Bombardements stratégiques durant la Seconde Guerre mondiale

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B-24 bombardant une raffinerie à Ploiești (Roumanie), le 1er août 1943 lors de l'opération Tidal Wave.

La Seconde Guerre mondiale fut marquée par d'importants bombardements stratégiques impliquant toutes les nations belligérantes. Ces bombardements ont concerné des cibles militaires mais aussi civiles. Ils commencèrent dès les premières heures du conflit en septembre 1939[1] avec le bombardement aérien aveugle par la Luftwaffe allemande de la plupart des villes polonaises, ainsi que la capitale, Varsovie[2]. Les bombardements ont continué à croître tout au long du conflit. L'industrie deviendra une cible particulièrement importante. Le bombardement a également été utilisé comme arme psychologique pour tenter de briser la volonté de l'ennemi à combattre. Ceci caractérise le Blitzkrieg de l'Allemagne dans ses offensives contre la Pologne, la France et le Royaume-Uni puis par la campagne de bombardement stratégique des Alliés contre le Reich. La sophistication technologique, les innovations tactiques, et l'accroissement de la taille des bombardements aériens alliés occidentaux culmineront avec les bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki en août 1945 marquant la fin de la guerre.

Situation au début du conflit[modifier | modifier le code]

Considérations légales[modifier | modifier le code]

Les conventions de La Haye, portant sur les codes de conduite de la guerre sur terre et sur mer, ont été adoptées avant la montée de la puissance aérienne. Malgré plusieurs tentatives diplomatiques pour mettre à jour le droit international humanitaire à la guerre aérienne, cela ne fut pas fait avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. L'absence de droit international humanitaire ne signifie pas que les lois de la guerre aérienne ne couvrent pas la guerre, mais il n'y a pas d'accord général de la façon d'interpréter ces lois[3].

La théorie[modifier | modifier le code]

Conceptualisée dans les années 1930, le bombardement stratégique doit permettre de diminuer suffisamment les éléments permettant à l'ennemi de soutenir son effort de guerre pour lui interdire de poursuivre les hostilités. Les maîtres à penser de cette école sont l'italien Giulio Douhet et l'américain William Mitchell[4].

Situation des principaux belligérants[modifier | modifier le code]

Les principaux belligérants sont préparés au bombardement stratégique. Mais l'Allemagne comme l'Italie, ont choisi de privilégier le bombardement tactique au bombardement stratégique, visant pour le début des années 1950 la mise en place de flottes de bombardiers capables de viser des cibles à huit mille kilomètres de distance.

Pour les Américains, à la fin des années 1920, la doctrine considère qu'une guerre aérienne menée contre le tissu industriel de l'adversaire serait en mesure de le mettre à genoux[5]. Cette conception mène au développement de bombardiers adaptés qui sont en cours de production au début du conflit. Ce seront les modèles qui donneront naissance aux forteresses volantes, au Consolidated B-24 Liberator et au Boeing B-29 Superfortress[6].

Pour les Britanniques, et en particulier le maréchal de l'air Sir Hugh Trenchard, les objectifs de l'aviation étaient les usines de matériels de guerre et les centres de communication de l'ennemi[7]. Trenchard pensait aussi que l'attaque des centres urbains permettait de gêner la capacité de travail des populations pour l'effort de guerre[7]. Cependant, les appareils correspondants à cette doctrine, comme les Short Stirling et les Avro Lancaster ne sont pas prêts au début du conflit.

Europe[modifier | modifier le code]

Politique au début de la guerre[modifier | modifier le code]

Le 1er septembre 1939, date du début de la guerre, Franklin D. Roosevelt, président des États-Unis (pays alors neutre au conflit), lança un appel aux principaux belligérants à limiter leurs raids aériens à des cibles militaires[8]. Les Français, les Britanniques acceptèrent de se conformer à la demande américaine qui incluait la fourniture « que ces mêmes règles de la guerre seront scrupuleusement respectées par tous de leurs adversaires. »[9] Le Royaume-Uni a pour politique de restreindre les bombardements de cibles militaires et les infrastructures comme les ports et les chemins de fer qui ont été d'importance militaire. S'il a été reconnu que les bombardements nazis ont causé des victimes civiles, le gouvernement britannique renonça au bombardement délibéré de biens civils, en dehors des zones de combat, comme tactique militaire[10]. Les Britanniques abandonnèrent cette politique à la fin de la drôle de guerre et l'offensive allemande à l'ouest, le 15 mai 1940.

