Conflit hmong

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Depuis 1975, le conflit hmong est un conflit entre les gouvernements communistes au pouvoir au Laos et au Viêt Nam, et le peuple Hmong réfugié dans la jungle et les montagnes du Laos, notamment dans l'ex-zone spéciale de Xaysomboun. Les rares journalistes ayant réussi à se rendre sur place, ainsi que des ONG de défense des droits de l'homme, ont mis en lumière la situation désastreuse de la population Hmong, qui serait en voie d'extermination par les armées laotienne et vietnamienne[1].

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Le peuple Hmong a été l'allié des Français lors de la guerre d'Indochine. Peu après la défaite de Diên Biên Phu en 1954 et le retrait des troupes françaises, le chef Hmong Vang Pao s'engage ensuite au côté des États-Unis durant la guerre du Viêt Nam, dont la guerre civile laotienne constitue un conflit annexe. En 1975, le retrait des troupes américaines consacre la victoire du parti national-communiste Pathet Lao. La fin de la guerre amène ainsi un gouvernement communiste au pouvoir qui voit d'un mauvais œil les populations Hmongs, considérées comme des "traitres" pour avoir collaboré avec l'ennemi français et américain.

Dans ce climat, environ 300 000 Hmongs s'enfuient du Laos entre 1975 et 1985[2]. Parmi ceux qui sont restés dans le pays, plusieurs milliers d'entre eux sont envoyés dans des "séminaires", en fait des camps de rééducation[3]. Beaucoup n'en reviendront jamais. Plusieurs milliers d'anciens soldats Hmongs décident de partir avec leur famille dans les forêts reculées, pour monter une résistance armée au nouveau gouvernement. La résistance a été rapidement balayée par l'armée laotienne, appuyée par les troupes vietnamiennes. Depuis trente ans, malgré quelques attaques sporadiques venant de groupes rebelles, les communautés Hmongs ne représenteraient plus aucun danger pour la sécurité du pays et du gouvernement. Il ne s'agirait que de familles tentant de survivre, sans aucune velléité guerrière, en se cachant dans la jungle et fuyant les troupes laotiennes et vietnamiennes toujours présentes aujourd'hui[1],[4].

La survie dans la jungle[modifier | modifier le code]

Le fait que les Hmongs se réfugient dans des zones isolées difficilement accessibles et que le gouvernement laotien empêche l'accès aux observateurs et journalistes étrangers rend délicate l'évaluation de la situation. Néanmoins, plusieurs journalistes occidentaux ont réussi à rencontrer clandestinement les communautés Hmongs. Les reportages de Philip Blenkinsop en 2002, de Vincent Reynaud et Thierry Falise en 2003[5], de Grégoire Deniau et Cyril Payen en 2005[6],[7], et de l'Américain Roger Arnold en septembre 2006[8] ont montré la situation désastreuse et désespérée des Hmong dans la forêt laotienne. Leur situation est toujours critique, ils sont toujours traqués et tués par l'armée laotienne en 2010[9].

Les estimations de la population Hmong survivant dans la jungle sont très variables. Sur 30 000 en 1975, ils ne seraient plus que quelques milliers selon le rapport d'Amnesty International de mars 2007[1]. Le même rapport indique que les communautés sont victimes d'attaques meurtrières régulières de l'armée laotienne et vietnamienne. La plupart du temps, ces attaques ont lieu lors des expéditions quotidiennes visant à collecter de la nourriture, et touchent également les femmes et les enfants.

À titre d'illustration, le 19 mai 2004, un groupe de 5 enfants de 14 à 16 ans a été attaqué par des soldats laotiens pendant qu'ils cherchaient de la nourriture à proximité de leur camp[10]. Non armés, ils ont été brutalement mutilés et tués. Les 4 filles ont apparemment été violées avant d’être tuées, l'une d'entre elles a été retrouvée éventrée.

Pour éviter les confrontations avec les soldats du gouvernement, les habitants sont obligés de se déplacer en permanence. Cela les prive d'un abri décent et les empêche de pratiquer l'agriculture. La recherche de nourriture est une activité qui prend généralement entre 12 et 18 heures par jour selon Amnesty International, pour arriver à récolter des racines et des feuilles. Ce régime entraîne un niveau de sous-nutrition et malnutrition avancé, qui se traduit par les ventres gonflés des jeunes enfants.

L'état de destitution et de dénuement avancé de la population engendre en outre des maladies souvent fatales, en raison de l'absence de soins. Les plaies liées aux balles et éclats d'obus ne peuvent également être soignées. Ce type de blessure semble très répandu, sur une grande communauté de 800 Hmongs, 30 % d'entre eux ont été touchés par ce type d'arme[1].

