Rudolf Noureev

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Rudolf Noureev

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Rudolf Noureev en 1973.

Nom de naissance Rudolf Khametovitch Noureev
Naissance
Drapeau de l’URSS Irkoutsk
Décès (à 54 ans)
Drapeau de la France Levallois-Perret
Activité principale Danseur étoile au Ballet de l'Opéra national de Paris
Maître de ballet à l'Opéra de Paris
Style Danseur
Lieux d'activité Paris
Années d'activité 1958-1992
Formation École Vaganova de Léningrad
Maîtres Alexandre Pouchkine, Anna Oudeltsova, Elena Konstantinova Vaïtovitch
Élèves Patrick Dupond, Laurent Hilaire, Nicolas Le Riche, Manuel Legris, Patrice Bart, Sylvie Guillem, Charles Jude, Isabelle Guérin, Élisabeth Platel, Élisabeth Maurin
Site internet http://www.noureev.org

Rudolf Khametovitch Noureev (ou Noureïev ; en russe : Рудольф Хаметович Нуреев ; en tatar : Rudolf Xämät ulı Nuriev) est un danseur étoile né le à Irkoutsk (Union soviétique) et mort le à Levallois-Perret (France). Doué d'une technique exemplaire, il est considéré comme l'un des plus grands danseurs classiques du XXe siècle. Il est l'un des meilleurs interprètes du répertoire classique, mais il affirme aussi son talent dans la danse contemporaine et est l'un des premiers danseurs à s'intéresser de nouveau au répertoire baroque. Il est directeur du Ballet de l'Opéra de Paris de 1983 à 1989.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rudolf Noureev en 1961, année où il demandera l'asile politique.

Rudolf Noureev naît le en Union soviétique au cours d'un voyage en train, peu avant Irkoutsk vers Vladivostok, de Farida (née à Kazan) et Hamet Noureev (né à Oufa). Sa famille est bachkir et tatare et d'origine paysanne. Le grand-père de Rudolf avait pour nom de famille Fasli ; suite à une erreur d'enregistrement à la mairie, ils l'appelleront Noureev. Il est le benjamin d'une fratrie de trois sœurs : l'aînée, Rosa qui a 10 ans de plus que Rudolf, Lilia qui a 5 ans de plus et qui est sourde, et Razida qui a 3 ans de plus[1].

Noureev ne garde aucun souvenir de son père durant son enfance car ce dernier part à la guerre, lors de l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, en 1941, lorsque Noureev n'a que trois ans. Il ne le reverra pas avant 1946, ceci expliquant en partie la relation manquée père-fils entre eux[1].

Dès son plus jeune âge, Noureev est passionné de musique et voit son premier ballet à l'âge de six ans. Sa famille est évacuée de Moscou et trouve refuge à Oufa, capitale de la Bachkirie. Il partage leur petit appartement avec d'autres familles. Les conditions de vie sont précaires. Le climat y est très rude, froid et sec, une nourriture rare composée essentiellement de pommes de terre bouillies. À l'école, on se moque de lui car il n'a pas de chaussures et porte le manteau de l'une de ses sœurs[1].

Mais la ville possède un théâtre de bon niveau. Noureev a une révélation lors du soir du Nouvel An 1945 : il assiste à un ballet patriotique intitulé Le Chant des cigognes avec la danseuse étoile Zaituna Nazretdinova. Dès lors, il décide de devenir danseur. Il commence à danser des danses folkloriques à l'école dans des groupes amateurs et avec les Pionniers. Puis on le recommande à Anna Oudeltsova qui, au bout de 18 mois, l'oriente vers Elena Vaïtovitch[1]. Toutes deux lui font comprendre que la danse n'est pas seulement une affaire de technique. Voyant son potentiel, elles lui suggèrent de continuer sa formation à Leningrad, considérée par elles comme la meilleure école au monde[1].

En 1953, à l'âge de 15 ans, Rudolf commence à faire de la figuration dans les spectacles du théâtre de la ville. Pour cela, il est un peu payé, ce qui lui permet de faire ses classes avec la compagnie. Progressant assez vite, il intègre la troupe de ballet. La compagnie est invitée pour une tournée de dix jours à Moscou. Mais il se blesse durant une représentation. Il se remet pour passer une audition à l'école de danse du Bolchoï où il est accepté. Mais il n'y entre pas, il refuse aussi de rentrer avec la troupe à Oufa qui lui offre un contrat à plein temps. Il préfère passer l'audition pour intégrer l'école de Leningrad. Il y est accepté avec le commentaire suivant : « Soit vous serez un danseur extraordinaire, soit le modèle des ratés, et plus probablement le modèle des ratés ». Entrant à l'école de Leningrad à 17 ans, soit sept ans après ses camarades, il est handicapé par sa mauvaise connaissance, maîtrise et compréhension de la danse. Mais il veut absolument garder sa spontanéité.