L'Allemagne accepta de se conformer à la demande de Roosevelt et expliqua ses bombardements de Varsovie au sein de l'accord car c'était pour eux une ville fortifiée et l'Allemagne n'avait pas une politique de ciblage de civils ennemis en tant que partie de leur doctrine avant la Seconde Guerre mondiale[11],[12]. La Légion Condor avait pourtant bombardé Guernica en Espagne pendant la guerre civile espagnole.

Théâtres d'opérations et belligérants[modifier | modifier le code]

Pologne[modifier | modifier le code]

Dès le début de la guerre, la Luftwaffe a engagé des raids aériens massifs contre la plupart des villes de Pologne : bombardements d'infrastructures civiles, d'hôpitaux, de la population civile dont des réfugiés. Les réfugiés et les troupes se mélangèrent sur les routes, subissant des pertes terribles. En particulier, l'aviation allemande a bombardé des villes comme Varsovie, Wieluń et Frampol. Les directives données à la Luftwaffe pour la campagne de Pologne étaient d'empêcher l'armée de l'Air polonaise d'influer sur le champ de bataille ou d'effectuer des attaques sur le territoire allemand. En outre, elle devait soutenir la progression des forces terrestres allemandes, directement par un bombardement tactique, et indirectement par des attaques contre les centres polonais de mobilisation, pour retarder la concentration stratégique et ordonnée des forces polonaises et empêcher toute mobilité aux renforts polonais par la destruction des voies de chemin de fer stratégiques. Des préparatifs furent faits pour une attaque concentrée (opération Wasserkante) par toutes les forces de bombardement contre des cibles à Varsovie. Le bombardement du réseau ferroviaire, des carrefours et des concentrations de troupes polonaises provoquèrent des ravages dans la mobilisation polonaise, alors que les attaques contre les cibles civiles et militaires dans les villes perturbèrent le commandement et les moyens de contrôle par la destruction du vétuste système polonais de communications. Peu de temps après, dans un délai de quelques jours, la supériorité numérique et technologique de la Luftwaffe prit le dessus sur l'armée de l'air polonaise.

Front de l'Ouest de 1939 à juin 1940[modifier | modifier le code]

Après l'invasion allemande de la Pologne et la déclaration de guerre par les Alliés, les attaques contre les forces navales de l'ennemi ne sont autorisées que si l'ennemi a bombardé l'Allemagne, à l'exception de la baie d'Helgoland, notant que « Le principe directeur doit être de ne pas provoquer l'ouverture de la guerre aérienne de la part de l'Allemagne », en revanche, la directive de Göring permet de restreindre les attaques contre les navires de guerre n'importe où, ainsi que contre les navires de transports de troupes.

La Royaume-Uni puis la France déclarent la guerre à l'Allemagne le 3 septembre. Sur le front occidental, les premiers mois du conflit sont caractérisés par la propagande de guerre: les forces aériennes des deux camps mènent une série de raids notices pendant les mois d'hiver de 1939/1940. L'armée de l'air royale britannique bombarde le port, des navires de guerre ainsi que des installations à Wilhelmshaven, Cuxhaven et l'île de Helgoland en Allemagne. Le 10 mai 1940, l'Allemagne envahit la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg, avec l'intention de passer par les Ardennes pour porter un coup décisif à la France qui mettrait fin à la guerre. La première bombe britannique est tombée sur une ville allemande, Mönchengladbach, dans la nuit du 11 au 12 mai 1940 tandis que le premier bombardement sur Berlin est mené par un Farman F.223 de l'aéronautique navale française le 7 juin 1940, opération psychologique renouvelé 3 jours plus tard[13].

La bataille d'Angleterre[modifier | modifier le code]

Les docks de Londres pris pour cible le 7 septembre 1940.
Article détaillé : Bataille d'Angleterre.

La bataille de France prend fin le 22 juin 1940 avec l'armistice signé entre la France et l'Allemagne ; le Royaume-Uni continue cependant le conflit. Le 10 juillet, la Luftwaffe lance une campagne de bombardement stratégique contre le Royaume-Uni, marquant le début de la bataille d'Angleterre.

La bataille a commencé à sonder les attaques britanniques sur la navigation côtière, au cours de laquelle Hitler a demandé pour les Britanniques d'accepter la paix, mais les Britanniques ont refusé de négocier.

