Détroit des Dardanelles

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Détroit des Dardanelles
Carte du détroit des Dardanelles.
Carte du détroit des Dardanelles.
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de la Turquie Turquie
Géographie physique
Type Détroit
Localisation Mer de Marmara-mer Égée (Mer Méditerranée)
Coordonnées 40° 12′ N 26° 24′ E / 40.2, 26.440° 12′ Nord 26° 24′ Est / 40.2, 26.4  
Longueur 61 km
Largeur
· Maximale 6 km
· Minimale 1,2 km
Profondeur
· Moyenne 55 m
· Maximale 82 m
Salinité 35 à 39 g.L-1

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
Détroit des Dardanelles

Géolocalisation sur la carte : Méditerranée

(Voir situation sur carte : Méditerranée)
Détroit des Dardanelles

Le détroit des Dardanelles (Çanakkale boğazı en turc, de Çanakkale, le « castel (Kale) aux poteries (Çanak) »), ou Dardanelles, est un passage maritime reliant la mer Égée à la mer de Marmara.

Originellement, le terme de « Dardanelles » (et d'« Hellespont ») désignait les régions situées de part et d'autre du détroit. Par extension, le mot désigne aujourd'hui le détroit lui-même.

La possession de ce détroit, comme de celui du Bosphore, permet le contrôle des liaisons maritimes entre la mer Méditerranée et la mer Noire.

Description[modifier | modifier le code]

Le détroit est long de 61 km, mais large de seulement 1,2 à 6 km, avec une profondeur maximale de 82 m pour une moyenne de 55 m.

Le détroit est parcouru par un courant de surface depuis la mer de Marmara vers la mer Égée, et par un courant de fond d’eau de plus forte salinité en sens contraire. La salinité des eaux de surface de la mer Noire est en effet voisine de 18 à 18,5 g/kg, alors que la salinité de la mer Égée, en raison d'une évaporation intense et de l'insuffisance des alimentations, reste comprise entre 35 et 39 g/kg.

Comme le Bosphore, il sépare l’Europe (ici la péninsule de Gallipoli) de l’Asie.

Origine du nom[modifier | modifier le code]

Les anciens Grecs désignaient le détroit sous le nom d'« Hellespont » (en grec ancien Ἑλλήσποντος / Hellếspontos). Ce nom est lié à la légende de Phrixos et Hellé. Leur père, Athamas, était sur le point de sacrifier Phrixos sur le mont Laphystion, quand il en fut empêché par Hermès, répondant aux prières de Néphélé, leur mère. Hermès envoya le grand bélier à la Toison d'or, Chrysomallos. Phrixos grimpa sur son dos et sa sœur, qui craignait d'être la prochaine victime désignée, prit place derrière lui. Le bélier s'éleva dans les airs et se dirigea vers la Colchide à l'est. Mais Hellé, atteinte de vertige, finit par lâcher prise et tomba dans le détroit qui fut nommé en son honneur. Phrixos atteignit la Colchide et sacrifia le bélier à Zeus. La toison d'or du bélier devint célèbre, et sa recherche fit l'objet, une génération plus tard, de l'expédition des Argonautes.

Dans son Enquête écrite au Ve siècle av. J.-C., Hérodote décrit les dimensions de l'Hellespont en comparaison avec celles du Bosphore, du Pont-Euxin (la mer Noire) et de la Propontide (la mer de Marmara) [1] :

« (IV, 85) [...] le Pont-Euxin est, de toutes les mers, celle qui mérite le plus notre admiration. Elle a onze mille cent stades de longueur [1 stade = 177,60 m], sur trois mille trois cents de largeur à l'endroit où elle est le plus large. L'embouchure de cette mer a quatre stades de large sur environ six vingts stades de long. Ce col, ou détroit, s'appelle Bosphore. C'était là où l'on avait jeté le pont. Le Bosphore s'étend jusqu'à la Propontide. Quant à la Propontide, elle a cinq cents stades de largeur sur quatorze cents de longueur, et se jette dans l'Hellespont, qui, dans l'endroit où il est le moins large, n'a que sept stades de largeur sur quatre cents de longueur. L'Hellespont communique à une mer d'une vaste étendue, qu'on appelle la mer Égée.

