Bataille des Pays-Bas

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Bataille des Pays-Bas
Bombardement de Rotterdam (14 mai 1940)
Informations générales
Date du 10 au 15 mai 1940
Lieu Pays-Bas
Issue Victoire allemande
Belligérants
Drapeau de l'Allemagne nazie Reich allemand Flag of the Netherlands.svg Royaume des Pays-Bas
Commandants
Fedor von Bock Armée Groupe B Henri Winkelman
Forces en présence
750 000 hommes
759 chars
1 150 avions
350 000 hommes
124 avions
Pertes
4 000 tués
3 000 blessés
700 disparus
1 200 prisonniers
7 500 tués, blessés ou disparus
343 250 prisonniers
Seconde Guerre mondiale,
Bataille de France
Batailles
Bataille des Pays-Bas

Plan jaune · Bataille de Maastricht · Bataille de La Haye · Bataille de Grebbeberg · Bataille de l'Afsluitdijk · Bataille de Hannut · Bombardement de Rotterdam · Reddition du 15 mai · Combats en Zélande


Bataille de France et Campagne des 18 jours


Incidents aériens en Suisse


Front d’Europe de l’ouest

L'invasion des Pays-Bas, durant la Seconde Guerre mondiale, a lieu à partir du 10 mai 1940 à 5 h 35 et voit la capitulation des forces après une semaine de combat. La reine Wilhelmine et le gouvernement s'exilent à Londres pendant que les forces de l'Axe occupent le pays.

Historique[modifier | modifier le code]

La bataille des Pays-Bas (en néerlandais : Slag om Nederland) faisait partie du cadre de l'opération Jaune (en allemand : Fall Gelb), l'invasion allemande des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg et de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. La bataille a duré du 10 mai 1940 jusqu'au 14 mai 1940 lorsque la force principale néerlandaise s'est rendue. Des forces néerlandaises résistèrent à la Wehrmacht jusqu'au 17 mai. L'Allemagne occupe alors les Pays-Bas jusqu'en mai 1945.

Certaines premières ont marqué la guerre moderne. Des assauts de parachutistes sur La Haye et les bombardements massifs de civils (expérimentés lors de la guerre civile en Espagne) à Rotterdam et à Middelbourg en vue d'obtenir une capitulation rapide du pays. La bataille s'est terminée peu après le terrible bombardement de Rotterdam par la Luftwaffe et la menace de bombardements sur d'autres grandes villes néerlandaises si les Pays-Bas refusaient de se rendre. Le commandement suprême néerlandais savait qu'il ne pourrait pas arrêter les bombardements et se rendit pour empêcher d'autres villes de subir le même sort.

Cependant lors de la première journée de l'offensive allemande, les 36 avions de chasse Fokker D.XXI de la Luchtvaardeeling, s'octroyèrent la destruction en vol de 37 Junkers Ju-52/3, de six Messerschmitt Bf-110 et de deux Heinkel He-111 sans subir la moindre perte. Toutefois, à la fin de la première journée de guerre, l'aviation néerlandaise avait perdu 65 des 125 appareils qu'elle possédait.

Contexte[modifier | modifier le code]

Le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne en septembre 1939, après l'invasion de la Pologne, mais aucune opération terrestre en Europe de l'Ouest n'était en cours lors de la « drôle de guerre », quand les Alliés constituaient leurs forces, en se préparant à une longue guerre (comme lors de la Première Guerre mondiale), et les Allemands terminaient leur conquête de la Pologne et du Danemark et de la Norvège.

Le 9 octobre 1939, Adolf Hitler ordonna de préparer des plans pour une invasion des Pays-Bas, en vue de les utiliser comme une base d'attaque vers l'Angleterre et d'anticiper une attaque similaire venant de l'Entente, ce qui pourrait menacer la région vitale de la Ruhr.

Soldats néerlandais veillant un fleuve, 1939.

Bien que les Pays-Bas aient été un pays neutre pendant la Première Guerre mondiale, la sympathie néerlandaise, au cours du conflit, allait plus du côté allemand. Les Pays-Bas et l'Allemagne n'ont jamais combattu, et ce depuis l'unification allemande en 1871, et même avant, ce qui fut très rare. À la fin du premier conflit mondial, les Pays-Bas donnèrent l'asile à l'ex-empereur allemand Guillaume II et refusa de le livrer aux forces alliées, lui donnant même le château Huis Doorn, où il vécut jusqu'à sa mort en 1941.

Quand Hitler arriva au pouvoir en 1933, les Néerlandais commencèrent à se réarmer, mais beaucoup plus lentement que les autres nations. Les gouvernements néerlandais successifs ne voyaient pas l'Allemagne nazie comme une menace. Cette décision a été motivée par le désir de ne pas se mettre l'Allemagne à dos. Le réarmement a été ralenti par une politique budgétaire stricte. Le gouvernement conservateur néerlandais a tenté en vain de lutter contre la Grande Dépression qui avait durement touché la société néerlandaise.

Des soldats néerlandais ferment la porte blindée du pont Nijmegen Waal lors de la crise albanaise

Après la déclaration de guerre, les Pays-Bas espéraient rester neutres, tout comme ils l'avaient fait 25 ans auparavant. Pour assurer cette neutralité, l'armée néerlandaise fut mobilisée. Des sommes importantes (plus d'un milliard de florins) furent débloquées pour rééquiper ses forces armées, mais il s'avéra très difficile d'obtenir le matériel nécessaire en temps de guerre (d'autant que les Pays-Bas commandaient une grande partie de ses nouveaux équipements à l'Allemagne). On peut s'interroger sur les raisons qui ont contribué au choix de l'Allemagne alors que les États-Unis, la Suisse, et la Suède, déjà sollicitée, auraient pu équiper l'armée néerlandaise.

La position stratégique des Pays-Bas, situés entre la France et l'Allemagne sur les flancs non protégés de leurs lignes de fortification, a fait d'eux une route logique des offensives. L'Entente tenta de les convaincre de ne pas attendre l'inévitable attaque allemande, mais de se joindre à eux en premier. Les deux pays, Belgique et Pays-Bas, ont refusé, même lorsque les plans de l'offensive allemande sont tombés entre les mains des autorités belges après l'écrasement d'un avion allemand en janvier 1940.

La France considérait la violation de leur neutralité, s'ils n'avaient pas pris le parti des Alliés avant la date prévue des grandes offensives alliées à l'été 1941. Après l'invasion allemande de la Norvège et du Danemark (sans déclaration de guerre), il est devenu clair pour les Néerlandais que rester à l'écart du conflit pourrait s'avérer impossible et ils ont commencé à se préparer sérieusement pour la guerre par la prise de contre-mesures contre une possible attaque aéroportée. Cependant, la plupart des civils se nourrissaient de l'illusion que leur pays pourrait être épargné. L'attitude de la population néerlandaise et de ses dirigeants pourrait sembler incroyablement naïve, mais ils espéraient que la politique de retenue de l'Entente et des puissances centrales durant la Première Guerre mondiale pourrait être reprise. Ils gardèrent un profil bas et restèrent à tout prix à l'extérieur de la guerre.

Les forces néerlandaises[modifier | modifier le code]

Lignes principales de la défense néerlandaise
Camion Ford modifié par DAF servant de tracteur d'artillerie en 1938.

Aux Pays-Bas, presque toutes les conditions matérielles pour une bonne défense étaient présentes : une population dense, jeune, disciplinée et bien éduquée, une géographie favorisant le défenseur et une forte base technologique et industrielle, dont une partie non négligeable d'industrie de l'armement qui a été semble-t-il peu sollicitée. Toutefois, celles-ci n'ont pas été exploitées, alors que la Wehrmacht avait encore de nombreuses lacunes dans son équipement et sa formation. Le mythe de l'avantage et de l'équipement allemand sur l'adversaire opposant les armées lors de la bataille de la France est en fait une réalité dans le cas de la bataille des Pays-Bas. D'un côté il y a une armée allemande hyper-moderne, avec des chars, des bombardiers en piqué (comme le Stuka) et des mitrailleuses et de l'autre côté l'armée néerlandaise, avec pour troupes blindées un seul char (un Renault FT-17 français non-opérationnel), 39 véhicules blindés et cinq tankettes, une armée de l'air composée en majeure partie de biplans et une infanterie armée de fusils à verrou Steyr-Mannlicher M1895 fabriqués avant la Grande Guerre. L'attitude du gouvernement néerlandais à l'égard de la guerre se reflète dans l'état des forces armées du pays, qui n'avait pas été correctement réarmé depuis 1904.

Les Néerlandais connaissaient des pénuries d'équipement si grandes qu'elles limitaient la création du nombre de grandes unités : il y avait juste assez d'artillerie pour permettre la formation de huit divisions d'infanterie ((numérotées de 1 à 8 combinées en quatre corps d'armée), d'une division légère (c'est-à-dire motorisée, 1re division légère), quatre divisions de réserve (A, B, G et Peel) auxquelles s'ajoute une brigade du génie militaire et une brigade de défense contre avions soit un total de 270 000 hommes.

En dehors de deux brigades (Brigade A et B), toutes les autres troupes ont été levées comme infanterie légère dans des « bataillons des frontières », qui ont été, en fait, dispersés sur tout le territoire pour retarder les mouvements de l'ennemi. Ils ont fait usage de nombreuses lignes de casemates sans aucune profondeur. De vraies forteresses modernes comme le fort belge d'Eben Emael étaient inexistantes. En comparaison, la Belgique, malgré une petite base de main-d'œuvre, mit en place 22 divisions. Après septembre 1939, des efforts désespérés ont été faits pour améliorer la situation, mais avec très peu de résultats. L'Allemagne, pour des raisons évidentes, retardait ses livraisons, la France hésitait à équiper une armée qui ne savait pas si elle pencherait de son côté et une source abondante d'armes disponible, l'Union soviétique, était inaccessible puisque les Néerlandais, exceptionnellement, ne reconnaissent pas le régime communiste.

Le 10 mai, la plus évidente lacune de l'armée néerlandaise réside dans son manque de blindés. Alors que les autres principaux belligérants avaient tous une force blindée, les Pays-Bas n'ont pas été en mesure d'obtenir un minimum de 140 chars modernes qu'on trouvait nécessaire. Le seul char (un Renault), pour un seul conducteur, formé pour la seule tâche d'essayer d'éviter les obstacles antichars, reste le seul exemple du genre. Il y avait deux escadrons de véhicules blindés, chacun avec une douzaine de véhicules Landsverk ; une douzaine de voitures DAF M39 étaient en train d'être équipées d'armement. Un peloton de cinq tankettes Carden-Loyd Mark VI utilisées par l'artillerie complétait la liste des blindés néerlandais. À défaut d'une force blindée, finalement d'utilité modeste dans une stratégie défensive, l'armée aligne près de 400 canons antichars modernes. Un bilan de leur utilisation reste à faire.

Canon anti-aérien mobile néerlandais

Les Néerlandais ont comme artillerie disponible un total de 676 obusiers et canons de campagne : 310 canons de campagne Krupp de 75 mm, en partie produits sous licence, 52 obusiers Bofors de 105 mm (les seules pièces modernes), 144 canons obsolètes Krupp de 125 mm ; 40 FH13 de 150 mm ; 72 obusiers Krupp L/24 et 28 obusiers Vickers de 152 mm L/15. Bon nombre de ceux-ci ne peuvent tirer que des obus à poudre noire, peu efficaces. 386 canons antichars Böhler L/39 de 47 mm étaient disponibles. plus 380 canons de campagne vétustes, 6 Staal et 8 Staal, étaient affectés dans un même rôle de couverture des forces. Aucune des 220 pièces modernes commandées en Allemagne n'avait été livrée au moment de l'invasion, sans que d'autres fournisseurs, suédois, suisses, par exemple soient sollicités.

