Léonid Brejnev

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Léonid Brejnev
Леонид Брежнев
Brejnev, le 17 avril 1967.
Brejnev, le 17 avril 1967.
Fonctions
Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique
14 octobre 19648 avril 1966
(1 an,5 mois et 25 jours)
Prédécesseur Nikita Khrouchtchev
Successeur lui-même (en tant que secrétaire général)
Secrétaire général du Comité central du Parti communiste de l'Union soviétique
8 avril 196610 novembre 1982
Président Anastase Mikoyan (1964-1965)
Nikolaï Podgorny (1965-1977)
lui-même (1977-1982)
Président du Conseil Alexeï Kossyguine (1964-1980)
Nikolaï Tikhonov (1980-1985)
Président du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS
7 mai 196015 juillet 1964
Prédécesseur Kliment Vorochilov
Successeur Anastase Mikoyan
Président du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS
16 juin 197710 novembre 1982
Prédécesseur Nikolaï Podgorny
Successeur Vassili Kouznetsov
Biographie
Date de naissance 6 décembre 1906 (calendrier julien)
19 décembre 1906
Lieu de naissance Kamenskoïe, Ukraine,
Drapeau de la Russie Impériale Empire russe
Date de décès 10 novembre 1982 (à 75 ans)
Lieu de décès Moscou, RSFSR
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Nationalité Drapeau de la Russie Russe (de 1906 à 1917)
Drapeau de l'Ukraine Ukrainienne (de 1917 à 1920)
Drapeau de la République socialiste fédérative soviétique de Russie Russe (de 1920 à 1922)
Drapeau de l'URSS Soviétique (de 1922 à 1982)
Parti politique PCP(b) (1931-1952)
PCUS (1952-1982)
Conjoint Viktoria Petrovna (née en 1908, mariés de 1928 à 1982, décédée en 1995)[1]
Enfant(s) Galina (fille, née en 1929, décédée en 1998)
Youri (fils, né en 1933)[2]
Diplômé de Institut métallurgique de Kamenskoïe
Religion Aucune (athéisme)
Résidence Appartement sur l'avenue Kutuzovski Prospekt, à Moscou

Signature

Léonid Brejnev Léonid Brejnev
Présidents du Præsidium du Soviet suprême de l'URSS
Dirigeants du Parti communiste de l'Union soviétique

Léonid Ilitch Brejnev (prononcé, en français, [le.o.nid i.lit͡ʃ bʁɛʒ.nɛf ] ; en russe : Леони́д Ильи́ч Бре́жнев [lʲɪɐˈnʲid ɪlʲˈjitɕ ˈbrʲeʐnʲɪf ] Prononciation du titre dans sa version originale Écouter et en ukrainien : Леоні́д Іллі́ч Бре́жнєв), né à Kamenskoïe le 19 décembre 1906 (6 décembre du calendrier julien) et décédé à Moscou le 10 novembre 1982, est un homme politique soviétique, secrétaire général du Parti communiste de l'Union soviétique, et donc principal dirigeant de l'URSS de 1964 à 1982. Il fut en outre président du Præsidium du Soviet suprême (fonction honorifique de chef de l’État) à deux reprises, de 1960 à 1964 et de 1977 à 1982.

Son autorité, d'abord partagée, s'affirma progressivement à la tête du Parti et de l'État, atteignant son apogée durant les années 1970, avant que la vieillesse et la maladie ne limitent progressivement son rôle politique au profit des membres de la nomenklatura.

Biographie[modifier | modifier le code]

Léonid Brejnev naquit à Kamenskoïe (de nos jours Dniprodzerjynsk), en Ukraine en 1906, fils d'un métallurgiste russe. Comme de très nombreux jeunes prolétaires aux temps de la Révolution russe il reçut une éducation technique, en gestion du territoire puis en métallurgie. Une fois diplômé, il devint ingénieur dans l'industrie métallurgique de l'Est de l'Ukraine. Il intégra en 1923 l'organisation de jeunesse du Parti communiste, le Komsomol, puis le Parti lui-même en 1931.

