Détente (guerre froide)

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La Détente désigne la phase de la guerre froide qui s'étend entre la crise des missiles de Cuba (1962) et la « guerre fraîche », qui commence avec la guerre d'Afghanistan (1979) et l'arrivée de Reagan au pouvoir; certains l'arrêtent cependant à la conférence d'Helsinki de 1975 [1].

Elle fait suite à la coexistence pacifique, et est marquée par le refus de l'affrontement direct au profit de luttes de pouvoir et de guerres sur des terrains « périphériques », c'est-à-dire principalement dans le Tiers-Monde.

La Détente ne sous-entend pas seulement une reconnaissance mutuelle entre les pays de l'OTAN et le bloc de l'Est, mais implique des négociations continues, des accords diplomatiques et des échanges commerciaux voire culturels entre les deux camps.

Les accords nucléaires[modifier | modifier le code]

Malgré leurs accords de non-prolifération, le stock d'armement nucléaire des deux grands est resté très important

Au lendemain de la crise des missiles cubains, les États-Unis et l’URSS décident de se rapprocher pour maîtriser, dans un esprit de transparence, un équilibre désormais fondé sur une « destruction mutuelle assurée » (MAD pour Mutual assured destruction en anglais).

Dès juin 1963, un « téléphone rouge », liaison permanente par téléscripteur entre le Kremlin et la Maison Blanche, leur permet de se concerter immédiatement et d’éviter ainsi une diplomatie « au bord du gouffre ».

En août 1963, ils signent le traité de Moscou, qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins.

L'assassinat de John F. Kennedy à Dallas le 22 novembre 1963 bouleverse la planète, partout les gens pleurent ce jeune président, URSS comprise. Le successeur de Kennedy, Lyndon Johnson, s'engage à poursuivre la détente. Johnson va engager son pays dans la guerre du Viêt Nam.

En janvier 1968, par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), issu d’un projet conjoint américano-soviétique présenté à la Commission du désarmement à Genève, ils s’engagent, ensemble avec le Royaume-Uni, à ne transférer ni armes ni technologie nucléaires aux États non dotés d’armes nucléaires (ENDAN).

En mai 1972, les accords SALT I (Strategic Armements Limitation Talks), signés par Nixon et Brejnev, limitent les armements défensifs anti-missiles (ABM) à deux sites pour chacun des deux pays et gèlent pour une durée de cinq ans les armes nucléaires offensives, c’est-à-dire les rampes de lancement fixes pour missiles intercontinentaux (ICBM) et les missiles installés sur sous-marins (SLBM)[2].

En juin 1979, Jimmy Carter et Léonid Brejnev signent les accords SALT II, négociés depuis 1974 dans le prolongement de SALT I. Ces accords prévoient un gel des lanceurs à ogives multiples (MIRV) et un contrôle réciproque des armes nucléaires. Ils ne furent pas ratifiés par le Sénat américain en raison de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, les deux parties déclarant toutefois qu’elles en respecteraient les clauses[3].

Les origines de ce rapprochement sont multiples. Il y a d’abord la volonté de se dégager d’une course aux armements de plus en plus coûteuse, et absurde en raison de la « capacité de surextermination » (overkill) des arsenaux nucléaires ; par ailleurs, l’URSS est contestée par la République populaire de Chine, la rupture sino-soviétique permettant, dans le cadre d’une diplomatie désormais triangulaire, un rapprochement sino-américain ; en même temps, en raison d’une économie qui stagne, l’URSS a besoin d’une aide extérieure que les États-Unis lient à des accords politiques (le linkage de Henry Kissinger) ; et enfin, les États-Unis, de leur côté, sont engagés dans la guerre du Viêt Nam qui absorbe une part excessive du budget américain : d’où le désir des deux « adversaires-partenaires » (selon Raymond Aron) d’aboutir à une gestion raisonnable de la Guerre froide.

On remarque quand même une curiosité dans le domaine culturel : en 1976 les deux Grands coproduisent le tournage d'un film, L'oiseau bleu.

La « détente » en Europe (1962 - 1975)[modifier | modifier le code]

Dans chacun des deux blocs, pro-soviétique et pro-américain, les deux superpuissances sont contestées.