L'infanterie néerlandaise utilisait environ deux mille mitrailleuses Schwarzlose M.08 de 6,5 mm, fabriquées en partie sous licence, et de 800 mitrailleuses Vickers. Parce que beaucoup d'entre elles avaient été montées dans des casemates, chaque bataillon avait une mitrailleuse lourde par compagnie de douze, pour ses armes automatiques. Les escouades d'infanterie néerlandaise ont été équipées d'une mitrailleuse légère, la mitrailleuse Lewis M20. Chaque arme avait un chargeur de munitions de 97 cartouches. L'arme était sujette à s'enrayer et n'a pas été très utile dans des opérations offensives. Les divisions allemandes avaient 559 mitrailleuses légères alloués à leurs escouades. De plus, elles avaient six mortiers de 80 mm pour chaque bataillon. Ce manque de puissance de feu, au bas de l'échelon, fut souvent la principale cause des médiocres performances au combat de l'infanterie néerlandaise.

La brigade d'aviation de l’armée opérait avec une flotte aérienne de 155 avions : 28 chasseurs lourds bimoteurs Fokker G.I, 31 chasseurs Fokker D.XXI et sept Fokker D.XVII ; dix bombardiers bimoteur Fokker T.V, quinze Fokker C.X et 35 bombardiers léger Fokker C.V, douze bombardiers en piqué Douglas DB 8A-3N (voir Northrop A-17) et dix-sept avions de reconnaissance Koolhoven F.K.51. 74 des 155 avions étaient des biplans. 121 de ces appareils sont à la fois dans la force opérationnelle et en réserve. Le restant était affecté à l'école de l'armée de l'air qui utilisait trois Fokker D.XXI, six Fokker D.XVII, un Fokker G.I., un Fokker T.V. et sept Fokker C.V., ainsi que plusieurs autres avions de formation. Quarante autres avions servaient au sein de l'aéronavale néerlandaise, dont les hydravions bimoteur Fokker T.VIII. Cependant, le Fokker D.XXIII n'était toujours pas opérationnel. On peut s'interroger sur les efforts demandés au fabricant national Fokker pour augmenter significativement la production au moins des chasseurs DXXI.

L'armée néerlandaise était non seulement mal équipée, mais elle était également mal entraînée. Avant la guerre, seule une minorité de jeunes hommes admissibles ont effectivement été recrutés - et souvent les moins bons, puisqu'il était facile d'être exempté, sauf pour ceux qui étaient au chômage. Les enrôlés seulement servaient pendant 24 semaines, juste assez pour recevoir la formation de base de l'infanterie. Après la mobilisation, les préparatifs s'améliorèrent lentement : plus de temps était consacré à la construction de moyens de défense. Selon ses propres standards, l'armée néerlandaise était inapte au combat en mai 1940 et ne pouvait pas organiser une offensive majeure, et encore moins exécuter des manœuvres militaires.

Les Pays-Bas sont un pays de cyclistes. Pourquoi les fantassins n'ont-ils pas été mobilisés avec leur bicyclette comme infanterie cycliste ? Parfaitement adaptée au plat pays, ne nécessitant pas de carburant, discrète elle aurait donné aux forces néerlandaise une mobilité à bon marché, un avantage important face à l'envahisseur. Voilà une question qui mérite une réponse.

Les généraux et les tacticiens allemands avaient une piètre opinion des forces néerlandaises et pensaient même que le cœur des Pays-Bas serait bien conquis en moins d'une journée, quand le combat débuterait. Toutefois, il apparut que l'armée allemande fut coincée au bout de trois jours par une armée qui, même à court de munition et sans armes, offrait une vive résistance. Informé de cette situation, Hitler a exigé le bombardement des villes néerlandaises pour accélérer la capitulation.

Stratégie défensive néerlandaise[modifier | modifier le code]

La ligne Grebbe, une ligne de défense avancée de la ligne d'eau néerlandaise, est indiquée en bleu foncé

À partir du XVIIe siècle, les Pays-Bas créent un système défensif appelé la « ligne d'eau », qui protège toutes les grandes villes de l'ouest du pays par des inondations de la campagne. À la fin du XIXe siècle, cette ligne fut modernisée avec des forteresses et déplacée quelque peu à l'est, au-delà d'Utrecht : la « nouvelle ligne d'eau ». Quand les fortifications furent dépassées en 1940, elles furent renforcées avec de nouvelles casemates. La ligne fut située à l'extrême pointe orientale, une zone située au-dessous du niveau de la mer. Cela permettait aux terres devant les fortifications d'être inondées facilement de quelques centimètres d'eau, trop peu pour les bateaux, mais assez profond pour transformer le sol en un bourbier impraticable. La zone située à l'ouest de la nouvelle ligne d'eau est appelée Vesting Holland (la « forteresse Hollande »), le flanc est de ce qui est également couvert par le lac IJssel et le flanc sud étaient protégés par trois grandes rivières parallèles : deux affluents du Rhin et de la Meuse. Il fonctionnait comme une « redoute nationale ». Avant la guerre, il fut envisagé de revenir à cette position, presque immédiatement, inspirée par l'espoir que l'Allemagne traverse seulement les provinces du sud sur la voie de la Belgique en laissant les Pays-Bas intouchables. En 1939, il était prévu qu'une telle attitude posait une invitation à l'envahir et qu'il était impossible de négocier avec l'Entente sur une défense commune. De plus, une ligne principale de défense fut construite à l'est.

Cette deuxième position défensive importante a été formée par la Grebbelinie (ligne Grebbe), située au pied d'une moraine de l'âge glaciaire, entre le lac IJssel et le bas-Rhin et de la Peel-Raamstelling (position Peel-Raam), situé entre la Meuse et la frontière belge, le long des marais Peel et le ruisseau Raam. Les quatrième et deuxième corps d'armée furent placés sur la ligne Grebbe ; le troisième corps d'armée sur la position Peel-Raam avec la division légère derrière en réserve mobile ; les brigades A et B connectées entre le Bas-Rhin et la Meuse et le premier corps d'armée constituaient une réserve stratégique dans la forteresse Hollande. Toutes ces lignes ont été renforcées par des casemates.

La position Peel-Raam

La valeur défensive de la ligne Grebbe fut ajustée au mieux. Outre les casemates, il s'agissait surtout de tranchées, protégées par des inondations. Malheureusement, le gouvernement avait refusé la permission de couper la forêt directement en face de la ligne, même si elle offrait une ample couverture pour la force attaquante.

La division légère est la seule qui est partiellement motorisée en action dans l'armée néerlandaise ; en plus de camions, elle a également employé un grand nombre de bicyclettes comme un des moyens militaires de transport.

En face de cette ligne de défense principale (LDP), il y a une ligne qui court le long des rivières IJssel et Maas, l'IJssel-Maaslinie reliée aux positions établies dans la Betuwe, avec peu de casemates et légèrement occupée par un écran de quatorze « bataillons de frontière ». Fin 1939, le commandant en chef, le général néerlandais H. Izaak Reijnders, a proposé d'utiliser l'excellente opportunité défensive offerte par ces rivières et de passer à une stratégie mobile par de premiers combats destinés à retarder la bataille avec les corps d'armée lors d'un passage plausible près d'Arnhem et Gennep pour forcer les divisions allemandes à perdre leur puissance offensive avant qu'elles aient atteint la LDP. Cela fut jugé trop risqué par le gouvernement néerlandais ; quand Reijnders fut également refusé comme la seule autorité militaire dans les zones de défense, il offrit sa démission et fut remplacé par le général Henry G. Winkelman.

Au cours de la drôle de guerre, les Pays-Bas ont officiellement adhéré à une politique de stricte neutralité. Dans le secret cependant, ils ont négocié autant avec la Belgique et avec la France afin de coordonner une politique de défense commune en cas d'invasion allemande. Les discussions échouèrent en raison d'insurmontables divergences sur la stratégie à suivre. Les Néerlandais voulaient que les Belges se connectent à leur défense à la position Peel-Raam. Les Belges cependant voulaient combattre le long du canal Albert. Cela créait un vide dangereux. Les Français furent invités à le remplir. Maintenant, le commandant en chef français, le général Maurice Gamelin, fut plus qu'intéressé, en incluant les Pays-Bas dans son front continu. Comme Bernard Montgomery quatre ans plus tard, il souhaitait finalement cerner le Westwall lorsque l'offensive de l'Entente débuterait en 1941. Mais il n'a pas osé étirer ses lignes d'approvisionnement à moins que les Belges et les Néerlandais deviennent alliés avec la France avant l'attaque allemande. Lorsque les deux nations eurent refusé, Gamelin déclara qu'il allait occuper une position de connexion près de Breda. Les Pays-Bas n'ont toutefois pas renforcé cette « position Orange » : dans le secret, ils ont décidé d'abandonner la position Peel-Raam immédiatement au début de l'attaque allemande et de retirer le troisième corps d'armée à Linge pour couvrir le flanc sud de la ligne Grebbe, ne laissant derrière qu'une force de couverture.

Après l'attaque allemande au Danemark et en Norvège, en avril 1940, où les Allemands utilisèrent un grand nombre de Fallschirmjäger (parachutistes), le commandement néerlandais s'inquiéta de la possibilité que les Pays-Bas pourraient aussi devenir la victime d'un tel assaut stratégique. Pour repousser une attaque, des troupes ont été placées à l'aérodrome de Ypenburg de la Haye et à l'aérodrome de Waalhaven à Rotterdam. Celles-ci ont été renforcées par toutes les tankettes et par six des 24 véhicules blindés opérationnels. Ces mesures ont été spécialement accompagnées par d'autres plus générales : les Pays-Bas envoyèrent pas moins de 32 navires-hôpitaux à travers tout le pays et une quinzaine de trains pour aider à faire des mouvements de troupes plus facilement.

Stratégie et forces allemandes[modifier | modifier le code]

Au cours des nombreux changements dans les plans opérationnels concernant Fall Gelb, il fut parfois envisagé de laisser la forteresse Hollande de côté, comme les Néerlandais l'espéraient. Le 15 novembre 1939, il fut décidé, dans la Weisung Holland, de ne pas avancer plus loin que la ligne du Grebbeberg et d'occuper les îles de la Frise. Toutefois, Hermann Goering insista pour une conquête totale, car il lui fallait les aérodromes hollandais contre l'Angleterre et il avait peur que l'Entente puisse, après une défaite partielle, renforcer la forteresse Hollande et utiliser les terrains d'aviation pour bombarder les villes allemandes et des troupes. Une troisième raison pour une conquête complète fut que la chute de la France elle-même ne pouvait guère être tenue pour acquise et, pour des raisons politiques, il fut considéré comme souhaitable d'obtenir une capitulation néerlandaise parce que, pour le moment, une autre débâcle de la politique de l'Entente pourrait bien amener des gouvernements moins hostiles au pouvoir en Grande-Bretagne et en France. Une défaite rapide pouvait également libérer des troupes sur d'autres secteurs du front.