Un vague de bombardement sur Londres et d'autres grandes villes britanniques, connut sous le nom de Blitz, eut lieu principalement du 7 septembre 1940 au 21 mai 1941.

La France sous les bombardements alliés[14][modifier | modifier le code]

Lors de la seconde guerre mondiale, la France vaincue est occupée par les armées allemandes qui mettent la main sur les points stratégiques, usines, centrales électriques, centres administratifs, réseaux ferroviaires, nœuds de communication et bases navales qui deviennent alors des objectifs des bombardements alliés.

Les ports comme Lorient, Brest, Saint-Nazaire ou Le Havre qui abritent des bases des sous-marins allemands utilisés dans la Bataille de l'Atlantique, constituent les premières cibles. L'objectif est, non seulement de détruire ces bases, mais aussi la ville pour les isoler[15].

Puis sont visées des usines travaillant pour l'armée allemande comme les usines Renault de Boulogne-Billancourt, bombardées en mars 1942, puis en avril 1943. Les gares de triage deviennent également des objectifs cruciaux pour les alliés qui cherchent à empêcher les allemands d'utiliser le réseau ferroviaire pour leurs transports de troupes. 350 missions de bombardements auront lieu visant des objectifs sur le sol français de 1942 à 1943.

Bombardement américain sur Courbevoie, 31 décembre 1943. Deux usines sont visées (SKF-CAM et Hispano-Suiza) ; la zone bombardée est visiblement beaucoup plus étendue.

Les quartiers ou villes aux alentours des objectifs ne sont pas épargnés (ainsi lors du bombardement de Boulogne Billancourt, Le Vésinet situé à 10 km est touché, le centre historique de Rouen est détruit lors de l'attaque visant la gare de Sotteville-lès-Rouen).

La préparation des débarquements (Normandie et Provence) va provoquer une intensification considérable des bombardements visant les gares de triage, les nœuds routiers sur presque tout le territoire français, ainsi Saint-Étienne, Nantes, Marseille, Cambrai, Tours, Lisieux, Lille, Nîmes, etc. vont subir les bombardements alliés provoquant de nombreux morts civils et la destruction de quartiers entiers.

Dans le cadre de l'opération Fortitude consistant à faire croire que le Nord sera la zone de débarquement, de nombreux bombardements touchent la région du Nord et des villes sans importance militaire comme Le Portel dans le Pas-de-Calais sont écrasées sous les bombes faisant plus de 500 morts.

Avec environ 75 000 victimes et 550 000 tonnes de bombes déversées, la France est, après l'Allemagne, le second pays le plus touché par les bombardements alliés de 1940 à 1945 sur le Front de l'Ouest[16].

Mais si les objectifs sont compris par la population française, celle-ci s’interroge sur le fait que des quartiers ou des villes sont détruits sans que parfois l’objectif initial soit atteint.

Ainsi les bases navales des ports français constamment bombardées tiennent jusqu'à la fin de la guerre, mais les villes les abritant comme le Havre, Lorient, Brest ou Saint-Nazaire sont rasées par les bombardement alliés. À titre d'exemple, le centre de la ville de Nantes en 1943 est anéanti sans que l'objectif de la zone portuaire ait été atteinte.

Pourtant l'unanimité ne s'est pas faite entre les alliés sur les bombardements touchant le sol français . Le commandant de la RAF Arthur Travers Harris ne les approuvent pas, préférant réserver ses forces pour le bombardement de l'Allemagne.

En 1944, Churchill inquiet de l'évolution de l'opinion française touchée par la propagande de Vichy et averti par la résistance française exaspérée par les destructions touchant les villes et le nombre de victimes civiles, demande à Eisenhower de limiter au maximum les bombardements, mais reçoit une fin de non-recevoir.

Entre Anglais et américains, la méthode diffère. Les anglais préfèrent le bombardement de nuit pour limiter les pertes (équipages et avions) tandis que les américains bombardent de jour et à haute altitude.

C'est donc une France en partie détruite par leur aviation que les alliés vont libérer.

Dans l'euphorie de la victoire, la question de l’efficacité, et de l’utilité de certains de ces bombardements ne sera pas posée.

