Armistice du 22 juin 1940

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49° 25′ 38″ N 2° 54′ 23″ E / 49.42736111, 2.90641944

Page d'aide sur les redirections Cet article concerne l’armistice entre Français et Allemands à l’été 1940. Pour l’armistice entre Français et Italiens, voir armistice du 24 juin 1940.
Hitler (la main sur la hanche) et ses généraux regardant la statue du maréchal Foch avant la signature de l'armistice.
Wilhelm Keitel (à gauche) devant le wagon de l'Armistice.
Signature de l'armistice. À gauche le maréchal Keitel, à droite, la délégation française avec le général Huntziger entouré du général d'aviation Bergeret et du vice-amiral Le Luc (de profil).
Le général Charles Huntziger signe l'armistice pour la France.

L’armistice du 22 juin 1940 est une convention signée en forêt de Compiègne entre le représentant du Troisième Reich allemand et celui du gouvernement français de Philippe Pétain afin de mettre fin aux hostilités ouvertes par la déclaration de guerre de la France envers l'Allemagne le , marquées notamment par la bataille de France déclenchée le .

L'armistice établit les conditions de l'occupation par l'Allemagne de la France, le sort des personnes capturées, déplacées ou occupées, la neutralisation des forces françaises, et le paiement de compensations économiques à l'Allemagne. Du point de vue territorial, il résulte de la convention (en particulier en ses articles 2 et 3)[1] que la France métropolitaine est divisée en deux parties par une ligne de démarcation, la zone occupée par l'armée allemande et la zone dite « libre »[2]. La souveraineté française s'exerce sur l'ensemble du territoire[1],[2], y compris la zone occupée et l'Empire[2] qui demeurent sous l'autorité du nouveau gouvernement français. Dans la zone occupée, on distinguera par la suite le Nord (deux départements, le Nord et le Pas-de-Calais) qui est rattaché au gouvernorat militaire allemand en Belgique, la « zone réservée » de l'Alsace-Moselle à l'est, la « zone interdite » le long des côtes de la Manche et de l'Atlantique[2] et la (petite) zone d'occupation italienne avant fin 1942.

L'entrée en application de cet armistice ne doit se faire qu'après la signature de celui entre l'Italie et la France, signé le 24 juin à 18 h 35. Le cessez-le-feu entre en vigueur six heures après, soit à h 35 le 25 juin 1940[3].

Les délégations[modifier | modifier le code]

Adolf Hitler exige que l'armistice soit signé au même endroit que l'Armistice de 1918, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Il fait sortir le wagon de l'Armistice, qui avait servi à signer celui de 1918, du bâtiment qui l'abrite, et le fait placer à une centaine de mètres de là, à l'emplacement exact où il se trouvait le 11 novembre 1918, afin d'y organiser la cérémonie de revanche sur la Première Guerre mondiale (le wagon sera ensuite convoyé à Berlin). Le 21 juin, lors de la journée inaugurale des négociations, les Allemands sont représentés par Adolf Hitler et le maréchal Wilhelm Keitel, chargé des négociations[2].

Plusieurs hauts dignitaires de l'armée allemande et du régime nazi assistent à la cérémonie : Rudolf Hess, Hermann Göring, von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, l'amiral Raeder, chef de la Kriegsmarine, et le général von Brauchitsch, commandant de la Wehrmacht[4].

La délégation française est présidée par le général Huntziger et comprend le général d'aviation Bergeret, le vice-amiral Le Luc et l'ambassadeur Léon Noël.

La discussion des clauses[modifier | modifier le code]

Avant son départ pour Rethondes, le général Huntziger, chef de la délégation française, est reçu par Pétain en présence du nouveau ministre de la Défense, le général Weygand et du ministre des Affaires étrangères Paul Baudouin[5],[6] ; au cours de cet entretien, le chef du Gouvernement fait part de ses « instructions formelles » qui sont de « […] rompre immédiatement la négociation si l'Allemagne exige premièrement la remise totale ou partielle de la flotte, deuxièmement l'occupation de la métropole, ou troisièmement l'occupation d'une partie quelconque de l'empire colonial[6]. »
Parallèlement, les services du ministère des Affaires étrangères rédigent une note : « Liste succincte des concessions qui ne pourraient être faites sans porter atteinte à l'honneur »[6] ; aux trois points indiqués par Pétain, s'ajoutent la livraison de l'aviation et la sauvegarde des institutions de la France et sur l'intégrité du territoire il est précisé que cela concerne particulièrement l'Alsace-Lorraine et la Corse[6].

Ayant pris connaissance des conditions d'armistice édictées par les Allemands, Huntziger en rend compte à Weygand, le 21 juin à 20 heures, au cours d'un long entretien téléphonique — conversation écoutée par les Allemands — où il dicte le texte intégral de la convention, aussitôt transmise au Conseil de ministres réuni à Bordeaux[7].