Même s'il fut donc décidé de conquérir l'ensemble des Pays-Bas, quelques unités pouvaient être mises à la disposition pour cette tâche. L'effort principal de Fall Gelb sera fait dans le centre du pays, entre Namur et Sedan. L'attaque au centre de la Belgique n'est qu'une feinte, et l'attaque sur un côté de la forteresse Hollande montre cette feinte. Bien que le Groupe d'Armée B de la 6e et 18e armée ait été déployé à la frontière néerlandaise, la première force, beaucoup plus grande, se déplace vers le sud de Venlo, vers la Belgique, en laissant seulement la 18e Armée du général Georg KFW von Kuchler pour vaincre la force principale néerlandaise. De l'ensemble des armées allemandes qui prend part à l'opération, elle fut de loin la plus faible. Elle ne comprenait que quatre divisions d'infanterie régulière (les 207e, 227e, 254e et 256e I.D.), assistées par trois divisions de réserve (les 208e, 225e et 526e I.D.), qui ne prirent pas part aux combats. Six de ces divisions étaient des unités de la troisième vague qui furent créées seulement en août 1939 avec des troupes territoriales Landwehr. Elles avaient quelques officiers professionnels et un peu d'expérience du combat, en dehors de 42 % d'hommes parmi les plus de quarante ans, qui étaient des vétérans de la Première Guerre mondiale. À l'instar de la plupart des soldats de l'armée néerlandaise, 88 % étaient insuffisamment formés. Le septième régiment de la 256e I.D., était une pure unité de sécurité, sans aucun entraînement sérieux au combat. Même lorsque l'on compte en fait que les divisions allemandes, avec une puissance nominale de 17 807 hommes, étaient la moitié plus grandes que leurs homologues néerlandaises et possédaient trois fois leur puissance de feu effective, la supériorité numérique nécessaire à la réussite de l'offensive manquait tout simplement.

Pour remédier à cela, un assortiment de bric à brac fut utilisé pour renforcer la 18e Armée. La première fut d'incorporer la seule division de cavalerie allemande, nommé la 1re Kavalleriedivision. Les troupes montées de cette unité, accompagnées par certaines unités de l'infanterie, avaient la tâche d'occuper les provinces faiblement défendues à l'est de la rivière Ijssel, puis d'essayer de traverser l'Afsluitdijk (enceinte de la digue) et en même temps tenter de débarquer en Hollande, près d'Enkhuizen, en utilisant des barges capturées dans le petit port de Stavoren. Comme les efforts avaient peu de chances de réussir, la masse des divisions fut régulièrement renforcée par les SS-Verfügungsdivision (incluant les SS-Standarten Der Führer et la Germania Deutschland) et la Leibstandarte Adolf Hitler, qui serviront comme infanterie d'assaut pour briser les positions fortifiées néerlandaises. Encore en addition de ces quatre régiments à cette équation afin d'assurer une victoire rapide, les Allemands ont de plus recours à des moyens non conventionnels.

Les Allemands avaient formé deux divisions d'assaut aéroportées. La première d'entre elles, la 7e Fliegerdivision, se composait de parachutistes, le seconde, la 22e Luftlande-Infanteriedivision, était formée d'infanterie aéroportée. Tout d'abord, lorsque l'effort principal allemand était encore de se porter en Flandre, il fut envisagé de les utiliser pour tenter une traversée du fleuve de l'Escaut, près de Gand. Cette opération a, en définitive, été annulée et il fut décidé de les utiliser pour obtenir une victoire facile en Hollande. Les troupes aéroportées devaient dès la première journée sécuriser les aérodromes autour du siège du gouvernement néerlandais, à la Haye, et ainsi capturer le gouvernement, avec le haut commandement néerlandais et la reine Wilhelmine des Pays-Bas. Les officiers allemands ont effectivement eu des consignes sur la façon de traiter des personnalités en de telles occasions. Juste au cas où cela n'aurait pas porté immédiatement à un effondrement du gouvernement, les ponts de Rotterdam, de Dordrecht et de Moerdijik devaient en même temps être pris pour permettre à une force mécanisée d'aider les troupes aéroportées au sud. Cette force devait être la 9e Panzerdivision, avec 141 chars, la plus faible de toutes les divisions blindées allemandes, qui devait exploiter une brèche dans le MDL néerlandais créée par les 254e et 256e ID sur l'axe Gennep - Bois-le-Duc. Au même moment, une exploitation offensive serait réalisée à Grebbe contre la ligne à l'est par la 207e et la 227e ID. La 18e Armée de terre devrait, si les Néerlandais n'avaient pas déjà capitulé au premier jour, pénétrer dans la forteresse de la Hollande au troisième jour au sud et ainsi garantir la victoire, mais il n'y a pas de calendrier strict pour la destruction totale des forces néerlandaises.

De toutes les opérations du Fall Gelb, ce concept est le plus purement consacré à la Blitzkrieg dont ce terme a ensuite été entendu : par Strategischer Überfall ou un assaut stratégique. Et comme la Fall Gelb dans son ensemble, fut un gigantesque pari.

L'affaire Oster[modifier | modifier le code]

La population et certaines troupes allemandes en général n'aimaient pas l'idée de violer la neutralité néerlandaise. La propagande allemande dut donc justifier l'invasion comme une réaction à une tentative de l'Entente d'occuper les Pays-Bas. Certains officiers allemands avaient une aversion contre le régime nazi et partageaient l'inquiétude à propos de l'invasion. L'un d'eux, le colonel Hans Oster, un agent de l'Abwehr (service secret allemand), a informé son ami, l'attaché militaire néerlandais à Berlin le major Gijsbertus J. Sas, de la date de l'attaque. Le gouvernement néerlandais informa les Alliés. Toutefois, comme la date sera modifiée à plusieurs reprises, car elle a été reportée pour attendre des conditions météorologiques favorables, les autres nations devinrent insensibles à la série de fausses alarmes. Lorsque, dans la soirée du 9 mai, Oster de nouveau téléphona à son ami en disant juste « Demain, à l'aube », seules les troupes néerlandaises furent placées en état d'alerte.

La bataille[modifier | modifier le code]

Les phases d'occupation du territoire des Pays-Bas.

10 mai[modifier | modifier le code]

Au matin du 10 mai 1940, les Néerlandais se réveillèrent au bruit du grondement des moteurs d'avions dans le ciel. L'Allemagne nazie avait commencé l'opération Fall Gelb et attaquait les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France, et, dans le cas de la Hollande, sans une déclaration de guerre avant les hostilités. La France était déjà en guerre.

Durant la nuit, la Luftwaffe viola l'espace aérien néerlandais. Un escadron du KG 4 la traversa et disparut ensuite à l'ouest, donnant l'illusion à la Hollande que l'opération était réalisée en Angleterre. Cependant, au-dessus de la mer du Nord, il vira à nouveau vers l'est pour une attaque surprise sur les aérodromes néerlandais, de concert avec les autres escadrons. Une douzaine d'avions néerlandais furent détruits au sol. Les avions néerlandais qui avaient pu décoller abattirent treize avions allemands, mais la plupart furent détruits au cours des combats ou par des atterrissages d'urgence nécessités par le fait que l'armée de l'air avait ses installations sous des attaques au sol.

Immédiatement après les bombardements, entre 04h30 et 05h00, des parachutistes furent largués près des aérodromes. Les batteries de DCA néerlandaises abattirent de nombreux avions de transport Ju 52 du Transportgruppen de la Luftwaffe. Les pertes de Ju 52 allemands pour l'ensemble de la bataille s'élevèrent à 125 détruits et à 47 endommagés, soit 50 % de la force de sa flotte.

Des Junkers Ju 52 allemands brûlent à Ypenburg

L'attaque sur La Haye a pris fin par un cuisant échec. Les parachutistes ont été incapables de s'emparer du principal aérodrome, Ypenburg, à temps pour que l'infanterie aéroportée puisse débarquer en toute sécurité de ses Junkers. Même si un véhicule blindé fut endommagé par une bombe, les cinq autres Landsverks, assistés par des emplacements de mitrailleuses, détruisirent les dix-huit Junkers des premières vagues d'assaut, tuant de nombreux occupants. Lorsque la piste fut bloquée par des carcasses d'avions, le reste des vagues renonça à l'atterrissage et tenta de trouver des alternatives, souvent en descendant les équipes dans les prairies ou sur la plage, donc en dispersant les troupes. Même le petit terrain d'aviation auxiliaire d'Ockenburg, qui n'était que légèrement défendu, fit échouer aussi l'attaque allemande. L'aéroport de Valkenburg a, lui, été rapidement occupé, le moral des défenseurs ébranlé par les bombardements, mais la piste s'est révélée être encore en construction et non métallisée : les avions, en atterrissant, s'enfoncèrent au bout de la piste dans le sol mou. Aucun des aérodromes n'est ainsi capable de recevoir des renforts. À la fin, les parachutistes occupèrent Ypenburg mais échouèrent dans leur avance en direction de La Haye, leur route étant bloquée par des troupes néerlandaises rassemblées à la hâte. Au début de l'après-midi, ils furent dispersés par le feu de trois batteries de l'artillerie néerlandaise. L'artillerie néerlandaise, de même, chassa les occupants allemands des deux autres champs de bataille, le reste des troupes aéroportées se réfugia dans des villages et des maisons à proximité.

Les pertes allemandes sur l'aérodrome de Waalhaven furent limitées

L'attaque de Rotterdam fut beaucoup plus un succès. Douze hydravions Heinkel He 59, chargés chacun de quatre-vingt-dix-hommes, amerrirent en plein cœur de la ville et débarquèrent des équipes d'assaut qui conquirent le Willemsbrug, un pont sur la Nieuwe Maas, en occupant une tête de pont. En même temps, l'aéroport militaire de Waalhaven, situé au sud de la ville sur l'île d'IJsselmonde, fut attaqué par des forces aéroportées. Ici, un bataillon d'infanterie était affecté, mais si proche de l'aéroport que les parachutistes sautèrent à proximité de leurs positions. Un combat confus s'ensuivit. Quatre avions Wde la première vague de Junkers furent détruits, mais cette fois les transports continuèrent par la terre. À la fin, les défenseurs néerlandais et les tankettes furent submergés. Les troupes allemandes, en constante augmentation en nombre, ont commencé à se déplacer vers l'Est pour occuper IJsselmonde et, éventuellement, prendre contact avec les parachutistes qui devaient occuper le pont vital à Dordrecht. Bien que la Marine royale néerlandaise soit intervenue, d'abord avec les torpilleurs Z5 et TM 51 qui attaquèrent le Willemsburg et que le destroyer Hr.Ms. van Galen voguait sur la Nieuwe Waterweg pour bombarder l'aéroport à courte distance, cela ne conduisit qu'au naufrage du Van Galen après avoir été bombardé. Un plan visant à engager les canonnières Hr.Ms. Flores et Hr.Ms. Johan Maurits van Nassau fut alors abandonné. À l'île de Dordrecht, le pont de Dordrecht fut capturé mais, dans la ville elle-même, la garnison tenait bon. Les abords des ponts de la Moerdijk sur le large estuaire du Hollands Diep reliant l'île à la province du Brabant-Septentrional furent capturés et des têtes de pont furent fortifiées sur les deux côtés.