En 1935-1936, il fit son service militaire obligatoire. D'abord engagé dans un corps de blindés il suivit des cours sur les chars d'assaut avant de servir finalement comme commissaire politique. Il devint ensuite directeur du collège technique de métallurgie de Dniprodzerjynsk. Il est rapidement transféré au centre régional de Dniepropetrovsk, dont il devient en 1939 le secrétaire du Parti chargé des importantes industries militaires de la ville.

Il fait partie de la génération de Soviétiques qui ne connurent pas la période ayant précédé la Révolution russe, trop jeunes même pour avoir participé aux luttes pour la succession de Lénine au poste de dirigeant du parti en 1924. Au moment où il entre au Parti, Joseph Staline en était déjà le maître incontesté ; Brejnev, comme beaucoup d'autres jeunes communistes, trouva dans le système stalinien un chemin tout tracé. Les membres du Parti qui avaient survécu aux grandes Purges de 1937-1938 obtinrent des promotions rapides, puisque ces éliminations ouvraient de nombreux postes dans les niveaux haut et moyen du parti et de l'État : Brejnev est le modèle même de ces carrières fulgurantes.

En juin 1941 l'Allemagne nazie envahit l'Union soviétique et Brejnev participe à l'évacuation des industries de Dniepropetrovsk, avant que la ville ne tombe entre les mains des Allemands, le 23 août. Comme la plupart des membres du Parti de rang moyen, il est enrôlé dans l'Armée rouge comme commissaire politique. En effet, l'Armée rouge suivait le principe du double commandement : toutes les formations militaires étaient sous les ordres d'un officier professionnel et d'un commissaire politique. En octobre, Brejnev devient délégué de l'administration politique pour le front du sud, avec rang de commissaire de brigade.

Brejnev (à droite) en 1942, commissaire politique

En 1942, suite à la dissolution du front du sud, balayé par l'offensive d'été allemande, Brejnev est nommé délégué politique du front du transcaucase. En avril 1943, alors que l'Armée Rouge prend le dessus sur la Wehrmacht et part à l'offensive pour reconquérir l'Ukraine, il devient chef du département politique de la 18e armée qui est affectée au premier front ukrainien. Le commissaire politique en charge de ce front n'est autre que Nikita Khrouchtchev, qui devient le mentor de Brejnev. Les deux hommes s'étaient rencontrés pour la première fois en 1931 et Khrouchtchev avait déjà soutenu Brejnev au début de sa carrière. À la fin de la guerre, Brejnev occupe le poste de commissaire politique du quatrième front ukrainien qui entre à Prague après la capitulation allemande.

En août 1946, il quitte l'Armée rouge avec le rang de major-général. Il vient de passer la totalité de la guerre comme commissaire et non comme militaire. Après avoir participé aux projets de reconstruction de l'Ukraine, il devient premier secrétaire à Dniepropetrovsk. En 1950, il devient délégué au Soviet suprême. La même année, il est nommé premier secrétaire du Parti en Moldavie, territoire roumain incorporé à l'Union soviétique une première fois en 1940 puis définitivement en 1944. En 1952, il devient membre du Comité central et candidat (membre de second rang) du Politburo.

Brejnev et Khrouchtchev[modifier | modifier le code]

Cette ascension fulgurante jusqu'aux sommets du Parti n'aurait pas été possible sans le soutien permanent de Nikita Khrouchtchev, qui domine depuis les années 1930 l'organisation bureaucratique et politique de l'Ukraine.

À la mort de Staline, en mars 1953, alors que la succession est encore incertaine, la taille du Politburo est réduite, Brejnev n'en fait pas partie. À titre de compensation, il est nommé chef du directoire politique de l’armée et de la marine, au grade de lieutenant général, une place très importante. Cette promotion est probablement due au nouveau pouvoir de son mentor Khrouchtchev, qui succède à Staline comme Secrétaire général du Parti, et, comme son prédécesseur, en fait progressivement le principal centre du pouvoir. En 1955 Brejnev est fait premier secrétaire du Parti au Kazakhstan, un poste stratégique.