À l’Ouest, De Gaulle prend ses distances avec les États-Unis et l’OTAN, en se retirant du commandement intégré de l'Alliance atlantique en 1966. La France continue néanmoins à être membre de l'OTAN mais le siège de l'organisation quitte le pays.

Le modèle soviétique est contesté en Europe de l'Est. En août 1968, la Tchécoslovaquie est envahie par les troupes du pacte de Varsovie : le Printemps de Prague touche à sa fin, la doctrine Brejnev de 1968 énonçant une « souveraineté limitée » pour les pays du bloc de l'Est, justifiant ainsi l'intervention de Moscou. En 1969, Willy Brandt devient chancelier de la RFA et engage une politique de rapprochement et d’ouverture à l’Est, l'« Ostpolitik », rompant ainsi avec la doctrine Hallstein de non-reconnaissance de la RDA. Les deux États se reconnaissent mutuellement en 1972 et entrent à l’ONU en 1973.

Confronté à une intense agitation intérieure (Convention nationale démocratique de 1968, mouvement hippie, etc.), Richard Nixon énonce la doctrine Nixon en 1968, qui décide une réduction de l'engagement militaire direct du Pentagone dans le monde, celui-ci optant de plus en plus pour un interventionnisme discret, via les forces spéciales, et des « guerres proxy » (par intermédiaire). Dans le même temps, la Realpolitik de Kissinger admet l'existence de l'URSS et le dialogue nécessaire, en même temps de l'usage de la carotte et du bâton. En 1971, la publication des Pentagon Papers choque les Américains, qui découvrent les opérations secrètes de la CIA. Le « Credibility gap » (manque de crédibilité), bien réel celui-là, vient remplacer le « Missile gap » et le « Bomber gap » fortement exagérés par les forces armées américaines[4].

En 1975, les accords d’Helsinki[5] sont signés par 33 États européens, URSS comprise dans la somme, le Canada et les États-Unis. Les accords doivent permettre la coopération entre les États, la libre circulation des personnes et le respect des droits de l’homme.

La République populaire de Chine, le 3e acteur[modifier | modifier le code]

La cohésion apparente du « bloc communiste » se fissure à partir de la rupture sino-soviétique, qui voit ces deux régimes s'affronter sur le terrain idéologique et diplomatique.

Le risque d'une guerre entre ces deux géants fut pris très au sérieux lors du conflit frontalier sino-soviétique de 1969. Constatant que Pékin ne pouvait affronter à la fois Moscou et Washington, Mao choisit de se rapprocher des États-Unis. La proximité géographique de l’URSS posait en effet selon lui une menace autrement plus grande que les États-Unis.

Afin d’affaiblir l’Union soviétique, les États-Unis saisissent la balle au bond et se rapprochent de la République populaire de Chine alors qu’elle se lance dans une course aux armements (bombe A le 16 octobre 1964, bombe H le 14 juin 1967). Nixon cherche à isoler davantage l’Union soviétique, surtout dans le tiers Monde.

L’équipe de ping-pong des États-Unis fait un voyage en Chine le 10 avril 1971 : c’est la « ping pong diplomacy ». Le 25 octobre 1971, sous la pression des États-Unis, l’ONU reconnaît la Chine populaire qui siège désormais au Conseil de sécurité (76 voix pour, 35 contre, 17 abstentions) et au Conseil de Sécurité à la place de Taïwan, qui quitte l’ONU en signe de protestation. Enfin, le président Nixon, invité par Mao Zedong, se rend en Chine (février 1972).

Malgré l'antiaméricanisme d'une grande partie de l'administration chinoise, les relations stratégiques et économiques avec les États-Unis prennent de plus en plus d'ampleur. Le conseiller à la sécurité nationale du président Carter, Zbigniew Brzezinski, négocie avec Deng Xiaoping pour installer des bases servant au renseignement d'origine électromagnétique (SIGINT) en Chine, afin d'écouter l'URSS[6]. La répression des manifestations de la place Tian'anmen, en 1989, a conduit à freiner cette collaboration.

Les limites de la « détente »[modifier | modifier le code]

Les deux Grands sont impliqués dans des conflits importants. Tous deux mènent une lutte d’influence dans les pays du tiers monde : c'est ce que l'on nomme les conflits périphériques.