La délégation française considère que les conditions qui sont imposées à la France par l'Allemagne, bien que dures, sont toutefois acceptables car elle garde sa flotte[7] et ses colonies — conformément aux souhaits de Pétain — et n'est pas entièrement occupée[8]. En fait, au moment de la signature de l'armistice, les Allemands n'exigent aucune des trois conditions qui, selon les instructions de Pétain, auraient été susceptibles de provoquer la rupture des négociations[9].

Lors des pourparlers qui se déroulent toute la journée du 22, entrecoupés de nouvelles communications téléphoniques entre Huntziger et Weygand, la délégation française obtient néanmoins[10] deux modifications : l'article 5 sur la livraison des avions militaires et l'article 17 sur les transferts de valeurs et de stocks, sont amendés[10]. Les Allemands refusent toute autre concession, en dépit des protestations françaises, en particulier sur l'article 19 concernant le droit d'asile et sur l'Italie (la France n'ayant pas été vaincue dans les Alpes)[11]. Suite à l'ultimatum du chef de la délégation allemande, le maréchal Keitel, Huntziger reçoit l'ordre depuis Bordeaux de signer l'armistice[11].

Après ces deux jours de discussion, l'armistice est donc signé le 22 juin à 18 h 50 par le maréchal Keitel et le général Huntziger[4],[7].

Les motivations de Hitler[modifier | modifier le code]

Les conditions de l'armistice sont motivées par les préoccupations d'Adolf Hitler à cette époque : il faut bien sûr empêcher de façon durable que la France ne redevienne une grande puissance militaire, mais à court terme, il faut veiller à ce que sa flotte et l'aviation ne rejoignent pas le Royaume-Uni[2], qui reste le dernier pays à vaincre ou à séduire, car un accord de paix avec le Royaume-Uni reste souhaité en cette fin du mois de juin. Enfin, il ne faut froisser ni l'allié italien[2], ni le potentiel allié espagnol. Hitler a rencontré Mussolini le 18 juin à Munich[12] pour le convaincre de s'en tenir à ses vues[12] : le Duce voulait s'emparer de la flotte et de l'aviation françaises, occuper la France jusqu'au Rhône, annexer Nice, la Savoie, la Corse, la Tunisie, la Côte française des Somalis, les villes d'Alger, d'Oran et de Casablanca, ce qui n'entrait pas dans les plans de Hitler qui considérait ces prétentions démesurées et de nature à compromettre la signature de l'armistice[12],[2]. Ce sont toutes ces considérations complexes qui vont déterminer le contenu de la convention d'armistice.

Les conditions[modifier | modifier le code]

La France coupée en quatre : zone libre, zone occupée, départements annexés et du Nord de la France directement sous administration militaire allemande.

La convention est un texte bref de vingt-quatre articles, qui contient notamment les clauses suivantes[1] :

  • Les prisonniers de guerre (plus de 1,5 million d'hommes) restent en captivité jusqu'à la signature d'un accord de paix.
  • La moitié nord, ainsi que la côte atlantique, passent sous occupation allemande : c'est la zone occupée, qui couvre à peu près les trois cinquièmes du territoire. Le reste constitue la « zone libre », c'est-à-dire non occupée, regroupée essentiellement au sud de la Loire. Les deux zones sont séparées par la ligne de démarcation.
  • La France doit pourvoir à l'entretien de l'armée d'occupation. Il s'avéra que le montant de ces indemnités allait être fixé de façon quasi-discrétionnaire par les Allemands, et leur montant s'élèvera, en moyenne, à 400 millions de francs par jour.
  • Dans la zone libre, l'armée française est limitée à 100 000 hommes et les troupes sont désarmées.
  • La souveraineté française s'exerce sur l'ensemble du territoire, y compris la zone occupée, l'Alsace et le département de la Moselle, mais dans la zone occupée, il est stipulé que l'Allemagne exerce « les droits de la puissance occupante[1] », ce qui implique que l'administration collabore avec elle d'une « manière correcte[1] ».
  • L'Empire colonial français reste également sous l'autorité du Gouvernement français.
  • Les bâtiments de guerre rejoignent leur port d'attache du temps de paix, comme Cherbourg, Brest et Lorient qui se trouvaient en zone occupée (« La désignation de ces ports sera faite d'après les ports d'attache des navires en temps de paix »).
  • La France doit livrer les réfugiés politiques allemands ou autrichiens présents sur son sol.

La dernière condition (article 19 : la France doit livrer les réfugiés politiques allemands ou autrichiens présents sur son sol) est généralement considérée comme « contraire à l'honneur[2] », en tout premier lieu par la délégation française à Rethondes[2].

La question de la flotte française[modifier | modifier le code]

Le choix d'Hitler de laisser à la France vaincue sa souveraineté et son empire[12],[2] peut paraître aujourd'hui surprenant. À l'époque, dans une lettre au Duce et lors de la réunion du 18 juin à Munich, Hitler a justifié ce choix (ainsi que celui de maintenir une zone non occupée) par le souci de ne pas pousser la France et sa puissante flotte à continuer la guerre à partir de ses colonies[12],[2]. La marine allemande n'était pas en mesure de conquérir le vaste empire colonial outre-Méditerranée, et l'envoi de troupes dans des contrées éloignées n'entrait pas dans la stratégie d'Hitler[12]. Dans les faits, à l'exception de l'Afrique-Équatoriale française et de la Nouvelle-Calédonie, les colonies françaises ne se rallieront ni à de Gaulle ni aux Alliés dans les mois qui suivront l'armistice, malgré la bataille de Dakar.