Parachutage allemand à Rotterdam

Les Allemands tentèrent de capturer intacts les ponts d'IJssel et de Maas, à l'aide des équipes de commando des Brandenburgers qui commencèrent à s'infiltrer à la frontière néerlandaise depuis la principale précédente avance, et dans certains cas déjà dans la soirée du 9 mai. Dans la nuit du 10 mai, ils approchèrent des ponts : plusieurs équipes avaient quelques hommes habillés en police militaire néerlandaise et prétendirent rapporter un groupe de prisonniers allemands, afin de tromper les équipes de minages néerlandais. Certains de ces membres de la "police militaire" étaient de vrais Hollandais, des membres du Nationaal-Socialistische Beweging, le parti nazi néerlandais. La plupart de ces tentatives échouèrent et les ponts furent détruits, à deux reprises avec les Brandenburgers et tous les autres. La principale exception fut le chemin de fer de Gennep. Immédiatement, deux trains blindés le franchirent, roulant à travers Peel-Raam en prenant position à l'usine et débarquèrent un bataillon d'infanterie derrière la ligne de défense.

La Hollande publia des rapports aux agences de presse internationales déclarant que des soldats allemands étaient déguisés en militaires néerlandais. Cela causa une peur de la cinquième colonne, surtout en Belgique et en France. Cependant, contrairement à la situation vécue plus tard dans ces deux pays, aux Pays-Bas, il n'y eut pas d'exode massif de réfugiés civils, obstruant ainsi des routes. En général, les soldats allemands se comportèrent correctement vis-à-vis de la population néerlandaise, en formant des files d'attente devant les magasins pour acheter des produits rationnés en Allemagne, comme le chocolat.

Malgré la destruction du Wilhelminabrug, les troupes allemandes passèrent cette plaque tournante d'un trafic vital relativement rapidement. Photo prise le 10 mai 1940 à Maastricht.

Après les assauts manqués sur les ponts, en général, les divisions allemandes commencèrent des tentatives pour traverser les rivières IJssel et Maas. Les premières vagues, en général, échouèrent, en raison de l'insuffisance de préparation d'artillerie sur les casemates. Un second bombardement détruisit la plupart des casemates et les divisions d'infanterie traversèrent la rivière grâce à des pontons. Mais, à certains endroits, comme à Venlo, la tentative de traversée avorta. À Arnhem, la 1re division SS Leibstandarte Adolf Hitler mena l'assaut et avança le jour même jusqu'à la ligne Grebbe, suivie par la 207.Infanteriedivision.

Même avant l'arrivée des trains blindés, il avait été prévu que le 3e Corps d'armée soit retiré de la position Peel-Raam en emportant avec lui toute l'artillerie, à part des pièces du 36.8 Staal, et que chacun de ses six régiments laisse derrière un bataillon pour compléter les quatorze "bataillons des frontières", formant ainsi une force de couverture, appelée la "Division Peel". Cela fut mis en place au cours de la première nuit après l'invasion, sous le couvert de l'obscurité mais, en raison de la rapide progression allemande, une retraite immédiate fut ordonnée à 06h45, pour éviter que le 3e Corps d'armée ne tombe entre les mains des troupes ennemies. Le corps rejoignit six bataillons occupant déjà la ligne Waal-Linge et constituait encore une force : mais, en se plaçant dans une position dans laquelle il ne pouvait plus avoir une influence sur la bataille, un quart de l'armée de terre fut effectivement rendu par elle-même impuissante.

La division légère, basée à Vught, fut la seule réserve mobile que possédait l'armée de terre néerlandaise. Il fut décidé de la laisser contre-attaquer les parachutistes allemands sur IJsselmonde. Ses régiments montés à vélo traversèrent les ponts de la Meuse et de la Waal, puis tournèrent à gauche à travers l'Alblasserwaard, pour atteindre la Noord, la rivière séparant ce polder d'IJsselmonde, dans la soirée. Là, ils découvrirent que le secteur près du seul pont, construit en 1939, n'était pas très fortement occupé par les troupes aéroportées, car les Allemands, en raison de cartes périmées, ne connaissaient pas son existence. Il fut toutefois décidé de reporter une tentative de passage au lendemain, lorsque l'artillerie serait prête à la soutenir. Aucune tentative ne fut faite pour établir une tête de pont.

Pendant ce temps, au soir du 10 mai, autour de 22h00, les premiers éléments de la 1re division mécanisée légère française, des éléments de reconnaissance utilisant 178 véhicules blindés Panhard, ont commencé à arriver à la frontière hollandaise. Cette division fut la plus au nord de la 7e Armée française, sa mission était d'assurer le contact entre le Vesting Hollande et Anvers. Les tentatives visant à coordonner son avance avec le commandant militaire des troupes néerlandaises sur la Noord-Brabant, le colonel Léonard Johannes Schmidt furent largement infructueuses. Toutefois, mis à part le fait que le secteur ne pouvait pas être atteint dans la journée, les défenses néerlandaises étaient déjà effondrées. À l'usine, la 256. Infanteriedivision ne pouvait pas exploiter au début les possibilités offertes par un bataillon installé dans le dos des défenseurs, parce qu'elle ne pouvait pas le localiser. Un assaut à la MDL fut reporté initialement au lendemain parce que la plupart de l'artillerie n'avait pas encore réussi à traverser l'unique pont de bateaux sur la Meuse, obstrué par un bouchon de circulation. En début de soirée, à la suite d'un brusque changement des plans, il fut décidé d'attaquer, même si l'appui de l'artillerie était absent à l'exception d'une batterie de 105 mm. Une attaque aérienne, non demandée, de Stuka toucha également le secteur de l'usine, puis juste avant l'avance certains défenseurs néerlandais étaient en déroute, créant un secteur faible dans la ligne de défense, à partir duquel les troupes néerlandaises furent délogées. Les Allemands furent lents à exploiter la percée, mais le colonel Schmidt, à 20h30, ordonna que la position Peel-Raam soit abandonnée et que ses troupes se replient à l'ouest de la Zuid-Willemsvaart, un canal.

Dans le Nord, à la fin de la journée, la 1. Kavalleriedivision a atteint la ligne Meppel-Groningen, plus retardée par des problèmes logistiques et par les équipes de démolition néerlandaises qui détruisirent jusqu'à 236 ponts que par la faiblesse des troupes des frontières.

Dans l'extrême sud du pays, les six bataillons des frontières dans la province de Limbourg ont légèrement retardé la progression de la 6e Armée allemande et, à la fin de la journée, la zone fut envahie et la ville stratégique de Maastricht se rendit, en ouvrant la voie à la feinte de l'offensive allemande vers la Belgique centrale, mais l'échec par les Allemands à capturer intact le pont principal, les força ainsi à retarder la traversée de la 4. Panzerdivision jusqu'au lendemain.

11 mai[modifier | modifier le code]

Le 11 mai, le commandant néerlandais, le général Winkelman, a deux priorités. Il recherchait tout d'abord à éliminer les troupes aéroportées allemandes. Bien que l'assaut stratégique fut un échec, il craint une nouvelle attaque ennemie via Waalhaven et voyant les ponts du Moderdijk en possession des Allemands comme un grave obstacle au mouvement des renforts alliés vers la Forteresse Hollande. La deuxième priorité est étroitement liés à la première: permettre à l'armée française de mettre en place une forte ligne de défense dans le Nord-Brabant, pour relier la forteresse Hollande avec la force principale alliée en Belgique.

Toutefois, dans les deux cas, peu a été réalisé ce jour. Le plan d'une contre-attaque effectuée par la division légère contre des troupes aéroportées sur l'IJsselmonde a échoué. Au même moment, le pont sur la Noord a été préparé en vue de sa défense par les parachutistes allemands, et il s'est avéré impossible de le forcer. Plusieurs tentatives pour traverser la rivière par des bateaux n'ont réussi qu'à établir des têtes de pont isolées, et à 10h15, la division légère reçut l'autorisation de rompre le combat et on lui a ordonné d'aller renforcer les troupes néerlandaises, sur l'île de Dordrecht, où elle est arrivée dans la nuit.

Plus tôt dans la journée, deux tentatives ont été faites par des bataillons néerlandais pour mener à bien une attaque contre le flanc ouest du périmètre allemand. Le premier bataillon, qui fut retiré de la frontière belge, franchit en partie la Oude Maas à deux endroits (Oud-Beijerland et Puttershoek) et d'autre part, tenta de prendre d'assaut le pont de Barendrecht à IJsselmonde ; le second, qui fut retiré sur les forces de la forteresse hollande, positionné à la Hoekse Waard, avait déjà franchi la Dordtse Kil, dans l'île de Dordrecht, le jour précédent, en utilisant le traversier à Wieldrecht et essayait maintenant d'élargir sa tête de pont. Bien que les traversées en tant que telles ont été couronnées de succès, le premier n'avait pas l'appui de l'artillerie et l'avance ne fut exécutée que timidement, les troupes furent attaquées et dispersées, et de nombreux hommes furent faits prisonniers. Une unité de reconnaissance, la 12e GRDI, dans l'après-midi, tenta avec l'aide d'un autre bataillon de frontière néerlandais, une attaque sur la tête de pont dans le sud de Moerdijk, mais les véhicules blindés du 6e Cuirassiers avec lequel il avait été renforcé, furent fortement bombardés par des Stukas allemands et ont dû se retirer.

À Rotterdam, renforcé par un régiment d'infanterie, la tentative néerlandaise de déloger complètement les parachutistes allemands de leur tête de pont sur la rive nord de la Meuse a échoué. En dépit d'une autorisation du général Student, le commandant allemand à Rotterdam a refusé d'évacuer cette tête de pont et les quelques défenseurs allemands tiennent dans un seul immeuble à bureaux, protégés par un canal en face d'eux et couverts par le feu de la rive sud. Les deux autres bombardiers hollandais ont échoué à détruire le pont Willemsburg.

Dans le nord du Brabant, la situation s'est détériorée rapidement. Les Français avaient prévu que la résistance néerlandaise sur la Meuse et sur la position Peel-Raam, par une force d'environ de cinq divisions lourdes, aurait eu au moins quatre jours pour créer une ligne de défense près de Breda. Ils ont été désagréablement surpris d'apprendre que le meilleur de trois divisions fut déplacé vers le nord et que le reste était déjà en pleine retraite. Le retrait de la division Peel de la position Peel-Raam vers Zuid-Willemsvaart, un canal de dix à trente kilomètres à l'ouest, laissant derrière elle de bonnes positions ayant des tranchés, ainsi que toute l'artillerie et des mitrailleuses lourdes, en échange d'une ligne totalement dépourvue. En outre, la rive est du canal est plus élevée que la rive ouest, offrant une excellente couverture pour les attaquants. Enfin, l'ordre de retirer les troupes n'est jamais parvenu à Mill, ce qui a laissé sans défense un secteur du canal, près d'Heeswijk ; ce secteur possédait un pont qui n'a pas été démoli et les Allemands ont été en mesure de traverser sans effort le canal vers 13h00. Un deuxième passage au niveau d'Erp, à l'opposé, a conduit à un effondrement général de la ligne. À la fin du 11 mai, les Allemands ont traversé la Zuid-Willemsvaart sur la plupart des lieux et la division Peel fut largement désintégrée. Les plans du colonel Schmidt de concentrer ses forces sur la ligne Tilburg -Bois-le-Duc se sont donc avérés vains ! Comme les Français ont refusé d'aller plus loin au nord de Tilburg, à l'exception de quelques véhicules blindés de reconnaissance qui ont été jusqu'à Berlicum, cela a créé un vide dangereux. Winkelman a donc demandé au gouvernement britannique d'envoyer un corps d'armée pour renforcer les positions alliées dans la région et de bombarder l'aérodrome de Waalhaven.