De 1964 à 1975, la guerre du Viêt Nam oppose indirectement les grandes puissances. Les États-Unis s’engagent militairement au Viêt Nam à partir de 1962[7].

Les États-Unis soutiennent de nombreux pays indépendamment de leur type de gouvernement (y compris des dictatures), dans le cadre de la doctrine de l'endiguement envers l’URSS, et provoquent ou favorisent plusieurs coups d’État à travers les opérations Ajax, PBSUCCESS et FUBELT (en). En Amérique latine, le régime castriste soutient des guérillas révolutionnaires, qui se soldent par des échecs.

La guerre du Viêt Nam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre du Viêt Nam.

La guerre du Viêt Nam a opposé de 1959 à 1975, d'une part la République démocratique du Viêt Nam (ou Nord-Viêt Nam) et son armée populaire vietnamienne - soutenue matériellement par le bloc de l'Est et la Chine - et le Front national de libération du Sud Viêt Nam (ou Viet Cong), face à, d'autre part, la République du Viêt Nam (ou Sud-Viêt Nam), militairement soutenue par l'armée des États-Unis à partir de 1964, à la suite des incidents du golfe du Tonkin appuyé par plusieurs alliés (Australie, Corée du Sud, Thaïlande, Philippines).

Tensions dans le monde[modifier | modifier le code]

De nombreux pays trouvent la tutelle soviétique ou américaine lourde et veulent s'en séparer.

Par rapport aux États-Unis :

  • Iran :
    • -Renversement du gouvernement installé et maintenu par les États-Unis ;
    • -Mise en place d'une république islamiste.

Par rapport à l'URSS :

  • la Chine sous Mao :
    • -Elle s'éloigne de plus en plus de l'URSS ;
    • -Elle se rapproche des États-Unis.

la fin de la Détente[modifier | modifier le code]

La rupture est consommée en décembre 1979 par deux événements : l'invasion de l'Afghanistan par l'armée soviétique, le 27 décembre et la double décision de l'OTAN, du 14 décembre, d'installer des missiles Pershing en Europe pour contrer les SS20 soviétiques, ce qui déclenchera la crise des Euromissiles. Le coup d'état polonais du 13 décembre 1981 ainsi que la destruction du Boeing sud-coréen, le 3 septembre 1983, par l'aviation soviétique aggraveront encore la tension entre les deux camps pendant les années 1980, jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en Union Soviétique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Détente", dans Claude Quétel (dir.), Dictionnaire de la Guerre froide, Paris, Larousse, 2008, pp. 202-204.
  2. En 1968, les États-Unis et l’URSS engagent des négociations sur la limite d’armes stratégiques (Strategic Arms Limitations Talks). Les accords S.A.L.T.
  3. Dès 1973, les négociations SALT II commencent en raison de l’apparition de nouvelles armes qui ne sont pas répertoriées dans les catégories définies par SALT I, tels les armes chimiques, les bombes à neutron et les missiles sol-sol. Les accords S.A.L.T.
  4. Dwayne A. Day, Of myths and missiles: the truth about John F. Kennedy and the Missile Gap, The Space Review, 3 janvier 2006
  5. Le 30 octobre 1973, des pourparlers commencent à Vienne entre 12 pays de l’OTAN. et 7 du pacte de Varsovie en vue de la réduction mutuelle des forces et armes stationnées en Europe Centrale. Deux ans plus tard tous les pays d’Europe, sauf l’Albanie, participent à la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe. Elle aboutit aux accords d’Helsinki, signé le 1er août 1975. Ils sont souvent considérés comme le point culminant de la détente.…Les accords d’Helsinki
  6. « Nous avons fait le choix de tout savoir », entretien avec Zbigniew Brzezinski, par Vincent Jauvert, dans Le Nouvel Observateur no 1779, 10 décembre 1998
  7. Le Viêt Nam du nord est un régime communiste qui possède l’aide de l’URSS. Le Viêt Nam du sud est à la base une démocratie, mais son gouvernement est dictatorial, il est appuyé par les États-UnisLa guerre du Viêt Nam

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]