch, mise en ligne le 21 juillet 2014.
  21. Rapport 2005
  22. (en) [PDF] EU Terrorism situation and trend report
  23. a, b et c Marc Sageman (en), "La guerre en Afghanistan n'a pas de sens", Le Monde, 8 septembre 2009.
  24. Combating homegrown terrorism, Washington Post (editorial), 16 décembre 2009
  25. (fr)[PDF]« Cahiers de la sécurité n°6 », Institut national des hautes études de sécurité, octobre-novembre 2008
  26. OSCE, & http://www.osce.org/documents/mcs/2006/12/22559_fr.pdf « Decision n°3/04 lutte contre l'utilisation d'internet à des fins terroristes »
  27. Maroc: les oulémas veulent participer à la lutte contre le terrorisme
  28. a et b Convention arabe pour la lutte contre le terrorisme
  29. Déclaration du Caire sur les droits de l'homme en Islam.
  30. Notons que le mot n'a pas le même sens dans les trois religions dites du Livre : chez les chrétiens, n'est acceptable au rang de martyr que qui a préféré se laisser tuer plutôt que de renier sa foi; en islam, celui qui est tué dans un combat au nom de sa foi est également considéré comme "martyr", même s'il a tué lui-même. Depuis 1945, les milieux israélites qualifient de martyres les victimes du troisième Reich ayant eu la malchance d'avoir été capturées par leurs bourreaux : trois acceptions bien distinctes, donc.
  31. Navid Kermani, Dynamit des Geistes : Martyrium, Islam und Nihilismus (Taschenbuch) Göttingen, Wallstein, 2002. Ouvrage entièrement dédié à la question des attentas suicides, Introduction, pages 1 et suivantes.
  32. Ali Amir Moezzi, Dictionnaire du Coran, éditions Robert Laffont (2007). ISBN 978-2-221-09956-8 ; (981 pages) p.375.
  33. (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî
  34. (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî
  35. (ar) Jâmi'ul Ahkâm'il Qur'ân, Qurtubî