En février 1956, Brejnev est rappelé à Moscou pour contrôler l'industrie militaire, le programme spatial soviétique, l'industrie lourde et les grands travaux d'infrastructure. Il est désormais un personnage-clé et en juin 1957, il soutient Khrouchtchev dans sa lutte contre la vieille garde stalinienne menée par Viatcheslav Molotov, Gueorgui Malenkov et Lazare Kaganovitch pour la direction du Parti. La défaite de ces derniers lui ouvre les portes du Politburo.

En 1959, Brejnev devient Secrétaire du Comité central et le 5 mai 1960 obtient le titre de Président du Præsidium du Soviet suprême, c’est-à-dire de chef de l’État. Ce poste ne conférait pas de réels pouvoirs, mais permettait d’aller à l’étranger, ce qui éveilla chez Brejnev un goût indéfectible pour les objets de luxe occidentaux.

Jusque vers 1962, la place de Khrouchtchev comme chef du Parti était solide, mais les performances économiques décevantes, les réformes brouillonnes de l'éducation et de l'appareil économique, et les tirades de plus en plus grandiloquentes et imprévisibles du Secrétaire général commencèrent à inquiéter ses pairs. En apparence, Brejnev demeurait loyal mais, à partir de 1963, il prit part à un complot, aux côtés notamment d'Alexis Kossyguine, d'Alexandre Chélépine et de Nikolaï Podgorny, avec pour but de remplacer Khrouchtchev. Cette année-là, il succéda à Frol Kozlov comme premier Secrétaire du comité central et devint par ce poste le successeur officiel de Khrouchtchev. Le 14 octobre 1964, alors que Khrouchtchev était en vacances, les conspirateurs convoquèrent le Comité central, qui les adouba et transmit à Khrouchtchev l'annonce de sa propre démission. Brejnev était Premier Secrétaire du Parti, Alexeï Kossyguine Président du conseil des ministres : le dernier défenseur de Khrouchtchev, Anastase Mikoyan, récupérait pour un an la présidence du Soviet suprême avant de l'abandonner à Nikolaï Podgorny.

Chef du Parti[modifier | modifier le code]

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

Pendant les années Khrouchtchev, Brejnev avait approuvé la dénonciation de la dictature de Staline, la réhabilitation des victimes des purges et la libéralisation limitée de la vie politique et intellectuelle soviétique. Mais dès qu’il eut pris le pouvoir, le processus fut interrompu ; sans retour aux méthodes terroristes de gouvernement, on put cependant assister à une réhabilitation insidieuse de Staline, et à l'étouffement progressif de la liberté de ton des intellectuels. Dans un discours en mai 1965 commémorant le vingtième anniversaire de la défaite de l’Allemagne, Brejnev mentionna Staline d’une manière positive pour la première fois. En avril 1966, il prit le titre de Secrétaire général du PCUS, que Khrouchtchev avait remplacé par celui de Premier Secrétaire. En 1966, le procès des écrivains Iouli Daniel et Andreï Siniavski, inédit depuis l'époque stalinienne, marqua le retour d'une chape de plomb sur la vie culturelle soviétique. Dirigée par Iouri Andropov, la police politique (le KGB) se vit octroyer des pouvoirs de contrôle et de répression accrus et perfectionnés contre toute forme de dissidence.

Portrait officiel de Brejnev, datant de 1977.

Durant les années 1970, Brejnev consolida sa position dominante au sein des instances dirigeantes. En juin 1977, il obligea Podgorny à prendre sa retraite et redevint nominalement chef de l'État. Kossyguine conserva le poste de Président du conseil des ministres jusqu'à sa mort en 1980, mais jouait un rôle de plus en plus effacé, le Politburo étant de plus en plus dominé par les partisans de Léonid Brejnev. En mai 1976, il se nomma lui-même Maréchal de l'Union soviétique, à l'imitation de Staline. Les chefs de l'armée, sans en être ravis, acceptèrent cette fantaisie, leurs privilèges, pouvoir et prestige, n'ayant alors jamais été aussi hauts.