De son côté, Churchill, face au risque insupportable de voir la flotte française rejoindre ses ports d'attaches maintenant occupés par l'ennemi conformément aux conventions d'armistice, envoie le 3 juillet 1940 une force navale britannique, commandée par l'amiral Somerville, sommer l'escadre française de Mers el-Kébir de se joindre à elle, de se saborder, ou de rejoindre les Antilles françaises. L'amiral français Gensoul rejete l'ultimatum, sans informer le gouvernement de toutes les possibilités ouvertes par celui-ci, notamment de rejoindre les Antilles françaises pour se mettre hors de portée des Allemands. Il s'ensuit un combat naval, au cours duquel un cuirassé est coulé (Bretagne). Un second (Provence), un croiseur de bataille (Dunkerque) et un contre-torpilleurs (Mogador) sont mis hors de combat, causant la mort de 1 297 marins français.

L'amiral Darlan avait, par avance, refusé de diriger vers les ports occupés, les unités qui y avaient leur base. Il ordonna à la totalité de la flotte de se replier en Afrique du Nord. L'attaque de Mers el-Kébir l'incita à la baser à Toulon dès la fin de l'année 1940.

L'armistice du 24 juin avec l'Italie[modifier | modifier le code]

L'Italie, bien que revendiquant, entre autres, l'ancien comté de Nice et la Savoie, dont elle n'est pas parvenue à s'emparer, doit se contenter de la zone d'occupation de Menton (Alpes-Maritimes). Les autres territoires revendiqués, depuis la frontière franco-italienne jusqu'au Rhône ainsi que la Corse, ne seront occupés par l'armée italienne qu'ultérieurement, le 11 novembre 1942, lors de l'invasion de la zone antérieurement non occupée.

Le règlement du conflit avec l'Italie fasciste fait l'objet d'un autre armistice signé le 24 juin 1940.

Accusations du général de Gaulle[modifier | modifier le code]

Le monument à la gloire de la victoire de 1918 sous domination allemande.

Le général de Gaulle reprocha à Pétain le principe même de l'armistice, qui livrait la France pieds et poings liés au Reich. Dans son Appel du 18 Juin, de Gaulle avertit les Français que « […] cette guerre ne se limite pas au territoire de notre pays ; cette guerre est une guerre mondiale. » et pense, à juste titre, que les États-Unis vont entrer en guerre et que les ressources cumulées des Empires français et britannique vont permettre d'écraser l'Allemagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Texte de la convention d'armistice, sur le site de l'université de Perpignan.
  2. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Pierre Miquel, La Seconde Guerre mondiale, éd. Fayard, 1986, Paris (ISBN 2-7242-3370-0) ; rééd. Club France Loisirs, Paris, 1987, p. 153-154.
  3. Jean-Yves Mary, Alain Hohnadel, Jacques Sicard et François Vauviller, Hommes et ouvrages de la ligne Maginot, t. 3 : Le destin tragique de la ligne Maginot, Paris, éditions Histoire & collections, coll. « L'Encyclopédie de l'Armée française » (no 2),‎ , 246 p. (ISBN 2-913903-88-6), p. 221.
  4. a et b Musée de la clairière de l'Armistice.
  5. Gouvernement Philippe Pétain.
  6. a, b, c et d Marc Ferro, Pétain, Paris, Fayard,‎ (réimpr. 2008), 789 p. (ISBN 978-2-213-01833-1), p. 97-98.
  7. a, b et c Eberhard Jäckel, Frankreich in Hitlers Europa – Die deutsche Frankreichpolitik im Zweiten Weltkrieg, Deutsche Verlag-Anstalg GmbH, Stuttgart, 1966 ; traduction : La France dans l'Europe de Hitler (préface de Alfred Grosser, traduction de Denise Meunier), éd. Fayard, coll. « Les grandes études contemporaines », 1968, 554 p., p. 63-65.
  8. Marc Ferro (avec la participation de Serge de Sampigny), Pétain en vérité, Paris, Tallandier,‎ , 303 p. (ISBN 979-10-210-0130-5), p. 99.
  9. Marc Ferro, Pétain, op. cit., p. 99.
  10. a et b Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 64.
  11. a et b Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 64-65.
  12. a, b, c, d, e et f Eberhard Jäckel, La France dans l'Europe de Hitler, op. cit., p. 55-58.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Françoise Berger, « L'armistice de 1940 : négociations et conséquences », dans Revue de la Société des Amis du Musée de l'Armée, no 140, 2011, p. 57-65 [lire en ligne] [PDF].

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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