Le 16 juin 1961[2], alors en tournée en France avec le Kirov, insoumis, il fait défection à l'aéroport du Bourget à ses gardes du KGB grâce à son amie parisienne Clara Saint, la belle-fille d'André Malraux. Finalement il demande l'asile politique à la France. Il accompagne Maria Tallchief à Copenhague où il fait la connaissance du danseur danois Erik Bruhn, qu'il admirait beaucoup pour l'avoir vu dans un film d'amateur. Ils entretiendront une relation amoureuse qui ne cessera qu'à la mort de Bruhn en 1986[3].

Noureev danse de nombreuses années au Royal Opera House de Londres à Covent Garden puis s'engage comme danseur au sein du Ballet de l'Opéra national de Paris dans les années 1980 avant d'en prendre la tête comme directeur de la danse de l'Opéra de Paris (1983-1989). Ses premières années en tant que directeur soulèvent des critiques jusqu'au sein de l'Opéra[4].

Également chorégraphe, admirateur de l'école française et inconditionnel de Bournonville et de Petipa, il remonte en Europe de nombreux ballets d'après Petipa. Ces grands ballets étaient pour la plupart alors inconnus des Occidentaux. Il fait découvrir au public parisien l'acte 3 de La Bayadère en 1961, puis remonte ses propres versions d'après Petipa. C'est à Vienne qu’il montera son premier Le lac des Cygnes (1964) et son premier Don Quichotte. Plus tard, il y reviendra pour monter La Belle au bois dormant (1966), Casse-Noisette et Raymonda. En 1982, Rudolf Noureev devient citoyen autrichien et est nommé membre honoraire de l’Opéra de Vienne[5].

En 1977, il apparait sous la direction de Ken Russell dans le rôle principal dans Valentino, qui reçoit toutefois l'accueil mitigé de la critique et du public malgré quelques scènes remarquables, notamment celle du tango de Valentino et Nijinski joué par Anthony Dowell.

Sur invitation de Gorbatchev, à la fin de 1989, il effectue une visite de quarante-huit heures à Leningrad dont il parle, en citant les vers de Ossip Mandelstam : "Revenu dans ma ville connue jusqu'aux larmes..."[6]. Il rapporte de ce voyage la photocopie de la partition complète de La Bayadère de Ludwig Minkus avec intention de le remonter avec les notes originales de Petipa[7].

Luttant contre la mort, il remonte l'intégralité du ballet La Bayadère (1877) en Octobre 1992.

Il est fait chevalier de la Légion d'honneur en 1988 et commandeur des Arts et des Lettres en 1992.

Noureev et le sida[modifier | modifier le code]

Le Tombeau de Noureev créé par Ezio Frigerio

En 1984, alors qu'il perd beaucoup de poids et qu'il est victime d'une fièvre persistante, il effectue des examens médicaux et découvre qu'il est atteint du VIH.

En 1988, lors de la représentation de La Sylphide de Bournonville Flemming Flindt à La Scala, les premières voix critiques, les doutes et les ragots autour de la forme de plus en plus décevante du danseur se font entendre[8].

Pendant de nombreuses années, il a nié le fait ; lorsque, vers 1990, il devient malade de façon évidente mais combat courageusement sa maladie sans cesser de danser. Il essaie plusieurs traitements expérimentaux, qui ne ralentissent pas la dégénérescence inéluctable de son corps. Il apparaît amaigri et a de plus en plus de mal à se déplacer.

Il doit cependant affronter la réalité. À cette époque, son courage suscite l'admiration de beaucoup de ses détracteurs. Sa déchéance physique le fait souffrir, mais il continue à se battre en se montrant en public. Au cours de sa dernière apparition publique, le 8 octobre 1992, lors de la première représentation au Palais Garnier d'une nouvelle production de La Bayadère, chorégraphiée par Noureev d'après Marius Petipa, le public lui fait une ovation debout. Le ministre de la Culture, Jack Lang, lui remet la plus haute récompense culturelle, le faisant commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres[9].