Tous les efforts déployés dans le sud du pays ont été faits sur l'hypothèse que la ligne Grebbe serait en mesure de résister aux attaques; ses réserves ont même été en partie déplacées pour une contre-attaque contre les forces aéroportées. Toutefois, il y avait déjà des indications que, dans ce secteur, il avait également un problème en développement. Des éléments motorisés de la SS Standarte «Der Führer», qui précède la 207. Infanteriedivision, ont atteint la partie la plus méridionale de la ligne Grebbe, en face de Grebbeberg, au soir du 10. Ce secteur MDL n'a pas d'inondations et il a donc été choisi comme principal axe d'attaque de la division. Il est plutôt protégé par une ligne de postes avancés (voorpostenlinie), tenus par deux compagnies d'infanterie. Le 11 aux environs de trois heures trente au matin, l'artillerie allemande débuta le bombardement des avant-postes, puis à l'aube lança une attaque de deux des bataillons de la Der Führer. Comme le bombardement allemand avait coupé les lignes téléphoniques, aucun appui de l'artillerie ne pouvait être demandé par les défenseurs néerlandais. La défense a en outre été entravée par le fait que le terrain n'avait pas encore été débroussaillé, offrant par le fait même une bonne couverture aux attaquants. À midi, une percée fut réalisée à l'extrême nord sur la ligne des avant-postes et les positions néerlandaises furent ensuite lentement poussées vers l'arrière. Les compagnies en nombre inférieur et inférieurement armées résistèrent comme elles le pouvaient, mais en soirée, tous les avant-postes étaient aux mains des Allemands.

Le commandant du 2e Corps d'armée, le général Jacob Harberts, n'a pas réussi à réagir de manière adéquate. Ignorant en fait que les troupes motorisées SS avaient été impliquées, convaincu que les avant-postes, en raison de la « lâcheté » des défenseurs, ont été remis à une petite force allemande, il ordonna une contre-attaque en soirée par le seul bataillon en réserve de la 4e division. Elle fut abandonnée finalement lors de son approche, car elle fut bombardée par les troupes néerlandaises tenant la ligne principale, qui n'en n'avaient pas été informées. Toutefois, le fort tir d'artillerie préparatoire néerlandais eut l'effet involontaire d'inciter les Allemands à renoncer aussi à une attaque de nuit.

Pendant ce temps dans le nord, la 1. Kavalleriedivision avançait dans la province de Frise, vers l'ultime ligne de repli néerlandaise, le Wonsstelling atteignait Sneek dans la soirée. La plupart des troupes néerlandaises avaient été évacuées depuis le nord vers la digue Dike.

12 mai[modifier | modifier le code]

Article connexe : Bataille de Grebbeberg.

Au matin du 12 mai, le général Winkelman restait modérément optimiste. Il tenait encore une ferme ligne de défense qui pourrait éventuellement être créée dans le nord de Brabant, avec l'aide de la France et il attendait des progrès qui pourraient être réalisés dans l'élimination des forces aéroportées, bien que n'étant pas au courant de tous les dangers concernant la ligne Grebbe. Au cours de la journée, il fut déçu dans ses espoirs. Dans les deux jours précédents, la 9. Panzerdivision n'avait encore participé à aucun combat. Elle ne traversa la Meuse qu'au début de la matinée du 11 mai et au cours de cette journée, elle n'avait pas été en mesure d'avancer rapidement sur les routes qui étaient congestionnées par les convois d'approvisionnement des divisions d'infanterie.

Comme le front néerlandais était disloqué, la division blindée décidait maintenant de se lancer dans une tentative d'établir un lien avec les troupes aéroportées. En cela, elle ne serait pas entravée par les forces françaises. Parce que le temps manquait pour une bonne préparation et que la 6e armée allemande menaçait son flanc droit, Gamelin ordonna à la 7e Armée de se retirer au sud de la 2e Brigade légère mécanique, partie de la 1re DIM, qui était arrivé à Tilburg, et d'arrêter la progression de la 25e division d'infanterie mécanisée à Breda, et de ne pas progresser au-delà au nord de la rivière Mark. Comme l'ordre initial d'occuper le secteur de Geertruidenberg n'avait pas été suivi, la route vers les ponts de la Moerdijk n'étaient pas bloquée et la division blindée allemande ne combattrait pas son homologue français, plus fort. Les éléments de reconnaissance de la 9.PD exploitèrent efficacement cette possibilité : à l'aube, ils surprirent, au nord de Tilburg, près de Loon op Zand, le colonel Schmidt et le firent prisonnier, les troupes néerlandaises présentes dans la province venaient de perdre tout commandement unifié. À 16h45, les véhicules blindés allemands pénétrèrent à quarante kilomètres à l'ouest et atteignirent la tête de pont au sud de Moerdijk, coupant ainsi la forteresse Hollande de la force principale alliée.

La division légère a systématiquement essayé de reconquérir l'île de Dordrecht en avançant sur un large front, avec l'aide d'un peu de soutien de quatre bataillons d'artillerie. Sur son flanc gauche, où il n'y avait presque pas de présence d'ennemi, l'avance s'est déroulée comme prévu, mais le bataillon sur le flanc droit attaqua la force allemande d'un bataillon que le général Student avait ordonné accidentellement de se placer autour de la périphérie de la ville pour soulager la pression exercée par la garnison hollandaise sur ses troupes tenant le pont Dort. Dans la confusion des combats de rue, les troupes allemandes prirent le dessus et reconduisirent le bataillon à son point de départ. Les autres unités ont alors stoppé leur avance vers midi. Bien que le commandement supérieur ordonna bientôt une meilleure concentration des forces au lieu d'une action de nettoyage, en raison d'un manque de clarté dans les lignes de commandement, aucune attaque subséquente ne se concrétisa dans la journée.

À Rotterdam et autour de La Haye, peu a été fait de nouveau contre les parachutistes. La plupart des commandants néerlandais avaient toujours peur d'une présomption d'une Cinquième colonne et se limitaient à des mesures de sécurité : ils ont en effet ordonné de ne pas utiliser, pour toutes les attaques, une force au-dessus du niveau d'une compagnie.

Bien que la situation devenait critique dans le sud, à l'est les Allemands faisaient un premier effort de déploiement avec succès en délogeant les défenseurs néerlandais de la Grebbeberg. Après une préparation de bombardement d'artillerie au cours de la matinée, un bataillon de la Der Führer attaqua aux environs de midi un secteur de huit cent mètres de large de la ligne principale, occupé par une compagnie néerlandaise. Exploitant de nombreux angles morts sur le terrain sous le feu néerlandais, ils percèrent bientôt les positions néerlandaises, qui avaient peu de profondeur. Un deuxième bataillon allemand a ensuite élargi la percée vers le nord. L'artillerie néerlandaise, quoiqu'égale avec la force allemande, n'a pas réussi à apporter suffisamment de feu sur la concentration de l'infanterie ennemie, limitant ainsi largement l'effet d'interdiction. À huit cents mètres à l'ouest, était ce qu'on appelle une ligne d'arrêt, un système continu de tranchées à partir duquel les défenseurs étaient censés mener une défense active, spéculant sur des contre-attaques locales. Mais en raison d'un manque d'effectifs, de formation et d'armes lourdes, tous ces éléments n'étaient pas aussi bien entraînés que les troupes SS. Dans la soirée, les Allemands étaient arrivés à la zone fortement boisée entre les deux lignes sous leur contrôle. Remarquant un point faible, l'un des commandants du bataillon SS, l'Obersturmbannführer Hilmar Wäckerle, attaqua soudainement avec une compagnie, une force montée à la hâte pour cette bataille. Démontrant un rare exemple d'infiltration tactique brisant la ligne d'arrêt, il avança rapidement d'un kilomètre vers l'ouest jusqu'à être stoppé par la fin de la dénivellation le long de la ligne du chemin de fer de Rhenen. La brèche causa une panique parmi les défenseurs qui abandonnèrent largement la ligne d'arrêt, mais comme Wäckerle n'eut pas eu le temps de coordonner son action avec d'autres unités, il ne fut pas capable de l'exploiter davantage. L'ordre fut restauré sur la ligne d'arrêt et la compagnie SS devint isolée et entourée. L'avance générale allemande causa sur la ligne principale un abandon sur plus de deux kilomètres au nord parce que les troupes craignaient une attaque par derrière.

Les Néerlandais comprenaient très bien que les forces occupant la ligne Grebbe ne seraient pas suffisamment fortes pour repousser toutes les attaques par elles-mêmes, elles avaient pour but de retarder une offensive assez longtemps pour que les réserves viennent les renforcer. Mais en raison de l'échec, la journée précédente, à comprendre que la principale attaque allemande était imminente, la plupart de ces réserves ne serait pas arrivées à temps pour intervenir dans le combat pour défendre la zone entre les deux systèmes de tranchée. Ceci est d'autant plus grave que la ligne d'arrêt n'avait pas de profondeur et n'avaient pas de grands abris pour accueillir suffisamment de troupes nécessaires à une forte contre-attaque frontale. En fin de soirée, il a donc été décidé d'exécuter une attaque sur le flanc nord, pour le jour suivant.

Dans le Nord, la position Wons formait une tête de pont à l'extrémité orientale de la digue Dike. Elle avait un long périmètre, d'environ neuf kilomètres, pour envelopper suffisamment de terres afin de recevoir un grand nombre de troupes en retrait sans les rendre trop vulnérable à une attaque aérienne. Au 12 mai, les unités, avec une force combinée de deux bataillons, étaient toujours présentes, de sorte que la ligne fut faiblement organisée. Ceci fut exploité par la première unité allemande à arriver, le seul bataillon à bicyclette de la 1. Kavalleriedivision. À midi, une attaque concentrée rapidement pénétra la ligne, obligeant les défenseurs à se retirer vers la digue Dike. Pour certains, l'avance allemande coupait cette voie d'évacuation : ils allaient devoir naviguer très loin depuis le petit port de Makkum, prenant les derniers bateaux sur la côte orientale du lac IJssel, puis repousser les Allemands par tous les moyens dans une tentative de passage. Ce plan fut abandonné.

Réservoirs d'huile de Shell brûlés

Dans l'après-midi, le général Winkelman reçut des informations sur des forces blindées progressant dans la région de Langstraat, sur la route entre Bois-le-Duc et les ponts de Moerdijk. Il gardait toujours espoir que ces forces étaient françaises, mais l'annonce faite à la radio de Bremen à 23h00, que des chars allemands avaient pris contact avec les parachutistes, détruisit ces espoirs. Enfin, il commençait à comprendre l'essence de la stratégie allemande. Il ordonna maintenant aux batteries d'artillerie à Hoekse Waard d'essayer de détruire les ponts de Moerdijk, et d'envoyer une équipe spéciale d'ingénieur à Rotterdam pour faire sauter le Willemsburg. Le pessimisme quant à la situation générale néerlandaise était si grave qu'il ordonna également que les vastes réserves stratégiques de la société pétrolière Royal Dutch Shell à Pernis soient incendiées. Au début de l'après-midi, après avoir été informé par Winkelman de ses préoccupations, le gouvernement néerlandais demanda à Winston Churchill que soit envoyées trois divisions britanniques pour renverser la vague, mais le nouveau premier ministre a répondu qu'il n'avait simplement pas de réserves, toutefois trois torpilleurs britanniques furent envoyés au lac IJssel.