L'Allemagne plus tard dans la guerre[modifier | modifier le code]

La période de calme a pris fin en avril 1942 lorsque, à la suite d'une attaque destructrice de la RAF sur la ville médiévale hanséatique de Lübeck, Adolf Hitler a ordonné à la Luftwaffe de riposter. En janvier 1944, l'opération Steinbock est une nouvelle tentative de briser le moral britannique sous les bombes mais sera un échec.

En raison de l'infériorité numérique et qualitative des bombardiers allemands et de l'incapacité de la Luftwaffe à escorter efficacement les bombardiers, le seul moyen restant à la stratégie d'attaque de l'Allemagne se trouvait dans des bombardements visant à terroriser les populations par l'utilisation d'armes de représailles (V1 bombe volante et V2, missile balistique). Du 13 juin au 8 septembre 1944, ils sont utilisés pour bombarder, principalement, Londres et des villes du sud de l'Angleterre. Ces armes de représailles seront aussi utilisées contre Paris, Liège, Lille et Anvers.

Une partie de la force de bombardement britannique et américaine a été réorientée vers l'éradication de la menace de ces armes de représailles dans ce qui fut plus tard connu sous le nom de l'opération Crossbow. Le site où était développé le V2 a été frappé préventivement par un raid britannique sur Peenemünde (Opération Hydra), en août 1943.

Le Royaume-Uni plus tard dans la guerre[modifier | modifier le code]

Un bombardier Lancaster au-dessus de Hambourg (Allemagne)

Le 14 février 1942, la directive no 22 a été émise au Bomber Command. Le bombardement a été « axé sur le moral de l'ennemi de la population civile et en particulier des travailleurs de l'industrie ». Les usines ne sont plus les objectifs. Une campagne moins connue, utilisant des ballons incendiaires, appelée Opération Outward, a également eu lieu de 20 mars 1942 et le 4 septembre 1944.

Les effets des bombardements stratégiques ont été très mal compris à l'époque et largement surestimés. Particulièrement dans les deux premières années de la campagne, peu ont compris à quel point peu de dommages ont été causés et sur la façon dont les Allemands ont été rapidement en mesure de remplacer la production perdue, malgré l'exemple qu'a montré le Royaume-Uni en surmontant le blitz.

La perturbation du système de transport allemand a été étendue. Malgré les efforts allemands pour minimiser la perte de la productivité industrielle grâce à la dispersion des installations de production, ainsi que la forte utilisation de main-d'œuvre esclave, le régime nazi a connu un déclin dans la capacité de fournir du matériel. En outre, la Luftwaffe a été considérablement affaiblie au cours de son effort de défense, si bien que dès la mi 1944, les Alliés ont obtenu la supériorité aérienne de jour, qui sera essentielle à la réussite des forces alliées en Normandie et les opérations à la fin de la guerre.

Bombardements soviétiques[modifier | modifier le code]

Formation de SB-2 survolant Helsinki durant la guerre d'Hiver.

Les forces de bombardiers de l'armée de l'air soviétique étaient les plus importantes numériquement au monde durant les années 1930 mais leurs performances aux combats fut faible lors des attaques contre les villes.

Le 30 septembre 1939, au déclenchement de la guerre d'Hiver, Helsinki est bombardé faisant 80 tués[17].

Le bombardier Petliakov Pe-8 est le seul quadrimoteur soviétique construit durant la Seconde Guerre mondiale. Les Pe-8 effectuèrent dès juillet 1941 des attaques sur l'Allemagne et bombardèrent Berlin pendant la nuit du 10 au 11 août 1941. Ce bombardement, qui n'eut que très peu d'effet, avait un but de propagande plutôt que strictement militaire. Sur les 91 appareils de série, 53 ont été perdus, au combat ou par accident, entre 1940 et août 1944[18]. Les appareils restants furent retirés des actions de première ligne en 1944 devant l'amélioration de la chasse de nuit allemande.

En février 1944, trois grands raids sont lancés contre Helsinki mais échouent grâce à la défense antiaérienne finlandaise. Seule 670 des 16 490 bombes - environ 2 600 tonnes - tombent sur la ville faisant environ 150 tués[19].