Politique internationale[modifier | modifier le code]

Léonid Brejnev et Erich Honecker en 1971

Lorsque Brejnev arriva au pouvoir, la puissance soviétique semblait moins solide dans l'arène internationale qu'à la fin de l'époque stalinienne, tant au sein du bloc communiste que dans la confrontation continue avec les États-Unis. La crise de Cuba avait marqué les limites de la surenchère nucléaire, et les succès initiaux de la Course à l'espace furent éclipsés par l'incapacité soviétique à envoyer un cosmonaute sur la Lune. Aux États-Unis, la présidence Kennedy, malgré la signature du traité de Moscou en août 1963, fut marquée par une relance massive de la course aux armements nucléaires et conventionnels, qui donnèrent à la puissance américaine une supériorité militaire écrasante sur la puissance soviétique. Brejnev se fit fort en moins de dix ans de la combler[réf. nécessaire], d'imposer la parité nucléaire et de créer une marine. Envers les satellites est-européens, la position adoptée par les dirigeants soviétiques, rapidement surnommée doctrine Brejnev, fut sans ambivalence, comme en témoigna l'affaire tchécoslovaque. En 1968, la tentative du dirigeant communiste local Alexandre Dubček de libéraliser largement le système politique et économique, suivant le slogan du socialisme à visage humain, éveilla vite le scepticisme de Moscou, qui craignit de voir se répéter les évènements hongrois de 1956. Dès juillet, Brejnev dénonçait le Printemps de Prague, comme « révisionniste » et « anti-soviétique ». Le 21 août 1968, après des pressions infructueuses sur Dubček, Brejnev déclencha l'invasion du pays par les forces du Pacte de Varsovie, qui remplacèrent le gouvernement par des hommes dévoués à l'Union soviétique. Cette intervention brutale marqua pour deux décennies les limites de l'autonomie que Moscou laissait à ses satellites. Cependant il laissa la Roumanie de Ceaucescu qui ne participa pas à l'intervention, libre de ses choix internationaux, et l'Albanie d'Enver Hoxha, en signe de protestation se retirer à la fin de l'année du pacte de Varsovie[réf. nécessaire] et du Comecon. La réconciliation de Khrouchtchev avec Tito en 1955 ne fut pas remise en cause. Défiant tous les pronostics occidentaux alarmistes sur une prochaine invasion de la Yougoslavie par l'URSS, Brejnev se rendit en mai 1980 aux obsèques du chef d'état yougoslave, à l'agonie depuis plusieurs mois.

Sous Brejnev, les relations avec la République populaire de Chine continuèrent en revanche à se dégrader, jusqu'à de meurtriers affrontements frontaliers en 1969, largement tenus secrets par les deux États. Le rétablissement des relations sino-américaines, au début de 1971, marqua une nouvelle phase dans les relations internationales ; en 1972, le président Richard Nixon se rendit en Chine pour rencontrer Mao Zedong. Ce rapprochement, qui fissurait profondément l'unité jusqu'alors proclamée du bloc communiste, convainquit cependant Brejnev de la nécessité de mener une politique de détente avec l'Occident, afin de prévenir la formation d'une dangereuse alliance anti-soviétique.

Signature du Traité sur la limitation des armements stratégiques SALT II le 18 juin 1979 à Vienne