À l'opposé, le commandement allemand était très satisfait. On a craint que le troisième jour de l'opération ne devienne un «jour de crise», la XXVI AK avait, près de Breda, à surmonter la résistance de plusieurs forces françaises et belges ou peut-être même quelques divisions britanniques. Par conséquent, von Bock voulu renforcer cet effort avec un autre corps d'armée, quand ceci fut refusé par le chef d'état-major Franz Halder. Il organisa alors au moins un corps d'armée supplémentaire du quartier-général qui serait constitué et utilisé pour cette complexe situation stratégique : à la fois combattre contre les Alliés et foncer à travers la forteresse Hollande en traversant les ponts de Moerdijk. Comme au 12 mai, il n'y avait pas de crise se concrétisant, von Bock décida que la XXVI AK serait responsable de la poursuite des Français vers le sud en direction d'Anvers, pendant que d'autres forces, dirigées par le nouveau quartier-général, le Generalkommando XXXIX, sous le commandement du général Rudolf Schmidt, avancerait vers le nord avec la 254.IDm de la plupart des 9.PD, et de la SS Leibstandarte Adolf Hitler.

13 mai[modifier | modifier le code]

Au début de la matinée du 13 mai, le général Henri Winkelman, conseillé du gouvernement néerlandais, considérait la situation générale extrêmement critique. Sur la terre, les Néerlandais avaient été coupés du front allié et il était devenu évident qu'aucun débarquement allié était à prévoir pour renforcer la forteresse hollande par la mer, sans cette aide, il n'y avait pas de perspective de prolonger la résistance avec succès. Aussi, les chars allemands pourraient rapidement passer par Rotterdam et déjà Winkelman avait ordonné que toutes les armes antichars soient placées dans un périmètre autour de La Haye, afin de protéger le siège du gouvernement. Toutefois, un effondrement immédiat des défenses hollandaises pouvaient encore être évité si les contre-attaques planifiées fermaient le front sud près de Dordrecht et rétablissaient la ligne à l'est de Grebbeberg. Par conséquent, le cabinet décida de poursuivre le combat pour le moment, donnant au général le mandat de se rendre avec l'Armée quand il le jugerait opportun et d'éviter ainsi d'inutiles sacrifices. Néanmoins, il a également été jugé essentiel que la reine Wilhelmine des Pays-Bas soit mise en sécurité. Elle devait quitter vers midi la ville de Hoek van Holland où un bataillon des British Irish Guards était présent, en s'embraquant sur le destroyer britannique HMS Hereward, et cela même si des mines marines représentaient un grand danger pour tenter de parvenir en Zélande, pour rejoindre ensuite l'Angleterre. Le soir précédent, comme cela avait été organisé avant l'invasion, la Princesse Juliana, avec son mari le prince Bernhard zur Lippe Biesterfeld et leurs enfants, avaient quitté IJmuiden sur le HMS Codrington pour Harwich. Selon la constitution, la reine faisait partie du gouvernement, son départ confrontait le cabinet au choix de la suivre ou de rester. Après de vifs débats, il a été décidé de partir également : les ministres partirent à 17h20 de Hoek van Holland sur le HMS Windsor, après avoir conféré l'autorité gouvernementale sur l'ensemble du pays à Winkelman, pour finalement former un gouvernement en exil à Londres.

Tandis que deux compagnies de chars de la 9.PD restaient avec la XXVI.AK pour poursuivre la retraite française, les quatre autres ont commencé à traverser le pont routier de Moerdijk à 05h20. Les Hollandais ont fait quelques tentatives pour bloquer indirectement leur avance. Le dernier bombardier moyen opérationnel, un Fokker T.V., largue vers 06h00 deux bombes sur le pont, une toucha un pilier du pont, mais n'explosa pas, le bombardier fut abattu. Les batteries néerlandaises à Hoekse Waard, malgré les attaques de bombardiers en piqué, ont essayé de détruire le pont par des tirs d'artillerie, mais la structure massive n'a été que légèrement endommagé. Un effort d'inonder l'île de Dordrecht a échoué, car l'entrée des écluses était trop petite.

La division légère essaya de couper le couloir allemand en avançant vers l'ouest et pour faire la jonction avec un petit ferry tête de pont sur le Dortes Kil. Toutefois, deux des quatre bataillons disponibles ont été perdus par une tentative avortée pour reconquérir la banlieue de Dordrecht; lorsque les deux autres bataillons s'approchèrent de la route principale, ils ont été accueillis par une tête de colonne de quelques dizaines de chars allemands. L'avant-garde des troupes néerlandaises, n'ayant pas été informée de leur présence, prit les drapeaux rouges utilisés sur leurs sommets pour la reconnaissance aérienne, pour des drapeaux orange qu'auraient pu utiliser des véhicules français pour indiquer leurs intentions amicales - l'orange étant vu par les Néerlandais comme leur couleur nationale, celle de la Maison Orange - et coururent vers les véhicules pour les accueillir ; ils comprirent leur erreur quand ils furent fauchés. Les bataillons, déjà chancelant en raison d'un bombardement, fuirent vers l'est. Une catastrophe fut évitée par le tir direct d'une batterie AP de 47 mm et de 75 mm qui détruisit deux Panzerkampfwagen II, après quoi le reste des chars allemands se replia. La division légère a alors terminé avec succès un retrait ordonné vers Alblasserwaard autour de 13h00. En début d'après-midi, huit chars réduisirent la tête de pont du ferry. Une compagnie de chars a également essayé de prendre la vieille ville de Dordrecht, sans l'appui de l'infanterie, elle franchie audacieusement des barricades avant d'être repoussée dans de violents combats de rue et après que deux PzKpfw.II furent détruits et trois autres chars lourdement endommagés. Toutes les troupes néerlandaises ont toutefois été retirées de l'île pendant la nuit.

Les forces blindées allemandes avancèrent vers le nord sur le pont Dordrecht sur l'île IJsselmonde. Quatre chars, trois PzKpfw II et un Panzerkampfwagen III de la section du personnel du 1er Bataillon de chars, prirent d'assaut le pont Barendrecht près de Hoekse Waard, mais tous furent perdus par un seul canon antichar de 47 mm. Bien que les Allemands n'ont pas poursuivi leur attaque, ce secteur a également été abandonnée par les troupes néerlandaises.

Le Willemsbrug peu de temps après son ouverture en 1878, vu de Noordereiland. Un nouveau pont a été achevé à proximité en 1981, et celui-ci fut démoli.

À Rotterdam une dernière tentative a été faite pour faire sauter le Willemsbrug. Le commandant du 2e Battalion Irish Guards à Hoek van Holland a refusé d'y participé comme étant en dehors du champ d'application de ses ordres. Deux compagnies néerlandaises, l'une d'entre elles, de la marine néerlandaise, ont pris d'assaut la tête de pont. Le pont a été atteint et le reste des cinquante défenseurs allemands retranché dans l'immeuble en face d'eux, étaient sur le point de se rendre, lorsque l'attaque a été abandonnée en raison d'un tir nourri sur leur flanc de l'autre côté de la rivière.

Dans le nord, le commandant de la 1.KD, le major-général Kurt Feldt a reçu la peu enviable tâche, en raison d'un manque de navires, d'avoir à avancer sur l'enclos de la digue. Il a été bloqué par la position du Kornwerderzand, qui protégeait un important complexe d'écluse régularisant le niveau d'eau du lac IJssel, qui devait être suffisamment élevé pour permettre l'inondation de la "forteresse hollande". Les fortifications principales contenaient des canons antichars de 55 mm. Devant et derrière les écluses à droite et à gauche, le long des quais à gauche du canal, des casemates ont été construites, pouvant placer un agresseur sous un lourd tir d'enfilade sans la moindre couverture. Le 13 mai, la position a été renforcée par une pièce de batterie AA de 20 mm. Feldt avait l'intention de détruire d'abord la position par une pièce d'artillerie de siège, mais le train qui la transportait, avait été bloqué le 10 mai par un pont de chemin de fer détruit à Winschoten. Plusieurs attaques aériennes le 13 mai ont eu peu d'effet ; dans l'après-midi cinq sections cyclistes essayèrent d'aborder les principaux complexes de bunkers sous le couvert d'un bombardement d'artillerie, mais très vite elles prirent la fuite après s'être fait tirer dessus, la première étant coincée et ne pouvant reculer que sous le couvert de l'obscurité, laissant derrière elle quelques morts.

Dans l'est, les Allemands ont essayé de surmonter la résistance de la ligne Grebbe par le déploiement de l'autre division de la X.AK, la 227.Infanteriedivision, qui a dû briser une deuxième attaque à proximité de l'axe Scherpenzeel, où une route d'approche hors inondation a été découverte. La ligne a été défendue par la 2e division d'infanterie néerlandaise. Deux régiments attaquèrent simultanément, dans des secteurs adjacents. Cependant, alors que le régiment sur la droite, le 366.Infanterieregiment, s'était déjà positionné pour l'attaque, l'autre, le 412.Infanterieregiment, s'est vu retardé par le tir sur ses flancs d'avant-postes néerlandais dont l'emplacement n'avait pas été correctement déterminé. Quoique finalement le régiment de réserve ait été avancé, peu de progrès a été fait contre la ligne de l'avant-poste. Pendant ce temps, le 366.IR était en attente, il fut pilonné par une concentration d'artillerie néerlandaise et dû se retirer, ce qui entraîna un échec complet de l'attaque effectuée par la 227.ID.

Plus au sud, à Grebbeberg, les Néerlandais au cours de la soirée et de la nuit avaient réuni une dizaine de bataillons pour une contre-attaque destinée à reprendre la ligne principale. Ces forces étaient composées de réserve de plusieurs bataillons de corps d'armée, de divisions et de brigades, et de la Brigade B indépendante, qui avaient été libérée lorsque la principale ligne de défense Land van Maas en Waal fut abandonnée dans le cadre du retrait du IIIe corps d'armée au nord Brabant. Cependant, toutes ces unités ne s'étaient pas concentrées dans un seul effort. Certains bataillons furent envoyées immédiatement dans la bataille sur la ligne d'arrêt, d'autres furent gardés en réserve, surtout derrière la ligne de repli à proximité du chemin de fer de Rhenen, et quatre devaient être utilisés, sous le commandement de la Brigade B, pour une attaque de flanc depuis le nord. Cette attaque a été retardée de plusieurs heures et quand elle a finalement commencée, à la fin de la matinée du 13 mai, elle a avancée tout droit dans l'avance comparable par deux bataillons de la Der Fuehrer. La brigade, ignorant les intentions néerlandaises, a déplacé son axe d'attaque vers le nord pour avancer jusqu'à la ligne Grebbe par-derrière. Un combat confus s'en suivie dans lequel l'avant-garde des troupes néerlandaises, mal soutenue par son artillerie, a commencé, vers 12h30 à céder la place aux troupes-SS envahissantes. Bientôt, il en résulta un retrait général de la brigade, qui s'est transformée en une déroute lorsque la zone Grebbeberg fut bombardée à 13h30 par 27 Ju 87 Stukas.

Pendant ce temps, à Grebbeberg même, pour la première fois la 207.Infanteriedivision a été impliquée au combat lorsque deux bataillons de sa 322.Infanterieregiment attaquèrent la ligne d'arrêt. La première vague d'attaquants allemands fut largement battue avec de lourdes pertes, mais une seconde vague a réussi à fragmenter la ligne de tranchées, qui a été prise après de violents combats. Le régiment a ensuite procédé au ratissage de la zone à l'ouest, retardé par la résistance néerlandaise de plusieurs postes de commandement. Mais il s'est retiré en fin d'après-midi, tout comme les bataillons-SS plus au nord, pour être redéployé pour une nouvelle attaque : après un bombardement d'artillerie de préparation, il a été déplacé sur une position plus à l'ouest afin de prendre la ligne Rhenen à revers et le village d'Achterberg. Cependant, ces préparations se sont avérées superflues : les Pays-Bas avaient déjà disparu.