Bombardements américains[modifier | modifier le code]

Ruines avant de la cathédrale Saint-Martin de Mayence (1961)

À la mi 1942, l'armée de l'air des États-Unis (USAAF) est arrivée au Royaume-Uni et a effectué quelques raids à travers la Manche contre l'Allemagne. En janvier 1943, lors de la conférence de Casablanca, il a été convenu que les opérations de la RAF Bomber Command contre l'Allemagne serait renforcées par l'USAAF via des opérations combinées dans un cadre offensif (Opération Pointblank). Le chef de la Royal Air Force, Charles Portal a été nommé responsable de la « direction stratégique » des opérations menées par les bombardiers britanniques et américains. Le texte de la directive Casablanca indique : « Votre objectif principal sera la destruction progressive et la dislocation de l'armée allemande, de l'industrie et du système économique et de saper le moral du peuple allemand, à un point où leur capacité de résistance armée est mortellement affaibli. » Au début de l'offensive de bombardement stratégique combiné, le 4 mars 1943, 669 bombardiers lourds de la RAF et 303 bombardiers lourds de l'USAAF sont disponibles.

Les deux campagnes, par l'USAAF de jour, par la RAF de nuit, consistent en des bombardements massifs des zones industrielles allemandes, notamment la région de la Ruhr, suivie directement par les attaques sur des villes telles que Hambourg, Kassel, Pforzheim, Mayence. Les gravats issus des ruines dans ces métropoles allemandes ont plus tard été entreposés dans des collines artificielles, appelées Schuttberg en allemand.

Efficacité[modifier | modifier le code]

Beaucoup de doutes subsistent sur l'efficacité de la guerre de bombardement, il est souvent affirmé que la production industrielle allemande a augmenté tout au long de la guerre. Si c'est vrai, il faut aussi préciser la production a également augmenté aux États-Unis, le Royaume-Uni, l'Union soviétique, le Canada et l'Australie. Et, dans tous ces pays, le taux de production a augmenté beaucoup plus rapidement qu'en Allemagne. Jusqu'à la fin de la guerre, l'industrie n'a pas été conçue pour la guerre et, des travailleurs mobilisés dans les usines allemandes, n'a travaillé un seul quart. Les attaques sur les infrastructures ont bien eu lieu. Les attaques sur les canaux et les voies de chemin de fer de l'Allemagne ont rendu les conditions de transport de matériel difficiles. Les attaques sur les sites de production de pétrole, les raffineries de pétrole et les citernes ont été efficaces et ont largement contribué à l'effondrement général de l'Allemagne en 1945.

La qualité des bombardements est aussi sujet à questionnement. Ainsi, en août 1941, une étude britannique sur les raids de bombardement des deux mois précédents, montre que seul un tiers des appareils engagés réussit à larguer ses bombes dans un rayon de moins de 8 kilomètres autour de la cible. Si l'on ne prend en compte que les raids sur l'Allemagne, la proportion passe à un sur quatre. Si l'on ne prend que les raids visant la Ruhr, un sur dix[20]. En réponse à ce rapport, le chef de la RAF préconisera de privilégier le bombardement de zone ("area bombing") plutôt que le bombardement précis de cibles choisies[21], à côté du développement d'aides à la navigation[21].

Effet sur le moral[modifier | modifier le code]

Tract de propagande britannique lâché sur Essen (Allemagne) après un raid de la RAF en mars 1943. Titre : « La forteresse Europe n'a pas de toit ». Imperial War Museum, Londres

Bien que destiné à « briser la volonté de l'ennemi », il aboutit souvent à un résultat inverse. Le Blitz allemand et autres raids aériens du début de la guerre n'ont pas eu raison du moral des Britanniques. Les travailleurs britanniques ont continué de travailler tout au long de la guerre, la nourriture et autres fournitures de base sont restées disponibles partout.

En retour, la campagne de bombardement contre l'Allemagne, bien que plus générale, plus longue et plus intense que celle subie par la Grande-Bretagne, n'a pas réussi non plus à briser le moral de la population.

Statistiques 1939-1945 des bombardements alliés[modifier | modifier le code]

