Ruhr (région)

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La région de la Ruhr (Ruhrgebiet en allemand) est une aire urbaine dense de l'ouest de l'Allemagne et le premier bassin industriel d'Europe de l'Ouest. Elle regroupe plusieurs grandes villes qui forment une conurbation de 5 203 100 habitants[1], soit la première d'Allemagne et la sixième européenne en termes de population. Elle s'étend sur 3 484 km2 ou 4 435 km2 selon les sources.

La Ruhr (en rouge) dans le land Rhénanie-du-Nord-Westphalie (en rose) et dans l'Allemagne (en gris)
Carte de la région de la Ruhr

Géographie[modifier | modifier le code]

La Ruhr au sud de Bochum

La région de la Ruhr est située dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie et est bordée par la Ruhr au sud, le Rhin à l'ouest et la Lippe au nord.

D'ouest en est, la région comprend les villes de Duisbourg, Oberhausen, Bottrop, Mülheim, Essen, Gelsenkirchen, Bochum, Herne, Hamm, Hagen et Dortmund, ainsi que les zones plus rurales de Wesel, Recklinghausen, Unna et Ennepe-Ruhr. Ces villes ont, en grandissant, fusionné en un vaste complexe industriel d'environ 5,2 millions d'habitants, le sixième ensemble urbain d'Europe, après Moscou, Istanbul, Paris, Londres et Madrid. La région de la Ruhr est souvent elle-même incluse dans la conurbation Rhin-Ruhr, qui compte plus de 12 millions d'habitants.

Malgré l'urbanisation, les visiteurs de la Ruhr sont souvent surpris par les nombreux espaces verts existant entre les grandes villes. En fait, 52 % des surfaces de la Ruhr sont cultivées, 25 % sont des espaces forestiers (chiffres de 2006).

Histoire[modifier | modifier le code]

La région de la Ruhr est devenue une région urbaine grâce à la révolution industrielle du XIXe siècle. Avant cette époque, la région était surtout agricole et ne se distinguait pas des autres parties de Westphalie ou de Rhénanie. Mais les richesses de son sous-sol en firent une des plus riches régions d’Allemagne. Au cours du Moyen Âge, la plus grande partie de la future région de la Ruhr était partagée entre les comtés de Berg, de la Marck et Clèves. D’autres parties étaient rattachées à la principauté épiscopale de Münster et à l’archevêché de Cologne. Le Hellweg, une importante voie commerciale, traversait la future région de la Ruhr d’est en ouest. Le commerce le long du Hellweg accompagnait la croissance des villes médiévales de Dortmund et Duisbourg. Toutes deux appartenaient à la ligue hanséatique, une importante association de villes marchandes du nord de l’Allemagne, et Dortmund était une cité impériale libre.

L’industrialisation débuta au XVIIIe siècle avec l’ouverture de plusieurs mines de fer près de la cité actuelle d’Oberhausen. À la même époque, les écluses construites à Mülheim sur la rivière Ruhr permirent l’expansion de l’exploitation minière plus en amont de la rivière. Le développement de l’exploitation des gisements de charbon de la Ruhr accompagna la future expansion de son industrialisation métallurgique et sidérurgique. Vers 1850, plus de 300 mines de charbon étaient en activité dans toute la région. Le charbon était ensuite transformé dans des fours à coke qui alimentaient les hauts fourneaux de la région qui produisaient la fonte et l’acier. Avant que les gisements de charbon de la vallée de la Ruhr n'aient été épuisés, de nouveaux gisements furent exploités plus au nord. L’industrie charbonnière se déplaça vers les vallées de l’Emscher et de la Lippe, dans des mines plus profondes. L’expansion du chemin de fer dans toute l’Allemagne à partir de la seconde moitié du XIXe siècle donna une impulsion nouvelle aux industries métallurgiques de la Ruhr. Les employeurs recrutaient des milliers de travailleurs pour les mines et les industries sidérurgiques au fur et à mesure de leur croissance, et la population augmenta rapidement. Les vieilles cités situées le long du Hellweg s’agrandirent et les villages devinrent des villes à leur tour. Les mineurs et leurs familles étaient souvent logés dans des “colonies de mineurs” (à l’image des corons du nord de la France) dont la plupart étaient construits par les firmes de houillères. La région minière de la Ruhr devint rapidement la plus grande région industrielle d’Europe. Dans les années 1890 des dizaines de milliers de travailleurs polonais émigrent de Pologne vers la Ruhr pour s'embaucher dans les mines de charbon. Après la fin de la Première Guerre mondiale, une partie de ces "mineurs westphaliens" se font embaucher par les industriels français souhaitant relancer leur économie, en raison de leur savoir-faire. Environ 50.000 d'entre deux arrivent ainsi en France au début des années 1920, dont près des deux-tiers dans le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais[2].