Le même bombardement de Stuka, qui avait mis en déroute la Brigade B, avait également brisé le moral des réserves stationnées à Rhenen, qui déjà dans la matinée ont montré des graves problèmes de discipline, les unités se désagrégeant et quittant le champ de bataille en raison du tir d'interdiction allemand. En fin d'après-midi, la plupart des hommes de la 4e Division d'infanterie fuyaient vers l'ouest. Le commandement néerlandais avait subi une telle perte de contrôle que l'idée de brancher la ligne - comme les Allemands avaient eux-mêmes prévu de le faire - dû être abandonnée après qu'il fut envisagé un temps de charger deux régiments du 3e Corps d'armée de le faire. Un écart de cinq miles de large était apparu. Craignant que sinon, ils seraient encerclés, Van Voorst tot Voorst ordonna à 20h30 que les trois corps d'armée devaient renoncer immédiatement à la fois à la ligne Grebbe et à la position de la ligne Waal et se retirer durant la nuit vers le front de l'est de la "Forteresse hollande", la nouvelle ligne d'eau. Les Allemands n'ont toutefois pas exploité leur succès, mais seulement vers 21h00, il était devenu évident que pour eux l'écart n'existerait plus, lorsque l'avance renouvelée n'avait rencontré aucune résistance de l'ennemi.

14 mai[modifier | modifier le code]

Situation néerlandaise juste avant le bombardement de Rotterdam.
  •      Emplacement des lignes de défense hollandaises et de la zone où les troupes néerlandaises sont présentes
  •      Forte ligne de défense hollandaise contre les blindés
  •      Défenses néerlandaises en Zélande
  •      Ligne de défense belge
  •      Défenses françaises aux Pays-Bas
  •      Emplacement des troupes allemandes ainsi que des zones sous contrôle allemand

Malgré son pessimisme exprimé au gouvernement néerlandais et le mandat qui lui avait été donné de se rendre avec l'armée, le général Winkelman attendait l'issue des événements, en évitant effectivement de capituler jusqu'à ce que cela soit absolument nécessaire. En cela, il était peut-être motivé par le désir de s'opposer aux troupes allemandes le plus longtemps possible, pour aider l'effort de guerre des Alliés. Dans la matinée du 14 mai, si la situation restait critique, un certain calme était évident au quartier général néerlandais.

Dans le nord, le bombardement de l'artillerie allemande sur la position Kornwerderzand a commencé à 09h00. Cependant, les batteries allemandes ont été contraintes d'abandonner après avoir été surprises par une contre-batterie de 15 cm des canons arrière du Hr. Ms. Johan Maurits van Nassau qui naviguait dans la mer des Wadden. Feldt était maintenant décidé à débarquer sur la côte de la Hollande-Septentrionale. Quelques barges furent trouvées, mais seulement après la capitulation, toutefois le passage a été effectivement exécuté. Lors de cette opération, une des barges a coulé et les autres ont perdu leur chemin. Les craintes d'un tel débarquement avaient incité Winkelman, le 12 mai, à ordonner l'occupation improvisée de la « position Amsterdam » le long du canal de la Mer du Nord, mais il n'avait que de faibles forces disponibles.

Dans l'est, sous le couvert du brouillard au sol, l'armée, avec succès, s'était retirée de la ligne Grebbe sur le front de l'Est sans être bombardée comme on l'avait craint, et s'était dégagée progressivement de la poursuite des troupes ennemies. La nouvelle position avait quelques inconvénients graves : les inondations n'étaient pas pour la plupart encore prêtes et les travaux de terrassement et de risbermes nécessaires, parce que les tranchées seraient inondées dans la tourbe, n'avaient pas encore été construites, aussi les défenses ont dû être improvisées pour accueillir un nombre beaucoup plus important de troupes.

À IJsselmonde, les forces allemandes se préparaient à traverser la Meuse à Rotterdam, qui était défendue par environ huit bataillons néerlandais. Le passage serait tenté dans deux secteurs. L'attaque principale aurait lieu dans le centre de la ville, avec la 9e Panzer Division allemande avançant sur le pont Willemsbrug. Puis la SS-Leibstandarte Adolf Hitler devait traverser pour opérer sur sa gauche immédiate et, à l'est de Rotterdam, un bataillon du 16e Régiment d'infanterie de la 22.Luftlandedivision devait traverser sur des bateaux. Ces attaques auxiliaires pourraient empêcher une concentration des forces néerlandaises, ainsi que le blocage de l'avance de la 9e Panzer Division à travers les zones d'agglomération dense entrecoupées de canaux. Compte tenu de ces conditions et des moyens limités disponibles, il y avait un accent majeur pour un appui aérien. Déjà le 13 mai, von Küchler, craignant que les Britanniques ne puissent renforcer la forteresse Hollande, avait donné pour instruction à Schmidt d'annihiler la résistance à Rotterdam par tous les moyens, si nécessaire en menaçant la ville danéantissement (Vernichtung) de la ville et en exécutant cette menace. En cela, il devait être soutenu par le plus haut niveau de commandement comme Hitler dans la Führer-Weisung Nr.11 (Directive du Führer no.11): « Sur l'aile nord, l'aptitude de l'armée néerlandaise à résister s'est avérée plus forte que ce qui avait été prévu. Politiquement, ainsi que militairement, cela demandait de briser rapidement cette résistance (…) En outre, la conquête rapide de la forteresse Hollande était facilitée par un affaiblissement délibéré de la force aérienne utilisée par la Sixième Armée ». La Kampfgeschwader 54, utilisant des bombardiers Heinkel He-111, a donc été déplacée de la 6e vers la 18e Armée.

Ouvrant la marche au colonel Scharroo, qui est accompagné du capitaine Backer, pour présenter la reddition de Rotterdam, l'adjudant-chef van Ommering arrive sur l'île du Nord en agitant un drapeau blanc. La photo a été prise sur l'accès sud du pont Willem, le 14 mai, à 15h45 environ, une demi-heure avant l'expiration du deuxième ultimatum. Le bombardement vient d'avoir lieu. (1)

Les généraux Kurt Student et Schmidt souhaitaient une attaque limitée afin de paralyser temporairement les défenses, pour permettre aux chars de sortir de la tête de pont, une grave destruction urbaine devait être évitée, car elle ne ferait, selon eux, que nuire à leur avance. Toutefois, le commandant de la Luftwaffe Hermann Goering, inquiet du sort de ses troupes aéroportées encerclées. espérait forcer une capitulation néerlandaise immédiate par un bombardement beaucoup plus vaste. Son chef des opérations, le général Otto Hoffmann von Waldau, décrit cette option comme une « solution radicale » (Radikallösung). Malgré les réticences d'Albert Kesselring sur sa portée et de sa nécessité, à 11h45, vingt bombardiers Heinkel décollèrent pour laisser tomber un tapis de bombes sur le centre-ville de Rotterdam.

À h, un messager allemand franchit le Willemsbrug pour porter un ultimatum de Schmidt au colonel Pieter Scharroo, commandant néerlandais à Rotterdam, exigeant une capitulation de la ville si une réponse positive n'avait pas été reçue dans les deux heures, « les moyens les plus sévères d'anéantissement » seraient employés. Toutefois, Scharroo n'a pas reçu le message avant 10 h. Ne se sentant pas disposé à se rendre en soi, il demanda à Winkelman des instructions, ce dernier, apprenant que le document n'avait pas été signé, ne contenait pas le nom de l'expéditeur, chargea Scharroo de lui envoyer un émissaire néerlandais pour clarifier les choses et gagner du temps. À 12 h 15, un capitaine néerlandais remis cette demande à von Choltitz. Au retour de l'envoyé allemand, à 12 h, Schmidt avait déjà envoyé un message radio pour que le bombardement soit reporté parce que les négociations avaient commencé. Juste après, l'envoyé néerlandais reçu un deuxième ultimatum, désormais signé par Schmidt et avec un nouveau temps d'expiration pour 16 h 20. Autour de 13 h 20, deux formations de Heinkel arrivaient, n'ayant pas reçu l'ordre de rappel. Cela a été justifié plus tard par les Allemands par le fait qu'ils avaient déjà démonté et rangé dans les remorques leurs antennes. Schmidt ordonna de tirer des feux rouges de signalisation pour indiquer que le bombardement était interrompu, mais seulement l'escadron qui était en train de lâcher ses bombes, venant du sud-ouest, abandonna son attaque, après le largage de leurs bombes par les trois premiers avions. Les 54 autres Heinkel, s'étant approchés de l'est, ont continué à lâcher les leurs pour un grand total de 1 308 bombes, détruisant la ville et tuant 814 civils. Les incendies qui ont suivi le bombardement de Rotterdam, détruisirent environ 24 000 maisons, laissant près de 80 000 habitants sans abri. À 15 h 50, Scharroo capitula devant Schmidt en personne. Pendant ce temps, Goering avait ordonné un second bombardement de la ville - un groupe d'Heinkel avait déjà décollé - à réaliser à moins qu'un message n'ait été reçu que l'ensemble de Rotterdam soit occupé. Lorsque Schmidt a entendu parler de l'ordre, il s'empressa d'envoyer un message non codé à 17 15 signalant que la ville avait été prise, bien que cela n'ait pas encore eu lieu. Les bombardiers furent rappelés juste à temps.

La reddition de l'armée néerlandaise[modifier | modifier le code]

Winkelman, au centre, quitte l'établissement scolaire dans lequel les négociations ont eu lieu

Au début Winkelman avait l'intention de continuer le combat, même si Rotterdam avait capitulé et que les forces allemandes à partir de là, pouvaient maintenant avancer au cœur de la forteresse Hollande. La possibilité de bombardements de terreur a été prise en considération avant l'invasion et n'avait pas été considérée comme un motif de capitulation immédiate, les dispositions avaient été prises pour la poursuite d'un gouvernement efficace, même après la destruction urbaine généralisée. Le périmètre autour de La Haye pourrait encore repousser une attaque blindée et la nouvelle ligne d'eau Hollande avait une certaine capacité de défense, bien qu'elle pourrait être attaquée par derrière, il faudrait aux Allemands du temps pour déployer leurs forces dans le paysage difficile des polders. Toutefois, il ne tarda pas à recevoir un message du colonel Eduard Cuno Willem baron van Voorst Tot Voorst, le commandant de la ville d'Utrecht, que les Allemands exigeaient sa capitulation; des tracts de propagande avaient été lâchés par des avions annonçant qu'une reddition inconditionnelle pourrait «l'épargner du sort de Varsovie». Winkelman conclut qu'apparemment ceci deviendrait la politique allemande de dévaster toute ville offrant la moindre résistance; puisque son mandat consistait à éviter des souffrances inutiles et que la situation militaire néerlandaise était désespérée, il décida de se rendre. Toutes les unités reçurent l'ordre à 16h50 par télex d'abord de détruire leurs armes et ensuite d'offrir leur reddition aux unités allemandes. À 17h20, l'émissaire allemand à La Haye fut informé. À 19 h, Winkelman prononça un discours radiophonique pour informer la population néerlandaise. Ce fut aussi la façon dont le commandement allemand prit connaissance que les Pays-Bas s'étaient rendus; les troupes néerlandaises s'étaient généralement dégagées de l'ennemi et n'avaient pas encore pris contact.