Il s'éteint à Levallois-Perret trois mois plus tard, à l'âge de 54 ans. Il est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Rudolf Noureev en 1973
  • Jeudi 17 mars 1938 : Son père l'enregistre le 4 avril à la mairie de Razdolnaïa, la ville la plus proche de son camp militaire. Aucun témoin ne peut donner précisément son heure de naissance, la nuit tombe très tôt en Sibérie à cette période de l'année. Pendant 16 mois, il vivra sur la base d'artillerie de Razdolnaïa.
  • Juillet 1939 : ses sœurs, sa mère et lui prennent le Transsibérien (14 jours de voyage) pour gagner Moscou, où Hamet est muté.
  • Jusqu'en 1945 : Hamet sert sur le second front en Ukraine avec le grade de lieutenant de l'Armée rouge.
  • Octobre 1941 : ses sœurs, sa mère et lui quittent Moscou, suite aux premiers bombardements. Ils arrivent à Tchichouana. Ils vivaient là dans une pièce de 9 m² avec un vieux couple de près de quatre-vingts ans.
  • Printemps 1942 : ils emménagent à Oufa, chez un oncle de son père qui a gardé le nom de Fasli. Ils habitent à l'angle des rues Svedlova et Zentsova avec une autre famille, dans un appartement de 14 m2. Hamet est promu capitaine, mais envoie de rares missives aux siens.
  • 1945 : à 7 ans, Rudolf entre à la « grande école », située d'abord rue Svedlova puis Aktsatva. La danse entre pour la première fois dans sa vie : les cours de chant et danse sur les chants folkloriques bachkirs sont obligatoires.
  • 31 décembre 1945 : la compagnie de danse d'Oufa, accompagnée de danseurs réfugiés du Bolchoï et du Kirov, donnent une représentation à l'Opéra d'Oufa. Rudolf est sous le choc en voyant le premier ballet, Le Chant des cigognes, avec la danseuse étoile bachkire formée à Leningrad, Laïtuna Nazretdinova, dans une chorégraphie de Nina Anisimova. Il décide de devenir danseur.
  • Août 1946 : Hamet rentre pour la première fois à la maison. Il revoit sa famille qu'il n'avait plus vue depuis plus de 6 ans. Il va perturber entièrement la routine installée depuis lors. Il va vouloir « viriliser » les activités de son fils unique, le privant de danse et l'initiant vainement à la pêche.
  • 1946 : la famille déménage au n° 37 de la rue Zentov. Rudolf participe au spectacle de danse des Jeunes Guides. Il veut apprendre le piano, son père le lui interdit.
  • 1949 : Oudeltsova, ancienne danseuse des Ballets russes de Diaghilev, devient son professeur de danse privé. Il prend des cours deux fois par semaine gratuitement. Il y reste 18 mois, le temps d'apprendre les bases de la danse classique. On lui conseille de prendre des cours avec Elena Konstantinova Vaïtovitch, maîtresse du ballet à l'Opéra d'Oufa, mais son père refuse. Il finira par suivre des cours avec elle, en cachette.
  • À 16 ans on lui offre un premier rôle de figurant pour l'Opéra d'Oufa (10 roubles par soirée). Il quitte l'école traditionnelle pour l'école de la Jeunesse Ouvrière.
  • Vers 1954 : Rudolf finit par économiser suffisamment pour se rendre à Moscou, mais il dort dans la rue. Après une courte escapade, il retourne à Oufa. Victor Kranstovitch Parinas, professeur à l'Opéra de la ville, propose de l'engager définitivement dans son corps de ballet.
  • 2 juillet 1955 : il reçoit une convocation pour passer l'examen d'entrée à l'école de ballet de Saint-Pétersbourg. À la même époque, il participe à une tournée organisée par l'Opéra d'Oufa allant jusqu'à Moscou. Il s'agit d'une décade d'art bachkir. Suite à une audition avec Asaf Masserer, l'un des plus grands danseurs russes et figure légendaire du Bolchoï, il est admis à ce théâtre. Malheureusement, l'école n'a pas d'internat, il doit donc y renoncer : sans bourse et sans l'aide de sa famille c'est impossible.
  • 1955-1958 : études à l’école Vaganova de Léningrad, avec le maître Alexandre Pouchkine.
  • 1959-1961 : admis dans le corps de ballet du Kirov, il en devient vite soliste (Le Corsaire, Don Quichotte, Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant).
  • 16 juin 1961 : en tournée en France avec le Kirov (La Bayadère), insoumis, il demande l’asile politique à l’aérodrome du Bourget. Il est engagé dans les Ballets du Marquis de Cuevas.
  • 1962 : débuts au Covent Garden de Londres (Giselle avec Margot Fonteyn). Interprète exceptionnel des créations de Frederick Ashton, Rudi van Dantzig, Roland Petit, Maurice Béjart, George Balanchine, Glen Tetley, Martha Graham et Murray Louis. Il remonte et adapte les ballets de Marius Petipa. Il publie son autobiographie à Londres, puis à New York.
  • 1963 : il danse dans Marguerite et Armand avec Margot Fonteyn au Royal Opera House de Londres.
  • 1982 : Rudolf Noureev devient citoyen autrichien et est nommé membre honoraire de l'Opéra de Vienne[10].
  • Septembre 1983 : nommé directeur de la Danse à l’Opéra de Paris par Jack Lang. Il donne une énergie nouvelle au corps de ballet et porte le prestige de l'Opéra de Paris à l'international en maintenant la compagnie à son plus haut niveau. Il invite les chorégraphes étrangers et agrandit le répertoire.
  • Novembre 1989 : il revient sur la scène du Kirov de Léningrad après 28 ans d’exil. Il quitte son poste de directeur de la danse mais en reste le chorégraphe principal.
  • 6 janvier 1993 : il décède à l'âge de 54 ans à l'hôpital du Perpétuel Secours à Levallois-Perret et suivant sa volonté est enterré à la nécropole russe de Sainte-Geneviève des bois dans l'Essonne.