(IV, 86) On a mesuré ces mers de la manière suivante : dans les longs jours, un vaisseau fait en tout environ soixante et dix mille orgyies de chemin, et soixante mille par nuit. Or, de l'embouchure du Pont-Euxin au Phase, qui est sa plus grande longueur, il y a neuf jours et huit nuits de navigation : cela fait onze cent dix mille orgyies c'est-à-dire onze mille cent stades. De la Sindigne à Thémiscyre, sur le Thermodon, où le Pont-Euxin est le plus large, on compte trois jours et deux nuits de navigation, qui font trois cent trente mille orgyies, ou trois mille trois cents stades. C'est ainsi que j'ai pris les dimensions du Pont-Euxin, du Bosphore et de l'Hellespont ; et ces mers sont naturellement telles que je les ai représentées. Le Palus-Maeotis se jette dans le Pont-Euxin ; il n'est guère moins grand que cette mer, et on l'appelle la mer du Pont. »

Ce sont les Vénitiens et les Gênois qui, au XIe siècle, désignèrent le détroit du nom des dardanelli (pluriel), en référence aux « Anciennes Dardanelles », noms données aux deux villes antiques de Sestos et d'Abydos, qui se dressaient sur les deux rives, à l'endroit le plus resserré (1 300 m) du détroit, proche de la ville cotière de Dardanos en Troade, dont le nom venait, selon Homère, d'une peuplade autochtone appelée Dardanes (Les « Nouvelles Dardanelles » étant constituées des villes ottomanes de Çanakkale et de Kilitbahir)[2]. Les Dardanes eux-mêmes, toujours selon Homère, étaient censés descendre de l'ancêtre éponyme Dardanos, fondateur de la dynastie des rois troyens.

Histoire[modifier | modifier le code]

Image satellite de la zone du détroit des Dardanelles.

Les Grecs colonisèrent les rivages du détroit dès le VIIe siècle av. J.-C. En 481 av. J.-C., Xerxès relia les rives du détroit par un pont de bateaux pour envahir la Grèce[3].

Dans l'Antiquité, la région fut le théâtre de deux campagnes navales : en -411/-410, s'y déroulèrent les batailles de Cynosséma, d'Abydos et de Cyzique ; tandis qu'en -405, eut lieu la bataille d'Aigos Potamos.

Pendant la Première Guerre mondiale (1915), elle fut l'objet d'une bataille appelée bataille des Dardanelles. Elle opposa les troupes de la Triple-Entente, qui débarquèrent pour attaquer la Triple-Alliance du côté de l’Empire ottoman et de la Bulgarie, alliés de l’Empire allemand.

Statut juridique actuel[modifier | modifier le code]

Le statut international du détroit est régi par la convention de Montreux du 20 juillet 1936 sur le régime des détroits turcs. Ce traité, dont la France est dépositaire, octroie à la Turquie le contrôle des détroits du Bosphore et des Dardanelles.

Ces détroits sont considérés comme des eaux internationales pour les navires de commerce, et la Turquie n'a pas le droit de restreindre leur usage en temps de paix. Les autorités maritimes turques peuvent inspecter les navires pour des raisons sanitaires ou de sécurité, imposer des droits de passage, mais n'ont pas le droit de leur interdire le franchissement du détroit. En temps de guerre, la Turquie peut restreindre l'accès au détroit.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Hérodote, L'Enquête, IV, 85-86, passage consultable ici
  2. Dictionnaire des noms de lieux - Louis Deroy et Marianne Mulon (Le Robert, 1994) (ISBN 285036195X)
  3. Hérodote, L'Enquête, VII, 33-36, passage consultable ici

Liens externes[modifier | modifier le code]

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