Des officiers allemands et néerlandais à Rotterdam (22 mai 1940)

Winkelman agissait à la fois en sa qualité de commandant de l'armée néerlandaise et chef du pays. Cela créa une situation quelque peu ambiguë. Dans la matinée du 14 mai, le commandant de la Marine royale néerlandaise, le vice-amiral Johannes Furstner, avait quitté le pays pour continuer le combat, les navires de la marine néerlandaise n'étaient pas inclus dans la reddition. Huit navires et quatre ayant les ponts inachevés, étaient déjà partis, certains petits navires furent coulés, et neuf voguaient vers l'Angleterre au soir du 14 mai. Le Hr. Ms. Johan Maurits van Nassau fut coulé par des bombardiers allemands pendant la traversée. Le commandant de la principale base de la marine néerlandaise de Den Helder, le contre-amiral Hoyte Jolles, concluait que sa base, avec une garnison navale de 10 000 hommes, sa propre force aérienne, et des défenses terrestres vastes, devrait continuer à résister. Seulement avec une certaine difficulté, Winkelman le convainquit d'obéir à l'ordre de reddition. Une grande partie de l'armée néerlandaise était également réticente à croire ou accepter la reddition, en particulier ceux des unités qui avaient combattu chaudement, comme le 3e et 4e corps d'armée et la brigade A.

À h, le 15 mai, un messager allemand est parvenu à La Haye, en invitant Winkelman à Rijsoord pour une réunion avec von Küchler pour négocier les articles d'un document écrit de capitulation. Les deux se sont rapidement entendus sur la plupart des conditions, Winkelman déclarant avoir cédé l'armée, les forces navales et aériennes. Lorsque von Küchler exigea que les pilotes se battant pour les Alliés doivent être traités comme des franc-tireurs (combattants de la guérilla en dehors des lois de la guerre), Winkelman refusa en indiquant clairement au Allemands que seules les forces armées dans le pays capitulaient, non le pays lui-même. Sur d'autres points un accord rapide fut atteint et le document fut signé à 10h15.

Les combats en Zélande[modifier | modifier le code]

La province de Zélande ne faisait pas partie de la reddition, les combats continuent dans un effort allié commun avec les troupes françaises. Les forces néerlandaises dans la province sont composées de huit bataillons complets de l'armée et de troupes de la marine. Ils étaient commandés par le contre-amiral Hendrik van der Stad Jan, qui s'il n'avait pas été un officier de marine, avait été subordonnée directement à Winkelman. La région était sous le commandement de la marine, en raison de la prédominance du port naval de Vlissingen sur l'île de Walcheren qui contrôlait l'accès vers Anvers par l'intermédiaire de l'Escaut occidental. Les îles du nord de la province étaient presque sans défense en dehors de quelques pelotons et la défense de la Flandre zélandaise. La partie néerlandaise de la Flandre avait été largement laissé aux Alliés. Les principales forces armées néerlandaises étaient concentrées à Zuid-Beveland, la péninsule à l'est dec Walcheren, pour empêcher l'ennemi d'approcher par cette route qui va vers Vlissingen. Zuid-Beveland était relié à la côte du Nord-Brabant par un isthme; à sa partie orientale, et plus étroite vers la fin de la ligne Bath avait été préparé, et occupée par un bataillon d'infanterie. À son extrémité occidentale, se situait Zanddijk, la plus longue position, occupé par trois bataillons.

À partir du 11 mai, la région a été renforcée par deux divisions d'infanterie française : la 60e division d'infanterie, une division de la classe B, et la nouvellement formée 68e division d'infanterie de marine. Une partie de leur équipement a été apporté par navire dans le port de Vlissingen. La plupart des troupes de ces divisions demeurent au sud de l'Escaut occidental dans la Frandre zélandaise (Zeeuws-Vlaanderen), où deux des huit bataillons néerlandais étaient également présents, ainsi que deux compagnies de frontières. Seuls deux régiments français ont été envoyés sur la rive nord. Le 13 mai, les troupes néerlandaises ont été placés sous le commandement opérationnel français et la 68e division d'infanterie fut transférée à la 7e Armée. La coopération entre les deux alliés laissait beaucoup à désirer et souffrait de mauvaises communications, de malentendus et des différences en matière de stratégie. Les Néerlandais considéraient que les lignes Bath et Zandddijk étaient très défendables en raison du paysage ouvert des polders et des inondations étendues. Cependant, les Français n'étaient pas convaincus de la valeur et du positionnement de leurs troupes sur des obstacles visibles. Dans la soirée du 13 mai, le 271e de la 68e division d'infanterie occupait le canal de Zuid-Beveland et le 224e de la 60e division d'infanterie prit position en ligne droite de Sloe séparant l'île de Walcheren de Zuid-Beveland, même s'il n'avait pas suffisamment de temps pour creuser des tranchées adéquates. Cela empêcha une concentration effective des forces alliées, ce qui permit aux Allemands, malgré une infériorité numérique, de les battre au coup par coup.

Le 14 mai, les Allemands occupent la quasi-totalité du Brabant Septentrional. La SS-Standarte Deutschland, passa rapidement l'Escaut occidental, et atteint la ligne Bath. Ceci coupa la retraite du 27e Groupe de reconnaissance de division d'infanterie, qui ensuite fut détruite en défendant Bergen-op-Zoom. Le moral des défenseurs, déjà ébranlé par des histoires de troupes néerlandaises fuyant à l'ouest, a été gravement compromis par la nouvelle que Winkelman s'était rendu, beaucoup conclure qu'il était inutile de continuer à résister. Un premier bombardement d'artillerie préliminaire sur la ligne dans la soirée du 14 mai, causa sur les officiers commandant le fait de déserter leurs troupes, qui par la suite ont également fui.

Dans la matinée du 15 mai, la SS-Standarte Deutschland approchait de la ligne Zanddijk. Une première attaque autour de 08h00 sur les avant-postes du secteur nord fut facilement repoussée, car les Allemands avaient avancée sur une digue étroite à travers les polders inondés, en dépit de frappes aériennes de bombardiers en piqué. Toutefois, le bombardement incita, sur des bataillons tenant les positions principales, à s'enfuir, et toute la ligne a dû être abandonnée vers 14h00, bien que la partie sud était appuyée par le torpilleur français l'Incomprise.

Le 16 mai, la SS-Standarte Deutschland, quelques kilomètres à l'ouest de la ligne Zanddijk, s'approcha du canal à travers Zuid-Beveland, où le 271e Régiment d'infanterie français était présent, partiellement retranché et maintenant renforcée par les trois bataillons néerlandais en retraite. Un bombardement aérien au matin, mit en déroute les défenseurs avant que l'attaque au sol ne débute, les premiers Allemands traversèrent vers 11h00 ce qui conduit à un effondrement complet. Une tentative dans la soirée le même jour, pour forcer le barrage de huit cents mètres de long à Sloe, sur laquelle la plupart des troupes françaises avaient fui vers Walcheren, se solda par un échec. Le 16 mai, l'île de Tholen fut prise à l'encontre d'une légère opposition; le 17 mai, Schouwen-Duiveland tomba.

Bien que les commandants des troupes néerlandaises restantes au Sud-Beveland ayant refusé le commandement directe offert par leurs supérieurs de menacer le flanc allemand, le 17 mai, une attaque de nuit à 03h00 à travers le barrage de Sloe échoua. Les Allemands exigeaient maintenant la capitulation de l'île; quand celle-ci fut refusée, ils ont effectué un bombardement de style «tapis de bombe» sur Arnemuiden, Vlissingen et à Middelbourg, capitale de la province, bien qu'elle soit totalement sans défense. Le pilonnage démoralisa les défenseurs largement français et les Allemands réussirent à établir une tête de pont vers midi. Le peu de troupes néerlandaises présentes à Walcheren, environ trois compagnies, cessèrent de leur résister. Dans la soirée, les empiètements allemands menaçaient d'envahir les forces françaises qui ont fui vers Vlissingen, mais un acte de bravoure retardataire effectué par la brigade du général Marcel Deslaurens, dans laquelle il fut tué, a permis à la plupart des troupes d'être évacuées dans l'Escaut occidental.

Après que Noord-Beveland se fut rendu le 18 mai, la Flandre-zélandaise fut la dernière partie du territoire néerlandais à être occupé. Sur l'ordre des Français, toutes les troupes néerlandaises ont été retirées le 19 mai à Ostende en Belgique, cependant leur présence serait démoralisant et confondrait leurs propres forces. Le 27 mai toute la Flandre-zélandaise était occupée.

Les conséquences[modifier | modifier le code]

Après la défaite néerlandaise, la reine Wilhelmine des Pays-Bas établit un gouvernement en exil en Angleterre. L'occupation allemande a officiellement commencé le 17 mai 1940. Elle sera de cinq ans avant que le pays soit libéré, au cours de laquelle plus de 300 000 Néerlandais mourront.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Autres lectures[modifier | modifier le code]

  • (fr) Bosman, Arjen, Le fantassin hollandais en mai 1940, magazine Armes Militaria no 112, 1994.
  • (fr) Buffetaut, Yves, Blitzkrieg à l'Ouest: Belgique et Nord, 1940, Magazine Militaria HS no 8, 1993.
  • (fr) Cortet, Pierre & Hazewinkel, Harm J., Fokker D.XXI: Un défenseur nordique (2), revue Le fanatique de l'aviation no 86, janvier 1977.
  • (fr) Cortet, Pierre & Hazewinkel, Harm J., Fokker D.XXI: Un défenseur nordique (3), revue Le fanatique de l'aviation no 87, février 1977.
  • (fr) De Jong, Peter. Le Fokker D.21 (Collection Profils Avions 9).Outreau, France: Éditions Lela Presse, 2005. (ISBN 2-914017-26-X).
  • (fr) De Lannoy, François, La Hollande dans la tourmente (mai 1940), Magazine 39-45 no 225, juillet-août 2005.
  • (fr) Hazewinkel, Harm J., Fokker G-1 (2e partie), revue Le fanatique de l'aviation no 124, mars 1980.
  • (fr) Hazewinkel, Harm J., Fokker G-1 (3e partie), revue Le fanatique de l'aviation no 125, avril 1980.
  • (fr) Laurens, Anne, L'affaire King Kong: Cinquième colonne aux Pays-Bas, Éditeur Albin Michel, Paris, 1969.
  • (fr) Ledet, Michel et autres, La campagne des Pays-Bas, revue Batailles Aériennes no 9, juillet/août/septembre 1999.
  • (fr) Lerecouvreux, L'Armée Giraud en Hollande (1939-1940), Nouvelles Éditions Latines, 1951.
  • (fr) Mabire, Jean, Les paras du matin rouge, Presses de la Cité, 1987, (ISBN 2258008255)
  • (fr) Roba, Jean-Louis, La chasse au combat: mai-juin 1940, Nederlandse Militaire Luchtvaart en mai 1940 (1), revue Ciel de Guerre no.08, 2006.
  • (fr) Wirtz, Alexander, 13 mai 1940: Rotterdam sous les bombes, Magazine 39-45 no 49, 1990.
  • (fr) 13 mai 1940 : Rotterdam sous les bombes, Magazine 39-45 no 49, 1990, p. 13

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Opération Amsterdam de Michael Mc Carthy, en noir et blanc et sous-titré en français, MGM, 1959, ASIN B00008PC11