  • En mi-1943, un raid de bombardement de la RAF comprend typiquement 750 bombardiers. Le taux de pertes tourne autour de 5 %, soit en moyenne 37 avions et 260 aviateurs perdus par mission[22].
  • Un raid de bombardement de la 8th Air Force en 1944 comprenant souvent de 1 000 à 1 200 quadrimoteurs avec une escorte de 800 chasseurs. Le matériel utilisé représente 420 millions de dollars américains de l'époque (5,49 milliards valeur 2012); les pertes, le carburant, les munitions, l'équipement consommable coûtaient 12 millions de dollars de 1944 (156 millions valeur 2012). Et en 1944, la 8th Air Force réalise plus de 400 000 missions, perdant plus de 4 000 avions[23]. Moins de 7 % des bombes larguées ont atterri à moins de 1 000 pieds (305 m) d'une cible spécifique, moins de 20 % à moins de 2 500 pieds (762 m).
  • Les bombardements alliés sur la France font de 70 à 75 000 morts entre 1942 et 1945, essentiellement des civils[24],[25].
RAF : nombre de missions de bombardement et pertes 1939–1945[26]
Sorties Pertes
de nuit 297 663 7 449
de jour   66 851    876
RAF et USAAF : tonnages largués sur l'Allemagne entre 1939 et 1945
Année RAF Bomber
Command (tonnes)
US 8th Air
Force (tonnes)
1939          31
1940   13 033
1941   31 504
1942   45 561     1 561
1943 157 457   44 165
1944 525 518 389 119
1945 191 540 188 573
Total 964 644 623 418
Bombardement
sur l'ensemble du théâtre Européen[27]
Tonnes  %
8th Air Force (chasseurs compris) 692 918
9th Air Force 225 799
12th Air Force 207 367
15th Air Force (chasseurs compris) 312 173
1st Tactical Air Force 25 166
Total USAAF 1 463 423 52,8 %
Bomber Command 1 066 141
Fighter Command 3 910
2nd Tactical Air Force 69 138
Théâtre Méditerranéen 167 928
Total RAF 1 307 117 47,2 %
Total général 2 770 540 100 %
  • Une comparaison entre le tonnage de bombes larguées et le nombre de victimes civiles montre qu'il faut, approximativement, une tonne de bombes[28] pour tuer un britannique, trois pour un allemand, six pour un italien et neuf pour un français[29]. Cela ne doit pas être traduit comme illustrant des capacités de résistance, mais les effets des différents types de bombardements, en particulier en France, moins soumise aux bombardements de zone courants en Allemagne[29]. En octobre 1942, un document établit même « une distinction entre ce qui est admissible lors des bombardements en France et autres territoires occupés, et ce qui l'est lors des attaques sur l'Allemagne »[29].

Asie[modifier | modifier le code]

En Asie, les bombardements stratégiques ont été principalement effectués par les Japonais et les États-Unis. Le Commonwealth britannique avait prévu, après la fin des hostilités en Europe, qu'une force de bombardement stratégique, groupant jusqu'à 1 000 bombardiers lourds (Tiger force), serait envoyée en Extrême-Orient. Cela n'a jamais été réalisé avant la fin de la guerre du Pacifique.

Bombardements japonais[modifier | modifier le code]

Le bombardement de Nanjing et Canton, qui a commencé le 22 et 23 septembre 1937, a suscité immédiatement des protestations générales, aboutissant à une résolution sur l'Extrême-Orient du comité consultatif de la Société des Nations. Lord Cranborne, sous-secrétaire d'État britannique aux affaires étrangères, a exprimé son indignation dans sa propre déclaration : « Les mots ne peuvent exprimer les sentiments de profonde horreur avec laquelle la nouvelle de ces raids a été reçue par l'ensemble du monde civilisé. Ils sont souvent dirigés contre des lieux éloignés de la zone des combats. L'objectif militaire, s'il existe, apparaît n'être que secondaire. L'objectif principal semble être d'inspirer la terreur par le massacre aveugle de civils… »[30]

Il y avait aussi des raids aériens sur le nord de l'Australie et les Philippines (bombardement de Darwin par le Service aérien de la marine impériale japonaise le 19 février 1942). L'armée impériale japonaise a également attaqué des navires ennemis et des installations militaires.

Bombardements par les États-Unis sur le Japon[modifier | modifier le code]

Le bombardement stratégique du Japon par les États-Unis a eu lieu entre 1942 et 1945. Au cours des sept derniers mois de la campagne, un changement de tactique de bombardement a entraîné la destruction de 67 grandes villes japonaises, causant plus de 500 000 morts et quelque 5 millions de sans abri.

Bombardements conventionnels[modifier | modifier le code]

Tokyo en flammes après un bombardement incendiaire par des B-29, le 26 mai 1945
Explosion de la bombe nucléaire à Nagasaki

Le premier raid américain sur l'île principale du Japon est le raid de Doolittle, le 18 avril 1942, lorsque seize B-25 Mitchell sont lancés par le USS Hornet (CV-8) pour attaquer des villes comme Yokohama et Tokyo, puis gagner des terrains d'aviation en Chine.