Cette politique fut inaugurée par la visite de Richard Nixon à Moscou en mai 1972, et la signature à cette occasion de l'accord SALT I de limitation des arsenaux nucléaires. Au Vietnam, malgré le minage du port d'Haïphong le 8 mai 1972, à l'origine d'une certaine « froideur » dans l'accueil de Nixon à Moscou, l'URSS contribua à la signature des accords de Paris le 27 janvier 1973, qui permettaient aux Américains, embourbés en Asie du sud-est depuis plus d'une décennie, de sauver provisoirement -jusqu'en avril 1975- la face[réf. nécessaire][non neutre]. Le zénith de la Détente fut la signature de l’Acte Final d’Helsinki en 1975 entre l'URSS et l'ensemble des États européens et nord-américains. Les Soviétiques virent un succès fondamental dans la reconnaissance par l'Ouest des frontières issues de la Seconde Guerre mondiale. L’Union soviétique acceptait en contrepartie que les États participants respectent les Droits de l'homme et les libertés fondamentales, y compris de conscience et religieuses. Ces principes ne furent jamais appliqués, mais les opposants internes aux régimes communistes ne cessèrent dès lors de s'en prévaloir à l'encontre du pouvoir, notamment les dissidents soviétiques, tels Andreï Sakharov, qui formèrent le Groupe Helsinki de Moscou. D'autre part, le problème de l’émigration des juifs soviétiques devint une source d'irritation croissante qui ne put être aplanie lors de la rencontre entre Brejnev et le président Gerald Ford à Vladivostok en novembre 1974. Un peu plus tard l'URSS préféra même rompre au nom du respect de sa souveraineté un accord économique américano-soviétique qui stipulait l'obligation de laisser émigrer des Juifs en Israël.

En revanche, le dégel économique est-ouest fut beaucoup plus rapide que le dégel politique, notamment entre les satellites soviétiques et l'Europe de l'Ouest, avec une augmentation des échanges commerciaux et des coopérations techniques, mais aussi avec l'Union soviétique. Parmi les exemples les plus emblématiques, la production sous licence d'automobiles Fiat 124 par le combinat Lada (modèle qui a lancé la marque soviétique) à partir de 1966, ou encore la production de sodas par Pepsi-Cola en URSS à partir de 1974.

Dans les années 1970 l’Union soviétique atteignit l'apogée de son pouvoir politique et stratégique par rapport au rival américain, déstabilisé par la défaite finale au Vietnam et le scandale du Watergate. Les accords SALT I, puis SALT II en 1979 aboutirent à la parité nucléaire entre les deux Grands. Sous la direction de l’amiral Sergueï Gorchkov l’Union soviétique devint un pouvoir naval mondial pour la première fois, et par le truchement de Cuba intervint militairement jusqu'en Afrique. Cette puissance conduisit notamment l'Union soviétique à un paradoxe dans cette région : en Angola, les militaires soviétiques, cubains et est-allemands protégèrent le régime marxiste allié d'Agostinho Neto puis de José Eduardo dos Santos, en sécurisant les puits de pétrole exploités par les compagnies occidentales, notamment Exxon.

La stagnation économique[modifier | modifier le code]

Cependant la politique soviétique sur le plan international et celle de Brejnev en politique intérieure dépendaient de l’économie de l’Union soviétique. Or celle-ci devient stagnante à partir de 1975 et montre même des signes de déclin. Le retard de l’agriculture en est un exemple. Malgré l’industrie lourde, l'URSS n’obtient que des rendements médiocres au point qu’il lui faut importer du blé.

Les énormes dépenses pour les forces armées et dans une moindre mesure pour le programme spatial soviétique faisaient négliger les besoins de base comme l’habitat. L’importance grandissante de l’économie informelle (on utilisait alors l'euphémisme « l'économie de l'ombre », en fait le marché noir) était une sorte de réponse, mais elle entraînait une corruption généralisée. Le goût personnel de Brejnev pour les voitures en est une illustration.

De plus, dans les années 1970-1980, son gendre le général Iouri Tchourbanov, fut impliqué tout comme le dirigeant ouzbek de l'époque, Charaf Rachidov, dans la célèbre affaire dite du « coton ouzbek », où des sommes importantes furent détournées par le truchement de falsifications des statistiques : ce fut d'ailleurs la plus importante fraude de l'ère soviétique. « Cependant la crise du logement urbain qui se traduisait en 1964 par la prédominance de l'appartement communautaire partagé par plusieurs familles fut en grande partie surmontée. En 1982, 80 % des ménages soviétiques disposaient en ville d'un logement individuel ».

Les dernières années[modifier | modifier le code]

Brejnev en 1973.