En mars 1920 débute un soulèvement par les communistes dans la région de la Ruhr en réponse au putsch de Kapp. Ce dernier prend fin lors de l'intervention de la Reichswehr, armée de la République de Weimar.En mars 1921, les troupes françaises et belges occupèrent la région de Duisbourg, une partie de la Rhénanie démilitarisée en vertu du traité de Versailles. En janvier 1923, le reste de la région fut occupée en représailles des retards de paiement de l’Allemagne concernant les énormes réparations exigées lors du traité de Versailles. Le gouvernement allemand de la jeune république de Weimar riposta par la « résistance passive », le fameux Ruhrkampf. Les mineurs et les cheminots refusèrent d’obéir aux ordres des forces occupantes, paralysant la production et les transports. Mais les conséquences financières furent désastreuses et contribuèrent largement à l’hyperinflation qui ruina complètement les finances publiques allemandes et traumatisèrent durablement les Allemands en 1923. L’appel à la résistance passive fut donc levé par le gouvernement de Gustav Stresemann en septembre 1923. La fin de la résistance passive permit au gouvernement allemand de négocier le Plan Dawes et d’obtenir ainsi le retrait des troupes étrangères en 1925. Par la suite, les incidents et actes de sabotage perpétrés lors de l’occupation de la Ruhr seront largement exagérés et récupérés par la propagande nazie.

Production mondiale d'acier en 1939. Celle de l'Allemagne est alimentée en majorité par le charbon de la Ruhr.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Ruhr était au cœur du complexe militaro-industriel allemand. En conséquence, elle dut subir des attaques massives et les bombardements stratégiques alliés détruisirent environ 30 % des infrastructures de la région, contre une moyenne nationale de 15 à 20 %. Les pertes civiles furent très importantes dans toutes les villes de la Ruhr. Au printemps 1945, les forces alliées planifièrent une campagne pour encercler et s'emparer de la région de la Ruhr. La manœuvre d'encerclement réussit, permettant la capture de plusieurs centaines de milliers d'hommes de la Wehrmacht dans la « poche » de la Ruhr.

Dans le prolongement de la Seconde Guerre mondiale et dans le cadre de son « règlement », les Alliés décident d'exercer un contrôle étroit sur cette région stratégique. La conférence des 6 puissances (États-Unis d'Amérique, Belgique, France, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni) se réunit en date du 28 décembre 1948 à Londres afin de veiller à la production régionale de charbon, d'acier, de coke et de la distribution de ces produits. L'accord établissant l'Autorité internationale de la Ruhr fut signé à Londres le 28 avril 1948. Les droits de vote y furent répartis comme suit : États-Unis d'Amérique 3 voix, Belgique 1 voix, France 3 voix, Luxembourg 1 voix, Pays-Bas 1 voix, Royaume-Uni 3 voix, Allemagne 1 voix.

Avec la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier en 1951, l'Autorité de la Ruhr cesse d'exister.

Pendant la Guerre froide, il était généralement admis que, dans le cas d'une invasion soviétique, la Ruhr serait l'une des cibles prioritaires de l'Armée rouge. À partir des années 1960, la demande en charbon diminuant, la région a traversé plusieurs phases de crises et de restructurations industrielles, se redéployant tout d'abord vers les usines, puis vers les services et les hautes technologies (faisant ainsi plus ou moins disparaître la traditionnelle pollution de la zone).

Depuis 1979, les communes de la Ruhr sont engagées dans la Communauté de communes de la Ruhr, une collectivité à statut particulier qui s'occupe des diverses questions d'aménagement, du trafic routier, de déchèterie et de loisirs.

De nos jours, la Ruhr reste le « centre » de l'Allemagne, une puissance économique de premier ordre, ayant su opérer sa transformation tout en conservant son dynamisme.

Langue[modifier | modifier le code]

Le dialecte allemand local est souvent appelé Ruhrdeutsch, Pottdeutsch ou Kumpelsprache, bien qu'il existe de nombreuses différences entre les parties est et ouest de la région. Ce dialecte est souvent inspiré du langage utilisé dans toutes les circonstances par les travailleurs, notamment par les mineurs. L'immigration de travailleurs étrangers a introduit de nouvelles expressions.

Immigration[modifier | modifier le code]

Article principal : Ostflucht.

Au XIXe siècle, la Ruhr attira plus d'un million de Polonais de Prusse-Orientale et de Silésie. Quasiment tous leurs descendants ne parlent désormais qu'allemand et se considèrent eux-mêmes comme Allemands, leur nom de famille étant le seul signe de leur origine polonaise. Après la seconde guerre mondiale, les "Gastarbeiters" étaient plus souvent originaires d'Italie, de Turquie ou de Yougoslavie. L'immigration actuelle a souvent pour origine les anciens pays communistes d'Europe de l'Est.

En 1900, les principales communautés polonaises étaient :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  1. http://epp.eurostat.ec.europa.eu/tgm/refreshTableAction.do?tab=table&plugin=1&pcode=tgs00080&language=fr
  2. "Polonais d'Alsace: pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948", par Yves Frey, aux Presses Universitaires de Franche-Comté, 2003, page 220 [1]