La question du génocide[modifier | modifier le code]

Le conflit entre les Hmongs et les soldats laotiens et vietnamiens est parfois considéré comme une guérilla, parfois présenté comme un génocide. Si à l'origine, les Hmongs réfugiés dans la montagne étaient en véritable conflit armé avec le pouvoir communiste, leurs capacités militaires ont très vite été balayées dans les toutes première années après 1975[1]. Malgré la persistance de quelques attaques sporadiques les années suivantes, les différents reportages précités montrent que les Hmongs ont à peine les moyens de protéger leurs familles, en raison d'armes obsolètes et du manque de munitions. Il apparait clairement que les armes portées servent uniquement dans un but défensif.

En outre, les Hmongs qui sont tués directement par balle le sont généralement lors des expéditions pour rechercher des racines pour se nourrir, et non pas lors de combats. Les tirs de l'armée visent aussi les femmes et les enfants[1]. Par ailleurs, le gouvernement du Laos interdit tout contact avec ces populations ainsi que toute aide alimentaire et médicale. La situation s'apparenterait ainsi plus à un génocide qu'à une situation de guérilla armée.

L'appel au secours[modifier | modifier le code]

Le documentaire de Grégoire Deniau et Cyril Payen diffusé sur l'émission envoyé spécial en 2005 montre les conditions de survie alarmantes des Hmong[6]. On peut également y voir, de la part des populations désespérées, des appels au secours notamment adressés à la France, en raison de l'aide apportée par les Hmongs à l'armée française lors de la guerre d'Indochine. La diffusion du reportage a provoqué une vive émotion auprès de l'opinion publique française et d'un certain nombre de parlementaires. Cependant, aucune action concrète ne semble avoir été prise par le gouvernement français[7].

Lors de la visite des deux journalistes français, le chef Hmong Moua Toua Ther leur a remis une lettre destinée aux responsables politiques des États-Unis, de la France et des Nations Unies. La lettre a été retranscrite dans le livre de Cyril Payen en 2007[7], qui relate en détail l'expédition dans la jungle. Elle est signée au nom du groupe CIA numéro trois, du nom de leur ancien employeur durant la guerre du Vietnam.

Objet : Requête pour la survie

Parce que nous avons participé aux côtés des Américains à la guerre du Vietnam,

Parce que nous avons aidé les Français en leur temps,

Et parce que nous avons suivi notre chef le général Vang Pao,

Nous supportons encore, en cette année 2005, le fardeau de tous ces tourments du passé.

Nous sommes à bout de forces. Nous mourons de faim. Nous sommes sans défense face à cette tuerie.

Ainsi, je donne procuration à Cyril et Grégoire pour délivrer, en notre nom, ces deux requêtes auprès des gouvernements concernés.

Premièrement : acheminer des vêtements des vivres et faire pression sur le gouvernement laotien pour obtenir un cessez-le-feu.

Deuxièmement : procéder à notre transfert vers d'autres pays.

Nous sommes les victimes des guerres passées.

Merci. Signé groupe CIA numéro trois

Les autorités concernées par l'appel au secours n'ont acheminé ni vêtements, ni vivres, et n'ont entrepris aucune démarche de rapatriement des populations vers d'autres pays[7]. Aujourd'hui, l'extermination des Hmongs par la faim, les maladies et les armes, se poursuit toujours[9].

Les expulsions vers le Laos[modifier | modifier le code]

Le 28 décembre 2009, la Thaïlande a expulsé 4 689 réfugiés Hmongs vers le Laos[11]. Cet acte a été largement condamné par la communauté internationale. L'Union européenne estime qu'il s'agit d'une contravention au droit international[12]. Étant donnés les risques de persécutions de la part du gouvernement communiste laotien, la diplomatie américaine dénonce une "grave violation des principes humanitaires internationaux".

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f (en) Lao People's Democratic Republic: Hiding in the jungle - Hmong under threat, Rapport Amnesty International ASA 26/003/2007, 23 mars 2007.
  2. (en) The State of the World’s Refugees, UNHCR, 2000, p. 98
  3. (en)http://www.cal.org/co/hmong/hhist.html Cultural Orientation Resource Center.
  4. (fr) Laos : les rebelles hmongs piégés par l'Histoire, Arnaud Dubus, Libération, 15 juillet 2003.
  5. Thierry Falise et Vincent Reynaud ont été condamnés à quinze ans de prison par les autorités laotiennes pour avoir tenté d'effectuer un reportage sur la situation des Hmongs, avant d'être libérés sous les pressions internationales. (fr) http://www.redac.info/?communique=22491
  6. a et b (fr) Guerre secrète au Laos; Dailymotion, reportage diffusé dans Envoyé Spécial le 16 juin 2005
  7. a, b, c et d Cyril Payen. Laos, la guerre oubliée, Robert Lafont, 2007.
  8. (en) Laos, still a secret war, Roger Arnold, Worldpress, 19 janvier 2007.
  9. a et b (en) The secret army still fighting Vietnam war, William Lloyd George, The Independant, 17 février 2010.
  10. (fr) Amnesty International : déclaration du 13 septembre 2004
  11. (en) Old wars never die : The unhappy fate of the Hmong,The Economist, 15 juillet 2010.
  12. (fr) Thaïlande : 4 400 Hmong expulsés vers le Laos, Le Monde, 28 décembre 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]