Les dernières années de son règne furent marquées par un culte de la personnalité omniprésent atteignant un sommet pour son soixante-dixième anniversaire en décembre 1976. Cette propagande, était cependant incapable d'inspirer ni respect ni peur à une population de la part de laquelle il faisait l'objet d'innombrables railleries (notamment sous la forme de blagues russes)[3][réf. insuffisante]. Brejnev s’intéressait surtout aux questions internationales en laissant les questions internes à ses subordonnés. Parmi ceux-ci, le responsable de l’agriculture, Mikhaïl Gorbatchev, devint de plus en plus convaincu qu’une réforme fondamentale était nécessaire, sans que se tramât aucun complot, mais la santé du vieux chef déclinait.

L'un de ses derniers actes majeurs, l'héritage qui serait fatal à ses successeurs, fut la décision en décembre 1979 d’intervenir en Afghanistan, où un régime communiste impopulaire avait de grandes difficultés à garder le pouvoir. Cela arrêta brusquement la détente allant même jusqu’à un embargo par les États-Unis et la fourniture d’armements aux rebelles afghans. En France, après l'arrivée de la gauche au pouvoir, le président François Mitterrand rompit le dialogue avec Moscou à cause de ses graves divergences sur l'Afghanistan et la crise des Euromissiles, tout en maintenant la coopération économique : signature en février 1982 du contrat sur le gazoduc eurosibérien et fermeté face aux États-Unis après juin 1982, lorsque l'administration Reagan tenta d'imposer un embargo sur les fournitures technologiques. On note le début de la fin du lancinant conflit sino-soviétique, après une déclaration de Brejnev, en mai 1982. Pékin, indisposé par la nouvelle politique américaine très favorable à Taïwan et perplexe face à la naissance du syndicat Solidarnosc en Pologne, répond favorablement, sur le plan politique et économique, au point d'envoyer une délégation à Moscou pour les obsèques de Brejnev. L'URSS de la fin des années Brejnev, en qualité de pays marxiste, n'a pas non plus perdu sa crédibilité dans le tiers-monde, comme le montrent les accueils chaleureux réservés aux leaders de deux nouveaux régimes nés en 1979 : d'abord, au printemps 1982, à Daniel Ortega, président de la junte sandiniste du Nicaragua, puis à Maurice Bishop, de la Grenade, un peu plus tard en juillet.

Mort et héritage[modifier | modifier le code]

En mars 1982, Brejnev fut victime d'une crise cardiaque, et il mourut en novembre. Ses multiples mandats à la tête de l'URSS font de lui le deuxième dirigeant, par la durée, à avoir gouverné le pays.

Postes officiels[modifier | modifier le code]

Décorations[modifier | modifier le code]

Brejnev est sans doute l'un des hommes les plus décorés de l'Histoire[4]. Il affichait une quarantaine de décorations à son uniforme. Ce chiffre dépasse les 120 en y incluant les décorations étrangères[4].

En 1978, il se fit remettre l'ordre de la Victoire[4]. Cette décoration soviétique, créée en 1943, récompensait les chefs ayant dirigé de grandes opérations militaires lors de la Seconde Guerre mondiale. Mais Brejnev pendant le conflit n'était que commissaire politique avec le grade de colonel, et ne dirigea aucune grande opération militaire. Sur la pression des vétérans de guerre, Gorbatchev annula cette décoration en 1985[4].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Jeanne Vronskaya, « OBITUARY: Victoria Brezhnev », The Independent,‎ 11 juillet 1995 (consulté le 26 juin 2011)
  2. « Brezhnev's Son, 53, Removed from Post », Los Angeles Times,‎ 9 août 1986 (consulté le 26 juin 2011)
  3. Lilly Marcou, Les héritiers, Paris, Pygamlion, 2003.
  4. a, b, c et d « Questions & Réponses : Quel a été l'homme le plus décoré de l'Histoire ? » par Yacha MacLasha pour la revue Guerres & Histoire n° 3, novembre 2011, p. 27.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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