Révolte spartakiste de Berlin

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Barricade à Berlin durant le soulèvement, en janvier 1919.

La révolte spartakiste de Berlin ou révolte de janvier est le nom donné à la grève générale et aux combats qui l'ont accompagnée en Allemagne entre le 5 janvier et le . Son déclenchement, puis sa répression par des Corps francs sur ordre de Gustav Noske constitue l'un des principaux épisodes de la révolution allemande de 1918-1919.

L'adjectif « spartakiste » est en général utilisé pour parler de ces événements, même si le Parti communiste d'Allemagne, fondé quelques jours plus tôt par la Ligue spartakiste, n'a ni lancé ni mené le soulèvement, et n'y a participé qu'après qu'il eut véritablement commencé.

Déroulement[modifier | modifier le code]

La révolte commence après le renvoi le 4 janvier d'Emil Eichhorn, chef de la police depuis les journées de novembre, et membre du Parti social-démocrate indépendant (USPD), par le Conseil des commissaires du peuple. Les décisions du conseil sont contrôlées par le chancelier Friedrich Ebert du Parti social-démocrate (SPD), SPD qui y a tous les postes depuis que l'USPD l'a quitté le . Emil Eichhorn avait refusé lors du « Noël sanglant » (23-25 décembre) de participer à la répression des marins qui s'étaient mis en grève. Friedrich Ebert ne le considérait en conséquence pas comme quelqu'un de fiable.

De nombreux travailleurs prennent alors spontanément le contrôle du siège d'un journal, dans la Kochstraße, à Berlin et montent des barricades dans les rues. D'autres travailleurs les rejoignent bientôt et bloquent de nombreuses rues dans le quartier du journal, dont le bureau de Vorwärts, organe officiel du SPD. Le journal avait publié des articles hostiles aux spartakistes depuis le début du mois de septembre.

Les meneurs de l'USPD et du KPD décident rapidement de soutenir la révolte. Ils appellent à la grève générale à Berlin pour le 7 janvier. Environ 500 000 travailleurs se mettent en grève et manifestent dans le centre-ville de Berlin ce week-end.

Un comité d'action révolutionnaire composé de 52 membres, dont font partie Karl Liebknecht et Georg Ledebour, est créé dans le but de prendre le pouvoir, mais dans les deux jours qui suivent la manifestations, les disputes internes empêchent la formulation d'une marche à suivre. Certains appellent à l'insurrection armée quand d'autres préfèrent défendre l'idée de négocier avec Friedrich Ebert. Les travailleurs qui occupent toujours les bâtiments engagent les premiers combats de rue : c'est le début de la « Semaine sanglante ».

Même au sein du Parti communiste, tout le monde n'est pas d'accord sur ce qu'il fallait faire. Karl Liebknecht, à la différence de Rosa Luxemburg, défend un renversement violent du gouvernement Ebert, car sinon le KPD s'éloignerait trop de la volonté des travailleurs qui en avaient l'intention. Dans le même temps, de nombreux dirigeants du KPD essaient de rallier à leur cause les régiments en position à Berlin, en particulier la Volksmarinedivision composée des marins dont la grève de décembre a déclenché la révolte. Leur présence armée est supposée éviter tout combat. Mais cette stratégie échoue car la plupart des marins sont déjà rentrés chez eux du fait de leur loyauté au Conseil des commissaires du peuple.

La semaine sanglante (6-13 janvier 1919)[modifier | modifier le code]

Le gouvernement socialiste du président Ebert conclut un accord avec l'armée pour mater dans le sang la révolte. Le 8 janvier, les membres du KPD quittent le comité d'action révolutionnaire après que les représentants de l'USPD ont invité Friedrich Ebert pour des négociations. Pendant que celles-ci prennent place, les travailleurs découvrent l'existence d'un tract du Vorwärts intitulé « Die Stunde der Abrechnung naht ! » (« L'heure des comptes approche ! »), et apprennent que l'administration du SPD a engagé les Freikorps (Corps francs), milice paramilitaire contre-révolutionnaire, pour contrer la révolte ouvrière. Friedrich Ebert a en effet donné cet ordre au ministre de la Défense Gustav Noske le 6 janvier. Le comité d'action révolutionnaire arrête alors ses discussions avec le SPD, et la Ligue spartakiste appelle ses membres à prendre les armes.

Le même jour, Friedrich Ebert ordonne aux Freikorps d'attaquer les travailleurs en révolte. La milice est composée d'anciens militaires ayant participé à la Première Guerre mondiale qui possèdent toujours leurs armes, ce qui lui donne un formidable avantage. Les Freikorps reconquièrent donc rapidement les rues bloquées par des barricades et les bâtiments occupés. Beaucoup de travailleurs se rendent, ce qui n'empêche pas les soldats de tuer plusieurs centaines d'entre eux. Un nombre inconnu de civils meurt également durant les combats.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg sont capturés par les Freikorps et assassinés le 15 janvier. Le corps de Rosa Luxemburg est ensuite jeté dans un cours d'eau à proximité. Les assassins seront retrouvés, jugés, mais acquittés en mai 1919[1].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le terme de « révolution spartakiste » est parfois aussi utilisé, de manière abusive, pour parler in extenso de la révolution allemande de novembre 1918 ; cf. Gilbert Badia, "Spartakisme", Encyclopédie Universalis (1990), tome 21 p.405.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gilbert Badia, Les Spartakistes : 1918 : l'Allemagne en révolution, Éditions Aden, coll. « Petite bibliothèque » (no 23),‎ 2008 (1re éd. 1966), 352 p. (ISBN 978-2-930402-52-9)

Source de traduction[modifier | modifier le code]