Les chorégraphies de Noureev[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Rudolf Noureev a indéniablement bouleversé la perception de la danse classique masculine, attachant beaucoup d'importance à la chorégraphie des danseurs. Il laisse derrière lui l'image d'un danseur d'exception, exigeant et charismatique. Ses nombreuses chorégraphies de ballets classiques sont aujourd'hui largement reconnues et l'Opéra de Paris organise chaque année plusieurs représentations de ses ballets. Ses successeurs à la direction du Ballet l'Opéra de Paris, Patrick Dupond et Brigitte Lefèvre, ont souvent témoigné de l'héritage et de l'empreinte indélébile laissée par Noureev à l'Opéra de Paris[11],[12].

Il nommera cinq danseurs étoiles :

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrage de Rudolf Noureev
  • Nureyev : An Autobiography, Londres, Hodder & Stoughton, 1962, New York, Dutton, 1963. Avec une introduction d'Alexander Bland.
Ouvrages sur Rudolf Noureev
  • Olga Maynard, Nureyev : the Man and the Myth, Dana Publishing, 1973
  • John Percival, Nureyev : Aspects ot the Dancer, Putnam's sons, 1975
  • Jurgen Vollmer et John Devere, Nureyev in Paris, Modernismo Publications, 1975
  • Alexander Bland, Noureïev, Julliard, 1976, et Portrait d'un film : Noureïev-Valentino, Ed du Chêne, 1977
  • Mario Bois, Noureïev, Ed. Plume, 1993
  • Howard Brown, Noureïev, Phaidon (diff. Flammarion), 1993
  • Peter Watson, Nureyev : a biography, Hodder & Stoughton, 1994
  • Otis Stuart, Perpetual Motion : the Public and Private Lifes of Rudolph Nureyev, Simon & Schuster, 1995
  • Peter Watson, Noureïev, Éditions n°1, 1995
  • Roland Petit, Temps liés avec Noureïev, Grasset, 1998
  • Diane Solway, Nureyev, his Life, Quill, 1998
  • Vladimir Fedorovski, L'histoire secrète des Ballets russes : de Diaghilev à Picasso, de Cocteau à Stravinsky et Noureïev, éd. du rocher, 2002
  • Bertrand Meyer-Stabley, Noureev, Payot, 2002 (1re éd.)
  • Josseline Le Bourhis et Laurent Croizier, Rudolf Noureïev, Opéra national de Bordeaux/William Blake & co, 2003
  • Carolyn Soutar, Noureïev intime, Carnot, 2004
  • Ariane Dollfus, Noureïev l'insoumis, Flammarion, 2007
  • Julie Kavanagh, Rudolph Nureyev, Pantheon Books, Reed Elsevier, 2007
  • Rudi van Dantzig, Remembering Nureyev, University Press of Florida, 2008
Autres
  • Le roman de Colum McCann (trad. Jean-Luc Piningre), Danseur [« Dancer »], Paris, Belfond,‎ 11 août 2003 (réimpr. 2005 en 10/18, 2008 en Pocket), broché 14,2 cm × 22,6 cm × 2,5 cm, 370 p. (ISBN 978-2-7144-3729-7).
  • Le roman de Marie Bertherat, Rendez-vous à la datcha, évoque le début de la carrière du danseur.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Précédé par Rudolf Noureev Suivi par
Rosella Hightower
Directeur du Ballet l'Opéra de Paris
1983-1989
Patrick Dupond