Les premiers raids ont été effectués par le Vingtième Air Force opérant à partir de la Chine à l'opération en vertu de Matterhorn XX Bomber Command. Initialement, le Vingtième Air Force était sous le commandement de Hap Arnold, et, plus tard, Curtis LeMay. Cela n'a jamais été un arrangement satisfaisant, non seulement parce que les Chinois ont été réticents pour fournir des bases aériennes et que celles-ci devaient être approvisionnées en survolant l'Himalaya, mais aussi parce que le B-29, à partir de ces bases, ne pouvait atteindre le Japon qu'en diminuant la charge de bombes emportées au profit d'un surplus de carburant.

Les bombes conventionnelles larguées à partir des B-29 ont détruit plus de 40 % de la zone urbaine au Japon, les six plus grandes villes industrielles.

Bombardements nucléaires[modifier | modifier le code]

Après six mois d'intenses bombardements de 67 autres villes du Japon par les États-Unis, Truman autorise des attaques nucléaires sur l'Empire du Japon. Le 6 août 1945, une bombe nucléaire est tombée sur Hiroshima suivie le 9 août par l'explosion d'une autre sur Nagasaki. Le 2 septembre 1945, le Japon capitule, ce qui mène officiellement à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.elknet.pl/acestory/pol39/pol39.htm
  2. Levine 1992, p. 21.
  3. http://www.icrc.org/web/eng/siteeng0.nsf/iwpList200/42F64C9A4212EA07C1256B66005C0BF1
  4. P. Facon, op. cit., page 55.
  5. P. Facon, op.cit., page 107.
  6. P. Facon, op.cit., page 109.
  7. a et b P. Facon, op.cit., page 115.
  8. President Franklin D. Roosevelt Appeal against aerial bombardment of civilian populations, 1 September 1939
  9. Taylor (2005), Chapter "Call Me Meier", p. 105
  10. A.C. Grayling (Bloomsbury 2006), p. 24.
  11. Nelson (2006), p. 104.
  12. Corum, 1995., p. 7
  13. J. Maugard, « Quand les marins bombardaient Berlin », sur Amac du fumelois,‎ Août-Septembre 1983
  14. Émission de télévision sur France 3 du 12 mai 2014 : Histoire immédiate - La France sous les bombes alliées .
  15. Mais, comme le rapporte A. Knapp (p. 83), ces destructions de zones urbaines seront sans effet, les allemands ayant rapidement rapatrié les ateliers dans les bases et organisé hors des villes les lieux de casernements pour les équipages.
  16. Centre d'études d'histoire de la défense, « Les bombardements alliés sur la France durant la Seconde Guerre Mondiale – Stratégies, bilans matériels et humains », présentation du colloque du 6 juin 2007, consulté le 5 novembre 2009.
  17. [PDF]« 30 novembre 1939 : l'aviation soviétique bombarde Helsinki », sur Centre d'études stratégiques aérospatiales (consulté le 10 avril 2014)
  18. (en) « Pe-8 Losses », sur Aviation of World War II (consulté le 8 avril 2014)
  19. (en) Fredrik Forsberg, « Bombardment of Helsinki », sur Syd (consulté le 10 avril 2014)
  20. A. Knapp, p. 45-46.
  21. a et b A. Knapp, p. 50.
  22. « Electronic warfare », sur RAF Bomber Command (consulté le 22 mai 2012)
  23. Gaston Botquin, « La Perestroyka selon Staline », Le Fana de l'aviation, no 274,‎ septembre 1992, p. 13 (ISSN 0757-4169)
  24. Patrick Facon, documentaire « Nantes sous les bombes alliées » dans La Case de l'Oncle Doc sur France 3, 13 novembre 2012
  25. Pour sa part, A. Knapp avance le chiffre de 57 000 morts civils (p. 62).
  26. Richard Humble, War In The Air 1939–1945, Purnell, 1975
  27. (en) The United States Strategic Bombing Survey, Statistical Appendix (European War), Feb 1947 [PDF]
  28. V-1 et V-2 compris.
  29. a, b et c A. Knapp, page 62-63.
  30. (en) The Illustrated London News, Marching to War 1933-1939, Doubleday, 1989, p. 135

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]